‹ Actes du Congrès international de botanique et d'horticulture d'AnversChapitre 9 sur 53 · TON · texte numérisé non relu

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Telle sera, Messieurs, si vous n’avez pas d'observations à faire, la composition du Bureau d'honneur. (Applaudissements).

On va vous faire connaître la composition du bureau effectif du Congrès. (Voir la liste aux « Actes du Congrès, » p. 15).

M. le Président. — Monsieur le Secrétaire-général CH. DE BossCHERE, en sa qualité de Président de la Commission organisatrice, va nous rendre un compte sommaire des travaux préparatoires du Congrès.

M. Charles De Bosschere. Président de la Commission organisatrice.

Messieurs,

Il entre dans mes fonctions de président de la commission organisatrice de vous faire l’historique des travaux préparatoires du Congrès. Je serai bref, car vous avez hâte, je crois, d'entamer la discussion du point qui figure à l’ordre du jouf de cette séance. Je puis d'autant mieux résumer en quelques mots ce que j'ai à dire, que la publication des rapports préliminaires nous a permis de vous fournir les indications principales relatives à l’origine et à la marche de nos travaux.

Lorsque le projet d'organiser à Anvers une Exposition Universelle fut définitivement adopté, le Cercle Floral décida immédiatement de réunir un Congrès international de botanique et d’horticulture. Il jugea que l’occasion était on ne peut plus favorable à une réunion de botanistes et d’horticulteurs de tous les pays, et nous le constatons avec bonheur, le Cercle Floral ne s'est point trompé. Les 650 adhérents qui, non seulement de tous les points de l’Europe, mais aussi des deux Amériques et de l’Afrique, ont répondu à son appel, en sont-la meilleure preuve. |

L'Exposition Universelle n’est pas cependant la seule cause de l’extraordinaire affluence de confrères belges et étrangers. Il en est d’autres que je me permettrai de vous énumérer.

Le Cercle Floral a demandé, dès l’origine, le concours moral de la Société Royale de Botanique de Belgique, celui de la Chambre Syndicale des Horticulteurs belges et celui de la Fédération des Sociétés d’horticulture, concours efficace qui lui a été accordé avec un empressement auquel nous sommes heureux de pouvoir rendre hommage.

Lorsque les premières bases de notre entreprise furent établies, nous nous adressâmes à l’administration communale d'Anvers, laquelle, avec sa sollicitude habituelle, nous accorda immédiatement son patronage et son concours financier. L'honorable bourgmestre, M. Léopold De Wael, voulut bien accepter la présidence d'honneur que la commission lui a offerte.

À partir de ce moment notre Commission pouvait, sans trop présumer de ses forces, espérer un résultat sérieux de ses travaux. Le programme

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fut élaboré, et le principe — mis en avant par les promoteurs du Congrès, — d'inviter les hommes compétents à rédiger des rapports préliminaires sur les divers points de ce programme, fut approuvé par la commission. à

C’est alors que celle-ci s’adressa au Gouvernement pour solliciter Son patronage. Il lui fut accordé. Le gouvernement nomma une commission chargée de favoriser l’entreprise des organisateurs du Congrès et nous fàmes heureux de voir M. le Ministre de l’agriculture accepter la présidence d'honneur. Notre œuvre acquit bientôt une importance que jusque là, nous n'avions pas osé entrevoir. Les gouvernements étrangers furent invités à envoyer des délégués au Congrès, les rapporteurs étrangers désignés par la Commission organisatrice recurent, de notre gouvernement, une invitation officielle à noùs honorer de leurs travaux; le questionnaire que nous avions élaboré en vue d’une enquête sur la situation des études botaniques dans les principaux ‘pays de l’Europe fut envoyé aux gouvernements étrangers. par voie diplomatique. Vous connaissez, Messieurs, les résultats que nous avons obtenus, grâce au puissant concours du gouvernement.

