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M. Rodigas. — Je voudrais cependant que le Congrès aboutit à une conclusion. Ne pouvons-nous pas recommander l’usage du tabac ou. mieux encore des sels ammoniacaux. Disons aussi que l’on peut employer. l’alcool sans aucun effet dangereux pour les plantes. Mais je n'oserais pas préconiser l'emploi du pétrole si ce n’est en quantité excessivement minime. Encore doit-on le diluer dans l’eau. Nous savons tous que le pétrole tue autant deplantes que d’insectes.
M. Van Hulle. — Il est à regretter que nous n’ayons pas parmi nous un des rapporteurs de cette question, M. Van den Heede. En son absence, permettez-moi de vous exposer en quelques mots ce que j'ai pu constater chez lui. Il s’agit de la destruction des insectes qui attaquent les plantes cultivées sous verre; nous parlerons tout à l'heure des plantes exposées en plein air. Voici un moyen que M. Van den Heede emploie avec le meilleur succès sur ses plantes de serres presque constamment tourmentées par des insectes, notamment les Gardenias et autres de cettecatégorie : il recourt tout simplement à la vaporisation du jus de tabac très concentré dont vient de vous entretenir M. Rodigas. J’insiste sur ces mots : jus de tabac très concentré. On se pourvoit de réchauds d'une forme spéciale, c’est-à-dire de tubes très longs, On en charge la partie inférieure de charbon que l’on allume. Quand le feu commence à se ralentir on y introduit le récipient contenant le jus de tabac qui ne tarde pas à entrer en ébullition. Les émanations qui en proviennent suffisent pour tuer tous les insectes, sans nuire en quoi que ce soit aux parties les plus tendres des plantes. Voilà, Messieurs, le procédé suivi par M. Van den Heede et dont il obtient les meilleurs succès. |
Observons cependant qu’il est bon d'allumer le réchaud à l’air libre et de ne l’introduire dans les serres que quand les charbons ne fument plus.
Quant aux pucerons lanigères auxquels M. le baron de Selys-Longchamps a fait allusion tout-à-l’heure, je suis un antagoniste des remèdes curatifs. Je me déclare au contraire partisan des moyens préventifs. Aussi dois-je plutôt déconseiller d'appliquer les remèdes indiqués, mêmes efficaces, sur les grands arbres de nos vergers, par exemple. En admettant que le remède indiqué tout à l’heure soit efficace, et il l’est, pensez-vous que ce ne soit rien de grimper sur de hauts arbres, d'atteindre à toutes les branches et de les brosser avec le liquide que l’on vient de citer ? ;
Pour de petits arbres il en est autrement. Voici ce qui m'est arrivé dernièrement. — J'entre dans une pépinière. Je passe devant des centaines de pommiers de 7 à 8 ans et qui étaient vraiment de beaux arbres. Plus loin j'apercois le chef de la pépinière à genoux, en train de barbouiller avec du pétrole allongé d'eau, les greffons de l’année : — « Que faites vous là, lui dis-je ? » — « Je lave, me répondit-il, mes arbres avec du pétrole mélangé à un autre liquide, » — « Peine inutile,
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fis-je, cela ne sert à rien, il faut tuer l'insecte, si non il reviendra l'année prochaine, » — « J'ai toujours eru ce remède peu sérieux, me, repliqua mon interlocuteur. Cependant, les pommiers de 7 à 8 ans, cette belle marchandise que vous avez remarquée, se sont trouvés il y a 5 ou. 6 ans dans le même état-que ces greffons. Je les ai lavés une seule fois, le remède a agi, à preuve que mes arbres se portent aujourd'hui à merveille. »
Si ce remède qui consiste à laver les parties atteintes avec du pétrole allongé d'eau a produit de tels effets chez ce pépiniériste, nous pouvons en conclure qu'il est recommandable, pour les jeunes arbres au moins.
M. Rodigas. — Je suis de l'avis de M. Van Hulle. Ce qu’il vient de dire m'engage à insister pour que le Congrès veuille décider que l'emploi du jus de tabac et mieux encore des sels ammoniacaux, qui seuls agissent dans le suc de tabac très concentré, est un remède très actif contre les insectes dans les serres.
Nous pouvons affirmer en second lieu qu’à l'extérieur on peut employer l’alcool avec de l’eau.
En troisième lieu, comme l’a dit M. Van Hulle, l'emploi du pétrole peut-être bon, mais à la condition qu'il soit très dilué dans l’eau. Sans cette précaution, ce dernier remède peut-être considéré comme étant aussi nuisible aux plantes qu'aux insectes.
M. le Président. — Les conclusions de M. Rodigas sont-elles appuyées ?
M. E. Lefèvre. — Je ne crois pas que le Congrès puisse adopter des conclusions en ces termes. Des opinions sont émises; elles peuvent être prises en considération. Mais pourquoi les codifier? Nous ne pouvons pas conclure d’une manière si péremptoire.
