‹ Actes et paroles de Pie IX, captif au VaticanChapitre 10 sur 23 · DISCOURS DU 13 AVRIL · texte numérisé non relu

DISCOURS DU 13 AVRIL

Pour diverses raisons, quMl sérail trop long et inopporlon de rapporler à celte place, où nons sommes résolus de ne pas faire de polémique, le discours pontiâcal du i3 avril a eu partout un immense retentissement, mais principalement en France, à cause du passage qui concerne les catholiques de ce pays. Pour expliquer cette émotion et le langage môme du Saint-Père, nous avons cru nécessaire de réunir à TAppendice quelques pièces qui forment comme le dossier de celte affaire, et qui sont reliées entre elles par un court exposé où nous nous bornons, pour ainsi dire, au rôle de rapporteur. Noos ne saurions trop engager nos

lectenn & y recourir annl ou tprèt kvoir In ralloeuUop pontificale que nous reproduisons ici.

oui él6 admis ft présenter leurs bommagesan Saint-Père. 11 y ei France, d'Auiriclie, d'Allenia|!ne, d'Anglelerre. de Beleiqne, d'Irlande, de Pologne, de Porlogal, de Hollande, d'Espagne, de Turquie et d'Amérique. Arrivé vers midi, le Sainl-Përe l'asiil lur son trAne, et alon le comte Spiegel de Diesemberg, s'approchanl de Sa Sainieté, lut, au non de tons les étrangers présents, en français, une Adresse Irès-énennque, eiprimant l'invioTible dévoûmenl des catholiques à la cause de Pis IX. Le Pape a répondu par un discours que la Voce délia Verilà a reconllt aussi ciiclemcni que possible, et que nous traduisons.

Successeur du Prince des apôtres, saint Pierre ; Vicaire, quoique iDdigne, de Jésus-Cbrist, je voudrais que Diea ftt pour moi aujourd'hui te miracle qu'il fit pour saint Pierre lui-même, qui, sans parler plus d'une langue, se fusait comprendre de tant de peuples et de tant de nations divers ; mais si tous ne comprennent pas sur-le-champ la parole qui sort de mes lèvres, tous ta pourront lire après que cette parole sera sortie de ma bouche. Et puisque vous êtes ici comme les représentants de l'univers catholique, je puis vous dire, atîn qu'une conBance réciproque amène une communication réciproque, que j'ai choisi le jour du dimanche pour offrir ce jour-là, chaque mois, et tout le long de l'année, aussi longtemps que Dieu m'accordera de rester sur la terre, le saint Sacrifice de l'autel, à l'intention de toutes les âmes catholiques qui sont répandues sur la surface de toute la terre.

Puis donc que vous me demandez une bénédiction pour tous ces catholiques répandus par toute la terre, je vous la donnerai, et, de la meilleure manière qu'il me sera possible, je ferai l'énumération des divers groupes auxquels ira ma bénédiction.

Et d'abord j'invoquerai celle bénédiction sur le pays le plus éloigné de nous en Europe, le Portugal, et je dirai que j'appelle ardemment sur ce pays les bénédictions de Dieu, parce que ce peuple est bon, parce que ce peuple aspire à recevoir le pain de la vérité. Si ce pain lui est donné chaque

jour, ce n*e8t ni le lieu ni le moment de le dire. Ce que je puis dire, c'est que ce royaume gémit sous la tyrannie du plus féroce maçonnisme , et c'est pourquoi nous devons prier particulièrement pour ce royaume.

Je passe à TEspagne, et je bénis cette nation éminemment catholique, cette nation dont la terre a produit tant de saints pour l'Eglise, tant de saints desquels un grand nombre furent des tjrpes de mortification extraordinaire. Nous vivons en un temps, mes très-chers fils, où on ignore cette mortification, où cette mortification n'est pas désirée du grand nombre ; je bénis donc cette terre d'Espagne, bénie tant de fois par Dieu et sanctifiée, comme je le disais, par l'exemple de tant de saints.

Mais, hélas ! cette Espagne, depuis plus de soixante ans, elle est en proie aux révolutions humaines, et grâce à ces révolutions, il entre de toutes parts de faux principes, lesquels, je l'espère, ne triompheront jamais, non jamais, car ils trouveront toujours dans ce peuple un cœur catholique pour s'opposer à toutes les scélératesses des impies.

