L. OiRARD, Chauvin, Tbouas, F. Chbvrrhu
officiers municipaux; Boudin, procureur de la Commune ; ■ Ga[upRBL. jeune, administrateur; ' Douez, secrétîiirc-grrfder.
A co pro Cl'' s- verbal officiel, Il convient de joinilre, pour apprécier exactement les diligences de l'une et l'antre municipulités, le texte également officiel des deux lettres, du 28 février, qui apportèrent au Maire de Paris les dernières réquisilioug du maire de Vincenties (2).
La première émane des ofllciers municipaux de Vincennes : elle est datée Ju 28 février t'iVi, à midi, et porte cette mention : Arrivée à trois heures el demie ;3). Elle est ainsi conçue :
Monsieur te Maire.
D'après la nôtre de cette nuit (1), nous attendions ce matiu une i;arde iroposaute.
MM. le» officiera municipaux de Paris vous ont déjà rendu compte de la tranquillité qui a PU lieu ce matiu (5). Mais les nouvelles d'uu attroupement du faubourg Saint- An toi ne, où on assure que l'oji a sonné le tocsiu, redoubieut d'autant plus nos alarmes que l'on nous assure que M. SitNTEanK, commandant audit faubourg, pérore les séditieux (ak), mai9 qu'ils ne paraissent pas l'écouter. Dans ces eirconslances, nous vous prions de vouloir bien nous envoyer de* forces et surtout de la cavalerie, pour en imposer an.^ séditieux. Notre garde est bien sur pied ; mais, peu expértmcntf'e l't presque annti armes et munitions, elle n'est pas en état d'en imposer au grand tiomlire.
Nous voua donnons avec satisfaction avis que M. ub Belli^uont, commandant la brigade de notre canton |K), est ici avec 21 cavaliers, mais que c'est eucorc bien insùflliant!
Nous avons l'houneur rl'iHre, etc..
(1) Ce soDl sans doute ces chasseurs qui répondirent par des injures aux ordres de La Faïbttb. (Voir ci-dcasus, p. 773.)
(2) Copies mauusc. (Dib, uai., manusc. rcg. 1169';, fol. MS-t-ITt-
(3) D'après le rapport fait, le 2 mars, au hataillon des Jiirubiiis-Sahil-Ilonoi-ë ou 6» do la VI' division (imp. 8 p. in-4". Bib, nat., Lb.rW'SOlfi, et manuac. reg. acifi, fol. 170), c'est seulement k quatre heures que Desmuttbs remit ù La Favbttb la lettre qu'il apportait de Vincenucs.
(i) Lettre arrivée a oar.f heures et un quart du soir. (Voir ci-Je»8U3, p. 7Si, note I, et p. 77S.)
(s; Cette lettre de Chaupion et Muntausan était tellement rassurante que, l'ayant reçue, IIaillt écrivit aussitôt \ de (iouvion, major-général de la garde nationale, que tout était tranquille k Vincennes, et quo peiit-éti'c la journée se tenuiiiernit paisiblement. (Copie manusc.. I!ib. nat-, manusc. reg. MUm, fd. i.'l5.)
(6) Brigade de gendarmerie nationale, (Voir ci-dessus, p. 77K.)
780 CORPS MUNICIPAL [28 Fév. 1790]
La seconde lettre, qui ne porte pas d'heure, mais qui fut évidemment expédiée quelques minutes après la précédente, est de Taide-de-camp Des- MOTTES. Elle porte ce qui suit :
J'ai rhonneur d'adresser à M. le Maire la réquisition du maire de Vincenaes pour renvoi des forces nécessaires à rétablir Tordre. Je vais avertir les troupes, qui sont toutes prêtes à marcher.
Dans ce moment, les séditieux arrivent en très grand nombre pour démolir le donjon.
De ces pièces, il résulte que les renforts parisiens arrivèrent certainement trop tard, sans qu'il y eût de la faute de personne. La municipalité de Vincennes avait, dès la veille, averti le Maire de Paris, qui, d'accord avec le Directoire du département et le Commandant-général, avait aussitôt pris les dispositions nécessaires pour que les troupes fussent prêtes à marcher en cas de besoin {{). Mais pour intervenir sur un territoire qui ne dépendait pas de son autorité, le Maire de Paris attendait naturellement que le besoin fût constaté. Or, dans la matinée, le calme est parfait; on espère qu'il ne se passera rien dans la journée. Ce n'est qu'à midi que la municipalité de Vincennes, décidément inquiète, signale un attroupement qui se forme au faubourg Saint- Antoine et qui se prépare à marcher sur Vincennes : elle réclame instamment le concours de la. garde parisienne. A ce moment, l'aide-de-camp Desmottes, placé en permanence près la municipalité de Vincennes, fait avertir les troupes, en même temps qu'il envoie au Maire de Paris la réquisition de Vincennes. Mais, il faut quelque temps pour que l'avis de Desmottes parvienne aux commandants des détachements, pour que les derniers ordres soient donnés, pour que les troupes postées à la place Royale ou à la Bastille franchissent la distance qui les sépare de Vincennes; quand elles arrivent, il est trois heures, et la bande de démolisseurs, partie à midi du faubourg Saint-Antoine, avait commencé ses exploits à une heure.
