SECTION DE BOTANIQUE
Séance du 4 août 1885.
Présidence de M. le D'L. Wirrmack, professeur à l'Université de Berlin.
M. CH. De BosscnERrE, secrétaire-général, remplit les fonctions de secrétaire.
Sommaire : Création d’un arboretum belge. Proposition de M. WESMAEL. — III" question du programme : Quels sont, depuis le Congrès de Paris en 1878, les progrès réalisés en botanique dans les principaux pays du monde? Installations botaniques, musées, laboratoires, etc. Quelle a été, dans ces mêmes pays, l’influence des études botaniques sur les progrès de l’horticulture ? par MM. le D" WITTMACK, FISCHER DE WALDHEIM, H. BaiLLoN, Max. CoRNU, J. E. PLANCHON, Dr MaGnus, CH. DE BosscHERE. — 7"° question du programme; le rôle et l’organisation des laboratoires de botanique, par MM. le D' MAGxus, E. LEFEVRE, H. BaïLLon, Max. CoRNU, FISCHER DE WALDHEIM, J. E. PLANCHON, A. GRAVIS, WITTMACK.
La séance est ouverte à 9 1/4 heures du matin.
M. le Secrétaire-général. — Je crois répondre, à votre désir à tous, en invitant M. le professeur Wittmack à prendre le fauteuil de la présidence. (4 dhésion unanime). -
Je me suis rendu ce matin chez M. le professeur Morren. J'ai le plaisir de vous annoncer que l’état de sa santé s’est sensiblement amélioré depuis hier. Je crois même pouvoir vous dire que notre honorable Président assistera à une partie de la séance de ce matin pour prendre congé de vous; il désire rentrer à Liége aujourd'hui même, afin de pouvoir se soigner convenablement.
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Nous avons recu comme hommage au Congrès, une flore d’un de nos botanistes belges, M. André Devos, conservateur du musée scolaire de l'État et membre de la Société royale de botanique de Belgique; c’est la Flore complète de Belgique.
M. Jules BurvENICH, par une lettre en date du 3 courant, nous apprend que son père est gravement malade et qu'il lui sera de toute impossibilité de prendre part aux travaux du Congrès.
M. le Président. — Nous avons décidé hier que nous commencerions aujourd'hui nos travaux par l'examen de la 3° question soumise à la section de botanique :
« Quels sont, depuis le Congrès de Paris en 1878, les progrès réalisés en botanique, dans les principaux pays du monde? Installations botaniques, musées, laboratoires, etc. Quelle a été, dans ces mêmes pays, l'influence des études botaniques sur les progrès de l'horticulture? » (1).
M. Wesmael. — I] y a deux mois à peine, nous étions réunis également dans les vastes salons de l’hôtel-de-ville d'Anvers où M. le Bourgmestre De Wael nous fêtait à l’occasion du Congrès agricole et forestier belge. Au nombre des questions mises en discussion figurait celle-ci : « Quelles sont les. zônes de la Belgique capables de recevoir comme plantations forestières les espèces de chênes américains naturalisés en Belgique? » J'avais été nommé rapporteur de cette question. Comme conclusion je demandai que le gouvernement belge créât, comme l’ont fait nos voisins du midi et de l'Est, un arboretum, de manière que nos agents forestiers, nos propriétaires,pussent trouver läréunies toutes les espèces naturalisées, susceptibles de rendre, au point de vue sylvicole, de nombreux services. Les conclusions de la section de sylviculture ont été les miennes et, à l'unanimité, le Congrès a émis le vœu de voir créer à Bruxelles ou dans les environs de lä capitale un arboretum. Depuis lors, mon idée a fait du chemin. Ce projet a été soumis à M. Folie, directeur de l'Observatoire. Pour ceux d’entre vous qui n’habitent pas la Belgique, je dirai que notre gouvernement fonde aux portes de Bruxelles, sur un terrain de 12 hectares, un nouvel Observatoire. Ce terrain est situé sur le territoire de la commune d’Uccle, dans le voisinage de la forêt de Soignes. M. le Directeur Folie à été heureux de ma proposition et je suis assuré de son concours. Je crois qu’il est inutile que je m'étende longuement sur l'utilité d’un arboretum. La France l'a reconnue; on n’a plus rien à y créer aujourd'hui sous ce rapport. En Allemagne nous avons vu M. le professeur Koch, réunir au Jardin Botanique de Berlin la plupart des
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » les communications en réponse à cette question : p. 137-222, et 353-360,
espèces arborescentes ligneuses susceptibles de vivre sous le climat du centre de l’Europe. En Angleterre, au Jardin de Kensington, existent de splendides collections. D’après mes renseignements, à Vienne et dans d’autres villes de l'Autriche et de l’Allemagne, on a également rassemblé tous les végétaux capables de vivre dans nos régions.