Je viens à la France. Je bénis ce pays habité par tant d'âmes généreuses, ce pays qui a su, de mille manières, subvenir aux besoins de la société humaine par tant d 'œuvres saintes tendant toutes au bien des corps et des ftmes.Ahl cette France qui a si bieninterprétéles sentiments de Vincent de Paul, et qui, de mille manières, est venue au secours des ignorants pour les instruire dans les principes de la religion et de la vraie foi afin de combattre l'impiété; cette France, tantôt au lit des malades pour soulager leurs douleurs, tantôt s'appliquant à combattre les œuvres d'immoralité afin de pouvoir, à l'ombre de saint François Régis, réunir saintement ceux que le mal avait associés ; cette France féconde en tant et tant de bonnes et saintes œuvres qu'il serait trop long d'énumérer, je la bénis et je prie que celte nation marche dans Tunité de la concorde; je prie que certains partis, exagérés de part et d'autre, disparaissent pour jamais.

Il y a un parti qui redoute trop l'influence du Pape ;

ce parti, pourtant, devrait reconnattre que saos humilité aucun parti oe gouverne selon la justice. {Marques d'approbation.) Il y a un autre parti, opposé à celui-ci, lequel oublie totalement les lois de la charité; et sans la charité on ne peut pas être vraiment catholique. A celui-là donc je conseille l'humililé et & celui-ci la charité. A tous je recommande l'union, la concorde, la paix, afin que réunis en phalanges serrées et vaillautes, ils puissent continuer de combattre en France l'incrédulité, l'impiété, l'amour du gain injuste qui voudraient faire de nouveaux ravages au détriment de la justice et de la vérité (1).

Je bénis l'Italie. Pauvre Italie t je la hénis, cette terre doDt on a dit justement, il y a de longues années, que toujours elle était...

Triomptiaaie on vaincue, à servir destinée.

et c'est vrai. Car à présent même qu'elle se proclame une nation propre à faire partie du grand concert du monde, est-ce que l'Italie est libre? Et ne sont-ce pas des chaînes les tyrannies qui s'y font? Ne soot-ce pas des chaînes que cette nécessité où l'on met la jeunesse consacrée au temple et à l'Eglise de s'arracher à l'Eglise et au templeTEt n'avons-nous pas vu de nos yeux ce jeune homme appelé au service militaire, et prenant, au lieu de la chasuble, le fusil, au lieu du manipule, l'épée et pour tout le reste, une dureté, une tyrannie qui montre bien qu'aujourd'hui

(1 ) Voici le texte iialien de la Voce deila Venta :

Qnesia Frantia io la benedico e prego, cbe quesia nazione vida nnitt c concorde; prego cbe cerli partili esagerali dall' nno et dall' altro canu svaniscano nna volta.

C'ë un parlilo cbe leme Iroppo l' infloenza del Papa ; e c{tieslo pirtilo dere pur riconoscere che senza umilla non regge partîio giusio {iigni di approvanione); vi è un paniio opposto a qnesio, il quale dimeniica toUlnienle le leggi dcJla cariti; e senzacariià non si puû essere Yerameole cattolico. Dunque a qnello consiglio l'umillà; a qoesto eonsiglio U cariti; a tulti l'uoione, la concordia, la pace, affinchè qnasi falange stretli e poleuti possano combatiere ancbe m Francia l' incredulilà, cbe tenierebbe far Gtrage, l'enipietl, il deaidetio di gnada^o ingiosto a donno ddia gJDstizia M della Teriti.

eucore l'Italie n'est ni victorieuse ni vaincue, mais toujours esclave des passions d'autrui.

Tarrive à l'Alleroatme et je prie Dieu que ce pays, séduit par le mirage de l'esprit anticathoHque et d'un esprit d'ambition, se tienne ferme, plein de constance, en un mot tel que nous l'avons admiré particulièrement dans le clergé et dans une partie du peuple. C'est un devoir en tous pays et dans tous les royaumes d'obéir à celui qui commande, mais en même temps il faut avec respect et avec force proclamer la vérité. C'est quand les mensonges se publient ouvertement qu'il faut avoir la force de les réfuter, et de les réfuter constamment, même en face des plus horribles contradictions.

Prions donc que Dieu continue de donner à l'épiscopat allemand la force nécessaire pour défendre les droits de Dieu, de TEglise et de la société. Prions pour la conversion des insensés {stolti) qui se nomment Vieuxy parce qu'ils introduisent dans l'Eglise de vieilles erreurs mille fois réfutées.

En résumé, prions pour tous les autres royaumes d'Europe. Prions pour l'empire d'Autriche qui a tant, tant besoin de nos prières. Prions pour la Belgique et pour la Bavière. C'est un petit royaume, la Belgique, mais bien affectionné à ce Saint-Siège ; je le bénis particulièrement et je souhaite qu'il ne change pas ce qu'il possède aujourd'hui.

