‹ Actes du Congrès international de botanique et d'horticulture d'AnversChapitre 32 sur 53 · SECTION HORTICOLE · texte numérisé non relu

SECTION HORTICOLE

Séance du 4 août 1885.

Présidence de M. CARL HANSEN, professeur à l’Académie supérieure d'Agriculture et d'Horticulture de Copenhague.

M. Cu, Van GEerr, J', secrétaire du Congrès, remplit les fonctions de secrétaire.

Sommaire : XZe Question du programme : L'utilisation des eaux d’égoût des grandes villes. Quels sont les résultats obtenus dans les divers pays ? Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour généraliser la pratique du sewage? par MM. Bons, CH. JOLY, PALACKY, DE GERLACHE, MERTENS. — X Ve Question du programme : La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'étendre ? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneusés qui leur ressemblent le plus, par MM. WESMAEL, BALTET. — XVIIIe Question du programme : Quels sont les remèdes employés jusqu'ici contre les ravages du Phylioxera et quels résultats ont-ils donnés? par MM. BaL.- TET, MERTENS. — X7Xe Question du programme : De l'opportunité de la création dans les centres horticoles, de Sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles, par MM. PALACKY, BALTET. — XXIe Question du programme : Tarification et conditions des envois horticoles par chemin de fer, par MM. BALTET, Joy.

La séance est ouverte à 9 1/2 heures ;

M. le Président. — L'ordre du jour comporte cinq questions de la plus haute importance. Je crains que nous n’ayons pas le temps voulu pour les traiter, aussi j'engage les orateurs à être aussi brefs que, possible,

Voici deux des questions qu’il s’agit de traiter :

X. De l'emploi des engrais artificiels pour la culture des plantes dans les serres, les appartements et les jardins(),

XI. L'utilisation des eaux dégoût des grandes villes. Quels sont les résultats obtenus dans les divers pays? Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour généraliser la pratique de sexage? (À)

La parole est à M. Boëns sur la XI° question du programme.

M. Boëns ayant réclamé le manuscrit de son discours, nous nous voyons dans l'impossibilité de le reproduire ici(3).

M. Ch. Joly. — M. Boëns aurait dû se placer, dans son travail, non pas au point de vue de l’inventeur, mais au point de vue général. Nous connaissons tous l’amour paternel des inventeurs pour leurs découvertes, mais avant de les discuter dans un Congrès, il faudrait qu’elles aient été examinées par des hommes spéciaux et soumises au contrôle de l’expérience. Si l’on procédait autrement, les discussions n’auraient pas de fin et elles se passeraient en d’interminables discours sur les mérites de chaque invention. Ceci dit, j'arrive au sujet pour lequel j’ai demandé la parole.

Quand on étudie les deux grandes lois qui régissent le monde : /a loi de vie et La loi de mort, on reconnaît que tout corps organisé, que ce soit un animal ou un végétal, est soumis, lorsque la vie l’a quitté, à une loi uniforme, à une série de transformations, qui sont opérées par des organismes vivants que la nature a préparés pour accomplir son œuvre et que les médecins désignent sous le nom de microbes, de ferments, etc., mais que j'appellerai les ouvriers de la mort, parce qu’ils sont chargés de transformer tout ce qui a eu vie: ils se transforment eux-mêmes successivement au fur et à mesure de l’accomplissement de leur œuvre. Si tous les êtres organisés n'étaient pas soumis à cette loi providentielle, la vie ne pourrait pas exister à la surface du globe.

Eh! bien, c’est dans cette période de transformation, ou de fermentation, qu’est le danger pour nous, c'est là que doivent se concentrer les efforts des hygiénistes, c’est là ce qui fait que l’on doit ou désinfecter sur place, ou chasser au loin, par tous les moyens possibles, tout ce qui a servi à nos besoins et que la nature rejette par les moyens que vous connaissez. Nous avons hélas! l'habitude, par incurie ou par ignorance, de laisser séjourner près des habitations les déjections animales et les détritus de tout genre : nous nous empoisonnons nous-mêmes. C’est le cas d’appli-

(1) Voir aux « Rapports préliminaires » le mémoire de M. L. DE NOBELE, p. 225-233.

