‹ Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution (volume 4)Chapitre 61 sur 78 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

408> GONBKIL GÉNÉRAL [Jl Dec. noo]

LANGE, capitaine de la garde nationale de Riom (1), de prendre pour article fondamental du projet d'organi»atiou de la garde nationale que ces messieurs préparent qu'on ne comprendra dans cette garde que les nobles et les bons bourgeois (ce sont ses termes), qu'il faut en écarter les artisans et les paysans, et les désarmer.

c Apprenez donc, citoyens des 83 départements, qu'il existe dans Paris une Saciéfé de vos compatriotes, où Tun des membres profère impunément de tels blasphèmes. Connaissez-leRf et sachez rejeter loin de vous leurs perfides suggestions. Il n*y eiH peut-être point eu de sang versé dans telle ou telle ville saps la correspondance de cette société dangereuse. »

A cette attaque, il fut répondu par une démarche que les Révoiuiioni de Paris (n" des 6 13 novembre) racontent ainsi :

« Le paragraphe de notre dernier numéro sur Tasseniblée des fédérés aux Petits-Pères nous a procuré la visite de M. Dagibu, président de lu Société. Il a vivement réclamé contre l'article concernant les présidents, assurant qu'il n'était point du nombre de ceux qui n'ont rien à perdre, que son séjour à Paris n'avait point pour but de faire ressource, mais au contraire recouvrement ; que, d'ailleurs, on ne devait point douter du patriotisme des fédérés, puisqu'ils étaient assemblés sous les auspices de MM. Baillt et La Fayette.

u M. DE MiLANGE, qui accompaguait le président de la Société, a réclamé aussi contre la motion qui lui est attribuée relativement au pian d'organisation de la garde nationale : cette prétendue motion, nous a*t-il dit, n est qu'un rapport, dont il a laissé copie entre nos mains, lequel contient différents projets d'organisation de la garde nationale, qui sont le résultat de plusieurs opinions. Au reste, M. de Milange nous a représenté que, n'étant point noble et n*ayant aucune prétention à la noblesse, il n'avait ni pu, ni dû voter pour l'admission exclusive de la noblesse et delà bonne bourgeoisie dans la garde nationale. r>

Mais voici le moment où la Sçciéié va développer sa plus grande activité.

Le 12 novembre, elle adopte ses statuts, qu'elle publie, accompagnés d'un préambule, sous le titre de : Règlement de la Sociéiédes gard€9 naiionaïuf, avec cette devise : La Nation, la Loi, h Roi. Notre union fait noire force (2).

D'autre part, le 13 novembre, elle adressait à tous les districts en province une circulaire confidentielle, imprimée sans nom d'imprimeur, dont, parait-il, aucun exemplaire ne circula dans Paris et qui ne fut connue ({u'un mois plus tard, par la communication qu'en fit <i un journal Dubois DE Grange, député des Ardennes, qui lui-même la tenait du Directoire de son département (3).

Voici cette pièce ;

(i) Le premier des huit secrétaire» qui signèrent, avec Là Paybtte, le» proc»>sverbaux des réunions des fédérés départementaux et le Pi'wès-verbalde taConféiiénilion des Français s'appelait Mila.noe8. (Voir l" série, Tome VI, p. oi9,)

(2) On trouvera ce Règlement à la fin du Compte rendu du 12 décembre, qui constate que « le règlement arrAté par la Société a été antérieurement rendu public et n'a vu s'élever contre lui aucune réclamation ». (Voir ci-dessous, VÉclaircissement I du 15 décembre.)

(3) Reproduite dans ÏOrateur du peuple (w du 6 décembre).

[.JPUJI.IM JilJ

[Il Dec, 1700] DE LA COMMUNE DE PARIS 499

Pari8> le 13 novembre 1790.

Chert camarades.

Les règlements coDstitutionnels de notre société vous feront assez connaître quel est Tesprit de notre réunion, et vous verrez que nous ne démentons pas les sentiments de patriotisme qui animent toutes les gardes nationales de Frauce. Témoins du zèle assidu qui distingue nos frères d'armes de Paris dans la garde des représentants de la nation et du plus chéri des rois, nous avons désiré de concourir avec eux à cet honorable service. Vous partagerez sans doute, frères et camarades, ce vœu inspiré par le sentiment naturel qui rend doublement cher k tout Français un prince ami de la constitution, un monarque citoyen ; lorsque, pour l'accomplir, ce vœu, il ne faut que votre acquiescement à une sollicitation dirigée par les intentions les plus pures, vous vous empresserez de le consacrer de votre autorisation.

