SECTION DE BOTANIQUE
Séance du 5 août 1885.
Présidence de M. le D' $S. PerrovircH, délégué de la Serbie.
M. E. MarcHAL, secrétaire du Congrès, remplit les fonctions de secrétaire.
Sommaire : Z7"° question du programme : Quelles sont les meilleures méthodes à employer pour traiter les monographies de genres à espèces nombreuses? par J. E. PLANCHON. — IV"* question du programme : Quel est le développement à donner à l’enseignement de la cryptogamie aux différents degrés d’instruction? par MM. J. E. PLANCHON, BAILLON, CoRNu, MAGNUS, CH. DE BosscHERE, LEFÈVRE, FISCHER DE WALDHEIM. — VIlme question du programme : Quel est le développement à donner au cours de pathologie végétale dans les écoles d’horticulture et d’agriculture? par MM. MAGNUS, PLANCHON, E. LAURENT, Cornu, CH. DE BosScHERE, KRELAGE, FISCHER DE WALDHEIM, PLANCHON. — Communication de M. le professeur RADLKOFER : L'application de la méthode anatomique aux Myrsinées et les moyens d’appliquer cette méthode. Discussion : MM. WITTMACK, PLANCHON, KRELAGE, BAILLON, RADLKOFER. Communication de M. J. l'RIANA: Publication des dessins de botanique de Mutis. Discussion : MM. PLANCHON, CH. DE BOSSCHERE.
M. le Secrétaire-général. — Messieurs, nous devons procéder à la nomination d’un Président pour la séance de ce matin. Je vous propose d’acclamer en cette qualité M. le D' Petrovitch, délégué du gouvernement de la Serbie.(Adhésion unanime).
J'ai différentes communications à faire à la section de botanique.
M. le D' Kanitz, directeur du Jardin botanique, à Koloszvar, Autriche- Hongrie, s'excuse de ne pouvoir participer aux travaux du Congrès.
M. le D' Planchon fait hommage au Congres de plusieurs de ses travaux.
M. le D' Henriques, directeur du Jardin botanique de Coïmbre, Portugal, nous a envoyé un fascicule du bulletin de la «Sociedade Broteriana. »
J'ai recu de M. le Président de la section une note sur les progrès réalisés en botanique dans le royaume de Serbie. Nous insérerons cette note comme toutes les autres communications dans les « Actes du Congrès. »
Je tiens ici un superbe album de Fougères de la Nouvelle-Zélande
que M. Lefèvre met à votre disposition, si vous voulez bien l’examiner - :
après la séance.
M. le Président. Nous avons encore à traiter les questions suivantes.
N° II. Quelles sont les meilleures méthodes à employer pour traiter les monographies de genres à espèces nombreuses ?
N° IV. Quel est le développement à donner à l’enseignement de la Cryptogamie aux différents degrés de l'instruction ?
N° VII. Quel est le développement à donner au cours de pathologie végétale dans les écoles d'horticulture et d'agriculture ?
Par laquelle de ces trois questions préférez-vous, Messieurs, ouvrir vos débats ?
M. Planchon. — M. De Candolle a traité la question n°2 si magis-
tralement que pour ma part je n'ai plus rien à dire. (Vive approbation) (1).
M. le Président. — La section veut-elle alors passer à l'étude, de l’enseignement de la cryptogamie qui fait l’objet de la question n° IV? (Adhésion) (?).
M. Planchon. — La cryptogamie occupe légitimement une large place dans la Botanique actuelle. En France on lui donne une part dans le programme de la licence de sciences naturelles, mais c’est surtout par le côté anatomique et physiologique qu’on l’y considère. La connaissance pratique des cryptogames, notamment des champignons, n’est guère représentée que par la chaire de cryptogamie de l’École supérieure de Pharmacie de Paris. On laisse aux cryptogamistes, savants et amateurs, l'initiative de l'étude des espèces. Et pourtant, c’est au Muséum que serait naturellement placé le centre de ces études, soit pour l’enseignement oral, soit pour la création d'un grand herbier cryptogamique dont
(1) Voir aux «Rapports préliminaires » le rapport de M. DE CANDOLLE, p. 50-55. (2) Voir aux « Rapports préliminaires » les mémoires de MM. ARDISSONE,
p. 30-34, Dr. M. STAUB, p. 56-59, C. H. DeLoGxe, p. 71-74, et Dr. L. MARCHAND, p. 83-107.
les éléments y sont déjà, mais attendent un arrangement définitif. M. Cornu n’a pu que mettre en train une œuvre aussi immense, qui réclamerait une chaire spéciale et des aides particuliers pour être menée à bonne fin.
M. Baiïllon. — Puisque les cryptogamistes émérites qui assistent à cette séance, ne veulent pas prendre la parole sur cette question, je me résigne à l’examiner à un tout autre point de vue. Je déclare cependant être, sur le fond même de la question, de l’avis des honorables préopinants. L'abandon dans lequel se trouve l’enseignement élémentaire de la cryptogamie, est une affaire d'habitude, de routine. Jusqu'à présent, nous avons été presque complètement privés de l’enseignement, à tous les degrés, de cette partie de la botanique. La cryptogamie est placée non seulement à un rang secondaire, mais surtout à un rang inférieur. On à supposé que, lorsque les élèves de tous les genres et degrés d'école seraient suffisamment familiarisés avec l'étude de toutes les autres branches de la botanique, alors seulement il serait bon de les initier à l’enseignement de la cryptogamie. C’est une manière de voir analogue à celle qui veut que, dans beaucoup d'écoles, on commence l'étude des sciences naturelles par la zoologie, puis qu’on continue par la botanique, et que la géologie ne vienne qu’en dernier lieu. Bien des enseignements ont déjà réagi contre cette coutume. Mais on a beaucoup moins renoncé à faire précéder l’étude de la cryptogamie par celle de la phanérogamie. On peut cependant dire que c’est le système contraire qui devrait être suivi, si l’on considère comme logique d’aller, dans les études botaniques, du simple au composé.
Quand il s’agit de l'enfance, par exemple, il est plus simple de commencer par l'étude des cryptogames, à la condition qu’il sera fait un choix judicieux des objets à étudier. Or, le choix est d'autant plus facile que les matériaux d’étude sont plus multipliés. On a même l'avantage de les posséder dans presque toutes les saisons, et surtout à des époques de l’année où Les matériaux phanérogames font généralement défaut. L'emploi du microscope est évidemment une des difficultés qui ont fait remettre à une époque avancée des études, l’examen des cryptogames. Mais il y à un grand nombre de ces végétaux qui n’ont pas besoin, pour être étudiés d’une facon sommaire, des grossissements considérables auxquels on suppose qu'il faudrait constamment avoir recours.
On pourrait en dire autant de l'étude de la cryptogamie dans l’enseignement secondaire ou moyen. Si l’on donnait aux élèves de nos lycées l’habitude et quelque peu le goût de la cryptogamie élémentaire, ils pourraient, dans leurs nombreuses promenades aux environs des villes, observer et récolter un certain nombre d'échantillons des plantes les plus communes. Il m'a paru toujours déplorable que des jeunes gens ne sachent point distinguer une Mousse, un Lichen, une Conferve. Ces végétations
vertes, qui se montrent à la surface des eaux douces, ne passent que trop souvent pour des mousses d’eau. Les Lichens sont souvent considérés comme des mousses croissant à la surface des arbres, des pierres. Ne serait-il pas facile de récolter ces exemplaires vulgaires de prétendues mousses et le professeur ne devrait-il pas avoir des notions suffisantes de cryptogamie systématique pour donner à ses élèves quelques déterminations générales, leur indiquant pourquoi telle plante est ou n'est pas une mousse, un lichen, une algue d’eau douce, etc.?