(2) Voir aux « Rapports préliminaires » le rapport de M. Joy, p. 65-10.

(3) Note du Secrétaire-Général.

quer le proverbe: «l’homme ne meurt pas, il se tue». Qu’on examine les causes de cette légion de maladies: fièvre jaune, choléra morbus, vomito négro, fièvre typhoïde, fièvre pernicieuse, etc., tout cela provient de la même cause, produit des phénomènes presque semblables et ne disparaitra que par l'observation rigoureuse des lois de l'hygiène. Pourquoi hélas! nous apprend-on, dans nos classes, tant de choses superflues et rien ou presque rien de la science suprême, celle qui nous conserve la santé sans laquelle tous les biens de ce monde ne sont rien ?

Mais nous sommes réunis pour étudier uniquement les questions horticoles et ici, la question est double : laissons l'hygiène aux médecins et ne nous occupons que de l’utilisation des eaux d’égoût ; qu'il soit bien convenu, une fois pour toutes, que les détritus animaux et végétaux ne doivent, à aucun prix, séjourner près de nos habitations : ce serait déjà là un grand pas de fait, si chacun de nous était bien convaincu de cette vérité.

Qu'’allons-nous faire de tous ces détritus des villes? Allons-nous agir comme les Chinois ou comme cela se fait dans le nord de la France et dans les Flandres, recueillir les matières à l’état frais pour les répandre sur nos champs? Franchement, l’agriculture y gagne, mais nos mœurs répugnent à ce moyen barbare. Allons-nous faire des canalisations séparées sous nos rues, pour les télégraphes, les téléphones, les eaux de rivière, les eaux de source, le gaz, les eaux de pluie et les eaux ménagères comme on le propose à Paris? Vraiment, c’est bien compliquer la question et s’exposer à des dépenses énormes. — En économie domestique, tout ce qu'il y a de plus simple est le meilleur. Pas de machines à entretenir, pas de clapets, pas de robinets, pas de valves qui fonctionnent mal, deux simples syphons, l’un au départ des eaux vannes, l’autre à l'entrée de l'égout, puis pour ces égouts une pente suffisante et quand la pente est faible, des chasses d’eau automatiques deux fois par jour. Voilà, en un mot, toute la question pour la majorité des villes. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’on ne draine pas Venise ou Amsterdam, comme Paris ou Bruxelles. Employer des moyens artificiels pour épurer nos eaux vannes est une utopie jugée depuis longtemps: le moyen est bon pour certains cas particuliers, mais nous nous placons toujours ici au point de vue général. Qu'il soit bien entendu surtout, que si l'on n’a pas le droit d’empoisonner l’air que nous respirons, si l’on a fait des lois contre les établissements insalubres, on n’a pas plus le droit d'empoisonner les eaux des rivières et de détruire les poissons qui sont, dans certains pays, une source d’alimentation si abondante et si économique.

Déjà en 1826, plusieurs savants, MM. Chevreuil, Wurtz et Dumas, consultés sur le meilleur moyen de désinfecter les eaux des distilleries, avaient conseillé d’adjoindre aux usines des terrains spéciaux pour y

faire de l'irrigation et pour profiter de la propriété si remarquable que possède le sol pour la désinfection des matières organiques. Depuis ce moment, on n’a rien trouvé de mieux et l’on ne trouvera jamais rien de plus simple et de plus pratique, surtout quand il s’agit de volumes d'eaux vannes considérables. Imiter la nature, voilà le but à atteindre, comme elle nous le montre à chaque pas, quand elle fait jaillir de la terre sous forme d'eaux pures, les pluies qui ont entrainé les poussières atmosphériques, à travers les détritus de tous genres qui jonchent le sol.