M. Rodigas. — Je suis étonné de ce que vient de dire M. Lefèvre. Tous les remèdes dont on vient de parler sont basés uniquement sur l’expérience et non pas sur des considérations purement théoriques. Le Congrès veut-il simplement se rallier aux propositions que je viens d'émettre sous réserve des expériences qui seront faites plus tard ?
M. E. Lefèvre. — Je ne fais pas du tout une opposition systématique aux propositions de M. Rodigas. Je crois que la plupart des membres présents éprouvent les mêmes scrupules que moi. Je veux bien admettre que j'ai tort, mais je ne sais pas pourquoi ceux qui pensent autrement que moi auraient raison.
M. Rodigas. — C’est pourquoi les conclusions sont mises aux voix.
M. Cornu. — Nous expérimentons au Jardin des plantes à Paris, depuis près de 2 ans, l'emploi de la vaporisation du tabac; elle nous donne les meilleurs résultats. Nous employons le liquide qui est mis
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en vente par les Manufactures de l’État sous le nom de jus de tabac; c'est un produit noir, qui nous est livré à O fr. 75 c. le litre(l).
Nous avons été amenés à supprimer l’usage des réchauds; la colonne d’air sec et chaud, les particules de cendre soulevées par cette colonne montant du foyer occasionnent toujours des dégâts dans les serres, sur les Orchidées et les Fougères notamment. Les émanations du charbon sont toujours dangereuses pour les plantes délicates. Voici ce dont j'ai eu l’idée et qui nous a très bien réussi. On fait chauffer dans le four de la serre un certain nombre de briques. Ces briques, portées à une température très haute, sont disposées dans un plateau de fonte. Quand élles sont toutes rangées, le jus de tabac qui a été placé dans une casserole muni d'un long manche est renversé brusquement à deux ou trois reprises sur cette surface chaude; aussitôt répandu, il entre immédiatement en ébullition. Au bout de 2 ou 3 minutes, une serre, même de grand volume, est remplie de vapeur de nicotine, Avec une vingtaine de briques disposées sur un double rang, on peut facilement vaporiser plus d’un litre de liquide. La vaporisation est immédiate. Elle se pratique sans aucune espèce de difficulté et le jus répandu ainsi fume encore pendant assez longtemps.
Une fois le vase renversé, le jardinier doit se retirer rapidement, fermer la porte et laisser le poison faire son action. Même avec du jus de tabac à une haute dose, on n’a à craindre en général aucun accident non seulement pour les plantes molles, mais encore pour les fleurs d'Orchidées. La vaporisation du jus de tabac peut donc être considérée comme l’un des moyens curatifs à la fois les plus puissants et les plus simples pour la destruction des insectes nuisibles dans les serres.
M. Van Heurck. — J'ai essayé le pétrole très dilué, à la dose d’un verre à bière dans un seau d'eau. Le D' Duquenne a indiqué le premier ce moyen.
M. Wittmack. — On n’a pas encore cité le remède de M. Nessler, à Carlsruhe, contre les pucerons lanigères. Il est reconnu comme trèsefficace. Il consiste en un composé de savon noir, avec 10 p. c. d'alcool amylique, 20 p. ce. d'alcool à 90 degrès et 70 p. c. d’eau. La partie la plus active dans ce mélange est l'alcool amylique, qui forme aussi le fond de l’insecticide Fichet.
(1) La vaporisation du jus de tabac, substituée à la fumigation à l'aide des feuilles, donne des résultats bien plus complets; ce fait a été découvert par M BorzaRb, chef-jardinier chez M. le Be de Rothschild, à Paris; une souscription privée a été faite à ce propos pour lui offrir üne médaille d’or en récompense de cette découverte.
(Note ajoutée à l'impression).
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M. Cornu. — La composition est tenue secrète. Je ne la connais pas. Ce liquide est excellent.
M. Wittmack. — Ce remède est surtout usité en plein air et pour les petites plantes. Il est vraiment efficace. On le recommande aussi dans le Grand-Duché de Bade, dans les provinces rhénanes, etc. Beaucoup de . Sociétés le préconisent aussi. Il y a encore un autre remède, c’est celui
de M. Massias, actuellement jardinier de l’Université de Heidelberg. M. Massias trempe les plantes couvertes de pucerons ou de thrips, etc. dans de l’eau chauffée à 56° C(45°R), mais seulement pendant 4 secondes et il le répète plusieurs fois (voir Gartenseituig, 1882, p. 497).
M. Rodigas. — Je suis heureux que MM. Cornu, Van Heurck et Wittmack aient soutenu ma thèse, qui renverse celle que M. Lefèvre aurait voulu voir triompher.
