‹ Actes du Congrès international de botanique et d'horticulture d'AnversChapitre 12 sur 53 · CHE HE · texte numérisé non relu

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à ce qu'il paraït, sur les saveurs, ils se consomment guère qu’un Dika dont le goût est celui de la fumée; car les insectes en sont très-friands, et afin de prémunir les pains contre leurs attaques, on a l'habitude de les suspendre pendant plusieurs mois en dedans des habitations où ils recoivent la fumée de tout le feu qui se fait dans l’intérieur de la case. On voit donc qu’il faudrait appliquer à la préparation et à la conservation du ZDika les procédés perfectionnés qui sont à la portée des européens.

Au point de vue industriel, il est probablement plus important encore à l'heure qu'il est, d'introduire et de cultiver un certain nombre de lianes appartenant à la famille des Apocynacées, celle que représentent chez nous les Pervenches et le Laurier- Rose. Il est probable que, dans un avenir prochain, la culture de ces plantes sarmenteuses constituera au Congo la principale source de revenus commerciaux. Le suc propre et laiteux des Vahea ou Zandolfia et d’une trentaine d’autres plantes voisines, solidifié et condensé, représente la majeure partie des caoutchoucs fournis par l’Afrique tropicale et les îles adjacentes. Il y en a beaucoup à Madagascar. De nombreux Vahea ont été introduits en Angleterre pour y être multipliés et de là envoyés aux divers centres horticoles des colonies tropicales des deux mondes; c’est un exemple à imiter dans toute nouvelle installation coloniale.

Plus importante peut-être encore se présente de nous jours la question des Œutta percha. Ce sont des sucs propres ou latex d’arbres appartenant à la famille des Sapotacées. La première espèce de ce groupe qu’on ait connue comme produisant de la gwléa, était notre Palaquium Gutta, bel

‘arbre de Singapour, qui à, plus anciennement, recu les noms d’Zsonandra et de Dichopsis Gutta. Rapidement, les riches forêts de Palaquium ont été détruites par une exploitation peu méthodique et mal raisonnée, et c'est grâce à une protection sévère que le gouvernement anglais doit la conservation d’un petit nombre d'individus destinés à assurer la reproduction de l’espèce. Mais à. Java, à Bornéo et ailleurs, d’autres espèces de Palaguium, quelques unes très-riches en gutta de première qualité, ont pu être substituées à la première espèce connue. On s’est aussi adressé aux arbres des autres genres de la famille des Sapotacées. Des Zsonandra, Payena, Siderozylon, Chrysophyllum, Sapota, Mimusops, Keratophorus, Imbricaria, Dipholis, Cacosmanthus, ete., au nombre de plus de cinquante, fournissent aujourd’hui, tant dans l’Inde, la Malaisie, la Sonde, que dans les régions tropicales américaines, des gutta de valeur diverse, dont le commerce et l’industrie s'emparent avec avidité, sans pouvoir, le plus souvent, parvenir à faire face aux demandes. Il n’y à guère de gouvernement européen qui, dans ces dernières années, n’ait institué des missions scientifiques et commerciales pour la recherche et l'exploitation des Sapotacées à gutta. Or, l'Afrique tropicale possède un

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certain nombre de ces plantes qui n’ont pas encore été utilisées. Elle sera un terrain excellent pour la culture des espèces asiatiques, océaniennes et américaines qu'on y voudra introduire. Elles formeront de magnifiques forêts et dans leur jeune âge, elles fourniront aux cultures herbacées les abris nécessaires dont il était question tout-à-l’heure. À joutez à celaque la plupart des bois de Sapotacées sont de première valeur pour l'ébénisterie etles constructions. Les superbes Bois-de-naltle des îles orientales africaines sont produits par des arbres de cette famille, des Mimusops, des Zmbricaria, des Labourdonaisia, etce., et nous savons déjà que plusieurs de ces arbres portent des fruits excellents. Il y a aussi des Sapotacées très-riches en matière grasse, en beurres végétaux. La plus remarquable est le Butyrospermum Parkii, encore appelé à tort Bassia butyracea, qui forme d’immences forêts en Afrique et qui fournit au voyageur une matière grasse tout à fait propre à la préparation de sa cuisine de campement. Il est singulier que des échantillons complets de cet arbre arrivent si rarement en Europe, que si rarement de bonnes graines nous soient apportées pour propager ailleurs ce précieux végétal dont le bois est aussi, dit-on, de première qualité.

