‹ Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution (volume 3)Chapitre 23 sur 57 · On n'arrachera pas à la mort notre gloire · texte numérisé non relu

On n'arrachera pas à la mort notre gloire

« Suivait la 83« Bastille, que Palloy a donnée au département; elle était portée par six gardes-françaises, avec leur uniforme et décorés de leur médaille.

« Il y avait plusieurs Vainqueurs en bonnet de laine, d'autres en habits bourgeois, et le reste en uniformes. Suivait un gros de Vainqueurs, tant en

(1) Rapport du 4 juin. (Voir ci-dessus, p. i23, note 4.)

(2) Imp. 8 p. m-8 (Bib. nat., Ln 21/20805), et Bib. de la Ville de Paris, n« 19140, t. III).

(3) Imp. 8 p. in-8 (Bib. nat, L b 39/10085).

(4) Imp. 8 p. in-8 (Bib. nat., L n 27/20806).

ToMB V 22

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uniformes qu^en habits bourgeois, et k leur tête une femme en uniforme, connue pour )a femme Vainqueur. Ce contraste rappelait aux yeux et aux cœurs des patriotes les sensations les plus agréables : ce fut un nouveau triomphe pour les amis de la Révolution que de voir ce noble cortège des représentants de ceux à qui la capitale, la France entière et bientôt tout l'univers habité doivent et devront le bonheur d'être libres. »

Le long du chemin, depuis la Bastille par les boulevards jusqu'à la place Louis XV, le quai des Tuileries, le pont Royal, le quai Voltaire, la rue Dauphine, la rue de la Comédie et la rue des Fossés Monsieur- le-Prince, il y eut trois stations : la première, devant TOpéra (actuellement théâtre de la Porte Saint-Martin), où un hymne fut chanté; la seconde, devant la maison de Charles de Villettb, où furent chantées, au son d'une musique exécutée en partie par des instruments antiques, des strophes d'une ode de Chê- NiEK (1) et GossEC; la dernière, devant le théâtre de \a Nation, où fut exécuté un chœur de l'opéra de Samson ('2).

Pour l'hymne chanté devant le théâtre de TOpéra, M. Constant Pierre présume qu'il s'agit de Vinvocation, paroles de Caénier (Marie-Joseph), musique de Gossec, chœur à voix d'hommes et de femmes, avec accompagnement d'orchestre symphonique, commençant par ces mots : Dieu de la liberté!,..^ composition d'un vif intérêt et sans nul caractère religieux (3).

L'ode chantée sur le quai des Théatins, intitulée : Hymne sur la translation du corps de Voltaire au Panthéon^ comprend vingt strophes de quatre vers (trois alexandrins et un vers de huit pieds), œuvre de GaéNiER (Marie- Joseph), dont voici le premier vers : Ce ne sont plus des pleurs qv^ il est temps de répandre. Les paroles en ont été publiées simultanément parle Courrier des 83 départements (n" du 13 juillet) et par la Chronique de Paris (n* du 14 juillet). La musique, composée par Gossbc, d'une grande simplicité et

(1) Le nom de Chénier (Marie-Joseph) cité ici donne ToccaBioD de reproduire une délibération de la section de la Fontaine-Montmorency (dont il était électeur), du 10 juin 1791, reproduite par la Chronique de Paris (n» du 19 juin 1791), ainsi conçue :

« L'assemblée générale de la section ;

« Sur la motion de M. Chénier;

« Considérant les grands bienfaits que Voltaire a rendus à l'esprit humain;

<i Pénétrée de la reconnaissance que lui doivent tous les Français pour avoir combattu 60 ans le fanatisme et les préjugés et préparé par ses écrits la Révolution de 1789 ;

« Convaincue que c'est surtout aux habitants de cette capitale, ilustrée par sa naissance et par sa mort, qu'appartient le droit d'honorer avec enthousiasme la mémoire d'un si grand homme ;

« Arrête, à Tunanimité, qu'il sera fait par elle une députation de 12 de ses membres, pour accompagner le corps de Voltaire depuis la porte de Paris jusqu'au lieu où il sera déposé ;

« Invite les 47 autres sections à lui rendre un pareil hommage ;

« Arrête, en outre, que la présente délibération leur sera communiquée et envoyée à la Municipalité. »

(2) Il semblerait pourtant, d'après les récits du Courrier des 83 départements (n» du 13 juillet) et du Journal de Paris (nw des 13 et 14 juillet) que les mêmes morceaux furent exécutés à chaque station du cortège.

(3) Voir Hymnes et chansons de la Révolution, par Constant Pierre (p. 213-215).

[12JuiiL 1731] DE LA COMMUNE DE PARIS 339

d'un sentiment détîcat, dM celle d'un chunt pour une voix, avec accompagnement de deux clu.rinettesj deux cors et deux bassons (1).

Enfin, le dernier morceau, exécuté devant le théâtre de ia NalioD, est un CfuEur pairiotiquç^ commençant par ces mots ; Peuple^ ^'eille-toii Romps les fer».\ dont (e texte complet, reproduit dan^ le Courrier (les S'^ dépariemenls (n* dn 13 juillet), est emprunté à la tragédie lyrique écrite par Vot- TAiBE lui-même en l73Jj intitulée Sttftwow, dont Rameau (Jean -Philippe) avait composé la musique Tannée suivante. Mais la représentation de cet opéra avait été interdite, Sa mise au théâtre d*un sujet emprunté à rÊcritui-e sainte étant considérée comme une profanation. Le Tragment mis en musique par GossEG fait partie d'un air chanté par Somson eihortant les Israélites à secouer le jou|^ des Philistins; l'analogie avec la situation du peuple français en 1791 était si frappante que les vers semblaient avoir été écrits depuis la Révolution, Le morceau musical, chauir à trois vosï d*hommes, accompagnées de deux hautbois, deux clarinettes, deux cors, deux trom-pettes, trois tambours, deux bassons, un serpent, timbales, petites et grandes trompes antiques, e^t d*une allure martiale, vigoureuse, énergiqnement rythmée (2).

Dans Tensemble, la cérémonie de la translation du corps de Voltaire fut une véritable fête nationale : tout se passa avec le plus grand ordre et sans le moindre accident, au milieu d'une foule innombrable. On s'accorda h louer le i^oùt et T intelligence des ordonnateurs de la fête, le peintre Davjd, qui avait fourni les dessins du char funéraire, triilné par douvse chevaux grii$ blancs, et CELLicaiËtt, ancien lieutenant de maire au Département des travaux publics, qui avait décoré remplacement de la Bastille.

(Il, p. 330.) A la suite de réclamations des actionnaires de la Compa^înie des eaux, que nous avons exposées (3), le Corps municipal avait arrêté, le , 31 mai, que la Commune devait être tenue en dehors de toute responsabilité relativement à raffaîre des eaux de Paris (4), et cette décision venait d'être confirmée, le 6 juillet (3).

Au même moment, TAssemblée nationale ejitendait un rapport de Verkieh, président du Comité des finances, sur une pétition et dénonciation des actionnaires des eaux de Paris, relativement à leur contestation avec Tadministration municipale (6}.

Mais, Martenëau ayant ob.servé que cette affaire n'était pas asser nationale pour être traitée par TAs^emblée, il avait été décrété, sur la motion de Gfj^main, qu'il serait ordonné à la Municipalité de Paris, par la simple communication d'un eïlrait du procès-verbal, de remettre au Directoire du département toutes les pièces relatives a Tadministratioa des eaux, pour que le Directoire les fit parvenir au Comité des finances, avec son avis (7),

C'est ce décret dont il fut donné lecture au Corps municipal le 12 juillet.

(1) Voir HjftnneK et chansons de ia HéualtitioUi par Constant Piehk^ (p. 205-208 )«

(2) Voir Ntjmntif et chansons de ta HévoluHan^ par Constant PiERHis{p^ âDB-2ia).

(3) Voir Tome 111, p, J7^-J5ff.

(f> Séance du 31 nnL (Voir Tome IV, p. 452 et iSi~4S$.}

(5) Séance du 6 juillet* (Voir ci-dessus, p. 279.)

^6) Ce rapport n'a paB été retrouvé, ni imprime^ ni manuscrit.

0) Séance du 6 juillet 17^1, (Voir Archives parlementaires^ t. XXVilEj p. %.}

340 CORPS MUNICIPAL [12 Juill. 1794]

On joint ici l'indication de quelques pièces concernant Taffaire des eaux jusqu'à la fin de rAssemblée constituante :

Observations à l'Assemblée nationale sur le projet de rapport de M. Yernieb, relativement à la pétition des porteurs de quittances d'actions des eaux de Paris, signé : Pépin DéGROUHisTTB, conseil, sans date (i);

A l'Assemblée nationale, pétition signée : J.-A. Vachette et P. Vachette, datée de 1791 (2) ;

Précis historique sur l'établissement des pompes à feu des sieurs Pkribr frères à PariSy leur manutention, régie, agiotage et les autres abus de l'administration et la situation actuelle de l'affaire^ pour servir de suite ei d'appui au Mémoire présenté à l'Assemblée nationale et renvoyé par elle au Comité de liquidcUion et des finances, par les sieurs Vachette frères, daté d'août 1791 (3).

