SECTION DE CULTURE MARAICHÈRE ET FRUITIÈRE
Séance du 5 août 1885.
Présidence de M. ParaAcKy, professeur à l'Université de Prague.
M. H. De Bosscnere, secrétaire du Congrès, remplit les fonctions
de secrétaire.
Sommaire : X7V"* question du programme : Quels sont les fruits et les légumes dont la culture peut s’étendre et être avantageuse à la consommation intérieure et à l'exportation ? Installation de halles dans les ports d'embarquement pour la vente directe, par les producteurs, de légumes et de fruits d'exportation, par MM. H. MieT, BALTET, GILBERT, NIEPRASCHK, É. DURAND, DELRUE- SCHREVENS, THEYSKENS, HANSEN, TYMAN, PALACKRY, FAUVEL. — XVI"* question du programme : Nos méthodes de culture des arbres fruitiers sont-elles susceptibles de se perfectionner? par MM. BALTET, MILLET.
La séance est ouverte à 9 1/2 heures.
M. le Président. — Appelé à l'honneur de présider cette séance, je viens vous en remercier au nom de mon pays, dont je suis le représentant parmi vous et que tant de liens fraternels unissent depuis des siècles à la Belgique.
La question XIV, dont nous abordons la discussion, est ainsi conçue :
« Quels sont les fruits el les légumes dont la culture peut s'étendre et être avantageuse à la consommation intérieure et à l'exportation? Jnstallation de halles dans les ports d'embarquement pour la vente directe par des producteurs de légumes et de fruits d'exportation (). »
(1) Voir aux « Rapports préliminaires » les mémoires de MM. DELRUE- SCHREVENS, P. 15-19, F. BURVENICH, p 247-256, et A. AMELIN, p. 257-258.
M. H. Millet. — Les fruits dont il faut surtout recommander la culture sont les beaux et les bons fruits de commerce. Si on me demandait quels sont les fruits que l’on doit cultiver, je donnerais le conseil de visiter d’abord les exploitations et de voir quelles sont les variétés qui produisent, dans chaque endroit, les plus beaux fruits et les plus demandés par le commerce. C'est-à-dire, je conseillerais d'étudier les fruits locaux puis, de faire un choix parmi les plus beaux et les meilleurs fruits, et d’en faire l'essai dans les différentes localités; car il est à remarquer que certains fruits viennent parfaitement dans telle localité et y sont d’un excellent rapport, qu'ils soient cultivés en plein vent, ou en espaliers, tandis que, plantés dans d’autres localités, ils ne réussissent pas. Il y a là une question d'expérience qui nous force à recourir aux connaissances spéciales des personnes qui s’occupent de ces plantations dans chaque localité.
Par exemple, dans le pays de Tournai, certains fruits viennent admirablement en plein vent, tandis que dans d’autres localités, malgré tous les soins, ils ne réussissent bien qu’en espalier, et même à très bonne exposition.
J'ai vu à Liège d’admirables poiriers (Beurré d'Hardenpont), des arbres gigantesques qui, en plein vent, donnent des fruits que vous n'obtiendriez peut-être pas en espalier à Anvers, ou dans d’autres contrées. Par conséquent nous ne pouvons dire d’une facon générale : cultivez tel ou tel fruit. Nous devons d’abord examiner ce que la nature nous donne dans les diverses localités. Faisons ensuite notre choix parmi ces variétés, et essayons-en de nouvelles. Parmi celles-ci j’ai cru bien faire de vous apporter quelques échantillons d’un fruit qui réussit admirablement chez nous, qui est d’une fertilité extraordinaire et qui est mür déjà depuis environ 15 jours : voici ces échantillons. Je dois vous faire remarquer cependant que ces fruits n’ont pas acquis leur plus grande grosseur.
Voici pourquoi. Ce sont les produits de pommiers greffés sur francs âgés seulement de 3 à 4 ans. De plus, ils sont cultivés en pépinière à l'ombre des autres arbres. Lorsque l'arbre est arrivé à un âge plus adulte, et qu’il est exposé parfaitement en plein air, les fruits sont de moitié plus gros, et de qualité supérieure encore.
