‹ Actes du Congrès international de botanique et d'horticulture d'AnversChapitre 11 sur 53 · HD · texte numérisé non relu

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quais de débarquement du port de Marseille et de tant d’autres grands centres d'introduction, auront pu être soumises à des procédés appropriés de décortication, elles enrichiront au centuple les populations européennes. On sait que l'huile de Sésame est douce, agréable, qu’elle rancit difficilement, et qu’elle peut supporter la comparaison avec les meilleures huiles d'olives; on sait qu’au Japon, où l’on n’usait ni de beurre ni de graisse, on n’employait, au temps de Thunberg, que l'huile de Sésame aux usages culinaires.

Les semences des Ricins représentent aussi une source considérable de matière huileuse. Un regard jeté sur la précieuse collection des colonies portugaises, actuellement disposée dans le local de l'Exposition internationale d'Anvers, nous fait comprendre l’infinie variété des sortes commerciales de ces graines, leur multiple utilité, la facilité et l’abondance avec lesquelles elles croîssent dans les régions voisines du Congo, soit sauvages, soit à l’état de culture.

Une autre plante du groupe des Malvacées joue un rôle bien curieux dans certaines portions du Congo; il sera facile de l’introduire, si elle n'y existe déjà, et de la multiplier dans la région dont vous entreprenez la conquête scientifique et commerciale. Je veux parler du Cola. La Noix de Cola, de Gourou, de Ngourow, encore appelée Noix de Cacao et Café du Soudan est la graine d’une Sterculiée, le Cola acuminata (Sterculia acuminata. — S. nitida. — #. verticillata), célèbre dans l'Afrique tropicale occidentale comme masticatoire, est dans ces régions l’objet d’un commerce considérable. Les Mahométans le regardent comme un fruit divin, apporté par le Prophète; aussi est-il exorbitamment cher dans les contrées un peu éloignées de celles où croit cet arbre. Il y a deux variétés de Cola : l’une à fruits rouges, et l’autre à fruits blancs; l’une et l’autre passent pour éloigner le sommeil, mais la dernière est réputée posséder cette proprieté à un plus haut degré. Il n’y a rien là de bien étonnant, depuis que M. Attfield et bien d’autres après lui, ont trouvé, dans la Noix de Cola, la théine dont M. Daniell avait soupçonné la présence. Ces graines sont recherchées sur toute la côte occidentale comme aphrodisiaques, au moins comme antihypnotiques, ou employées comme antidyssentériques. Il paraît que le voyageur peut rendre potables les eaux les plus saumâtres qu’il rencontre en y râpant une petite quantité de cette semence. La culture de cette plante ne doit pas être difficile au Congo; les nègres en font si grand cas qu'ils l’ont transportée avec eux jusque dans l'Amérique centrale ; c'est là qu’elle a été décrite comme type d’un nouveau genre de Sterculiées, sous le nom de Siphoniopsis monoicu.

Un autre bel arbre de ces régions, également des plus ‘utiles, sera le fameux Baobab, l'Adansonia digitata, le géant de la végétation africaine tropicale. Son fruit renferme, en dehors des graines, une pulpe acidulée, rafraichissante, ultérieurement desséchée et farineuse, qui s’expédiait

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jadis en Europe, sous le nom de Terre de Lemnos. C'était alors, en Grêce eten Egypte, comme c'est aujourd'hui parmi les peuplades nègres de l'Afrique, un remède réputé, sous le nom de Douï, contre les diarrhées, les dyssanteries, les hémophtysies, les fièvres putrides, etc. La portion extérieure du fruit, vulgairement nommé Pain de linge, est une sorte d’écorce ligneuse, de farine très-variable, qui sert, comme les Calebasses, de vase et de récipient. Réduite en cendres, elle fournit une lessive alcaline qui sert à saponifier les huiles rances de palme. Les feuilles et les graines torréfiées entrent, en Nubie, dans la préparation d’une décoction anti-dyssentérique.

La famille des Euphorbiacées sera riche, dans ces pays, en espèces utiles, soit ligneuses, soit herbacées. Les Maniocs, qui passent pour être d’origine américaine, ont pénétré parmi tous les peuples qui habitent les parties tropicales de l’Ancien-Monde. La richesse de leurs racines en matière amylacée, en tapioca, en fait un objet de consommation de premier ordre ; et l’on sait que, dans les pays chauds, le moindre morceau de tige, semé à la facon d’une graine, reproduit très-promptement une plante qui se charge bientôt de racines adventives tubéreuses, réservoirs des substances féculentes.

Nous avons parlé des huiles extraites des graines de divers Ricins. L'Afrique chaude est encore un des lieux de production de l’huile de Grand Pignon, d'Inde ou de Barbarie, c'est-à-dire du Jatropha Curcas ou Grand-Médicinier, aussi recherchée par la médecine que par l’industrie, et dont de nombreux spécimens se voient dans l'exposition africaine des colonies portugaises et françaises.