C’est à la famille voisine des Ebénacées qu'appartiennent les bois les plus chers, les plus durs, les plus foncés de ces régions. Le commerce des bois d’ébène se fait, dans l'Afrique tropicale, sur une échelle considérable. Et cependant nous ignorons presque toujours à quelle espèce d'Ébénier (Diospyros) appartient telle où telle sorte de bois à laquelle l’industrie accorde une valeur variable. L'étude de ces espèces, en même temps qu'elle permettra aux botanistes de les bien distinguer les unes des autres, amènera aussi les colons à n’introduire et à propager "que celles qui fournissent les meilleurs produits:

Je ne parlerai pas ici des produits des Palmiers, notamment des huiles de palme dont l’Afrique envoie de si énormes quantités aux deux mondes; ni des cannes à sucre, ni des Ignames, ni des innombrables Aroïdées plus ou moins analogues au ZJ'aro des Polynésiens, ni des Tacca dont la portion souterraine est aussi une source abondante d'aliments amylacés, ni des arbres à fruits alimentaires féculents du genre Arlocarpus, ni des Patates douces, de la famille des Convolvulacées, ni des innombrables produits des Figuiers : latex, fruits, gommes-laques, ni des Légumineuses alimentaires, ni des gommes, des bois, des cachous que peuvent fournir un grand nombre des arbres de cette vaste famille ; ni même des Graminées alimentaires, Sorghos, Millets, Maïs, Riz, etc. dont les rendements devront être énormes, relativement à ce qu’ils sont aujourd’hui, alors que ces céréales seront soumises aux procédés de la culture européenne.

Mais parmi les Monocotylédones, il y aura à répandre la culture de certaines Liliacées utiles dont on peut déjà prévoir le rendement : les

Aloës, exploités comme plantes à produits médicinaux, ou bien cultivés pour leurs fleurs, comme il arrive dans certaines régions du pays d'Angola, où le suc épuisé des fleurs sert à former des gâteaux alimentaires, employés aux usages culinaires, riches en tous cas en matière sucrée.

Les Bananiers, si prodigues en fruits employés comme légume ou comme objet de dessert sont déjà nombreux. dans l'Afrique tropicale. Outre les espèces employées comme l’Ærsete dont Bruce faisait déjà ressortir les usages multiples pour les populations africaines, il est possible de multiplier les espèces et les variétés riches en fécule ou en matière sucrée et qui suffisent presque à l'alimentation de certaines peuplades des pays chauds.

L'Afrique tropicale est en même temps la patrie par excellence des plantes à épices aromatiques du groupe des Gingembres ou Zingibéracées. La culture du Zingiber oficinale peut facilement se transporter au Congo, de même que celle des nombreux Amomum et Alpinia qui donnent des Cardamomes et des Galangas, ces épices et ces médicaments que votre Clusius connaissait déjà et dont il a donné des descriptions et des figures si remarquables pour l’époque. L’Arrow-root, extrait du rhizôme alimentaire du Maranta arundinacea, sera certainement d’une exploitation facile, de même que ses succédanés : le Toulema ou Tolomane et le Tikor ou Tikhar. Ce dernier donne une fécule. Le Curcuma longa est encore une Zingibéracée à cultiver. L'Alpinia oficinarum, l'herbe au Petit alanga, d'origine chinoise, est déjà introduite dans nos serres et sera facilement transportée en Afrique. L'Ælellaria repens, d’origine asiatique, de même que l’Amomum xanthioides, l'A. aromaticum, l'A. maximum, croitront aussi bien au Congo que la Grande Maniguette (A. Melegaeta) ou la plante aux Graines de Paradis (A. Granum Pañradisae) qui sont indigènes dans l'Afrique tropicale.

