SECTIONS RÉUNIES
Séance du 4 août 1885.
Présidence de M. A. Fiscner pe WaLpelM, professeur à l’Université impériale de Varsovie.
M. Cu. De BosscHERE, secrétaire-général, remplit les fonctions de secrétaire.
Sommaire : X/7"° question dw programme : Quel est le meilleur système d’étiquetage pour jardins botaniques, pour pares publics, pour jardins privés et pour serres? par MM. WIiTrMACK, PONCE, WESMAEL, PALACKY, PLANCHON, NiEPRASCHK, FISCHER DE WALDHEIM, KRELAGE, E. LAURENT, Cornu. X/X"° question du programme : De l'opportunité de la création dans les centres horticoles de Sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles, par MM. BERNARD, D. LAURENT, BALTET. XV® question : La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus, par MM. J. E. PLANCHON, BAILLON, CORNU, MAGNUS, WITTMACE, PLANCHON fils, POoNCE, NIEPRASCHK, WESMAEL, FISCHER DE WALDHEIM.
M. le Secrétaire-général. — Je crois être l'interprète de vos sentiments, Messieurs, en priant M. Fischer de Waldheim, de Varsovie, de bien vouloir prendre la présidence de la séance.
M. Fischer de Waldheim. — Avant d'accepter la présidence de la séance, je remercie bien sincèrement M. De Bosschere ainsi que les membres du Congrès. (M. Fischer prend place au fauteuil présidentiel.)
Messieurs, nous avons à décider laquelle des questions de notre
programme sera portée à l’ordre du jour de la présente séance. Nous avons une réunion des deux sections de botanique et d’horticulture. Si je ne me trompe, nous étions d'accord hier pour entamer aujourd’hui la question des étiquettes et de décider : « Quel est le meilleur système d'éliquetage pour jardins botaniques, pour parcs publics, pour jardins Privés el pour serres. » Nous étions également d’accord, je pense, pour aborder la discussion de la culture des Champignons, question énoncée comme suit au n° 15 des travaux de la section d’horticulture :
XV. La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s’étendre? On demande un apercu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus.
Si aucun des membres du Congrès n’a de modifications à proposer à ce programme, j'ouvrirai la discussion sur la question des étiquettes.
Un membre. — Je ferai remarquer que c’est M. Planchon qui a demandé que cette question fut portée à l’ordre du jour et qu'il n’a pu être présent au début de cette séance. Je proposerai donc de retarder cette discussion.
M. le Président. — Dans ce cas il ne nous reste qu’à aborder la seconde question. Mais je vois que M. Cornu, qui a bien voulu nous faire des communications importantes au sujet de la culture des champignons est également absent.
M: Ponce. — La section d’horticulture a traité cette question et dressé un apercu des espèces comestibles les plus communes. Elle a trouvé que cette discussion appartenait plutôt à la section de botanique. Nous avons entendu dans cette séance des communications très intéressantes sur la culture des champignons en France.
Un membre. — Je crois qu’il vaudra mieux prendre d’abord la questions des étiquettes.
M. le Président. — Quelqu'un demande-t-il la parole sur cette question ?
M. Wittmack. — Messieurs, j'ai publié un petit rapport sur cette question (1). J'ai lu dans le premier fascicule un travail, par M. Hansen, sur la même question, ce qui m'a permis de constater que nous sommes tous les deux d'accord. Nous arrivons à peu près aux mêmes conclusions, c’est à dire, que les étiquettes en porcelaine sont les meilleures, les plus lisibles et les plus élégantes.Je me suis permis d'ajouter à cette conclusion l’avis qu’en cas de crainte d’une trop grande fragilité des étiquettes en porcelaine, c'est le fer émaillé qui devait être recommandé. J'ai fait
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » les notices de MM. CARL HANSEN, p. 110-111, et du Dr. L. WIiTrMACK, p. 361-363.
remarquer dans mon rapport qu'on serait peut être étonné que je n’aie pas fait mention des célèbres étiquettes de M. Crépin, au jardin botanique de Bruxelles, qui indiquent outre le nom, la patrie de la plante sur un planisphère. Mais elles sont en fer, peintes à l’huile, et cette couche de couleur est très peu résistante, c’est à dire qu’en 5 ou 6 ans elle tombe complètement et doit être renouvelée avec l'inscription. A part cet inconvénient, je n'ai rien à reprocher à ces étiquettes que je trouverais magnifiques si l’on pouvait arriver à les faire en porcelaine, puisqu'elles réuniraient ainsi le double avantage de l'élégance et de l'indication parfaite de la distribution des plantes sur le globe. Il est vrai qu’en l’absence d’un planisphère on pourrait avec fruit se servir des signes'conventionnels de M. Eichler, tels qu’il les a réunis dans son syllabus. Un astérisque placé au dessus d’une petite ligne horizontale, par exemple, signifierait « hémisphère boréal », tandis que l’inverse signifierait « hémisphère austral »; placé à la gauche d'une verticale, l’astérisque renseignerait la plante comme appartenant au Nouveau Monde et réciproquement. C’est une indication qui se ferait d’une manière plus simple que sur un planisphère. Il est vrai que la patrie de la plante n’est pas indiquée avec toute l'exactitude voulue, mais on s’en fait une idée suffisante.
Je me suis peu étendu sur les étiquettes pour horticulteurs, parce que ceux-ci en ont de très convenables, en zinc, plusieurs maisons les fabriquent et on en est très satisfait.
Reste à examiner le mode d’attache des étiquettes. Qu'’elles soient en porcelaine, en fer émaillé ou en zinc, il faut absolument condamner le fil de fer ou toute autre attache en fer, parce que la rouille détruit les étiquettes, même lorsqu'elles sont en porcelaine. C’est une faute qu’on ne commet que trop souvent. On prend des étiquettes très élégantes et l'on croit que tout est dit lorsqu'on les a fixées au moyen d’une vis ou d’un clou en fer. Je recommanderai pour les étiquettes en porcelaine une vis, un clou ou fil en zinc ou un en fer zingué. On objectera que des fils ou des vis en zinc n'existent pas, mais elles ont existé, si pas à Anvers, du moins ailleurs, on pourrait donc encore les fabriquer. Remarquons que le fer zingué ne suffit pas toujours, parce que, par l'usage, le fer perd cette couche protectrice.
Les tiges des étiquettes pourraient être en bois, mais sont alors insuffisamment durables. Il vaut mieux employer ici du fer zingué.
Voilà, Messieurs, les observations que m'ont été suggérées par la question à l’ordre du jour.
M. le Président. — Je remercie l'honorable M. Wittmack des intéressants développements dans lesquels il a bien voulu entrer.
M. Ponce.— À Paris j'emploie, avec la majorité de mes collègues, le zinc, et j'ajouterai que jusqu’à présent nous n'avons rien trouvé de meil-
leur : c’est-ce qu’il y a de plus convenable et de moins cher. La surface de ce métal recoit très facilement les inscriptions nécessaires, elle permet même de les effacer et de les remplacer sans peine. On nous a offert des étiquettes émaillées, des étiquettes en caoutchouc même, et d’autres encore, mais elles coùtaient bien cher, c'est à dire que leur prix s'élevait à 3, 4, 5 1/2 francs, ce qui fait réfléchir. Le zinc est tellement bon marché que nous l’avons aujourd’hui adopté de préférence à toute autre matière.
M. Wittmack. — Je crois avoir dit aussi que les horticulteurs ont de bonnes étiquettes en zinc.
M. Ponce. — Oui. Et puis elles ne sont pas lourdes. Il suffit de Les attacher avec un simple fil.
M. Wittmack. — Je dois faire remarquer à l'honorable préopinant, que la question à résoudre ne se borne pas à préconiser une étiquette pour horticulteurs, mais aussi pour Jardins botaniques, pour jardins publics et privés, et pour serres. Dans les établissements d’horticulture et les pépinières on est, ainsi que je l’ai constaté, habitué à des systèmes très-simples, la matière première étant le bois, le plomb ou le zinc. Mais quant à ce dernier je dois faire observer que les inscriptions qu'il reçoit si facilement, deviennent aussi promptement illisibles.
M. Ponce. — On les reécrit alors.
M. Wittmack. —— C’est un inconvénient. Ainsi dans les serres à Orchidées les meilleures étiquettes en zinc ne sont plus lisibles après une année.