Quant à l'enseignement supérieur, ce qui vient d’être dit est strictement exact. La cryptogamie est demeurée plus théorique que pratique dans cet enseignement. On fait des cours entiers de cryptogamie à l'amphithéâtre. Mais lorsqu'il s’agit de la pratique, les étudiants n'ont souvent d'autre ressource que leur bonne volonté individuelle. Comment en serait-il autrement, alors que les botanistes de profession se trouvent dans la presque impossibilité de travailler fructueusement. Peut-on, par exemple, imaginer rien de plus défectueux que l'organisation nouvelle de notre plus grand herbier, celui du Muséum de Paris? On a séparé complètement l’herbier des cryptogames de celui des phanérogames : ils sont placés dans des rues différentes. Il semble que les cryptogames ne soient plus des plantes, puisqu'on ne peut les voir dans l’herbier classique de l'établissement. Il faut faire, pour les trouver, je ne sais quel trajet auquel presque tout le monde se refuse. Par une singulière contradiction, les Fougères qui, je le sais, sont pour certains botanistes, moins des cryptogames que les autres, sont restées avec l'herbier des phanérogames. Les autres cryptogames, celles qu’on a le plus besoin de consulter pour les déterminations, parce qu’elles sont difficiles à reconnaître dans les livres, se trouvent dans des conditions à peu près inaccessibles. Tous les botanistes qui travaillent et qui font passer l'observation et la pratique avant la théorie, feront donc des vœux pour que tout l’herbier du Muséum de Paris et des établissements analogues, soit rassemblé dans un même local. Je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’on sépare dans deux compartiments contigus la cryptogamie et la phanérogamie. Cette division est même toute naturelle. Mais je voudrais que le tout fut rapproché dans un même local. Il ne faudrait pas de barrière infranchissable entre les cryptogames et les phanérogames; ces barrières n'existent pas dans la nature.
Ce que nous disons de l’enseignement supérieur, concerne aussi les enseignements spéciaux et appliqués comme celui, par exemple, de la botanique médicale. Jusqu’à ces dernières années, dans nos Facultés de médecine, l’enseignement de la cryptogamie était peu en honneur. Il semblait si difficile à aborder, qu'on s’abstenait généralement de l’introduire à l’amphitéâtre. On se bornait le plus souvent à quelques généralités théoriques qui n’apprenaient rien et qui servaient tout au plus pour les
examens. Or, on sait généralement ce que valent ces examens et l’on peut dire que, même dans les Facultés des sciences, ces épreuves ne prouvent pas grand’ chose. On est aujourd’hui très disposé à faire des séries de licenciés-ès-sciences naturelles qui se fabriquent à peu de frais et l’on peut dire que bien peu d’entre eux ont des droits au titre de naturaliste. On se borne à leur enseigner des choses trop générales et trop théoriques. J'ai tellement été frappé de cette insuffisance au point de vue pratique, que j’ai tenté de remédier au mal. S'il est permis de se citer soi-même en pareille occurrence, j'ai voulu que l’enseignement de la cryptogamie médicale fût surtout pratique. ‘J'ai voulu montrer des faits, des objets, présenter des figures exactes là où les objets eux-mêmes pouvaient faire défaut. Avec cette facon de procéder, j'ai vu disparaître l'indifférence habituelle de nos étudiants. Ils ont suivi les lecons avec intérêt; ils ont surtout mordu à toutes les notions pratiques qui leur étaient offertes ; on aurait pu les mener très loin, et sans peine, dans cette voie.
Pour ces raisons, et en attendant qu’on fasse mieux et davantage pour l’enseignement de la botanique à tous les degrés, je demande qu'on réserve une plus grande place à la cryptogamie et surtout à la cryptogamie pratique. Il ne faut pas sacrifier les cryptogames aux phanérogames et l’on doit se demander s’il n’est pas préférable de débuter par la cryptogamie dans l'étude de la botanique systématique, j'entends la systématique élémentaire. De là l’utilité d’un vœu qui pourrait être formulé, s’il est jugé convenable par le Congres.
M. Cornu. — Je ne prends la parole que sur une invitation directe de M. le D: Baillon. Comme j'ai été mêlé directement à ce qui s’est passé au Muséum d'histoire naturelle de Paris, on comprendra la réserve qui m'est imposée, surtout aujourd'hui.
Quant à l’enseignement de la cryptogamie par le laboratoire c’est, à mon sens, une chose particulièrement utile tant au point de vue de cet enseignement même qu’à celui de l'application des méthodes expérimentales. Je crois que c’est par la cryptogamie que les méthodes expérimentales de culture s’introduisent le plus aisément. Il est certain que les grands progrès réalisés dans la botanique depuis 25 ou 30 ans sont dûs à des méthodes de culture. Ainsi beaucoup de grandes découvertes relatives à la fécondation, relatives à l’hybridation et à une foule de faits de biologie sont dues à ce qu’on à abandonné l'étude sur les plantes sèches pour s'attacher à l'étude des végétaux vivants et continuant à vivre. Des progrès énormes ont été accomplis en biologie avec les expériences de culture. C’est la cryptogamie qui permet de les réaliser le plus facilement. D'abord les cultures sont très simples; elles n’exigent que quelques millimètres carrés de surface. Quoiqu'elles soient si réduites,
elles ne permettent pas moins d'en déduire des conséquences physiologiques du plus haut intérêt. Qu'on s'occupe des cryptogames qui produisent les maladies de l’homme et des animaux, qu’on étudie les. cryptogames qui engendrent les maladies des plantes, il en résulte des faits physiologiques d’une haute importance.
La question de l’ensemencement des germes et de la dissémination des spores est résolue par des expériences de cette nature. L'enseignement des laboratoires devrait attirer l’attention sur ce point parce qu’il en découle des conséquences graves pour l'hygiène populaire et la santé générale de l’homme et des animaux.
A ce point de vue le laboratoire de la cryptogamie a donc sa raison d’être dans l’enseignement général et même dans l’enseignement trèsélémentaire. Ainsi, il serait très bon d’insister, dans les écoles d'horticulture, dans les écoles d'enseignement primaire ou secondaire, sur l’action déterminée par tous ces germes qui sont charriés de toutes parts et contaminent nos aliments, nos fruits, nos légumes, nos plantes cultivées etc. : C’est par l'observation continuée pendant plusieurs jours dans un laboratoire que ces faits peuvent être vérifiés, frapper l'esprit, être admis enfin partout d’une facon complète et faire partie de l'éducation individuelle. Sous ce rapport, la cryptogamie doit exercer une influence profonde sur l’enseignement populaire. En voici quelques exemples très simples :
Les fruits, ainsi que l’a démontré M. Brefeld, le premier — et cela est d’une importance considérable dans la vie ordinaire — les fruits qui se gâtent dans l'endroit où on les conserve, dans les fruitiers, montrent généralement comme point de départ de l’altération, une solution de continuité dans l’épiderme. Suivant le genre de cryptogame qui se développe autour de cette blessure, l’altération se produit dans un sens ou dans un autre.
Mille autres cas pourraient étre cités : ainsi les horticulteurs verraient qu’en arrosant leurs cultures avec des liquides chargés de certains germes, elles peuvent être mises à mort. Par les eaux pénetrent un grand nombre de maladies des racines, les anguillules, champignons divers; en arrosant les semis de fougères avec des eaux qui contiennent des spores de Vaucheria, on constate que ces semis sont rapidement entravés par le développement d’un byssus vert ; les pro-, thalles ne se forment pas, ou du moins ils ont à soutenir une lutte dans laquelle ils succombent souvent. Si d’autre part, on apporte dans les arrosages des germes de certaines moisissures, il se produit à la surface du semis un réseau de filaments fatal au développement des plantes. Une des maladies les plus redoutables pour les boutures herbacées dans les serres se nomme « a loile ». Elle a causé dans les environs de Paris et à Paris même des dégâts considérables. Elle est constituée par le développement d’un réseau très délicat de Mycélium qui frappe
de mort toutes ces jeunes boutures, au niveau du sol. Ce champignon n’est pas unique; il y a, à mon sens, d’après quelques observations, plusieurs champignons qui produisent les mêmes effets. Ces effets sont si désastreux qu’on a vu chez nous des horticulteurs obligés de céder la place, de fuir devant cet ennemi, et d’abandonner le siège de leur exploitation.
Si les horticulteurs savaient combien certains parasites invisibles à l’œil nu sont dangereux et comment les germes en arrivent dans leurs cultures, ou bien s'ils avaient des indications qui leur permettraient d’en concevoir l'importance, ils pourraient retirer de cette connaissance le plus grand profit et probablement ils arriveraient à arrêter la marche de plus d’une maladie qu’on ne sait pas encore enrayer.