Le prix le plus doux que nous puissions retirer de nos succès, c'est de vous voir partager l'honneur que nous sollicHons, si jamais ou des missions de vos départements ou vos affaires particulières vous attirent dans cette capitale.

Nous sommes, avec la plus intime fraternité, chers camarades, vos très humbles serviteurs et bons amis.

Les membres de la Sociéié des gardes nalionaïux des déparlemeiits de France» Signé : d*Aoibu, président;

TsaNBAu, vice-président;

Cbèumyillb, Rbnaux, Guyadir, Nicolbt, secrétaires;

CoiGNARD fils, Tbllibr, Tessier, Garioou, Guyadbr,

BoNAPOOL, MiLANGBs, NiBL, commlssaires ; Séouibr, secrétaire-greffier.

P, S, — Notre lettre était à l'impression, mes chers camarades, lorsqu'une insurrection du peuple, dont les journaux vous offriront sans doute tous les détails (1), nous a procuré l'occasion de nous réunir à nos frères d'armes de la capitale pour voler au secours de la chose publique. Nous avons été présentés au roi, qui a bien voulu agréer nos services auprès de sa personne. £n conséquttQce, nous aurons journellement auprès de lui deux hommes d'ordonnance, qui feront passer directement ses ordres à la Sociéié. Le lendemain, M. le Comn^andant-général et le major-général de la garde nationale parisienne sont venus en personne à notre assemblée, pour nous témoigner combien ils avaiept été sensibles à cet acte de fraternité et de civisme.

Admis à garder le roi, les fédérés départementaux ne tardèrent pas à solliciter le même honneur près de l'Assemblée nationale. La Chronique de- Paris (n" du !«■ décembre) rapporte, en effet, ce qui suit (2) :

« A dater de l'événement de l'hôtel de Castries, M. de La Fayette a admis deux fédérés du Club des Petits-Pères à venir tous les matins prendre, comme les anciens gendarmes et chevau-légers, l'ordre du roi. Ils restent vingt-quatre heures au château et sont relevés par d'autres. Le général a proposé à M. Alexandre Laueth, actuellement président de l'Assemblée nationale (3), d'admettre à lu barre une députation de ce Club desfédérésy qui demandent encore à faire le service, comme la garde parisienne, à l'Assemblée nationale. M. Lametii a répondu que, comme individus réunis en une société quelconque, les fédérés n'étaient pas dans le cas de se pré-

(I) Pillage de l'hôtel de Castries, 13 novembre. (Voir ci-dessus, p. iSS^HST.) (3) Aécit eonfirmé, dans ses termes généraux, par le Compte rendu du 42 décembre. (Voir ci-dessous, l'Éclaircissement I du 15 décembre.) (3) Alexandre db Lambtr fut président du âO novembre au 4 décembrdi

500 CONSEIL GÉNÉRAL [14Déc.l790j

senter à la barre, et qu'ils pouvaient bien moins encore y être admis s'ils voulaient y paraître à titre de société délibérante et surtout de société armée; que rien n'était plus inconstitutionnel que cette proposition. »

De tels agissements devaient éveiller la défiance soupçonneuse du parli avancé, et la tribune du Club des Jacobins était toute indiquée pour recevoir les dénonciations qui se préparaient.

C'est Fréron, le rédacteur de VOraieur du peuple, qui ouvrit le feu. Le 29 ou le 30 novembre (1), il donna lecture à la Société des Amis de la constitution d'une lettre d'un sieur Monselet, fils (2), accusant La Faiette de préparer un coup d'État : d'accord avec la reine et avec le côté droit, par l'intermédiaire de Menonville (3), le Commandant- général de la garde parisienne méditait de chasser l'Assemblée nationale et de proclamer une nouvelle constitution, fondée sur deux chambres, qui restaurerait le pouvoir exécutif. Dans ce projet, quel rôle jouait la Société des gardes nationaux? Voici :