Je bénis la Bavière, et j'espère que la décrépitude (l'italien porte vecchiezza^ qui est un jeu de mots se rapportant à la secte des Vieux) de certaines gens aura pour effet de donner une nouvelle jeunesse aux vrais principes de la vérité et de la religion.

En même temps, je veux recommander à Dieu et bénir les catholiques de l'Irlande, de la Pologne, de la Hollande et de l'Europe entière; je bénis aussi les catholiques d'Amérique ; je bénis les catholiques d'Orient; je les bénis spécialement afin que Dieu me délivre de l'amertume que

me donne maintenant Constantinople par un schisme fatd. Dieu leur accorde à eux aussi la concorde et la paix.

Puis je crie vers Dieu : Quare fremuênmt gmlês et jiopuli méditait sunt inanta ? Oh ! la réponse qui viendra du ciel sera celle-ci : Il est certain que les peuples sont dans le frémissement et qu'ils vont aux mensonges parce qu'ils ont abandonaé la foi et la religion.

Donc, que tous se mettent d'accord. Que tous les oercles de charité s'unissent ; qu'ils s'unissent les cercles qui s'occupent de l'instruction catholique, ceux qui s'occupent de la Baoclilication des fêtes, ceux qui s'occupent de proscrire les mauvais livres; qu'ils marchent tous d'accord et que tous ensemble ils combattent les combats du Seigneur» non pas avec l'épée, ou avec le canon, ou avec le fusil, mais avec la foi, avec le bras de la justice et avec la parole de la vérité.

Que Dieu vous bénisse et que Dieu vous accorde de garder soigneusement ces sentiments dans vos cœurs, je lève la main et je bénis en vous l'univers tout entier. Hais je vous bénis plus particulièrement, vous qui êtes en présence de l'indigne Vicaire de Jésus-Christ; je bénis vos familles, vos affaires, vos intérêts, afin qu'ils prospèrent et soient bénis de Dieu; je bénis vos patries, je vous béais encore et je prie le Seigneur qu'il vous bénisse tous au moment de la mort, m hora mortis nostrœ aâjuva nos Domine. Au dernier moment de la mort, que Dieu vous b^ nisse, afin que vous puissiez alors remettre vraiment vos âmes entre les mains de Dieu, et que vous soyez dignes de le louer, de le bénir et de vous consacrer à lui dans les siècles éternels. Benediclio Dei, etc.

VOnervaiore nmano, organe officieux de la cour romaine, ndODoé des paroles du Pape au sujet des catholiques de France une version qui diflëre, quant an texte, de la Voce detla Verità, Nous reprodniiODS cette Bccoade version.

Je prie ardemment pour que la France marche dans l'unité et la concorde, et que certains partis exagérés dis-

paraineot II y a un parti qui redoute trop HuQueiiee du Pape ; mais je dis à celui-là que sans humilité ii u'y a pas de gouvernement juste. Il y a un autre parti trop intolérant, et je lui rappelle que sans la charité on n'est pas catholique. A ceux-là donc, je recommande rhumilité;à ceux-ci, la charité, et à tous l'union et la concorde, afin que, serrés comme des phalanges valeureuses, ils puissent combattre Terreur qui fait tant de ravages dans les âmes (1).

Le dimtacbe du Bon^Pasleur, de nombreuses dépatatlons des paroisses suburbaines ont été admises à présenter leur hommage an Saint-Père. Nous donnons d'après la Voce aeUa Yerith^ la réponse dn Saint-Père I TAdresse qui lui était présentée :

Je ne vous dirai que quelques mots avant de vous don- '^uèr ma bénédiction, parce qu'aujourd'hui il me semble que pour notre commodité à tous il fait un peu trop chaud. Ainsi je vous adresserai quelques paroles seulement pour vous disposer à recevoir avec recuillement et dévotion la bénédiction apostolique. Voici donc que toutes les paroisses suburbaines ont voulu se présenter au Vicaire de Jésus- Cbrist en un jour qui est réellement un jour consolant, car c*est le dimanche du Bon-Pasteur, le dimanche où Ton doit méditer sur les qualités immensément divines et paternelles de Notre-Seigneur Jésus -Christ, lequel seul pouvait dire de lui-même qu*il était le Bon Pasteur. Et il Ta dit, parce que, disait-il, je ne suis pas un pasteur mercenaire qui s'enfuit à rapproche du loup, mais un pasteur qui donne sa vie généreusement pour garder les brebis qui lui sont confiées. Je dis mal, il ne dit pas qui lui sont con-