Cette pomme c’est le Comte Orloff, qui mürit du 20 juillet au 5 ou 10 août. L'arbre est tellement fertile que nous sommes obligés d'enlever des fruits, même lorsqu'il se trouve en pépinière et qu'il est jeune. Tous les fruits que vous avez sous les yeux sont récoltés sur de jeunes arbres. Je vous conseille d'en faire l'essai car, à l'époque où mürit ce fruit, nous n'avons encore que quelques abricots et quelques pêches.
Je recommande cette variété pour la culture en verger, comme nos Belles-fleurs, nos Court-pendues et d’autres variétés de ce genre, mais je
la recommande particulièrement pour la culture en buissons et sur franc.
La grande fertilité de cette variété permet de la cultiver partout. J'ai fait des plantations en buisson, dans des sols ingrats, secs, arides, dans le pays de Verviers, de Spa, sur des montagnes et dans le schiste. Dans ces contrées, qui certes ne sont pas les plus favorisées du pays, on obtient des fruits splendides. Il faut encore remarquer la grande rusticité de cette variété. Pendant l'hiver de 1879 à 1880, qui a été si rigoureux, elle a résisté parfaitement. Tous les autres sujets ont été gelés. Le pommier Comte Orlof, ainsi que la Duchesse d'Oldenbourg n'ont pas été atteints.
Je crois donc que nous pouvons, en toute confiance, conseiller de multiplier les plantations de cette variété,
Vous savez que la plantation des arbres fruitiers, au point de vue de la spéculation commerciale, est à l’ordre du jour et pour cause : elle est d'un rapport considérable lorsqu'elle est faite convenablement et que l’on sait choisir les bonnes variétés.
Eh! bien, Messieurs, je vous engage beaucoup à cultiver le Comte Orloff en buisson, en haut-vent, dans tous les coins où vous pourriez planter un Seringat, un Lilas ou autre chose. Vous ne manquerez pas d'obtenir des résultats magnifiques.
A l’époque où mûrit ce fruit, nous n’avons guère encore que le raisin de serre.
Nous avons eu dimanche dernier un splendide banquet au Grand Hôtel. Nous a-t-on présenté une belle pomme, une belle poire? Non. Je crois donc que si nous faisions parvenir aux marchés des grands centres et des villes d'eaux, la pomme Comte Orloff qui mürit si tôt et qui est relativement bien fine, on en retirerait les plus grands profits.
Il y a certainement beaucoup d’autres variétés de fruits qui sont recommandablés. Nous avons parmi nous des pomologues des plus distingués qui, je l'espère, voudront bien nous éclairer à ce sujet et nous aider de leurs conseils.
M. Baltet. — Les variétés fruitières destinées à la consommation intérieure et à l'exportation doivent être de nature robuste, au double point de vue de la culture facile et rémunératrice, et de la docilité aux remaniements de l’emballage et du transport. La liste doit en être restreinte et cependant elle doit comprendre un nombre suffisant d'espèces, étant données les utilisations multiples de nos fruits.
En voici quelques exemples.
Porriers. — A côté des Williams, Duchesse, Louise-Bonne, Clairgeau, Diel, Amanlis, Mérode, Durondeau, si productives et tant demandées, il ne faut pas oublier les variétés suivantes qui ont également fait leurs preuves :
Beurré Dilly et Dubuisson, bonnes poires d'automne, nées en Belgique ;
Beurré Lebrun très fertile, beau fruit allongé, d'origine troyenne, comme les trois variétés ci-après;
Charles Cognée, arbre généreux, bon fruit d'arrière-saison, robuste en plein air;
Charles-Frnest, joli arbre, joli fruit de novembre;
Docteur Jules Guyot, véritable William, privée du goût musqué, arbre des plus généreux ;
Délices Cuvelier, fruit belge, beau et bon;
Doyenné de Montjean, sorte de Doyenné gris d'hiver;
Duchesse de Bordeaux, arbre fécond, bon fruit d'hiver;
Favorite de Clapp, la plus jolie, peut-être, des variétés de première saison ;
Madame Treyve, c'est une poche remplie d'eau sucrée;
Marguerite Marillat, arbre fertile, beau et bon fruit;
Nouvelle Fulvie, bon fruit d'hiver, assez robuste aux intempéries;
Olivier de Serres et Passe-Crassane, arbres trapus, excellents fruits d'hiver;
Président Mas, fruit de bonne vente et de bonne qualité;
Pierre Joigneaux, arbre des plus vigoureux, fruit beau et bon.
