PROCLAMATION RKLATIVE AU DONJON DE VINCENNES
Du lundi, 28 février 1191.
La Municipalité de Paris, inslruite que des citoyens voient avec inquiétude les réparations qui se font au donjon de Vincennes et qu'ils croient y apercevoir l'intention de rétablir une des prisons que le despotisme avait élevées contre la liberté et que le courage des citoyens a renversées, s'empresse de les rassurer et de détruire les fausses alarmes que les ennemis de l'ordre et de la tranquillité publique cherchent à leur inspirer.
La Municipalité rappelle aux citoyens que la.lon^gue inactivité des tribunaux avait tellement augmenté le nombre des prisonniers qu'il y avait à craindre des maladies pestilentielles; qu'elle avait d'abord réparti les prisonniers à la Conciergerie, âi l'hôtel de La Force et autres prisons; que, ces endroits étant entièrement remplis, i^Assemblée nationale, par un décret sanctionné par le roi, a approuvé l'usage provisoire du donjon de Vincennes jusqu'à ce que, la justice ayant repris son cours, les prisons de la capitale pussent suffire.
Le public ne doit donc voir dans les travaux qui se font à Vincennes que le désir, consacré par une loi formelle, de secourir l'humanité souffrante et d'alléger autant qu'il est possible les maux de ceux qui se sont exposés par des délits à la privation de leur liberté.
La Municipalité de Paris prévient que, tous excès auxquels des mal-inten* tiennes pourront se porter ne pouvant être considérés que comme des attentats aux propriétés nationales et à l'ordre public, elle a assisté et assistera la municipalité de Vincennes, sur sa réquisition et conformément à l'autorisation du département, de toutes les forces que la loi a mises à sa disposition (2).
-^^ A cet instant, M. le Maire, étant informé d'un événement arrivé aux Tuileries, a cédé la présidence à M. Cousin, et s'est transporté à la section des Tuileries. (I, p. 772.)
***^ Pendant son absence, depuis deux heures jusquea à quatre, divers renseignements arrivés de Vincennes ont été donnés au Corps municipal. Différentes mesures ont été prises; des ordres ont été donnés: la garde nationale a été mise sous les armes; les officiers de Tétat-major général ont informé le Conseil de son zèle et de son activité. Enfin, M. le Commandant-général s'est déterminé à se porter lui-même à Vincennes (3), et Je Corps municipal a été informé à très
(1) Imp., signé : Bailly, Maire; Dbjolv^ sccrétaire-grefQer; in-fol. (Bib. nat.j Lb 40/1); reproduite dans le Monileuv universel (n* du 2 mars)*
(2) La suite du procès-verbal contient le récit des troubles qui se produisirent, à Vincennes, dans cette journée du 28 février. (Voir ci-dessous, p. 766 et 167.)
(3) 11 étaitj à ce moment, quatre heures. (Voir ci-dessous, p. 77^ et 7M.)
[28 Fév. 1791] DE LA COMMUNE Dli PARIS 767
peu de distance des événements qui intéressaient la tranquillilé publique (1).
--^ A quatre heures, M. le Maire est rentré dans rAssemblée; il a repris la présidence.
-»-^ Et il a été arrêté que trois de MM. les' officiers municipaux, MM. Tassin, Tiron et Dacier, se transporteraient à l'instant auprès du Directoire du département et lui rendraient compte de tous les événements qui étaient venus h la connaissance de la Municipalité (2).
•^-^^^ Ces mesures étant prises, le Corps municipal a arrêté qu'il se rendrait à l'instant dans la grande salle de THôtel-de-Ville pour assister à la séance du Conseil général, convoqué pour aujourd'hui; et, cependant, que plusieurs de MM. les officiers municipaux resteraient dans la salle du Conseil, pour être disposés à tout événement et pourvoir aux premières précautions, sauf à faire avertir MM. les officiers municipaux, dans le ces où leur présence serait nécessaire.
Cet arrêté a été exécuté (3),
^-^'^ Les nouvelles arrivées de Viucennes ont, à différentes reprises, appelé M, le Maire et quelques-uns de MM. les officiers municipaux.
Enfin, le calme a été rétabli à Vincennes. Les deux officiers municipaux qui y avaient été envoyés, M. Champion et M. Montauban, sont arrivés avec une partie de Tarmée el environ soixante particuliers qui avaient été arrêtés dans le donjon de Vincennes : ils (4) ont instruit la partie du Corps municipal qui était réunie avec M. le Maire des événements dont ils avaient été les témoins. (II, p. 774.)
Ils se sont ensuite rendus avec M. le Maire dans TAssemblée du Conseil général (o).
(1) Événements dont le résultat est indiqué à la ûu du procès' verbal. (Voir ci-dessous, même page.)
