ÉS AGE
M. Van Hulle. — Cette question du Congo sera-t-elle traitée par les sections ?
M. le Président. — Elle est épuisée au point de vue général, ily a une quantité de détails dans lesquels nous ne pouvons pas entrer.
M. Van Hulle. — A la dernière minute j'ai préparé un travail au sujet du Congo que j'ai soumis à quelques uns de mes collègues. Ils m'ont déclaré qu’au fond j'ai rason, mais qu'on pourrait y voir une note discordante dans ce concert harmoneux que nous entendons depuis longtemps relativement au Congo. Je vais suivre le conseil que mes amis m'ont donné et renoncer à la lecture de mon travail. Si le bureau me le permet, je déposerai entre ses mains les quelques lignes que j'ai griffonnées à la hâte.
Je laïsserai au bureau la liberté d’en disposer comme il l’entendra.
Moi, fonctionnaire de l'État, je n'ai nullement l'intention de faire publier quoi que ce soit qui irait à l'encontre de la généreuse entreprise du plus pacifique des monarques (1).
(1) Note de M. Van Hulle. Si la Belgique sentant le besoin de créer des colonies au delà des mers, avait pu les fonder aux États-Unis, en Californie, au Texas, au Mexique, au Brésil, en Australie, à la Nouvelle Zélande, là au moins elle aurait trouvé un sol fertile, un climat salubre. Au Congo ces deux éléments indispensables de colonisation semblent faire absolument défaut.
Cela étant, peut-on y faire des essais de culture de rapport avec quelque chance de succès? Peut-on y acclimater facilement telle et telle série de plantes?
D’abord deux mots au sujet d’acclimation. En principe nous la dénions à propos des végétaux. Le haricot, introduit dans nos cultures des régions tempérées depuis des siècles, est encore aujourd’hui aussi sensible aux froids de nos centrées qu’il l’a toujours été. Même fait pour lies pommes de terre, concombres, pourpier, etc. Nous dénions même jusqu’à un certain point l’acclimatation de l’homme : en effet, les nègres languiraient ici. les blanes succomberaient là-bas. Pour nous l’acclimatation n’est possible que par voie de croisement. Nous y revenons tout à l’heure.
Entretemps le Congo restera presqu’entièrement peuplé de nègres et il n’y a que les produits de l’agriculture qui puissent les intéresser quelque peu. Au fait, enfants de la nature sauvage, les nègres se contentent d’elle et de leur l'berté; leurs désirs ne vont pas au delà.
Pour ce qui est donc d’essais de culture, bornons-nous pour le quart d’heure à y faire cultiver plus rationnellement s’il se peut les plantes agricoles du Congo; à notre avis il ne servirait de rien de vouloir y pousser à la culture maraïchère. En effet, admettant qu'après avoir vaincu de grandes difficultés, on parvienne à produire, même abondamment tel et te] légume, qu'en fera-t-on ? Le vendre aux Congolans! C’est peu probable : pour la consommation des légumes, il faut la classe civilisée plus ou moins aisée et celle-ci, pendant de longues années encore, restera beaucoup trop clair semée au Congo pour faire vivre les maraîchers.
A plus tard donc la culture maraîchère dans ces parages. L'agriculture, soit, car c’est par elle que doit débuter la prospérité d’un pays naissant. Toutefois, tel
Le ARS
M. De Bosschere. — Je vais donner lecture par ordre alphabétique des noms des personnes qui représentent au Congrès les différents pays.
M. Hovelaque. — Pourquoi ne nommerait-on pas comme membres auxiliaires de la Commission organisatrice les Vice-Présidents du bureau pour former le Comité dont il vient d’être question ?
M. le Président. — Cette proposition me parait très-sensée.
M. Baillon. — Il y à des personnes de la plus haute compétence qui ne sont pas présentes ici et auprès desquelles il conviendrait de faire des démarches.
M. le Président. — Vous permettez au Comité exécutif de s’adjoindre encore quelques personnes dont les noms lui seraient signalés? (Adhésion).
La proposition est donc adoptée.
(M. Baillon remplace M. Morren au bureau en qualité de Président.)
M. le Président. — L'ordre du jour comprend un grand nombre de questions dont M. De Bosschere voudra bien vous donner lecture.
M. Le Bosschere. — La premiere question que nous avons à discuter, et qui est comprise sous le numéro V du programme, est ainsi conçue :
Dans quelle mesure conviendrait-il de développer l’enseignement de la botanique, de L'agriculture et de l'horticulture dans les établissements d’instruction moyenne).
ne peut encore ètre le cas que pour autant que dans ce pays il y ait non seulement le producteur, mais aussi le consommateur, le preneur, et d’ici à longtemps, peut-être jamais, les Congolans ne seront ni l’un ni l’autre. Comme le chat reste un chat, le nègre restera nègre ; on ne le rendra pas travailleur et intelligent.