(<) Voici le texte italien de YOsservatore :

Prego caldamente chc la Francla vada anila e concorilc, e che certi partiti estgenui scompaiono. Vi è un partiio che teme troppo Tinfluenza del Papa ; ma io dico a queslo partlto, che senza umiltà non si è governo gmsio. Vi è un eltro pariito troppo intollerante, a questo ricordo che senit earità non si è cattolici. A quelli dunque raccomando Tumiltà, a qaasti la earità^ a tuui Tunione e la coneordia a eio tutti stretti corne ialeafe poleate possano oombattere Tenrore, die lanto fa strage délie anime.

fiées, mais il dit, et avec une grande rûson, les brebis qui sont sieoDes, mes mm; siennes par la création, siennes pv la rédemption, siennes par la conservation.

Nous donc, nous avons la consolation de pouvoir dire que, nous tous catholiques, nous sommes vraiment les brebis et tes agneaux de Jésus-Cfarisl. Jamais il ne nous a abandonnés, même h rapproche du loup. Pour moi, de même, désirant, daos ma misère, imiter le Divin Pasteur, je ne vous ai pas abandonnés, mais je suis demeuré continuellement avec vous, bien qu'il y eût plus d'un péril h rester ici. Et encore que le Pasteur universel se trouve partout dans l'univers catholique au milieu de ses brebis, cependant je suis toujours resté avec vous. Il est vrû, je ne suis pas sorti de chez moi, je ne suis pas allé h Monte- Mario interroger les jeunes filles, ni à Saint-Laurent réci* uu De ffrofundis, ni à Sainte-Agnès renouveler nos actioL de grâces pour les bienfaits reçus ; mais je suis toujours resté ici, et de cœur je suis, pour toutes choses, au milieu de vous. Je ne suis pas sorti pour ne point heurter un gendarme pontifical assassiné (1) ; je ne suis pas sorti pour ne point voir un prêtre assailli à coups de pierres, pour n'en point rencontrer un autre poursuivi à coups de bâton. C'est pour cela que je me suis vu contraint de demeurer ici. Mais d'ici j'ai prié pour vous et pour tous.

Finissons ces quelques paroles, afin qu'elles puissent être d'un meilleur fruit pour vous. Donc c'est aujourd'hui le dimanche du Bon-Pasteur et Jésus-Christ dit de luimême : Ego mm via, verilas et vita. Jésus-Christ est la voie et nous devons marcher par elle. Or, Jésus-Christ a voyagé à travers les douleurs et les conlradictions ; il est mort sur la croix, et nous, comme de bons combattants, nous devons le suivre même au milieu des tristesses et des tribulations. Jésus-Christ est la vérité ; donc, mes chers petits

(1) Allusion an gendarme Da Locca, asiassioé peu aaparavani dans an gael-apena dressé aax aociens soldais da fape par une bande de jeunes gardes naiionaux romains qui se faisaient une gloire d'avoir offert celte victime au Douvean gonvememenl ioslallé k Rotae depois le 20 septembre 4870, parla grlce de la fourbe et de rtuassioai.

fants, ouvrez les oreilles aux vérités de la foi, gardez 3C un soin jaloux ce trésor précieux de la foi. Enfin, (us-Christ est la vie, et nous espérons qu'après avoir M>mpli docilement les devoirs de votre état, vous pour- :, en quittant cette terre, marcher à la possession de la ritable vie dans le ciel, pour louer et bénir dans tous les clés Fauteur même de la vie.

Cest mon désir, c'est le sentiment avec lequel je vous compagne dans vos vignes, dans vos campagnes en os recommandant de vous rappeler toujours qu'il faut ivre Jésus-Christ parce qu'il est la vie et qu'il faut le ivre, non au milieu des divertissements et des alléesses, mais au milieu des tristesses et des douleurs, et lir les oreilles ouvertes non pas aux loups qui entrent itamment dans la bergerie pour dévorer les brebis, mais X vérités de la Foi, au Catéchisme, à la Doctrine, aux iigations de votre état, aux bons exemples, aux enseiements que vous avez le devoir de donner à vos enits. Voilà, en substance, ce que vous devez retenir et à oi vous devez ouvrir les oreilles. Que si vous faites isi, ne doutez pas, vous aurez enfin la consolation de ir Jésus*Christ, dans la Vie Éternelle, et de le louer, mme je vous le disais, dans tous les siècles étemels. Qu'il vous bénisse du haut du ciel, qu'il soutienne le as de son indigne vicaire pour vous bénir encore, qu'il us bénisse dans vos corps afin qu'ils soient sains, dans s âmes afin qu'elles soient toujours telles qu'il désire 'elles soient. Qu'il vous bénisse dans vos familles, dans s petits intérêts, dans vos affaires, qu'il vous bénisse ns la vie et dans la mort, afin que vous soyez dignes de louer et de le bénir dans toute l'éternité. BenedictiOf etc.