PommiErs. — Les pommes les plus recherchées aux Halles sont les Calville blanc, Reinette du Canada, Reinette grise, Reinelle franche, Api rose, Belle-fleur, mais dès que les variétés ci-après seront plus connues, le consommateur et le négociant en fruits les réclameront tout autant :
Astrakan rouge, arbre robuste au froid, joli fruit coloré, de premiere saison;
Belle-fleur jaune, arbre pyramidal par ses formes et remarquable par sa qualité, le fruit mérite le nom de « Calville-reinette »;
Baldwin, arbre très fertile, fruit tardif, coloré, rustique à l'exportation;
Calville de St-Sauveur, pour basse-tige, d’une grande production;
Cellini, arbre robuste, généreux, joli fruit strié, d'automne;
London pippin, arbre ramifié, fécond, fruit beau à voir, bon à manger;
Pippin de Parker, genre Reinette grise; arbre de production soutenue;
Pippin de Sturmer, fruit ferme, juteux, tardif, lent à se flétrir;
Reine des Reinettes, arbre fécond, joli fruit, de première qualité;
Reinette Bauman, floraison demi-tardive, fruit coloré rouge sang, abondant;
Reinette de Caux et Reinelte de Cuzy, arbres robustes, pour verger, bons fruits de consommation et de marché;
Transparente de Croncels, arbre des plus vigoureux et des plus robustes au froid, beau fruit recherché pour les desserts et pour la fabrication des gelées ;
Wagener, arbre productif, fruit coloré d'un goût agréable.
PRUNIERS. — La ÆReine-Claude et la Mirabelle, incomparables de qualité, n'empêchent pas le mérite des suivantes;
Coë à fruit violet, beau fruit de maturité tardive;
Des Béjonnières, presque l’égale des Reine-Claude et Mirabelle;
Mirabelle précoce, bon petit fruit de marché ;
Reine-Claude d'Althan, genre de Reine-Claude violeile;
Reine-Claude d'Ecully, forme vigoureuse et exquise du type ;
Tardive musquée, bonne espèce pour la table, la pâtisserie, le séchage.
M. Millet. — J'ai signalé la pomme Comte Orlof. Il y a sans doute d’autres variétés de pommes et de poires très recommandables. Signalonsles; essayons-en la culture.
M. Gilbert. — Dans cet ordre d’idées je me permettrai de recommander une pomme qui vient un peu plus tard, mais qui peut rivaliser avec le Comte Orlof. Elle est également d’une grande fertilité. C’est la Rose de Virginie.
M. Millet. — La Duchesse d'Oldenbourg est également un fruit superbe, d’une production des plus abondantes. Il y en a encore bien d’autres:
Je recommanderai notamment le Rambourg Papeleu, qui est un fruit admirable que l’on ne saurait trop propager.
M. Niepraschk. — Il est bon de recommander ces variétés, mais elles ne peuvent pas convenir pour toutes les contrées, pour tous les pays. En Allemagne il y a également eu des Congrès de pomologie. On a dressé des listes d'espèces recommandables, mais elles ne peuvent servir que pour le milieu de ce pays. Pour le Nord et le Sud, il faudrait une autre liste. Dans les pays rhénans et à Cologne notamment, nous avons des collections de toutes sortes. Mais j'ai trouvé que quelques uns de ces fruits . recommandés ne venaient pas chez nous. Nous avons souvent de fortes gelées tardives dont il faut tenir compte.
La Pergamotte Crassane, par exemple, n’a pas du tout réussi. Tous les arbres de cette espèce que j'avais en pyramide et en espalier ont été gelés pendant les derniers hivers rigoureux. Les arbres ne sont pas tout à fait morts, mais ils ne donnent que quelques mauvais fruits. Il faudrait donc dresser une liste d'apres les pays.
Quant au Comte Orlof, je crois que nous l’avons chez nous sous le nom de Foxley's russian apple. Notre climat n’est pas propre à toutes les espèces de pommes, mais celle-là y vient très-bien. Je vous la recommande, elle a un bon goût et une odeur exquise.