M. Ponce. — J'ai tenu à constater quelles étaient en général nos préférences en fait de système d'étiquettes. Or, nous admettons que celles en zinc sont les meilleures et le meilleur marché.
M. Wesmael. — L’honorable M. Wittmack a recommandé comme étant les meilleures, les étiquettes en porcelaine. Je dirai que j'ai été très grand partisan de ces étiquettes, mais que je les ai condamnées depuis l'hiver si rigoureux de l’année 1879-80, qui a tué et nos plantes et nos étiquettes en porcelaine. Je les avais employées pour l'étiquetage de mes arbres fruitiers. J’y avais peint les noms de mes variétés de pommes, de poires, je les avais passées au four; bref, elles paraissaient irréprochables. Mais par des températures de -19°,-20°,-21°, ces étiquettes se sont crevassées, fendillées, et ont même éclaté! Je les déclare excellentes, mais à la condition que nous n’éprouvions plus un hiver aussi rigoureux.
Les étiquettes sur faïence sont moins bonnes encore. J'en ai fait faire à Nimy. Par des températures de -7°,-8° elles se sont, comme les précés
sore
dentes, fendillées et ont éclaté. Je crois donc qu’on peut recommander les étiquettes en porcelaine sans trop se fier à leur indestructibilité.
D'autre part, l'honorable préopinant a aussi loué les étiquettes de notre honorable ami M. Crépin. Ce sont, vraiment, des étiquettes modèles et elles ne sont pas aussi altérables qu'on pourrait le croire. Si tous les ans on les enduit d’une couche légère de vernis copal, elles résistent pendant 15 à 20 ans, et il faut avouer que c’est une bien petite besogne, qui peut être faite par les ouvriers au début de la saison printanière.
Autre chose. Vous avez condamné avec beaucoup de raison, l'emploi de clous en fer. Je vous dirai cependant que nous avons près de Mons une usine qui se charge de recouvrir d’une couche de zinc, la tôle, le fil de fer et les clous. Dans mon jardin j'ai des étiquettes fixées à des troncs d'arbres à l’aide de vis trempés dans un bain de zinc, constituant à peine une galvanisation et cependant, depuis 10 ans qu'elles sont placées, elles sont restées intactes. Ces clous coûtent bien meilleur marché que ceux qu’on pourrait fabriquer en zinc. Cette même usine produit également un fil de fer galvanisé à l’aide duquel nous dressons nos contre-espaliers, Ce fil, encore une fois, est bien meilleur marché que le fil de zinc. Le fil de fer convenablement galvanisé, est à l'abri des intempéries. Jamais je n'ai constaté une tache de rouille sur ce métal.
Je me résume, Messieurs, et je déclare encore que les étiquettes en porcelaine et en faïence ont de sérieux avantages, mais qu’elles ne résistent pas à une température exceptionnelle, que nous ne devons pas exclure de nos prévisions.
M. le Président. — Messieurs, la question qui nous est soumise est complexe. Nous n'avons pas qu’à traiter les étiquettes en général, mais bien dans leur application aux Jardins botaniques, parcs, jardins privés et serres. Ne serait-il pas utile de scinder ainsi la question ?
M. Palacky. — Je vous ferai remarquer, Messieurs, qu’il sera très difficile d'indiquer la distribution de la flore sur le globe, même à l’aide d’une étiquette planisphère qui n’a pas une certaine étendue. Ne vaudrait-il pas mieux accepter la distribution admise en zoologie et procéder par initiales conventionnelles. Il serait presqu’impossible de trouver des noms nouveaux; mais en réalité il n’y a pas de distribution nouvelle. On pourrait parfaitement réunir en un groupe d’initiales ces diverses indications : « Cosmopolite, tropical, arctique, antarctique, néarctique (?) palearctique (?), etc. Il ne faudrait qu’une nomenclature acceptée, qui serait très facile, deux initiales pouvant rendre facilement les deux syllabes principales du mot, comme N. A. pour nearctique(?) P. A. pour palearctique(?) eb ainsi de suite. Ce serait plus intelligible que l’astérisque, et l’on ne s'exposerait pas à renseigner comme appartenant à £owé un hémisphère,
une plante qui ne croît que sur une partie de celui-ci. Une étiquette planisphère serait très belle.
Nous n'avons pas même un atlas qui indique complètement et en détail la distribution de la flore sur le globe. Mais en admettant qu'il existât, combien faudrait-il de soin pour figurer sur un planisphère une distribution quelconque ? Figurez-vous une serre avec 10,000 étiquettes. Il faudrait pour le travail des étiquettes des hommes spéciaux. Bref, l'étiquette planisphère est très belle en théorie, mais elle n'est pas pratique. L'indication par initiales, au contraire, est d’une grande simplicité : Robinia N. À. par exemple, serait une indication plus simple et aussi claire qu’une marque faite sur un planisphère.
M. Planchon. — Je veux rester dans le sujet mais en l’élargissant un peu. Je suppose qu’il me sera permis de parler, non pas de l'étiquetage au point de vue matériel, mais de faire quelques remarques sur la mauière dont nos plantes sont nommées dans nos Jardins botaniques et dans les catalogues de graines qui répandent au loin les plantes de ces Jardins. Je ne fais de reproche à personne et j'en fais personnellement mon mea culpa; mais, sauf des exceptions, nos Jardins botaniques sont déplorablement étiquetés, et ce pour une raison bien simple. Pour les plantes vivaces, le professeur peut rectifier, mais pour les plantes annuelles la chose est plus difficile. Il nous arrive notamment des centaines de plantes, qui ne répondent pas exactement aux noms annoncés dans les catalogues. J'ai cherché, par exemple, il y a quatre ans, à me créer à Montpellier une collection de Rhubarbes. J’ai à cet effet, demandé des spécimens de graines à tous les Jardins botaniques du pays et j'ai recu sous les noms les plus différents les mêmes espèces.
Il y aurait peut-être un moyen d'éviter ces erreurs. Elles proviennent des jardiniers qui récoltent les graines. Le professeur ne peut pas vérifier tous les ans les centaines d'espèces de graines récoltées. Ce même jardinier recoit dans son jardin des centaines de plantes fausses qu’il met en place et que l'étudiant prend comme plantes exactes. Ce qu’il importerait donc de faire avant tout, c’est une révision complète de la nomenclature des plantes de nos jardins, ensuite de commencer par supprimer dans les catalogues une foule de vulgarités partout existantes sous des noms faux. Mais il y a plus. Dans les grands genres, les genres difficiles, on peut être sûr que la confusion règne partout. Je crois donc que chaque directeur de Jardin devrait s'attacher à faire récolter avec un soin particulier les graines intéressantes et spécialement les graines de sa région. Quand on aurait ensuite, en consultant le catalogue, demandé à chaque région les plantes qui y sont bien nommées, au bout d’un certain nombre d’années les étiquettes de nos Jardins botaniques seraient bien plus exactes. Je le répète encore, je ne fais de reproches à personne. Je m'en fais à moi-même et je me suis mis à l'œuvre. La première année je n’ai pu
faire grand’ chose, naturellement. J'ai conservé autant que possible les plantes dont je suis sûr et j'ai commencé par en rayer quelques autres de mon catalogue. C’est un début; je continuerai ainsi que je l'ai dit. Je crois que si nous prenons l'habitude de ne pas tenir comme graines, la plupart des vulgarités des Jardins botaniques, portant souvent des dénominations fausses, si nous cultivons, au contraire, les plantes propres à la région, dont nous sommes absolument sûrs, et que nous en demandions autant aux autres régions, nous rendrons un véritable service à la science.
M. Wittmack. — Je reviendrai un moment sur la partie matérielle de la question. Il est bien vrai que les étiquettes en porcelaine sont fragiles, mais j'ai recommandé aussi les étiquettes en fer émaillé.
Si les étiquettes en porcelaine ont éclaté pendant l’hiver de 1879-1880, comme le disait l'honorable M. Wesmael, ne serait-ce pas parce que les tiges en fer sur lesquelles elles étaient fixées se sont contractées? M. Hansen, dans son rapport, a recommandé de mettre une plaque de caoutchouc entre l'étiquette et le tuteur. C’est un bon remède pour égaliser les tensions; mais je crains qu’une plaque de caoutchouc serait aussi détruite par un hiver aussi rigoureux que celui qui nous occupe.