Le Mémoire dont il est question dans ce dernier document est sans doute celui que Vachette, architecte, contrôleur de l'administration des eaux, adressait, le 10 août, au Comité des finances, pour annoncer la très prochaine publication du Précis historique^ et qui tendait à démontrer l'agiotage et les dilapidations de Tentreprise Périer et l'usurpation des établissements hydrauliques des frères Vachette (4).

fin, p. 330.) L'origine de la Société fraternelle, séante aux Minimes (de ia place Royale), est constatée par la note suivante, publiée par les Révolutions de Paris (no du 8 au 15 janvier 1791) :

« Nous nous empressons de publier le nouvel établissement d'un club du peuple, qui s'est formé dans la section des Enfants-rouges et qui poKe le nom de Société fraternelle. M. Tallien, président de cette Société et membre à de celle des Amis de la constitution, nous écrit que tous les citoyens, citoyennes et leurs enfants depuis l'âge de douze ans sont admis gratuitement à la Société fraternelle, qu'on s'y occupe de mettre à la portée du peuple les décrets de l'Assemblée nationale. »

C'est donc au commencement de janvier 1791 que le futur thermidorien fonda sa Société, sur le modèle de la Société fraternelle des patriotes des deux sexes, défenseurs de la constitution, constituée par Dansard dès le mois de novembre 1790 (o).

(IV, p. 331.) Au sujet de la participation de la Société des Amis de la constitution à la cérémonie commémorative du 14 juillet, voici ce qu'on lit dans les comptes rendus de la Société, séance du 11 juillet (6) :

(1) Imp. 16 p. in-8. — Cette pièce ne se trouve pas au dossier des Archives nationales, qui contient la plupart des imprimés concernaut l'affaire des eaux (AD. XIII, 13). M. TouRNEUX, dans sa Bibliographie (t. III, n« 11983), en signale un exemplaire au British Muséum (Méth. 9), que cependant Je n'ai pas trouvé mentionné dans le nouveau catalogue du British Muséum.

(2) Imp. 10 p. in-4 (Arch. nat., AD. xiii, 13).

(3) Imp. 43 p. in-4 (Arch. nat, AD. xiii, 13).

(4) Pièce manusc. (Arch. nat., D vi 11, n» 112), d'après le Répertoire général de M. TuETKY (t. III, no 2630).

(5) Voir Tome III, p. 52-58.

(6) Séance du 11 juillet 1791. (Voir AularDi La Société des Jacobins, t. III, p. 2.)

[12 Juin. 4791] DE LA COMMUNE DE PARIS 341

a Les commissaires chargés de présenter un projet de fête civique pour le 14 juillet (1) font leur rapport sur cet objet.

« Après une longue discussion;

« On adopte la motion, faite par M. Rœderer, d'ouvrir, pour un diner fraternel auquel seront admis les seuls membres de la Société, une souscription de 3 livres par tête. Cette souscription sera ouverte demain et fermera le 13, laissant aux commissaires le soin de faire les dispositions qu'ils jugeront convenables pour l'exécution du présent arrêté. »

Et, le surlendemain, 13 juillet, il est question de la démarche faite près du Corps municipal dans les termes que voici (2) :

«c Un membre rend compte de la réponse faite par M. le Maire à une députation^ qui était allée lui demander une place particulière pour la Société à la fête de la commémoration nationale.

a M. Laclos (Choderlos de) a fait observer que l'arrêté nommant cette députation inconstitutionnelle avait dû être surpris à la Société. »

L'arrêté désignant la députation ne figure pas dans les comptes rendus de la Société.

(V, p. 332.) Le Corps municipal avait été invité à la distribution des prix de l'Université de Paris par des députés de l'Université (3).

C*est l'administration départementale qui transmit )a même invitation à l'Assemblée nationale, par la lettre ci-dessous, datée du 9 juillet :

Monsieur le président, L'Université de Paris se rappelle avec reconnaissance Thonneur qu'elle a reçu Tannée dernière de voir une députation de l'Assemblée nationale assister à la distribution de ses prix (4). Elle s'est adressée à nous pour lui présenter le vœu qu'elle forme de recevoir le même honneur cette année.

Nous nous empressons, Monsieur le président, de vous transmettre l'hommage de ces citoyens dévoués à l'honorable fonction d'élever la jeunesse, et nous vous prions de vouloir bien le présenter à l'Assemblée nationale. Nous sommes, etc.

Les administrateurs composant le Directoire du département de Paris, Signé (5) ; La Rochefoucauld, président; Glot, Davous, Cretté.

Aussitôt, l'Assemblée décida qu'elle acceptait l'invitation et qu'une députation de douze de ses membres assisterait à la cérémonie (6).

Le compte rendiu de la distribution des prix, qui eut lieu le 13 juillet (7), rédigé en français pour la première fois (il était jusqu'en 1790 rédigé d'un bout à l'autre en latin), constate, en effet, que des députés de l'Assemblée

(1) Les comptes rendus antérieurs n'indiquent pas dans quelles circonstances ces commissaires avaient été nommés.

(2) Séance du 13 juillet 1791. (Voir AuLARD,La Société des Jacobins^ t. III, p. U.)

(3) Séance du 8 juillet. (Voir ci-dessus, p. 299.)

(4) L'Assemblée natiouale avait désigné, le 7 juillet 1790, une députation de 20 membres pour la représenter à la distribution des prix, qui avait eu lieu le 12 juillet. (Voir Archives parlementaires y t. XVI, p. 735 et 743.)

(5) Les signatures, non insérées aux Archives parlementaires, sont reproduites d'après la lettre originale, pièce manusc. (Arch. nat., C 75, n» 737).

(6) Séance du 10 juillet 1791. (Voir Archives parlementaires, t. XXVIU, p. 99.)

(7) Palmarès, imp. in fol. (Bibl. de la Ville de Paris, dossier n» 10042).

342 CORPS MUNICIPAL [12 Juill. 1791]

nationale, du Directoire du département et du Corps municipal étaient présents, René Binet, ancien recteur et professeur de rhétorique au collège du Plessis, faisant fonctions de recteur (1). La harangue d'usage fut prononcée par DE La Court (Louis), professeur de rhétorique au collège du Cardinal-Le Moine. Suit la liste des « athlètes » qui ont mérité les couronnes ou qui en ont approché, les seules matières donnant lieu à récompenses étant le thème latin, la version latine, la version grecque en latin, le discours latin, la poésie latine et le discours français : pas un prix de mathématiques, ni de sciences naturelles, ni d'histoire, ni de géographie.

(0 Depuis le 12 mai 1791. (Voir Tome IV, p. «7/-^73.)

[14 Juin. 1791] DE LA COMMUNE DE PARIS 343

14 Juillet 4791 CONSEIL GÉNÉRAL

— ^ Du jeudi 14 juillet 1791, sept heures du matin;

Le Conseil général de la Commune extraordinairement convoqué, présidé par M. le Maire, et composé de MM. ïassin, Trudon (Jérôme), Lecamus, Deyeux, Montauban, Pitra, Andelle^ Jallier, Lesguilliez, Filleul, Tiron, Maugis, Cousin, Champion, JoUy, Le Roulx de La Ville, Viguier-Curny, Canuel, Lardin , Choron, Stouf, Dacier, Yîgner, Le Roulx (J.-J.)> Lafisse, Houssemaine, Gandolphe, Regnault, Hardy, Prévost, Debourges, Perron, Nizard, Rousseau, Bernier, Le Roulx (Etienne), Durand, Cahours, BertoUon, RafTy, Roard, Borie, Fallet, Cardot, Couart, Garran, Trudon (Charles), Thorillon, Cholet, Blandin, Bureau, Boncerf, Quatremère, Beaufils, Bruaet, Bigot, Stoupe, Oudel, Samson-Duperron, Dumontiez, Watrin, Haquin^ Lejeune, Hautefeuille, Dumas, Housset, Bridel, Grouvelle, Thillaye, Baron, Chevalier, Bontemps, Dobigny, Julliot, Callet, Potron, Forié, Dandry, Bidault, Mahault, Taloir, Vassaux, Poissonnier, Mané, Cosson, Oelarsille, Maréchal, Robin (Léonard), Lefèvre, Lohier, Arnoux, Lehoc, Hussenot, Jonnery, Gérard. Franchet, Soreau, TrotigDon, Lemeiguen, Corsanges, Ceyrat, Lesould, Quin, Jeanson, Crettet, Levacher-Duplessis, Rogier, Andoux, Vernoi, Cezérac, Dreue, Benière, Valleteau, Frézard, Voilquin, Le Breton, Cauchin, Coup de Lance, MouUé, Robin (Emmanuel), Joseph, Geoffroy, Raffron, Legros, Thuault et Roussineau; le second substitut-adjoint du procureur de la Commune présent;

---**' A l'ouverture de la séance, M. le Maire a rappelé au Conseil Tobjet de la convocation pour cette assemblée extraordinaire; il a dit qu'il s'agissait de célébrer aujourd'hui la commémoration de la liberté française et de la Fédération générale, qui avait eu lieu Tannée dernière. M. le Maire a ajouté que les ordres pour cette solennité avaient été donnés, les mesures prises et les dispositions faites par

344 CONSEIL GÉNÉRAL [14 Juill. 1791]

les administrateurs des travaux publics, en exéeutioa de divers arrêtés du Corps municipal (i).

'^^^ A huit heures, le Conseil général s*est mis en marche.