^ troisième dimanche après Pâques, fête de saint Joseph, le Saint-Pèrc lonné audience aux Romains des paroisses S. Lorenzo in Lncina ei Maria in Aquiro. LMmmense salle ducale ne suffisait pas à contenir la le, qui était au moins de 3,000 personnes. Vers midi, le Saint-Père venu, accompagné de cardinaux, de prélats, et d*an grand nombre personnages de distinction. Après avoir entendu la lecture d'une très-

belle AdresM, présentée an DDm de l'astiRUnce par le nunthis 3«ritl|Nr le SaJDt-Pâre s'esl levé, et, «l'niia voix forte, aveo an air ds aaati 8ni>

Avant de donner à ce peuple dévoué, comme j*ai coo* tume, la bénédiction apostolique, je vous dirai queiqoH paroles qui vous servent de soutien et dHnstniotioD» cb même temps que de soulagement pour moi dans l'exenke du ministère apostolique. Et d'abord je dirai, pour rot» consolation et la consolation de Rome tout entière, quilf a peu de jours je m'entretenais avec des penonnes venoeB de Tétranger et même de fort loin, et elles me racontaient, à mon grand soulagement, comment l'attitude du peuple romain dans les circonstances présentes formait le sujet des éloges et de l'admiration du grand nombre des hommes par toute ta terre. Recevez donc ces éloges, mais par-dessus tout donooDS des .louanges à Dieu, qui «t l'auteur de tout bien.

Du reste, voulant encore vous consoler par quelque autre parole, adaptée au jour où nous sommesi je vous dirai ce que l'Eglise offre à nos méditations, je veux dire cette parole de Jésus-Christ, qui s'écriait, en s'adreeuat aux apôtres : Modicum et non videbitis me, et ilemm rnoOcum et videbitis me.

Ces paroles semblèrent obscures aux apôtres. La marche des siècles et l'explication qu'en a donnée le divin Sauveur lui-même, nous ont dévoilé le sens de ces paroles : Modicum et non videbitis me. Pour un peu de temps vous oe me verrez plus, mais ensuite, vous me verrez une autre fois (mouvanent). Ce modicum, c'est la vie présente, car ici-bas, nous ne pouvons plus voir Noire-Seigneur avec les yeux du corps. La vie est courte, et c'est pourquoi Noire-Seigneur l'appelle modicum lempus. Mais ensuite, quand nous aurons fait tout ce qui est nécessaire pour nous maintenir dans l'exercice des devoirs chrétiens, alWs viendra le temps oii s'ouvriront les portes éternelles et où nous pourrons être tous admis à là béatitude éterbellé dti Paradis.

Or, pour arriver à cette béatitude, mes très-chers enfants, Jésus-Christ nous a enseigné ce qu'il faut faire, quand il a dit : Ego sum ostium. Je suis la porte^ Pour arriver à la béatitude éternelle, il faut entrer par la porte : et la porte, c'est Jésus-Christ, c*est la foi opérative, c'est-àdire qu'accompagnent les œuvres ; et quiconque n'entre point par ces portes (écoutez ces paroles, qui ne sont pas de moi, mais de Jésus-Christ), celui-là est un voleur, un assassin et un perfide. {MouvemenL) Qui non intrat per osiium fur est et latro. Or, pour bien entrer par celte porte, Jésus-Christ n'a pas craint de se comparer à un homme qui fait un long voyage ei qui, avant de l'entreprendre, appelle autour de soi tous ses serviteurs et remet à chacun quelques talents, afin qu'ils les fassent profiter en son absence. Â Tun il en donne cinq, à l'autre deux, à l'autre un seul, mais tous sont obligés de les faire fructifier«