Quand au fil de fer zingué, je trouve que lorsqu'on l’emploie, la pellicule de zinc se détache. Pour cette raison il vaut mieux employer le fil de zinc pur.
M. Wesmael. — Pour les vis j'ai parlé d'expérience. Quand au fil, si par la torsion la couche de zinc tombe, c’est que l'opération de la galvanisation a été mal faite. Avec le fil de fer, galvanisé par l'usine que j'ai citée, cet inconvénient n’est pas à craindre et le fil peut être soumis sans danger à toutes les torsions. Quand à la destruction des étiquettes en porcelaine par le froid, elle n’est pas le résultat d’une contraction de la tige. C’est un véritable clivage qui s’est produit, et il est évident que le froid avait agi directement sur la porcelaine.
M. Cornu. — Cette question des étiquettes est très importante, Nous avons au Jardin des plantes de Paris un atelier spécial qui a eu jusqu’à trois hommes occupés toute l’année à la confection des étiquettes. Dans l'École de botanique et ses annexes, il n'y en a pas moins de 10,000 à surveiller. Les étiquettes en porcelaine ont ce grave défaut que lorsque les plantes annuelles ont disparu ou bien qu’un certain nombre de plantes vivaces perdent leurs feuilles, elles restent inutilisées devant une place vide, elles constituent un poids mort considérable et un volume très grand quand on est obligé de les remiser. Elles sont très lourdes. Par tas de 500 à 600 on les met les unes contre les autres, il en tombe - un certain nombre et elles se brisent. Rien n'est plus fragile, même pendant la saison ordinaire. De là, la nécessité d’avoir en réserve un
stock d'étiquettes pour remplacer celles qui sont détruites, ou bien de laisser les étiquettes à des places vides. Deux alternatives assez fâcheuses.
Une étiquette sans plante irrite le visiteur. D'autre part, s’il faut trop renouveler les étiquettes, la dépense devient exagérée. À Paris, au Muséum, il y a des étiquettes en fer, rivées sur une tige oblique. La plaque est peinte au minium puis à la peinture verte. À la surface on marque à la peinture noire les noms latins et la patrie de la plante. Ces étiquettes ainsi faites peuvent durer de 6 à 7 ans. On pourrait remplacer la plaque de fer par une plaque de zinc, le zinc étant enduit de peinture comme le fer et il y aurait une certaine économie d'exécution parce que le zinc se taille plus facilement que le fer. Avec une bonne paire de cisailles on coupe une plaque de zinc assez épaisse.
Ce système si commode n’a pas pu être maintenu parce que la couche de peinture se soulève en certains points. Il se produit une oxydation qui gagne de proche en proche sous la couche de peinture. Au bout d'un certain temps celle-ci se détache entièrement. Les couleurs différentes de la plaque indiquent les espèces médicinales, vénéneuses, industrielles, ete. Somme toute, tandis qu'avec les étiquettes en fer la peinture va en se noircissant de plus en plus, le zinc conserve peu sa couche de peinture.
A Paris de grands destructeurs de nos étiquettes ce sont les moineaux,
qui sont très nombreux; ils déposent sur leur surface un acide qui brüle
la peinture et fait disparaitre les caractères tracés. En résumé, nous avons après divers essais, dû conserver l’ancien système employé depuis de très longues années.
Il y a une remarque à faire. Un grand avantage des étiquettes en fer
c’est que lorsqu'elles sont vieilles et qu’on veut les remplacer, il suffit d’en râcler la surface ou de les passer au feu, pour obtenir une surface nette.
Il à été essayé, il y a quelques années, un étiquetage différent pour les plantes de serre, et principalement pour les plantes aquatiques. Les plantes de l'aquarium de notre serre chaude sont étiquetées d’une manière spéciale. La partie plane est souvent exposée à différents principes d’altération, beaucoup plus graves dans une serre chaude, qu’au dehors. M. Brongniart fait essayer une étiquette qui parait être bonne. Elle consiste en une plaque de verre, à la partie postérieure de laquelle on a écrit avec de l'émail, le nom de la plante. Une couche d’émail coloré recouvre le tout. Ces étiquettes sont relativement voyantes, elles ne sont d’ailleurs pas soumises à des chocs, elles se trouvent suspendues au dessus de l’eau. Le nom se détache en transparence, de sorte que le visiteur lit avec une grande facilité.
Les étiquettes placées horizontalement sont moins visibles.
Ces étiquettes réunissent, je crois un certain nombre d'avantages, mais
;l n'en est pas de même lorsqu'elles sont employées pour des plantes de serre placées à une distance moins grande de l'observateur. Pour ces dernières il y a chez nous, des étiquettes métalliques, peintes, attachées aux branches. Inutile d'ajouter qu'avec ce système il faut éviter que le fil métallique ne comprime et n'étrangle la tige ou la branche qui tient l'étiquette.
Pour les arbres de pépinière, on doit avoir des étiquettes qui se lisent rapidement. Un constructeur de Clermont Ferrand, M. Girard-Col, a imaginé un système qui semble pratique et peu coûteux. C’est une étiquette en zinc mince. Ce constructeur, dis-je, fournit des étiquettes d’un bon marché extrême, en zinc très mince, mais que l’action d’une presse a renforcées en les dotant d’une petite gouttière qui les rend rigides. Elles se conservent très bien et durent trois ans. Elles noircissent, il est vrai, mais le nom se détache très bien sur le fond. Il suffit d'écrire au ‘crayon. La surface a été rendue mate par un acide et le crayon agit parfaitement. S'il est d’une dureté convenable, les étiquettes sont infiniment plus solides que les étiquettes ordinaires, en bois, qui sont altérées en 6 mois.
Tout le monde connaît le système très commode de ces étiquettes en plomb sur lesquelles on imprime un numéro, et qu’on enroule autour d’une branche. Mais cet étiquetage ne peut étre qu’un xwmérolage, il renvoie toujours à un catalogue. C’est un système excellent dans un jardin où l'on ne veut pas que le personnel puisse à loisir mélanger les plantes.
Mais il y a un autre système d'étiquettes dû à M. Forney, professeur d’arboriculture à Paris. Celles-ci consistent en de petites plaquettes de terre cuite. Elles sont solides, percées d’un trou, destiné au fil de fer à l’aide duquel on les accroche à la branche. On y inscrit le nom à l’aide d’un crayon à base de noir de fumée, analogue à nos crayons Conté. Ce système est presque aussi commode que le précédent et plus complet. Lorsque la poussière et le noir de fumée l'ont noircie, il suffit de la brosser. Le reproche que l’on fait à cette étiquette, c’est qu’elle se brise. Elle a des défauts et des avantages. Elle est aussi un peu lourde, dit-on, et peut, attachée à des sujets faibles, déterminer une certaine courbure; mais rien n'empêche d'employer pour des sujets faibles des étiquettes moins lourdes.
Quant à nous, pour les pépinières, nous employons les étiquettes de Girard-Col, en zine, et pour l’École de botanique nous nous servons des étiquettes à tiges de fer, portant le nom sur une plaque de tôle.
M. Niepraschk. — J'ai également essayé plusieurs systèmes d’étiquettes, en porcelaine, zinc, fer et autres matières, mais j'ai toujours trouvé que les étiquettes en porcelaine sont assez fragiles.
Il y a plusieurs systèmes d'étiquettes excellents, mais la grande difi-
culté est souvent l’attachage à la plante et surtout aux arbres. Pour les grands arbres, je n'ai trouvé qu’un moyen, le plus expéditif, c’est d'y clouer la plaque. Pour les autres, j'emploie les étiquettes percées de deux trous, un en haut et un en bas, par lesquels je passe le fil de fer; parce qu'avec un seul fil le vent fait balloter la plaque et que, non pas l'étiquette mais le fil de fer finit par s'user. Il est très-désagréable que dans un bon jardin fruitier une étiquette manque et la présence de celle-ci est du reste parfois d’une grande importance. Il faut donc s’y servir d'étiquettes d’une légèreté assez grande pour qu’elle ne puisse plus agir sur le fil d'attache. Celles de M. Girard-Col à Clermont-Ferrand répondent très bien à ce désideratum.