Où faudra-t-il conduire les eaux d'égoût ? Evidemment sur des terrains perméables quelles que soient leurs autres qualités, puisque les eaux vannes renferment presque tous les éléments nécessaires à la culture : au premier abord, c'est à qui n’aura pas les eaux d'égoût près de sa propriété, comme s’il s'agissait d’un cimetière! N’a-t-on pas vu cela à Genevilliers il y a 15 ans ? Ah ! comme l’on crierait aujourd’hui si l'on portait les eaux ailleurs! Disons de suite que les procédés de culture à l’eau d’égoût sont quelque peu différents des autres : il faut irriguer d’une manière intermittente les racines des plantes, au moyen de billons, en écartant les sillons d'irrigation de mètre en mètre par exemple : et qu'on n'oublie pas ici que l'hiver, les eaux vannes ne gelent pas, car ces eaux circulant dans les égouts, conservent longtemps la température du sol.

On a craint les maladies provenant des irrigations et l’on a bâti là dessus des montagnes d'erreurs. Qu'il me suffise de demander s’il y a des maladies spéciales parmi les égoutiers ou les vidangeurs, s'il y en a à Pantin et à Bondy où sont les vidanges de Paris, s’il y en a à Edimbourg, à Milan, à St-Étienne, à Berlin et à Valence ou à Grenade, où l’on utilise les eaux d’égoût depuis si longtemps. Et à Genevilliers, où les expériences se font sur 600 hectares aujourd’hui, y a-t-il plus de maladies qu'ailleurs? Ah! que la mauvaise foi et l'ignorance ont beau jeu dans ces questions! Mais je dois insister ici sur une vérité qu'on oublie: jusqu’à présent, on s’est occupé d’amener les eaux dans les villes, sans savoir ce qu’elles deviendraient quand elles auraient servi à nos usages domestiques : on a bien voulu payer pour les amener, mais on hésite à payer pour s’en débarrasser: il le faudra cependant et on l’a dit cent fois, l'argent qu'on dépensera en égoûts, en soins d’hygiène, en propreté, on l'économisera sur les frais d’hôpitaux et l’on aura prolongé la vie humaine. A l’œuvre donc, messieurs les Conseillers municipaux: voyez où le choléra, cette année, fait le plus de victimes, n'est-ce pas dans les villes où les lois de l'hygiène sont le moins bien observées ? |

Je n’aime pas, en général, l'intervention de l'autorité, quand il s’agit d'intérêts que nous pouvons gérer nous-mêmes; mais, dans le cas qui

nous occupe, il est bon que les villes prennent l'initiative, quelles se procurent les terrains nécessaires, qu’elles y amènent des cultivateurs en leur offrant des avantages particuliers et temporaires. Rien n’est contagieux comme l'exemple et comme la pratique : on l’a vu à Genevilliers, près de Paris; quelques maraïchers intelligents ont ouvert la voie, d’autres ont suivi, entraînés par leur intérêt et par la vue des faits; aujourd’hui, la population y a quintuplé depuis cinq ans et la valeur locative de terrains presqu’incultes, a monté de 90 fr. à 4,500 fr. l’hectare.

Je me résume : il n’y a pour les grandes villes qu’un moyen simple, pratique et économique d'utiliser les eaux dégoût, c’est de les déverser en proportion convenable et d’une manière intermittente sur des sols perméables et cultivés. Qu'on vienne visiter, sans parti pris, sans vues d'intérêt privé, les champs de Genevilliers et l’on se demandera comment, en 1885, il est encore tant de villes décimées par les maladies infectieuses, quand la nature leur offre un moyen simple et pratique d'assurer la propreté de nos habitations et, par suite, la longévité humaine.