II était précédé d'un corps de cavalerie et d'un détachement d'infanterie.

Les huissiers lé précédaient.

Il était escorté par les gardes de la Ville, commandés par M. Hay, leur colonel.

Il s'est rendu dans cet ordre sur le boulevard, oii s'étaient réunis tous les corps invités à la cérémonie (2).

A neuf heures, le cortège s'est mis en marche. Il est descendu par la grande rue Saint-Antoine et a traversé la place de l'Hôtel-de- Ville, les quais Lepelletier, de Gesvres, de la Ferrçiille, de l'École et du Louvre, le pont Royal, les rues du Bac et Saint*Dominique, le quinconce des Invalides et l'avenue de TËcole militaire.

A midi, il est entré dans le Champ de la Fédération par la porte principale de l'École militaire.

Les gardes nationales de Paris et du département étaient rangés en bataille dans l'intérieur du Champ de la Fédération.

Le Conseil général, ainsi que les corps invités, se sont mis aux places qui leur avaient été destinées dans la partie latérale, en face de l'autel de la patrie.

Les membres de l'Académie royale de musique étaient placés sur les marches de l'autel.

M. Tévêque de Paris, revêtu de ses habits pontificaux, est arrivé au milieu de son clergé. Il est monté sur Tautel, où il a célébré et fait chanter un Te deum, au milieu des acclamations de tous les citoyens.

Après la cérémonie, la garde nationale a fait différentes évolutions que M. le Commandant-général a commandées.

Et les corps invités se sont, ainsi que le Conseil général, retirés dans le même ordre qu'ils étaient venus, (l, p. 345.)

Le Conseil général s'est rendu dans l'une des salles de l'Ecole militaire où il s'est séparé, après la lecture du procès-verbal, dont la rédaction a été approuvée.

Signé : Bailly, Maire; Dbjoly, secrétaire-greffier.

(1) 11 n'y a qu'un arrêté du Corps municipal, celui du 6 juillet; cet arrêté est complété par un autre arrêté du Bureau municipal, du 12 juillet. (Voir cidessus, p. 280 et 324-326.)

(2) Le boulevard de la Porte Saint-Antoine aboutissant à la place de la Bastille, lieu indiqué par l'arrêté du 12 juillet, § 3. (Voir ci-dessus, p. 324.)

[«4 Juill. 1791] DE Là COMMUNE DE PARIS tlK

ÉCLAmClSSEMENT

(1^ p, 3ii',) La GazeUe nationale ou Momieur universel (ii^ du 16 juillel) ne GOdsacre à. La céJt^bration du premier anniversaire de la Fédération qu*un compte rendu tn^a succinct, que voici :

« Le 14, les officiers municipaux, les juges, !es députés des sections^ les gardes nationaux du département de Paris et une députation de 24 membres de TAssemblêe nationale se sont réuDÎs sur les ruines de la Bastille et se sont rendus de là au Champ de la Fédération, pour solenniser Tanni^ versaire de la conquête de la liberté.

« M. Tévéque de Paris a céli^bré la messe sur T autel de la pairie. En^ suite, un corps nombreux de musiciens a exécuté le Te deum,

« Le cortège marchait dans le plus grand ordre. Le temps était beau, le nombre des spectateurs considérable.

* Le soir, ies Taçades des maisons ont été illuminées, d'après Tinvitation du Corps municipaU

* De sages précautions avaient été prises pour éviter les accidents, et aucun événement n*a troublé celte réunion. »

C'est dans le Courrier des S3 départeTnenls qu'on trouve les renseignements les plus cotnplet*^ sur la fête du Champ de la Fédération. Voici d'abord ce qu^OD lit dans le numéro du 15 juillet :

m. Cette commémoration, qu'on a essayé de troubler de mille manières difTérenteSf s'est faite avec un éclat et un ordre étonnants.

tt La cérémonie a commencé sur les deux heures et s*est ternduée à quatre heures moins un quart,

«. M* révêque de Paiis a oiOcié. Après la messe^ on a chanté un Te deum en grand chœur, penrlant lequel M. dk Më;nou (i) a attaché à tous les drapeaux et guidons un ruban aux couleurs nationales, qui lui était remis par M. Baillt (2}.

H Le cortège est arrivé sur les une heuie et aéîé salué par une salve d'artillerie disposée en bas du Champ-de-Mars, du côté de la rivière. ^

PuiSp vient Tordre de la marche du cortège, tel qu'il était déterminé par Tarrôté du Bureau municipal du 12 juillet (3).

Après quoi, le journal reprend :

a On avait dressé pour la députation de TAssemblée nationale, k Municipalité et autres corps et députations, des tentes sur une des parties latérales du Champ-de-Mars. L'autel de la patrie faisait face à ces tentes; il portait des peintures et des inscriptions différentes de celles de 1790. On y voyait figurer entre autres le triomphe de Voltaire. Des inscriptions étaient

(1) Préaident de l'Assemblée nationale.

(2) Exécution de la décision du Conseil général du 10 juillet. (Voir di-des- 8U8, p. 319-320.)

(3) Ordre de la marche de la commémoration nationale du i 4 juillel i79i, (Voir ci-dessus, p. 397-328.)

346 CONSEIL GÉNÉRAL [U Juill. 1791]

remarquables par la simplicité. Les gens de goût ont été de nouveau révoltés de voir des Romains jurer de défendre la constitution et la liberté françaises. Sur quelques milliers d'hommes soudoyés pour troubler cette solennité, on apprendra avec plaisir qu'il n'y a eu que trois ou quatre événements capitaux : Tévénement qui a fait le plus d'éclat est' celui d'un sieur CoLLAR, marchand, rue de la Monnaie, chassé de son bataillon et dégradé (i). Toutes les gafdes nationales des environs de Paris avaient effacé le nom du roi de dessus leurs drapeaux. Ce nom s'est trouvé sur Tautel, après ceux-ci : DieUy le.,, et la loi. Il a été également effacé.

« Nous observerons à M. Cellerier, qui s'est élevé contre cette radiation, que ce n'est pas précisément le nom du roi qu'on a effacé, mais celui de Louis XVI, qu'on abhorre autant qu'il était cher. »

Le lendemain (n» du 16 juillet), le même journal complète la description ci-dessus :

ce Détails de la commémoration du Champ-de-Mars,

« Cette commémoration, comme nous l'avons dit hier, s'est faite avec un éclat et une majesté dont on se forme difficilement une idée.

ft Dès le matin, la garniture avait été établie, et pendant la nuit un piquet nombreux avait veillé autour de l'autel : cette précaution était d'autant plus essentielle qu'on savait, à n'en pas douter, que les ennemis de la chose publique avaient fait tous leurs efforts pour rendre cette journée désastreuse. L'objet de la délibération de l'Assemblée nationale (2) devait naturellement échauffer les esprits... Dans le Champ-de-Mars même, un grand nombre de scélérats soudoyés firent leurs efforts pour exciter la division : il y en a eu 5 d'arrêtés.

« Hier, nous avons rendu compte de Tordre et de la marche du cortège. Il nous reste à offrir à nos lecteurs l'aspect du Champ-de-Mars. Il était absolument disposé comme l'année précédente, à l'exception cependant qu'il n'y avait ni l'amphithéâtre pratiqué à l'École militaire, ni les trois arcs de triomphe par lesquels on y entrait on avait cru inutile aussi d'établir des banquettes sur le vaste amphithéâtre du centre; le public, d'un tiers au moins plus nombreux qu'à la Fédération, a assisté à cette fête debout, et tout le monde a remarqué que l'aspect en était plus beau et plus imposant. L'ensemble se dessinait aux yeux d'une manière plus gracieuse. Enfin, ces 3 ou 400 mille tètes réunies et variées par leurs ajustements et les accidents de la lumière représentaient ces prairies diaprées de fleurs, sur lesquelles les regards se reposent avec complaisance. Un grand nombre de personnes, admises dans l'intérieur, formaient tout autour du Champde-Mars un cordon, qui semblait délaché du grand amphithéâtre et lui servir d'appui. Précisément au milieu de la partie latérale qui regarde les Invalides, on avait fixé plusieurs tentes, dont une très vaste et ouverte sur le devant. C'était dans cette tente que se réunirent la députation de l'Assemblée nationale et celles des corps administratifs et judiciaires, enfin les députés de la garde nationale et autres corps. Les autres tentes étaient réservées aux associations particulières. Le devant de l'autel de la patrie faisait face à ces trois tentes; sa forme, en général, ressemblait à celle

(l)ISans renseignements.

(2) Sur riuviolabilité de la personne du roi.