Mais il y a une autre étiquette excellente au même titre, elle est inventée par MM. Radig et Krühler, à Schweïdnitz, et faite de carton pierre trempé dans une certaine huile. Cette étiquette est d’une légèreté extrême. L'inscription ainsi que la plaque sont très durables : enduites d’un vernis elles recoivent l'écriture, puis une seconde couche. Le bord est en outre renforcé de zinc ou de fer blanc. Je viens de contrôler de ces étiquettes placées depuis deux ans en plein air, et l'écriture n'avait pas souffert.
Pour revenir un moment encore sur l’attachage, on a recommandé pour ce dernier le fil en caoutchouc; ce système est bon surtout pour les étiquettes légères. ;
M. Planchon. — J'ai très peu à ajouter à ce qui vient d’être dit, mais comme j'ignore ce quis’est passé au commencement de la séance, je voulais poser quelques questions au sujet d'étiquettes dont j'ai fait l'expérience et au sujet d’autres qu'il y aurait intérêt à expérimenter. Je voudrais savoir si l’on a fait l'expérience des étiquettes sur zinc avec le chlorure de platine. C'est une encre qui se détache nettement et qui est d’un emploi très commode ; mais soit qu’on ait mal fait l'opération récemment au Jardin des plantes de Montpellier, soit défaut inhérent à l'encre, au bout de très peu de temps le zinc a produit de l’oxyde et l'écriture a faibli, De sorte qu’on n’a pas été satisfait, Je voulais donc demander si quelqu'un a observé les étiquettes sur zinc au chlorure de platine.
M. Baïllon. — Je me suis servi de ces étiquettes. Le procédé auquel : vous faites allusion est déplorable. Au bout de très peu de temps les étiquettes ainsi traitées sont altérées de façons très diverses.
M. Wittmack. — J'ai, dans mon rapport, cité les étiquettes de M. Girard-Col et de M. Brandes, à Hanovre. L'encre la plus résistante est le chlorure de platine, qui coûte cher du reste et j'ai fait remarquer aussi dans mon rapport que M. de $' Paul Hilaire, à Fischbach, en Silésie, qui est grand amateur d'Orchidées, a employé le chlorure de platine, mais qu’il a enduit l'étiquette d’une couche de vernis copal.
Un membre. — Pour l'intérieur, oui.
. M. Planchon. — Pour ce qui est des étiquettes dont on renouvelle à l'encre grasse l'inscription, dans les climats méridionaux, surtout, elles s’effacent très vite et doivent donc être refaites souvent. C’est un inconvénient d'autant plus grave que ce travail est souvent fait par des jardiniers, et que l’ouvrier même le plus intelligent commet facilement des erreurs. Or, vous savez que la moindre faute d'orthographe blesse non seulement les yeux mais la conscience du professeur.
Pour ma part, j'ai pensé pouvoir accepter des étiquettes de M. Girard- Col, de Clermont-Ferrand, qui sont sur plaque de zinc et imprimées en creux. M. Girard-Col fait mordre le zinc par un acide et, après l'impression en creux, il y passe du noir. Ces étiquettes sont très lisibles et durent très longtemps. La dépense est moins grande que pour les étiquettes en fer et elles ont l'avantage de ne pas nécessiter les renouvellements constants de l'écriture.
Il faut distinguer aussi entre les étiquettes de plantes vivaces et celles de plantes annuelles. Par suite de l’inexactitude de noms plus fréquente pour ces dernières, si l'étiquette est à écriture fixe, elle fera souvent sptte figure. Je me suis décidé, soit à mettre les plantes annuelles en observation avant de leur donner place dans la partie publique du jardin, soit à employer pour cette dernière catégorie des étiquettes mobiles sur lesquelles on écrit à l'encre grasse ou au crayon.
Une des causes pour lesquelles les étiquettes en bois sont inacceptables, même pour des plantes que l’on met temporairement dans un dépôt, se sont les escargots ou les guèpes qui en raclent souvent la surface écrite.
Je parlerai encore d’un essai qui, s’il était fait avec plus de connaissance de la technique, pourrait peut-être donner de bons résultats. C’est celui de l’étiquette sur verre avec un papier imprimé, que l’on applique sur le verso du verre en l’y collant à la gomme, après quoi l’on protège le tout par une couche de vernis copal. Ces étiquettes se renferment dans un petit cadre. Elles durent quelques années et sont magnifiques, — L'eau s’y est cependant introduite et elles ont été plus ou moins altérées, mais ce mal n’est pas grand. Ce qu’elles redoutent bien plus, c’est la gaminerie de certains élèves, qui les brisent souvent à coup de canne.
En somme, c’est un système auquel j'ai renoncé pour prendre les étiquettes gravées sur zinc de M. Girard-Col.
M. Baïllon. — Voici ce que l'expérience m'a appris sur la question qui nous occupe, et je ne parlerai ici que des étiquettes appliquées aux Jardins botaniques. Je puis dire que j'ai essayé toutes les étiquettes possibles et souvent dépensé de l'argent en pure perte. On peut être satisfait pendant quelque temps des étiquettes en zinc, notamment de celles que fabrique la maison Girard-Col. Mais on rencontre des difficul-
tés dans l'emploi des encres au chlorure de platine appliquées sur zinc. Il est difficile d'obtenir deux fois de suite des résultats identiques. Le succès paraît dépendre de l'épaisseur de l'encre ou de la quantité que la plume en dépose sur l'étiquette. Le sel n'est-il pas toujours également pur, également bien préparé? Je l'ignore. Mais placées en plein air, mes étiquettes se sont conservées un temps très inégal. Très souvent j'ai vu la surface écrite se soulever, s'épaissir, présenter des efflorescences salines. Les lettres noires peuvent devenir grises, puis blanchätres, disparaître ou devenir illisibles. |
Je me suis bien mieux trouvé des étiquettes mises au commerce par la maison Girard-Col, mais qui sont d'un prix plus élevé. Elles sont imprimées en creux, comme il a été dit, et les dépressions de la plaque se remplissent d'une couleur noire, rouge ou autre. Au Muséum de Paris, ces étiquettes se sont mieux conservées lorsqu’aucun arbre ne les surplombait que quand elles ont été placées sous des feuillages. Aiïnsi, pendant quelques années, les Fougères de l'École de botanique étaient étiquetées avec ces modèles. L'année dernière, il a fallu les supprimer : aucune d'elles n’était demeurée lisible. J’attribue surtout ce mauvais résultat aux pluies qui tombaient d'arbres voisins (les Fougères sont plantées à l'ombre) et qui encroûtant la plaque, rendaient les mots tout à fait illisibles.
Je crois très bon le procédé, en apparence rudimentaire, employé à" Kew et dans quelques jardins allemands. Un piquet de bois, fendu suivant son axe longitudinal, est enfoncé en terre. Sur la surface plane un peu blanchie et lissée, on écrit avec un simple crayon. Ces étiquettes se détruisent vite, sans doute; elles ne sont pas coûteuses; il est facile de les remplacer; chacun peut les refaire à la main. En général l'écriture au crayon bien noir est préférable à celle qu’on pratique avec des encres diverses.
J'avais essayé d’un procédé qui se rapproche de celui dont vient de parler M. Planchon. Peu importe qu’on fasse une dépense un peu élevée, si le système doit durer longtemps, il y a souvent encore économie. J'aurais voulu un cadre vitré et parfaitement étanche dans lequel on eût pu introduire un carré de carte ou de papier, chargé d'inscriptions en aussi grand nombre que possible. Mon idée était d’y placer, non un simple nom, mais une demi-page de détails, d’y introduire, par exemple, un feuillet de livre que l'étudiant lirait tout en ayant la plante sous les yeux. J'avais donc songé à enclore l'étiquette dans un cadre métallique, analogue, quoique moins luxueux, à ceux dans lesquels on place les photographies. J'ai fait fabriquer les cadres en zinc, avec un fond, de zinc également, qui se glissait à coulisse dans des rainures du cadre, avec l'étiquette appliquée sur la face antérieure. Eh bien! se conservant assez bien à l'abri d’un mur ou encore dans les serres où l’on ne bassine
seit
pas trop les plantes, de semblables étiquettes n’ont pu jusqu'ici demeurer étanches en plein air et sous l’action de pluies répétées. Ce n’est pas l’eau qui tombe et qui s’insinue dans le bord inférieur de l'étiquette, entre le métal et le verre, qui est le plus à craindre : c’est celle qui remonte par capillarité entre le verre et le bord supérieur du cadre métallique et qui finit par détremper et déliter complètement le papier écrit ou imprimé. Ce système sera bon quand on aura trouvé le moyen de fabriquer un cadre vitré complètement étanche.