M. le Président. — Nous remercions M. Joly de son intéressante communication.

M. Palacky. — Y a-t-il quelqu'un ici qui pourrait nous expliquer les expériences qui ont été faites à Milan ?(1) Sans doute nous profiterons des expériences de Genevilliers, mais tous les terrains ne se prêtent pas au même systême. À Prague, par exemple, nous n’avons pas de plaine

(1) M. le Prof. Dr. GAETAN CANTON, directeur de la & R. Scuola superiore di agricoltura » à Milan, a bien voulu, à notre demande, nous fournir les renseignements suivants, ce dont nous le remercions ici publiquement :

“ La ville de Milan, située au milieu d’une large plaine arrosée depuis longtemps par de nombreux canaux, a su, depuis longtemps aussi, utiliser ses eaux d’égoût pour l’arrosement des prairies d’hiver (marcite), qui donnent de huit à neuf coupes par an, avec un produit de 1000 à 1200 qx. d’herbe par hectare.

« Le Nirone, le Seveso, le Lambro méridional et le Nedefosso, entrent dans la ville par la partie la plus élevée, formant sous les rues et sous les maisons un réseau compliqué de petits canaux, destinés à recevoir la plupart des matières fécales et des résidus inutilisables des industries.

« Tous ces petits canaux se réunissent avant de sortir de la ville dans un grand canal qu’on appelle Vefabbia (Vehet alibi). Hors de Milan, la Vetabbia va arroser les prairies d'hiver qui, à cause de cela, peuvent se passer d’une fumure directe quelconque, quoique à prèsent, la Vetabbia ne reçoive pas autant de matières fécales et de résidus des industries qu'autrefois.

“ Les eaux de la Vetabbia perdent de leur faculté fertilisante d'autant qu’elles s’éloignent de la ville et qu’elles ont déjà arrosé des prairies.

« Le prix de fermage pour les fermes qui jouissent des eaux de la Vetabbia près

d'irrigation ni surtout de gravier. Les roches ne se décomposent pas assez vite, de sorte que je crois que l’on ne peut pas y employer ce système. Nous possédons de la chaux, mais nous n’avons pas du déchet de charbon, comme à Paris et à Bruxelles.

À Rastadt on emploie, depuis une trentaine d'années, le système japonais des tonnages mobiles empotés. C’est celui qui a produit le meilleur résultat financier.

Chez nous, nous avons mesuré tous les terrains qu'on peut irriguer et ils ne suffisent pas. Il faudrait un système en rapport avec les besoins de la localité.

M. de Gerlache. — Dans le pays de Waes, nous faisons transporter dans les campagnes tous les déchets de la ville, non seulement les matières fécales, mais les mauvaises eaux des usines, des établissements industriels et on les utilise à la facon de Genevilliers.

Ces matières sont enlevées par des entrepreneurs qui les transportent comme engrais et les livrent à l’agriculture et surtout aux jardiniers maraîchers qui les emploient.

Au moment des découvertes de Pasteur il y a eu de l’affolement. Les

de Milan, est de 500 à 550 fr. l’hectare et l’ensemble des impôts de 110 fr, également par hectare.

« Ces fermes ne produisent avantageusement que de l’herbe, n’ont que des vaches, quelques chevaux pour les transports et bien peu de bœufs.

« Un exemple expliquera mieux ce que je viens de dire:

« Une ferme, à Gudo Visconti, de 58 hectares et dans les conditions susdites, compte:

Prairies d'hiver (marcite), hectares . . . 33.3

id; + Ven’assolement 1.100 MMA EN POSNIES Blé‘ebmaiss tn PIN ES IEP ARNO Bâtiments? 05 1020 Me LAMPE TERRE

Total hectares 58

« Dans cette ferme se trouvent 83 animaux : 73 vaches, 4 bœufs et 6 chevaux.

« Le produit annuel en lait est de 34 hectolitres par vache, qu’on achète en Suisse et que l’on paye de 600 à 700 fr. par tête.

« À cette ferme on produit:

Lait : 2500 hectolitres vendus à 15 fr. l’hect, . . .fr. 37.500 On vend: 900 quintaux de foin à10 fr. . . . . . » 9000 90 hectolitres de blé à 20 fr. . . . . . » 1.800 421 hectolitres de maïs à 15 fr. . . . . n (6.319 Del'herbe pour Le . : CONS

« Le fumier produit 1370 tonnes évaluées à 6 fr. la tonne. . « Les dépenses, sans compter les impôts, sont calculées ordinairement au tiers du produit brut. »

RTE

voisins craignaient d’être empestés, mais on est un peu revenu de ces idées.