Voilà donc l'événement dans ses lignes principales : une colonne de quelques centaines de personnes au moins, composée principalement d'ouvriers des ateliers de travaux publics, s'était formée assez tard au cours de la matinée dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris, et s'était dirigée sur Vincennes, vers midi, portant les outils propres à la démolition d'un immeuble. La municipalité de Vincennes avait d'abord cru que la journée se passerait dans le cdlme; à midi seulement, se sentant débordée, elle avait
(i) C'est la formule du Journal des clubs ou sociétés patriotiques. (Voir ci-dessous, p. 783.) D'autre part, un petit écrit anonyme, daté du 2 mars, rédigé sous l'inspiration visible de La Fayette — il contient le texte de VOrdre adressé par La Fayette le !"«■ mars (Voir ci-dessous, p. 79i) — et que Marat, dans VAmi du peuple (n<» des 7 et 8 mars), attribue avec toute vraisemblance à Estienn«î Langcjbdoc, écrivain aux gages de La Fayette, écrit intitulé : Nouvelle conspiration découverte par M. de La Fayette, inip. 15 p. in-8» (Bib. nat., Lb 39/4680, et Arch. nat., A D 1/54), résume ainsi les dispositions arrêtées : « Il fut convenu entre le Directoire du département, la Municipalité et le Commandant-général que des détachements se tiendraient prôts à marcher, lorsque, les brigands étant arrivés à Vincennes, M. le maire de cette commune requerrait des secours. En conséquence, etc.. »
28 Fév. 1791] DE LA COMMUNE DE PARIS 781
requis le secours de la garde nationale parisienne. Celle-ci, intervenue tardivement, avait agi avec promptitude et, sans effusion de sang, avait rétabli l'ordre. Le faubourg Saint-Antoine, à Taller et au retour, avait manifesté une évidente mauvaise volonté.
Sur la question d*heures, d'où dépend l'appréciation de la conduite des autorités parisiennes, les témoignages les plus autorisés s'accordent à dégager absolument la responsabilité tant des officiers municipaux que des commandants militaires.
Ainsi, Santerre, dans le Rapport officiel dont il sera parlé tout à l'heure (1), établit qu'il était encore à une heure de Tiprès-midi au siège de la section des Quinze-Vingts (2), où il reçut de Rafpy, officier municipal, la réquisition suivante :
Je, soussigné, officier municipal, prie M. Santerre, commandant de bataillon, de maintenir la tranquillité publique par la voie de douceur et de tempérance dans le faubourg Saint-Antoine et l'étendue de la Municipalité de Paris, et de se tenir prêt à marcher à la première réquisition de la municipalité de Vincenues, ausyi pour le maintien du bon ordre.
Fait au comité de police de la section des Quinze-Vingts, à une heure
après midi.
Signé: Raffy.
Conformément à ces instructions, Santerre essaya de la persuasion. Mais ses exhortations au calme furent mal accueillies : on l'accusa de trahison. 11 se résigna alors à suivre la foule qui se portait vers Vincennes, et à marcher avec son bataillon dans la même direction. Arrivé aux limites de la Ville de Paris, il fit faire halte à sa troupe et envoya trois hommes prendre les ordres de la municipalité de Vincennes; trois quarts d'heure après, il recevait un ordre ainsi conçu :
La municipalité de Vincenues requiert la garde nationale de Paris de se rendre à l'instant à Vincenues, pour assurer la tranquillité publique par les voies les plus douces.
Signé : Lb Maîtrb, maire.
Il ne pouvait donc être guère moins de trois heures lorsque Santerre fut autorisé à pénétrer sur le territoire de .Vincennes, et c'est, en effet, à cette heure-là que le Frocés-verbal de la municipalité signale l'arrivée du bataillon des Enfants-trouvés, qui, comme on sait, se montra le premier. Et 1 a démolition avait commencé à une heure. Ce n'était pas la faute de Santerre ni de son bataillon.
Quant au Commandant-général, le récit de son aide-de*camp Desmottes sur la Journée du 28 février — il en sera aussi parlé plus loin (3) — est tout à fait probant : c'est à midi que, les premiers groupes de manifestants ayaat fait leur apparition aux alentours du donjon, le maire de Vincennes lui remit la lettre contenant ses réquisitions (4) ; Desmottes partit, suivi de trois cavaliers (depuis le 12 février, c'est-à-dire, sans doute, depuis le com-
(1) Éclaircissement III. (Voir ci-dessous, p. 793-7.94.)
(2) Le comité de la section siégeait dans le ci-devant hôtel d'AIigrc, contigu à l'établissement des Enfants-trouvés, aujourd'hui hupital Trousseau.
(3) Eclaircissement Ul. (Voir ci-dessous, p. 793.)
(4) On en a lu le texte plus haut. (Voir ci-dessus, p. 77^.)
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mencement des travaux de réparations, il y avait au chàleau douze cavaliers de )a garde nationale à poste lixe), non sans avoir vu commencer la démolition du donjon; ils allaient au Çalop ; mais» vers le milieu de la route de Vincennes à Paris, ils se heurtC;rent au bataillon de Santerre, qui venait en sens inverse, escorté par une foule énorme : on les entoure, ou les oblige à mettre pied à terre, et on les ramène ainsi à Vincennes. Là, Drsmottes put s'échapper, gagner Saint-Mandé et, par Charentoo, Bercy et le bord de la Seine, rentrer à rH(Hel-de- Ville. La lettre du maire de Vincennes est portée par une ordonnance au Maire de Paris (1) : quant à i*atdede*camp, il court aux Tuileries, où La Fatettf: avait été appelé par l'incident de la matinée (2), avertit le général, qui part aussit^ît pour Vincennes, à quatre heures. Il devait donc être prt'S de cinq heures lorsqu'il arriva. Et la dé/nolition avait commencé à une' heure. Ce n'était pas la faute de La Fayetts ni celle de la Municipalité de Paris.