Je demanderai donc à mes honorables collègues étrangers et belges d'émettre le vœu que le gouvernement crée en Belgique, à l'exemple de nos voisins du midi et de l'Est un arboretum (1).
Depuis quelques jours l’administration forestière de Belgique, qui était placée sous la direction du département des finances a passé sous celle du ministère de l’agriculture. Elle se trouve ainsi où elle doit étre. Le gouvernement belge a consenti à opérer cette heureuse réforme à la suite des nombreuses réclamations que nous avons formulées dans nos congrès sylvicoles annuels, J'espère que l'assemblée toute entière voudra bien se rallier au vœu que je viens d’avoir l'honneur de lui soumettre.
M. le Président. — Je crois que le Congrès sera unanime à appuyer le vœu de M. Wesmael. (Adhésion).
Nous passons à la 3° question inscrite à notre ordre du jour :
« Quels sont, depuis le Congrès de Paris en 1878, les progrès réalisés en bolanique dans les principaux pays du monde? [nstallations botaniques, musées, laboratoires, etc. Quelle a été, dans ces mêmes pays, l'influence des études botaniques sur les progrès de l'horticullure? »
Je prierai un de mes compatriotes de dire quelques mots sur ce sujet. Nous avons recu le questionnaire du gouvernement belge trop tard pour répondre à cette question. M. De Bosschere a déjà dit dans l'introduction de son rapport qu'il n’avait pas été possible de recevoir les réponses. Je vous explique la raison de ce silence.
Permettez moi, Messieurs, de vous entretenir un instant du Musée royal botanique de Berlin, qui a été créé depuis ce temps là. Ce Musée sous la direction de M. Eichler est, après ceux de Kensington et de Paris, le plus complet que je connaisse. Nous avons aussi un grand Musée, à l’école supérieure d'agriculture, qui a été installé depuis 1880 dans un grand édifice. Sa partie végétale contient de riches collections concernant surtout la botanique appliquée. Nous possèdons depuis 1878, à Leipzig et à Gœttingen, des laboratoires dont on vous a déjà entretenu ici. Un nouveau jardin botanique avec Institut botanique sont installés à Kiel et si mon collègue, M. Drude, était présent, il pourrait vous parler de la réorganisation projetée du Jardin royal de botanique à Dresde. Ce serait une lourde tâche que celle de retracer tous les progrès accomplis par la science botanique et horticole dans tous les pays de l’Europe.
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » le mémoire de M. WESMAEL, p. 223-224,
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M. Fischer de Waldheim. — Je pense que Messieurs les membres du Congrès auront quelque intérêt à connaître les progrès que la botanique a accomplis depuis 1878 en Russie. Toutes les universités de Russie ont aujourd’hui des laboratoires de botanique. On s’y occupe non seulement d'anatomie et de physiologie, mais également de morphologie et de la partie systématique de la botanique. Ces laboratoires ont des collections précieuses et tous les autres matériaux nécessaires aux études. Chaque Université a un musée botanique assez grand pour donner une idée des plantes les plus intéressantes. Les élèves y trouvent des herbiers du pays et d’autres contrées et des échantillons d’un grand nombre de plantes dans des collections carpologiques, dendrologiques et microscopiques. La cryptogamie n’est pas oubliée, Nos collections cryptogamiques sont fort belles. Nous avons même, en Russie, de riches amateurs qui consacrent de fortes sommes à ces installations. Les institutions établies dans des parties très-différentes du pays, propagent la science. Nous avons, par exemple, à Moscou, un laboratoire de botanique qui a été fondé il y a quelques années, grâce à un particulier qui n’était pas même botaniste, mais qui avait un grand amour pour notre science.
Ce laboratoire de Moscou est parfaitement approprié aux études sérieuses. Il est installé au Jardin botanique dans un édifice à deux étages, muni de tous les instruments et de toutes les collections nécessaires. Vous voyez que cette installation est des plus convenables. À mon avis, de pareils établissements devraient toujours se trouver dans les Jardins botaniques.
J'ai aussi quelques progrès à signaler en ce qui concerne le Jardin botanique de Varsovie. On y a placé un petit laboratoire. Les étudiants ont le loisir d’y étudier, pendant la bonne saison, les plantes du jardin, Il y a là également une bibliothèque assez riche en ouvrages d’horticulture et de botanique; elle est tout à fait séparée de celle de l'Université. J'ai tâché de fonder aussi un petit musée au Jardin botanique. L'Université de Varsovie elle-même possède un musée botanique doté de belles collections. Le laboratoire de botanique de l’Université doit être cité comme un établissement de premier ordre.