(2) Conformément à ce qui avait ét^* décidé, le 25 février, pour le cas d'émeute ou dé trouble alarmant. (Voir ci-dessus, p. 733.) On rappelle que le Directoire du département de Paris n'a pas laissé de procès- verbaux i (Voir ci-dessus, p. 765, note 3.)
(3) La plupart des officiers municipaux assistèrent donc à la séance du Conseil général, annoncée comme ayant commencé à six heures. (Voir ci-dessous, p. 768.)
(4) D'après le Journal de la Municipalité et du département de Paris (n" du 6 mars 1791), c'est Champion qui rendit compte de la mission dont son collègue et lui avaient été chargés.
(5) La séance du Corps municipal n'est ici que suspendue de fait; elle va reprendre après la réunion du Conseil général. (V'oir ci-dessous, p. 770.) Dans le registre manuscrit, Is procès-verbal ne comporte même aucune interruption entre les deux séances, qui n'en fout qu'une.
768 CONSEIL GÉNÉRAL [28 Fév. 1791]
CONSEIL GENERAL
«%«%« Du lundi 28 février 1791, à six heures après midi; Le Conseil général convoqué en la forme ordinaire, présidé par M. le Maire, et composé de MM. Andelle, Arnoux, Audoux, Baron, Benière, Bernier, Bertollon, BidauU, Blandin, Bontemps, Borie, Bridel, Brongniart, Brunet, Cahours, Cardol, Cauchin, Cézerac, Chevalier, Creltet, Corsanges, Cosson, Coup-de-Lance, Cousin, Dandry, Delarsille, Descloseaux, Vaudichon, Dobigny, Dreue, Dumas, Dumontiez, Durand, Franchet, Gérard, Grouvelle, Hardy, Haulefeuille, Houssemaine, Uoussel, Jallier, Jeanson, Jonery, Joseph, Lardin, Lebrelon, Legros, Lejeune, Lemeignen, Le Roulx de La Ville, Le Roulx (J.*J.)i Lie Sould, Levacher, Lohier, Mahaut, Maréchal, Moullé, Nizard, Oudet, Poissonnier^ Potron, Poujade, Prévost, Quatremère, Raffron, Roard, Robin (Emmanuel], Rogier, Roussineau, Sanson, Soreau, Stouf, Stoupe, Taloir, Thuault, Thorillon, Thillaye, Vassaux, Vernoi, Vigner, Viguier de Curny et Voilquin; le substitut du procureur de la Commune présent ;
««^i^^ A Touverture de la séance, M. le Maire a annoncé que les mouvements qui s*étaient manifestés du côté de Viocennes avaient nécessité des précautions que la Municipalité avait prises (1); qu'elle était assemblée depuis midi, qu^elie attendait incessamment des nouvelles ultérieures, et que le Conseil en serait instruit aussitôt qu*elles seraient parvenues (2).
-**** M. Coup de-Lance ayant donné sa démission de membre du Comité des recherches (3);
M. Cézerac a été nommé pour le remplacer (4).
M. Cézerac a accepté et prêté, au milieu des applaudissements, le serment « de remplir fidèlement les fonctions que la Commune lui confie et, en outre, de garder le secret le plus inviolable sur toutes les affaires et déclarations dont il aura connaissance ».
(i) Précautions sigaalées au procès-verbal du Corps muoicipal. (Voir ci-dessus, p. 765 et 766.)
(2) InformatioDs commuiiiquées au cours de la séance. (Voir ci-dessous, p. 769.)
(3) Élu le 17 février, il avait prêté serment le 22. (Voir ci-dessus, p. 618 et 692-693.)
(4) Cêzbrac était arrivé le premier après les cinq élus, le 17 février. (Voir cidessus, p. 618.)
70 CORl'8 MUNICIPAL (88 Fér. 1791
CORPS MUNICIPAL
[Dcuxii'nip séance]
^«►"^ El, après qne la séance du Conseil général a été levée (1), le Corps municipal s'est rassemblé dans la salle ordinaire de ses séances, et il a repris le cours de ses délibérations (2j.
-^^^'w Le rétablissement de Tordre public en a été le premier objet, et il y a été pourvu ainsi qu'il suit:
Le Corps municipal, informé par les rapports qui lui sont parvenus que la garde nationale envoyée aujourd'hui i\ Vincennes, à la réquisition de la municipalité de Vincennes et du département de Paris, a arrêté en flagrant délit un assez grand nombre de pei*sonnes que Ton amène à Paris;
Ordonne que tous les particuliers arrêtés seront conduits directement dans les prisons de la Conciergerie, pour être interrogés dans les vingt-quatre heures par qui de droit;
Ordonne pareillement qu'il sera sur-le-champ donné avis au Directoire du département de l'état (»ù les choses se trouvent, pour qu'il puisse prendre, à l'égard des prisonniers, telles mesures qu'il jugera convenables;
Ordonne enfin que le présent arrêté sera notilié à l'instant au Commandant-général, pour qu'il ait ù, s'y conformer.
