‹ Actes de la Commune de Paris pendant la RévolutionChapitre 24 sur 72 · TONNERRE · texte numérisé non relu

TONNERRE

« La terreur est générale... »

Et, le lendemain (n* du 27 janvier), le même rédacteur insiste sur sa dénonciation :

« Tout le monde a le droit de détruire le Club monarchique^ excepté la Municipalité. Mais, actuellement que cette société a commis un délit public (2). la Municipalité elle-même a le droit de le poursuivre, et l'existence de la tranquillité est incompatible avec celle de ce club. Qu'on ne pense pas cependant que nous appelions contre lui la vengeance populaire, que nous le voulions livrer au tribunal de cassation (3). Non : c'est aux lois que nous voulons le livrer; il doit trouver un dénonciateur dans chaque citoyen. Il convient donc que toutes les sections, se réunissent, qu'elles annoncent un vœu commun contre ce club et que M. le Maire porte lui-même leur dénonciation à l'Assemblée nationale. La section du Luxembourg, sur laquelle loge M. Stanislas Clermont, a cru devoir donner l'exemple, qui sera sans doute bientôt adopté par toutes les autres (4). »

Cependant, la même Chronique de Paris (no du 27 janvier) ne peut s'empêcher de faire la réflexion suivante, qui eût dCi lui inspirer quelque réserve :

• Depuis quelques jours, les feuilles de Marat parlaient beaucoup des chasseurs des barrières (o), et» plusieurs citoyens ont remarqué l'affectation

(1) Le dimanche eût été le 23 janvier, alors que la date réelle est certaincnicnt luDdi 24.

(2) Et les preuves? Avant de requérir condamuation, il faut d'abord prouver le

délit.

(3) Allusion au sac de l'iiôtel de Castries, ainsi qualifié par Camille Drsmoulins. (Voir Tome 1, p. ^57, note 1.)

(4) Il y eut, en etîet, beaucoup de délibérations de sections dans le même sens. (Voir V Eclaircissement I du 31 janvier.)

(5) Dans VAmi du peuple (u» du 16 janvier) notauunent, Marat avait publié ceci: « Les gabelous à épaulettes, (|uo le grurral a mis aux barrières contre le vceu des districts et dont il est parvenu à faire une baudc de brigands, ne se

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des aristocrates à les colporter. Des cafés, où on ne lit ordinairement que VAmi du roi, se sont empressés de se procurer ces mêmes feuilles. Nous ignorons si Marat est, comme quelques gens le soupçonnent, un émissaire de l'aristocratie, qui a pour but de calomnier la liberté de la presse. Mais cette espèce d'intelligence n'annonce rien de bon, et nous avons cru devoir présenter ce fait au public. »

Mais, avant d'aller plus loin, il faut faire connaître la version mise en circulation par la municipalité de La Chapplle, publiée, le 27 janvier, sous ce titre : Délibération de la municipalité ei du conseil général de la commune de La Chapelle-Saint- Denis près Paris, et extrait certifié du procès-verbal du 2i janvier 4191, concernant le massacre fait ledit jour par les chasseurs soldés , imprimée par ordre de la municipalité au profit des veuves des sieurs Julien et Auvry (1).

Cette délibération porte que, pour répondre aux ennemis de la Révolution, qui accusent les officiers municipaux, les gardes nationaux et citoyens de La Chapelle d'avoir été les agresseurs, le procès-verbal du 24 du mois sera imprimé et envoyé uu président de l'Assemblée nationale (2), aux comités des 48 sections et aux 60 bataillons de la garde nationale parisienne; vient ensuite l'extrait du procès-verbal du 24 janvier, puis une sorte de proclamation demandant vengeance à l'Assemblée nationale et à Paris, dénonçant « le complot évident formé contre la municipalité de La Chapelle », conjurant les citoyens de bannir à jamais « Todieux nom de chasseurs ».