MM. les membres du Congrès, qui ont visité St-Pétersbourg l’année dernière, ont pu se convaincre des grandes ressources que l’on y trouve pour l'étude de la botanique. Je n'en parlerai donc pas. Je vous citerai encore l'Université de la petite ville de Dorpat où, durant les dernières années, on a beaucoup fait pour la science. D’autres Universités russes, celles de Kiew, de Casan notamment, ont aussi des laboratoires de botanique, des musées, bref toutes les installations nécessaires. Le gouvernement russe ne néglige rien pour donner à toutes ces installations une grande valeur scientifique. Voilà ce que j'avais à dire, en quelques mots, sur les progrès réalisés, en Russie, dans le domaine botanique, durant ces dernières années,
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M. le Président. — Je remercie M. Fischer de Waldheim, au nom de la section, de sa très-intéressante communication.
M. Baillon. — Cette question est tellement vaste qu'il est presque impossible de la traiter. Vous comprenez le sentiment d’embarras qu’éprouvent les représentants d'un pays à parler de ce qui se fait chez eux; ils ont l’air de se décerner des éloges ou d'en réclamer pour leur patrie. Je ne m'occuperai donc pas du pays auquel j’appartiens; du reste, on peut regretter que les progrès matériels accomplis n’y soient pas plus considérables. Un voyage que nous avons fait en Russie et à travers une grande partie de l’Europe, nous permet de confirmer ce que vient
de dire M. Fischer de Waldheim. Par suite, sans doute, du sentiment ,
auquel j'ai fait allusion il y à un instant, notre honorable collègue n’a pas voulu dire tout le bien qu’on doit penser du Jardin botanique impérial de St-Pétersbourg. Ce jardin admirable tient aujourd'hui un des premiers rangs en Europe. Dans les autres pays, on ne peut se faire une idée de cette création scientifique. L'installation des parterres réservés à la flore asiatique occidentale et aux plantes de plein air est de nature à rendre des services signalés à la science botanique, qui prend une si grande importance.
Quant aux serres, elles sont d’une richesse extrême. Ce spectacle est merveilleux pour des gens d'Occident, Nous avons parcouru, au Jardin de la Tauride, sans fatigue, des serres d’une longueur de 2 kilomètres.
Les plantes destinées à l’ornementation des domaines impériaux sont cultivées sur une échelle considérable et avec des procédés de reproduction qui feraient grand plaisir à certains horticulteurs. Il est incroyable de voir avec quelle facilité on conduit ces plantes d'ornements. J’en ai été vivement frappé.
Le laboratoire installé dans le Jardin botanique de Moscou est remarquable, non par ses dimensions, car il n’est pas considérable, mais par l'excellence de ses installations. Je ne m'’occuperai pas de l’herbier de St-Pétersbourg. Sa réputation est universelle. Il va s’enrichissant de jour en jour, et il commence à se trouver en très-bon ordre. On n’aura bientôt presque plus rien à y faire. Au point de vue de l’ordre, le Musée botanique de Berlin est l’un des plus parfaits sous le rapport de l’arrangement. Cependant, il y a encore quelque chose à faire dans ces établissements. Aucun n’est à la hauteur de celui de Kew. Son grand mérite consiste dans l’ordre parfait des collections. On sait instantanément à quel point de vue on trouvera tel ou tel objet. Tous les établissements analogues de l’Europe n'ont qu’une chose à faire : c’est d’imiter ce qui se fait à Kew; ce doit être leur idéal pour le plus grand profit de la botanique.
Le jardin de Kew, tout splendide qu'il soit, ne sera peut-être pas
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aussi utile, au point de vue de l'enseignement, qu’un jardin planté comme celui de Vienne ou celui de Berlin, mais le jardin de Kew est supérieur en ce qui concerne les plantes d'ornement et les serres de toutes sortes.
Au point de vue de ce que doit être une école de botanique, il n'y a rien à comparer à ce qui existe à Vienne. Avec les améliorations nouvelles, avec les agrandissements auxquels on travaillait encore l’année dernière, le jardin de Vienne est l’école la plus utile qui existe en Europe. Il est très bien disposé, très bien planté par groupes naturels, En outre, il est d’un accès agréable. Ce qui est remarquable, c’est la plantation des arbres. On se promène et on se repose dans d'énormes allées, remplies de toutes les essences de l’Europe et autres. Le bon étiquetage des arbustes et des arbres en favorise l'étude. Les plantes herbacées, comme les arbres et les arbrisseaux, sont accompagnées de toutes les indications nécessaires. Il y a là un progrès considérable.