Aujourd’hui,je suis arrivé à ce que je crois de meilleur: des étiquettes en métal fondu, belles, un peu chères, analogues à celles que M. Fischer de Waldheïm à apportées ici. La preuve qu’elles sont très-bonnes, c’est que j'en connais qui servent depuis vingt ans et qui, si on les lave de temps en temps, tout en repeignant le fond (les lettres saillantes sont limées et brillantes), sont encore aussi bonnes que le premier jour. Un grand nombre de ces étiquettes sont employées pour l'indication du nom des rues, pour les plaques de voitures; on les rejeterait pour ces usages si elles ne duraient päs, si elles n'étaient pas économiques. La première mise de fond est seule un peu élevée ; on la regagne certainement. Je dois toutefois faire une restriction : ces étiquettes ne résistent pas aux chocs, aux coups secs frappés par les visiteurs des jardins, ni même, en hiver, aux brusques variations de température, si elles ne sont pas coulées en un alliage convenable. Il faut qu’elles soient fabriquées par un vendeur consciencieux car il y a des alliages, en général à plus bas prix, qui les rendent trop fragiles. Il faut choisir un alliage résistant; sinon l'étiquette se brise au niveau de la ligne qui joint les points d’attache de la plaque sur la tige-support. Il faut essayer les alliages; il ne faut pas chercher à réaliser des économies insignifiantes et mal comprises; il faut que les viroles d'attache soient soigneusement rivées.
M. le Président. — Je remercie les divers orateurs qui ont bien voulu nous éclairer et je me permettrai de présenter à mon tour à l’assemblée une très belle étiquette en métal coulé, celle que j’ai montrée à l'honorable M. Baillon Ces étiquettes sont employées dans le jardin botanique de Varsovie, pour des plantes qui durent longtemps et dans une partie du jardin qui est visitée par des milliers de personnes.
. Outre les inscriptions de la famille, du genre, de l'espèce, de l’auteur
et de la patrie, en latin, elles portent le nom des plantes en russe et en polonais. Ces étiquettes sont très durables, elle ne coûtent pas trop cher, deux francs chacune. Un coup de bâton, peut, il est vrai, les casser comme d’autres auxquelles il a été fait allusion; mais l’attachage obviera beaucoup à cet inconvient. L'inscription est en relief, de sorte que la peinture de celle-ci peut être facilement renouvelée. Ces
étiquettes sont vraiment très pratiques pour des plantes durables, telles qu’arbres et arbustes.
M. Witmack. -— J'ai recommandé aussi les étiquettes en fer émaillé, mais les étiquettes en porcelaine sont plus élégantes.
M. Niepraschk. — M. Bouché, inspecteur du Jardin botanique de Bonn, me prie de dire un mot des étiquettes en bois de saule. Depuis quatre ans qu’elles sont fichées en terre, elles se tiennent très bien, elles paraissent donc recommandables. Cette étiquette est peinte en blanc et ensuite la pointe est trempée dans du bitume, c’est ce qui lui donne la durabilité. On en est très satisfait.
M. Krélage. — Messieurs, comme je n'ai pas assisté au commencement de la séance, je dois faire appel à votre indulgence pour le cas où je répéterais l’une des considérations que l’assemblée a déjà fait valoir. Je traiterai la question des étiquettes non seulement au point de vue botanique mais aussi au point de vue horticole. Je désire aussi dire un mot de l'étiquette pratique telle que nous l’employons.
Mais d'abord permettez-moi quelques considérations générales. Pour les plantes de pleine terre la première règle de conduite devra toujours être : l'étiquette, l'accessoire; le registre, le principal. Et celui-ci doit être tenu de telle sorte que toutes les étiquettes fussent-elles perdues par malheur, un homme intelligent puisse, sans connaître les plantes, les désigner absolument toutes, par leurs noms, au printemps suivant, d’après les emplacements qu’elles occupent.
Il faudrait admettre comme règle d'administration l'existence d’un plan du jardin, tellement précis, qu'il ne puisse pas y avoir d'erreur lors d’un remplacement éventuel d'étiquettes. Ceci posé la question des étiquettes de pleine terre sera beaucoup simplifiée. On pourra enlever pendant la période d'hiver et emmagasiner toutes les étiquettes des plantes vivaces. C'est une précaution nécessaire dans les climats . plus septentrionaux, comme celui de la Hollande, par exemple, où nous avons des pluies abondantes, un terrain partout extrémement humide et de fortes gelées. On trouve aussi le temps de repeindre ces étiquettes, de les remettre à neuf s’il le faut, afin qu’elles soient prètes au printemps suivant.
Pour les arbres nous employons des étiquettes en zinc. Je reviens sur ce sujet, parce que je me rappelle que dans ma jeunesse déjà, nous les employions pour les plantes de serres; nous avions un système très primitif alors, mais il est le meilleur; il n’est pas élégant, mais il procure des étiquettes très durables. Nous prenions une simple plaque de zinc, nous en raclions la partie supérieure pour la rendre rugueuse et
sur une couche de peinture blanche, fraîche, nous écrivions le nom de la plante au crayon. Nous laissions bien sécher, puis nous recouvrions le tout d’une couche de vernis. Fichées en terre, ces étiquettes duraient énormément, il suffisait de les laver de temps à autre, et de les enduire d’une nouvelle couche de vernis.
J'ai fait des milliers de ces étiquettes pour les plantes spécimens ou plantes mères de nos collections. Aujourd’hui on ne fait plus de collections aussi étendues, mais à cette époque là, pour ne pas faire d’erreurs de vente, chaque plante dont des multiplications étaient prises, était munie d'une étiquette en zinc. C’est un système très recommandable. Ces étiquettes peuvent se faire d'avance, pendant l'hiver. Je rappellerai qu'on ne pouvait pas toujours les mettre dans les pots, mais on les attachait alors, soit à la branche, soit au tuteur de la plante et elles avaient alors une forme ovale avec’ un trou au sommet. L’attachage est une chose difficile à trouver. Le fil de zinc se coupe, le cuivre n’est pas très convenable non plus, le fer galvanisé est meilleur je crois.
Dans le Jardin botanique d'Amsterdam on a introduit il y à quarante ans des étiquettes en porcelaine portant l'empreinte des noms des plantes. Ces étiquettes étaient très bonnes, on les appliquait sur une plaque de bois. La difficulté était de les attacher et je ne me rappelle pas exactement quel était le système suivi. Toujours est-il que l’attache ne doit pas être trop serrée, de sorte qu'il y ait toujours un peu de jeu.
Enfin, je veux citer encore une étiquette sur papier ou vélin employée dans le temps au Jardin botanique de Leide. C’est une étiquette enfermée dans un tube de verre hermétiquement clos. Quoique fragile, cette étiquette est recommandable pour les plantes de serre, la rupture du tube de verre n’entrainant pas la destruction de l'étiquette.
M. Niepraschk. — Ce système est excellent. Quant aux observations de l’honorable M. Krélage sur la nécessité de dresser un plan exact du jardin, elles sont très fondées. Je possède, quant à moi un plan de notre parc qui renseigne même jusqu'aux arbrisseaux plantés isolé- . ment sur les pelouses, de sorte qu’à l'aide de ce plan chacun pourrait retrouver les noms, occasionnellement perdus, des plantes et des arbres. En ce qui concerne le mode d'attache des étiquettes, je fais comme l'honorable M. Krélage vient de le recommander : j'ai fait élargir un peu les trous des vis, de sorte que celles-ci ne sont plus si serrées.
M. le Président. — Quelqu'un demande-t-il encore la parole sur ce sujet?
M. E. Laurent. — Je crois que les étiquettes en zinc, qui sont plus simples, ont encore un avantage sur les étiquettes plus compliquées. Quand on perd les plantes, les dernières étiquettes pourraient ne plus
servir. On pourrait parfois rester plusieurs années, sans retrouver certaines espèces et les étiquettes en zinc, au contraire, durent aussi très longtemps ; la plante étant perdue on peut enlever l'inscription et en faire une nouvelle étiquette. Le zinc est tres bon marché avec cela, de sorte qu’en définitive les étiquettes en zinc sont les meilleures comme prix et comme longue durée.