Ces différentes dispositions ont toutes été exécutées: les prisonniers ont été conduits à la Conciergerie; M. Montauban» M. Lesguillez et M. Dacier ont été députés auprès du Directoire du département.
'^"^ Un moment après, M. le Commandant-général est arrivé. II a reçu le juste tribut d'éloges que la Municipalité devait à son zèle et au dévouement avec lequel il s'est porté au milieu des brigand» qui ont excité les troubles.
M. le Commandant-général a de suite rendu compte des faits dont il avait été témoin; il a donné à la très grande partie de l'armée les éloges les plus mérités; un détachement commandé par M, Santerre, commandant du bataillon des Enfants-trouvés, dénoncé dans le cours
Cl) La séance dii Conseil g«^néral ayant, d'après le prorès-veri)al, commence ters six heures, elle dut (Hre levée vers huit heures ilu soir. (2) La séance avait été seulement ioterrompuc. (Voir ci-dessus, p. 767, note 5.'
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de la séance par différents rapports, a été seul excepté des éloges du général,
El l'arrêté suivant a été pris [i):
Le Corps municipal, après avoir entendu les différents rapports qui lui ont été faits sur les événements qui se sont passés aujourd'hui, tant à Vîncennes que dans le faubourg Saint- Antoine;
Oui le premier substitut-adjoint du procureur de la Commune;
Ordonne à l'unanimité que l6 procureur de la Commune dénoncera à Taccusateur public du tribunal qui doit en connaître l'assassinat commis sur la personne d'un cavalier, auquel on a tiré dans Paris un coup de fusil dont il a été atteint à la cuisse (2);
Que M, le procureur-général syndic du département de Paris sera invité, à prendre tous les renseignements nécessaires sur les faits contraires au bon ordre qui ont pu se passer hors des limites de Paris, et à se faire autoriser par le Directoire à en faire pareillement la dénonciation au tribunal qui doit en connaître.
Déclare au surplus, le CiOrps municipal, qu'il a vu avec la plus vive et la plus parfaite satisfaction la conduite également ferme, courageuse et modérée tenue par la garde nationale dans cette conjoncture, autorise M. le Commandant-général à faire connaître ses sentiments et sa gt'atitude envers la garde nationale dans l'ordre de demain ;
Déclare néanmoins qu'il regrette de ne pouvoir donner les mêmes éloges à quelques-uns des soldats d'un détachement commandé par M. Santerre, commandant du bataillon des Enfants-trouvés, et ordonne que M. le Commandant-général exprimera ce regret dans Torare de demain. (III, p. 702.)
^^"•^ Sur la réquisition du premier substitut-adjoint ilu procureur de la Commune;
Le Corps municipal, considérant que la fabrication de poignards, prohibée par les anciennes ordonnances, présente les inconvénieïits les plus graves et qu'il est du devoir de la Municipalité de les prévenir sans aucun délai ;
Défend aux fourbisseurs et à tous autres de faire et fabriquer d(*s poignards, sous les peines portées par les ordonnances;
Charge le procureur de la Commune de tenir la main à l'exécution
(1) Ta r<^dartion de cet arn't^ fut modifiée k la s('ance du 2 mars. (Voir ci-dessous.)
(2) Le nom du cavalier blossé est indiqué plus loin, les récils variant d'ailleurs sur les circonstuucos de sa blessure. (Voir ci-dessous, p. 775, 776 et 777.)
772 CORPS MUNICIPAL [28 Fév. 179iJ
du présent arrêté, qui sera imprimé, affiché et envoyé aux comités des 48 sections (1).
Le Corps municipal a de plus ordonné que le présent arrêté serait imprime dans la nuit et affiché demain, dès six heures du matin. (IV, p. 794.)
•*^** Lecture faite du procès- verbal, la rédaction en a été approuvée.
£t M. le Maire a levé la séance.
Signé : Bailly, Maire; Dejoly, secrétaire-greffier.
ÉCLAIRCISSEMENTS
(I, p. 766.) L'incident qui s'était passé dans la matinée du 28 février au château des Tuileries et qui obligea Je Maire de Paris à. se rendre au siège de la section des Tuileries est resté obscur.
Voici comment le raconte le Moniteur (n® du 1«' mars 1791) :
Cl Un chevalier de Saint-Louis s'est introduit ce matin dans un des appartements des Tuileries qui ne sont pas ouverts au public. On Ta interrogé ; il était armé d'une espèce de couteau de chasse très court. On a conçu des soupçons graves. Il a été arrêté, et Talarrae est devenue générale.
a Cependant, les personnes qui sont venues le réclamer ont attesté que, pendant quarante mois de séjour à Paris (2), ce particulier a toujours été muni de cette arme pour sa défense et sans mauvaise intention. »
L'alarme était si forte que, au dire du Moniteur {n'* du 2 mars), « la \^ division de la garde nationale, qui était de garde chez le roi au moment où le bruit se répandait que sa personne courait des dangers (3), n*a pas voulu descendre, malgré les exhortations réitérées que le roi lui-même lui a faites d*aller se reposer ».