Maintenant, qui avait poussé sur le vieux donjon inofifensif les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, et dans quel but?
Aujourd'hui, il est généralement admis qu*il existe une corrélation étroite entre l'événement de Vincennes et la réunion d'hommes armés qui se rassemblèrent le soir même dans le palais des Tuileries : l'émeute de Vincennes aurait été suscitée dans le but d'occuper hors Paris La Fayette et la garde nationale, et de laisser le champ libre aux conspirateurs qui voulaient enlever le roi (3).
Les Mémoires du marquis de Fëhbières et ceux du général de La Fayette, sur lesquels s'appuie cette manière de voir, sont cependant loin d'être formels.
Voici comment s'exprime di<: Ferrières, ancien député de la noblesse de la sénéchaussée de Sauniur, qui ne publia ses Méynoires qu'en 1799 (4) :
Les orléanistes et les jacobins, foiguaut des inquiétudes qu ils étaient loin de concevoir, affectèrent de répaudre que les travaux de Vincennes cachaient un grand dessein, qu'on en faisait une forteresse, qu'on y transportait des boulets et des cartouches daus des matelas, qu'un souterrain communiquait des Tuileries au château.
Le peuple prit l'alarme : des baudcs nombreuses d'ouvriers et d'agents d'émeutes partirent des faubourgs.
[Suit uû récit d«*6 incidents de \incennee.]
(1) On a vu que la lettre parvint à destiualion à trois heures et demie. (Voir ci-dessus, p. 779.)
(2) Incident du luarquls ou baron surpris armé d'un poignard dans les salons. (Voir ci-dessus, p. 772-773.)
(3) C'est notamment l'opinion de Michelbt {Histoire de la Révolulion française, liv. IV, chap. IX) et de M. Aulard {La Société des Jarobins, t. H, p. 95). Louis Hlahc (Uist. de la Rév, fr., liv. V, chap. tu), sans se prononcer, se réfère à l'explication donnée par les liévoiutions de France et de brahant^n" 67, non daté), qui attribue toute la machination à Miraukau. Dans un livre tout récent et en général fort bien renseigné, sous sou allure simple el légère, M. Kdmond BsAUUEPAïaE admet comme une certitude l'hypothèse du coup de main ayant pour but la sortie de la famille royale et la fuite vers la Normandie. (Voir Caitseries anerdr*^ iifjuessur les vi07uimenls de Paris, Le Louvre et les Tuilenes, I" partie, p. 133-137.)
0) Mémoires de Feuuikres. (Voir t. U, p. 237-239.)
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a Parce que, depuis longtemps, MABATTordonne, Marat, le traître M arat, qui ose profaner le nom de liberté et n'est qu'un vil suppôt de Taristocralie la plus dégoûtante; Marat, qui ne cherche plus qu'à se plonger dans le sang le plus pur des citoyens, parce qu^il y a une traînée volcanique entre ce malheureux et les soi-disant Vainqueurs de la Bastille (1), et un officier supérieur dont le maratisnie est connu (2).
<t On a arrêté 60 de ces brigands, parmi lesquels 12 ou 15 enfants, un grenadier, un chasseur et un fusilier, volontaires de la garde nationale.
ce Toute la journée, le Directoire du département est resté assemblé ; c^est de lui que les ordres sont partis (3). »
D'autre part, voici l'opinion de VAmi du peuple (n" du 3 mars} :
« Les pères conscrits qui s'attendaient à cette invitation de ma part, avaient eu recours, pour en^pècher cette affluence, à une suite d'artifices atroces, concertée, dans le Comité même, entre Riquktti et Momé. Ils décidèrent de distraire le peuple par quelque événement amené avec adresse et de rengager, par là, à se porter sur les lieux de la scène (4).
c Vers les dix heures du matin, plusieurs émissaires de Tétat- major se répandirent dans le faubourg Saint-Antoine et y semèrent le bruit qu'on faisait de Vincennes* une forteresse pour y enfermer le duc d'Orléans avec tous les bons patriotes et qu'on avait déjà transporté des canons sur la terrasse. Bientôt, Talarme se répand, et, vers midi, 150 citoyens aiTÎvent au château : ils y trouvent de vieux canons, environ 200 lits de camp, douze étaux, des platines do fusils et tous les outils d'un atelier. Ils y voient beaucoup de petites chambres très bien meublées; un émissaire aposté leur dit qu'elles sont destinées à renfermer la famille du duc d'Orléans. A ces mots, transportés de colère, les citoyens jettent les meubles par les croisées dans le fossé et se mettent à démolir le donjon.
« Cependant, la générale que Mottib faisait battre dans tout Paris attirait vers le lieu de la scène un grand concours; lui-même y arrive sur les trois heures (o), à la tête de la cavalerie. Des chasseurs, bourgeois du faubourg Saint-Antoine, venus avant lui, se placent devant le château pour l'empê-
(1) Marat était en bons termes avec les Vainqueurs de la Bantilie. (Voir Tome 1, p. 631'63ij et ci-dessus, p. 4/).
(2) Cet officier est Santbrrb, commandaut du bataillon des Enfants-trouvés.
