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Je voudrais répondre quelques mots à ce qui à été dit relativement au goût des champignons. L’honorable M. Cornu a défendu cette thèse que le goût est le meilleur caractère, la pierre de touche la plus sûre des champignons. Il faut s’en méfier cependant comme de tous les autres caractères. Le goût de l'Amanila bulbosa, par exemple, n’est pas assez accentué et certaines gens ne'se laisseraient pas arrêter par lui. On a parlé tantôt du champignon couleur de miel qui n’est mangé que lorsqu'on a rejeté la première et la deuxième eau. Le goût, avant cette opération, n’était donc pas un caractère péremptoire pour le faire rejeter. Je rappellerai aussi que dans certains pays on mange des Lactaires Lactarius piperatus d'un goût poivré ; le goût n'empêche pas que le cryptogame soit comestible. J'en conclus qu'il faut rejeter tout caractère superficiel de goût ou de couleur.
M. Baïllon. — Ce que je vais dire montre combien on aurait tort de tenir absolument compte, en fait des champignons vénéneux, de ce que l’on appelle « la tradition ».
La Grisette, dont il vient d’être question, a une mauvaise, parfois même une très mauvaise réputation, qu'elle doit sans doute à sa couleur. C’est cependant une espèce comestible.
L'Agaricus piperatus, dont il a aussi été parlé, a, quand il est cru, une détestable saveur, qui le fait rejeter par bien des personnes. Et cependant il y a des contrées où on le recherche comme aliment. Il faut ajouter qu’on le mange généralement bien cuit et qu’alors il perd la plupart des caractères organoleptiques qui font que bien des gens ne consentiaient pas à le manger.
I] faut donc toujours tenir compte du mode de préparation auquel les champignons sont soumis.
J'ai entendu citer par M. Chatin, qui s'occupe beaucoup de champignons, l’histoire suivante, relative à la fausse Oronge, l’une des espèces : que l’on considère comme très-dangereuse dans presque tout le pays. Il se trouvait en herborisation dans le Sud-Est, il vit une personne instruite, un juge de paix, qui récoltait ce champignon. Il s’informa si l'on mangeait ce champignon et crut devoir prévenir qu'on le considérait partout comme vénéneux. Non, répondit son interlocuteur; nous le mangeons d'ordinaire et sans danger; nous le faisons cuire d’une façon convenable.
M. de Lanessan a vu une marchande de la halle de Paris, vendre la fausse Oronge. Son étal en était chargé. Il crut devoir la prévenir que ce champignon était vénéneux. « Non, dit elle, l'inspecteur l’a vu et n’en a pas interdit la vente; le reste ne me regarde pas.» Je m'attendais, en raison de « la tradition », à voir dans les journaux de la semaine le récit de quelque horrible empoisonnement dû à l’usage de ces fausses Oronges ; je n’ai rien pu trouver de pareil dans les gazettes.
Le Boletus luridus est une des espèces que la « tradition » indique comme les plus vénéneuses. Il est en général complètement rejeté en France. Cependant, nos collègues allemands savent que notre ami Ascherson a vu ce champignon consommé en quantité dans certaines localités de la province de Brandebourg, et cela, à ce qu’il paraît, sans inconvénient.
M. J. E. Planchon. — La fausse Oronge est mangée dans beaucoup de régions.
L'honorable M. Fischer pourrait-il nous dire ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ce fait que les Russes mangent ce champignon vénéneux ? Les paysans, dans les Cévennes, le font macérer dans l’eau salée et jettent celle-ci, après quoi ils mangent le champignon. Cela se fait ainsi en particulier, autour du mont Lozère et dans certaines localités montagneuses de l'Ardèche (Forêt de Mazan, par exemple).
M. le Président. — Ce champignon se mange, en effet, en Russie et au Kamschatka et parait ne contenir aucun principe nuisible pour les habitants des régions septentrionales. D’autres champignons plus ou moins vénéneux y sont aussi mangés sans inconvénient.
Un membre. — Tout dépend de la préparation.
M. Ponce. — On a mis en doute tantôt l'efficacité de l'épreuve des champignons par la décoloration qu’elle produit sur les pièces d’argenterie. Je crois pouvoir affirmer que le moyen est absolument sûr et des plus simples, Mettez une cuillère en argent dans le vase dans lequel vous opérez la cuisson. Si la cuillère se noircit, jeiez hardiment vos champignons !