Nous avons encore une autre variété qui est peut-être déjà mûre maintenant et qui est excellente: c’est l'Astrukan. Je n'ai pas cette variété sur haute tige, ou en pyramide, mais sur cordon. Elle n’a jamais
souffert des gelées. Les arbres restent en bonne santé et tous les ans j'ai eu des fruits.
M. Baltet. — À mon avis, les méthodes ne sont guère susceptibles de se perfectionner, mais c’est leur application qui demande às être examinée de près et à être perfectionnée. Il faudra toujours tenir compte des milieux où la plantation sera installée, examiner quelles sont les conditions de sol et de climat, s’enquérir des vents s'ils sont froids, secs, chauds, examiner s'il y a des brouillards, de la chaleur, etc. Il ne faut pas mettre, par exemple, des fruits d'hiver dans les terrains secs, où la sève s'arrête de bonne heure. En Algérie et dans le midi de la France, on ne pourrait avoir ni des pommes à floraison tardive, ni des poires d'hiver, alors que la sève s'arrête au mois de juillet. On doit-y planter des arbres précoces, abricotiers, cerisiers et autres fruits d'été.
Ce côté de l'arboriculture, a-t-il été abordé par les auteurs ? Rarement,
En examinant la condition dans laquelle on se trouve, il faut savoir si l’on doit appliquer les tailles longues, les tailles courtes, les formes buissonneuses ou plates. En Hollande on ne cultive pas comme en Espagne. On parle de traditions; c'est l'expérience de nos ancêtres, — il ne faut pas la confondre avec la routine. — Il conviendra d’en tenir compte dans une juste mesure en l'associant aux conséquences du progrès moderne.
Quant aux fruits locaux il faut s’y attacher, non comme fruit, mais
comme méthode de culture, en appliquant les perfectionnements de l’arboriculture.
A ce sujet on ne peut qu'engager les planteurs à suivre les conférences, les Congrès, ete. C’est ainsi qu’on arrivera à un progrès sérieux. Il faut que les amateurs, les Sociétés d’horticulture et d’arboriculture étudient les fruits qui sont peu connus et les diverses méthodes de culture, pour les recommander quand ils donnent de bons résultats, de manière que tout y gagne, les producteurs, les consommateurs, et les industries auxiliaires de l’arboriculture.
M. Durand. — En 1879-80, il y a eu un fait qui m’a semblé intéressant et qui s’est passé dans la province de Liége, J'ai eu l’occasion de remarquer que dans la vallée de la Vesdre, dans la vallée de l’Ourthe, les pommiers ont été gelés complètement, tandis que dans les parties plus élevées ils ont résisté.
Je demanderai si le pommier Comte Orloff a résisté dans les vallées au bord de l’eau.
M. Millet. — Mes cultures ne sont pas au bord de l’eau, tant s’en faut, car à 300 mèétres de ma demeure le sol est de 15 mètres moins élevé que chez moi. Mes arbres ont été gelés parce qu’ils étaient vigoureux et sains. Ceux qui n’ont pas été gelés sont les arbres qui avaient été replantés,
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dont la sève s'était retirée avant l’arrivée des grands froids qui ont été précoces cette année-là. Les variétés Comte Orloff et Duchesse d’Oldenbourg qui ont résisté au milieu des autres, se trouvaient dans des conditions identiques. C’est ce qui me fait dire que ces variétés sont plus rustiques que les autres. Elles viennent de Russie. Nos Court-pendues, nos Belles-fleurs et d’autres variétés ont succombé, mais les deux pommiers dont je parle ont si bien résisté que je n’en ai pas perdu un seul arbre.
M. Delrue-Schrevens. Je n'aurai que quelques mots à ajouter au rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser au Comité organisateur. Il serait d’ailleurs superflu d'entrer dans de longues dissertations pour démontrer toute l'importance de la question que nous sommes appelés à examiner.
Je ne me dissimule pas les difficultés qu'elle présente et les contestations qu’elle peut soulever. En effet, le climat, le sujet, l'exposition et la nature du terrain exercent une influence si considérable sur la qualité des fruits, que des divergences d'opinion doivent nécessairement se produire quant à leur valeur et à leur qualité.