(3) On a déjà fait observer que le Conseil du département ne siégeait pas ce jour-là, et que c'est au Directoire seul que la Municipalité eut affaire. (Voir cidessus^ p. 16.'j, note 3.) Mais il n'est rien resté des instructions du Directoire ; la seule pièce conservée dans le registre de correspondance de Bailly (Bib. nat., mauusc. reg 11697, fol. 138) est une lettre de Pastoret, procureur-général syndic, demandaut, au nom du Directoire, assemblé depuis le matin, à être tenu au courant des évéoements.
(4) En prévisiou de la discussion sur la loi relative à la liberté d'émigration, qui devait s'ouvrir devant l'Assemblée nationale le 28 février (Voir ci-dessus, p. 594) f Marat avait, dans le numéro du matin, convoqué ses adhérents et tous les citoyens à se porter en foule à l'Assemblée, les conjurant de soutenir par des signes non équivoques d'approbation ou d'improbation la cause de la patrie. L'Assemblée, terrifiée, n'aurait trouvé dautre moyen d'échapper à la pression que Makat méditait d'exercer sur elle que de lancer le peuple à l'assaut du château! Marat mit, il est vrai, trois jours à trouver rcttc mirobolante explication.
(3) Non pas trois heures, mais cinq heures. (Voir ci dessus, p. 77^, note 3, et 7*^8.)
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cher d'y pénétrer. Mais ils étaient en trop petit nombre pour résister longtemps. MoTTiK, apercevant le brave Santerre, lui dit : a Comment, Monsieur, vous voulez faire tirer vos soldats sur moi et ma troupe! — Cela n'est pas, Monsieur. Mais, si je le leur commandais, ils m'obéiraient. — Eh bien ! retirez-vous, et, si vous ne voulez pas m' obéir vous-même, je vais vous y forcer. » Puis, s*adressant à sa troupe: « Soldats! feu sur ce peloton! Ce sont des Vainqueurs de la Bastille... Comment? Vous nem'obéissez pas? Je suis votre général : vous devez ra'obéir, la loi vous l'ordonne. — Vous êtes un traître ! » se sont écriés plusieurs soldats, et il s'est entendu honnir par une multitude de citoyens, sur lesquels les alguazils à cheval ont foncé le sabre au poing, et plusieurs ont été blessés dangereusement (1).
tt Cependant, il faisait demander des ordres à la municipalité de Vincennes pour arrêter les citoyens qui démolissaient le donjon; elle les refuse. « En ce cas, je prends cela sur moi », a dit Mottié (2), et, à l'instant, il les a fait arrêter, puis conduire à la Conciergerie. »
On voit le contraste : tandis que le Journal des clubs^ organe de deux officiers municipaux, accuse Marat, YJmi du peuple^ organe de Marat, accuse TAssemblée nationale, Mirabeau, La Fayette, Baillt^ la Municipalité.
Quelques jours plus tard, d'ailleurs, VAmi du peuple (n° du 9 mars) changeait de langage : les « pères conscrits » de rAsseroblée nationale, Mirabeau, Bailly, la Municipalité sont laissés hors de cause : Lapayetts seul a taut machiné : chef des ennemis de la Révolution, c'est le « perfide Mottié » qui, dès la veille, a envoyé des émissaires pour soulever le faubourg Saint-Antoine, pour rengager, par mille insinuations, à se porter sur Vincennes, à en démolir le donjon ; c'est lui qui, le jour même, dès la pointe du jour, fait renouveler ces manœuvres criminelles, auxquelles se laisse prendre une jeunesse imprudente. C'est lui qui, à Vincennes, fait tous ses efforts pour révolter les esprits, pour mettre aux prises les soldats nationaux, le tout pendant que ses complices, entrés aux Tuileries, devaient, vers le milieu de la nuit, faire enivrer la garde, poignarder les sentinelles et enlever la famille royale. *
Dans les Révolutions de France et de Brabant (n»' 66 et 67, non datés), Camille Desmoulins expose une intrigue compliquée, dont Machiavel -Mirabeau pouvait seul être l'auteur, et qui aurait eu pour but l'extermination de tous les factieux. Cependant, il finit, lui aussi, par s'en prendre aux aristocrates, mais d'une façon générale et imprécise. Il dit :
tt II paraît que c'était le lundi (28 février) que devaient éclore les grands desseins. Tout Paris savait que, ce jour-là, le faubourg de Gloire, ci-devant de Saint-Antoine, se porterait à Vincennes pour raser le donjon, et le vigilent MoTTiÉ ne prenait aucune mesure : il laisse démolir le donjon jusqu'au premier cordon. Pendant que des patriotes égarés par de perfides insinuations, par les émissaires de l'aristocratie, démolissaient Vincennes et faisaient, sans le vouloir, une diversion pour attirer toute l'armée parisienne de ce côté-là,... tous les soi-disants amis du roi arrivent au Louvre, à la flle... »
(1) Tout cet incident, entre db La Fayette et Santkrrk, est complètement défiguré dans le récit de VAmi du peuple. (Voir ci-dessous, p. 793-794.)
(2) Confht raconté par La Fayette lui-mCme. (Voir ci-dessus, p. 777, note 2.)
TOHF. II 50
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Xavier Alîdouin, dans le Journal universel ou Rét>oliUions du royaume (n^ (lu 2 mars), est à peu près le seul qui accuse nettement les royalistes d'avoir engagé le peuple à se porter à Vincennes, afin de laisser les Tuileries sans défense; encore est-il obligé de supposer (Jue ces singulier^ royalistes étaient venus dans l'intention d'assassiner Louis XVI, « roi aimé du peuple et détesté des ci-devant ». C'est une « bande régicide », composée des « agents du fanatisme et de Taris tocratie, d'accord avec les prélats déposés par la constitution », qui a ourdi Taffreux complot, de façon que les Tuileries fussent désertes et sans défense et que les conjurés eussent le loisir d'assassiner le roi.