L'œuvre dela civilisation du Congo qui venait de recevoir une brillante consécration, attira de bonne heure notre attention. Le questionnaire spécial, rédigé en vue des études que les membres du Congrès pourraient utilement entreprendre sur la flore et les cultures du Congo, fut accueilli favorablement par l'Association internationale africaine. Grâce à son intervention, nous avons pu réunir quelques documents qui serviront de point de départ à un travail scientifique appelé à rendre de sérieux services à l'œuvre due à l'initiative de Sa Majesté Léopold II.

Le succès qui, dès le commencement, avait couronné tous les efforts de la commission organisatrice, engagea ses membres à demander la haute protection du Roi. Sa Majesté, Messieurs, a, dans maintes circonstances, témoigné de son Auguste sollicitude pour toutes les œuvres qui peuvent contribuer à la renommée de son pays et au progrès de la science. Le roi daigna accèder à notre demande.

Dès ce jour la commission redoubla de zèle et les adhésions, les rapports et les marques de sympathie lui arrivèrent de tous côtés.

Permettez-moi de vous en rappeler deux : l'administration communale de la capitale du royaume et celle de la ville des fleurs, nous ont fait connaître leur intention de souhaiter la bienvenue aux membres du Congrès lors de l’excursion que ceux-ci feraient dans leurs villes respectives. Faut-il vous signaler les nombreux corps savants et les Sociétés botaniques et horticoles qui nous ont envoyé des délégués ? Qu'il me suffise de constater combien vous êtes accourus nombreux à notre appel et quels résultats féconds pour la science et le commerce, vos savantes discussions nous permettent d’entrevoir.

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La Commission organisatrice s’est efforcée, Messieurs, de vous réserver dans l’antique cité flamande, l’accueil le plus sympathique et le plus cordial. Elle a osé compter sur votre dévouement au progrès de la science et elle vous convie à plusieurs réunions où des questions du plus haut intérêt attendent de vous une solution ardemment désirée

Ces travaux laborieux ne doivent cependant pas vous absorber complètement. Aujourd'hui, nous vous invitons à visiter l'Exposition d’horticulture dont la magnificence mérite à tous égards, les éloges les plus pompeux. Le Comité exécutif de l'Exposition Universelle a bien voulu nous autoriser à vous faire cette invitation. 1

A cinq heures, Messieurs, nous ferons une visite au célèbre Musée Plantin-Moretus, grace à la bienveillante autorisation que l'honorable bourgmestre s’est empressé de nous accorder. Là, je pourrai vous’ montrer de quelle délicate attention vous êtes l'objet de la part de notre Président d'honneur, Monsieur Léopold de Wael.

Votre présence à l’Assemblée générale de demain, qui se tiendra au local du Jardin botanique, nous fournira une occasion propice de vous prouver que la Ville d'Anvers entend conquérir des titres sérieux à l'attention du monde savant. Là, aussi vous pourrez saluer les gloires de la science botanique, les illustres Linné et de Jussieu, dont les bustes couronnent la facade de la nouvelle orangerie. Les noms de Charles de l’Escluze, de Mathias de l’Obel, de François Van Sterbeeck, de Rembert Dodoëns et de Barthélémy Dumortier, vous rappelleront les travaux de ces grands botanistes. Au Musée Plantin, vous pourrez admirer les premiers ouvrages de botanique. — qui datent du XVI° siècle — les œuvres célèbres de Dodoëns, de Clusius et de l’Obel, dont la mémoire est chère à tout homme de science et qui furent les précurseurs de cette pléïade de botanistes dont le grand Linné a ouvert la marche avec tant d'éclat.

Messieurs, la Commission organisatrice a cru que la séance d'ouverture du Congrès actuel devait se faire dans une salle dont les peintures racontent le glorieux passé de la cité et en présence des autorités et des membres du Cercle artistique et scientifique d'Anvers qui s’estiment heureux de vous recevoir dans leur beau Musée. |

Messieurs, au nom de la Commission organisatrice du Congrès international de Botanique et d'Horticulture, je vous souhaite la bienvenue et je vous remercie du fond du cœur de l'honneur que vous lui faites en ce jour. Je remercie les autorités qui nous ont si vaillamént secondé, je remercie tous ceux qui, à un titre quelconque, ont contribué ou contribueront dans la suite à la réussite complète de vos travaux, dont le but est le progrès’de la science et la consécration de la bonne amitié qui réunit tous les savants de quelque pays qu'ils soient. C’est sous la haute protection du Roi que nous entamons nos travaux, c’est sous l'égide de la

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Paix, symbolisée par le majestueux Palmier qui domine cette assemblée que nous plaçons le Congrès d'Anvers.