J'ai tenu à présenter ces observations, à l'honneur du Jardin botanique de Vienne, qu’on peut actuellement proposer comme modèle à tous les autres pays.
M. Cornu. — Malgré l'avis de M. Baillon, au sujet de l'embarras qu’on éprouve à parler de son propre pays, je demande la permission de dire quelques mots sur ce qui a été fait en France depuis sept ans.
L'amélioration des études de botanique a commencé depuis près de 18 ou 20 ans. A cette époque — M. Baïllon pourra le dire — fort peu de jeunes gens se destinaient à l'étude de la botanique. Lorsque j'étais étudiant, je fus à peu près le seul de mon âge qui désirat continuer ses études dans la voie de la botanique. Il n’en est plus de même aujourd’hui et les botanistes jeunes sont très nombreux. Depuis ce temps, des progrès incontestables ont été réalisés dans l’enseignement de la botanique élémentaire comme dans celui de la botanique supérieure.
I° Z'nseignement primaire. — Pour la diffusion des connaissances élémentaires de la botanique, une création très importante a été faite; elle est modeste dans chacune de ses applications, mais comme elle s'étend à la surface totale de la France, le résultat final est considérable. Le gouvernement a établi depuis peu d’années, dans chaque département, un professeur chargé d’enseigner l’agriculture, l'horticulture et la botanique dans les écoles normales primaires. Ce professeur est nommé à la suite d’un concours, ouvert sur l’ordre du ministre. Le jury, chargé de juger le concours est, en général, composé de savants distingués et de spécialistes qui se transportent dans le chef-lieu du département où ont lieu les épreuves qui sont d’ailleurs publiques. Tous les départements de la France sont aujourd'hui pourvus d’un semblable professeur dont l’influence sur les études primaires est incontestable.
On doit encore signaler comme une amélioration très grande l’encou-
ragement donné aux sciences naturelles dans les écoles supérieures d'agriculture (Ecoles nationales distinctes des écoles pratiques). Les répétiteurs des différentes cours sont encouragés à poursuivre des recherches, à passer des examens ou à faire des cours supplémentaires des plus intéressants. L'école d'agriculture de Montpellier notämment est en relations intimes avec la Faculté des sciences et a obtenu le relèvement rapide de l’enseignement des sciences naturelles.
Il y a plus: dans plusieurs de ces écoles notamment à Montpellier encore, des professeurs de Faculté donnent des cours dont la valeur est considérable.
Ile Enseignement secondaire.
Ile Z'nseignement supérieur. — Une amélioration évidente a encore été introduite sous un autre rapport; cette fois pour l’enseignement supérieur dans les facultés de province, l'enseignement des sciences naturelles était confié à un ou deux professeurs. Les trois branches des sciences naturelles étaient enseignées dans ces Facultés par un même professeur chargé des cours de géologie, de botanique ou de zoologie. Cette réunion. des cours en une même chaire est quelquefois très favorable pour les études. Ainsi, M. le D" Baïllon était chargé, à la Faculté de médecine de Paris de l’enseignement de la botanique et de la zoologie. II a accompli cette double tâche avec un égal succès, l’un des cours complétant rigoureusement l’autre : mais il arrive fréquemment que l’un des cours est sacrifié à l’autre.
Dans les Facultés des sciences en province, on a, pour la plupart des cas, dédoublé les chaires, de sorte que la botanique a un enseignement dégagé de celui des autres sciences naturelles. Le progrès accompli sous ce rapport est incontestable. On a choisi en général de jeunes botanistes pour donner ce cours.
On a de pie créé, dans l’enseignement supérieur, un nouvel ordre de professeurs qu'on appelle des maîtres de conférences. Cette innovation a été introduite dans toutes les facultés de France, même au Museum d'histoire naturelle de Paris. Il en est résulté pour toutes les branches de la science, surtout dans le domaine de la botanique, une amélioration véritable sur l’ancien état de choses. En même temps qu'on instituait ces maîtres de conférences, le service des laboratoires était aussi beaucoup amélioré soit par l'agrandissement des locaux, soit par la fondation de laboratoires nouveaux, soit enfin par l’augmentation très sensible des subsides alloués. |
Je n’entrerai pas dans de plus grands détails parce qu'il faudrait examiner les Facultés une à une, et étudier chacun de nos établissements d'enseignement; mais on peut dire que des progrès sérieux ont été accomplis dans l’enseignement de la botanique depuis les sept dernières années et je pense qu’il est impossible de ne pas le reconnaître.