Je maintiendrai done mes conclusions si vous me le permettez, sauf à y ajouter les mots suivants : « tout en tenant compte des expériences ultérieures que feront d’autres personnes non présentes à ce Congres, nous recommandons d'une manière spéciale les remèdes qui viennent d'être indiqués ».
Je pense que de cette facon nous ne nous engageons pas trop. Nous ne combattons ni la science ni les expérimentateurs.
M. Van Hulle. Je pense qu'il y a lieu de remercier tout spécialement M. Cornu pour la communication qu’il a bien voulu nous faire dans l'intérêt de nos horticulteurs. L'efficacité de la vaporisation du jus de tabac n’était plus douteuse. Mais ce qui laissait à désirer, c'était le mode d'emploi. Les essais faits à Gand ont donné lieu à des inconvénients qui provenaient surtout des réchauds. Le système de M. Cornu évite cette difficulté. Les horticulteurs de Gand, qui sont fort nombreux, sauront en profiter.
M. Durand. — Je demanderai deux mots d'explication aux membres qui ont parlé de l'emploi des sels ammoniacaux.
On a mentionné aussi le carbonate d’ammoniaque. Ce sel a une forte odeur. Je comprends son action. 11 a été question du chlorure d’ammoniaque, lequel est un sel inodore. Je voudrais savoir d’une façon exacte comment on applique ces deux substances et si leur action est équivalente. A-t-on employé d’autres sels encore? Et est-on arrivé toujours aux mêmes résultats ?
M. De Nobele. — Cette question est assez complexe. Lorsqu'on parle de poison pour les insectes, il faut d’abord se rendre compte de quelle facon les toxiques agissent. L'alcool amylique pénètre dans l'organisme. Il y fait entrer un élément qui n’est pas normal aux tissus, mais les sels ammoniacaux n’agissent pas de la même façon. En injectant de l’ammo-
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niaque, sous une cloche renfermant des parties de plantes recouvertes d'insectes on n'obtient pas de résultats complets. En s'adressant, au contraire, à des substances qui renferment de l’ammoniaque c’est à dire aux sels ammoniacaux, capables de former des cristaux, on obtient des résultats concluants.
Les insectes respirent par de petites ouvertures dites s/igmates. Je suppose que les sels vaporisés viennent pénétrer dans les stigmates à un moment déterminé et s’y trouvent à une température plus basse que celle de leur vaporisation. Les cristaux se reforment alors et bouchent les organes respiratoires, ce qui fait périr les animaux par asphyxie. Ce que je dis ici est une simple hypothèse. Quand on prend une cloche et qu'on y injecte de l'ammoniaque à une faible dose, l'effet est nul. Avec du sulfate ou du chlorure et en général avec n'importe quel sel ammoniacal, on obtient des résultats positifs. Les insectes sont détruits. Cette: expérience est facile à faire. Elle n’exige qu'une cloche ét un sel ammoniacal.
Je pense qu’on peut expliquer ainsi l’action des sels ammoniacaux alors que l'ammoniaque libre n’opère pas. Je ne veux pas dire que si on employait suffisamment d’ammoniaque, on ne tuerait pas les insectes, mais on aurait l'inconvénient de faire périr en même temps les plantes.
M. Baïllon. — Ne pouvant ici parler de tous les remèdes proposés, surtout de ceux que je n’ai pas personnellement employés, je ne jugerai que deux modes de traitement : :
1° Le tabac. Je l’ai vu essayer depuis plus de dix ans, toujours avec succès. On peut dans certains cas l’employer en décoction plus ou moins faible; mais les inconvénients de ce procédé ont été signalés. Plus ordinairement, nous mélangeons avec deux tiers d’eau un tiers du liquide qui se vend à Paris aux horticulteurs. La masse est placée dans la serre, : sur un petit réchaud de charbon de terre bien allumé, dans une bassine de
fer, jusqu’à réduction totale en une boue brune et épaisse. Tous les insectes sont tués.
2° L'insecticide Fichet. Cette préparation, dont le secret né m'est pas connu, réussit dans le plus grand nombre des cas; on en enduit les parties des arbres, notamment de ceux de plein air, des fruitiers, pour détruire les insectes, le puceron lanigère par exemple, etc.
Il est évident que le chlorhydrate d'ammoniaque n’agit pas simplement à la façon du carbonate d’ammoniaque ou de tout autre sel qu’il suffit de chauffer pour obtenir un dégagement d'ammoniaque. Au point de vue pratique, je dois dire que le tabac que j'ai vu employer se vend à Paris au siége de la Manufacture centrale des tabacs. Je ne sais quelle préparation peuvent avoir subi les détritus de fabrication qu'on livre au monde horticole et il n’y a guère que les jardiniers qui emploient cette substance, désignée à tort par eux sous le nom de nicotine. Dans nos: