‹ Actes du Congrès international de botanique et d'horticulture d'AnversChapitre 45 sur 53 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

M. Maxime CORNU

professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle, à Paris, délégué du Gouvernement francais au Congrès nternational de botanique - et d’horticulture d'Anvers.

Le programme du Congrès promettait une séance de Microscopie par M. le D' Henri Van Heurck; la haute compétence de ce savant, ses nombreuses découvertes, ses travaux importants sur ce sujet, assuraient le succès de cette séance. Elle devait avoir lieu à son domicile particulier.

Le nombre des personnes qui se firent inscrire pour y assister fut si grand, qu’il devint nécessaire de choisir un local suffisamment vaste pour contenir cette aflluence.

On se réunit dans l’une des salles du premier étage des bâtiments du Musée, au Jardin botanique de la ville, dont M. le D' Van Heurck est le directeur.

Sur une grande table étaient disposés, dans un ordre parfait, les instruments qui devaient servir aux démonstrations. |

Des préparations furent mises sous les différents microscopes grands et petits, au nombre de six, et chacun passa en revue les curieux objets soumis aux observations; le sympathique professeur donnait d’abord une explication générale et ajoutait, avec une bonne grâce parfaite, tous les détails supplémentaires qu’on lui demandait.

Un grand nombre de Dames, qui n'avaient pas craint d'affronter l’aridité des questions scientifiques, manifestaient leur étonnement à la beauté du spectacle qui s'offrait à leurs yeux : l'élégance de la forme, la singularité des ornements que présentent les Diatomées ou les écailles des papillons (toutes choses auxquelles nous sommes habitués dès longtemps), trouvaient des admiratrices enthousiastes.

Les micrographes venus à cette soirée trouvaient dans d’autres parties du programme des objets du plus haut intérêt pour eux.

Il était nécessaire de classer et de séparer les sujets divers, diversement intéressants pour chaque groupe de personnes.

La séance peut se diviser en plusieurs parties,

On pouvait y voir des objets microscopiques grossis plus ou moins et dont quelques-uns étaient très curieux, même pour les savants.

Les excellents microscopes permettaient d'observer les détails des test-objets réputés les plus difficiles et les plus délicats.

On pouvait y passer en revue des instruments très variés, des objectifs des meilleurs constructeurs, des microtômes, etc.; une collection très complète d'appareils relatifs à la microscopie proprement dite, la photomicroscopie, etc.

Mais la partie la plus remarquable a été la résolution du problème si important de l'éclairage des objets pour l'observation de la microphotographie, par le moyen de la lumière électrique, mise à la portée de tous par M. le D' Van Heurck.

Chacun, suivant la tournure de son esprit, pouvait s'attacher à telle ou telle partie, porter son attention sur tel ou tel ensemble d'objets exposés sur la table.

Les -progrès les plus récents de la microscopie étaient exposés par M. Je D' Van Heurck d’une manière claire, simple et précise : on y sentait le savant, maître de son sujet et pouvant dire « guorum pars magna fui »; mais il ne l’a fait qu'avec la plus extrême modestie, il semblait en demander pardon; bref il a conquis son auditoire par la parole comme par les objets qu’il montrait.

Parmi les préparations curieuses qu’on a pu observer dans cette intéressante séance, on pourrait citer un grand nombre de Diatomées, soit isolées, soit réunies; il faut citer spécialement les merveilleuses préparations de Müller qui montrent, rangées régulièrement suivant des lignes parfaitement droites, de nombreuses espèces appartenant à des genres très divers. Ce sont de véritables collections d’une grande utilité pour les spécialistes qui s'occupent de Diatomées.

Les bouquets de Dalton offrent l'exemple d’une habileté semblable; mais là, elle est mise au service d’un effet à la fois pittoresque et artistique ; on a profité de l'apparence irisée dûe à un phénomène complexe (lames minces et réseaux) qui donne lieu à des couleurs très brillantes; on a composé, avec des Diatomées et des écailles d’ailes de papillons, des bouquets de fleurs microscopiques, comme celles qui sont fabriquées à l’aide d’élytres d’insectes : ces préparations ont eu un grand succès de curiosité; on ne pouvait se lasser de les admirer.

Non moins curieuse est la préparation microscopique de Webb, contenant une écriture microscopique faite à l’aide d’une machine spéciale et d'une pointe de diamant. L'ensemble apparaît à l'œil nu comme un grain de poussière sur la lame, et cependant c’est le Pater nosier

tout entier, avec des caractères d’une petitesse telle que « la bible toute

entière, » dit Webb, « pourrait être écrite six fois sur un pouce carré. » La partie scientifique de l'auditoire a admiré trois grands magnifiques microscopes montés pour la circonstance : l’un de Ross, l’autre de Powell et Lealand et un troisième de Nachet (grand modèle à renversement).

On a pu y examiner successivement diverses préparations d’histologie végétale; le bacille en virgule du choléra dont il a été question si souvent cette année et que peu de personnes ont vu encore, a excité l'attention au plus haut point.

Il à été possible de voir avec la plus extrême netteté les stries des test-objets les plus difficiles : le PZeurosigma angulatum, le Surirella gemma, le Grammatophora subtilissima, le Van Heurckia rhomboides et surtout l’Amphipleura pellucida.

On a vu également avec une parfaite évidence les stries des réseaux de Nobert; pendant bien des années elles ont défié les efforts des micrographes; il nous est possible de voir le 19° système de stries.

M.H. Van Heurck a construit deux appareils spéciaux pour obtenir des réseaux semblables à ceux de Nobert ; le premier qui remonte à l’année 1874 donnait des résultats satisfaisants ; le second construit en 1885 a permis d'obtenir des divisions surprenantes de ténuité et de finesse.