(i4 Juiîl. 17ÎÏIJ DE LA COMMUNE DE PARIS »¥

qu*on lui a donnée Tanaée dernière; mais ses acces'ïoires et les peintures étaient changés, et les inscriptions n'étaient pas les mêmes,

« Cet autel est rond. Des draperies et des guirlandes de roses Tenrironnent; il est porté sur deui marbres, Vnn de granit oriental et l*autre de raarbre blanc, élevés sur uïie plate-forme carrée, flanquée de quatre pied estatiXj sur les faces desquels on voit huit bas-reliefs : sur les deui faces tournées du côté de TEuole niilïtfiire, sont peints de^^ jeunes hommes dans la vigueur de Tàge, qui prt^tent le serment sur Tautel. Sur le devant de cet autel est peint le bonnet dn la liberté, dont le nom est écrit au-dessus, et,, au-dessous : Nous juro)is de la défendre. Sur Tune des deux faces de l'autel, du cdté de la rivière, est représenté le triomphe de Voltaire au Panthéon français; la seule inscription qu'il y ait est le nom du triomphateur» Voltaire, Sur Tautre^ est représenté le civisme^ sous la figuie d'un jeune homme : la France le couronne, et T Histoire écrit sa belle action. Sur la droite» est un autel sur lequel sont des armes pareilles à celles que tient le jeune âthiéte^ des vieillards les montrent à deux, autres jeunes citoyens et font naître dans leur cœur une émulation civique. L*intenlion de Tartisle a été d*indiquer, dans le jeune homme que la patrie couronne, celui qui a, arrêté le roi â Varermes, Cfîtte face porte cette inscription : Prix du civisme j à celui gui a bien mérité de la pairie. Sur la gauche et à la partie qui regarde les Invalives, les bas-reliefs représetitent la Force publique, diri^^ée par la Prudence et ïa Sagesse. La Force publique est représentée par un faisceau, et la Sagesse et la Piudence par deui femmes qu'on distingue par leurs attributs. Voici rinscription : La prudence dirige, — La loi ordonne. — La force exécute^ Du C1^té opposé, deui Renommées, ta trompette a la bouche, publient les Droits de Thomme. Au haut d'une pierre contre laquelle elles sont appuyées, on lit : Co7isliitUiim, et au-dessous : Les hommes natsneni et demeurent liàres et ègatix en droits. Le» distinct iom sociales ne peurvent ëlre fondées que sur tiUiUlé commune. Au pied de Tune de ces Renommées, on voit îe commerce et les arts, figurés par un vaisseau, par un buste, une pallette, le chf»piteau d'une colonne. De Tautre côté, on voit fleurir raj^Hculture, indiquée par une charrue, les instruments du labourage, des fleurs et des fruits,

u Sur la face opposée, on voit Tnisloire, représentée par plusieurs figures, dont les unes recueillent les faits et les autres les écrivent sur des tables d'airain. Voici les inscriptions : HrsTOfRE de Frange. -î aoùl ilSiK Dêctaror lion des Droits de f/tomme ; W aoàt ilHÛ, Abolition du rêfine féodal; année ilDQt Fédératïoh gêtuTale des Franmis. Ces huit bas-reliels, d'une cojnposilion savante et riche, font de M. Lk Slîel'r, sculpteur, ancien pensionnaire de l*Académie de France à Eo[ne, et artiste d'un mérite distingué. Ans quatre coins de l'autel étaient placés quatre vase.s ou cassolettes, dans lesquels on brûla des parfums pendant toute la ciTémonie,

« Les architectes auxquels la direction générale a été confiée sont M* CE* LEiiiER et M. BrEXAiHe, sous les ordres du premier. Ce sont ces deut mêmes artistes qui ont dirigé les travaux relatifs a la fête de Voltaire.

<i Les gardes nationales des municipalités voisines environnaient Tau tel, ayant leurs drapeaux au centre; derrière elles, étaient les détachements commandés de la garde nationale. La cavalerie était auï deus extrémités. Toutes les dépu talions réunies se sont rendues en jurande pompe autour de

348 CONSEIL GÉNÉRAL [U Juill. 1791]

Tantel. Une nombreuse musique, jouant Tair du refrain chéri, guidait leurs pas : les députations étaient escortées par des sections des 60 bataillons de l'armée parisienne, ayant leurs drapeaux, qui se sont rangés dans toute 1h circonférence de Tau tel de la patrie, avec ceux des gardes nationales voisines, ce qui faisait un effet le plus piquant : celui de la Bastille escortait le modèle de cette forteresse fameuse et les ouvriers qui Tavaient démolie, à la tête desquels était le patriote Palloy.

a Pendant la messe et le Te deum, plusieurs salves d*artillerie se sont fait entendre, et une musique brillante électrisait toutes les âmes. Pendant le Te deuniy tous les drapeaux se sont rendus au pied de l'autel, où H. db Menou, au nom de TAssemblée nationale, leur a attaché des rubans tricolores qui lui étaient remis par M. Bailly. Des applaudissements nombreux et des cris de : Vive la libertél ont retenti dans tout ce cirque immense, lorsque le drapeau conquis à \k Bastille a été revêtu des couleurs nationales. Enfin, la joie a succédé à cette fête civique, qu'un ciel pur et sans nuages a éclairée.

« Le soir, il y a eu une illumination générale : l'emplacement de la Bastille, décoré et illuminé, a servi de salle de danse, et le peuple s*y est livré à la joie, malgré les différentes alertes.

« Nous avons été bien étonnés de trouver dans le Mercure universel (1) un récit descriptif et pompeux de la prestation de serment, des chapeaux élevés en Tair et du cliquetis des sabres au moment du serment. Le fait est que l'on n'en a prononcé aucun : cette fête n'a été que la commémoration du 14 juillet 1790, jour où Ton a prêté le serment fédératif, qu'on n*a dû ni pu prêter, puisqu'il Tétait déjà, et que les fédérés des autres départements n'ont pas assisté à cette cérémonie. »

A signaler, en outre, dans les Révolutions de Paris (n** du 9 au 16 juillet), un dessin intéressant, qui permet de se figurer exactement la disposition de l'estrade et de Tautel.

La messe exécutée ce jour-là a été imprimée sur deux colonnes, en français et en latin, sous ce titre : Messe pour les jours solennels et anniversaires de la Confédéralion des Français, célébrée pour la première fois le ii juillet 1790 (2). Des pièces jointes au texte, il résulte que cette messe avait été composée en 1790 par de Saint-Martin, aumônier général de la garde nationale, et présentée à cette époque, le 8 juillet, au Comité de la confédération, qui avait autorisé l'auteur à se retirer par devant les grandsvicaires de l'archevêque pour demander leur approbation; mais, l'avis des vicaires-généraux ayant été défavorable, l'auteur dut attendre Tannée suivante, où il obtint de Gobel, évêque de Paris, Tautorisation suivante :

Vu la rédaction de la messe mentionnée dans Textrait de l'autre part, nous Tavons approuvée pour ne servir qu'aux solennités de Confédération civique. Fait à Paris, ce 5 juillet 1791.

Signé : J.-B.-J. Gobel, évêque métropolitain de Paris.

A la fin de la préface, l'auteur exprimait le vœu que cette messe fût célébrée le même jour dans toutes les églises de Tempire.

(1) Mercure universel, journal quotidien, rédigé par Tournon (Antoine), du 1" mars 1791 jusqu'au 21 octobre 1797, in-8 (Bib. nat., L c 2/563). (2)lmp. VUlet 15 p. in-8 (Bib. nat., Lb 39/10098).

[14 Juin, 179i] DE LA COMMUNE DE PARIS M»

Parmi les documents relatifs au premier aaniversaire de la Pêdératiou (14 juillet 1791), M, Maurice TouaN^uï (I) classe une Pétition des fédérés à i' Assemblée naiionak (2|,

Maiîî, en 1791, il n'y eut point de fédérés à Paris j puisqu'il n*y eut point de fédération. D'ailleurs, le texte même du document ne laisse aucun doute sur sa date : on y deuiande rarrestation de La Fayette et le licenciement de l'état-major de Tarmée, Cette pièce est de juillet 1702, exactement du 17 Juillet; elle devrait fi^^urer dans le recueil ci-dessus cité au chap. V de la i"-" partie, § 6, parmi les documents relatifs au deuxième anniversaire de la Fédération,

Il n'y a donc pas à s*en occuper ici-

CORPS MUNICIPAL

**«- Du [Jeudi] 14 juillet 1791 , k sept heures et demie du soir;

Le Corps municipal réuni sur le bruit qui s'est répandu qu*il y avait un mouvt'meut extraordinaire dans les environs des Tuileries et sur la place de l'H<>tel-de-ViUe, présidé par M. Pitra, doyeu d*â^e, et composé de MM. Champion, Borie, Yiguier-Curuy, RcgnauU, etc.. (3); MM. Cahier et Desmousscaux, premier et aeçoud substituts-adjoints du procureur de la Commune, présents;

--** M, le vice- président a dît que les bruits qui s'étaient répandus dans la capitale avaient réuni à rH^teWle-Ville ceux de MM. les officiers municipaux qui composent rassemblée; qu'il y avait également appelé plusieurs citoyens armés et notamment une grande partie du bataillon de Saint-Eustache, qui s'était rangée sur la place de THÔtel -de- Ville.

Pour avoir des renseignements exacts, le Corps municipal a fait appeler le commandant de poste; il a expédié une ordonnance aux TuilerieSi à TAssemblée nationale. On a répondu que tout était tranquille, que le peuple était paisible» que les mouvements qui s*étaient manifestés avaient été occasionnés par la discussion â. laquelle se livrait dans ce moment l'Assemblrîe nationale sur rinviolabililé du roi; mais que le Commandant-général avait déjà donné les ordres nécessaires et qu'il n'y avait plus rien d'inquiétant. (l,p. 35fï,)

(1) Bibliographie de VhUioîfe de Paris pendant la Révotution française, l"-* partie, chap. IV, § 10<t. I, n- 3051),

(2) Imp. S p. in-S, non daté (Bib. uat., Lb 39/5205).