. . . Alors, ils sont allés chercher un club expirant de fédérés, restés depuis le 14 juillet. Ils les ont ravivés sur les prétendus dangers que courait le chMeau, et, commr ces provinciaux ne savaient comment se rallier, ils leur ont fait choisir pour chef Tun des plus fameux champions du côté droit : aussitôt, ce corps rallié a mis depuis quelques jours deux de ses membres perpétuellement de gardp au château et alertes pour avertir leurs semblables au besoin. Ce n'est pas tout : ils sont environ 400 dans leur Club, qui se tient aux Petits-Pères. La Faybttb et compagnie les ont chargés d'écrire dans toutes leurs provinces, d'y peindre l'exposition du château, qu'il rend périlleuse en apparence par les motions et autres procédés dont il use, à dessein d'y exciter les esprits contre l'Assemblée, d'y déterminer d'envoyer très promptemeut ici le plus qu'on pourra d'anciens fédérés sûrs, mais incognito et sans armes, lis comptent sur 25 à 30,000 : ils ont écrit des milliers de lettres. En mCme temps, La Fayette, s'entendant avec Bailly et autres, fait amasser des sabres au Palais-Cardinal, sous la direction d'un sieur de Saint-Martin (4); il devait en être livré 900 cette semaine; ils ue l'ont pas été, parce que l'argent manquait : on les achète 5 liv. 10 sous et 6 liv. pièce; il y en a déjà peut-être 4 à 5,000. I

Avec cette force, La Fayette devait « exécuter une Saint-Barthélémy d'opposants, et se faire roi avec Marie-Antoinette, sous le fantôme de Louis XVI ».

Quel accueil fit à ces terrifiantes révélations la clairvoyante Société des Amis de la constitution? C'est Frèron lui-même qui va nous l'apprendre (5) :

« Un citoyen pénétré de ses obligations ne sait pas composer avec son devoir, surtout s'il est dépositaire d'un secret, qui, dût-il être invraisemblable et taxé d'imposture, lui parait intéresser le salut public. Je n'ai donc point balancé à lire dans la tribune des Jacobins (tribune où le nom de M. Moitié n'avait jamais été, jusque là, prononcé qu'avec les plus timides ménagements) l'étonnante dénonciation qui m'avait été faite d'un horrible complot attribué au général; j'étais bien sûr de heurter de front la servitude intolérable de ses adorateurs et d'exciter, de leur part, un soulève-

(1) Le recueil de M. Aui.ard ne rend pas compte de cette séance.

(2) Publiée dans ÏOrateur du peuple (n® 48, non daté, paru le !«• décembre).

(3) Thibault db Menonville, député de la noblesse du bailliage de Mirecourt.

(4) JouANNE DB Saint-Martin, ancien lieutenant de maire au Département de la garde nationale.

(o) Voir V Orateur du peuple (n» 50, non daté, paru le 3 décembre).

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[11 Dec. 1790] DE LA COMMUNE DE PARIS 501

ment d'indignation affectée contre l'orateur insolent qui osait publiquement déchirer, d'une main civique et hardie, le voile qui couvre leur idole, afin d'en montrer toute la difformité. J'eus donc grand soin, avant la lecture de cette lettre, d'insister tout le premier sur le peu de fondement de l'accusation qu'elle renfermait, et sur l'invraisemblance des moyens qu'elle supposait à M. Moitié. Mais, en même temps, j'invitai l'assemblée à en prendre connaissance, et de la considérer comme le produit d'une imagination patriotique, exaltée sans doute à l'aspect de tous les périls qui environnent la chose publique. Qu'il est affligeant, dans le sanctuaire même de la vérité, d'être obligé, pour faire entendre son langage, d'avoir recours à ces impostures oratoires, et d'être esclave de je ne sais quelles convenances, en défendant la cause de la liberté! Les bons patriotes, qui domineront toujours dans cette assemblée quand ils voudront bien s'entendre, parvinrent à étouffer tous les murmures et m'obtinrent un profond silence. La lettre fut donc écoutée d'un bout à l'autre, avec la plus sérieuse attention; témoin de l'heureux effet qu'avait produit, dans cette même société, la dénonciation faite par le brave Gerdret (1), je pensai qu'il suffisait d'éventer, par la plus grande publicité, cette sauvegarde du peuple, le plan dont on accusait le général, pour qu'il allât se confondre dans le néant avec ceux de t'avras, de Riolles et de Bonne-Savardin. Exciter la surveillance publique de tous les amis de la constitution, de toutes les sections de la capitale, était mon seul motif.