Fils très-chers, nous sommes en cette vie mortelle, et Jésus-Christ nous adonné à tous un talent à faire fructifier. Il me l'a donné à moi, afin que j'accomplisse mes devoirs vis-à-vis de toute la nation catholique répandue sur la sur-» face du monde, afin que je fasse fructifier ce talent dans l'exercice du saint ministère, Il l'a donné aux pères de famille» afin qu'ils gardent leur famille avec un soin jaloux, qu'ils veillent à l'éducation de leurs enfants et qu'ils «xer« cent sur toute leur famille une surveillance chrdtieone. Tous ont reçu ce talent, et quand Jésus-Christ viendra nous demander compte des talents reçus, tous devront répondre : ce Voilà ce que j'ai fait jusqu'à présent^ » et ne pas dire comme ce servileur qui, par peur de son mattre, cachait le talent, et qui obtint cette réponse : Serve nequant, tu es un serviteur perfide et méchant. Que si, à celui-là qui n'avsût pas fait fructifier son talent, Jésus-Christ appliquait ces paroles serve nequam^ serviteur impie et méchant, que dire de ceux qui, ayant reçu des talents el bien loin de les faire fructifier pour le bitn» les ont foit fructifier pour le mal? Que dire de ceux qui sont venus

empester Rome si iajustemeut? {i/ouvement et approbation.) Que dire de ceux qui emploient leurs taleots à opprimer, à scandaliser, à tenter de corrompre la pureté de la foi de Jésus-Christ.

Je tremble de dire les paroles qui suivent, mais, de m£rae que Dieu a dit : Serve nequam, au serviteur négligeot et indolent, de même il dira aux autres : Diteeditta me, maledicti, in ignetn œtenwm.

HoD Dieu ! que cette parole se vérifie, mais qu'elle a'ail , pas son accomplissement sur ceux dont nous parloos. Ah ! { plutAt, que par un nouveau coup de votre infiaie miséri- ' corde, nous voyions revenir à vous les impies, et les pè> cheurs se convertir !

Cependant, Irès-chers fils, marchons dans cette Toie, i voie de douleurs et de misères. Mais rappelez-vous que i dans l'Ëvangile de ce matio, Jésus-Christ dit encore, eo prenant une comparaison fort commune, que la femme, lorsqu'elle est près d'enfanter, éprouve de grandes dou- j leurs, et après Tenfantement, elle se réjouit et devient ; joyeuse parce qu'un homme est venu au monde. Ainsi en est-il de nous au milieu des tribulaUons. Mais uo jour j viendra, peut-étre en cette vie, incontestablement daos | l'autre, où les douleurs étant passées, nous pourrons, nous aussi, sentir nos cœurs tressaillir d'allégresse en voyant toutes choses remises en leur place et le calme succédera l'horrible tempête qui mugit autour de nous. Oh! que Dieu le fasse. Oui, que Dieu le fasse !

Ce que je désire pour vous, c'est que tous et chacun de vous, lorsque vous vous présenterez au tribunal de Dieu, vous puissiez dire : Voilà le talent que vous m'avieï confié; je l'ai fait fructifier du mieux qu'il m'a été possible ; je l'ai fait servir à me sanctifier moi-même ; je l'ai fait fructifier par de bons exemples, me rendant ainsi utile à la sancUficalion des autres: je l'ai fait fructifier en enseignant, eu instruisant, enfin, en pratiquant toutes les vertus chrétiennes.

Quelle magnifique consolation, en ce moment, de s'en-

tendre dire : Euge serve bone ei fidelis^ quia super pauca fuisti fidelis , super multa te constituam ; intra in goûdium Domini lui.

Concluons, âmes très-chères. Nous marchons dans les Iribulations, m^ nous verrons des jours plus heureux et plus tranquilles. Nous marchons dans les tribulations, mais ces tribulations, souffertes avec résignation, nous procureront la couronne de réternité dans le paradis, où nous serons salués de nouveau par ces paroles si douces : Euge serve bone et fidelis.

En attendant, je prie saint Joseph, dont nous célébrons aujour^ui le patronage, que quand nous serons sur le point de rendre compte à Dieu du talent qu'il nous a confié, ce saint patriarche, a qui a été confiée la protection de VE^^ise, se tienne au lit de vos douleurs, qu'il vous assiste, qu'il vous fortifie et qu'il vous donne la grâce, dont nous avons tous besoin pour passer du temps à l'éternité, pour faire ce voyage irrévocable, dont ne peut revenir celui qui y a mis une fois les pieds.

Je vous souhaite cette bienheureuse mort, entre Jésus, Joseph et Marie, et afin de vous la souhaiter avec une plus ferme espérance, je prie Dieu qu'il vous bénisse du haut du ciel ; je prie Dieu de soutenir ma main levée, afin que je puisse, moi, son indigne Vicaire, vous donner à tous cette bénédiction qui vous fortifie, qui vous donne le courage de combattre, et la grâce de se conformer à ses volontés, inconnues de nous, enfin, qui vous prépare les consolations de la terre, mais par dessus tout les consolations étemelles du ciel.