Quant à la personnalité de l'individu soupçonné, la Chronique de Paris (n« du 3 mars) lui délivre le certificat suivant :
« Le chevalier de Saint-Louis, arrêté lundi au château des Tuileries, et qui se nomme M. de Court, a été particulièrement connu de l'un de nous.
« Nous ignorons quelles sont actuellement ses opinions. Mais, quoique nous rayons perdu de vue, nous pouvons assurer que c'est un galant homme, absolument incapable d'aucun projet malhonnête et surtout d'une
(1) Imp. signé : Bailly, Maire; Dbjoly, secrétaire -greffier; 2 p. in-8» (Bib. nat., Lb 40/1474). — - C'est par erreur que M. Toornbux (Bibliographie, U IL no 5858) donne à ce document la date du 26 février.
(2) Ce qui ferait remonter le commencement de ce séjour à octobre ou novembre 1787.
(3) On se demanda un instant si Tlnconnu armé n'avait pas dessein d'attenter à la vie du roi.
[28 Fév. 4791J DE LA COMMUNE DE PARIS 773
pareille atrocité. L'arme qu'il portait, il la porte depuis longtemps pour sa propre sûreté, ayant été insulté une nuit qu'il rentrait tard. S*il est coupable, il ne l'est que d'imprudence, et nous croyons qu'on ne peut lui refuser un prompt élargissement. »
Le Courrier de Paris dans les 83 départements (n** du 3 mars) l'appelle le marquis de Gortz et l'accuse d*avoir foulé aux pieds la cocarde nationale, aux Tuileries.
D'autre part, les Révolutions de Paris (n" du 27 février au 5 mars) écrivent ce qui suit :
a Les aristocrates mettent d'abord en avant un de leurs affldés, chevalier de Saint-Louis, appelé M. db Court La Toubellk. Cet émissaire entre aux Tuileries, traverse les appartements en laissant voir sous son habit un stylet attaché h un cordon de soie. On Tarréte, on le fouille, et on le trouve muni de pistolets.
« II est conduit au comité de la section des Feuillants (i), où M. Bailly vient l'interroger. Le résultat de l'interrogatoire ne donne aucun éclaircissement sur les intentions du sieur de Court. «
Enfin, on trouve dans le Journal de la Municipalité et du département, de Paris (n* du 6 mars) quelques détails nouveaux :
a Vers les dix heures du matin (2), on arrête, dans les appartements de M. le dauphin, M. Court de Tonnelles, lieutenant pour le roi à Salins (3), major d'un des districts de Saint-Domingue, qui, indépendamment de son épée, était armé d'un poignard.
« On le conduit au comité de la section des Tuileries. Son interrogatoire ajoute aux alarmes.
« Le peuple se porte en foule au jardin des Tuileries, dont ou ferme les portes. La garde, qui devait descendre à midi de chez le roi, y reste, se trouve d'abord doublée et bientôt augmentée d'un grand nombre de citoyens, soldats volontaires. Le bruit se répand que les jours du monarque sont en danger : toute l'armée parisienne est sur pied. »
D'après un écrit anonyme, qui prétend reproduire l'interrogatoire du mystérieux personnage (4), l'inculpé aurait déclaré se nommer le baron de CouRTBN, être de nationalité suisse, ancien capitaine d'infanterie, sénéchal de Salins. Ses armes (un poignard et deux pistolets)? Il les portait pour sa défense et ne les quittait jamais. Son but, en venant au château? Aucun ; il avait le droit de fréquenter et il fréquentait assez ordinairement la cour et les Tuileries, dont le roi seul aurait pu lui interdire l'entrée. Les réponses, dit l'auteur anonyme, sont a à la fois fières et ambiguës ».
Quoi qu'il en soit, comme aucun délit ne pouvait tHre relevé contre lui, il
(1) Section des Tuileries, qui avait remplacé Taricien district des Feuillants.
(2) « Sur le midi, à Theure de la messe du roi », disent d'autres récits.
(3) Chef-lieu de canton, arrondissement de Poligny (Jura).
(i) Détail de V arrestation d'un chevalier de Saint-Louis, trouvé dans les appartements du roi avec un poignard^ et son interrogatoire ^ iuip. 8 p. in-S», daté de 1791 (Bib. nat., Lb 39/4656). On peut cousulter aussi un autre écrit du même genre, intitulé : Grands détails et Relation de ce qui s'est passé hier à Vincenne?, et aux Tuileries... Grande arrestation d'un chevalier de Saint-Louis ^ surpris daTis V appartement du roi avec un poignard caché sous ses habits, imp. 8 p. in-S" (Bib. nat., Lb 39/9754).