Si cela est, la première chose à faire pour civiliser le Congo, c’est d’y intro-
duire, d’y implanter une autre race d'hommes, capables avant tout de supporter * leclimat, doués ensuite d’assez d'activité et d'intelligence pour pouvoir progresser.
Étant admis 1° qu’il ne servirait à rien de cultiver si le produit de cette culture n’a pas de consommateur, 2° que pour cultiver il faut être travailleur et savoir supporter le climat, 3° que pour avoir des consommateurs il faut une population assez dense et accessible à la civilisation, 4° que les qualités requises à cette fin, les nègres ne veulent, les blancs ne peuvent les fournir, il reste cependant un moyen terme, à savoir le croisement entre Africains et Européens.On prétend que ce système n’a jamais donné des résultats satisfaisants. [1 nous semble cependant. qu’en prenant les soins voulus à propos des reproductions, comme on doit du reste le faire aussi en culture pour les porte-graines, qu’à la 3° ou 4° génération on serait probablement arrivé à une race de métis remplissant les conditions essentielles pour coloniser fructueusement le Congo.
Puisse ce que nous venons de préconiser à propos de culture maraichère et d’acclimatation être de quelqu'utilité à ceux qui sont en situation et ont de l’intérêt à seconder l’œuvre de civilisation si généreusement entreprise au Congo, par notre auguste souverain, le plus pacifique des monarques.
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » le rapport de M, G, KEMNA, pp. 9-16.
M. Lefèvre. — L'installation du Cercle Parisien de la Ligue de l'Enseignement à l'Exposition d'Anvers, contient plusieurs séries d'images rentrant dans ce que nous appelons l’Znseignement par les yeux, autre forme de l’ÆZnseignement intuitif si fort en honneur en Belgique.
Je demande au Congres de vouloir bien s’arréter à ces images, parce que je considère comme un devoir de soumettre, à des hommes pratiques et compétents, les ressources nouvelles offertes aux vwlgarisateurs des connaissances utiles et à tous ceux qui doivent apprendre, d'autant plus que, dans le rapport de M. E. Laurent {l) je lis ceci : « Les images, quoiqu’on en dise, frappent toujours l'esprit, même chez « les profanes, et les impressions qu’elles produisent ne s’effacent pas « de si tôt de la mémoire » Page 235 des rapports préliminaires du Congrès.
Est-ce, par excès d’amour pour la science ou par inhabileté à se servur d’une langue parfaitement claire, que nos devanciers ont fait, de la botanique, l’étude la plus sèche et la plus rebutante, quand elle devraitétre la plus attrayante des sciences ? A qui la faute ? Nul ne le dira, mais nous qui nous occupons de l’enseignement de la science au premier degré, nous devons la dégager des choses abstraites dont on l’a enveloppée.
Un de mes meilleurs amis, grand vulgarisateur, Aug. Bourguin a écrit (2) : « La botanique, c’est le jardin de Dieu; jardin délicieux, « plein de lumière, de couleurs et de parfums, arrosé par de beaux fleuves « et par des clairs ruisseaux.
« Les savants sont venus dire : Ce jardin est à nous. Aussitôt, l’entourant d’un fossé large et profond, ils ont élevé, sur le revers, une baärricade, au pied de laquelle ils ont pris soin de semer, en guise de chausse-trappes, toutes sortes de barbarismes épineux. Une seule « porte est restée ouverte : la garde en est confiée à deux effroyables « dragons qui vous crachent à la face un qui vive dans une langue inconnue.
« Messieurs les savants, qui connaissent le mot de passe, ont seuls accès en ce beau lieu. Ils y ont longtemps parlé latin, mais un latin que Cicéron aurait eu quelque peine à comprendre. De nos jours, ils parlent « grec, et quel grec! Les dames de la halle, dans Athènes, eussent bien « ri, Si l’on se fut avisé de parler ce grec-là devant elles. »
Nous demandons qu'on ait pitié de l'enfance et de tous ceux qui ne peuvent accorder qu’un temps limité à l'étude.
Le but de mon travail est de prouver que cela n’est pas impossible, il suffit, pour arriver à un résultat précieux, que nous supposions les
(1) Professeur à l’École d’horticulture de l’État, à Vilvorde. (2) La Perruque du Philosophe Kant.
