RARES
« pour se reconnaitre au milieu des notions qu'ils ont déjà acquises et de « celles qu'ils veulent désormais acquérir.) p. 88. » :
Grâce à l’image, plus de longues et pénibles heures d'étude.
On peut ainsi, au lieu de surmener l'intelligence des enfants,
1° Faciliter l'étude, la rendre agréable et utile;
90 Tuer le livre bavard, phraseur, plein d'une science surfaite où les mots les plus biscornus sont de véritab'es épouvantails pour l'enfant ;
8° Vulgariser les noms et les formes des choses à étudier;
4° Faire connaître les qualités utiles ou nuisibles des plantes;
5° Préparer l'enfant à l'herborisation, c’est à dire à l’étude aidée de l'expérience tant vantée par Carl Vogt : « Plus nous avançons dans les « sciences exactes, » a dit ce savant, « plus l'activité pratique, l'expé- « rience, viennent à occuper le premier plan, tandis que l'étude et « l'enseignement théoriques s’effacent davantage (1). »
6° Ne pas charger la mémoire de choses inutiles, mais faire pressentir la nécessité de termes qui, plus tard, véritables synthèses, permettront aux hommes des mêmes études, de se comprendre sans discussions inutiles ;
7° Faire admirer la nature jusque dans les choses les plus tb les plus dédaignées autrefois, alors que le savant chercheur n’y avait pas porté sôn œilet son esprit;
8° Attacher l'homme à cette nature, son domaine, sa richesse, son bonheur, sa consolation... s'il sait voir que, parti lui-même de rien, il pénètre aujourd’hui les secrets d'une création si vaste qu’elle n’est point finie encore.
Le professeur devra faire remarquer que de très-nombreuses plantes cullivdes existent à l’éal sauvage ou primitif. En comparant les deux états, il saura indiquer les résultats d’une culture bien entendue et les moyens employés pour obtenir l'amélioralion et la variété des espèces.
Il aura également recours aux tableaux indiquant les organes des plantes ; toutefois il s'en servira avec discrétion, afin de ne pas empièter sur des connaissances au dessus de l'intelligence des enfants. Il initiera ces derniers à des faits généraux, capables d’éveiller, dans leur esprit, l'amour de l'étude et le désir de savoir. Ces phénomènes entrevus serviront de base aux recherches expérimentales qui viendront bientôt.
Écoutez M. J. J. Kickx (prof. de botanique à l'Univ. de Gand), p. 37 : « Si les horticulteurs comprenaient ce que l'on entend par un groupe « naturel, par famille, genre, espèce, on ne les verrait pas si souvent
(1) Citation du travail de M. Léo Errera, docteur agrégé à l’Université de Bruxelles, Carl Vogt. Zin frommer Angrif auf die heutige Wissenschaft. Breslau, 1882 (p. 8 des rapports préliminaires).
« chercher à obtenir un greffage ou une hybridation dans des conditions « absolument impossibles. »
Comme tout se complique dans l’enseignement! Que de choses, il faut savoir si l’on veut rester simple!
L'hiver n’est pas propice à l'étude de la botanique. Voilà ce qu’on répète, sans se dire que, dans la saison du froid, la nature accomplit un travail merveilleux parfaitement visible à l'œil habile à chercher. La loupe et le microscope fournissent alors l'occasion d’admirables causeries. Au printemps, chacun voudra se rendre un compte exact de tout ce qu'on lui a annoncé, prédit, promis, et l'ordre, sublime dans sa périodicité, des travaux et de la puissance de la nature n’en deviendra que plus sensible.
Chaque lecon du maitre doit être un pas de plus fait, par l'enfant, vers une expérience plus grande.
Cette lecon doit être, avant tout, un plaisir, un repos, une heure agréable.
Si la lecon demeure stérile, c'est que le professeur ne l’a pas bien préparée; c’est surtout qu’il ne sent point la beauté de ce qu’il enseigne.
Cela dit, il est évident que la V° question du programme prend un aspect tout nouveau.
Il faut que nos enfants sachent; il est nécessaire que nos écoles soient des laboratoires utiles.
C'est à peine si, aujourd’hui encore, le village voit un instituteur capable de parler, non pas botanique, mais jardinage ou agriculture. C'est près de lui que les futurs travailleurs de la terre devraient se former, et les programmes ne prévoient pas cette nécessité ! Il en résulte que la routine séculaire dure encore. Ici, des instituteurs qui ne savent pas; là, des cultivateurs qui n'ont pas la moindre idée de la fertilité de la terre. « IL est vraiment triste de constater, dit M. Kemna, p. 13, « dans des. pays où la culture du sol constitue le seul moyen de sub- « sistance, pour les grands comme pour les petits, une ignorance « profonde des connaissances élémentaires se rapportant aux travaux « des champs. »
Notre collègue M. Van Hulle (1) a bien voulu me communiquer, sur la IX° question du programme du Congrès, un mémoire qu’il n’a pas craint d'intituler vw/garisation de l'enseignement de l'horliculture; j'y lis ces lignes aussi justes que courageuses, (p. 10):
« Si dans le Conseil de perfectionnement l'intérêt horticole avait voix « au chapitre, nous demanderions, par exemple, pourquoi les livres de « classe ne pourraient contenir des passages relatifs à la physiologie « végétale, à la multiplication des plantes, ete. Ne pourrait-on pas
(1) Professeur à l'École d’horticulture de Gand.
« aussi bien apprendre à lire aux enfants dans un petit livre de culture « que dans un autre? Les devoirs qu'on donne, les problèmes qu’on « fait résoudre, seraient-ils moins instructifs, s'ils avaient trait à l'hor- « ticulture ?