« Ma lecture faite, la discussion s'ouvrit sur-le-champ : il en résulta, d'après les lumières répandues par quelques opinants, que plusieurs points de cette lettre n'étaient pas aussi extravagants, aussi dénués de fondement, aussi dignes de mépris qu'on l'avait d'abord cru; Thisloire des fédérés restés à Paris, on ne sait pourquoi, depuis le 14 juillet, et formés en club, lequel est présidé par les aides-de-camp du sieur Mottié, se trouva de toute vérité; on sut encore (chose qu'on ignorait absolument) que deux fédérés, ainsi que le marque la lettre qui explique le motif secret de cette disposition, montaient depuis quelque temps la garde, tous les jours, au château des Tuileries, de l'autorisation expresse du général, y faisaient le service des anciens chevau-légers et gendarmes, et prenaient directement l'ordre du roi.

« M. Alexandre Lameth renchérit encore sur ces explications, en rendant compte à l'assemblée des démarches toutes récentes que le sieur Mottié a faites auprès de lui, pour qu'il consentît, en qualité de président, à ce que des députés du Club des fédérés fussent admis à la barre, pour demander à faire le service, comme la garde parisienne, à l'Assemblée nationale. M. Lameth, après lui avoir observé que rien n'était plus inconstitutionnel que la proposition que faisaient ces fédérés, s'ils avaient, pour cela, mission de leurs départements, ne lui cacha point qu'il s'opposerait avec énergie à ce que leur vœu reçût l'adhésion de l'Assemblée. Mais ce n'est pas tout : le sieur Mottié est encore revenu à la charge auprès de M. de Lameth chez le garde des sceaux I La lettre de M. Monselet peut seule expliquer cet étrange empressement. Car enfin, à quoi bon placer des fédérés chez le roi et dans l'Assemblée nationale, si l'on n'était pas animé par des vues particulières?

(1) 7 novembre 1790. (Voir ci-dessus, p. 24^-314.1.)

502 CONSEIL GÉNÉRAL [il Dec. 1790]

Il faut aussi, pour que M. dk La Fayrtîb ait surmonté la répugnance naturelle qui rejoigne de MM. LAMErra et l'aversion même qu'il leur porte; pour qu'il n'ait pas voulu attendre la présidence suivante, qui auraitpu tM plus favorable à sa demande; pour qu'il ne se soit pas contenté d'en parler une première fois à M. liAMRTii et qu'il ait essayé de vaincre une seconde fbii sa résistance: pour qu'il ait même, malgré tous ces refus, envoyé ènooro des députés fédérés chez M. Lameth réitérer les mêmes instances; il fkutfdii'jp, que, d'un côté, il regarde comme un point capital, comme un point d'oO dé* pend effectivement le succès de ses vues, qu'il y ait deux fédérôl de garde dans l'Assemblée nationale, comme il a réussi à en placer deut chez le roi, et que, de l'autre, il croie que le moment est venu, qu'il n'y tt pas uni mi* nute à perdre, et que tout est disposé pour l'exécution de ses grandi projets. Mais alors, la lettre de M. Monfklrt donne la clef de tous cet teoUrements du sieur Mottiê : les fédérés, dit*ii, ont écrit des millieridé lettres dans leurs provinces, et on a invité leurs commettants, au nombre de 30 mille hommes, à se rendre à Paris, incognito et sans armes.

« Cette troupe armée, à l'instant précis qu'il faudra agir (et qui vous a dit qu'ils ne sont pas déjà dans nos murs?}, tombera sams pitié sortes députés patriotes qui s'opposeront à la proclamation du roi,' en fera une Saint-Barthélémy, etc.. Mais, dans cette supposition, n'était-ce pas un coup de partie que de placer deux fédérés à l'Assemblée nationale, pour qti'its pussent, à un moment convenu, avertir par un certain signal leurs commettants armés et leur faciliter l'entrée de la salle?... •

Mais toute diflérente est la version publiée quinze Jours plus tard parle Journal des clubs ou sociétés patriotiques (n* du 18 décembre) :

« La lecture de la lettre de M. Monsiclkt fils excita un murmure général d'indignation et de mépris; elle valut à M. Fréron des reproches fflélités de sa sottise ou de son impudence et fit pleuvoir sur lui et sur la mémoire de son père les propos les plus forts, et d'autant plus désagréables qu'il n'eut rien à répondre. Des Amis delà con^f</u/ton peuvent bien quelquefois excuser le citoyen qui exprime son patriotisme en termes Un peu trop exaltés; mais ils ne pardonnent jamais la calomnie lorsqu'elle se reconnaît, et l'auteur avoue que cette défaveur élevée contre lô Club des fédMs éi&\l due seulement à Topinion de quelques membres de l'assemblée, dans laquelle les gardes nationaui ont trouvé un grand nombre de défenseurs et d'amis. D'ailleurs, MM. les fédérés rendent justice à leurs frères d'armes de Paris et se louent infiniment des marques d'estime et d'amitié qu'ils M'ont cessé d'en recevoir, »

Déjà, dans un numéro précédent (n® du 4 décembre), le Journal des clubs avait pris, en termes très vifs, la défense de la Société des gardes nationaux, en appréciant, ainsi qu'il suit, la dénonciation apportée par FabOR aux Jacobins :

« Vous dites la vérité, ou vous êtes un infâme calomniateur.

tt Si vous dites vrai, il faut le prouver. Si M. de La pAYËrtB est capable et coupable de ce dont vous l'accusez, il faut le juger et le punir.