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autres ignorants et que notre désir de les instruire égale leur empressement à nous écouter.
Trop longtemps on a fait de la science pour la science elle-même, c’est-à-dire pour les privilégiés; il faut enfin utiliser cette science, la vulgariser et la rendre accessible et aimable, si l’on veut que la science devienne une lumière pour tous.
Dans mon enfance, j'ai entendu un chimiste se révolter à l’idée que j'émets. Etre savant et devenir industriel!... Avoir poussé l’analyse fort loin et passer de longues nuits à étudier les eaux livrées aux chaudières, à la teinture, au dégraissage de la laine et même les résidus impurs des usines !..... Il s’écriait à tout instant : « Matérialiser la science !... » L'avenir de l'industrie et des découvertes admirables étaient là pourtant, Je le dis à la louange des savants contemporains, il n’en est pas un seul qui ne soit fier d’avoir servi la cause de l’industrie la plus humble. Les rapports préliminaires du Congrès sont empreints de ces idées de vulgarisation et d'utilité générale.
Qu'avons-nous à faire, nous tous qui nous occupons de l'enfance ? Imiter les chimistes dont je viens de parler; travailler pour le plus modeste des ateliers, celui où toute l'humanité doit se transformer : l’école primaire, l’école du peuple.
« Ne muilipliez pas les élres, disaient autrefois les philosophes; « Buffon ne cessait de répéter aux naturalistes : Ve mullipliez pas les « noms sans nécessilé. Ces sages conseils n’ont guère été suivis.
« La déplorable manie de changement a fait naître une science e nouvelle : la Synonymi (|), c'est-à-dire la concordance de tous les « noms successivement donnés à la même plante : science de mots et « non d'idées, mais absolument indispensable à qui veut se reconnaître « dans cette confusion.
« Que faudrait-il pour renverser toutes ces barrières, et pour rendre, « comme le voulait Platon, Za science accessible à tous ?
« Bien peu de chose.
« Qu'un amant écrive pour sa maîtresse un traité de botanique, et « je réponds que tous ces retranchements tomberont d'eux-mêmes.
« Quel beau livre ce serait ! Comme l'étude y serait rendue facile et « engageante ! Comme les mots seraient bien choisis, les définitions « simples, les descriptions riantes !
(1) Je vous dois des remerciements, Monsieur, pour les noms arabes que vous m’avez envoyés; ils enrichissent #4 synonymie, déjà très-considérable du Maïs (Lettre du 25 janvier 1825, de Jacques Gay à Victor Jacquemont) d’après le travail de J. E. Planchon, correspondant de l’Institut, communiqué à la Société de Botanique de France. — Mai 1883.
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« Les amours des plantes, les mystères de la fécondation y seraient retracés d’un pinceau fidèle, mais délicat, chaste et plein d’innocence. « Les noms de famille, les affinités des fleurs indiqueraient bien leur degrés de parenté, leurs alliances, leurs rapports de bon voisi- « nage.
« Les relations de la plante avec l'insecte, avec l'oiseau, avec le mammifère, avec l’homme lui-même, n’y seraient point omises.
« Les couleurs, les parfums, les saveurs, — dont la botanique officielle ne s'occupe pas, — ont une signification mystérieuse qui reste à découvrir. Tout n'est-il pas symbole dans la nature ? »
Cette manière de s'attaquer aux abus n’est pas sans charme; M. Léo Errera (1), à propos de la première question du programme, dit, p. 28 : « Aujourd’hui que cet état de choses a heureusement cessé, on se figure « cependant encore le botaniste tel qu’il était à cette époque et tel que « Schleiden l’a si spirituellement défini: marchand de latin et grand « accumulateur de foin desséché. » Je vous recommande ce passage très-fin où il est aussi question de latin barbare et d'herbes décorées.
des noms les plus baroques.
On dirait que Messieurs Hachette, les grands éditeurs francais, partirent de considérations semblables, lorsque, il y a quelques années, ils commencerent leurs collections d'images intéressantes à plus d’un titre.
Qu'on ne se trompe pas sur la simplicité du-texte; il est parfaitement scientifique. Si on l’a dégagé de certaines longueurs ca n'a été qu’à force d'étude. Cette concision est d’autant plus admirable que, dans la masse des renseignements consignés, on trouve presque toute la botanique elle-
même.
Messieurs Hachette ont déjà publié :
. 16 séries de 12 images ou 192 images ; Do Insectes EURE EEE 12 » . > 0 »
3° Travaux agric.etindustr. 4 >» 12 >, 2 DRE »
dGéegraphie. 4 demie AE > 12 > 1 2000 »
Total 330 images
1° Botanique den
qui sont SOUS VOS yeux.