En somme, dirigée suivant les principes de la science contemporaine, l’entreprise du Congo réserve à la Belgique autant de profit que d’honneur. Marchez! C'est au nom de la science qu’un de vos hôtes, reconnaissant de l’accueil qui lui est fait en ce jour, vous convie à aller de l’avant . pour le plus grand intérêt de votre pays, de l'Europe civilisatrice, du monde entier, de l'humanité! (Applaudissements prolongés.)

M. le Président. Je suis heureux que vos applaudissements ratifient l’impression si favorable que nous a faite l’intéressante communication de M. Baiïllôn. On ne pourrait mettre avec une meilleure grâce les enseignements de la science la plus élevée au service de la pratique, ni mieux faire ressortir tout ce qui peut .assurer l’avenir du Congo. (Applaudissements.)

Plusieurs orateurs ont encore demandé la parole sur la question du

Congo, mais, quelqu'intéressant que soit le sujet, je crois qu'il convient d'en remettre la suite à la séance de demain. (Adhésion)

— La séance est levée à midi et demi.

qe Assemblée générale du 3 août 1885.

Présidence de MM. É». Morrew, professeur à l'Université de Liège, et H. BAILLON, professeur à la Faculté de médecine de Paris. MM. É. Marcrar et Ëm. Ronicas, secrétaires du Congrès, remplissent les fonctions de secrétaires.

Sommaire : Question du programme : La flore et les essais de culture du Congo, par MM. J. E. PLANCHON, J. TRIANA. CH. DE BoSsCHERE, J. PALACKY, M. Cornu, ÉD. MoRrREN, H. BAILLON, J. H. VAN HuLLE. — X/11"° question du programme : Avantages de l’unification de l’échellle thermométrique, par M. ÉM. RoDiGas. — V1" question du programme : Faire ressortir la meilleure méthode d’enseignement théorique et pratique de la botanique dans les écoles d’horticulture et d'agriculture. Développer ce qui doit faire partie de cet enseignement, par J. NieprAsCHK. — ZX"° question du programme : Quelles sont les mesures à prendre pour vulgariser l’enseignement de l’horticulture, spécialement dans les centres ruraux? Quels sont les moyens à employer pour propager la culture des plantes dans les classes ouvrières? par MM. É. BENARY, J. PALACKY et Ém. RoDIGAS.

La séance est ouverte à 10 heures.

M. Cx. DE BosscHERE, secrétaire-général, procède au dépouillement de la volumineuse correspondance à laquelle l’organisation du Congrès a donné ‘ naissance, et fait connaître les publications dont il est fait hommage à cette Assemblée.

M. le Président. — Hier, la séance a été interrompue au moment où la question du Congo présentait le plus grand intérêt, grace à la communication de M. Baillon. Nous allons continuer à traiter le même sujet.

Je donne la parole à M. Planchon.

M. Planchon.— Dans la très intéressante communication de M. Baillon,

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il a été question incidemment des vignes. C’est un sujet à l’ordre du jour, surtout les vignes du Soudan, sujet dont je me suis occupé depuis trois ans d’une manière spéciale et sur lequel je vous demande la permission d'appeler quelque temps votre attention.

Les vignes des pays tropicaux ont été confondues avec les vignes des pays tempérés et elles ont été désignées sous le nom général de Witis. On a voulu les faire entrer presque toutes dans un seul genre. Je ne veux pas traiter la question botanique au long, mais je vous dirai seulement que c’est sur des vues très incomplètes du sujet qu’on était arrivé à méler les choses les plus disparates et à faire un soi disant genre Wüitis que l’on a subdivisé aujourd’hui d’après les feuilles simples,découpées ou composées. Cette division artificielle est commode dans certains cas, mais elle s'applique mal à des plantes aussi variables de feuillage que le sont les Ampélidées.