Du procès-verbal lui-même, il appert que deux commis aux barrières, nommés Arcin et La Chapexlr, se rendirent au village de La Chapelle, le dit jour 24 janvier, avec une quinzaine de chasseurs soldés commandés par un caporal, et que, vers les huit heures du matin, ils entrèrent dans la maison du sieur Vinclair, qu'ils bouleversèrent entièrement, sous prétexte d'y faire perquisition; que, ce citoyen ayant demandé en vertu de quel ordre ils agissaient ainsi, ils répondirent que leurs ordres étaient dans 1q fourreau de leur sabre. Puis, le procès-verbal continue :

Le sieur Vinclair s'échappe de leurs mains, accourt à la' mairie; et, durant ce temps, plusieurs citoyeus, notamment le sieur Blonublle, procureur de la Commune, représentent aux chasseurs que, aux termes des décrets, ils ne pouvaient entrer chez les domiciliés sans avoir requis la permission de la municipalité. Lesdits chasseurs r^^pondont qu'ils se f du maire et des officiers rauni-

coDtentcut pas de faire la contrebande, de piller et de voler; il? assassinent aussi en dehors et en dedans des barrières. Il n'est pas d'attentats qu'ils ne commettent. On va en campagne avec de gros détachements de chasseurs, commandés par les plus infâme!* brigadiers qu*ait jamais produits la maltote. Un de ces détachements s'est rendu près Compiègne, dans divers villages, où il a porté l'alarme et tué plusieurs citoyeus en faisant un feu de file... »

(1) Imp. 8 p. in-8o, daté du 27 janvier (Bib. nat., l.b :i9/4535). Ce document n'est pas signalé par M. Tourneux, qui consacre pourtant à TalTaire de La Chapelle treize numéros de sa Bibliographie (t. II, n»» 5836 à 5848).

(2) Procès-verbal manuscrit et lettre d'envoi au président de l'Aseeniblée natio* nale, du 27 janvier, 'pièces manuscrites (Arch. nat., Dxxix 80). La réception de cette correspondance n'est pas mentionnée au pror/s-verbal de TAsscmblée

. nationale.

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cipaux; ils font aussitôt uoe décharge sur le peuple, de laquelle le sieur ViNctAiR a la cuisse cassre; plusieurs autres personnes sont blessées.

Od sonne le tocsin, ou bat la générale, les citoyens se rassemblent en arraes; la commune se réunit et décide qu'on demandera du secours aux bataillons de Paris. Arrivent peu de temps après des détachements des bataillons de Saint- Lazare, des Filles-Dieu, des Récollets, de Saint-Laurent; on les reconnaît, et ils 86 rangent des deux côtés dans la grande rue.

Sur les neuf heures du matin, on voit arriver un gros détachement de chasseurs soldés; le maire, escorté de plusieurs officiers municipaux et de Tétatmajorde la garde nationale du lieu, s'avance pour le recevoir; mais, dès qu'il a crié : < Qui vive? », les chasseurs arment leurs fusils, couchent en joue le maire et sa suite, et fout feu. Le sergent Julien et le volontaire Auvry tombèrent morts. Des décharges redoublées forcent le maire et ceux qui peuvent fuir avec lui d'entrer chez un épicier; les chasseurs criblent cette maison de balles, y pénètrent et tuent à coups de sabre la femme de l'épicier, un tambour du bataillon de Saint-Laurent et deux citoj^ens de La Chapelle. Après avoir fait ce carnage^ ces tigres font un feu de file sur tous les passants .. Les chasseurs sont enfin repoussés; ils se débandent et, dans leur retraite, tuent encore plusieurs personnes.

Certifié par nous, maire, officiers municipaux et notables de La Chapelle- Saint-Denis.

S/(/rié ; PoRTEFiN, maire (1); J.-P. Cottik (2); Trouillet (3)j Thévenin (4); ViTRY (a); Blondbllb, procurcur-sj^ndic (6) ; DumènbO); Bouret (8);BoucrtY (9); CoMPAiN (10); Fr. Cottin (il); Blondbllb, maréchal (12); H. Oottin, père (13); Dbsmarets, commandant (U); Nuellb, capitaine des grenadiers; II. Cottin, major; Colardaux, aide-major; Langlois, capitaine; Guinqot, secrétaire-greffier (15).

Voici maintenant les appréciations des journaux parus après la publication du procès-verbal de la municipalité de La Chapelle.

Les Révolutions de Paris (n° du 22 au 29 janvier) s'expriment ainsi qu'il suit :

€ Au milieu de l'efTervescence qui agite a^ujourd'hui la capitale et les départements, la plus légère étincelle suffirait pour allumer la guerre civile. Une Société proscrite par l'opinion publique (le Club monarchique^ ressuscité depuis quinze jours) intrigue pour soulever le peuple; les mécontents, longtemps dispersés, se rallient à la sombre lueur des torches du fanatisme;

(i) PoRTEPiN (Louis), marchand boucher, maire.