M. le Président. —- L'ordre du jour de nos travaux appelle la discussion d’une question qui a été libellée au programme en ces termes : « La Flore du Congo et les essais de culture et d'acclimatation entrepris dans le nouvel État libre. » Cette question d’une importance si actuelle à déjà fait l’objet d’un certain nombre de communications très-intéressantes, que la Commission organisatrice a fait insérer dans les quatre fascicules qui ont été distribués comme documents préliminaires. Ces notes, ces rapports, ces renseignements émanent de quelques anonymes et de Messieurs Fréd. Burvenich, père, professeur à l École d’horticulture de ‘l'État à Gand, M. le lieutenant Haneuse, M. le lieutenant Storms, M. le docteur Maurice Staub, professeur au séminaire royal pour les écoles supérieures à Buda-Pesth, M. le lieutenant adjoint d'état-major Avaert, M. Calewaert, fils, d'Anvers, M. P. Van den Driessche, agent de l'Association internationale africaine, et M. le lieutenant Roger.

Les bases de la discussion sont donc nombreuses et solides. Il serait à désirer que quelques-uns des auteurs de l’une ou l’autre de ces notes si intéressantes voulussent prendre la parole pour résumer la question. (1)

M. Wittmack. — Vous me pardonnerez si je prends la parole. Je le fais à l’improviste et uniquement pour que la discussion puisse commencer immédiatement.

Je n’ai pas encore lu le dernier fascicule des Rapports préliminaires du Congrès que je viens de recevoir à l'instant. Je constate qu'il contient, à la page 377, la notice sur la végétation du Bas-Congo, de Banana à Stanley-Pool, rédigée par M. Münkemeyer, un des quatre jeunes gens que j'avais choisis, à la demande de l'Association internationale du Congo, pour entreprendre en Afrique des cultures agricoles et horticoles. Il n’a pu se rendre ici par suite d'un empêchement, mais il a donné dernièrement à la Société d’horticulture de Berlin, une conférence dans laquelle il a très bien décrit la végétation du Bas-Congo.

Il nous a rappelé que, quand le voyageur arrive dans ce pays assez triste, il ne conçoit pas de grandes espérances parce que de grands marais de Manguiers et de Phænix spinosa s'étendent sur les bords; les rives sont sablonneuses et couvertes de Cypéracées, de Graminées et de Papilionacées raides.

Les marais s'étendent très-loin, mais là où ils finissent, l'aspect de la

(1) Voir aux « Rapports préliminaires » les mémoires et les notes sur cette question : pp. 269-328 et 377-387. —

nature change, le terrain devient meilleur. Le sol se compose d’argile, ce qui convient mieux pour la culture, mais il a le désagrément de sècher très vite.

Dans le Congo inférieur les plantes qui viennent très bien sont d’abord les Bananiers et le Manioc qui donnent une bonne nourriture.

Le Manioc croît si bien qu’il suffit de couper une branche du tronc et de la jeter en terre pour la voir pousser bientôt après; elle y prend racine.

Le Manioc se trouve même dans les contrées les plus éloignées de la mer, dans l'Ouest et dans l'Est de l'Afrique. On pourrait presque croire que c’est une plante du pays, mais elle a été évidemment importée de l'Amérique centrale où les voyageurs l’ont trouvée.

Sur les pentes des collines viennent les Adansonia ou Baobab, arbres curieux, mais qui ont un bois très léger et dont les fruits ne valent pas grand’ chose. :

D’après M. Münkemeyer, ce qu’il importe le plus d’avoir au Congo, ce sont des légumes. On ne saurait se faire une idée des services qu’ils rendent dans les pays chauds.