Je ne connais pas M. Boëns. Il réclame un vœu du comité exécutif du Congrès. C’est une question très délicate. Les études du genre de celles qu’il a faites sont toujours envoyées à des commissions d'ingénieurs, ou à la commission supérieure des travaux publics. Cela entraîne des lenteurs, mais c’est une garantie nécessaire.

Le gouvernement n’autoriserait pas une Administration publique à consacrer des capitaux considérables dans une affaire s’il n'y a pas des hommes spéciaux, des ingénieurs, des hommes de science et de pratique qui ont étudié le système que vous voulez employer.

Je crois, que la publication dans les mémoires du Congrès, du travail de M. Boëns est le maximum de ce que le Congrès peut faire. Il nous faudrait des mois, des années d’études avant de connaître et de pouvoir recommander son système. Je ne parle pas contre son procédé, mais je me place au point de vue du règlement du Congrès.

M. Mertens. — J’abonde dans le système de l'honorable M. Joly, d'autant plus que, pour les grandes villes, il s’agit dans l’espèce d’une énorme dépense.

À Anvers nous dépensons 670,000 fr. pour le service de la régie, c’est à dire, pour l’enlèvement des boues, des immondices.

Nous avons le système français Talard.

Les vidanges s'enlèvent en plein jour, le produit de ces vidanges ne paie que la moitié du coût annuel de ce service. Chaque ville doit nécessairement agir selon la configuration de son terrain. Nous serions fort heureux de rencontrer un système qui allégerait cette charge annuelle.

Sur le chiffre de 670,000 fr. il y aurait moyen de créer une annuité pour trouver un service mécanique.

La ville de Bruxelles qui a une altitude supérieure à celle de certaines parties de la Campine, ne pourrait-elle, par une simple canalisation, y conduire ses eaux de sewage ?

Les grandes villes doivent se débarrasser au plus vite des eaux qui leur sont défavorables par leurs émanations et les conduire au loin où elles pourraient, dans la bruyère, s’évaporer et y laisser un dépôt fertile.

Quand à faire insérer dans les Actes du Congrès, le plan de M. Boëns, je n’en vois pas l'utilité, le plan n’est pas même fait sur échelle. Rien n’y est indiqué. C’est un essai fort louable mais qui doit avoir la garantie de l'expérience acquise. Nous devons nous placer sur le terrain de la pratique sans laquelle on ne fait rien de bon.

Nous avions à Anvers, au 31 décembre 1884, 26070 maisons, presque chaque maison a sa fosse. L’Administration est convaincue que, dans l'intérêt de l’agriculture, pour que la gadoue ne se perde pas, ces fosses doivent avoir une certaine contenance.

Je viens de voir à l'Exposition universelle, dans le compartiment de Bruxelles, un rapport sur le service de la régie.

À Bruxelles, il paraït qu’il n’y a que 78 fosses à gadoue, tout le reste passe dans les égoûts.

À Anvers rien ne passe dans les égoûts en fait de gadoue.

En 1852, sur les 13626 maisons existant à Anvers, il n’y en avait que 1368 dépourvues de fosses. De 1853 à 1884 inclus, il a été construit 13578 nouvelles maisons sans compter les reconstructions totales ou partielles. Le nombre des maisons dépourvues de fosses, doit donc être notablement diminué.

Pour obtenir une solution pratique de la question on pourrait l’introduire au programme du prochain Congrès de botanique et demander aux membres de chaque pays, d'expliquer d’une façon succincte et claire, comment les grands centres se débarrassent de leurs eaux d'égoût (eaux de sewage) de la gadoue et des balayures des rues en été et en hiver.

Dans nos Chambres législatives, une pétition a été présentée en 1853, concernant les mesures qui pourraient être adoptées pour empêcher la perte des engrais de ville et pour garantir en même temps l'intérêt de la salubrité publique.