Je cite ces exemples pratiques pour montrer que des choses très simples peuvent avoir des conséquences considérables. Une chaire de cryptogamie n’exige qu’une installation très restreinte, en dehors des livres et des collections qui lui sont nécessaires. On peut, avec un certain nombre de cloches et de bocaux, dans une petite salle, avec une serre étroite, poursuivre des recherches pendant des années et se trouver dans des conditions très favorables. On a, d’une part, le grand attrait des études ; d'autre part, la modicité des installations. Pas n’est besoin de coûteux appareils, de grands espaces, de sujets d’études dispendieux, difficiles à entretenir. Pour les cultures, les germes de ces cryptogames se trouvent dans la campagne. On les y récolte aisément. Les échanges entre botanistes sont faciles; dans un millimètre cube, il peut y avoir des millions de ces germes. On se trouve donc dans des conditions véritablement peu dispendieuses pour entreprendre des études de cet ordre : elles ont en outre un intérêt considérable. On sait le nombre de questions actuelles qui rentrent dans l'examen des végétaux inférieurs; depuis des siècles, il n’y a pas eu de sujets plus intéressants que ceux qui sont à l’ordre du jour et qui rentrent dans les études de la cryptogamie. Les végétaux inférieurs se rattachent à tout ce qui nous entoure et interviennent sans cesse autour de nous; aussi la cryptogamie doit-elle entrer pour une part notable dans l’enseignement primaire, moyen, supérieur et particulièrement dans l’enseignement agricole et horticole.
M. Magnus. — Je ne m’occuperai que des développements à donner à l’enseignement de la cryptogamie dans les universités.
J'ai également donné des lecons de cryptogamie. Mon expérience me porte à croire qu'on doit surtout réserver pour l’université les démonstrations et les méthodes d'investigation, comme M. Cornu vient de le dire. Il est dangereux de ‘s’attarder aux singularités nombreuses que l'étudiant apprendra à mieux connaître dans les livres spéciaux quand il sera à même de les comprendre. Les démonstrations et les méthodes doivent surtout occuper les étudiants dans les universités.
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M. le Président. — Nous devons tirer une conclusion de ce débat. Je crois que tous les orateurs désirent que l’enseignement de la cryptogamie soit plus développé qu'il ne l’est actuellement et qu’on l’introduise même dans les écoles d’horticulture, comme dans les écoles primaires et secondaires où il ne figure pas encore. (Adhésion).
M. Planchon.— Nous sommes tous d'accord là-dessus. J'avais exprimé un vœu spécial. Comme je vois qu’il n’est pas appuyé par M. le professeur du Muséum de Paris, je n’insiste pas. Je n'ai pas méconnu l'importance des méthodes de culture, non plus que l'importance de la partie biologique des champignons. Je reconnais que ce sont des questions d'ordre général, des questions d'hygiène qui dominent tout. Seulement je croyais qu’on pouvait se placer au point de vue pratique, de la pratique courante, surtout pour les champignons et que l'on avait intérêt à posséder un enseignement systématique sur ces organismes. Tout le monde est d'accord que l’enseignement systématique de la cryptogamie a son importance, ne fût-ce que pour déméler les états divers de ces êtres polÿmorphes. Avec des connaissances générales d'évolution on y arrive bien vite. Je n’insiste pas, dis-je, parce qu’il me semblait que je devais être surtout appuyé par le professeur de culture.
M. Cornu. —Il me semble, M. le Président, qu’on pourrait formuler le vœu du Congrès en résumant ce qui a été dit par les différents orateurs. Ce vœu comprendrait deux parties : la première constaterait les bons effets de l’enseignement et de la méthode tirés des végétaux inférieurs à tous les degrés; la deuxième consisterait à émettre le désir que l’enseignement de la cryptogamie fût particulièrement fondé sur des exemples. Je crois qu’on pourrait adopter la rédaction suivante :
« La cryptogamie,qui a une importance très grande, doit être introduite dans l'enseignement primaire et secondaire. Pour l’enseignement supérieur il serait désirable d'établir des chaires spéciales. Cet enseignement de la cryptogamie, à tous les degrés, doit être basé sur des démonstrations faites avec des plantes vivantes et des cultures. »
M. Baïllon. — 11 me semble que nous n'avons pas à insister sur les moyens d'application. Si nous demandons que l’enseignement de la cryptogamie soit favorisé à tous les degrés, cette rédaction me paraît suffsante. Quant aux moyens d'exécution, qui sont des points de détail, je ne crois pas aisé de les formuler dans un vœu.
M. Cornu. — Il serait désirable de voir introduire ce vœu.
M. Baiïllon. — On pourrait le faire au point de vue pratique. « Quel « est le développement à donner à l'enseignement de la cryptogamie aux « différents degrés de l'instruction ? » Après avoir formulé ce vœu on pourrait ajouter : « en insistant sur les moyens pratiques. »
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M. Ch. De Bosschere. — Je désire savoir ce qu’on entend par les développements à donner à l’enseignement de .la cryptogamie, par exemple, à l’école primaire. Quelle partie de la cryptogamie conviendrait-il d'y enseigner ?
M. Planchon. — Vous ne pouvez, dans l'instruction primaire, songer à parler beaucoup de détails anatomiques. L'esprit de l'enfant n’est pas apte à recevoir ces notions. Mais avec quelques règles très simples, on parvient aisément à montrer la différence qui existe entre une mousse, un lichen et une algue. Il faut s'en tenir aux généralités pour être . pratique, surtout dans l'école primaire.
M. Cornu. — Il serait très désirable de faire entrer à l’école primaire certaines notions indispensables et de faire connaître aux commençants des groupes qui constituent autour de nous la moitié peut-être du règne végétal (algues, champignons, mousses). J’ai en vue aussi les phénomènes les plus importants de la fermentation et de la décomposition, par exemple, des aliments, la fermentation du pain, du fromage, ete. Une foule d'opérations diverses sont fondées sur le développement des végétaux inférieurs; toute l'hygiène repose là-dessus. C’est une question fondamentale et rien qu’à ce titre la cryptogamie mériterait d'obtenir une part considérable dans l’enseignement. Beaucoup de gens du peuple s’imaginent que les soins de propreté du corps sont des choses uniquement réservées aux riches. Cette erreur est fondamentale. Toutes les classes de la société sont directement et réciproquement intéressées aux questions d'hygiène et solidaires entre elles. Quand les habitations d’une ville ou d’un village. sont mal soignées, quand des foyers d'infection y existent ou s’y déclarent, toute la population en souffre. Rien qu’au point de vue de l'hygiène, la cryptogamié mériterait d'être enseignée. De même pour les aliments; il est bon d'étudier leurs modifications et leurs altérations par l'influence de certains organismes; il est nécessaire de faire connaître dans l’enseignement primaire des végétaux qui, comme je le disais tout à l'heure, forment la moitié du règne végétal. Un sol stérile est couvert d’un nombre énorme de végétaux inférieurs; une terre où l’on ne voit pas un brin d'herbe est entièrement occupée par des cryptogames. On voit ces populations végétales se renouveler sur des espaces énormes, sur des kilomètres carrés de superficie. Il est regrettable que dans l’enseignement élémentaire on ne dise pas un mot de ces végétaux. On ne parle jamais des phénomènes employés couramment dans la vie usuelle, dans l’industrie (fermentation, etc.) et qui sont dûs aux végétaux inférieurs. Cependant on pourrait apprendre aux enfants, comme l’a dit M. Baillon, par des explications fort simples, à distinguer les mousses, les lichens et les algues. N'est-il pas regrettable que, non
seulement les gens illettrés, mais même des gens du monde, ignorent ce que sont ces plantes répandues en si grandes quantités sur toute la surface du globe.
M. Ch. De Bosschere. — J'appelle votre attention sur le rapport de M. Marchand qui traite de l’enseignement de la cryptogamie aux différents degrés; il examine l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. L’exposé que vient de faire M. Cornu complètera ce que M. Marchand a dit dans son rapport.
M. Baïllon. — Voici les conclusions du rapport de M. Ardissone. Le texte de la quatrième question est très-net. En remplaçant les mots « écoles de pharmacie, » par ceux-ci « écoles à tous les degrés » et en substituant au mot « micrologie » celui de « cryptogamie », on aurait une solution très satisfaisante de la question. Le vœu serait, dès lors, ainsi formulé :
« Que dans les écoles à tous les degrés et dans les écoles d’application « des ingénieurs, l’enseignement de la botanique soit organisé de telle « facon que la cryptogamie y ait la part qui lui revient au point de vue « de son importance pratique. »
M. Cornu. — J'insiste pour que l’enseignement de la eryptogamie soit basé principalement sur des démonstrations pratiques et des méthodes de culture.
M. Lefèvre. — J'ai été fort heureux d'entendre MM, les professeurs des Facultés de médecine et M. le professeur du Muséum de Paris. S'ils consentaient à rédiger un petit programme élémentaire, comprenant une ou deux pages, sur cette question de l’enseignement de la cryptogamie, je leur offrirais une publicité très grande : celle de nombreux journaux et publications et celle du bulletin de la Ligue française de l’enseignement, c'est à dire, une réclame tirée à plus de cent mille exemplaires. Je suis sûr à l'avance que la question traitée à un point de vue pratique ferait ainsi un très grand pas.