(2) CoTTiN (Jean-Pierre), laboureur, officier municipal.

(3) Trouillet (Pierre), laboureur, officier municipal.

(4) TuévENiN (Vincent), marchand de vin, officier municipal.

(5) ViTRY (Pierre-Claude), bourgeois, officier municipal.

(6) Blondbllb (Jacques-François), marchand de vin, procureur de la commune.

(7) Dumbnb (Augustin), marchaud de viu^ notable.

(8) BouRBT (Edme), laboureur, notable.

(9) BaucRY (Jean), vicaire de la paroisse, notable.

(10) CoMpAiN (Etienne), vicaire de la paroisse, notable.

(11) CoTTiN (François), laboureur, notable.

(12) Blondbllb (Nicolas), maître maréchal, notable.

(13) Cottin (Henry), père, laboureur, notable.

(14) Desmarets (Antoine-Charlesl, maître vitrier, prudhonime asHCFseur du juge de paix.

(15) GoiNQOT (Pi erre -Franc ois), maître d'école, secrétaire-greffier.

236 CORPS MUNICIPAL [24 Janv. 1791]

les esprits sont aigris par la résistance des prêtres aux décrets de TAsseinblée nationale (<). et nous sommes peut-être à la veille de voir naître des troubles funestes à la liberté.

a Des distributions de pain et d'argent se faisaient dans la rue des Vieilles-Tuileries. On demandait à ceux à qui on donnait s'ils étaient en état de porter les armes. On char^^e le Club des monarchistes de toutes ces manœuvres, et avec d'autant plus de raison qu'il renouvelle ses distributions de pain à 1 sou la livre. Le sieur Stanislas Clermont-Tonnkrrk, président de la Société, a déjà fait inscrire dans ses registres plus de 15,000 pauvres, auxquels on promet des secours pécuniaires, en les endoctrinant des principes aristocratiques.

« C'est au milieu de ces mouvements que s'est passée la désastreuse affaire des chasseurs soldés.

a Le lundi 24, sur les huit heures du matin... (suit le récit, sans détails nouveaux).

« Déjà, les chasseurs arrêtés ont déclaré qu'ils avaient reçu de l'argent. L'illégalité de leur conduite, l'atrocité de leur réponse prouvent évidemment qu'il y avait un complot.

« One les sections s'assemblent donc aujourd'hui et qu'elles demandent à grands cris la réforme absolue d'un corps aussi inutile que dangereux... Ils méritèrent d'être anéantis, et il a fallu toute la prudence du peuple pour que le corps entier n'ait pas été massacré. »

Mais la rédaction la plus dramatisée en même temps que la moins vraisemblable est, sans contredit, celle des Révolutions de France el de Bra- (jajit {n° Gl, non daté), que voici :

• « Dimanche soir (2), plusieurs chasseurs des barrières se trouvent chez un épicier de La Chapelle à boire de l'eau-de-vie, puis veulent payer quelques sols avec un assignat de 200 livres, puis disent qu'il y a de la contrebande chez l'épicier, veulent faire visite de leur autorité privée, puis frappent d'un coup de sabre la femme, qui résiste à cette inconcevable oppression et appelle la garde. « A demain », disent les chasseurs,

tt Grande fermentation la nuit dans le village.

« Le lendemain (4), arrive à 7 heures du matin une nuée de chasseurs, partie sans armes et les autres armés. Cette fois ils avaient avec eux un employé. Ils veulent faire visite chez l'épicier. Celui-ci leur demande où est l'autorisation des municipaux du lieu. Le maire de La Chapelle survient, trouve que, sur un territoire étranger et hors de sa barrière, l'employé ne peut fouiller une maison sans prévenir la municipalité et sans être assisté d'un officier public, aux termes des décrets. L'employé répond au maire en lui présentant le bout d'un pistolet. Le maire détourne le coup avec sa canne, les chasseurs tirent sur lui. Un enfant, tambour du village, bat la générale; l'enfant est haché de dix à onze coups de sabre. Un bedeau sonne le tocsin à la place de la loi martiale, un commis de barrière a commandé de faire feu, le bedeau est fusillé par les chasseurs; la garde nationale de La Chapelle accourt, et une voiture qui se trouve dans la rue em-

(1) Décret du 27 novembre 17'J0 sur le serment civique. (Voir ci-dcssus,p./<?-/2f.)

(2) Dimanche, 23 janvier.

{'>]) Lundi, 2i janvier.

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