Le genre Wüitis, tel que je le conçois, ne comprend que des espèces de la zône tempérée de l'hémisphère Nord. Il est parfaitement défini par ses fleurs polygames dioïques, sa corolle pentameère en capuchon, ses graines pyriformes avec deux fossettes centrales peu étendues. Ce sont les seules vignes qui donnent des vins de conserve, parce que l’alcool s’y produit en assez forte proportion. Un petit nombre d’espèces seulement entre dans la zône tropicale. |

J'ai donné le nom d’Ampelocissus à des vignes tropicales dont l’aspect rappelle le plus souvent les vraies vignes, mais qui s’en distinguent par des fleurs toujours polygames monoïques, à 5 ou rarement 4. pétales s’ouvrant en étoile et par des graines ellipsoïdes à face ventrale présentant deux longs sillons, à côté d’une carène médiane.

Le plus grand nombre des Ampelocissus appartiennent à l'Afrique tropicale. Mais il y en a aussi à Madagascar, dans l'Inde, dans l’Archipel Indien, en Australie, et chose inattendue, au Mexique et dans les Antilles.

L'attention a été appelée sur ces Ampelocissus par une publication de M. Lecard, un jardinier français qui avait été en Cochinchine, puis au Sénégal. Je les ai appelées Vignes à tiges annuelles. I1 a cru qu'elles pourraient étre cultivées en Europe. Beaucoup de gens ont partagé cette idée, mais ils se sont préparé des déceptions.

M. Ch. de Lavallée, M. Duchartre et moi, nous avons dit tout de suite qu’il était peu probable que les vigne: d’une région absolument tropicale, comme l'Afrique occidentale, puissent être cultivées en Europe.

Même dans des serres chaudes, ces vignes sont très mal venues. J’ai eu beaucoup de peine à les conserver trois ans. J’en ai même beaucoup perdu.

Sous le nom de Vignes Lecard on a confondu un vrai Cissus (Vitis Durandi Lecard) et divers Ampelocissus.

Grâce à la libéralité des administrateurs du Musée du Jardin botanique de Bruxelles, j'ai eu l'avantage d’avoir sous la main des échantillons types

des Vignes de Lecard. Des échantillons pareils m'ont été généreusement prêtés par l’herbier de l'Université de Genève. C’est grâce à ces matériaux que j'ai pu me retrouver dans les indications vagues et confuses de Lecard.

Je vous distribuerai une petite note sur les Ampelocissus, où vous verrez figurer plus de 30 e:pèces. Ces plantes ont des raisins comestibles et le plus souvent des racines tubéreuses.

Elles ont un mode de végétation tres spécial. A un moment donné, elles passent à l’état de repos. Les tiges se dessechent et quand l'humidité arrive, la plante s'élance. Elle à donc des tiges annuelles. Cela même rend à peu près impossible la culture de cette plante dans nos contrées.

Les fruits des Ampelocissus sont quelquefois très gros et ressemblent tout à fait à nos raisins. J’ai vu des fruits qui m'ont été envoyés de différents pays. J’ai pu les étudier. Ils sont quelquefois énormes. Ceux de la vigne de Cochinchine sont également très gros.

Seulement, le malheur c’est que ces fruits si gros, qui sont bons à manger, sont impropres à faire du vin de ‘bonne qualité. Des expériences nombreuses ont été faites et il en résulte que la vigne de Cochinchine donnerait un vin qui aurait de 4 à 5 °/, d'alcool. Peut étre que, avec une addition de sucre, on pourrait en tirer parti; mais c’est un vin qui, par les chaleurs, doit tourner et aigrir.

Cela ne veut pas dire que les vignes du genre Ampelocissus. soient dépourvues d'intérêt. Elles ont d’abord un intérêt botanique et elles peuvent offrir un intérêt pratique pour les pays chauds.

On sait que dans les pays à température trop élevée, la vigne d'Europe s’'emporte en bois et ne produit pas de fruits. Peut-être qu'il y aurait avantage à cultiver dans ces pays certains Awmpelocissus.

Au siècle dernier, longtemps avant que Lecard, mort récemment, eut parlé des vignes à fruits comestibles du Soudan, l’illustre voyageur Commerson avait découvert à Madagascar une vigne qu’il a appelée dans ses notes Wigne éléphantine et dont un jardinier colonial de l'Ile de France, feu Martin, avait constaté les propriétés comestibles. (Awpelocissus elephantine, Planch.)