M. le Président. — L'idée est très bonne. Pour la réaliser je propose de nommer un petit comité dont feraient partie MM. Baillon, Cornu et
Planchon. Ils rédigeraient le programme sommaire demandé par M. Lefèvre (Adhésion).
M. Ch. De Bosschere. Ne vaudrait-il pas mieux s'adresser à un plus
grand nombre de spécialistes afin que l'idée püt s'étendre à plus d’un pays?
M. Planchon. — Quand on est trop nombreux et de pays différents on ne s'entend pas.
M. Baïllon. — Le principe a été admis; on s’adressera, pour les points de détail, aux gens compétents de chaque pays.
M. Léfèvre. — On pourrait également extraire les points les plus saillants du remarquable travail de M. Marchand. Les subdivisions de son travail sont admirablement faites.
M. le Président. — Nous laisserons le comité, qui vient d’être nommé, libre d’agir comme il le jugera convenable. (Adhésion).
M. De Bosschere. — Je prie M. Baïllon de bien vouloir formuler nettement le vœu qu'il soumet au Congrès.
M. Baïllon. — Je propose de dire : « Le Congrès exprime le vœu que, « dans les écoles à tous les degrés — j'y comprends les écoles d’horticul- « ture, — l’enseignement de la botanique soit organisé de telle facon que « la cryptogamie y ait la part qui lui revient au point de vue de son « importance. »
M. Cornu. — Nous pourrions ajouter : « il importe que cet enseigne- « ment soit fondé principalement sur des démonstrations pratiques et « des expériences de culture. »
Je ne crois pas qu'on puisse appeler autrement qu’une culture la fermentation du vin, la modification si spéciale du moût de raisin et de bière. Il en est de même de la fermentation butyrique qui se fait sur une large échelle, dans des conditions différentes, quand on laisse pourrir des végétaux ou que l’on fabrique du fromage. On pourrait citer une foule d'expériences de tous les genres. D’autre part, il est facile de donner un exemple d’une démonstration pratique : blessez un fruit et déposez-y le germe de la décomposition. C’est une culture. Le nom parait pompeux mais la chose est simple.
M. Magnus. — Je voudrais bien préciser, comme M. Baillon, que dans les écoles supérieures, dans les universités, on doit prendre en premier lieu des méthodes de culture, de recherche et de démonstration. Comme je l’ai déjà dit, il importe que les étudiants ne s'arrêtent pas aux singularités dont l'explication se trouve dans les livres spéciaux.
M. Cornu. — II me semble que M. Magnus insiste sur ce fait: l’on devrait dans les universités, enseigner les méthodes de recherche d’une façon générale plutôt que de développer des cas particuliers.
M. Fischer de Waldheim. —— Je donne aux étudiants-naturalistes, à l’université de Varsovie, un cours de cryptogamie spécial de deux ans. Pendant ce temps les étudiants sont obligés de s’initier aux parties de la science dont je fais la démonstration dans le laboratoire; je leur montre également les méthodes de culture. Ce mode d'enseignement donne de bons résultats. Donc j’approuve complètement ce que vient de dire M.Magnus.
M. Planchon. — Il faudrait restreindre le vœu aux termes posés par MM. Baillon et Cornu. Le reste est une affaire de détail. Du reste, les observations de M. Magnus seront consignées au procès-verbal,
M. Ch. De Bosschere. — Il est fort difficile de formuler ces Yœux d'une manière exacte séance tenante. Tout ce qui a été dit dans les différentes séances du Congrès vous sera transmis. Vous serez invités à revoir vos discours et à corriger les erreurs que la sténographie pourrait y glisser. De cette façon tout le monde aura pleine et entière satisfaction.
M. Magnus. — Encore un mot sur cette question de la cryptogamie. En Allemagne on considère comme une chose très importante de donner, dans les écoles d'agriculture et d’horticulture, des notions générales sur la nature des champignons parasites, qui produisent les maladies des plantes cultivées et il faut s’y resteindre. Cette méthode a produit les meilleurs résultats (1).
M. Planchon. — Nous sommes d'accord sur l'importance capitale de l'étude des maladies parasitaires des plantes. Il n’y a donc plus qu'à appuyer le vœu que dans les écoles d'agriculture et d’horticulture, on s'occupe de la cryptogamie, surtout de l’étude des champignons.
On pourrait y joindre les galles et autres excroissances produites par les insectes.
M. É. Laurent. — Comme conclusion de ce débat, j'ai l'honneur de proposer au Congrès la rédaction suivante :
Le Congres émet les vœux:
« 1° qu’il soit créé un cours de pathologie végétale däns les diverses « écoles d’horticulture et d'agriculture et que ce cours ait un but essen- « tiellement pratique;
« 2° que ce cours soit appuyé par des expériences de culture. »
M. Planchon. — Ce que propose M. Laurent se pratique à Montpellier et donne de bons résultats.
M. Cornu. — Je proposerai de restreindre l’énoncé du vœu de M. le professeur Laurent pour lui donner plus de généralité. Au lieu de demander que des recherches personnelles soient faites, je demanderai que des expériences soient faites.
Il y a une chose qui a été contestée pendant longtemps, qui l'est encore quelquefois dans certains pays, par exemple en Angleterre : le transport de la rouille de l’épine-vinette sur le blé; l’effet nuisible du
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » les notices de MM. AUG. LAMEERE, p. 42-45, et E. LAURENT, p. 234-236. *
Berberis sur les céréales. On fait à cet égard des expériences très simples et qui réussissent aisément. On laisse en contact pendant quelques jours un poirier avec un genévrier sabine atteint par le Podisoma juniperi sabinae. Le poirier est bientôt contaminé.
Ces expériences éclaireraient les praticiens et permettraient aux agriculteurs et aux horticulteurs de se débarasser de certaines causes de maladies.
J'appuie donc de toutes mes forces le vœu de M. Laurent en restreignant son énoncé.
M. Laurent. — Je me rallie à l'opinion de M. Cornu.
M. Ch. De Bosschere. — Dans le rapport de M. Lameere sur la même question, je trouve à la page 4 un passage sur lequel je désire consulter l’assemblée. Il est ainsi conçu : .
« Mais il ne faudrait négliger aucun soin pour leur donner (aux jardiniers) une connaissance complète des quelques parasites qui se rencontrent le plus fréquemment et dont les autres pourraient être rapprochés par une similitude dans la manière de vivre, les dégâts commis et les remèdes à employer contre eux. Et il ne serait point nécessaire à cet effet de beaucoup charger les programmes actuels : les détails relatifs aux parasites végétaux prendraient naturellement place dans le cours de botanique, et une dizaine de lecons d’entomologie suffiraient pour expliquer ce que c’est que l’insecte, comment il vit et se transforme, quels sont les ravages causés par les plus redoutables, et quels moyens l’on a de s’en préserver.
« Si je ne craignais de sortir du cadre tracé, j’insisterais encore sur la nécessité de ne pas limiter cet enseignement aux écoles d’horticulture et d'agriculture : 4 devrait s'infiltrer peu-à-peu dans le peuple par l'école primaire, où l'histoire des principaux parasiles fiqurerait sur des tableaux pendus aux murs de la classe. Le campagnard apprendrait ainsi à faire connaissance avec les ennemis qui lui rongent ses récoltes, et sa vigilance serait éveillée : il faut bien reconnaître en effet que les cultivateurs éprouvent journellement des dommages à leur ‘insu et qu'il est malheureusement trop tard souvent quand ils s’apercoivent de l’existence du fléau. Je ne serais pas étonné que le même fait se produisit pour le Phylloxera inconnu de presque tout le monde, et trop bien organisé pour que ses ravages ne s'étendent pas jusque chez nous: l’on signalera probablement sa présence lorsqu'il aura, depuis longtemps, pris possession du pays.
« Trop de millions sont annuellement employés à couvrir d'écailles les ailes des papillons ou à polir la cuirasse des coléoptères pour que nous ne fassions pas les efforts nécessaires à les détourner de cette destination : puisse le vœu que le Congrès émettra sans doute en ce sens, ouvrir les
yeux à ceux qui ont entre les mains les destinées de l’agriculture et de l'industrie horticole ».