(3) Lee autres uoms soat restés en blanc daos le registre maDU9crU«

3^ CORPS MUNiaPAL [14 Juill. 179!]

Conformémeot à la décision du Corps municipal, le capitaine commandant le bataillon de Saint-Eustache et le capitaine des canonniers de ce bataillon ont été appelés et remerciés du zèle avec lequel ils se sont portés à THôtel-de- Ville.

Ensuite, il a été arrêté que le commandant de poste à THùtel-de- Ville, qui a assuré qu'il n*y avait plus rien à craindre et quMl avait d'ailleurs des forces suffisantes, était autorisé à faire retirer, lorsqu'il le jugerait à propos, le renfort arrivé de Saint-Eustache.

^^^ De nouveaux renseignements ayant entièrement rassuré le Corps municipal ;

Le secrétaire-greffier a fait lecture du présent procès -verbal,

La rédaction en a été approuvée.

Et M. le vice président a levé la séance.

Signé : Pitra, doyen d'âge, président; Dejoly, secrétaire-greffier.

ECLAIRCISSEMENT

(I, p. 349.) L'agitation qui se manifesta dans la journée du 14 juillet et qui motiva la réunion extraordinaire du Corps municipal fut sans aucune gravité.

Elle se rattache à la présentation projetée d'une pétition à TAssemblée nationale pour lui demander de ne pas statuer sur le sort réservé à Louis XVI avant que la nation ait pu manifester son sentiment. Une députatiou d'une centaine de personnes avait porté cette pétition au président (de Lameth), qui s*était engagé à la communiquer à ses collègues.

C'est la pétition qui fut lue le lendemain, 15 juillet, à l'ouverture de la séance. Nous aurons occasion d'en reparler (1).

Voici ce qu ou lit, à ce sujet, dans la Chroniquede Paris{no du 15 juillet):

« Hier, vers deux heures, le bruit s'est répandu que l'Assemblée nationale voulait profiter du moment où la plupart des citoyens étaient réunis au Champ de la Fédération pour prononcer un décret en faveur de Louis XVI. Ce bruit, joint à l'indignation qu'avait causée, la veille, le projet sur le même sujet proposé par le Comité de constitution, a attiré un grand nombre de personnes autour de la salle de l'Assemblée. Dans le même moment, on a présenté au président une pétition signée d'environ 380 membres et dont le but était de prier l'Assemblée de ne point prononcer sur cette question sans avoir pris le vœu de tous les déparlements. Mais, la lecture de cette pétition ayant été renvovée au lendemain, le mécontentement s'est manifesté d'une manière un peu forte : la garde a été obligée d'éloigner la multitude et l'on a bouché les avenues qui conduisent à l'Assemblée. »

(1) Éclaircissement du 16 juillet. (Voir ci-dessous, p. 385^387,)

[ISJuilL j:9i] DE LA COMMUNE DE PARIS 351

15 Juillet 1791

CORPS MUNICIPAL

**** Du [ven<lredi] 1^ juillet 179 1^ à six heures après-midi;

L*î Corps municipal couvoqué en la forme ordinaire, présidé par M, le Maire, et composé de MM. Tassin, Filleul, Dey eux, Cardol, Stouf» Clioron, Champion, Lafisse, Couart, Lesguiliiez, Pitra, CousiUf Etienne Le Roux, Trudon, Raffy, Le Roux de La Ville, Tiron, Caouel, Vigner, Fallet, Borte> Lardin, Hardy, Bernier, Jolly, Charon, Le Camus, Viguier-Cuniy, Debourge, Prévost, J,-J. Le Roux« RegnauU, Dacier; MM. Cahier et Desmousseaux, premier et second substituts-adjoints du procureur de la Commune, présents;

S'étant fait représenter son arrêté du là de ce mois, relatif aux actionnaires des eaux de Périer (1) ;

Lecture faite de l'extrait du procès- verbal de l'Assemblée nationale du 6 de ce mois, sur le même objet (!à) \

Ouï te second substitut-adjoint du procureur de la Commune;

A autorisé le secrétaire-greffier à délivrer et à faire incessamment parvenir au Directoire du département des expéditions certi liées de loutes les pièces déposées au greffe de la Ville concernant les eaux de Périer (3).

***- Sur le rapport, fait au Corps municipal par le Comité de bienfaisance (i), du compte à lui rendu par M, Dey eux, ancien notaire, d*un dépôt fait entre ses mains d'une somme de 9.7Ûti livres, provenant d^un legs fait par le sieur abbé Plowden, destiné aux pauvres de la paroisse de Saint-Etienne-du-Mont, conformément h un acte du 28 juin 178^, lequel dépôt se trouve actuellement réduit à

<1) Arrêté da làiiiilJet. (Voir ci-dessua, p. ^30.)

(2) Décret du 6 juillet. (Voir ci-deasU3, p. :î3S.)

^3) Cet arrélé, qui af^surc ai mp] émeut re\écuUou dea preampUaus du 6 juillet, est le conipliînjieDl de l'arrùtL* du 12 juillet.

(4) Ci^iumidJ^ion iimnieipale de bîeDf&iaauCËf iustituée par JkiTètè du 9 avril 1791. (Voir Tome 111, p. 52û-52i,>

354 CORPS MUNICIPAL [15 Juill. 17911

de La Tour et Bontemps, membres de ladite Commission. (III^ p. 360.)

-**^ Le Corps municipal;

Informé que, sur le fondement de la nouvelle circonscription des paroisses de Paris, MM. les payeurs des rentes se croient autorisés à refuser aux marguilliers en exercice des églises supprimées le paiement de celles qui leur appartiennent (1);

Considérant que, aux termes des décrets de TAssemblée nationale, les marguilliers des fabriques des différentes paroisses sont maintenus jusqu'à nouvel ordre dans la gestion et administration de ces fabriques; qu'il importe d'autant plus d'entretenir l'activité de cette administration que, les revenus dont il s^agit étant destinés au paiement des employés subalternes des églises et à celui d'une infinité de menues dépenses nécessaires au service du culte, le recouvrement ne peut en être retardé sans préjudicier à l'exactitude de ce service et sans faire souffrir une infinité d'individus;

Le second substitut-adjoint du procureur de la Commune entendu ;

Arrête que, dans le cas où il n'y aurait pas d'empêchement légal^ MM. les payeurs de rentes seront invités à payer aux marguilliers en exercice des différentes paroisses de Paris, même de celles qui ont été supprimées ou réunies, les arrérages des rentes appartenant aux fabriques de ces paroisses pour tout ce qui en est échu jusqu'au !•' janvier 1791, à l'exception toutefois des rentes destinées au soulagement des pauvres desdites paroisses, dont les arrérages, aux termes de la loi du 25 mai dernier, devront être versés dans la caisse du préposé nommé à cet effet par la Municipalité; ■

Autorise le procureur de la Commune à faire lever les oppositions ou les empêchements qu*il aurait pu apporter à ces paiements;

Arrête, en outre, que le présent arrêté sera porté à l'approbation du Directoire du département;

Et, pour en sufvre l'effet, a nommé MM. Cauchin de La Tour et Bontemps, membres de la Commission de bienfaisance et de l'organisation des paroisses.

— ^ Sur la représentation, faite par le second substitut-adjoint du procureur de la Commune, de l'arrêté pris dans la séance du 12 de ce mois, relativement à l'avance de 12.000 livres, qui doit être faite pour le paiement des particuliers salariés attachés au service du culte (2) ;

Le Corps municipal;

(1) Discussion ajouraée le 12 juillet. (Voir ci-dessus, p. 333.)

(2) Arrêté du 12 juiUeL (Voir ci-dessus, p. 333.)

Ajoutant à ses premières dispositions;

Arrête que la Commission de bienfaisance prendra les mesures nécessaires pour assurer la rentrée des avances faites pour l'acquit des dettes des fabriques et que tant le présent arrêté que celui du 12 de ce mois seront soumis à l'approbation du département;

Charge M. Cauchin et Bontemps, commissaires précédemment nommés, d'en suivre Teffet.

-^--^ Le Corps municipal ;

Etant informé par M. le Maire et les administrateurs au Département de la police des mouvements qui se sont manifestés aujourd'hui dans les environs des Tuileries, de l'Assemblée nationale et au Palais-royal (1) ;

Instruit que quelques particulier^ se sont portés aux portes des spectacles et qu'ils les ont presque tous fait fermer;

Ouï le second substitut-adjoint du procureur de la Commune;

A arrêté que le Commandant-général demanderait et ferait incessamment parvenir au Corps municipal les motifs qui ont pu déterminer les commandants de chacun des postes à laisser pénétrer dans les spectacles et à les laisser fermer (2).

-'^^ Lecture faite du procès-verbal, la rédaction en a été approuvée.

^^^^^ Le Corps municipal s'est ajourné à lundi prochain (3).

Et M. le Maire a levé la séance.

Signé .-Bailly, Maire; Dejoly, secrétaire-greffier.

ÉCLAIRCISSEMENTS

(I, p. 352.) Dans un recueil intitulé : Pièces relatives à la dénonciation faite contre M. Colin db Cancey^ commandant du 8^ bataillon de la V« divisiony par M. Vialla, aide-major dvdit bataillon (4), se Irouvent précisément le procès- verbal et Tarrèté du comité de la section de Popincourt, du i5 juillet, dont une députation vint donner communicalion, le même jour, au Corps municipal.