Une enquête très-intéressante à été faite à ce sujet, elle est reproduite dans les Annales Parlementaires (voir Chambre des représentants 30 janvier 1854 et mars 1854 (N° 121) Engrais des villes.— Rapport page 1125 à 1143 inclus). L'enquête a été faite par M. Schmit, professeur agrégé à l’université de Liége, qui a recueilli tous les renseignements sur 86 localités, les plus importantes de la Belgique. En prenant ce travail pour base, il serait facile de le continuer jusqu’à l’époque actuelle.

M. Joly. — Malheureusement l'opinion publique n’est pas suffisamment éclairée à cet égard. Nous pourrions émettre un vœu dans ce sens.

Nous devons tous être convaincus que la culture à l’eau d’égoût peut se faire pour la culture maraïchère. Il faudrait dire que le Congrès, convaincu que la culture à l’eau d'égoût est à la fois avantageuse au point de vue des industries particulières, émet le vœu que les Administrations communales etautres dirigent leurs études vers l'extension de ces cultures pour l’amélioration des champs dans les abords des villes.

Les villes ont toujours des champs, de grandes cultures, des jardins, on ne peut émettre qu’un vœu général qui prouve qu’on s’est occupé de la question.

M. le Président. — Voici le texte de la proposition de M. Mertens :

« Le Congrès émet le vœu, qu’au prochain Congrès, chaque ville intéressée envoie des délégués chargés d'indiquer les moyens qu’on emploie dans ces villes pour se débarrasser de la gadoue et des balayures. »

M. Ch. van Geert propose de compléter le vœu en y ajoutant: « tout en venant en aide aux grandes cultures. »

Ces deux propositions sont elles adoptées ? (Adhésion unanime).

M. le Président. — Nous passons à la question XV : Za culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus? (1)

M. Wesmael. — Depuis quelque temps, en Belgique, on fait usage comme litière des chevaux de nos grandes compagnies de tramways et, dans certaines villes, pour les chevaux de la cavalerie, de la tourbe qui nous est expédiée de Hollande. Cette tourbe, pour la débarrasser de l'énorme quantité d'eau qu’elle recèle au moment de l'extraction, est soumise à l’action de puissantes presses hydrauliques et expédiée sous forme de cubes. Au moment où elle arrive, elle est donc completement sèche. Il y a utilité à la conserver à l’abri des eaux pluviales, de manière que la dessiccation soit complète quand on l’emploie à l'écurie.

On la dépose à la surface du sol à l’état de morceaux de la grosseur du poing, et par le piétinement des chevaux, quelques heures après, cette tourbe est réduite à un état analogue à celui du tan. Elle à la propriété d’absorber des matièrés liquides, d'emmagasiner de grandes quantités d'ammoniaque et elle constitue un engrais des plus riches en matières azotées.

Ce qu'il y a de remarquable, c’est la facilité avec laquelle on crée des champignonières à l’aide de la tourbe en question, alors qu’elle a passé par les écuries.

Nous avons un horticulteur à Mons qui, dans une serre de 35 à 40 mètres de longueur a, le long des murs, installé une couche. Il est curieux de voir l'énorme quantité de produits que l’on récolte tous les jours, et la grosseur des champignons. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est le peu de temps qui sépare le dépôt du blanc du jour de la première récolte. Nous avons constaté qu'elle était obtenue en 4 semaines, tandis que, quand on emploie du fumier de cheval ordinaire, ce laps de temps est beaucoup plus considérable.

Dans la confection des couches à l’aide du fumier de paille, comme on la pratique en Belgique, on à l'habitude de recouvrir la meule d’une couche de terre d’une épaisseur de 2 à 3 centimètres, opération qui est complétement inutile dans la culture de l’Agaric comestible à l’aide du fumier de tourbe.