M. le Président. — Il faut encore considérer plus ou moins l’étiquetage sous un autre point de vue. Pour des plantes vivaces, par exemple, qui peuvent durer tres-longtemps, on tient à avoir, surtout dans les jardins publics, des étiquettes qui, en même temps qu’elles soient très durables, laissent une impression agréable au public et attire même son attention. C’est là le but à atteindre. Il faut que le public s'arrête avec plaisir et lise le nom de la plante.
M. Laurent. — À Vilvorde on a fait il y a 20 ans des étiquettes en zinc, très lisibles aujourd’hui. On arrive à de très-beaux résultats avec les étiquettes en relief.
M. le Président.—Je crois que nous pouvons considérer cette question comme épuisée et faire un résumé. Il est impossible de formuler des conclusions précises, séance tenante, en vue des différents vœux émis ; mais nous pouvons recommander quelques systèmes d'étiquettes dans l'ordre des mérites qui paraissent leur avoir été reconnus. Ce sont, me semble t-il, en premier lieu les étiquettes en zinc, puis celles en fer émaillé et celles en porcelaine, pour plantes de serre, par exemple, à condition que l’on emploie un système d'attache convenable, surtout pour les écoles de botanique. Enfin, pour les serres chaudes et les bassins des serres chaudes on peut recommander les plaques en verre décrites par M. Cornu.
On a recommandé le fer zingué. Il me paraît que le fil de fer galvanisé est celui auquel il faut donner la préférence. Voilà en quelques mots le résumé de ce que nous avons entendu.
M. Cornu. — N'est-il pas possible de joindre au résumé les recommandations si justes et excellentes de M. Krelage : que le système d’étiquetage doit être doublé dans tous les Jardins botaniques, pour la sécurité du professeur et dans l'intérêt de la tenue du jardin, d’un registre avec des indications topographiques, ou la collection de ce dernier soit notée place par place. J'ai fait la triste expérience de l'embarras qui peut susciter l’absence ou la privation de documents de ce genre. (Adhésion.)
M. le Président. — Messieurs, nos sections réunies sont encore appelées à traiter la question n° 19.
XIX. De l'opportunité de la création, dans les centres horticoles, de sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles.
M. le Secrétaire-général. — Messieurs, il y a d’autres questions encore. Il y a une partie de la 3° question que la section de botanique a réservée à l'assemblée générale et que voici :
III. Quels sont, depuis le Congrès de Paris en 1878, les progrès réalisés en botanique dans les principaux pays du monde? Installations botaniques, musées, laboratoires, etc.
Ensuite la tarification des envois horticoles par chemin de fer.
La question relative à la culture des champignons.
XV. La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s’étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus.
Enfin la 19° question, relative aux sociétés de prévoyance mutuelle, devait être traitée dans les rapports préliminaires par un délégué du Gouvernement belge, M. Bernard. Comme l'honorable M. Bernard est présent à cette séance, je demanderai à l'assemblée s'il ne convient pas de l'écouter sur cette question, traitée parfaitement dans la section ce matin. (A dhésion.)
M. Bernard. — Je suis à la disposition de l'honorable assemblée. Mes devoirs m’ayant retenu ce matin, j'ai regretté de ne pouvoir assister à votre séance.
En traversant les galeries de l'Industrie de cette admirable Exposition universelle d'Anvers, j'ai été frappé par une sentence d'un économiste célèbre, M. Jules Simon. Dans son livre remarquable sur l’ouvrier, il nous disait : « Personne ne peut sauver l'ouvrier du paupérisme, si ce n’est l’ouvrier lui-même. » Cette vérité économique dont nous voyons les applications et les effets salutaires se multiplier autour de nous, doit nous engager, nous horticulteurs et amateurs d’horticulture, à l'appliquer à l'avenir de la population ouvrière qui s'occupe de notre science de prédilection. Si dans certains pays de l'Europe, les ouvriers jardiniers se sont associés contre les chances défavorables de maladies, d’accidents, il n’en a pas été de même en Belgique. Je regrette de ne pas voir à cette séance les délégués gantois; je les aurais engagés à porter leurs efforts vers la création de ces utiles associations qui viennent si eflicacement en aide à l’ouvrier.
Vous connaissez le principe de la coopération. L’ouvrier épargne pendant les bons jours pour se créer un sort meilleur pendant l’'adversité. La pensée est éminemment chrétienne, c’est la prévoyance fraternelle appliquée aux besoins ultérieurs de la vie.
Que de combinaisons heureuses nous voyons naître en France dans
les opérations de ces associations, qui suivent chez nos voisins une marche ascendante. Elles accordent des indemnités en cas de maladie, indemnités parfois très élevées, — des médicaments à toute la famille selon les besoins, — une pension viagère à l’époque de la vieillesse à chacun des affiliés, — des funérailles dignes d'un travailleur.
En Allemagne aussi, ces associations appliquées aux besoins de l'ouvrier agricole, fonctionnent sous diverses formes. Vous connaissez tous ces belles institutions. En Belgique même, elles existent sur tous les points du territoire; mais il est regrettable qu’elles n'y aient pas été appliquées aux besoins de l'ouvrier agricole. C’est comme si ce dernier redoutait cette forme d'association, parfaitement légale cependant et protégée par la loi. Le gouvernement belge a accordé la personnification : civile à une société qui, au moyen de cotisations de deux francs par trimestre et par tête de bétail assurait chacun des affiliés contre les. risques de maladie et de mort du bétail. En Belgique la loi permet aux Sociétés de s’administrer librement. Le gouvernement n'est pas renseigné sur les Sociétés de cultivateurs établies dans le royaume.
Une cotisation minime de fr. 1,50 par mois, mise en commun, produit les résultats les plus fructueux. Pourquoi nos compagnons resteraient ils plus longtemps exclus des bienfaits de l’association que les autres catégories d'ouvriers ? D’après le rapport de la Commission permanente de secours mutuels, qui aide avec bienveillance les associations dans certaines circonstances et. qui modifie au besoin leurs statuts, qui écarte enfin les obstacles contre lesquels, à l’origine, les Sociétés vont se buter, dans le rapport de cette Commission, dis-je, je vois qu’en 1882 il existait en Belgique 52693 mutuellistes, la moyenne était de 9,32 obligations par mille habitants. Le nombre des Sociétés libres, qui transmettaient leurs comptes au gouvernement était de 176, il en existait assurément un chiffre beaucoup plus considérable.
Je viens de vous dire qu'en Belgique la moyenne d’obligations par 1000 habitants était de 9,32; en Angleterre, cette moyenne est bien plus considérable : par groupe de 1000 habitants on trouve 156 mutuellistes. En France, cette proportion est de 22,97.
Dans ces divers pays, le capital réuni a atteint des chiffres considérables. Dès maintenant, en Belgique, les Sociétés mutuelles possèdent in globo un capital de 1,800,000 francs, ce qui fait pour chaque sociétaire, en moyenne, un capital de réserve de 45 francs. En France, cette moyenne est plus élevée encore ; elle est de 54 francs par mutuelliste. .
Or, que fait, en présence de ces résultats lentement et sûrement acquis, un petit sacrifice de fr. 1,50 par mois ? Je vois ici M. Ponce, qui connaît le mécanisme de ces associations : il ne me contredira pas quand j'affirmerai que bien des fois cette obole a sauvé de la misère des familles ouvrières.
C’est donc avec la plus intime conviction de faire œuvre utile, que
j'engage les membres du Congrès à agir de tout leur pouvoir, à exercer toute leur influence dans leurs centres respectifs pour amener les ouvriers de la branche agricole à profiter des bienfaits de l’association mutuelle, et pour leur faire comprendre qu’au moyen de l'épargne de quelques sous par semaine, ils peuvent s’en assurer tous les avantages. Le Congrès qui à bien voulu introduire cette question, rendra un nouveau service à la science, puisque pour avoir des ouvriers habiles nous devons les prémunir contre les chances défavorables résultant de maladie et d'accidents. Le Congrès aura fait œuvre humanitaire, puisqu'il aura fait entrevoir à l'ouvrier de la branche spéciale qui nous occupe, la
. possibilité de soulager sa vieillesse et ses infirmités.