M. Niepraschk. — On sait bien où pousse le champignon comestible à l'état sauvage; c’est surtout dans les pâturages. Cependant on le trouve quelquefois aussi, dans des endroits tout à fait extraordinaires, comme c’est, par exemple, le cas chez moi : il pousse là où je fais enterrer les poissons morts de notre aquarium.
M. Wesmael. — Bien qu'ayant pris la parole ce matin dans la séance de la section horticole, sur la culture des champignons, je me permettrai d'ajouter ici quelques paroles à ce qui vient d’être dit.
Depuis quelques mois on fait usage à Mons, pour cette culture, de la tourbe. Celle-ci nous est expédiée de Hollande, fortement comprimée par l’action d’une presse hydraulique et à l’état sec. Cette tourbe est répandue à la surface du sol dans nos écuries et retirée lorsqu'elle est suffisamment imbibée d'urine et de crottin. Le produit a alors quelque chose de très analogue à la vieille tannée. A l’aide de cette tourbe, un de mes amis a construit une couche de champignons qui a donné ce résultat favorable que, dès le jour où la couche a été lardée, le laps de temps qui
s'était écoulé pour l'apparition des premiers champignons était de moitié moindre que le temps nécessité pour une même couche faite avec du fumier ordinaire.
Ce fumier est mis en tas, il développe une température douce qui se maintient aussi après la récolte des champignons. Ce fumier est très convenable pour la culture des petites plantes de parterres mosaïques. Une couche de 5 centimètres d'épaisseur provoque une végétation luxuriante de toutes les petites plantes d'ornement.
L'emploi de ce fumier de tourbe prendra certainement un très grand développement en Belgique, vu la facilité avec laquelle on peut l'obtenir. Il constitue un substratum excellent pour toutes les cultures de plein air.
M. Magnus. — La culture qui promet le plus, c'est celle des truffes et M. le Ministre de l'Agriculture de Prusse a ordonné des études sur la nature et le développement de celles-ci en vue du développement de cette culture. On les cultive beaucoup dans le sud de la France.
J'apprendrai encore à l'assemblée que M. Frank, de Berlin, chargé de ces recherches, vient de démontrer que les jeunes racines de beaucoup d'espèces d'arbres sont envahies et enveloppées par un mycelium souterrain, qui appartient vraisemblablement aux truffes et autres champignons hypogés, comme les Elaphomyces, dont la nature parasitaire sur les racines des sapins à été démontrée. Il est donc très probable, que les truffes croissent sur les racines des arbres vivants. On les a trouvées sur les racines des chênes et d’autres arbres.
Il importe beaucoup de connaître le mode de développement et partant d'apprendre à connaître la meilleure méthode de culture de cette plante. M. Franck s’en est occupé activement.
M. le Président. — Messieurs, la discussion de cette question me semble épuisée et nous pourrions conclure. Je vous propose de dresser, séance tenante, une liste des champignons que l'assemblée admet comme étant réellement vénéneux. Procédons par une liste préparatoire, dont je prendrai les noms.M.Cornu, par exemple, veut-il m'aider dans cette tâche ?
M. Cornu. — Le Congrès peut dresser une liste pareille, mais je crois qu’il serait plus pratique de nommer à cet effet une commission choisie parmi les membres des sections réunies, Cette commission pourrait parfaitement, en une seule séance, indiquer les espèces sur les qualités desquelles tout le monde est d'accord. Si en ce moment nous procédons précipitamment, nous risquons de commettre des erreurs.
M. le Président. — Le Congrès adoptera sans aucun doute cette proposition de l’honorable M. Cornu et peut passer immédiatement à la constitution de cette commission. MM. Cornu, Planchon père et fils, Magnus, Wittmack, par exemple, pourraient en faire partie. Le Congrès désignera d’ailleurs d'autres membres, s’il le juge convenable.
M. le Secrétaire-général. — Messieurs, j'appelle votre attention sur la séance de la section de botanique de demain, à l’ordre du jour de
laquelle se trouvent plusieurs questions importantes, entre-autres celle qui concerne l’enseignement de la cryptogamie. Il reste en outre pour la section d'horticulture la seconde partie de la 3° question.
Plusieurs membres m'ayant prié d'examiner s’il ne serait pas possible de clôturer les travaux du Congrès demain à midi, afin de leur permettre de visiter l'Exposition d’horticulture, je pense, Messieurs, que nous pourrions, à l'issue des deux séances de section, nous réunir en assemblée générale et clôturer les travaux avant une heure. Le désir exprimé par
nos honorables confrères me semble trop légitime pour ne pas y accéder. (Adhésion).
M. le Président. -- La séance est levée à 5 h. 40 m..