Ce fumier se vend à des prix très-bas. La Société des Tramways ‘bruxellois nous l’expédie à raison de un fr. les 100 kilos. Cent kilos

(1) Voir aux « Rapports préliminaires »le mémoire de M. C. ROUMEGUÈRE, p. 1-8.

ont, à peu près, un mètre cube en volume. Dans ces conditions on peut établir des champignonières à des prix excessivement minimes,

D'autre part, lorsque la culture du champignon est terminée, nous sommes en présence d’un excellent engrais, pour la petite comme pour la grande culture.

Cet engrais de tourbe est excessivement précieux quand on l’emploie comme couverture, comme paillis pour les semis et surtout pour la mosaïculture.

Le sol ne se dessèche pas, les racines des plantes à feuillage se développent très bien.

Je me résume en disant que, au nombre de toutes les matières employées jusqu’à présent pour la création des couches à champignons, la substance la plus convenable est le fumier de tourbe.

M. Baltet. — J’ajouterai que ce fumier est excellent pour les plantations d'arbres, surtout dans les terrains secs et sablonneux.

Dans nos pépinières nous avons un fond tourbeux. Nous ne mettons pas de fumier, c’est la tourbe qui, mélangée à des terres nouvelles, de natures différentes, alluvions, sables, calcaires, forme le chevelu des arbres de la pépinière. De sorte que, lorsqu'on a planté des arbres, cet engrais est des plus précieux pour aider à la formation des jeunes chevelus : c’est un emploi qu’il faut propager.

Quant aux champignons inédits pour la consommation, leur propagation en sera lente, témoins l’Igname, le Cerfeuil bulbeux, parfaitement inoffensifs et qui ont si peu de succès sur nos marchés.

XVIIIe Question. — Quels sont les remèdes employés jusqu'ici contre les ravages du Phyllozera et quels résullats ont-ils donnés?

M. Baltet. — J'ai été délégué pour étudier différentes opérations et spécialement le greffage de la vigne de Bordeaux à Nice, de Dijon à Marseille, etc. J'ai parcouru tous les vignobles. Il y a trois systèmes principaux pour détruire le phylloxera. D'abord le sulfure de carbone, le sulfocarbonate de potassium, procédés coûteux. Les syndicats de propriétaires, les administrations avec des subventions du ministère ou des administrations départementales, peuvent en faire la dépense tout en agissant énergiquement. Comme il est difficile d'atteindre un insecte invisible, on recommence l'opération l’année suivante.

Un autre moyen de destruction du phylloxera, mais qui n’est applicable que dans certaines situations, c'est la submersion. Voilà pourquoi le Midi réclame avec tant d’insistance la dérivation du Rhône et l’établissement de canaux qui puissent fournir de l’eau à certaines époques déterminées. Il faut avoir de l’eau à sa disposition, renouveler l'opération et amener des engrais spéciaux, car ce lavage pourrait finir par fatiguer

le sol et enlever les principes fertilisants utiles à la vigne ou nuire à la saveur du raisin.

Un dernier procédé, plus praticable, se résume dans la plantation de cépages qui résistent à l'ennemi souterrain et se prêtent au greffage de nos cépages vinifères. Les espèces américaines issues des Vitis cordifolia (var. riparia) et monticola (var. rupestris) ont fourni ces types. Il y a eu des déceptions au début, il a fallu essayer beaucoup de plantes avant de connaître celles qui pourraient le mieux réussir. Les déceptions sont surtout venues de ce qu’on à fait des greffages sur des boutures, sur des rameaux, dans des terrains insuffisamment préparés. La plante est alors devenue rachitique. Mais l’accroissement en superficie, des terrains cultivés au moyen de plants américains, prouve la valeur du systéme.

Après 5 ou 6 années de greffage sur les plants choisis dans les espèces résistantes, tout va bien et une seule récolte indemnise le vigneron des sacrifices qu’il a faits depuis le moment de la plantation.

La présence du bourrelet de la greffe sur l’arbuste contribue à la concentration sur le branchage des éléments atmosphériques. Il en résulte plus de fertilité au cep et plus de qualité au vin. On a reconnu, en outre, que beaucoup d'espèces qui ne vivraient pas franches de pied, réussissent au greffage. Donc par la greffe on pourra varier la nature du vin.