Benedictio Dei^ etc.

Le quatrième dimauche après Pftqucs, en la grande salle ducale du Valican, le Sainl-Père a donné audience aux paroissiens des Saints- Apôtres et des Sainls-Vincent-et-Anasiase. Pie IX est arrivé vers midi, accompagné de cinq cardinaux, de plusieurs prélats et de personnages illnstres, parmi lesquels on remarquait la princesse de Hohenzollern.

Dana laialle des gardes, le Saint-Père s'est arrêté en face de M. et Madame Foriescue, deux Anglais récemment convertis au catholicisme. On sait que M. Fortescue, doyen anglican de Perth, en Rcosse, a renoncé

pour se faire catholique aux riches bépéfices que lui aasurûl M nlnation. Le Saini-Pèr< les i «aocungés, neo d^tfiKtaenKa paroles, à pw- S^érer dans la vraie Toi, et laar a daaai oomine uaveqir UM médailli pl sa bénédiciion.

A son eniréc dans la salle ducale, le Pape a été accoeilli par les mHm répétés dea 3,000 personoe* prâsealea, qai criaienl: Vive le Pipel ta j milieu d'applaudissements énergiques, qni donnaient t cetu scfae timouvants un caractère iDdicibli-. Qannd le ailence se fol rétabli, le eiré dea Sainis-Apdirea Ini naa très-belle Adresse, t laquelle le Saint-Pire, debout, répondit par ces paroles, qac qods traduisons d'après la Voce dtUà Yariià :

.Comme Vient de le dire le curé des SaioU-Apotres, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avaol de quitter ce moadc d'où ses apôtres désiraient qu'il ne partît jamais, leur déclara, pour les consoler, que, s'il n'était pas parti, le SaiDl-Esprit ne serait pas venu pour leur donner le courage et la force ; mais en même temps il leur dédarait que cet Esprit divin viendrait pour reprendre les impies de leur péché, c'est-à-dire, comme Jésus-Christ t'a dit expressément, enseigné et déclaré lui-même, du péché d'incrédulité. Or ce péché, dans les temps où nous sommes et en ce moment, inonde les plus hautes sphères de la famille humaine dans toutes les parties du monde. Cette incrédulité fait la maîtresse et se promène orgueilleusemenl par tous les chemins de la terre, s'imaginant sans doute demeurer triomphante. Mais elle se trompe, car il y a un Dieu I Oui, et ce Dieu, entouré de nuits intenses et d'uo brouillard épais, a un trône soutenu par la justice et par la toute-puissance.

Ce Dieu, enveloppé dans le manteau des ténèbres et du brouillard, qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie les mj'stères qui émanent de lui et que nous sommes obligés de croire, en soumettant notre intelligence en hommagei la foi de Jésus-Christ. Les impies, au contraire, prétendent établir le principe le plus faux, le plus infernal, celui de ne rien croire en dehors de ce que la raison peut comprendre.

Insensés! Mais ce pain même qu'ils mettent dans leur bouche pour alimenter leur vie, d'où vient-il? Est-ce qu'il ne vient pas de la farine, laquellle est enfermée dans l'épi

iOUtepu iDi-néme par une tige, qui pousse et qui tire son uc du petit grain qui a pris ses racines en terre ! Et tout ;ela« comment arrive*t-îl? Ils qe le savent pas et ils disent: rest un mystère dç la nature. Et de ces mystères de la naure, il y en a beaucoup. Et pourtant ils y croient, pendant [ulls refusant dç croire les mystères les plus hauts de la eUgion de Jésus-Christ, pendant qu'ils veulent mourir \Qmme des esprits forts, comme des esprits inspirés par le lémoo. Et nous avons vu Tun d'eux dernièrement qui est QOrt de la sortCt mort abandonné, derelictus %n iabernaculo KO, mort sans l'assistance de Dieu et de la sainte Vierge darie, mort sans l'assistance des^ anges gardiens et des iaints, et sans que le ministre de Dieu ait pu avoir accès )rè8 de son lit de douleur, pour l'assister en ce moment upréme. Et il est mort, remettant son âme entre les mains le Satan, pour maudire Dieu éternellement aux plus proonds abîmes de l'enfer. Et après, ils prétendent que TËglise [oit encore lui donner ses suffrages, ses honneurs, en un QOt tout ce qui appartient exclusivement k tous ceux qui oeurent dans le sein de cette Eglise t

Ah! ceux-là même qui prétendent ces choses, que sont* Is ? Ils sont encore eux-mêmes sous la colère de Dieu. Qui n êordibus est sordescat adhuc; qui nooet noceat adhuc. Ve%\ là le plus grand chAtiment que Dieu puisse infliger à me âme, de la laisser s'endormir sous le poids de ses iropres vices, de sorte qu'à la fin elle meure elle-môme à a grâce et se sépare du corps comme les premiers incrèlules qui sont sur la terre.