Un pamphlet royaliste, Grands remêrûiemenis auxJntobim sur leè haute faits de la journée du 28 février (1), est presque exclusivement consacré à la réfutation de l'article d^Audouin.
Le Corps municipal ne s'embarrassa pas de choisir entre ces opinions contradictoires : le 2 mars, il dénonça vaguement et en bloc les « ennemis de la paix publique » (2).
Nous bornons ici les explications générales que comporte Tafifaire de Vincennes. On aura d'ailleurs l'occasion de revenir plus. d'une fois sur les détails en commentant les procès- verbaux du mois suivant, soit au sujet du rôle de Santerre et du procès en calomnie qu'il intenta au Commandantgénéral et à l'aide-de-camp Desmottes, soit au sujet des demandes de mise en liberté qui vont se multiplier en faveur des prisonniers ramenés par la garde nationale et déposés à la Conciergerie.
Néanmoins, il est un élément d'appréciation qu'il importe de fournir dès maintenant au lecteur. C'est la faveur que rencontrait alors, dans des milieux qui n'avaient rien de subversif et môme après la tentative séditieuse du 28 février, l'idée de démolir et de raser le donjon, susceptible de devenir la succursale de la Bastille.
C'est ainsi que les Révolulions de Paris {n"* du 27 février au 3 mars 1791) écrivaient :
« Pour prévenir ces affreux malheurs, il n'y a point d'autre parti à prendre que de raser le fort de Vincennes. C'est au Directoire du département à prévenir le vœu des habitants de Paris sur cet objet. S'il est animé de quelque patriotisme, il ne doit pas hésiter de signaler l'aurore de son administration pur la destruction totale de cet horrible monument du despotisme. C'est une satisfaction à donner au peuple et une espèce d'amende honorable à faire à la liberté.
u Quant aux soixante^quatre prisonniers déposés à la Conciergerie par la garde nationale de Paris, ils doivent avoir leur liberté provisoire. Leur action ne doit pas être jugée selon la rigueur des lois : le motif en est pur, et l'effet eût été un service rendu à la patrie. »
Et l'idée de faire démolir le donjon par le département de Paris est émise et appuyée, quelques jours après, devant l*Assemblée nationale. Voici dans quelles circonstances.
d'André, s'occupant de l'exécution des décrets du 20 février et du 5 mars^
(1) Irap. 8 p. in-8« (Bih. nat., Lb 39/9755), reproduit par M. àulard, dans La
Société des Jacobins (t. Il, p. 126-131).
(2) Arrêté du 2 mars. (Voir ci-dessous.)
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qui avaient décidé que la Haute-Cour nationale destinée à ju^er les crimes de lèse-nation siégerait à Orléans (l), demandait, le 9 mars, que les personnes détenues à TAbbaye pour crimes de lèse-nation fussent transférées incessamment à Orléans. Et, parmi les motifs invoqués à Tappui de sa proposition, il développait celui-ci :
U y a un autre point de rue sous lequel la proposition est extrômement importante. Les prisons de Paris sont remplies de prisonniers. Déjà, peut-être par une mesure inconsidérée, vous avez ordonné ou vous avez permis que le donjon de Vincennes soit arrangé pour y renfermer des prisonniers. Cette disposition a une foule d'inconvénients que je pourrais détailler, mais dont je ne rapporterai que deux : le premier, c'est une dépense énorme; le second, c'est la difficulté de faire aller les prisonniers, pour être entendus, devant les tribunaut de Paris qui doivent connaître de leurs affaires (2).
C'est alors que Le Chapelieh, appuyant la proposition principale, intervint pour insister sur un objet que, disait-il, le préopinant n'avait fait qu'effleurer et qui était digne de toute l'attention de l'Assemblée, à savoir la destination du donjon de Vincennes. 11 s'exprima en ces termes :
Un matin^ le Comité des domaines, pressé par la Municipalité de Parîs) vous proposa d'autoriser celle-ci à réparer ce donjon qu'on aurait dû détruire. Celte dépense, qui vous a. été proposée sous le prétexte spécieux qu'il n'y avait pas assez de local à Paris pour loger les prisonniers, paraîtra futile, au moins, pour ne pas dire davantage : il faut donc l'arrêter. Je demande, en conséquence, qu'il soit décrété que, dès aujourd'hui, on ne fera plus aucune dépense au donjon de Vincennes et qu'il ne servira plus à rien, parce qu'on doit anéantir et non réparer ce monument du despotisme.
La gauche et les tribunes applaudissent vivement cette conclusion, et Briois-Beaumetz, prenant la parole, invoque, pour la justifier, les événements du 28 février. Il dit :
Je m'étonne, avec les préopiuants, que l'on soit parvenu à entraîner l'Assemblée dans une mesure qui me paraît à la fois contraire à l'économie et aux principes de la liberté. Il est honteux de laisser subsister plus longtemps, à la vue de cette capitale, une forteresse qui n'était qu'un nid à tyrans. II y a plus de huit jours que j'aurais fait )a motion de détruire ce donjon, si alors ce vœu n'avait pas été inconsidéré et inconstitutionnel. La tranquillité publique a été instamment troublée à ce sujet. Je porte, au nom du peuple de Paris, au nom de la nation, le vœu de démolir cette scandaleuse forteresse. Je fais donc la motion que l'Assemblée nationale décrète que le donjon de Vincennes sera démoli, que le département sera chargé de cette démolition et qu'il sera en même temps chargé de reiller à ce que cette démolition ne soit accompagnée d'aucun désordre.