774 CORPS MUNiaPAIi [28 Fév. 1701]
dut être relàcho au bout de quelques jours. Il n'y a pas trace de poursuite intentée,
Jl est même probable que Pincident aurait fait moins de bruit s'il n'avait paru se rattacher à un autre, beaucoup plus grave, qui se produisit le même jour, 28 février, dans ce même palais des Tuileries, vers dix heures du soir, et qu'on désigna sous ce nom : l'aflaire des chevaliers du poignard. Mais le Corps municipal, séparé à cette heure tardive, n'eut point connaissance des faits le jour même, et il ne s'en occupa que le 2 mars. C'est donc à cette date que nous aurons à les rapporter (1).
(II, p. 767.) Ce qui était annoncé depuis deux jours (2) était en train de se réaliser : le chAteau de Vincennes était attaqué par une foule venue de Paris.
Sur le fait matériel, ni même sur les détails, il n'y a guère de divergences dans les journaux, et les récits se ressemblent sensiblement (3).
Voici d'abord ce que dit le Moniteur (n« du l*"' mars), sous la rubrique : Paris ^ tH février :
« Les réparations du donjon de Vincennes ont été calomniées dans le public, et beaucoup de personnes se sont transportées à Vincennes en manifestant l'intention de démolir cette ancienne prison d'Ktat.
« Un nombreux détachement de la ^arde nationale a été commandé pour réprimer cette fièvre destructive. Les habitants du faubourg Saint-Antoine ont paru vouloir s'opposer au passage des troupes citoyennes, et les trois bataillons de ce faubourg ont refusé de marcher (4). Le commandant du bataillon des Capucins-du-Marais (5), suivi d'un grand nombre de volontaires, a pénétré jusqu'au donjon et a arrêté ceux qui commençaient à démolir. On a fait 64 prisonniers.
M La garde nationale, à son retour, a trouvé la grille de la barrière fermée. Mais la cavalerie, soutenue de l'infanterie et de 12 pièces de canon, se sont fait un libre passage. On a conduit les prisonniers à l'Hôtel-de-Ville. »
Dans le numéro suivant (n" du 2 mars), sous la rubrique: Par'iSy le /•'• mars, il ajoute les détails suiyants :
a Lundi matin, des ouvriers, en grand nombre, se sont rendus au château, et, après avoir détruit les lits de camp, les portes, les vitres et les barreaux déjà réparés, ils ont commencé la démolition des parapets et de la plate-forme.
(1) Éclaircissement du 2 mars. (Voir ci-doBsous.)
(2) Correspondance des 26 et 21 février. (Voir ci-dessus, p. 764,)
(3) En dehors des documonts utilisés pour le récit qui va suivre, on peut signaler deux écrits ajouymes, intitulés, l'un : Détail de la grande révolution arrivée au château de Vincennes et au faubourg Saint- Antoine y imp. 8 p. in-S» (Bib. nat., Lb 30 9753), et l'autre : (irands détails et Relation de tout ce qui s'est passé à Vinceîines et aux Tuileries... Grand massacre arrivé à l'occasion de la démolition du donjon^ irup. 8 p. in-8" (I3ib nat., Lb 39 9754).
(4) L'un des trois bataillons réclama contre cette affirmation, quelques jours après; un autre bldma publiquement c<'ux d«* ses membres qui avaient manqué à la discipline. (Voir ci-dessous, p. 700-79i.)
(5) C'était Haqoin, notable au Conseil général pour la section des Enfantsrouges^ laquelle section comprenait l'ancien district des Capucins-du-Marais,
,2S Kév. 1791] DK LA COMMUNE DK PARIS 775
u A lieux heures après midi, on a battu la ^éniirale a l'aris (1), Les citoyens soldats de tous les bataillons, réunis au rendei-votis , ont re(u Tordre de se rendre à Vincennes. La V" division était la plus proche ; elle est arrivée la première. H. Livfaïette faisait déjà des dispositions pour prévenir le désordre.
■ Les ofliciers municipaux de Paris, h la tète d'un nombreux détachement de la ^arile nationale, se sont approcliés du ponl-levis et ont ordonné aux citoyens réunis de se dissiper : 3 ou ^,000 ilmes remplissaient alors la cour. M, L*f*ïktte a donné ordre à la cavalerie de les faire retirer ; en moins de cinq minutes, cet ordre a été exécuté. Au moment où H- La- PAYETTE disposait toute sa troupe, quelques chasseurs du bataillon de Trainel (3) ont crio : A bas Lafat/adel Le général, sans se déconcerter, a ordonné a ceux qui ne voulaient pas protéger l'ciécution de la loi de sortir des rangs : personne n'est sorti. M, Lafayette alors a énergiquement déclaré que celui qui n'obéirait pas serait puni sur-le-champ (3).