Il serait donc téméraire de vouloir déterminer d’une manière générale et précise les variétés les plus recommandables. Je me suis borné à indiquer une quinzaine de variétés de poires que je considère de premier choix et qui pourront être multipliées et propagées sans crainte de déception. Ce sont : le Citron de Carmes, le Doyenné de Juillet, \' Epargne, le Beurré Giffart, le Bon chrétien William, le Beurré Dilly, le Beurré Degallait, le Beurré Durondeau, la Louise Bonne d'Avranches, le Beurré Dumont, la Fondante des Bois, le Beurré Diel, la Casteline, le Doyenné du comice et la Nouvelle Fulvie.
Bien d’autres variétés pourraient étre ajoutées à cette liste. Le Beurré d'Amanlis, le Beurré superfin, le Seigneur Esperen, le Beurré Hardy, la Marie-Louise, le Soldat Laboureur, la Duchesse d'Angoulème, la Bronzée d'Enghien, le Passe-Colmar, le Beurré d'Hardenpont, la Bergamotte Esperen, sont également des fruits précieux pour la culture en plein vent, mais les uns manquent de rusticité, exigent impérieusement un terrain profondément défoncé et largement amendé, les autres n'étant pas suffisamment adhérents à l'arbre, perdent une partie de leur récolte aux premiers vents de l'équinoxe ; plusieurs enfin produisent parfaitement dans les jardins de ville, mais se gercent et se maculent à la campagne. Il appartient donc aux propriétaires et aux cultivateurs de faire un choix judicieux et de s’assurer s'ils se trouvent dans des conditions favorables pour planter ces variétés.
N'oublions pas de mentionner les poires à cuire et notamment le Martin sec et le Catillac, deux fruits de grande production, de conservation facile et résistant parfaitement au transport.
Le développement de la culture des variétés que nous venons d'indiquer
donnerait certainement aux cultivateurs un rapport des plus lucratifs et des plus rémunérateurs. En approvisionnant nos marchés de tous ces fruits délicieux, les classes déshéritées de la fortune trouveraient des jouissances qui leur sont inconnues. La propagation de tous ces. fruits d'élite aurait donc pour résultat, non seulement d'augmenter la richesse publique, mais elle constituerait en même temps une œuvre essentiellement humanitaire.
M. Baltet. — Vous savez que, depuis quelques années, les États-Unis et le Canada expédient, surtout à Liverpool, des quantités de fruits qui sont emballés en tonneaux. La pomme populaire en Amérique est la Verwlown Pippin. Une autre qui tend à se propager c’est la Baldwin. L'arbre est excessivement fertile, son fruit est coloré et se vend toujours mieux sur les marchés que l’autre qui est verte. Elle est lente à se flétrir et lourde au poids. Dans les essais comparatifs qu’on a faits, on a même trouvé qu'elle était la plus lourde. Comme la vente se fait au poids, les producteurs américains ont trouvé qu’elle était du plus grand profit. C'est absolument ce qui se passe quand on cultive des fraises, on préfère les plus grosses et les plus pesantes parce qu’un panier d’une sorte (Æéricart) est vendue 2 fr. de plus qu’un panier d’une autre sorte (Marguerite), à cause de la différence de poids. C’est le côté commercial, mais nous ne pourrions recommander une variété que lorsque le fruit est méritant. Il n’y à rien à dire contre ceux de la nature que j'indique.
Nous avons étudié la pomme Comte Orloff dans un terrain tourbeux qui, dans les parties basses, a subi jusque 30 degrés de froid: il y a très bien résisté. La Rose de Bohème, pomme allemande, les Zrisck peach et M. Gladstone, pommes anglaises, ont également résisté dans les mêmes conditions.
S'il nous fallait signaler les variétés de pommier qui ont bravé les rigueurs du grand hiver, nous nommerions encore les Zransparente de Croncels, de Vigne, Belle de Pontoise, d’origine française ; Joséphine Kreuter, que nous avons recu d'Autriche ; les Astrakan, Borovitsky, Alexandre, Transparente blanche et autres variétés d'origine russe. À ce sujet, nous rappelerons que la province de Moscou a d'immenses vergers (arbres en buisson et groupés) composés des principales sortes : Zitowka, Anisowka, Anlonomka. Nous en avons recu des greffons de l'honorable D' Regel de St. Pétersbourg. Déjà, la culture et la fructification nous ont fait reconnaître dans Axtonowka, la Cellini des Anglais que nous avions jugée assez méritante pour figurer dans notre « Traité de culture fruitière ». ;
En même temps, nous avons reconnu la Zondon pippin dans les Calville du roi et Citron d'hiver de quelques pomologues. N'est-ce pas une nouvelle preuve qu’il convient d'étudier minutieusement la nomen-
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clature et l'habitat des fruits locaux avant de les propager ou de les recommander ?