Un troisième vœu serait donc concu comme suit :
« 3° (Le Congrès émet le vœu) que des notions sur les parasites des végétaux de grande culture soient répandues dans les campagnes par l’intermédiaire de l’enseignement primaire et de conférences populaires. »
M. Baillon. — C’est extrêmement sensé, .
M. De Bosschere. — Nous pourrions accepter cette proposition comme 3° vœu.
M. Cornu. — Elle rentre dans le vœu de la 4° section.
M.É. Laurent. — Il y a encore un moyen de répandre en Belgique la connaissance des parasites des végétaux. L'enseignement horticole belge comprend non seulement des écoles d’horticulture mais aussi des conférences populaires. On n’y parle jamais de pathologie végétale. On pourrait résumer le vœu de M. Lameere et le mien dans cette rédaction unique : « il serait à désirer qu’on répandit dans les campagnes, par le moyen des écoles primaires et des cours populaires, la connaissance des parasites des végétaux. »
M. Krelage. — Le dernier vœu exprimé sur cette question me paraît si important que je propose de l’élargir encore et d’y comprendre les Sociétés d’horticulture. La Société d’horticulture de Haarlem dite : A/gemeene vereeniging voor bloembollen-culluur (Société générale pour la culture des plantes bulbeuses et tuberculeuses), à consacré, durant les trois dernières années, une partie de ses fonds à des recherches sur les maladies des plantes bulbeuses.
Les maladies des Jacinthes principalement ont donné lieu à ces études. Ces travaux sont terminés et ont été formulés dans deux rapports des plus intéressants. Les autres recherches n’ont pas encore eu une solution si positive. Aussi les continue-t-on dans la mesure du possible. Par les soins de notre Société, une monographie sur les Narcisses a été publiée également.
Au début, les cultivateurs ne se sont pas montrés très favorables à nos recherches parce que le but ne leur en était pas connu. Mais plus tard, lorsque mon ami, M. le professeur Hugo de Vries, d'Amsterdam, eût expliqué dans une assemblée de tous les membres de la Société, la grande importance des recherches sur les maladies des plantes bulbeuses, nous avons obtenu qu’on mit un crédit illimité à la disposition de la direction pour des recherches spéciales. Je crois que ce que nous avons fait en cette circonstance pourraït être imité ailleurs, Quand des maladies éclatent parmi certaines plantes, il serait à désirer que les Sociétés qui ont des fonds chargeassent un homme compétent, un botaniste, de se livrer à des investigations sérieuses. Je me réfère finalement à une note
= où =
que j'ai offerte au Congrès en réponse de la question IT paragr. IV et qui a été accompagnée des divers travaux de notre Société. Ces brochures sont à la disposition de l’assemblée.
M. Cornu. — J’appuie de toutes mes forces ce que vient de dire M. Krélage. Je demande la permission de citer un fait semblable qui s’est produit à Paris.
Un groupe de onze maraïchers, dont M. Curé, conseiller municipal à Paris est le président, a proposé un prix de 10,000 francs pour celui qui trouverait le moyen de débarrasser les laitues d’une maladie qui les décimait. Il serait bon d'offrir des prix aux personnes qui s’occuperaient de monographies spéciales sur les maladies des végétaux.
M. Krélage. — De semblables recherches sont organisées en ce moment en Hollande par des sociétés particulières. Aïnsi, la fabrique d'alcool, à Delft, qui est une grande association industrielle, a engagé le docteur M. W. Beyerinck, qui était à l’Institut agricole de l'État à Wageningen; elle lui a construit un laboratoire spécial. M. Beyerinck a fait un voyage pour étudier de pareils laboratoires afin de pouvoir faire construire celui de Delft d’après ses idées. Tout en travaillant pour cette association industrielle, il ne lui est pas interdit de publier d’autres travaux scientifiques. À mon avis, la méthode la plus sûre est, non pas d'offrir des prix considérables, mais d'inviter les personnes compétentes à s'occuper exclusivement des questions sur lesquelles on désire être éclairé. Offrir un prix est quelque chose de vague. On se livre à des tentatives et on n'obtient pas le prix. Un temps précieux est ainsi perdu. Quand des personnes compétentes se livrent à de semblables recherches, elles obtiennent toujours des résultats utiles, lors même qu'elles n'arrivent pas au but qu'on leur assigne.
M. Fischer de Waldheim. — Il y a quelques années, nos grandes plantations de choux en Russie ont beaucoup souffert d’une maladie qui n’était pas bien connue. Une Société horticole russe a offert un prix de 1000 roubles à celui qui ferait des recherches sur cette maladie et fournirait le moyen de s’en débarrasser. Ce prix a attiré l'attention des botanistes. Grâce aux recherches de M. Woronin nous savons maintenant que cette maladie des choux (maladie digitoire ou hernie) est produite par un organisme des plus simples — le Plasmodiophora brassicae. En même temps on a pu proposer des moyens pour combattre la maladie. Il est évident que de pareilles mesures, sortant du sein des Sociétés horticoles, doivent donner d'excellents résultats.
M. Planchon. — On pourrait peut-être ajouter au vœu un paragraphe * portant que les Sociétés d’horticulture ou autres, intéressées dans ces questions, sont invitées à proposer des prix pour l'étude des maladies parasitaires des végétaux. (AdAésion.)
M. L. Radilkofer. — Sur l'application de la méthode anatomique aux Myrsinées et sur les moyens d'appliquer celte mélhode.
Messieurs, après avoir établi dans mes études sur les Sapindacées la méthode ‘anatomique et après avoir obtenu des résultats bien favorables
dans ma monographie des Serjania, j'ai conçu le projet d'appliquer
cette méthode à d’autres familles et de lui donner une application plus générale. C’est ce que j'ai développé dans un discours intitulé : « Uber die Methoden in der botanischen S'ystematik, inbesondere die anatomische Methode », publié par l’Académie des sciences de Munich en 1883. Je le dépose sur le bureau de M. le Président du Congrès.
En dehors de mes travaux, j'ai engagé mes élèves de l’Université de Munich, les uns à étudier certaines familles au point de vue anatomique, les autres à rechercher dans les différentes familles, la constance de certains caractères anatomiques, pour en déterminer la valeur systématique. Un de ces travaux fait par deux de mes élèves, MM. Bokorny et Blenk, concerne les ponctuations transparentes communes aux feuilles de diverses plantes et qui constituent un moyen facile de distinguer
certains groupes. Tel est le:cas de la famille des Myrsinées et particu-
lièrement du genre Myrsine dont les ponctuations sont dues à des sortes de glandes internes, ou, pour dire plus exactement, à des lacunes remplies de résine. Il était étonnant de voir quelques espèces paraître dépourvues de ces glandes; c'était particulièrement le cas de trois plantes de l’herbier de Munich, étiquetées sous les noms de A/yrsine mitis Spring., Myrsine marginata Hook. et Cybianthus fuscus Mart.
L'étude du bois de ces mêmes plantes, faite par un autre de mes élèves,
M. Solereder à l’occasion d’une recherche sur la valeur systématique
des tissus ligneux, a fait soupconner, pour deux de ces plantes, que ce n'étaient pas des Myrsinées. C'était le /. milis et le M. marginata. Pour le SEL UNE cette observation n’était pas applicable et un examen plus approfondi m'a montré que l'indication de M. Bokorny sur l’absence des glandes était simplement une erreur. Elles existent, mais sont pige difficiles à observer que dans les autres Myrsinées.
Voici ce qu’une investigation plus exacte m’a démontré pour les deux Myrsine : 1° le M. marginala étudié en même temps sur un petit fragment de la plante originale recu de M. le D" Olivier, m'a montré le caractère des Sapotacées et doit être nommé Chrysophyllum marginatum ; 20 le M. mitis montrait les caractères d’une Ilicinée. C’est la plante décrite par M. Sonder sous le nom d’//ex capensis avec le synonyme de Sideroxylon mile Jacq. M. Sonder n'a pas précisé si cette plante est identique au Sideroæylon mile L., ou si la plante de Linné est la même que le Sideroxylon melanophlæum L. Cette question avait un intérêt spécial, car dans le premier cas la plante aurait dû s'appeler Z/ex mitis d'après les lois de la nomenclature botanique de M. Alph. De Candolle.
Il y a quelques mois, j'ai demandé des renseignements sur les spécimens de ces mêmes plantes renfermés dans l’herbier de Linné; je n’ai pu me renseigner suffisamment malgré l’obligeance de M. Jackson. Dans l’herbier de Linné se trouvent deux exemplaires (bien incomplets) sous le nom de #. melanophlœum, mais aucune plante ne porte le nom de S. mile. Cela résulte de ce que Linné n’a pas distingué suffisamment ces deux plantes auxquelles il a attribué comme synonyme la même phrase de Commelyn.