(1) Il sera question plus longuement de cette agitation, motivée par la discussion qui se poursuivait devant TAssemblée nationale sur les suites politiques et judiciaires à donner à l'évasion du roi, au cours de la séance du Corps municipal du lendemain, 16 juillet. (Voir ci-dessous, p. 311.)

(2) Séance du 11 juillet. (Voir ci-dessous, p. 401-402.)

(3) Lundi, 18 juillet.

(4) Imp. 24 p. in-4 (Bib. nat., Ln 21/4565).

356 GORPS MUNICIPAL [15 Juill. 1791]

Il est indispensable, pour se rendre compte des faits dont le Corps municipal s'occupa dans la séance du 15 juillet et dans plusieurs autres, d*ayoir sous les yeux cet Extrait du regiitre des procès-verbaux du comité :

Le 15 juillet 1791, le comité de la section de Popincourt assemblé, d'après des bruits répandus dans la section au sujet d'une conversation qui a eu lieu hier entre MM. dk Cancet, commandant du bataillon, Thouvenin, capitaine du centre, et Vialla, capitaine aide-major du même bataillon ;

M. ViALLA, introduit dans rassemblée, a fait sa déposition, dont la minute est restée au greffe et dont suit copie :

« Le 15 juillet 1191 et Tan lll* de la liberté française, a comparu devant MM. les officiers civils de la section de Popincourt, assistés d*une partie des officiers du bataillon de ce nom, le sieur Vialla (Jacques -Louis), capitaine aidemajor dudit bataillon, à Teffet de verser dans leur sein les sollicitudes qu'il a conçues pour la liberté et motivées sur une conversation insidieuse, artificieusement ménagée par le commandant du bataillon et le capitaine du centre^ dont voici le détail dans toute sa pureté.

« Le 14 juillet, jour de la Fédération (1), vers les onze heures du soir, les sieurs Colin, ci-devant de Cancet, commandant du bataillon de Popincourt, et ThouvsNiN, capitaine du centre du même bataillon, furent trouver le sieur Vialla, capitaine aide-major dudit bataillon. Le sieur Thouvenin, entamant la conversation, dit : « Vialla, vous êtes garde-française? ^ Non, Monsieur, je suis garde nationale. Je me rappelle avec effusion et seosibilité que je fus garde-française. » M. le commandant : « Qu'êtes-vous? — Je suis citoyen », répondit le sieur Vialla. Le commandant répliqua : « Ce n*est point cela. Demain, les Comités réunis doivent remettre Louis XVI sur le trône : que ferez-vous? — J'obéirai à la loi. Cependant, je trouve que, en ce moment, une telle décision aura lieu d'étonner et pourra amener des troubles. — Vous avez raison », reprend le commandant, « et demain Paris sera k feu et à sang. Il semble », ajoute le commandant, « que vous n'aimez pas le roi? — Je déteste tous ceux de son espèce, et, comme les habitants de mon pays, j'ai l'humeur républicaine. Cependant, si la loi prononce, comme je m'honore d'être son esclave, je me soumettrai à sa voix. » M. Tuouvenin : «F....! Je sais bien ce que vous êtes dans le cas d*oser. Mais, si vous bronchez, le premier coup de feu sera pour vous. » M. Vialla : «Ce langage est celui d'un esclave. » M. Thoovbnin : « Ce sont des mots. » M. Vialla : « Oui, saus doute, daus la bouche d'un homme tel que vous, mais non pas lorsqu'ils émanent d'un coeur citoyen par principe et qui sent toute la dignité de son état et de son caractère. Ne croyez pas n'en imposer et tenez-vous convaincu que tout l'univers se conjurerait en vain contre mon opinion. » M. Thou-

yenin : « Allez! Avant trois jours, je vous f dehors d'ici. » M. Vialla :

« Monsieur rit, sans doute? » M. Thouvenin : « Fo....dieu (le poing serré et en signe de menace) ! Nous verrons demain ! J'arbore la cocarde blanche, et le signal de la révolte se déploie. Oui. oui (affirmativement)! Demain, la France sera à feu et à sang. » Le commandant : « Demain, il passera un ordre : vous ferez assembler le bataillon, et j'écrirai à M. Lecousté (2), qui commandera en mon absence, ce qu'il faut qu'il fasse. S'il vieut des Royal-piques, vous les placerez à la gauche du bataillon ; tâchez qu'ils ne soient pas mêlés avec les volontaires. £t vou», Monsieur, soyez dans l'esprit droit de la Révolution, et agissez de môme, parce qu'il faut sans doute déployer la force. » M. Vialla :

(!) Plutôt jour de l'anniversaire de la Fédération.

(2) Lecousté (Pierre-Hervé), rue ou avenue de Méuilmontant, indiqué par les Étrennes aux Parisiens patriotes et VAlmanach militaire national comme capitaine de la ir* compagnie.

[!S Juin, Î7911 DE LA COMMUNE DE PARIS 357

* Monsieur, ïa loi De veut point de sang, et je crois que la garde nationale ne doit point être rinstrunient ^u despoliâme, ■ M. le commandant : « Je aujs fiché de vont voir na îel esprit; et, puisque YOns ne pensez paa comme nous, t.... le camp, donnw votre démission ! « M. Vialla : « Voua n'avez aucun droit de me tenir ce langa^^e, encore moin^ celui de condamner D>on opinion. Et, pour me résumer, je vous déclare loyalement que, quoique je sois convaincu que les rois sont les plus cruels ennemis des peuples, quoique j'aie pour cette classe une haine qui m'honore, je vous déclare, dis-je, que, si la loi prononce que Louis XVI est remis sur le trône, je me soumettrai à la loi, comme je m'y soumettrai, si elle prononce le contraire. Dès lors, toutes les passions particulières s'abaissent, et je les sacrifie à mon idolâtrie pour la loi. » M. DE Cancey : c< Je ne suis pas content de vous. » M. Vialla : «< Je le suis bien moins.de vous, Monsieur : vous venez, à une heure indue, influer sur mon opinion, la contraindre par des menaces d'expulsion et menaces de mort, et il semble, Messieurs, que vous ayez saisi la veille d'un jour auquel doit, selon vous, se donner le signal du carnage pour me tenir un tel langage. D'ailleurs, Messieurs, ce qui me confond, c'est que je me rappelle que vous êtes d'un service assidu auprès du roi et de la reine, dont, à la vérité, j'ignore les causes et l'objet, mais qui, à vous dire vrai^ me parait suspect, surtout quand je le rapporte au langage et aux menaces par lesquelles vous prétendiez m'en imposer. Mon inquiétude pour mon pays augmente, lorsque je me remets à l'esprit le dessein de M. Thouvenin d'arborer la cocarde blanche. » M. Thouvenin : « Vous, M. l'officier comme nous, vous ne pensez pas de même : prenez-y garde, car avant trois jours, je vous fais f le camp d'iéi : tenez vous le pour dit. »

tt Toujours inébranlable, toujours dans le sang-froid de la raison et du calcul, le sieur Vialla répondit à une infinité d'invectives par les mots de soumission à la loi et se borna entièrement à l'étendue des principes sacrés qui en déterminent le sentiment et l'amour.

« M. Vialla a, aujourd'hui, 15, été chez M. Thouvenin, et lui a rappelé la conduite qu'il avait tenue la veille à son égard. M Thouvenin a toujours persisté à condamner l'opinion du sieur Vialla, malgré que celui-ci ait répété à plusieurs reprises que sa conduite serait toujours déterminée au nom de la loi, et n'a même pas permis à M. Vialla de rappeler les objets les plus essentiels de la conversation de la veille et a terminé par dire que l'officier devait penser différemment que le soldat et que l'e.^prit de l'un ne devait pas être celui de l'autre. M. Vialla a cru devoir faire remarc[uer à M. Thouvenin que l'officier et le soldat ne devaient avoir d'autre esprit que celui de la constitution. M. Vialla s'est retiré. »

Signé : « Vialla, capitaine aide-major. »

Le comité;

Ayant entendu la lecture de la déposition du sieur Vialla, aide-major du bataillon de Popio court;

A arrêté que MM. les capitaines des compagnies volontaires seront invités à donner des ordres pour que tous les volontaires de leur compagnie restent dans leurs maisons et se tiennent prêts à marcher au premier ordre;

A arrêté, en outre, que copie de la dénonciation du sieur Vialla serait envoyée sur-le-champ à la Municipalité, pour qu'elle en ordonne ce qu'elle jugera convenable (1);

Et a nommé, pour porter ladite délibération et dénonciation, MM. Robillard>

(1) D'après le Rapport au Commandant-général, adressé le 17 juillet par Colin DE Cancey, la dénonciation fut envoyée, en même temps qu'à la Municipalité, au Comité des recherches et à tous les clubs, u pour en rendre le poison plus actif ».

358 CORPS MUNICIPAL [15 Jaill. 1791]

SuGHBT, Chistel et MoiNET, membres du comité (1), qui ont accepté et s'en sont chargés avec empressement, désirant concourir de tout leur pouvoir à la tranquillité et k la conservation de leurs concitoyens ;

A arrêté, en outre, que le sieur Vialla., en vertu de la loi, sera sous la sauvegarde du comité civil et de toute la section.