M: Millet. — M. Delrue vient de donner une liste de fruits recommandables dans le pays de Tournai, le paradis de la Pomologie. Je signalais tout-à-l’heure que le Beurré & Hardenpont recommandé par M. Delrue pour la culture en plein vent, et qui vient parfaitement dans les vallées du pays de Liège, ne vient pas du tout en plein vent dans les autres localités belges, malgré tous les soins qu'on lui donne. Il ne vient pas non plus en buisson ni en haut vent. C’est pour cela que je recommande l'étude des bonnes variétés locales. Je ne puis recommander pour être planté en plein vent le Bon Chrélien William. C'est une excellente variété, mais chez nous, au premier vent, lorsqu'elle est à demi-grosseur, elle se détache. C’est le vent qui fait la récolte : le pédoncule n’est pas assez solidement attaché.
Je ne sais si dans les localités que vous habitez ce fruit ne tombe pas au premier coup de vent. Je vous engage à bien examiner ce point avant de le faire entrer dans la culture en grand.
M. Theyskens. — Je donne complètement raison à M. Millet, lorsqu'il dit que bien des variétés, telles que le Beurré d'Hardenpont, préconisées pour la grande culture de spéculation en verger, ne donnent aucun résultat en Belgique. Je trouve aussi que pour les cultures de ce genre on recommande généralement, dans les traités d’arboriculture comme dans les Congrès, bien trop de variétés. Pour ce qui regarde le poirier, je ne connais pas un arbre donnant de meilleurs résultats dans notre pays, que le Double Philippe. Il est très vigoureux; il vient bien dans tous les sols, même en pleine Campine, pourvu qu’on prenne les soins nécessaires lors de la plantation. Le fruit gros et abondant se vend régulièrement pour l'Angleterre à des prix tres élevés. La consommation en Belgique même en est énorme, car sans être de toute première qualité, il figure avantageusement sur la table du riche comme sur celle de l’ouvrier. C’est la vraie bonne et belle poire populaire du pays.
Une variété encore fort recommandable c'est la Calebasse Bosc. Excellent fruit de table, connu comme tel de chacun, il se vend toujours à un prix très élevé. Les marchands, dans les grandes villes, le recherchent particulièrement. L'arbre est cependant moins vigoureux que le Double Philippe et je ne conseille pas de le planter dans les sols maigres de la Campine. Si aujourd’hui j'avais à planter un verger dans une terre de valeur moyenne, je planterais neuf Double Philippe sur un Calebasse Bosc.
Dans les sols privilégiés, par exemple aux environs de Tournai, on pourra faire un choix parmi les autres variétés préconisées.
Quant aux pommiers, les bonnes variétés sont encore le Cowrt-pendu et la Belle-fleur quoique bien des Æeineltes soient très recommandables.
Depuis quelques années la culture des arbres fruitiers et entr’autres du poirier et du pommier en buisson ou sur demi-tige, tend à s'établir en Belgique. À cet effet on greffe sur Coignassier et sur Doucin. Ces cultures sont très lucratives et d'autant plus agréables qu’elles produisent trois ou quatre ans après la plantation, contrairement aux vergers plantés en haut-vent qui ne donnent qu'après une dizaine d'années de plantation. Elles se font beaucoup en Angleterre et j'en ai vu de très remarquables aux environs de Londres entre Hayes et Hampton-Court. Les arbres ne sont plantés qu’à trois ou quatre mètres de distance les uns des autres. La chûte des fruits qui empêche bien des variétés très méritantes d’être cultivées en haut vent est peu à craindre dans ces plantations. En effet, le vent a peu de prise sur les arbres qui n'acquiérent que trois ou quatre mètres de hauteur; on peut les abriter par des plantations de Conifères et aussi les relier entr'eux par des fils de fer galvanisés pour obvier au balancement.