Je me suis persuadé, par les communications de M. Jackson, qu'il serait trop long d'exposer ici,.que l’un de ces deux spécimens n’est pas véritablement un Myrsine, mais plutôt identique à l’Jlex capensis Sonder, Comme je me rends sous peu en Angleterre, j'espère par l'examen anatomique, pouvoir démontrer l’exactitude de cette conclusion. |
Il serait difficile à un botaniste, qui n'est pas familiarisé avec la méthode anatomique, d'arriver au résultat indiqué avec des matériaux incomplets. Je tiens à attirer spécialement sur ce point l'attention des membres du Congrès.
Les exemples de difficultés telles que celles que je viens de citer sont fréquents. Aussi serait-il nécessaire de voir disparaître les nombreux obstacles qui s'opposent au perfectionnement de la botanique systématique. C'est ce que j'ai indiqué dans mon discours dont je viens de vous parler. Il peut se résumer en deux-mots: Organisation du travail et distribution des matériaux en rapport avec celte organisation.
Il existe en Europe une douzaine de centres botaniques importants, entre lesquels il conviendrait de répartir le travail d’une étude complète définitive des espèces végétales. Chaque centre recevrait un groupe déterminé pour lequel il disposerait de tous les matériaux dispersés dans les diverses collections. Je prends un exemple. Supposons que Bruxelles soit destiné à s'occuper des Thalamiflores. Tout ce que les grands herbiers de l’Europe possèdent sur ce groupe serait confié à la direction du Jardin Botanique de Bruxelles, qui s'engagerait à accomplir le travail de revision. Les spécimens-types seraient conservés indéfiniment à Bruxelles, sans toutefois aliéner la propriété qui resterait celle des herbiers ayant fait le prêt. Quant aux doubles ils seraient restitués.
Par cette combinaison, on pourrait faire une étude complète des Thalamiflores tant au point de vue de la morphologie externe que de l’anatomie.
Je n’espère pas que cette idée soit réalisée d’ici à bref délai, mais je la soumets au Congrès dans l'espoir qu’elle fera son chemin et que lors d’une prochaine réunion de botanistes, elle puisse être discutée. Je souhaite que dans le cas où cette hypothèse se réalise, une commission internationale, formée des directeurs des jardins botaniques intéressés, soit
— ]72 — chargée de prendre les mesures nécessaires pour la mettre en pratique (1).
M. Wittmack. — Nous devons être fort obligés à M. Radlkofer de nous avoir présenté ce travail. Tous les botanistes, tous les spécialistes savent combien il est difficile de réunir des matériaux semblables. Espérons que ce vœu se réalisera plus tard s’il ne doit pas recevoir une application immédiate. Malheureusement le grand album de Kew ne communique pas ses plantes. Tant que ces communications ne seront pas la règle, nous ne parviendrons pas à notre but. Toutefois le Congrès ferait chose sage de se rallier au vœu de M. Radlkofer.
M. Planchon. — Je crois qu'il faudra, dans la proposition de M. Radlkofer, prendre ce qu’elle à de pratique. Nous trouvons son vœu réalisé à peu près dans la mesure du possible, grâce à l'habitude que
M. de Candolle a prise, en vue de son grand travail pour la continuation.
de l’œuvre de son père, de faire réunir entre les mains des monographes, les matériaux dispersés dans ies différents herbiers. Je dis « des monographes » d’une famille quelquefois vaste, quelquefois étroite. Mais supposer que cette concentration pourra se faire pour des groupes plus étendus, c’est rêver l'impossible. Je ne crois pas que les grands herbiers albums d'Europe se privent, même pour un temps court, de tout un ensemble de plantes.
De plus, il ne me parait pas possible de demander aux Lenbien de l'Europe le sacrifice de ce qu'on appelle les types. Ce qu’on peut espérer, c’est qu'on distribuera libéralement, de plus en plus, dans de crands centres, les duplicata de ces types. Les grands herbiers le font. Celui de Kew lui-même a suivi cet exemple. Il peut y avoir ainsi des erreurs, il y en aura certainement mais on arrivera de la sorte à avoir des types à peu près partout.
Certes, il y a une idée généreuse dans ce projet de concentration de matériaux dans des centres déterminés, mais je crois qu’il faut se borner, pour arriver à un résultat pratique, à des monographies. Pour ma part, je ne crois pas pouvoir appuyer l’idée que des groupes immenses de
(1) Revenu d’Angleterre, je peux maintenant ajouter que ma supposition sur l’idendité du S?deroxylon mite L. avec l’Zlex capensis Sonder s’est, bien vérifiée, mais doit être modifiée. Les deux exemplaires du Siderozylon melanophloeum, que j'ai vus à Londres, représentent en effet une même plante, le Myrsine melanophlaea R. Brown; mais à côté d’eux se trouve aussi le type du Sideroæylon mite L., de l'étiquette duquel le mot « mite » a été découpé par hasard. Cette plante est tout-à-fait la même que le Myrsine mitis Spreng et l’Zlex capensis Sonder. Comme je l’ai indiqué ci-dessus et comme je l’ai exposé au & Meeting of the British Association for the Advencement of Science at Aberdeen », le 14 septembre 1885, elle doit done s’appeler //ex mitis.
Munich le 23 novembre 1855. L. RADLKOFER,
(Note ajoutée pendant l'impression).
D de NT
plantes soient centralisés sur un seul point, au risque d’en priver ailleurs les travailleurs pendant tout un temps. On pourrait seulement émettre le vœu que les échanges de plantes entre les divers herbiers s'étendent de plus en plus, de manière à favoriser les recherches des monographes. Dans ces limites-là, j'appuierai le vœu; pour le surplus on vise un idéal qu'on n’a pas d'espoir sérieux de réaliser.
M. Krélage. — Sans vouloir entrer dans la question qui me paraît élucidée, je voudrais attirer votre attention sur un autre point. Nous autres horticulteurs, nous avons un grand respect pour les Jardins botaniques. Nous tâchons d’en tirer profit, mais ces jardins pourraient être encore d’une utilité plus importante pour l’horticulture. En général, ces jardins possèdent des collections de plantes de différents genres. Ne seraitil pas possible d'établir dans chaque Jardin botanique, à côté de ces collections générales, une collection spéciale d’une certaine famille ou d’un certain genre, dont on garderait toujours une collection aussi complète que possible? Toutes les cultures qui font l’objet de nos études pourraient se trouver ainsi réunies dans les divers Jardins botaniques. Les horticulteurs éprouvent de grandes difficultés à garder toujours dans leurs collections toutes les plantes possibles.
Ils ont aussi à tenir compte de la mode qui se jette tantôt sur un végétal et tantôt sur un autre. Si on pouvait parvenir à conserver tous les types du règne végétal dans les divers Jardins botaniques qui s’appliqueraient à cultiver chacun une certaine famille restreinte, on rendrait service, non seulement à l’horticulture, mais aussi à la science, qui se procurerait aisément tous les individus nécessaires aux études. Cette question est des plus importantes parce que dans les lieux natals, par diverses raisons, les plantes indigènes deviennent souvent rares et risquent de se perdre. On pourrait de cette facon tâcher de les garder en état vivant dans les cultures.
Les Jardins botaniques qui ont de grandes ressources à leur disposition s'occuperaient des familles plus importantes et dont l'entretien est coûteux. Les autres pourraient s'occuper d’une famille ou d’un genre de plantes vivaces dont l'entretien est relativement peu coûteux. Il n’y à pas un seul Jardin botanique, même avec les ressources les plus restreintes, qui ne pourrait pas donner son apport à cette œuvre utile, (Applaudissements.)
M. Baïllon. — La question que vient de soulever M. Krélage est particulière aux plantes cultivées. Quant à ce qui concerne les collections d’herbiers, je ne crois pas qu'aucun Congrès puisse réaliser la généreuse conception de mon ami M. Radlkofer. Les règlements d’une foule de grands albums s'opposent absolument à la distribution des plantes. Si vous insistiez pour qu'ils fussent violés, on vous enverrait
promener, permettez-moi cette expression vulgaire. Nous pouvons émettre un vœu, c’est que les grands herbiers communiquent les types d'une même famille à celui qui s'occupe d’une monographie, même qu’on lui en donne les doubles. Le Congrès pourrait adresser une circulaire däns ce sens à tous les directeurs d'albums pour les engager à se départir, dans l'intérêt général, de la règle qu'ils se sont imposée ou qu'ils ont acceptée. Nous ne pouvons exercer ici qu’une influence morale,
M. Radikofer. — Toutes les objections que l'on élève contre mon idée ne sont pas si graves que les inconvénients subis par la science avec la pratique existante. Je n'ai voulu qu'émettre mon idée. J'espère qu’elle fera son chemin.