Nous qui en faisons une consommation journalière, nous n’y prétons pas grande attention, mais là où l’on ne consomme ordinairement que des viandes de conserve — quand on en à — car il arrive qu’on ne mange pas de viande du tout — si l’on manque de légumes, l'estomac européen se débilite tout-à-fait, les forces de l’homme s’en vont et il lui est bien difficile de vivre. On a d’abord éprouvé beaucoup de difficultés à obtenir des légumes au Congo.

M. le professeur Schweinfurth a reproché aux Portugais d’avoir passé 200 ans dans ces contrées sans réussir à obtenir des radis (ÆZilarité). Ces reproches ne seront plus fondés aujourd’hui, car on a réussi la culture des radis, des choux, des betteraves, des raves, etc.. Je vois, en jetant un coup d'œil sur le rapport de M. Münkemeyer qui vient d’être imprimé, un passage où il dit que les radis, trois sémaines après qu’ils sont semés donnent un produit excellent. D'après les notes insérées dans le même fascicule vous pouvez voir que la laitue croît très bien dans ces pays, de même que les oignons et les haricots.

Les pois viennent moins bien, ils ne donnent qu’une demi-récolte, mais on obtient de très bons résultats de la plantation des concombres, des melons et des tomates.

La chose essentielle pour obtenir des légumes, c’est de créer de l’ombre d’abord. Sans cela, tout périt en quelques jours par suite de l’excessive chaleur du soleil.

Pour avoir de l’ombre, il convient de couvrir les champs de légumes au moyen de châssis. On pourrait en fabriquer avec des branches d'arbres et d’arbrisseaux. Mais cela n’est pas pratique parce que les Termites se

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rendent sous ces branches et détruisent la récolte. On évite cet inconvénient en fabricant de bons châssis de bois.

Les terrains du Haut-Congo sont beaucoup plus favorables aux plantations que ceux du Bas-Congo, mais ce qui serait absolument nécessaire, d’après M. Münkemeyer, pour y créer de grandes cultures, ce serait un chemin de fer .qui relierait le Congo inférieur au Congo supérieur, où le terrain et le climat sont beaucoup meilleurs. Malheureusement on ne peut pas vendre les marchandises du Haut-Congo parce qu'il est trop difficile de les transporter au Congo inférieur.

Maintenant on doit employer à cette besogne des nègres qui ne portent pas plus de 30 kilos chacun. On reconnaîtra que ce moyen de transport coùterait un peu cher. |

M. le Président. — Nous remercions M. Wittmack d’avoir commencé la discussion sur cet intéressant sujet.

M. Baiïllon. — L'œuvre civilisatrice entreprise au Congo par la Belgique, est appelée à une grande renommée. C’est une conquête pacifique à laquelle la science ne saurait marchander son concours, mais qui ne peut aboutir à de grands et utiles résultats que si elle est conduite conformément aux principes scientifiques.

Ce qui n’accompagne pas toujours les grandes et nobles actions, et que, cependant, votre généreuse nation est appelée à récolter, ce sont les avantages d’une entreprise, profitable en même temps qu’elle sera civilisatrice.

Permettez donc à un des botanistes de l’Europe qui se sont le plus livrés à l'étude de la Flore de l’Afrique tropicale, de rechercher ici ce que le règne végétal peut vous offrir d'utile et de profitable dans vos établissements du Congo.

Je n’ai pas, bien entendu, à m'arrêter longuement aux végétaux qui sont connus comme formant le fond de la végétation spontanée et des cultures de semblables pays. Le nom de ces plantes est dans toutes les bouches.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il y aura, pour votre commerce et celui du monde entier, un intérêt de premier ordre à produire dans les régions que vous allez coloniser, les plantes à matières colorantes, les plantes tinctoriales telles que les Indigos, les végétaux textiles tels que les Cotons et les Jutes. Mais vous aurez deux problèmes à résoudre : le choix des meilleurs espèces, variétés et races à choisir; et le choix des méthodes à appliquer à leur culture.

Pour les essences tinctoriales telles que les Indigotiers, vous aurez à juger de la valeur comparative des /ndigofera tincloria, Anil, argentea et de quelques autres espèces qui croissent au Congo ou pourraient y être introduites. Une plante assez voisine des Indigotiers et qui donne

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