Les applaudissements recommencent. Voidel. déclare qu'il avait l'intention de présenter une motion semblable, de Montlosiër lui-même est prêt à voter la démolition, n*aimant point, dit-il, les prisons ni les forteresses. Enfin, Gaultier de Biauzat approuve la motion de détruire le donjon de Vincennes :
(1) Décrets des 22, 26 février, 2 et 5 mars 1791. (Voir U» série, Tomes V, p. ftf4, et VI, p. Gio:)
(2) On a vu le Bureau municipal s'occuper, le 19 février, des moyens de transférer les prisonniers à l'aller et au retour. (Voir ci-dessus, p. 651.)
788 CORPS MUNICIPAL [28 Fév. 1791]
C'est une motion patriotique ; elle est écrite dans le coeur de tout bon citoyen. Il faut que le département de Paris soit chargé de faire détruire ce donjon.
Toat le monde semblait donc d'accord, et la motion allait être votée, lorsque du Port, sans la combattre, loin de là, présenta des observations d'ordre pratique qu'on ne pouvait dédaigner :
Dans les propositions qui vous sont faites, il y en a une qui ne peut pas souffrir de difficulté, en ce qu'il s'agit seulement d'exécuter, avec les précautions nécessaires, la destruction entière et absolue du donjon de Vincennes. Mais je vous fais observer qu'il y a une chose de la plus haute importance, qui doit fixer votre attention et qui doit vous être présentée sous deux jours par vos Comités de jurisprudence criminelle et de constitution : c'est l'état des prisons de Paris et les moyens à prendre pour que les tribunaux de Paris puissent les vider. Je demande l'ajournement. Jusqu'au moment où il vous, sera présenté un plan pour vider les prisons et pour hAter le jugement des procès (i).
La remarque de du Port fait surgir les objections de toutes parts. C'est d'abord Reubell :
La motion de M. Lb Cbapblibii est inconsidérée, en ce qu'elle fait croire que l'Assemblée nationale a été trompée par la Municipalité de Paris. Ce n'est point dans ce moment-ci que l'on doit détruire le donjon de Vincennes, dont les prisons sont établies pour la commodité et la santé des prisonniers.
Lui aussi demande l'ajournement. Et, après lui, de Lachèze, qui consent à la démolition, à la condition que le Comité des domaines soit d*abord chargé de rechercher les moyens les moins coûteux pour y parvenir. Puis, Mebun, qui demande que le Comité présente incessamment un projet de mise en vente du ch&teau de Vincennes, avec obligation imposée à l'acquéreur de le démolir : cela, dit-il, pour soulager le trésor public d'une dépense considérable. Et il ajoute :
Mais veut-on faire calomnier l'Assemblée nationale? Veut-on faire dire dans les départements que TAsserablée nationale ne fait que céder à des mouvements populaires f
Il conclut en demandant le renvoi de la motion au Comité d'aliénation.
A partir de ce moment, le sort de la motion est fixé : l'Assemblée ne voudra pas paraître s'incliner devant les injonctions séditieuses des faubourgs parisiens. La discussion dévie. Parent veut justifier le Comité des domaines, rappelle les motifs d'humanité qui ont poussé le Comité à autoriser les réparations: il demande au moins que le Comité des domaines soit adjoint au Comité d'aliénation pour prendre les mesures les plus conve* nables. C'est en vainque Briois-Beauhetz insiste en disant qu'it ajustement attendu que le peuple soit calme pour faire sa motion, qui continue à lui paraître nécessaire « pour abattre les anciens trophées de la servitude et élever à leur place les étendards de la liberté ». Cest en vain que Robespierre se prononce en faveur de la motion de Le Chapklier, à laquelle, dit-il, aucun motif raisonnable ne peut être opposé.
La motion tendant à la démolition immédiate est écartée.
Le Chapelier demande alors que l'Assemblée nationale arrête au moins
(l) Le même du Port présenta un rapport à ce sujet, le 13 mars 1791. On aura occasion d'en parler au sujet de l'installation des tribunaux criminels provi- E^oircs.
[28 Fév. n9i] DE LA COMMUNE DE PARIS 789
toutes dépenses ultérieures pour la réparation du donjon de Vincennes; secondement, que le donjon soit déclaré vendable. Mais Buzot :
Soit que vous déclariez le donjon vendable, soit que vous eu décrétiez la démolition, c'est absolument la même chose. La question est de savoir si vous pouvez prendre une telle mesure dans ce moment-ci. Non, sans doute, parce que vous auriez Tair d'avoir fait un décret de circonstance, ce que vous devez éviter soigneusement.
"Et TAssemblée se borne à décréter le renvoi de la motion de Le Chapelier à rexameu des Comités d'aliénation et des domaines réuniç (i).
Le donjon Tavait échappé belle, et, n'était l'aventure du 28 février, il est plus que probable que la destruction immédiate en eût été votée sans la moindre difficulté. D'où il résulte, sans paradoxe, que c'est aux démolisseurs du 28 février que le château de Vincennes a dû son salut.