Ces diverses observations au microscope ont été, pour prendre un peu de repos, suspendues par la conférence très intéressante de M. le D” Van Heurck sur les avantages de la lumière électrique.

À mesure que les constructeurs obtenaient des grossissements de plus en plus forts, la quantité de lumière envoyée dans l'œil sous forme d'image devenait de plus en plus petite; on a employé successivement des concentrateurs coûteux et compliqués, des sources de lumière de plus en plus vives, également très coûteuses, sans compter la lumière solaire dont l'emploi nécessite une installation compliquée et chère.

Ces sources de lumière sont également des sources de chaleur ce qui ne contribue pas peu à les rendre incommodes.

La lumière électrique réalise de très grands progrès : M. le Dr Van Heurck s’est appliqué, depuis 1881, à en rendre pratique et à en préconiser l'usage,

Cette lumière permet de voir, avec facilité, des détails invisibles ou peu visibles avec les moyens d'éclairage ordinaires, et ce, d’abord parce qu’elle renferme plus de rayons bleus et violets que la lumière des lampes ou du gaz et, ensuite parce qu’elle a une intensité spécifique plus considérable que les autres lumières artificielles et permet donc l'emploi de rayons beaucoup plus obliques.

Il signale ensuite des appareils qui sont à la portée de tous les micrographes pour la production de l'éclairage électrique. Ces appareils sont simples et peu coûteux. Les deux principaux sont :

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I. La pile Leclanché, avec le dispositif que M. Swan a adopté pour pouvoir facilement la mettre en action et la laisser reposer. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de cette méthode d’assembler les éléments Leclanché; nous conseillons vivement de lire l’important mémoire de M. le D° Van Heurck sur /a lumière électrique appliquée au microscope (Journal de micrographie, mai 1883).

Elle à l’inconvénient de ne pas permettre des observations de plus d'une dizaine de minutes; après ce laps de temps il faut donner quelques instants de repos à la pile.

Toutefois M. Swan vient de produire actuellement des lampes qui demandent si peu de guanlilé (ce que les électriciens nomment les ampères) de courant, que la pile Leclanché-Swan permettra à l’avenir un éclairage continu.

La pile Leclanché-Swan a l’avantage de rester active très longtemps : M. H. Van Heurck en possède une batterie qui fonctionne actuellement depuis érois ans, sans qu’on ait duü y toucher.

IT. Pile Trouvé. — M. H. Van Heurck a indiqué à M. Trouvé la disposition des appareils pour les applications au microscope.

Nous empruntons le passage suivant au Synopsis des Dialomées de Belgique p. 220-224, où le sujet est exposé avec une très grande netteté.

« On connait la pile Trouvé : c’est une pile à treuil de 6 éléments. « Chaque élément, composé d’une plaque de charbon et d’une plaque de « zinc, plonge dans un bac en ébonite, contenant une solution sursaturée « de bichromate de potasse, faite d'après une formule publiée par « M. Trouvé (1).

« C’est une modification de sa grande pile que l'inventeur vient de « disposer pour les recherches de la microscopie.

« La lanterne électrique, pour microscope, se compose du générateur « électrique et de la lampe, unis ensemble, ou séparables à volonté. Le « tout réuni forme un appareil aussi élégant que commode à employer « et que le micrographe peut disposer sur un coin de sa table de travail.

« La pile fig. 1 se compose d’un petit bac en ébonite D mesurant « 15 centm. de long., sur 10 c. de largeur et 18 c. de hauteur, divisé « intérieurement, jusqu'aux 2/3 de la hauteur, en 6 compartiments « destinés à former autant d'éléments.

« Intérieurement ces compartiments communiquent par une très petite « ouverture.

(1) Cette solution se fait ainsi : dans un grand vase en grès on met 1 kilo de bichromate de potasse, on ajoute d’abord 8 lit. d’eau et ensuite deux litres d’acide sulfurique du commerce que l’on verse très lentement, par mince filet, en remuant constamment à l’aide d’un tube de verre. Le liquide s’échauffe fortement pendant l'opération et on le laisse refroidir avant de l’employer. Avec les quantités que nous venons d'indiquer on pèut charger douze fois la pile.

« Les parties actives, attachées inférieurement au couvercle E, sont « disposées en six rangées, chacune d'elles correspondant à une des cases « du bac en ébonite. Chacune de ces rangées constitue un élément et est « formée de deux baguettes de zinc allié placées entre trois baguettes de « charbon. Les 6 éléments sont accouplés en tension par des contacts « disposés symétriquement et élégam- « ment sur la surface supérieure du « couvercle qui porte aussi deux bor- « nes pour la prise du courant.

« L'appareil d'éclairage est disposé « sur la face antérieure de la boîte et «est formé par le photophore Hélot- « Trouvé.

« En 1882 lorsque nous décrivimes « l'installation delalumière électrique « pour le microscope, nous placions la « lampe dans une caisse sur laquelle « nous mettions le microscope. La lu- « mière arrivait directement au con- « denseur à travers une lentille plano- « convexe disposée au dessus d’une ne ue sp Je Photo « ouverture de la caisse.

« Le photophore, imaginé par MM. Hélot et Trouvé et destiné par lui à servir pendant diverses opérations chirurgicales, de même qu’à l’examen des cavités du corps : gorge, oreilles, ete., est au fond la même disposition que la nôtre mais réalisée d’une facon beaucoup plus pratique.

« Le photophore est constitué par « un tube en cuivre nickelé (toutes les « autres pièces de l'appareil sont éga- « lement nickelées) où la lampe, qui « est d’un modèle spécial, à filament « droit, occupe la partie médiane. Gaupe ide: PROD

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