* Cependant, la démolition continuait i les ouvriers ne répondaient au ]t interpellations de descendre que par des gestes menaçants ; ils sonnaient même le tocsin sur une cloche qui se Irouve placée a i'eitrémité du donjon. Un olflcier municipal, accompajjné du commandant du bataillon des Capucins-du-Marais et de plusieurs volontaires, est entré dans ledoqjon et, non sans quelques résistance, l'a fait évacuer, après s't^tre assuré de C4 personnes occupées à démolir.
Il On a laissé un détachement uomlireux pour éviter de nouvelles entreprises, et l'on est revenu a Paris, Les prisonniers étaient au centre; deux forts détachements de cavalerie formaient l'avant et l'arrière- garde; l'infanterie marcliait sur quatre colonnes, et les ailes étaient flanquées do plusieurs pièces de canon de divers bataillons.
a Parvenue à la barrière du Tr()ne, la garde nationale l'a trouvée fermée, environnée et gardée par un grand rassemblement d'hommes armés do toutes manières, qui paJnissaient vouloir s'opposer à l'entrée de la milice citoyenne et délivrer les prisonnieis. Mais un corps de troupes, composé do cavalerie et d'infanterie, au milieu duquel était l'artillerie, est parvenu h faire ouvrir la grille : on a dissipé l'attroupement. Quelques cavaliers ont été assaillis de pierres lancées par le peuple. Arrivée à la hauteur du marché Saint-Antoijie, la troupe n'a éprouvé aucune résistance. Toutes les rues étaient illuminées, et les bons citoyens témoignaient par leurs applaudissements la satisfaction qu'ils éprouvaient do la fermeté que la garde nationale avait déployée dans ce déplorable événement, lorsqu'un cavalier de la garde nationale a eu la cuisse cassée d'un coup de feu tiré d'une fentUre de la rue Saint-Antoine (4).
■ Les prisonniers ont été déposés II la Conciergerie.
Il La Municipalité a oi'donné au procureur-syndic de rendre plainte de
0) La .MunlcipaiitL- de Parle attendait la réquiiition de cella de Viocennei. (Voirci-desKous, p. 77S ot 7«/.>
(2) Ou bataillou ite PopiiicourL
(3) Le batailliin de l'upim-ourl protesta, par une dûlibératloa du 6 mars, nantie la conduite de queliiur^-uiid de ses membre?. (Voir cMessous, p. JH'19i.)
H) Le nom du cavalier blessé pat indiqué plus loin, l'n'niileQt âtant altriluè h d'autres circuuslaiiees. (Voir ciHleMous, p, 77c.)
776 CORPS MUNICIPAL [28 Fév. 1791]
Tassassinat commis sur la personne du cavalier de la garde nationale et d'en poursuivre les auteurs. »
Parmi les autres récits, un des plus complets est celui du Journal de la Municipalité et du département de Paris (n« du 6 mars), ainsi conçu :
« Depuis plusieurs jours, on trompait le peuple et spécialement les habitants du faubourg Saint- Antoine. On leur persuade que les réparations au donjon de Vincennes ne sont point faites pour y retirer les malfaiteurs qui sont entassés dans les prisons de Paris, mais qu*on veut en faire une nouvelle Bastille, une citadelle où puissent se rallier les ennemis de la, liberté. Un souterrain devait conduire de cette place à TArsenal et au centre de Paris (1) ; des canons devaient être portés sur la plate-forme du donjon pour foudroyer le faubourg et la capitale; enfin, il n'est sorte d'absurdités qu'on n'ait inventées pour exciter le peuple à aller abattre ce donjon de Vincennes.
« Le Corps municipal, instruit de ce mouvement, s'assemble le matin à THôtel-de-VilIe, députe MM. Champion et Montauban, officiers municipaux administrateurs, auprès de la municipalité de Vincennes, pour concerter avec elle les mesures convenables et lui offrir des forces suffisantes. Voici le précis qu*a fait au Conseil M. Champion, et d'autres circonstances certaines que nous avons recueillies d'ailleurs.
« La municipalité de Vincennes croit d'abord que les forces de sa garde nationale suffiraient pour empêcher les désordres de la multitude qui, dès le matin, s'était portée à Vincennes avec tous les instruments propres à la démolition. M. le maire (2} se détermina bientôt à accepter le secours de la garde nationale parisienne, qui lui était ofTert. M. VVaynel, cavalier, qui en portait la demande, reçoit dans sa route un coup de feu qui lui casse la cuisse (3) ; d'autres cavaliers sont démontés et obligés de marcher à pied en bottes fortes; M. Desmottes, aide-de-camp, est couché en joue, tant l'égarement de la multitude est extrême (4).
a Cependant, les deux députés de la Municipalité de Paris examinent dans le donjon les dispositions salutaires qui y avaient été faites : ils trouvent de grandes chambres bien aérées, des lits, des chaises, des tables, tout enfin plus humainement arrangé que dans aucune prison. Us sont bien surpris d'entendre démolir le parapet et la couverture par des brigands qui s'étaient introduits dans le donjon.
a Arrivent des détachements de la garde nationale et M. de La Fayette, qui semble se multiplier comme les dangers. F^s cavaliers dissipent en un instant la foule qui occupe les cours du château ; les grenadiers montent et saisissent environ 60 de ces brigands destructeurs; on les conduit prisonniers à Paris.