M. le Président. — Je pense que la proposition de M. Radlkofer et celle de M. Krélage seront appuyées par la section. (Adhésion).
M. Triana. — Publication des dessins de botanique de Mutis. Messieurs, en parcourant la belle exposition d'horticulture organisée par les soins de la Société royale d’agriculture et d’horticulture d'Anvers, qui vient d’être inaugurée, je me suis cru transporté soudainement dans une forêt tropicale, Je dirai mieux, dans une forêt de la Colombie, car malgré que cela puisse étonner plusieurs personnes, une grande partie des plantes qui donnent tant d'éclat à l'exposition sont originaires de mon pays.
J'ai donc éprouvé une véritable satisfaction en voyant autour de moi, dans l'exposition, ce choix remarquable de végétaux que j'avais jadis contemplés avec enthousiasme au début de ma carrière. Comme d'anciennes connaissances qu'on retrouve au bout de longues années, je les ai saluées de mon regard attentif, ravi de les revoir jeunes et luxuriantes, pleines de fraicheur et plutôt rehaussées d’une beauté nouvelle que leur ont donné les soins d’une culture intelligente, loin de leur pays natal. Inutile d’insister sur l'impression que J'ai éprouvée à la vue de cét ensemble de plantes artistiquement groupées, remarquables à différents titres, surtout quand c’est moi-même, j'ose le dire sans vouloir me flatter, qui ai fait connaître le premier ici, dans ce pays, plusieurs de ces belles conquêtes de l’horticulture ornementale. Doux souvenir de jeunesse qui me rattache involontairement à la Belgique. Je les ai vues sous la voûte verdoyante, tiède et embaumée des hautes forêts vierges, grimpant et escaladant les arbres séculaires, ces Odontoglossum, ces Oncidium, ces Epidendrum, ces Caltleya, ces Anguloa, ces Masdevallia, ces Slanhopea, ces Gongora, etc. etc. qui entrelacent leurs guirlandes ou confondent leurs fleurs singulières et capricieuses. Sur les troncs robustes des arbres ou cachées dans l’inextricable confusion de verdure, je les ai trouvées ces magnifiques Aroïdées, Broméliacées, Marantacées, etc. qui font l'admiration du visiteur, tels que ces Anthurium, Caladium,
Mr
Dieffenbachia, Philodendron, Spathiphyllum, ces Maranta à feuillage
panaché, ces Picairnia, Billbergia, Guzmania, Vriesea, ete. Là-bas, les
fougères en arbre coudoient les palmiers et leur disputent l’élégance générale de leurs formes. Plus à la lumière se tiennent ces Oreopanaz et d’autres arbustes qui sont devenus aujourd’hui un besoin dans l’ornementation.
Dans les lieux humides se tiennent plus modestement les Æ'ucharis, les Crinum, les Amaryllis et bien d’autres plantes à feuillage panaché.
Je n’en finirais pas si je voulais faire l’énumération de tant d’autres plantes que la Colombie a fournies à l’horticulture en Europe en général et particulièrement à la Belgique, ce pays qui a tant contribué à répandre, à entretenir et à épurer le goût des plantes exotiques dans l'ornementation. Mais ne croyez pas, Messieurs, que ce jardin privilégié, que cette pépinière de si belles découvertes horticoles ait pu être épuisé. De nouvelles surprises attendent toujours les explorateurs, à preuve ces Anthurium Andreanum et A. Gustavi qui étonnent les amateurs.
Ce ne sont pas seulement les plantes ornementales qui abondent en Colombie. On y trouve aussi des végétaux remarquables utilisées en thérapeutique, en industrie, dans les arts, etc.
Vous tous, Messieurs, qui aimez les plantes, vous devez d’après ce que je viens d'énumérer, vous intéresser naturellement à cette Flore de la Colombie qui vous procure tant de richesses à différents points de vue; et c'est à ee titre que je vous demande un moment de bienveillante attention. !
À la fin du siècle dernier, quand la connaissance des plantes exotiques passionnait les esprits en Europe, l'Espagne, sous les auspices du roi Charles III, monarque éclairé et ami de tout progrès, organisa et maintint longtemps trois grandes expéditions pour explorer la végétation des
. colonies espagnoles de l'Amérique,
L'une alla au Pérou et au Chili dans la région méridionale, l’autre visita le Mexique dans la région septentrionale et la troisième fut fondée (1798) dans les régions centrales, à la Nouvelle Grenade, aujourd’hui la Colombie.
C'est de cette dernière que je désire vous entretenir pendant quelques instants.
La direction de la dite expédition fut confiée à Mutis, célèbre botaniste espagnol, qui put disposer de la libéralité du gouvernement espagnol, qui n’épargna aucune dépense, pendant les trente années que dura, à peu près, cette entreprise.
L'expédition eut à son service des aides-naturalistes, zoologistes, botanistes, astronomes, ete. et ce qui était plus remarquable, on fonda sous la direction des peintres espagnols, une école de dessinateurs
néo-grenadiens, qui devinrent eux-mêmes de véritables artistes dessinateurs de plantes.
Tout ce personnel si nombreux, qui comptaitau moins trente personnes, travailla avec ardeur et assiduité, pendant la longue période de l'existence de l'expédition, à amonceler les matériaux d’une Flore du pays qu'avait projetée Mutis. On arriva ainsi à réunir de grandes collections d'objets d'histoire naturelle, minéraux, végétaux et animaux; on prépara de nombreux herbiers; on rédigea des notes et l’on fit des descriptions. Enfin, on confectionna une nombreuse, grandiose et brillante collection de dessins de plantes, d’après nature, sur beau papier grand in-folio, les uns à la plume, les autres admirablement coloriés à la manière des miniatures, tous étonnants d’exactitude et de finesse, rivalisant presque d'éclat avec leurs originaux.
Jamais on n'avait mis à exécution une œuvre aussi grandiose et en de
telles proportions, et je ne sais pas si l’on pourrait songer aujourd’hui.
ou plus tard à en entreprendre une semblable.
Humboldt et Bonpland, en arrivant à Bogota, furent ravis d’admiration à la vue de ces dessins magnifiques et des richesses scientifiques réunis au sommet de la Cordillère des Andes, alors presque inaccessible au voyageur, et ils payèrent leur tribut d’admiration à Mutis.
Malheureusement, au commencement du siècle (1808), Mutis mourut sans avoir même commencé sa Flore, ouvrage colossal à en juger d'après les matériaux qui étaient restés en voie de préparation. A la mort du savant directeur, ses collections restèrent comme isolées et indépendantes les unes des autres : les dessins, les plantes desséchées qui avaient servi de modèles, les descriptions ou notes manuscrites, n'avaient pas la numération concordante si désirable, aucun lien ne les réunissait. Pour la plupart, ces éléments divers manquaient de classification et de dénominations techniques que, du reste, il était presque impossible de leur donner à une époque ou presque toutes les plantes de la contrée étaient inconnues pour la science.
Survint après (1810) la proclamation de l'indépendance des colonies espagnoles, et au moment où le mouvement révolutionnaire fut momentanément comprimé, le général pacificateur Morilor, étant arrivé triomphant à Bogotä (1814), reconnut la valeur exceptionelle et la richesse des collections formées par l'expédition botanique du nouveau Royaume de Grenade. Il prit tout ce qui se trouvait dans l'établissement et expédia à Madrid, sous la garde d’un de ses lieutenants, les herbiers, dessins, manuscrits et objets d'histoire naturelle; le reste fut vendu. A leur arrivée, les collections furent déposées au Jardin des plantes et grâce à Lugasca, son directeur, qui comprit tout l'intér# scientifique et toute la valeur intrinsèque et artistique qu'elles coniportaient, surtout les dessins et les manuscrits, obtint du roi, les fonds nécessaires pour la
confection des armoires, avec boîtes en bois doublées de fer blanc, pour renfermer et conserver précieusement ces dessins comme un véritable trésor. Les dessins, en particulier, ont été retrouvés intacts au bout de tant d'années et comme s'ils venaient de sortir des mains des artistes. Les herbiers restent dans leurs caisses encore assez bien conservés, d’après ce que j'ai pu voir et les manuscrits n’ont pas été détériorés. Je n’ai pas vu les collections d'histoire naturelle.