M. Laurent. — Je crois devoir rendre hommage à la pensée si éloquemment développée par l’honorable M. Bernard ; j'ajouterai que l'Association des anciens élèves de l’école de Vilvorde a compris l'avantage de la mutualité. Notre Société n'existe que depuis un an seulement, mais confiants dans l’avenir, nous donnerons à notre œuvre toute l'extension possible.
M. Baltet. — Ce matin, dans la section d’horticulture où cette question à été traitée, nous avons appris que l'honorable M. Bernard devait la présenter ici; je suis heureux de constater que ces deux délibérations se corroborent et se complètent mutuellement. Les orateurs, dans la séance de ce matin ont surtout insisté sur la modicité de la cotisation, les jardiniers n'étant pas exposés à des accidents aussi fréquents que les ouvriers des usines. Par cette modique cotisation on peut arriver à assurer des. secours médicaux aux familles affiliées, des pensions de retraite aux titulaires. On a cité des associations de cultivateurs, telles que les «Jardiniers de la Seine », et autres, organisées dans se sens. Le vœu que nous venons d'émettre confirme celui que nous
avons émis ce matin.
M. le Président. — J'ouvre maintenant la discussion sur la question des Champignons. — On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus().
M. Planchon. — Cette question a été traitée avec beaucoup de soin dans l’un des rapports. Pour la région de Montpellier je pourrais faire un apercu très-restreint; je n'ai guère de renseignements à ajouter à l'exposé si complet de M. Muller. J’ajouterai cependant une recomman-
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » le mémoire de M. C. ROUMEGUÈRE, p. l-8.
dation. Je crois qu’une des choses les plus importantes relativement à ce travail d'énumération de champignons vénéneux, serait de faire dans tous les pays, dans chaque région restreinte une topographie très-exacte, de la distribution des champignons comestibles et des champignons vénéneux. C’est un point capital. Mon fils a fait un premier travail d’ébauche de ce genre. Il reprendra le même travail pour la région de Montpellier, parce que cela a une importance pratique.
Dans les Cévennes, par exemple, l'Oronge vraie (Agaricus aurantiacus) ne monte pas dans la région du Hêtre, tandis que l’Oronge fausse se tient généralement dans cette dernière région, tout en descendant parfois dans la zône de Chäâtaignier. Il faudrait que, dans un département, chaque canton eût sa carte de distribution des champignons bien établie et que cette carte, accompagnée de bonnes figures des champignons comestibles et vénéneux, fut affichée dans les écoles, les mairies, de manière à rendre familière, même aux enfants, la connaissance de ces espèces. C'est là un des côtés par lesquels la Cryptogamie pratique pourrait entrer utilement dans l’enseignement primaire et dans l'instruction générale du grand public.
M. Baïllon. — Je désire que tout ce que je vais avoir l'honneur de vous dire, soit porté à l’actif de M. Boudier, zélé et savant mycologue de Montmorency, de qui je tiens la plupart des faits que j'aurai à jeter dans le débat. J'avais avec tant d’autres, déploré le vague qui règne généralement dans les ouvrages les plus sérieux, alors qu'il s’agit de la différenciation des champignons dangereux et des espèces non vénéneuses. Je voulais, dans un traité de Cryptogamie médicale pratique, faire connaître d’une facon spéciale, et non théoriquement ou d’une facon trop générale, les ‘espèces utiles et les espèces nuisibles. Il m'était nécessaire de m'adresser à des spécialistes et, ainsi que je l’ai dit, M. Boudier a bien voulu m'aider des conseils de sa grande expérience. Grâce à lui, embarrassé que j'étais d'arriver à un mode de groupement pratique, j'ai compris qu’on pouvait s'arrêter aux données suivantes.
Parmi les espèces si nombreuses de champignons qui nous entourent, il y en a quelques-unes qui sont excellentes comme comestibles et auxquelles aucun reproche ne saurait être adressé par personne : c’est là une première catégorie.
Il y a aussi une catégorie de champignons qui, par contre, sont, aux yeux de tous, des espèces incontestablement vénéneuses, c'est à dire nuisibles. Leur nombre, dans notre flore, s'élève à une douzaine environ.
Dans une troisième catégorie, peuvent se ranger des champignons, en nombre vraiment considérable, qui sont souvent signalés par les divers auteurs comme suspects. On pourrait qualifier la plupart d’entre eux d'indifférents. Sans doute, ils ne sont pas vénéneux et leur ingestion
n’est pas suivi de véritables symptômes d’empoisonnement. Leur usage, et surtout leur abus peut produire et produit souvent de véritables accidents d'indigestion; ils sont simplement indigestes, surtout quand on les consomme en trop grande quantité. .
On peut, en même temps, établir que la catégorie dont nous avons ici parlé en deuxième lieu, celle des champignons véritablement vénéneux, est de beaucoup la moins nombreuse. Il est donc plus facile de faire connaître cette catégorie au public que tout autre série d'espèces utiles ou vénéneuses.
Partant de cette idée, M. Boudier a bien voulu figurer exactement, dans des aquarelles exécutées avec beaucoup de conscience et de talent, les espèces véritablement vénéneuses de nos environs. Il a pensé qu’on irait au plus pressé en faisant connaître, par des figures exactes, ces: espèces dont on doit d’abord se garder. Mais la difficulté, d’une nature très-sérieuse, qui se produit alors, est la suivante. Il faut que ces aquarelles soient reproduites avec une absolue fidélité, afin que la reproduction puisse être à l'infini distribuée au public et mise à la portée de tous; exposée, par exemple, dans les écoles, les lieux publics des campagnes, etc. Des gravures en noir, telles que celles qu’on intercale . dans tous les livres, sont absolument insuffisantes, parce que la couleur est indispensable à la distinction des bonnes et des mauvaises espèces. Si l’on se borne à donner dans le texte l'indication des couleurs, des teintes des diverses portions d’un champignon, mille hésitations arrêtent l’observateur dans la pratiqne. D’ailleurs, les couleurs employées généralement dans l’industrie et les arts, sont loin d’être inaltérables; elles changent et s’effacent par le temps. On ne peut guère remédier à cet inconvénient qui fait que le plus habile est exposé à hésiter entre deux espèces voisines, l’une bonne et l'autre pernicieuse. Il est, en effet, certain qu’en dehors de la nuance exacte, la plupart des autres caractères sont souvent identiques dans deux espèces douées de qualités absolument opposées. L'observation de tous les ouvrages coloriés publiés depuis un siècle démontre assez que les teintes appliquées par les ouvriers coloristes, sont défectueuses ou le deviennent après une certaine période.
Il n’y a donc qu’une chose à faire : essayer de faire représenter par la chromolithographie toutes les espèces vénéneuses de champignons, avec toute l'exactitude désirable et en se mettant autant que possible à l'abri des changements de teinte que produit l’altération des couleurs employées. Si l’on pouvait arriver à réunir, dans des tableaux populaires, à bas prix, et qui s’afficheraient partout, dans les villes et les campagnes, les chromolithographies des espèces vénéneuses auxquelles il vient d'être fait allusion, je crois qu’on aurait rendu un grand service à l'éducation populaire et je ne vois pas d'autre moyer,
de sortir à peu de frais de la difficulté sur laquelle est appelée notre attention.
M. Cornu. Le nombre des champignous réellement vénéneux estrelativement restreint. M. le D' Quélet, d'Hérimoncourt, près Montbéliard (Doubs), l’un des hommes les plus versés dans la connaissance des champignons none en a fait la révision; il en réduit la liste à une trentaine si j'ai bonne mémoire.
Dans ce nombre, on ne doit pas compter les variétés ae indigestes, et surtout les spécimens trop vieux des espèces comestibles : les accidents produits par cette dernière catégorie de champignons ne rentrent pas dans ce qu’on appelle rigoureusement des empoisonnements.
Il est remarquable que les accidents graves, suivis de mort, sont presque toujours dûs, au moins dans nos régions, à un petit nombre d'espèces; ces espèces sont confondues avec d’autres espèces comestibles. Suivant les points de la France, c’est tantôt l’une, tantôt l’autre. M. le D' Em. Planchon a spécialement étudié ce sujet dans sa thèse de doctorat, il peut en parler avec autorité. Cette question a déjà été traitée et le sera spécialement dans les actes du Congrès.