« La barrière est fermée, on craint de l'opposition à leur passage dans le
(1) On disait môiue que ce souterrain mettait eu commuuication le donjon et es Tuileries et que c'était par là que le roi et sa famille devaient s'évader.
(2) D'après VAlmanach du Département de Paris pour 1791^ le maire s'appeil Le Maistrb (Jean-Spire), cultivateur.
(3) D'après le Moniteur^ c'est seulement au retour que le coup de feu aurait été tiré. (Voir ci-dessus, p. 775.)
(4) L'incident qui se produisit entre Desmottes et SANTRaRB, auquel il eôt fait allusion ci, sera raconté plus loin. (Voir ci-dessous, p. 793-794.)
f28 Fév. 1791] DE LA COMMUNE DE PARIS 777
faubourg : la fermeté, le courage et ]a sagesse du Commandant-général surmontent tous les obstacles. Un forcené le poursuit, et le sang n'est point répandu. L'appareil de la force nilitaire suffit : une partie de l'armée parisienne, avec des canons, s'étend depuis la barrière jusqu'à la porte Saint- Antoine (1) ; toutes les places sont couvertes de soldats citoyens rangés en bataille, qui attendent des ordres. Un homme sonnant le tocsin à Sainte- Marguerite est arrêté. Les bons citoyens du faubourg Saint-Antoine applaudissent et illuminent leurs maisons.
« 60 des malfaiteurs sont constitués prisonniers à la Conciergerie, et 6 a l'hôtel de La Force.
c( M. DE La Fayette vient rendre compte au Corps municipal. »
Enfin, sur la Bn de l'expédition, l'expulsion et l'arrestation des perturbateurs et le retour à Paris, c'est le Courrier de Paris dans les 83 dépariemenfs (n° du 5 mars) qui parait le plus exact. Voici son récit :
a M. La Fayette dit au maire (de Vincennes) : « Monsieur, comme coma mandant de la garde nationale, je prends ici vos ordres et j'obéirai. Mais a je vous avertis que, si vous manquez de fermeté, si vous ne faites pas « respecter la loi, je vous dénonce demain à l'Assemblée nationale. «Alors, le maire requit de chasser les démolisseurs et d'aiTêter ceux qu'on trouverait eh flagrant délit (2).
« Au même moment, les cavaliers se plaignent au général de ce qu'une partie du bataillon de Santerrb (3) les avait couchés en joue. M. La Fayette va à Santerre, qui nie le fait. Cependant, une partie de son détachement fermente beaucoup et paraît peu disposée à faire exécuter la loi. M. La Fayette leur parle avec beaucoup de fermeté (4).
« Les brigands qui s'étaient échappés coururent alors soulever le faubourg; on sonna le tocsin: on se préparait à enlever les prisonniers à leur passage. Le bataillon de Santerre ayant entouré le général pour demander qu'on les relâchât, M. La Fayette leur parla avec beaucoup de sévérité. Plusieurs avis l'invitaient à ne pas traverser le faubourg avec les prisonniers. Mais il mit en avant un détachement de grenadiers volontaires et soldés, avec du canon et de la cavalerie, les prisonniers au centre d'une forte colonne, et se mit en marche avec MM. Champion et Montauban, officiers municipaux. Il fut joint en route par quelques bataillons. Arrivé aux barrières, il fit déployer l'avant-garde et charger les canons. Il n'y eut pas de résistance. Seul, un cavalier, qui s'était écarté, fut blessé d'un coup de pistolet. »
Mais il est juste de donner aussi la parole à la municipalité de Vincennes, sans oublier cependant qu'elle est intéressée à dégager sa responsabilité et
(!) A. l'entrée de la rue Saint- Antoine, sur la place de la Bastille. (Voir cidessus, p. i40.)
(2) Cette partie du récit est confirmée par de La Faybtte lui-m^me, qui, dans une lettre écrite le 28 février, au soir, s'exprime ainsi: « Le maire de Vincennes voulait qu'on n'arrêtât personne: je l'ai menacé de le dénoncer; enfin, il a cédé. >» (Voir Mémoires et correspondance de La Fayette^ t. III, p. 162.)
(3) Bataillon des Enfants-trouvés. (Voir ci-dessus, p. 776, note 4.)