Au sujet de cette séance du 0 mars, il y a lieu de signaler un écrit anonyme, intitulé : Grande motion faite à VAtsemblée nationale pour la suppression de la prison d^Éiat de Vincennes ou La nouvelle déconvenue des factieux (2), où il est affirmé que les de Lameth, nu Port et Barnave avaient imaginé, pour remonter leur crédit en baisse, de faire à l'Assemblée, avec beaucoup d'éclat, la motion de démolir le donjon de Vincennes, Charles or Lambth devant porter la parole, les autres devant « l'évertuer » en appuyant sa proposition; et que la motion de Lb Chapelier, soutenue par MM. Beau- METZ, d'André, Dupont, Regnault, Duquesnoy et autres, tendant à faire vendre le château, comme bien national, au profit du trésor public, vint déranger les combinaisons des meneurs jacobins.
D*ailleur8, cet écrit est plutôt favorable ii la motion de Le Chapelier, qu'il présente comme une u motion faite sagement, d'une manière utile, sans fiagorner le peuple et après qu'il fut rentré dans le devoir; motion qui ne veut pas que la nation perde une propriété précieuse, qui ne l'abandonne pas au pillage, qui en demande la vente, régulière et légale, après que cette propriété a été défendue contre les efforts des scélérats commandés pour la dévaster d. 11 remarque enfin que ce sont les écrivains jacobins, les Corsas {Courrier de Paris dans les 83 déparlements), les Carra (Annales patriotiques et littéraires de la France), les Ma rat (Ami du peuple), les Audouin {Journal universel), les Martel (Orateur du peuple)^ qui ont jeté les hauts cris contre les réparations faites à Vincennes et qui ont cherché à soulever le peuple à cette occasion.
Rappelons enfin que, deux mois et demi plus tard, sur le rapport de Barère de Vieuzac, au nom des Comités des domaines, de féodalité, des pensions et des finances, l'Assemblée nationale ordonnait la mise en vente d'un certain nombre de domaines jadis royaux, parmi lesquels le château de Vincennes (3).
Ce n'est pas seulement devant l'Assemblée nationale qu'on parlait de la
(1) Séance du 9 mars 1791, soir. (Voir Archives parletnentairesy t. XXIII, p. 732- 754.)
(2) Imp. 7 p. in-8« (Bib.nat., Lb 39,4662), reproduit par M. Aulard, dans La Société des Jacobins (t. II, p. 141-144).
(3) Décret du 26 mai 1791. (Voir 1" série, Tome VII, p. 36G.)
790 CORPS MUNICIPAL [29 Fév. 1791]
destruction plus ou moins prt)chaine de la forteresse royale de Vincennes. L'administration du département de Paris, pourtant modérée, ne pensait pas autrement, et voici en quels termes s'exprimait, le 28 avril 1791, dans un Compte renflu au Conseil du dépariement de Paris (1), au nom du Directoire, le procureur-général syndic Pastoret :
Le Directoire était à peine assemblé qu'un événement mémorable appela sa vigilance. Tandis que des citoyens égarés, prévenant les ordres de la loi qu'ils auraient dû attendre, se portaient en foule à Vinccnnes pour y démolir ce vieux séjour de l'esclavage, consacré longtemps, comme la Bastille, aux vengeances du despotisme envers la pbilosophie et Tamour de la liberté, d'autres citoyens...
La suite de la phrase se rapporte à rafTaire des Tuileries. Mais n*est-il pas certain que Pastoret et ses collègues du Directoire départemental souhaitaient voir disparaître un « vieux séjour de l'esclavage, longtemps consacré aux vengeances du despotisme », et qu'ils reprochaient uniquement, aux ç égarés » qui s'étaient portés à Yincenncs, de n'avoir p^s << attendu les ordres de la loi » ?
Donc, et c'est là ce qu'il fallait démontrer, personne, à cette époque, n'eôt regardé la démolition, même séditieuse, du château de Vincennes et de son donjon comme un acte de vandalisme. De l'avis unanime, les démolisseurs n'étaient que des patriotes trop pressés.
Pour en revenir a la journée du 28 février, il nous reste à signaler les réclamations formulées par deux bataillons du faubourg Saint-Antoine contre les accusations d'indiscipline dont ils avaient été Tobjet.
La première est une protestation adressée le îi mars au Moniteur "^ar le bataillon de Sainte- marguerite (2) et insérée dans ce journal (no du 8 mars), ainsi conçue :
Le bataillon, justement alarmé d'une phrase obscure, iusérée dans le n^ du Afo-: niteur daté du 1^^ du présent mois (3), ainsi conçue : « Les babitapts du faubourg Saint-Antoine ont paru vouloir s'opposer au passage des troupes citoyennes, et les trois bataillons dudit faubourg ont refusé de marcher; »
Considérant que, en restant au quartier, suivant l'ordre qu'il en avait reçu du major de la division (4), il a donné une nouvelle preuve de son patriotisme et de sa soumission à la loi ;
A unanimement chargé son commandant de prendre les mesures les plus promptes pour que le rédacteur de la feuille ci-dessus désignée contribue, en insérant dans un de ses plus prochains numéros le présent extrait, à désabuser les bons citoyens, qui auraient pu prendre une idée très (Jéfavorable an bataillon à la lecture de la phrase ci-dessus désignée;
A décidé, en outre, que copie du présent serait envoyée à tous les journalistes patriotes, pour être insérée dans leurs feuilles et rendre par là un témoignage
(i) Imp. 20 p. in-4o (Bib. nat., Lb 40,16-4), reproduit dans le Moniteur (n« du 30 avril 1791).