« Les ouvrages développés, très-utiles entre les mains d’une personne « déjà un peu au courant, seraient tout-à-fait déplacés dans une école « primaire. Pour approfondir une science, il faut l'aimer; or, le goût « naîtra bien plus en lisant un ouvrage très-élémentaire, au moins « facile à comprendre, qu’en compulsant des livres trop scientifiques. « Au surplus, l'enfant a trop de branches diverses à son programme; « il ne peut rien apprendre à fond; il suffit qu’il s’habitue à aimer « toutes les sciences, sauf à s'attacher plus tard à celle qui aura ses « préférences. »
Est-il rien de plus clair, de plus juste, de plus honnête, de plus pratique ? C’est un professeur qui s'exprime ainsi; il sait toutes les difficultés de l’enseignement et, s’il veut des améliorations et des réformes, c’est uniquement dans l'intérêt de ceux qui doivent apprendre. Est-il rien de plus légitime que semblable révendication ?
M. Van Hulle ajoute : « Si nous déconseillons l'emploi des gros livres, « nous préconisons au contraire les herbiers, les dessins et les imitations « d’après nature. Ces planches murales, ces imitations en cire etc., non « seulement familiarisent constamment les enfants avec les plantes, « mais elles servent de démonstration pratique au maitre, lorsque les « plantes vivantes font défaut ou quand le mauvais temps ne permet pas « d’aller les voir au jardin ou aux champs.
« Collectionner tout ce qui frappe utilement la vue, créer, enrichir les « musées botaniques scolaires, est une des mesures à recommander « chaudement en vue de vulgariser l’énseignement horticole. »
C'est bien là, il faut le reconnaitre, la conclusion à tirer d’un tel exposé, au point de vue de l’enseignement général et de l'amélioration de la fortune publique. Il y va de l’avenir de l’enseignement populaire. C'est pourquoi nous demandons la simplicité du moyen.
M. Van Hulle avait dit, dans son rapport (p. 114. Travaux prélimin. du Congrès) : « Puisqu'il s’agit ici de l’école primaire, émettons le vœu « que les livres de lecture mis entre les mains des élèves renferment, à « l'avenir, des notions succinctes et précises concernant la physiologie « des plantes, leur multiplication, leur culture etc. »
Cela fait, il resterait encore quelque chose à accomplir.
M. E. Laurent (p. 135) dit fort bien que « le cultivateur doit protéger « ses plantes contre leurs ennemis. Il est certain qu’il y a un intérêt « de premier ordre à vulgariser dans nos campagnes quelques saines « notions de pathologie végétale. Pour parvenir à ce but, il y a deux « moyens principaux : s'adresser aux populations rurales et attirer
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« l'attention des élèves des écoles d'agriculture et d'horticulture sur les « maladies et les parasites des plantes.
« Dans le premier cas, c'est aux procédés habituels de propagande « qu'il faut avoir recours. On devrait répandre, dans le public, de « petites brochures avec figures, placer dans les écoles de village, des « gravures représentant les parasiles sous des grossissements considé- « Tables. »
Les images que j'ai prié le Congrès de vouloir bien accepter, de la part de MM. Hachette, rentrent précisément dans ce programme; vous y voyez l'insecte à l’œuvre, la destruction qu’il opère est incaleulable.
M. Aug. Lameere{l) en est effrayé, aussi demande-t-il (p. 45) que l’enseignement spécial ne soit pas limité aux écoles d’horticulture et d’agriculture. « Il devrait s’infiltrer peu à peu dans le peuple par l'école « primaire où l’histoire des principaux parasites figurerait sur des « tableaux pendus aux murs de la classe. »
M. Laurent est aussi positif. Il dit, p. 235, « De même que nous « avons recommandé de multiplier les gravures sous les yeux des culti- « vateurs dans les campagnes, de même nous proposons de mettre, à la « disposition des élèves de nos écoles d'agriculture et d’horticulture, des « ouvrages où les maladies et les parasites des plantes soient figurés. »
Il y a, je l'espère, unanimité de vues, dans le Congrès à cet égard. Cela donnera à vos conclusions une force considérable, car les savants qui travaillent à la vulgarisation des connaissances utiles sont comme les artistes qui secondent leurs projets et les éditeurs qui leur donnent le jour de la publicité, tous ont besoin d'être soutenus et encouragés.
Que personne ne croie que mon intention soit de blâmer la science pure et ceux qui la cultivent. J'agirais du reste avec un manque de tact flagrant, puisque j'honore profondément les hommes illustres qui sont ici et près desquels je me sens bien petit. J’estime, au contraire, qu'ils comptent déjà parmi les bienfaiteurs de l'humanité ; leurs travaux n'ont qu’un but, embellir et enrichir le domaine de l’humanité. Qu'il me suffise de nommer M. Planchon, de Montpellier (2), l'homme modeste autant que savant. C’est lui qui, à force de recherches, sut déterminer la maladie de la vigne, trouver et dénommer le Phylloxera À peine eut-il appris que M. Maxime Cornu (3) avait mission d'étudier scientifiquement le terrible insecte, qu’il se mit à sa disposition, lui livra ses notes, le conduisit partout où la maladie ravageait la vigne. Il fit plus, il voua à son jeune collègue une amitié qui ne s’est jamais démentie. Combien d'hommes sont capables d’un pareil dévouement ? |
(1) Secrétaire de la Société Entomologique de Belgique. (2) Directeur du Jardin botanique de Montpellier. (3) Professeur et administrateur du Museum de Paris.