Pour la culture du pommier faite de cette facon, je recommande surtout les Reinettes et entr’autres la Reinetle de Caux et la Reine des Reinetles. On y ajoutera quelques variétés à très gros fruits comme le Grand Alexandre, le Warner's King, etc.
Pour le poirier, je ferai un choix de variétés donnant de bonnes et belles grosses poires de table. Je les choisirai de manière à avoir des fruits mûrs avant et après le Double Philippe, c’est à dire, avant et après l'époque de la grande abondance des poires du marché. Ce seront des fruits à emballer soigneusement dans des caisses, petits paniers et non pas à vendre par 100 kilos.
Voici, à mon avis, les variétés les plus estimables:
Avant le Double Philippe:
1° le Peurré d'Amanlis, beau et excellent fruit.
20 le Bon Chrétien William, gros et très bon.
Après le Double Philippe.
1° La Poire de Tongres, fruit excellent et magnifique, mûr en Novembre. ;
2° La Duchesse d'Angoulême, très beau fruit, excellent dans les sols sablonneux. Novembre.
3° Le Beurré Dumont, gros fruit de toute premiere qualité, mür en Novembre, Décembre.
4° Le Beurré Six, excellent fruit très gros pour Décembre.
5 Bergamotte d'Esperen, arbre très productif. Excellent fruit de Janvier à Mars. Recommandable surtout pour les sols sablonneux.
On peut ajouter à ces variétés la Calebasse de Tirlemont, qui d’après M. Millet, est un excellent et beau fruit.
M. Millet. — Lorsqu'on cultive au point de vue du commerce je crois
Cr
aussi qu'on doit se borner à un petit nombre de variétés pour l'exportation et même pour les expéditions à quelque distance de chez soi. Il faut pouvoir envoyer des quantités assez considérables.
Les marchands ne vont pas trouver un amateur chez qui ils rencontrent la plus belle collection de poires et de pommes, chez qui ils pourront se procurer 100 fruits d’une espèce et 100 d’une autre. Il vous demanderont plutôt : combien de centaines de kilos pourrez-vous me servir de telle ou telle variété ?
Pour un amateur, pour celui qui veut charmer ses loisirs, une belle et riche collection de pommes, de poires, de prunes, de pêches etc., c’est parfait! Mais, pour le commerce, ne collectionnons pas : bornonsnous à cultiver peu de variétés et cultivons-les bien et en masse, pour pouvoir les écouler facilement.
À St-Trond, on cultive une mauvaise poire que l’on appelle Æoo! Stock ce qui signifie bâton de choux. Or, cette marchandise se vend en moyenne 930 fr. les 100 kilos et on en expédie en Angletterre autant qu’on en a.
Les fruits sont mangés dans les rues de Londres par les bambins et les ouvriers et ils sont d’un rapport considérable.
Il ne faut rejeter aucun fruit qui donne un produit rémunérateur. Aussi conviendrait-1l de demander des renseignements sur les variétés cultivées dans les divers pays. Chacun de nous mentionnerait ies fruits les plus récommandables de telle ou telle localité, en donnant un petit apercu de la culture qui leur convient le mieux. Cela pourrait nous aider à connaître les meilleures variétés pour le commerce et celles qui produisent le plus.
M. Hansen. — Je partage tout à fait l'avis de M. Millet, qui dit qu’il faudrait, dans tous les pays, dresser une liste des meilleures espèces. Cela s'est déjà fait dans quelques pays ; il est fort intéressant pour nous, étrangers, de suivre les articles publiés sur ce sujet par le Bulletin du Cercle d’arboriculture de Belgique.
Nous avons un avantage dans le Nord, c’est que certains fruits y sont plus parfumés qu'ailleurs. Il y a notamment la pomme Graastener (en allemand : Gravensteiner) qui se développe très bien chez nous et y est fort apprécié; on n’en exporte pas beaucoup, sauf parfois à Paris. Il me semble qu’une pomme aussi excellente et, avec elle, plusieurs autres excellentes variétés, sont beaucoup plus recommandables pour le dessert que les oranges acides.
Nous avons en Danemark bien des variétés qui ne seraient pas dédaignées dans d’autres pays. Voici, par exemple, une poire, le Comte von Molike dont, en ces dernières années, on a vendu beaucoup d’arbres, sous le nom de Xoi Christian.