Il ne pouvait être question de suivre un ordre complet dans la publication de ces jolies choses; c'est seulement en variant les objets à soumettre aux enfants qu'il devient possible de leur donner une idée de la science compliquée dans laquelle ils pénètrent peu à peu.
Dans le tableau que j'ai l'honneur de soumettre au Congrès, l'ordre
(1) Docteur agrégé à l’Université de Bruxelles.
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alphabétique (il facilite les recherches) a été établi sans distinction de famille. Le groupement par familles vient ensuite. L'enfant en entend d’abord parler vaguement, assez cependant pour en saisir les caractères généraux. L'indispensable, au début, est d'obliger l’écolier à reconnaitre, dañs l'image et par l'image, la plante trouvée dans le jardin paternel, dans la prairie, au bord du chemin, à la lisière du bois et dans l'épaisseur du taillis.
Cela fait, la graine est semée; elle germera dans l'esprit de l'enfant.
Supposons qu'il aiten mains les 8 images de la famille des Solanées : il saura, après avoir lu le texte, par ordre du maître, et aprés avoir revu l’image, par plaisir :
1° Que l’Aubergine porte un fruit agréable mais ayant, avant maturité, un suc âcre et malsain ; |
2’ Que la Zelladone est un poison violent. La plante, assez agréable, forme dans les lieux frais et humides, à la lisière des bois, des buissons d'un beau vert, et porte des fleurs brunes, ou plutôt violettes, en forme de clochettes ;
3 Que le Dalura pomme épineuse est une belle plante ayant causé la mort d'enfants qui en avaient mangé ;
4 Que la triste Jusquiame, dite l'herbe aux sorcières. du temps qu'il y avait des sorcières, peut aussi être appelée la dangereuse Jusquiame ;
9° Que la Morelle douce-amère, jolie plante au feuillage vert, aime à trouver appui en s'entrelacant dans une haie ou s'appuyant contre un mur; ses longs rameaux verts et lisses pendent gracieusement. Son fruit d’un goût doucâtre d’abord, rempht ensuite la bouche d’äcreté et d'amertume ;
6° Que la Pomme de terre ou parmentière à une jolie fleur. La fleur tomhée, le pistil grossit, devient une baie, c'est-à-dire un fruit en forme de boule, vert d'abord, puis rouge,enfin violet sombre, tendre lorsqu'il est muür. Au pied de la plante, sous terre, il se forme des {ubercules, des petites masses arrondies de substance farineuse, nourrissante, qui sont nos précieuses pommes de terre;
7° Que le Tabac est une belle plante, dont les feuilles atteignent quelquefois un mètre de longueur. Tabac, poison violent et remède utile. L'habitude de fumer les feuilles de tabac dessèchées et hachées ou de les prisér réduites en poudre, est une habitude coûteuse, qui a mille inconvénients et nui avantage;
8° Enfin, que la Tomate, cultivée dans nos jardins,est un mets agréable ou l'élément principal d’une sauce. Il suffit de lire les rapports sur le Congo, pour apprécier la valeur de ce fruit. Je passe sur les détails Spéciaux capables de faire ressortir les différences existant entre ces 8 plantes, mais je constate que déjà l'esprit de l'enfant, cherche une foule d’autres traits distinctifs ou des rapprochements curieux. Vienne
pour lui l’âge de l'étude sérieuse, il saura bientôt se servir du livre et de la classification rationelle.
Donnez, à un enfant, comme récompense, les 16 images représentant les Rosacées, il appliquera sans cesse ce nom à l'Églantine ou à /a Rose» s’il connait leur histoire. :
Ecoutez la légende : « La frèle et charmante églantine de nos bois,
« la rose sauvage au parfum si frais, porte des fleurs simples, e.-à-d.
« n'ayant qu'un petit nombre de pélales. Seulement, ces cinq pétales, « séparés, et tenant à la plante par une partie rétrécie qui est ce qu’on » appelle l'onglet, larges, étalées en couronne, forment la corolie de la « fleur rose-päle ou blanche ordinairement, chez d’autres espèces rouge- « pourpre ou jaune-clair.
« La nature n’a pas fait de roses doubles; elle a fait les roses sauvages. « Les roses doubles sont pour ainsi dire des créatures de l’homme.