Il y a certainement beaucoup de Vignes au Congo, et l’on sait quel bruit il à été fait, il y a quelques années, autour des Vignes du Soudan dont on espérait pouvoir introduire la culture en Europe. Mais ces Vignes n'auraient pu vraisemblablement supporter notre climat, et il n’a pas été prouvé que leurs fruits pussent servir à faire du vin. C’est ce qui arrivera pour la plupart des espèces africaines qui se trouvent au Congo ou qui pourraient y être introduites. Mais il y aura lieu d'examiner si quelques espèces indigènes n'ont pas un fruit susceptible d’être exploité pour la fabrication du vin, et si lé climat s'oppose à ce que certaines sortes, d'origine européenne ou américaine, soient introduites et cultivées.

Ainsi que l’a très-bien dit tout à l’heure M. le Professeur Wittmack, dans des localités semblables à celles qu’on veut coloniser, il faut créer avant tout des abris pour les cultures herbacées, potagères, notamment pour nos légumes européens. Ces abris doivent être, autant que possible, naturels. Il faut créer à bref délai des plantations arborescentes. Mais les arbres ou arbustes doivent être choisis parmi ceux qui ont fait leurs preuves au point de vue de leur parfait développement dans les pays

tropicaux. Heureux si, en même temps, ils peuvent donner des produits utiles, assurer à la consommation des bois précieux, des fruits alimentaires en grand nombre! Les Manguiers, de la famille des Térébinthacées, sont précisément dans ce cas: ce sont des arbres fruitiers dont les variétés sont innombrables, comme celles de nos poiriers et pommiers par exemple. Leurs fruits sont souvent délicieux ; et l’on sait que certains d’entre eux sont tellement recherchés, que l'imagination des peuples tropicaux a bâti là-dessus des légendes, analogues à celles qui se trouvent à l’origine de bien des religions, au sujet du fruit qui aurait tenté les premiers parents de l’humanité. Il ne faudra introduire, soit de l'Inde soit des îles Mascareignes, que les meilleures variétés de Mangues. Elles peuvent être, avant peu, pour l'Europe, principalement à l’état de conserves, un objet d'importation analogue à ceux que l'Amérique a commencé à nous envoyer et dont il est probable qu’elle inondera prochainement nos marchés. On peut en dire autant au sujet des Ananas et de bien d’autres fruits que le voyage n’altérera pas. C’est à l'Europe à songer qu’elle pourrait tenter un essai de concurrence très sérieux, quand les cultures coloniales seront bien organisées dans les pays tropicaux, quand ceux-ci pourront produire à bon marché des fruits délicieux, abondants et susceptibles d’être préparés pour la consommation de facons très diverses. |

Les Corossols, fruits des Anona sont dans le même cas que les Ananas. Ceux que l’on nomme Cœur de bœuf, Cachiman épineux, ete. sont considérés par les habitants des tropiques comme surpassant par leur saveur tous les autres. L'Algérie commence à nous en importer quelques-uns ; le Congo pourra nous en procurer bien davantage. À la même famille appar-. tient une épice dont Clusius vantait déjà les qualités aromatiques et stimulantes. C’est le Poivre d'Ethiopie ou Poivre des nègres de Sérapion, fruit que les noirs ont aussi introduit dans le Nouveau-monde ; il est produit par un Xylopia qui croit très bien dans toute l’Afrique tropicale. Le Muscadier de Calabash, Calabash Nutmey des colons anglais, est la graine d’une autre Anonacée aromatique : le Honodora Myristica. Celuici a également suivi les nègres aux Antilles où il fleurit et fructifie; 1l fructifiera très-bien au Congo où il est bien possible qu'il existe déjà.

J'arrive à des produits plus précieux encore. La culture des magnifiques plantes de la famille des Guttifères ou Clusiacées, rencontrera les conditions les meilleures dans vos établissements africains. Les plus importantes seront celles dont le latex est de couleur jaune et se solidifie, après son extraction, en une masse solide qui constitue la Gomme-gutte. Il y a, dans les diverses régions des tropiques, beaucoup de bons Guttiers qui n'ont pas encore été exploités. Leur suc laiteux, si actif comme purgatif-drastique, si utile, principalement, dans les arts, sera peut-être de bonne qualité dans les Garcinia ou autres genres voisins indigènes.

En tous cas, les meilleurs Garcinia connus, si abondants en Annam et au Cambodge, comme le G. Æanburgi, l’une des grandes richesses de l’Indo-Chine, pourront être transportés au Congo; elles y trouveront des conditions climatériques analogues à celles de leur pays d’origine. Il y à là une source possible de revenus considérables. Il y a des arbres fruitiers remarquables dans cette famille ; tel est le Mangoustan (Garcinia Mangostana). Ses fruits coriaces renferment quelques graines en forme de quartiers d'orange, dont toute la couche superficielle constitue une pulpe d’une saveur exquise et parfumée, la plus délicieuse, dit-on, qu’on puisse savourer. Cette pulpe rafraichissante sera d’un grand secours aux Européens contre les ardeurs d’un climat tropical.