Plus récemment, on a fait beaucoup de bruit autour de la Vigne de Cochinchine. C’est encore un Ampelocissus dont j'ai découvert un échantillon innommé dans l’herbier et que j'ai désigné sous le nom d'Ampelocissus Martini.

Je n’insiste pas sur ce sujet. Il sera repris en détail dans la Monographie des Ampélidées que je prépare pour les suites au Prodrome de MM. Alph. et Cas. de Candolle. Ce que j’en ai dit suffira pour établir l'impossibilité de cultiver en Europe les Ampelocissus des pays chauds et pour laisser quelque espérance sur leur appropriation à la culture dans les régions tropicales. :

M. Triana. — M. le professeur Baillon vous a retracé à grandes lignes,

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dans son chaleureux discours, les cultures de toute sorte qui peuvent être entreprises avec profit au Congo. Au nombre des plantes qu'il vous à signalées comme pouvant être introduites et cultivées dans ce pays, il ne pouvait manquer de mentionner les Quinquina dont les propriétés bienfaisantes sont si généralement connues. M. le professeur a ajouté avec raison que dans la famille des Rubiacées il y a différentes espèces qui jouissent de propriétés analogues.

Jusqu'à une époque toute récente, on n'avait découvert des alcaloïdes auxquels on doit les principes actifs des Quinquina que dans le groupe générique tel que le constitua en premier lieu Linné sous le nom de Cinchona, et ce, au point qu’on s'était habitué à considérer comme un axiome qu’en dehors des espèces de ce groupe; il était presque inutile de rechercher les alcaloïdes propres aux Quinquina. Ce n’est que dans ces derniers temps qu’on a introduit dans.le commerce de la droguerie, en Colombie, une écorce sous le nom de Quinquina cuprea, qui a fourni les principaux alcaloïdes des Quinquinæ. On se perdait en conjectures, sur l’origine botanique de la plante qui fournit cette précieuse écorce, car on avait constaté par l'examen anatomique qu’elle ne pouvait pas provenir de la véritable espèce de Cinchona. Pendant plusieurs années on vendait cette écorce en grandes quantités pour la fabrication du sulfate de quinine.

Après des démarches réitérées que j’ai faites pendant ce temps pour obtenir des renseignements, j'ai été assez heureux de découvrir que le Quinquina cuprea n'était pas autre chose qu'une plante que moi-même

j'avais découverte en Colombie, appartenant à un genre voisin des . Cinchona et que j'avais signalée dans mes études sur les Quinquina sous le nom de Remijia pedunculata.

A côté de cette première espèce de Æemijia est venu s’en placer une autre très-voisine, le Remijia Purdieana, dont l'écorce contient un nouvel alcaloïde appelé Cinchona mine, six fois plus actif que la quinine et dont les propriétés physiologiques sont des plus remarquables.

Malgré que les alcaloïdes des vrais Quinquina se retrouvent dans ces deux Remijia, l'analyse chimique confirme la distinction générique des Remijia et des Cinchona, distinction déjà constatée de bonne heure par l'examen microscopique des écorces. Les Remijia ne contiennent pas de la Cinchonidine des espèces de Cinchona, ils renferment au contraire d’autres alcaloïdes nouveaux, comme l’homoquinine, ete.

Nous arrivons au point spécial qui m'a engagé à réclamer votre indulgence pendant quelques moments.

Ce n’est pas seulement au point de vue de la composition chimique que la découverte des alcaloïdes des Remijia a renversé les données scientifiques généralement adoptées, mais aussi au sujet de l'habitat, de la propagation et de la culture des Cinchona.

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Les vrais Cinchona à alcaloïdes se rencontrent dans le haut des Cordillières des Andes; plus on montait, plus on était habitué à espérer que les alcaloïdes des écorces fussent plus abondants. Les plantes du climat tempéré sont plus susceptibles aux influences défavorables et plus difficiles aussi à cultiver et à reproduire. Le choix du lieu convenable pour une nouvelle acclimatation est difficile; il faut qu’il réunisse plusieurs conditions qu’il n’est pas toujours facile de rencontrer ensemble au Congo.