« Le jardinier, choisissant, parmi les sauvages, les plus belles et les « plus vivaces, les a transplantées dans son jardin; il leur a fourni la « terre la plus grasse sans cesse remuée et amollie; enfin il les a taillées « en retranchant des branches trop nombreuses et le feuillage inutile. « Par ses soins, la plante mieux nourrie qu'à l’état sauvage, est pour- « vue d’une sève surabondante. Et alors voici ce qui arrive : les fleurs « doublent, c.-à-d., qu’au lieu de cinq pétales seulement, elles en ont un « très-grand nombre. Une partie des é{amines du centre de la fleur, au « lieu de rester grêles et minces, grandissent, s’élargissent, se teignent « de vives couleurs et deviennent des pétales; la fleur est plus large, plus « fournie et plus touffue. Puis, quand le jardinier a produit par ces soins, « ces rosiers à fleurs doubles, il les multiplie tant qu’il veut, en leur « enlevant des bourgeons qu'il greffe sur des églantiers simples. — « C'est de la même facon que la culture produit, aves des fleurs simples « sauvages, toutes les belles fleurs doubles qui ornent nos jardins. »
Désormais l’enfant connaît la rose. Grâce à l’idée juste qu’il possède de la famille des Rosacées, il n’hésitera pas à y faire entrer la ronce et le fraisier, 'aubépine et le framboisier, le pécher et l’abricotier, l'amandier et le cerisier, le prunier et le néflier, le pommier et le poirier, le coignassier et le sorbier.
C'est ainsi, à petite dose, que les mots exacts entrent, avec l’image, dans la mémoire de l’enfant.
C’est au professeur qu'il appartient de découvrir la science mise par l’auteur dans ces notices; le moyen le plus sûr de professer une science est de la posséder à un degré suffisant. Le système des livres plus ou moins gros dispense souvent le professeur d'études personnelles sérieuses ; l'image donnée aux élèves l’oblige à recourir sans cesse au livre, à la méthode.
Que le maître sache; qu’il parle surtout! Un professeur qui suit et qui
parle fait plus, pour sa classe, que toutes les bibliothèques du monde.
M. T. Vernieuwe (1) a terminé son travail sur la VI* question du programme du Congrès, par ces mots: « L'enseignement du professeur « n’est fécond qu'à la condition que ce dernier soit lui-même un cher- « cheur, un savant : — (page 127). Je demande simplement à l’instituteur, non d’être un savant, mais un sachant, parce que, M. H. Witte(2) le fait très-bien remarquer (page 129). « Nous n'avons pas ici à tracer à « l’instituteur le programme qu’il devra suivre dans son enseignement. « En homme intelligent, il saura se borner aux choses nécessaires, directement utiles et il s’abstiendra de s'étendre sur les théories, sur les problèmes de physiologie, auxquels les enfants ne comprendraient « rien ou qui finiraient par leur inspirer de la répulsion pour des notions « qui doivent rester simples et pratiques. »
Dans son remarquable travail sur la IV* question du programme, l'Enseignement de la Crypltogamie, M. le D' Marchand, professeur à l'Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, cite les paroles de Duhamel (3) (page 86).
« Les obscurités que certaines choses peuvent laisser dans l'esprit des « élèves, et qu'il est quelquefois si ditiicile de dissiper, tiennent le plus « souvent à l’enseignement élémentaire. C’est presqu’au début d’une « science que se présentent les idées générales et les conceptions qui se « développent dans une exposition méthodique. Les commencementssont « donc ce qui doit le plus préoccuper ceux qui enseignent. Ils re doivent « rien laisser s’y introduire qui ne soit parfaitement clair, ils ne doivent « jamais dire : avancez et la foi vous viendra. » Le D' Marchand ajoute : (page 86) :
— « L'enseignement primaire est donné à des enfants de 6 à 12 ans. « Pendant ces années l'esprit s'éveille et chaque chose le frappe, la « moindre semence de science trouve un terrain neuf et germe avec une « rapidité incroyable. Ce sont ces 6 ou 7 années que l’on doit utiliser « pour ensemencer le champ fécond des intelligences enfantines, tout en « se gardant de les fatiguer par des détails qui leur rendraient le travail « ardu et trop difficile. »
Le D' Marchand termine ainsi: « Ces quelques notions habilement « inculquées à l'enfant, nous semblent suffisantes pour leur donner le « goût de pousser plus loin leurs études. Dans toute cette période, on « devra se garder de nomenclature et on devra réserver cette difficulté « pour ceux qui, déjà intéressés, demanderont d'eux-mêmes, un guide
(1) Attaché au Ministère de l’agriculture, secrétaire adjoint de la Société Royale Linnéenne de Bruxelles.
(2) Jardinier en chef du Jardin botanique de l’Université de Leide.
(3) Mathématicien. Préface de sa géométrie,