Ainsi, dans le climat moyen, on croit reconnaître le champignon de couches (Agaricus [Psalliota] campeslris) dans les Oronges vénéneuses {4g. (Amanita) phalloides, Oronge ciguë ; Ag. (Amanita) mappa] qui ont de même un anneau et des lames plus au moins semblables mais blanches.
Dans le midi de la France on confond la même espèce avec l’Ag. (Volvaria) glaucocephala qui n'a pas d’anneau, mais qui à des lames roses.
On peut confondre la fausse Oronge Ag. (Amanila) muscarius, avec la vraie (Ag. (Amañnila) caesareus) qui a des lames jaunes et non blanches. ,
Une pareille erreur surprend ceux qui ont la moindre habitude de l’observation ; mais il est constant que certaines personnes apportent la plus extrême légèreté dans la récolte des champignons. En voici un exemple :
Un empoisonnement se produisit à la suite d’un repas de champignons, il y a quelques années, dans le département du Doubs, sur la frontière Suisse; des Italiens qui travaillaient à l'établissement d’une route en qualité de terrassiers, moururent au nombre de sept à huit : ils avaient ramassé dans les bois des champignons ; ils les avaient fait cuire, prétendant les reconnaître facilement comme identiques à ceux qu’ils avaient l'habitude de manger dans leur pays; interrogés ensuite sur les caractères qui leur avaient permis de reconnaître ces champignons, ils répondaient au médecin qu’ils avaient vu des champignons rouges et qu'ils
les avaient reconnus à leur couleur. On sait qu’elle correspond à nombre d'espèces de cette couleur, des comestibles et des vénéneuses.
Très souvent, on voit des promeneurs, attirés par la belle forme, l’abondance, le coloris des champignons, les ramasser: on les rapporte à la maison, on essaie de voir s'ils sont bons ou mauvais. Une cuiller d'argent, une pièce de monnaie, noircissent dit la croyance populaire, quand on les laisse séjourner dans la casserole qui sert à la cuisson de champignons vénéneux ; si la cuiller ne noircit pas on peut, dit-on, les consommer sans danger. C’est celle erreur qui est la cause des accidents si fréquents chaque année, erreur qu'on ne parvient pas à déraciner.
Cependant, dans beaucoup de cas, il serait possible d'éviter de fatales méprises en appliquant aux champignons les ressources que nous donnent nos sens; un goût styptique, une odeur vireuse, désagréable nauséeuse, se rencontrent dans un très grand nombre d'espèces vénéneuses ; mais, qui songe à employer ce moyen si simple de vérification ?
Il est à remarquer que les animaux qui païssent dans les prés, et quelquefois dans les bois, ne s’empoisonnent jamais avec des champignons, quoiqu’ils en mangent assez souvent : les vaches notamment font usage de l’odorat et du goût; les caractères puisés à cette source permettraient d'éviter bien des confusions. M. le D' Quélet en a fait un tres large usage et on en tire, même au point de vue de la classification, des résultats excellents ; il est absolument nécessaire de goûter les espèces du genre Æussula pour pouvoir les reconnaître à coup sûr. — Il suffit de très faibles quantités pour se rendre compte du goût; dans tous les cas il faut se garder d’avaler les doses, même très faibles, de la substance soumise à la mastication.
Une bonne et franche odeur, agréable, sont d’un bon augure pour l'espèce qui la présente (1) et on pourrait presque tenter d'en manger.
IT, — Utilisation des champignons développés dans la nature.
Il se produit tous les ans, à l’époque de la saison des pluies, un nombre considérable de champignons; beaucoup d’entre eux seraient utilisables
(1) Au cours de riches excursions mycologiques dans les hautes forêts du Jura, nous avons fait plusieurs tentives de ce genre, mon ami M. le Dr Quélet et moi, soit sur des espèces indiquées comme comestibles (Po/yporus ovinus) soit sur d’autres moins connues (Craterellus clavatus); c’est par cette méthode que j'ai reconnu de même emploi le Boletus granulatus et le B. luleus dont le premier est mentionné comme excellent.
M. le Dr Quélet à fait un grand nombre de ces essais qui n’ont pas élé tous couronnés de succès, comme il le raconte lui-même dans la flore du Jura et des Voges. Cette méthode d’expérimentation ne doit être conseillée à personne. (Note ajoutée pendant l'impression).
dans l'alimentation, notamment des classes pauvres qui sont le plus souvent privées de viande. L'utilisation de cette matière nutritive et douée parfois d'une saveur délicate, est très désirable; malheureusement la multiplicité des formes qui apparaissent alors et la confusion facile avec des espèces danger euses, rendent cette utilisation très difiicile. Dans la région méditerranéenne en France, la sécheresse du sol et la chaleur rendent assez rares les herbes potagères sauvages; les paysans se jettent avec avidité sur des champignons qu’on néglige absolument dans le nord. Le ZLactarius deliciosus, l'Ag. (Amanila) vaginatus; ils se rabattent même sur des espèces très médiocres l’Ag. (Armillaria)melleus
et ses variétes. Ces diverses espèces se vendent couramment sur les
marchés.
Aux environs de Paris et dans le Nord de la France, on ne poursuit guère la cueillette des champignons que d'une manière locale; en dehors des communes, le choix des espèces est très variable. Sur les bords de la Loire on recherche l'oreille(Ag.[Pleurotus] Eryngi) ; près de Fontainebleau, le charbonnier (Russula cyanozantha); près de Montmorency, le champignon Polonais (Lactarius deliciosus); près de Nantes la langue de carpe (Ag. prunulus); l'Oronge n'existe qu’à l'état d'extrême rareté ; le Cèpe (Boletus edulis) n'est pas connu ou n’est pas recherché.
Auprès de Bordeaux au contraire, l’Oronge et le Cèpe sont très activement surveillés et recueillis dans les bois, et ils y ont une juste célébrité. |
Pour engager les paysans à profiter de cette matière nutritive, largement produite par la nature et si malheureusement perdue sans aucun profit pour les classes pauvres, que faudrait-il faire ?
Il faudrait leur faire connaître certaines variétés véritablement utilisables et saines, et parfaitement faciles à distinguer.
Il y en a d’abord quelques unes connues partout et presque partout recueillies au moins ça et là. Ce sont les Chanterelles (Cantharellus cibarius), l'Hydre sinué ou pied de veau (Zydnum repandum) ; ces espèces se vendent à Paris, depuis quelques années, à raison de 30 à 40 centimes le kilogramme; chez les épiciers et les marchands de comestibles on en voit de grandes quantités.
Mais il y en a d’autres beaucoup plus abondantes et que personne ne recueille malgré leurs qualités précieuses. Ce sont notamment deux Bolets qui viennent en grande abondance dans le voisinage des pins Boletus luteus (B. annularius Bull.) et le Bolet granulé (Bolelus granulatus Rostk.).
On peut y joindre le Lactaire délicieux (Zactarius deliciosus) à lait rouge devenant vert; et l'Ag. (Pleurolus) ostrealus.
Il faut, pour cela, être guidé dans la récolte par une personne par/aile-
ment au courant des espèces qu’elle indique et procéder successivement avec prudence; goûter avec elle l'espèce indiquée, préparée isolément, sans mélange avec une autre. Un seul champignon douteux ou vénéneux peut faire sentir son influence sur un ensemble considérable d’autres parfaitement inoffensifs.
On peut, pour les premiers essais, employer des animaux, sur lesquels on jugera des effets produits.
Il ne faudra jamais faire cuire les champignons sans les examiner tous individuellement, éliminer les douteux, rejeter ceux qui sont trop âgés.
Il est prudent, en général, de ne recueillir qu’une seule espèce à la fois afin d'éviter les confusions. ;
Il est indispensable de ne mettre dans le panier de la récolte que les spécimens choisis par celui qui connaît véritablement l'espèce dont il s’agit.
Il est bon d'éviter d'admettre dans l'opération de la cueillette des enfants trop jeunes ou des personnes trop peu expérimentées.
Tout cela paraît sans doute un surcroît trop grand de précautions, mais on n’en saurait trop prendre.
Le persil, si généralement employé dans nos campagnes dans tous les aliments, n’est pas utilisé sans un examen très minutieux, dans la crainte de le voir confondu avec la ciguë (Conium maculatum) qui cependant cause de temps en temps encore des acccidents.