Le comité, réuni avec partie des officiers du bataillon, émet le vœu que MM. DE Cancbt et Thouvenin soient mis provisoirement en état d*arrestation.

Signé : Cosanoe, président ;

DE Salviny, secrétaire-greffier.

Le même recueil comprend la copie d*une déclaration de Colin de Cancey, du i6 juillet; la copie d'un Rapport du même commandant au Commandant-généraly daté du 16 juillet, remis le 17 ; la copie d'une lettre du même, intitulée : Protestatiofiy en date du 17 juillet; enfin, un exposé présenté par lui A MM, du Comité des rapports de V Assemblée nationale.

Des explications contenues dans ces divers documents, il résulte que, d*après Colin de Cancey, la visite chez Taide-major eut lieu, non à une heure indue (on/.e heures du soir), mais à neuf heures et demie au plus lard, et que, au cours de la conversation, Vialla, répondant à une question, déclara qu*il était républicain et que personne au monde ne pourrait changer son opinion, déclaration qui, selon la remarque du commandant de bataillon, le mettait hors de la constitution, puisque la constitution voulait un roi. Colin de Cancey reconnaît d'ailleurs que le capitaine ToouvENiN dit, en sa présence : « Eh bien, si le parti républicain a lieu par malheur, je tourne casaque, moi et ma compagnie, ^et j'arbore la cocarde blanche. »

Colin de Cancey raconte encore que sa maison avait été menacée, que le peuple en rumeurs avait parlé d'y mettre le feu, que deux lanternes avaient été préparées pour Thouvenin et pour lui ; en quittant son service aux Tuileries, le 15, au matin, il se rendit à la caserne, y fut consigné par l'ordre d'un officier insubordonné qui ne pouvait être que Vialla, et n'obtint la permission de sortir qu'après avoir signé l'ordre d'enlever de chez l.ui le drapeau du bataillon. On essaya même de nommer un autre commandant) mais sans réussir à se mettre d'accord.

Finalement, le 17 juillet, il écrit qu'il est obligé, par prudence, de s'absenter de chez lui jusqu'à ce que la protection de la loi ait calmé les esprits et ramené la paix dans la section.

Ce mêmQ jour,'un colporteur de journaux était arrêté dans la section de Popincourt pour avoir crié : La grande trahison du commandant du bataillon de Popincourt (2). Mais il n'a été trouvé aucun imprimé portant ce titre.

Enfin, voici en quels termes le Courrier des 83 départements (n" des 19 et 20 juillet) racontait l'incident :

« Le commandant du bataillon de Popincourt et le capitaine du centre ont été dégradés et chassés. Demain, nous en dirons le motif. »

Et le lendemain :

(1) Des quatre délégués, deux seulement figurent comme membres du comité dans VAlmanach général du département de Parus pour Vannée i79i ; Moinet (Nicolas-Pierre), jardinier, et Chistel (Michel), maître paveur.

(2) Procès- verbal, pièce manusc. (Arch. de la Préfecture de police).

fis ïm\l 1791] DE LA COMMUNE DE PARTS 350

I ^'ou5 avons dit hier que le coni mandant du bataillon de Popiacourt et Je capitaine du centre avaient été dégradés et chassés. En voici la cause. Trois ou quatre jours avant la malheureuse afTaire du Champ-de-31ârs, ces deux ofAcïers s'étaient rendus chez leur chef de division, pour savoir quelles étaient ses vues relativement à Tétat des afTaires publiques; ils lui dirent que leur intention était de prendre la cocarde blanche. Cette demande anM-pa^triotique ayant été dénoncée au bataillon, les deui coupables ont été dégradés ignominieusement : un arrêté les a déclarés à jamais incapables de servir dans Ja garde nationale, ii

(IIp p, 333.) L'arrêté du Corps municipal, du 15 juillet, et les lettres qui y sont visées ont été reproduits en afficheT avec ce titre : Arrêlé concernant la libre drculalion des armes dans V intérieur du royaume (1)»

A la suite de Tarrété reproduit dans les mêmes termes qu'au proi^êssverbal , figure la Copie de la lettre du procureur-général syndic du départe' ment à M. le Maire, ainsi conçue :

J^ai rhouneur^ Mousieurf de vous envoyer la copie d'une lettre Que ïe ministre de rintérieur vient d'écrire au Directoire r il est essentiel que voua fassiez connaître cette lettre aux iK secUons et que vous recommaudiez de n*apporter aucun obstacle 6 la libre circulation des armes dans TîntL-rieur du royaume. S'il est du devoir des niuuicipalités de protéger les cou vois uiilitatresT lorsque les conducteurt sont porteurs de cerlilicats qui sUt'^LeDtleur de.^tinaliou, c'e=tt pour elles un devoir encore plifs rigoureux de s'opposer à tout enkWeraeut d'armes.

Je vou» prie de rappeler ces priocipes.de police g^'nérale aux citoyens de la capitale et de les Inviter à s'y conformer.

Bifiné : Pastorut, procureur-général syndic du déportemenL

Vient ensuite la Copte de la lettre de }\.de Lessart, ministre de l'intérieur, à MM. du Directoire et le procure ur^gënéral sf/ndic :

J'ai été instruîtt Messieun, par le& comoiissaîres-gcnéraux aux transport» militaires^ que les voitures chargées du transpurt des Tusils destinés à l'armemeot des gardes nationales des départements ilu royaume ont été arrâtéoi dans différents endroits par les municipalités et que guelques-unes se smit ui^me permis de retenir une partie de ces fuMis pour l'armement de leur garde nationale^ quoiqulls ne ïeur fussscnt pas destioés, La crainte que cca arrestations ne se renoUTetassent a mis dau!» la nécessilé de suspendre le transport de ces fusilSi Jusqu'à ce qu'il put s'effectuer avec sûreté.

Je vous prie, enconsèquencej de donner les ordres les plus précis a toutes leg municipalités de votre département^ pour que rien ne s'oppose à la lihre circulation des armes dans rintérieurt surtout lorsque le» voituriE^rs sont porteurs de certiiicats des commaudauis de l'artillerie, visés par les municipalités des villes d'oîL les armes auroutété tivrée^^ soit pour Tarmement des gardes natioualeii des départemental soit pour l'approvisionnement des magasins. Vous voudrez bien aussi donner des ordres pour qu'il ue soit distrait, ni enïevè, dans la route, aucunes parties d'armes, par aucunes municipalités, sous quelque prétexte que ce puisse âire<

Âussitût que vous aurez donné ces ordre»} je voua aérai obligé de m'en ina-^

(î) Imp. m. ToL (BîbK de la Ville de PariSt dossier d'afQcbes), et imp. 4 p. In-S (Bib. nat., Manusc. rcg, 269S, fol. 36, et Arch, de ta Seine, D 154^ — Cette pièce n'est pas signalée dans la Bibliographie de M* Maurice TouniïiiuX'P

360 CORPS MUNICIPAL [15 Juill. 1791)

truire, afin que, de mon côté, je prenne les mesures nécessaires pour que les transports se fassent sans délai.

Le ministre de lintérieur, Signé : Delessart.

(III, p. 354.) La loi du 25 mai 1791, dont il est ici question pour la première fois, et qui eut pour résultat la réorganisation du service des secours à domicile dans la ville de Paris, est elle-même une conséquence de faits ne touchant que très indirectement la question d'assistance, tels que la main mise de l'Étal sur les biens ecclésiastiques, le remaniement des circonscriptions territoriales au point de vue du culte et la suppression d'un certain nombre de paroisses.

C'est sous la forme très modeste d*un projet de décret relatif aux rentes appartenant aux pauvres des paroisses de Paris que Camus présenta, à la séance du 20 mai, matin, le résultat des délibérations du Comité des finances. Après une très courte discussion, le décret fut adopté dans les termes suivants :

Article !«'. ^ Les rentes appartenant aux pauvres des paroisses de Paris, qui étaient payées sur les quittances des curés des paroisses, seront acquittées, pour tout ce qui est échu jusqu'au !•* janvier 1791 et pour tout ce qui appartenait aux pauvres des paroisses conservées, sur les quittances des curés desdites paroisses. Les parties appartenant aux pauvres des paroisses supprimées, ainsi que les arrérages de toutes lesdites rentes appartenant aux pauvres qui sont échus ou qui écherront à compter du !•*■ janvier 1791, seront perçus ainsi qu'il va être dit.

- Art. 2. — La Municipalité de Paris nommera sans délai une ou plusieurs personnes pour recevoir la totalité des revenus appartenant aux pauvres dans la ville de Paris, de quelque nature que soient lesdits revenus; et, à mesure que lesdits revenus rentreront, la Municipalité en fera, semaine par semaine, la répartition entre les 33 paroisses actuellement existant dans cette ville, pour y être distribués par les personnes que la Municipalité commettra provisoirement à cet efTet; le tout sous la surveillance de la Municipalité.

Art. 3. — La Municipalité présentera, dans le délai d'un mois, un plan définitif pour régler l'administration générale, la perception, la répartition entre les paroisses et la distribution dans chaque paroisse des revenus et aumônes fondés en faveur des pauvres des paroisses de Paris.

Art. 4. — Les administrations, bureaux de charité et autres établissements qui ont eu précédemment la gestion desdits revenus en rendront compte à la Municipalité.