Les facilités que les moyens de communication offrent aujourd’hui,
permettent de faire des échanges sur une vaste échelle. J'ai eu le plaisir d’être utile à plusieurs de mes correspondants en France, en Allemagne, en Autriche, ete., en leur envoyant des greffes d’arbres fruitiers danois ; s’il y en a parmi vous, Messieurs, qui veulent faire des essais, je me ferai un véritable plaisir de vous envoyer des rameaux.
Je ne puis assez me féliciter, Messieurs, de pouvoir, à titre d’étranger, rappeler à un Congrès international, les grandes obligations que nous devons aux Belges. C’est à eux que nous sommes redevables des bonnes et belles variétés que nous possédons. Des pomologues de tous les pays ont pu se rattacher, en qualité d’adeptes ou de confrères, aux grandes célébrités belges. Je suis convaincu, Messieurs, qu’il n’y à parmi vous personne qui ne désire s'associer à l'hommage de sympathie et de haute estime que nous présentons aux arboriculteurs belges.
(Vifs applaudissements).
M. Niepraschk. -- Je viens d'entendre recommander la poire William; c'est une bonne poire d’espalier, mais en haut-vent elle réussit rarement chez nous. C’est pour éviter ces déceptions que je voudrais avoir une liste dressée par région. On a recommandé également, le Beurré d'Hardenpont : chez nous cette bonne poire devient pierreuse. Ce n'est donc pas une poire de commerce pour notre pays.
Comme l’a très bien dit M. Hansen il y a le Gravensleiner qui est recommandé partout en Allemagne. Il a jadis obtenu le 1° prix au Congrès de Reutlingen; c’est une pomme qui vient très bien dans toutes les parties de l'Allemagne et qui réussit presque dans tous les pays de l’Europe.
J’appuie donc l’idée de dresser une liste générale, par pays, et par localités, là où c’est nécessaire.
M. Tyman. — La question qui nous occupe à fait l'objet de discussions dans plusieurs Congrès. La grande culture a été discutée au Congrès de Bruxelles en 1880. En 1881 elle a fait l’objet de nos travaux au Congrès de Mons. Je ne parle que des poires.
Au Congrès de Bruxelles de 1880, le questionnaire comprenait la question suivante :
À Quelles sont, d'après la qualité du sol, l'altitude et l'exposition, les meilleures et les plus produclives variétés de fruils de verger à planter dans les diverses provinces de Belgique?
À. — Pommes.
B. — Poires.
B. Même question pour les jardins de ferme et de métairie. La liste qui a été arrêtée à l'assemblée générale en 1881 comprenait pour les bonnes zônes 17 numéros.
clé
Le
«+ Double Philippe.
. Beurré d'Amanlis.
. Bergamotte d'automne.
. Louise bonne d'Avranches.
. Joséphine de Malines.
Beurré Capiaumont.
. Calebasse Bosc.
. Durondeau.
. Beurré-Gifart.
. Cuisse-Madame.
. Rousselet de Reims.
. De Curé.
. Besy de Chaumontel.
. Triomphe de Jodoigne.
. Conseiller à la Cour.
. Catillac.
. Marie Louise Delcourt.
La section a recommandé spécialement pour les terres sablonneuses.
Le Les
Beurré Diel.
Bergamotte d'automne.
Rousselet de Reims.
Vous voyez qu'on a fait la distinction d’après le sol. Cela n’est pas sans importance.
Au Congrès de Mons qui a eu lieu l’année suivante, en 1881, le questionnaire portait:
Des meilleures variétés de fruits du Tournaisis et de leur culture.
Le rapporteur était M. Griffon, professeur à l'École d’arboriculture de
Tournai.
Dans son rapport il présente, comme poiriers hautes tiges, 14 variétés.
F © © Œ 1 © OUR co E9 +
. Beurré Durondeau-.
. Beurré de Gallait.
. Beurré Dubuisson.
. Beurré Dilly.
. Bergamotle d'automne où Beurré Cuvelier.
. Beurré Dumont.
. Crassane Dumortier.
. Beurré de Ghelin.
. Beurré des Augustins.
. Castelline.
. Louise bonne d'Avranches.
Beurré d'Hardenpont.