« Mais vous, qui cherchez, non pas à le faire juger, niais à le faire massacrer, si vous avez eu l'impudence, la scélératesse détromper le peuple en l'excitant contre son ami, contre son défenseur, quelle punition méritez-

vous i

[{{ Dec. 4790] DE LÀ COMMUNE DE PARIS 503

«Tremblez, ou liv^ez-TOtlS à la joie: iih tribunal vieht d'être établi; il rêt)rimera l'aitclace de ces hommes de sang qui servent les ennemis du peuple en soufflant la discorde, eu prêchant le meurtre. 11 est temps qu'il fasse un eîemple ; je lui dénoncerai votre écrit, je vous forcerai de le soutenir, de le prouver légalement. Puisque vous jetez l'alarme, puisque vous faites le délateur, vous devez être soumis à la loi laplusnaturelle^ h celle du talion. Eritre vous deUx, il doit y avoir une couronne civique pour l'innocent, le supplice pour le coupable.

« M. îjfe La Fatette, M. de SAJNt-MARiiN, tous les fédérés que vous inculpez, peuvent vous prendre à parti; l'irttérêt public le veut, il commande d'exiger les recherches les plus précises dans ce Palais-Cardinal que vous indiquez, d'exiger que la conduite du délateur et celle de ceux que l'on accuse d'avoir abusé de la confiance du peuple soient mises au grand jour devant la Municipalité, devant les juges des tribunaux, devant l'Assemblée nationale et devant tous les Citoyens.

o Mais j'abandonne la plupart des points de votre numéro pour ne m'attacher qu'à ce qui regarde les deux fédérés que, ou par méchanceté, ou par ignorance, vous dites n'être perpéiuetlenient de garde au château que de» puiè quelques jours. Il importe que le public ait là-dessUs des instructions précises, et qui le mettent à portée de juger combien le reste est absurde ou atroce.

t Depuis que le roi est k Paris, l'état-major a souvent admis dans sa garde des gardes nationaux de différents départements; cette mesure de fraterttité avait l'avantage de satisfaire nos frères d'armes des déparlements, et en même temps de prévenir les jalousies qui pouvaient exister entre les autre^'gardes nationales et celle de Paris. On peut se rappeler avec quel soin les ennemis du bien public s'étaient efforcés d'exciter ce sentiment de jalousie, et de semer la discorde entre la garde nationale de Paris et celle des autres départements.

« A l'époque de la Fédération, les gardes nationales de tous les départements firent un service auprès de l'Assemblée nationale, auprès du roi et à l'Hôtel-de-Ville; ce service cessa lorsque les batihlères furent parties. Quelque temps après, ceux des fédérés qui restaient à Paris formèrent une société; ils demandèrent à avoir des armes et à faire un service. On leur observa que, quoique la garde nationale de Paris désirât, comme elle l'avait fait depuis que l'Assemblée nationale et le roi étaient dans la capitale, de recevoir au milieu d'elle ses frères d'armes des 'départements, parce qu'elle n'avait jamais prétendu à aucune exclusion en sa faveur, cependant il ne pouvait se former de corps armé dans Paris, ni même d'association militaire, qu'avec la permission de la Municipalité; que, d'ailleurs, si MM* les fédérés avaient envie de monter la garde, il fallait d'abord s'entendre sur ce point avec le président de l'Assemblée nationale.

a MM. les fédérés, qui depuis longtemps avaient prévenu M. le Maire de la formation de leur société, s'adressèrent successivement à différents présidents de l'Assemblée nationale, sans que cette affaire fut terminée. Quelques-uns seulement dirent que le Commandant-général de la garde nationale parisienne, gardant l'Assemblée et le roi, pouvait, s'il le voulait, y introduire des soldats nationaux de différents départements, et que c'était lui qui était responsable de ces deux dépôts.

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