L'Assemblée déclare ne pas comprendre dans le présent article les curés, pour ce qui regarde les revenus et aumônes qu'ils ont perçus et distribués personnellement.

Un seul amendement fut présenté et adopté. Dans l'art. 4, Camus proposait que le compte des bureaux de charité et autres établissements anciens fût rendu au Directoire du département. Moreau demanda que le compte fût présenté directement à la Municipalité, et son avis prévalut, ce qui ne faisait qu'accentuer le caractère purement municipal que l'Assemblée entendait donner à l'administration des secours à domicile (1).

(1) Séance du 20 mai 1791. matin. (Voir Archives parlementaires, t XXVI, p. 246-247.)

[15 Juill 1791] DE LA COMMUNE DE PARIS 361

A la suite du décrel du âO mai, le Conseil du département adopta^ le ^juin, un projet de réunion dans ime même caisse et de répartition entre les sections^ suivant leurs besoins, des revenuii ûies des pauvres de Pai'is, projet qui fut envoyé à la Municipaltté (1).

Le 9. juin, nous trouvons une lettre circulaire du Comité de bienfait^ance de rHôtel-de-Ville aui niarguilUers des paroisses, demandant : 1° Tét^t des rentes appartenant aux pauvres de chaque paroisse; 2o Tét^t des immeubles dont les revenus sont affectés à des actes de bienfaisance ou de charité; 3o la nature des secours accordés aux pauvres, soit en argent, soit en pain, soit en médicaments, soit en habits ^et couvertures, lettre signée : Stouf, Chevalier, Cauchin de La Tour (2).

Ces renseignements étaient vraisemblablement demandés pour le rapport que Cousm déposa, lé 15 juin, devant le Corps municipal, sur « les moyens de venir efQcacement au secours des pauvres domiciliés dans l'étendue des différentes paroisses de la capitale », rapport dont le Corps municipal prescrivit renvoi au Directoire du département (3).

II n'est point question de ce rapport dans les procès-verbaux manuscrits du Conseil du département. On n'y trouve, à la date du 18 juillet 17^1, qu'une note ainsi conçue :

«r Un membre du 2« bureau a rappelé au département le rapport qu'il avait fait sur un mode particulier pour l'administration des revenus fixes appartenant ci-devant aux différentes paroisses de Paris et à répartir maintenant dans les nouvelles circonscriptions; il a demandé que copie de ce rapport, dont les vues avaient été adoptées, fût envoyée par le Directoire au procureur de la Commune de Paris (4).

t< Le département a arrêté que cet envoi serait fait. »

Ici, une question se pose : le décret du 20 mai 1791 ayant confié à la Municipalité seule et à des délégués nommés par elle la gestion des revenus de.otinés aux pauvres, pourquoi le Conseil du département s'ingère-t-il dans cette administration et prépare-t-il des projets de répartition de secours?

C'est que, de par la loi organique du 22 décembre 1789 sur la formation des assemblées de département (section IJI, art. 2), l'administration départementale était formellement chargée, sous l'autorité et l'inspection du roi, de toutes les parties de l'administration générale du royaume, et notamment de celles relatives : !<> au soulagement des pauvres et à la police des mendiants et vagabonds; 2o à l'inspection et à l'amélioration du régime des hôpitaux, hôtels-Dieu, établissements et ateliers de charité, prisons, etc.. En vertu de cette attribution générale, le Directoire avait dû pourvoir au remplacement de Vdincxen Bureau de T Hôtel-Dieu, dont les membres avaient itérativement fait connaître leur résolution d'être déchargés de leurs fonctions (5).

(1) Arrêté du 3 juin. (Voir Tome IV, p. 585,)

(2) Exemplaire adressé à la paroisse de la Madeleine, pièce manusc. (Arc. nat., S 3426).

(3) Séance du 15 juin. (Voir Tome IV, p. 578.)

(4) Il s'agit maintenant du rapport et de l'arrêté du 3 juin. (Voir ci-dessus, note 1.)

(5) On a eu occasion de signaler les lettres et délibérations du Bureau de V Hôtel-Dieu des 19 et 26 août, 30 octobre et 25 novembre 1789, 17 février et

362 CORPS MUNICIPAL [15 Juill. 1791]

Encore le 23 féyrier 1791, ils ayaient unanimeinent arrêté de fixer] 'époque de leur retraite au 15 avril, au plus tard, et adopté un projet de lettre à Messieurs du Corps municipal, dont un exemplaire devait être adressé à M. le Maire et à MM. les administrateurs de la Municipalité, et l'autre au Corps municipal; cette lettre avait été, en effet, expédiée le 2 mars. A. la suite de cette dernière communication, le Directoire du département, enfin organisé (24 février 1791), se décida à intervenir et prit, à la date du 13 avril, \îa arrêté par lequel il nommait cinq commissaires pour la sur- \ veillance et la réformation des hôpitaux : MM. Montunot, inspecteur du dépôt de mendicité de Soissons; Thouret (Michel-Augustin), membre de la Société royale de médecine; Aubry-Dumesnil, ancien économe de Thôpital de la Pitié; Cabanis (Pierre- Jean- Georges), médecin; et Cousin (Jacques- Antoine- Joseph), membre de l'Académie des sciences, administrateur des établissements publics de la Municipalité de Paris (1).

Quelques indications sur les discussions à venir termineront utilement cette notice.

Le rapport sur l'organisation provisoire de la distribution des secours aux pauvres, ajourné le 20 juillet, fut discuté le 5 août (2).

Le plan définitif pour régler l'administration générale des revenus des pauvres, prévu par Tart. 3 du décret du 20 mai, fut présenté au Corps municipal le 26 septembre 1791, mais n'aboutit pas.

Quant aux commissions paroissiales, dont l'art. 2 du décret du 20 mai prescrivait la formation, elles ne furent nommées que le 12 octobre suivant.

15 décembre 1790, i9 janvier 1791. (Voir lr« série, Tomes I, p. 415, 4^7-429; III, p.U-i6, 70-7«; IV, p. 70-7^.)

(i) Voir Journal de la municipalUé et du département de Paris (n« du 8 mai 1791) et Collection de documents pour servir à V histoire des hôpitaux de Paris^ par Brièle (t. II, Délibérations de l'ancien Bureau de VHôtel-Dieu, p. 279-280 et 285).

(2) Séances des 20 juillet et 5 août 1791. (Voir ci-dessous.)

16 Juillet 1791

CONSEIL GÉNÉRAL

^'^^ Du samedi 16 juillet 1791, six heures après midi;

Le Conseil général convoqué en la forme ordinaire, présidé par M. le Maire, et composé de MM. Tassin, Trudon (Jérôme), Lecamus, Deyeux, Pitra, Jallier, Lesguilliez. Champion, Canuel, Charon, Lardin.Stouf, Choron, Vigner, Lafisse, Houssemaine, Regnault, Hardy, Nizard, Rousseau, BertoUon, RafiFy, Borie, Cardot, Couart, Stoupe, Oudet, Samson-Duperron, Watrin, Lépidor, Dumas, Lejeune, Housset, Thillaye, Bontemps, Dreue, Forié, Vassaux, Poissonnier, Mané, Lohier, Arnoux, Gérard, Franchet, Soreau, Crettet, Audoux, Cézerac, Cauchin, Joseph et Raflfron ; le premier substitut-adjoint du procureur de la Commune présent ;

^**** 11 a été fait lecture, à Touverture de la séance, d'une lettre de M. Palloy, contenant envoi et offre à chacun des membres du Conseil général de différentes gravures el de plusieurs écrits relatifs aux principaux événements de la Révolution (i).

Le Conseil général a accepté l'offrande de M. Palloy, arrêté qu'il en serait fait mention dans le procès-verbal et qu'il lui en serait adressé une expédition par le secrétaire-greffier, comme un témoi* gnage de la reconnaissance et de la sensibilité du Conseil (2).

^**^ Sur la proposition d'un de ses membres ;

Le Conseil général a arrêté que les administrateurs au Département des travaux publics donneraient incessamment les ordres nécessaires pour faire placer dans un des lieux apparents de la salle

(1) On ignore quelles gravures et quels écrits c relatifs aux principaux événements de la Révolution » Palloy (Pierre- François) put offrir aux membres du Conseil général. Il n'existe aucun écrit de cette époque publié sous le nom dudit Pallot.

(2) Copie manusc, signée : Bailly, maire; Dejoly^ secrétaire-greffier (Bib. de la ViUe de Paris, dossier n* 10441, in-foL).

364 CONSEIL GÉNÉRAL [16 Juill. 1791]

du CoDseil général le modèle en pierre de la Bastille et le tableau des membres composant le Conseil général de la Commune, offerts par M. Palloy (1).

**— * Lecture faite du décret de l'Assemblée nationale, en date de ce jour et ci-après transcrit ; (I, p. 368.) '

Ou! le premier substitut-adjoint du procureur de la Commune ;

Le Conseil général a arrêté que le décret serait à Tinstant imprimé, affiché et envoyé aux comités des 48 sections (i).

Décret de l'Assemblée nationalCf Du 16 juillet 1791.

L'Assemblée nationale décrète qu'il sera enjoint aux officiers municipaux de Paris de mettre iocessamment à exécution les trois premiers articles que TAssemblée nationale a décrétés pour la police municipale et le maintien de Tordre public.

[Suivent les trois articles décrétés le 3 juillet 1791.]

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