Les Remijia, au contraire, sont des plantes très rustiques, qui végètent dans des localités plus chaudes, dans des endroits moins ombragés, dans des forêts moins humides et naissent et prospèrent dans une terre plus aride et sèche. Sa reproduction s'opère facilement et parfaitement par le marcottage ; les soins à donner aux plantations doivent être moins minutieux que pour les Cinchona.

C’est done, entre les plantes fébrifuges, au Remijia qu'il faudrait donner la préférence pour l’acclimation dans une contrée comme l'Afrique tropicale.

Le gouvernement anglais a si bien compris les avantages que j'ai signalés dans ma brochure sur les Remijia, qu’au prix de l'or et de grands sacrifices, il s’est procuré des graines du Æemijia pedunculata, qui a parfaitement réussi dans l’Inde où, sans doute, sa culture prendra une grande extension. Le Remijia pedunculata finira par être préféré à toutes les autres espèces de Cinchona. L'initiative du gouvernement anglais portera des fruits au point de vue commercial et au point de vue humanitaire.

M. Planchon. — Je voudrais savoir de M. Triana, qui est au courant de la question, si ce qu'a dit M. Auguste Saint Hilaire des Æemijia est exact. Il paraît qu'ils viennent au Brésil surtout dans les régions où les terrains sont ferrugineux. Ce serait peut-être une indication utile pour la culture de ces plantes.

M. Triana. — Il y a deux groupes de ÆRemijia. Celui des espèces du Brésil premièrement décrites par Saint Hilaire sous le nom de Cinchona, et celui des espèces plus récemment découvertes en Colombie. Ils diffèrent notamment par leur port et d’autres caractères que j’ai signalés dans ma brochure. Les Remijia du Brésil végètent, comme l’auteur cité l’a fait remarquer, dans des terrains ferrugineux. Leur port est très différent de celui des Cinchona et leurs écorces ne contiennent pas d’alcaloïdes, d’après des renseignements qui m'ont été donnés, ce qui les éloigne sensiblement des Cinchona vrais. Les Remijia colombiens, au contraire, ressemblent beaucoup plus aux Cinchona par leur feuillage, par la forme et la grandeur de leurs capsules qui ont dù amener leur découverte et surtout, par leurs écorces qui renferment des alcaloïdes propres aux quinquinas, et d’autres nouveaux caractères qu’on a découverts dernièrement.

M. Planchon. — Vous confirmez qu'il y a généralement une différence

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entre les Remijia du Brésil et les autres dont vous parlez dans votre brochure.

M. Ch. De Bosschere. — Lorsque notre commission organisatrice a formulé, un peu à la hâte, le questionnaire que vous connaissez, nous avions l'intention de solliciter des membres du Congrès la confection d’un questionnaire définitif. Tous ceux d’entre vous qui ont recu à temps les documents préliminaires, ont du remarquer que le questionnaire qui y figure à la page 270, est loin d’être complet. D'un autre côté, le temps n’a pas permis aux spécialistes qui sont au Congo de répondre d’une manière convenable aux questions que nous leur avions adressées.

Il y a quelques jours, j'ai eu l'honneur d’avoir une entrevue avec le Président de l’Association internationale du Congo, M. le général Strauch. Il m'a demandé si le Congrès ne pourrait pas rédiger un formulaire complet qui serait immédiatement envoyé au Congo, par les soins de l'Administration supérieure; les spécialistes qui s’y trouvent recevraient l’ordre de s'occuper de ce questionnaire, de fournir tous les renseignements que les membres du Congrès désireraient obtenir et même de composer des collections de la flore et des productions naturels du Congo. Nous recevrions les réponses au questionnaire que nous adresserions à l'Association internationale, vers la fin de l’année 1886.

En 1887, la Société royale de Botanique de Belgique fêtera le 25° Anniversaire de sa fondation. Nous désirons vivement qu’à cette occasion , nous puissions continuer l’œuvre du Congrès d'Anvers. Si, à la fin de 1886, nous recevons un travail satisfaisant du Congo, si d'autre part, on nous envoie des collections botaniques et autres, je crois que nous pourrons étudier facilement et sérieusement la question qui vous est soumise aujourd’hui et qui est non seulement loin d’être élucidée, mais à peine un peu connue des botanistes.