(2) L'ancien district de Sainte-Marguerite était devenu la section de la Ruede-Montreuil, C'est sous ce dernier nom que la réclaipaUoû parut dans le Moniteur,
(3) Premier récit de la journée du 28 février. (Voir ci-dessus, p. 774.)
(4) Le major de la V» division, à laquelle appartenait le bataillon de Sainte^ Marguerite, s'appelait de Laleu.
t?8 Fér, iW] DE l^A POMMUNE DE PARIS 791
DOQ équivoque du dévouemont s^ns bornes que le bataillon conservera toujours pour Texécution dp la loi.
Signé : Bonnadd^ commandant; Sbouiv, secrétaire.
La seconde émane du 8* bataillon de la V^ division, ou bataillon de Popincourt (1).
Dès le 2 marsj les officiers du bataillon avaient pris la délibération suivante :
J.es officiers du balailhn de Trainel^ dit Popincourt (2), assemblés chez M. le commandant du bataillon et informés de rjnsubordination coupable de quelques individus faisant partie du détachement envoyé à Vincennes le 28 du mois dernier, jaloux de repousser la tache qui pourrait en résulter pour le bataillon entier et de prouver leur zèle pour Tobéissance à la loi ;
Arrêtent qu'il sera demandé, pour la plus prompte punition des coupables, la convocation d'un Comité de surveillance, auquel seront remis les rapports des faits par les officiers du bataillon qui se trouvaient à la tête du détachement.
Arrêté le 2 mars 1791, et ont signé :
[Suivent les signatures de 4 capitaines, 4 lieutenants, 3 sous-lieutenants, et, en plus : ]
ViALLA, capitaine aide-major;
Colin de Cancby, commandant.
Le 6 mars, c'est le bataillon tout entier qui délibère dans les termes suivants :
Le bataillon de Trainel, dit Popincourt, assemblé en la manière accoutumée ;
Informé par M. le commandant du bataillon de la conduite do quelques individus composant le détachement envoyé à Vincennes le 28 du mois dernier ;
Empressé de repousser les doutes qu'on voudrait faire nattro sur le patriotisme du bataillon et sur ses sentiments pour un chef qu'il respecte, qu'il estime et qu'il aime ;
Déclare qu'il voit avec admiration et reconnaissance dans le Commandantgénéral de l'armée parisienne le défenseur zélé de la Révolution, l'ami de l'ordre et du maintien des lois, l'ennemi courageux de tous les despotismcs et l'adversaire redoutable du désordre et de l'anarchie. Eu vain des écrivains mercenaires et des faux patriotes répandent contre lui des calomnies usées: celui qui défendit la liberté dans les deux mondes et qui le premier proposa de déclarer les Droits de l'homme est au-dessus de tout soupçon.
^e bataillon arrête qu'une députation de huit dt ses membres sera chargée .d*exprimer & M. db La Faybttb l'inaltérable attachement du bataillon pour sa personne. Les citoyens qui le composent, religieux observateurs du serment qu'ils ont fait d'être fidèles à la loi, seront toujours prêts à marcher pour son exécution et obéiront avec zèle' et soumission aux ordres qui leur seront donnés à cet effet par >{. le Compiandant-général.
pt ont été à l'instant nommés membres de la députation, pour ee transporter dans le jour chez le général : MM. le commandant du bataillon, l'aide-major, et sept autres [dont cinq capitaines et deux fusiliers).
De plus, le bataillon arrête que, en attendant le jugement du Comité de surveillance de la division, M. le commandant du bataillon sera prié de suspendre '
(1) Imp. 3 p. in-4'' (Bib. nat., manusc. reg. 2G56, fol. 175), reproduit par le Courrier de Paris dans les 83 départements (n» du 17 mars). — Cette pièce n'est pas signalée dans la Bibliographie de M. Tournbux.
(2) Le district de Popincourt s'était appelé d'abord district de la Madeleine-de- Trainel. (Voir l" série, Tome (, p. 194, î^ote 0.)
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de leurs fooctions les individus dudit bataillon inculpés dans les rapports et que, à cet effet, les membres du bataillon qui se sont trouves k Vincennes le 28 février dernier et qui ont connaissance de quelques faits particuliers sont invités à en faire le rapport signé d'eux à M. le commandant, qui les joindra aux rapports déjà faits et envoyés pour la tenue du Comité de surveillance de la division.
Ledit bataillon arr<^le, en outre, que la présente délibération sera envoyée à M. le Commandant-général, à M. le Maire, à Tétat-major, à la Municipalité, au département, aux 59 bataillons et aux 48 sections de la capitale.
Signé : Colin dk Cancby, commandant du bataillon ; ViALLA, capitaine aide-major du bataillon, faisant fonctions de secrétaire.
Des trois bataillons du faubourg Saint-Anloine, deux s'étaient donc valablement excusés: le bataillon des En/ants-irouvés seul ne dit rien, acceptant ainsi la solidarité des actes de son commandant, Santerrb, qui, lui, préféra, pour établir la vérité, s'adresser, comme on le verra, aux tribunaux réguliers (1).
(in, p. 771.) Voici, d'après le Courrier de Paris dans les 83 déparlemenU (n* du 3 mars 1791), le texte de VOrdre que le Commandant-général adressa, le 1*' mars, aux bataillons de la garde nationale parisienne, en leur transmettant l'arrêté du Corps municipal du 28 février :