L’Hazigne de Madagascar, dont l'introduction sera certainement facile, est aussi une Clusiacée, le Symphonia (Chrysopia) fasciculala. Son bois est de telle qualité, que sa tige élevée et droite constitue les plus beaux mats de navire. Son latex solidifié forme une sorte de gomme-résine que les indigènes emploient pour l'éclairage et pour une foule d’usages médicaux. Ils s’en servent à l’état de pureté, ou bien ils la mélangent, pour la préparation de certains onguents, avec la graisse produite en abondance par les semences. Cette graisse est, d’après les recherches de mon collègue, le professeur J: Regnauld, extrêmement analogue à certaines matières grasses d’origine animale; elle peut servir à divers usages culinaires. On comprend toute l'importance d’un pareil arbre pour le Congo où pourra aussi se cultiver un autre arbre de la même famille, l'Abricotier de Saint-Domingue, remarquable par les qualités de son fruit : c’est le Mammea americana, déjà cultivé dans plusieurs pays chauds de l’Ancien continent.

Il y a un immense groupe de plantes dont on ne saurait trop recommander l'importation et la culture au Congo; c’est celui des Rubiacées, dont les écorces, souvent riches en matières tanniques, amères, jouent un grand rôle comme toniques, stomachiques, fébrifuges et sont, par là même, d’un grand secours dans les régions où peuvent régner les fièvres et autres accidents paludéens et où le tube digestif des Européens a souvent besoin d’être tonifié, débilité qu'il est par les conditions climatériques. C’est à cette famille qu’appartiennent en première ligne les Quinquinas. Introduits dès aujourd'hui à Angola, ils pourront peut-être donner des produits satisfaisants là où se trouveront des flancs de collines assez élevés pour présenter la nuit une certaine dose de fraicheur et d'humidité. Quoique rien jusqu'ici ne vaille les Quinquinas comme fébrifuge, il y a bien d'autres Rubiacées en Afrique qui pourront fournir des écorces suflisamment toniques et astringentes : on a cité plusieurs Zæora, Morinda, Guettarda, les Antirhæa de Bourbon et de Maurice qui, sous le nom de Bois de Lostena, servent au traitement des plaies, des ulcères et des abcès, les Danais qui, aux Mascareignes, portent le

nom de Bois-à-dartres, un grand nombre de Gardenia à écorce riche en tannin et le Sarcocephalus esculentus de Sierra-Leone,-qui a une écorce astringente, fébrifuge et des fruits considérés comme comestibles. Je ne parle pas ici des Caféiers, parce qu'il n’est pas probable qu'on ne puisse tenter avec succès la culture de ces arbustes, notamment celle des Cofea arabica et liberica, au moins dans certaines portions de la colonie; il faut, à cet égard, faire des essais nombreux et persévérants.

A côté des Quinquinas, il y a des médicaments amers qui jouent un grand rôle en médecine et qui sont d’origine américaine. Ce sont des Rutacées du groupe des Quassiées ou Simaroubées, dont l’un est le Picræna excelsa, l'autre le Quassia amara, l'arbuste au Bois amer de Surinam. Or, chose remarquable, nous venons de rencontrer parmi les plantes de notre colonie du Gabon, c'est-à-dire dans des conditions de milieu très-analogues à celles qui sont réunies au Congo, un véritable Quassia, que nous avons nommé Quassia africana, et qui, pour l’amertume franche et intense, ne le cède en rien au Quassia amara du Nouveau-monde.

Dans une autre division de la même famille, nous trouvons un autre arbre intéressant dont les Gabonais nous ont appris l'usage : c’est leur Oba, dont le nom scientifique est Zrvingia gabonensis et qui a été aussi appelé Mangifera gabonensis, attendu que c’est le Manguier sauvage de nos colons. Il fleurit plusieurs fois dans l’année et donne presque constamment des fruits dont la graine fournit le Pain et le Beurre de Dika. Les indigènes mangent le sarcocarpe pulpeux ; mais sa saveur térébinthacée, analogue à celle des Mangues, est bien plus prononcée encore, de sorte que les Européens n’apprécient que fort peu un semblable . aliment. La graine seule sert à préparer le Pika. On brise les noyaux; les semences sont broyées dans un mortier, puis jetées dans un chaudron préalablement garni à l’intérieur de feuilles de Bananier; sous l'influence d’un feu lent et doux, la fusion se produit; puis la substance refroidie se prend en une masse tachetée de brun et de blanc. Les parties brunes constituent une sorte de cacao qui peut servir, étant sucré et aromatisé, à préparer ce que M. P. Rorke a nommé le CAocolat des pauvres. Sa couleur et sa consistance naturelles sont bien celles du Cacao; mais il n’en a pas le parfum. Les taches blanches représentent la matière grasse, le Beurre de Dika, assez analogue aussi à celui du Cacao. Il y a longtemps que MM. Gellé, frères, à Paris, Pilastre, à Rouen, et Mazurien, au Hâvre, ont proposé d'employer cette matière grasse à plusieurs usages industriels ; on en a préparé une substance analogue à la stéarine, des parfumeries fines, des cérats, des savons à base de soude. La substance brune a déjà servi, dit-on, à falsifier les chocolats. Les indigènes emploient d’ailleurs le Pain de Dika comme aliment; ils l’associent râpé à différents mets, principalement aux bananes cuites. Mais, peu délicats,

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