Le gouvernement espagnol, comprenant la nécessité de faire profiter la science de tant de documents importants, si chèrement acquis, nomma, à diverses reprises, pour les mettre en ordre, les classer et déterminer, des savants espagnols. Lagasca fut le premier chargé de cet important et difficile travail qui fut confié après à Pavon, un des explorateurs du Pérou et du Chili qui s'était familiarisé avec la végétation Sud-Américaine, et ainsi en furent nommés d’autres moins célèbres. Mais, on se heurta toujours à des difficultés, pour ainsi dire, insurmontables, à cause de l’état, d’après ce que je viers de vous dire, où se trouvaient les collections. Le défaut de numération et de corrélation naturelle et indispensable entre les dessins, les herbiers et les descriptions, l’insuffisance d'indications utiles et surtout d'analyses des organes reproducteurs accompagnant les dessins, ou la circonstance de se trouver sur des feuilles séparées, rendaient la classification de ces documents à peu près impossible.
C’est ainsi que ces matériaux ont dû rester de longues années renfermés et ignorés presque complètement du monde savant, au préjudice de la science. Il était nécessaire, pour débrouiller ce chaos, d’avoir vu toutes ces plantes à l’état vivant dans leur pays natal, il fallait les avoir étudiées, classées et déterminées d'avance afin de pouvoir les reconnaître à la simple inspection et arriver à leur donner leur nom et leur assigner leur rang dans la classification. Sans cela, les recherches devenaient longues, pénibles et la plupart du temps, infructueuses.
Par des circonstances exceptionnelles qu’il est inutile de rappeler ici, je me suis trouvé dans les conditions ci-dessus indiquées, et préparé d'avance pour rendre la tâche moins diflicile, moins longue, tout en ayant la probabilité d’exactitude dans les déterminations, afin que l'œuvre puisse se trouver à la hauteur qu’exigent les connaissances actuelles sur la botanique.
J'avais parcouru les mêmes régions que Mutis pour étudier la même végétation, et comme lui j'avais formé un grand herbier. Après avoir étudié les plantes vivantes, j'étais venu en Europe avec mes collections et, entouré de tous les moyens qu'offrent les pays civilisés, je complétais mes déterminations et recherches sur toute cette végétation.
Je pouvais donc reconnaître assez facilement au coup d'œil, sur le
dessin, la plante qu’il représentait et lui assigner son nom scientifique,
ou déterminer les échantillons d’herbier. Désireux de rendre utiles ces matériaux précieux venant de mon pays, j'insistais à plusieurs reprises auprès du gouvernement espagnol, pour obtenir la permission d’entreprendre le classement et la dénomination, surtout de la partie la plus importante, c’est-à-dire, des dessins. Enfin, il n’y a pas longtemps que cette autorisation m’a été accordée par la munificence du gouvernement qui a à sa tête, le jeune, illustre et éclairé monarque, Alphonse XII, auquel je me plais à donner ici un témoignage public de gratitude et de reconnaissance au nom de tous ceux qui aiment la science.
J'ai donc profité de cette permission ample et généreuse, que j'ai obtenue par l’entremise de son Excellence M. Carlos Holguin, ministre plénipotentiaire des États-Unis de Colombie en Espagne, et avec l’aide de mon gouvernement, je me suis mis à l’œuvre. Après un rude et opiniâtre labeur de quelques mois, je suis arrivé à classer et à déterminer techniquement la collection de plus de 6000 dessins. Elle constituerait aujourd’hui un grand et magnifique album composé de 40 volumes. Tous les dessins qui représentent la même espèce, soit en noir, soit en couleurs, se trouvent réunis; les espèces du même genre, ainsi que les genres, se suivent dans l’ordre de la méthode naturelle.
J'ai formé, en outre, dans le même ordre, un catalogue général des dessins d’espèces, genres et familles, avec l'indication du nombre et de la nature des dessins qui représentent chaque espèce. J'ai voulu aussi conserver la liste avec l’'énumération primitive des dessins dans la disposition où je les avais trouvés. Le résumé complet des dessins, indique qu’il y a à peu près 2000 espèces de plantes représentées et qu’elles le sont en général par deux, même trois, ou plus de dessins dont il y a, en général un en couleur et les autres en noir, à la plume.
Ces documents précieux pour la science, sont aujourd'hui à la portée du public au Jardin des plantes de Madrid et peuvent être facilement et fructueusement consultées au profit de la botanique ou de l’art.
Le trésor qui risquait d’être perdu a été sauvé, ce qui était le point essentiel et le plus important; mais il serait désirable de pousser plus loin le rachat entrepris. Aujourd’hui on peut bien songer à la reproduction des dessins si admirablement faits. À une autre époque, le projet aurait été presque impraticable, surtout suivant le plan primitif, à cause du prix élevé qu’aurait coûté la gravure, du grand nombre de eraveurs qu’il aurait fallu employer et du temps qu’aurait exigé l’exécution de l’œuvre. Mais grâce aux progrès accomplis actuellement dans la gravure par des procédés mécaniques et d’après l’étude approfondie que j'ai faite de la question, l’entreprise est devenue praticable, relativement économique et d'exécution rapide.
Parviendrai-je à pouvoir entreprendre la seconde partie de la tâche ?
Pourrai-je me flatter en moins de la commencer ?
RL ‘é duc nes
Je l'ignore, parce que cela dépend de circonstances indépendantes de ma volonté et surtout de l’aide et de l’appui qui pourraient m'être accordés.
Je ne doute pas que je trouverai, en Colombie, un concours empressé en faveur de cette idée, mais il pourrait être paralysé par des événements imprévus. C'est pour cela que je fais appel ici aux botanistes et savants européens dont l’encouragement serait précieux. Je viens donc Messieurs, vous prier de vous intéresser à une œuvre qui, comme je l’ai dit en commencant, doit vous être sympathique; je viens vous demander votre action personnelle ou officielle, afin de m'aider dans la mesure du possible en faveur de cette œuvre grandiose pour la botanique.
Nous avons soumis à votre examen les spécimens des photogravures obtenus à très bon marché. On faciliterait la publication en la mettant à un prix minime, qui ne serait que le prix de revient de l'impression et du tirage, sans compter l'énorme dépense qui a été faite pour l’établissement des originaux.
M. Planchon. — M. Triana a accompli son œuvre d’une manière très-satisfaisante. IL a eu le mérite très grand de publier les dessins originaux de Mutis relatifs au Quinquina. Il en a fait une œuvre très-sérieuse. Il est plus capable que personne de faire connaître aux savants les trésors qui sont restés ainsi enfouis, pendant près de cent ans, dans les archives du Jardin botanique de Madrid, qu’il a eu le mérite de retrouver et de mettre en lumière. ?:
Le Congrès doit accueillir le vœu de M. Triana, que les Gouvernements qui sont à la tête des sciences, qui ont de grandes collections, favorisent par des souscriptions et des encouragements la publication d’une œuvre aussi importante que celle des dessins de Mutis.
M. le Président. — Je pense que tout le monde est d’accord.
M. Ch. De Rosschere. — L'insertion de la communication de M.Triana dans les actes du Congrès et l’expression du vœu qui vient d’être émis, permettront à M. Triana de déclarer qu’il a obtenu pleine satisfaction au Congrès d'Anvers. Nous nous empresserons de donner à cette communication la plus grande publicité possible.
M. Triana. — Je remercie M. De Bosschere. Le moyen qu'il indique est le plus puissant d’aider à la publication,
M. Ch. De Bosschere. — La Section botanique avait chargé une commission spéciale, composée de MM. Baïllon, Cornu, Planchon, père et fils et Wittmack, de dresser une liste des champignons vénéneux et des champignons comestibles. Cette liste vient de m'être transmise. Nous l’insérerons dans les Actes du Congrès.
Nous avons adopté hier une proposition tendant à terminer les travaux du Congrès ce matin même. Plusieurs membres de l'assemblée m'ont exprimé le désir de voir remettre l'assemblée générale à l’aprèsmidi. Je devrai pouvoir donner lecture de tous les vœux quiont été exprimés aux assemblées générales antérieures ainsi que dans les différentes sections, seulement ces vœux ne sont pas encore définitivement rédigés.
Je pourrai, grosso modo, vous en donner connaissance.
M. Planchon. — On pourrait s’en rapporter au bureau.
Un membre. — D'autant plus qu’il a été entendu que les vœux seraient adressés à leurs auteurs pour en revoir les formules.
M. le Président. — Alors toutes /es questions sont épuisées. La séance est levée à midi et demi.
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