Dans les pays menacés, un moyen de lutter contre le mal, c’est de se syndiquer. Que les vignerons forment une fédération de finance et de travail ; la mutualité et l’union leur permettront de lutter avec succès.

Si l’horticulture a souffert de l’invasion phylloxérique, nous n’en sommes pas moins reconnaissants à l’État et à toutes les administrations, d’avoir secondé les propriétaires pour ramener les vignobles à leur ancienne prospérité.

M. Mertens. — N’a-t-on pas trouvé un ennemi qui puisse dévorer le phylloxéra ?

M. Baltet. — Pour détruire un animal invisible, il faut un ennemi invisible: c’est ce qui est difficile à trouver.

Lorsqu'on nous apporte un végétal d’un pays étranger, si l’on n’a pas importé son ennemi, nous pourrons vivre longtemps sans craindre de le perdre.

Mais le phylloxera a, en une année, produit des millions d'enfants. La nature fournira son ennemi, peut-être tout ce que l’on a dit à ce sujet ne s’est pas encore confirmé. |

M. Mertens. — Il y a encore, dans cet ordre d'idées, la plantation d’une plante intermédiaire,

M. Baltet. — À diverses époques, il a été question d'introduire dans les vignobles des plantes à odeur forte. Je les ai essayées, mais le résultat

n’a pas été concluant. J'avais également supposé qu'en en fouissant des rameaux verts de sapin, le phylloxera disparaitrait. Les effets de ce procédé n’ont pas été les mêmes partout; on l’a abandonné. On a essayé d’entourer les vignes de sable à la suite des cultures luxuriantes dans les sables marins d’Aigues Mortes ; on a dû y renoncer.

Je me résume : quiconque visiterait les pays vignobles frappés par le fléau pourra se convaincre des efforts tentés par les intéressés. Au début de l'invasion, appliquer énergiquement les remèdes insecticides; recourir à la submersion quand les circonstances le permettent, enfin si la vigne succombe, chercher une dernièrs planche de salut dans la greffe des cépages sur plant résistant. Ce systême prend chaque année une extension considérable. J'ai le droit d’en être fier, car le premier j’ai conseillé l'emploi du Witis riparia, le plus répandu aujourd’hui, au titre de porte-grefte.

XIX. — De l'opportunité de la création, dans les centres horticoles, de sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles.

M. Palacky. — Je désire appeler votre attention sur le mode de crédit agricole qui existe en Bohème. Tout possesseur d’une terre est, par ce J'ail même,membre d’une société de crédit mutuel dans le district où il a sa terre. Ce sont ses concitoyens qui décident de la limite du crédit. Tous les propriétaires choississent un Comité qui est chargé de distribuer l’argent. Ces sociétés, qui sont au nombre de 300 environ, réescomptent dans les grandes banques du pays. Elles ont un point d’appui dans la banque centrale du crédit foncier de Bohème.

Cette manière de procéder est une solution d’un problème économique très difficile, dans le sens le plus large et le meilleur. Tout propriétaire, par le fait même qu’il possède, a donc droit à un crédit que ses propres concitoyens lui accordent et il choisit lui-même ses juges.

Les sociétés disposent d’un fonds considérable: vingt deux millions de francs. Elles distribuent aussi l’intérêt de ces fonds, mais la chose essentielle c’est que chaque propriétaire a droit au crédit. S'il est mauvais créancier, les censeurs, que les propriétaires choisissent, le lui retirent.

Ces sociétés nous ont rendu de grands services, dans la crise actuelle surtout, dans la crise sucrière de l’année passée qui a profondément atteint mon pays. Chaque année on doit recevoir 20 à 30 millions de francs d'impôts sur les betteraves. Or, vous savez ce qui s’est passé l’année dernière. Ces sociétés ont empêché bien des faillites et de la disette.

La philantropie recommande cette solution. Si en Belgique tous les cultivateurs formaient des associations mutuelles de ce genre, je ne doute pas qu’ils s’en trouveraient très bien.

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