(4) L'incident entre os La Faybttk et Santerrb est rapporté plus loin. (Voir ci-dessous, p. 793-794,)
778 CORPS MUNICIPAL [28 Fév. 1791)
à rejeter les torts, s'il y en eut» sur les autorilês parisiennes. Voici donc des extraits du Procès-verbai de Vèvénement arrivé à f^incennêi le lundi 2S février 119 1^ publié par ordre de la municipaiité de Vincennes (i), rédi^é le lendemain, 29 février :
Suivant l'avis à nous douné dimanche dornier, 27 février, sur les huit heures du soir, que les ouvriers employés aux travaux publics (â), résidant pour la plupart au faubourg Saint-Antoine, devaient se rendre le jour d'hier dans la matinée au donjon de Vincennes pour en faire la démolition et interrompre les travaux décrétés par l'Assemblée nationale, nous en avons sur-le-champ prévenu M. le Maire de Paris, par deux lettres que nous lui avons adressées, l'une à huit heures du soir et l'autre avant minuit, par lesquelles nous Tavons prié de nous envoyer, sitôt notre dernière lettre reçue ou au moins le lendemain avant le jour, force suffisante pour repousser toute violation des propriétés, soit nationales, soit particulières (3).
Dès le même soir, nous avons requis le commandant de la garde nationale de Vincennes de faire prendre les armes, ce qu'il a ex'icuté sur-le-champ.
A huit heures du matin, nous avons vu arriver à Vincennes, par la grande route, une infinité de petits pelotons d'ouvriers, dont plusieurs étaient armés de piui:hes et de marteaux; nous avons été informés qu'ils arrivaient également par pelotons par l'avenue de Saint-Mandè.
Nous étions dans l'attente du secours à nous promis par M. le Maire de Paris, qui avait répondu à nos deux lettres en annonçant des secours et la présence de deux officiers municipaux. £n elTet, MM. Montauban et Champion, membres de la Municipalité de Paris, scmt arrivés vers neuf heures du matin, mais seuls et sans troupes.
Vers une heure après midi, la démolition a commencé.
Vers les trois heures, est enfin arrivé un premier secours de troupes de la section des Enfants-trouvés (4), commande par M. Santkrrb, lequel détachement avait été précédé de la brigade de la gendarmerie nationale, aux ordres de M. dk Bblmont, et suivi peu d'instants après d'un détachement d'environ 1.200 hommes d'infanterie et 60 de cavalerie, le tout de la garde nationale parisienuo, conimandé par M. Cor.T.oT db Verrières, commandant du bataillon do Saint- (iervais, assisté de M. Mallbrot, aide-major du bataillon des Blancs-Manteaux.
A la suite de quelques détails sur l'expulsion ou l'arrestation des perturbateurs, ainsi que sur les dégâts constatés, après leur départ, jusque dans le logement du concier*,'e, le Procès-verbal ajoute :
Nous ne pouvons qu'applaudir au xèle et à la prudence de la garde nationale parisienne, tant infanterie que cavalerie, ainsi qu'à la vigilance de la gendarmerie nationale, et nous ne nous dissimulons point que, si ce secours fût arrivé trois heures plus tAt, il n'eût été fait dans le donjon aucune dévastation.
Nous observons encore que, vers les dix heures du matin, nous avons vu arriver à Vincennes un détachement d'environ 30 chasseurs volontaires, qui se sont dils du district de Sainte-Marguerite, ayant à leur tète deux sergents-
(1) Imp. 8 p. in-8- (Bib. nat., Lb 39 9752).
(2) Cette indication, que les manifestants de Vincennes étaient des ouvriers des ateliers publics ou ateliers de charité, se trouve déjà dans une lettre de Baillv au procureur-syndic du département. (Voir ci-dessus, p. 764.)
(3) Correspondance du 27 février. (Voir ci-dessus, p. 764,)
(4) Il s'agit du bataillon qui avait gardé le nom de l'ancien district des Enfants- Imuvés, mais qui correspondait, dans la nouvelle organisation, à la section des Quinze- Vitu^ts,
[28 Fév. 179t| DE LA COMMUNE DE PARIS 77!i
Apn's avoir (-1^ rcnmnus. ils n'ont point représenté li'ordre?, mais docUré qu'ils venaient de leur propre niouveiuent au serours de la cummuue. M. le commandant de la «anle nationale de Vincenne», les ayaut réunis à sa troupe, leur a assigné, h leur aollioitatiou, un poste à la porto du chdtcau, en dehors, lequel poste ils ont quitté pour eulrcr, malgré leur consigne, dans le cbâieau el ensuite dans le donjon (l).
Enfin, le Procès-verbal constate que 300 hommes de ta troupe parisienne sont restés en surveillance à Vincennee.
Signe ; Lemaîtrb, maire ;