En conséquence je prie l'assemblée de bien vouloir déterminer de quelle façon elle juge que nous pourrions arriver le mieux à la confection d’un formulaire complet. Je crois qu’il entre dans les vues de tous que les renseignements les plus détaillés puissent nous parvenir sur la flore du Congo.

Je vous soumets la proposition, dont je viens de vous entretenir, au nom de l'Association internationale africaine, qui a pris l'engagement de faire répondre par ses agents envoyés au Congo, aux questions que vous voudriez bien lui poser.

M. le Président. — Nous aurons à nous restreindre autant que possible dans les limites fixées par M. De Bosschere.

M. Palacky. — Messieurs! Qu'il me soit permis d'appeler votre attention sur une partie de la flore du Congo, non encore mentionnée, qui, à mes yeux, pourrait peut-être devenir assez lucrative. Jusqu'ici on n’a

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parlé que des forêts du Congo et de son agriculture,’ mais il y a aussi des S'avanes, de vastes terrains couverts de graminées plus ou moins arborescentes, comme dans tout le centre de l’Afrique et même au delà. On les connait de la Nubie, du Kordofan, du Soudan de la région des grands lacs, comme de l’Angola (d’après Monteiro), et le célèbre Roggeveld au Cap de Bonne Espérance n’était autre chose qu’une Savane (d’Arthratherum pungens), que les moutons ont détruit d’après Bolus. Mon ami Stôcker, qui le premier a pénétré au sud-ouest de l’Abyssinie, m'a dit les avoir trouvées au sortir des montagnes éruptives du Schoa, et dans l’herbier de mon ami Molub, qui y est maintenant revenu du Zambèze, j'en ai vu des échantillons. Il suffit de citer les proportions de la collection Serpa Pinto — sur 65 espèces rapportées, 1l y a 25 graminées. W-

Les Savanes paraissent s'étendre à mesure qu’on s’avance de l’ouest à l’est dans l'Afrique centrale. Monteiro nomme le bassin central la région des Savanes par excellence. Grant décrit des Savanes dans l’Unioro 6’ (Cymbopogon finitimus), auprès du Nyanza (10’ Pennisetum Benthami) : Reade, Livingstone, Hartmann, Steudner et tant d’autres en ont parlé. Elles ne sont pas formées des espèces ligneuses comme dans les îles de la Sonde (vrais bambous), mais elles atteignent 20’ auprès du Nil (Andropogonées) 12’ (Saccharum spontaneum), mais dans l’Uganda seulement 3’, 8’ dans le Loango — dans la Bahiuda elles dépassent un chameau, au Zambèze ont les dit impénétrables. On les brûle chaque année pour qu’elles repoussent.

Eh bien, je crois qu’on pourrait utiliser ces grandes Savanes facilement à l’élève des bestiaux. Cela ne demanderait pas de grands capitaux, puisque dans l'Afrique avoisinante le prix du bétail n’est pas élevé. On pourrait y employer facilement les indigènes malgré leur paresse. On n’aurait pas l'énorme dépense du défrichement des forêts, toujours si malsain, et au détriment du climat déjà si sec du pays. Le bétail est en ce moment très recherché, sur tous les marchés du monde. Conserves alimentaires, cuirs, cornes etc., tout cela s'écoule facilement, et est capable d’une consommation plus étendue, puisque le transport est plus facile que celui des lourdes denrées de l’agriculture.

Seulement il faudrait songer à une alimentation plus régulière du bétail que n’est celle des indigènes, où par suite du brûlement des Savanes il y a chaque année une disette. Il faudrait, ou diriger successivement le bétail sur les contrées momentanément encore moins arides et non brülées — comme le fait la mesta espagnole des moutons, ce reste de la culture berbère — ou avoir recours au foin des branches coupées, comme les anciens Romains, ou comme on le fait aujourd’hui encore au Kashmir.

Peut-être pourrait-on y joindre des expériences de domestication des grands animaux herbivores du pays, surtout des belles antilopes, pour élargir le cerele si restreint des animaux utiles à l’homme. Elles suppor-

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