Mais pendant que tout cela se passe, qu'adviendra-t-ll de lous, et quelles seront les dispositions de Dieu? Saint Jean 'a au-devant de cette question et met dans la bouche do )îeu lui-même ces paroles : Ecce venio cito et reddam uniuique secundum opéra ejus. Je viendrai promptement pour lonner à chacun ce qu'il mérite.

Confions-nous donc en cette divine miséricorde qui châie les impies, et puisque le Seigneur a dit : Ecce vento ct7o,

espérons que cette parole, nous pourrons l'enteiidre pour notre soutien, et promptemeut.

Malheur à ceux-là qui s'associent avec les impies etqm jouent avec la Révolution en prétendant la dominer. TM ou tard la Révolution les entraînera dans ses gouffi'es. '

Les désastres récents de ta ville voisine de Naples peuvent encore nous servir d'exemple. Sans rien prévoir et au mépris de toute prudence, beaucoup de curieux sont accourus et se sont approchés du feu dévorant qui s'élançait impétueusement par les horribles bouches du Vésuve, et beaucoup d'entre eux sont restés victimes de leur csriosité malentendue. Ainsi font ceux qui pactisent avec la Révolution et les révolutionnaires, espérant dominer celle-là et réprimer ceux-ci. Insensés ! Et les uns et les autres seront la proie des flammes dévorantes qui les entourent de toutes parts.

0 mon Dieu! je vous recommande ce peuple qui vous est si dévoué et qui se montre si plein de respect pour votre indigne vicaire. Je vous le recommande, aén que les flammes de la révolution ne puissent jamais ni l'approcher, ni l'effrayer, ni le réduire en cendre. HélasI mon Dieu ! vous qui avez dans les mains le sort des hommes, punissez les impies, conservez les bons , encouragez ceux qui les guident, afin que, fermes et pleins de constance, ils restent toujours séparés d'un gouvernement qui ne mérite aucune confiance. {Mouvemenl de vive approbation et applaudissements.) Et c'est pourquoi ils espèrent vainement que je pourrai jamais m'enlendre avec lui. Puisse ce peuple, au milieu de la tempête qui le Qagelle, atteindre le port par votre grâce et chanter l'hosannah de la délivrance et vous rendre grâces, ô Dieu d'infinie bonté I

Je vous invoque donc de nouveau, ô mon Dieu ! Soutenez le bras de votre vicaire qui bénit ce peuple ici présent, le peuple de Rome et tous les catholiques répandus sur la surface de la terre. Vous qui disiez qu'il vous fallait quitter cette terre pour envoyer votre SaintrEspril, faites que cet Esprit vienne, qu'il nous donne la Force, le Con-

seii, la Sagesse et toutes les vertus qui sont nécessùres )Our combattre les combats du Seigneur et triompher de )os obstinés et cruels ennemis.

Benedictio Dei, etc.

Dus la matinée du 3 mai, le Saint-Père a reço les dépntatlons de la 4fciéié poMT Us vUirêU etUhûHquêSy eniroyées par les Tilles de Terraine, Hperoo, Maenza, Roccasecea et Roocagorga. Mgr Trioofelti était à i télé de ees dépatations, qni ont été reçoes dans la salle dn Trône.

A vue remarqaable Adresse loe par le comte Angastin Mitonelli, préidenl de la Société de Terracine, le Saint-Père a répooda par de biendHantes paroles d^eneonragement, en exhortant tontes ees Sociétés à ootinner vaillamment i'œa?re quelles ont entreprise, sans craindre les efforts de la Rérolution.

La Révolution, a dit le Saint- Père, ressemble, comme e rappelait saint Gésaire , protecteur de Terracine, à ce )etit enfant qu'on engraissait, par toutes sortes de moyens, )our être ensuite immolé, les yeux bandés et les mains inchainées, aux divinités menteuses du paganisme. La dévolution, qui enveloppe aujourd'hui le monde entier, le finira pas autrement. Elle sera immolée par ses propres ils et par le fait de ses erreurs mêmes. Mais, tôt ou tard, a vérité triomphera.

Que cette pensée vous réconforte, avec la bénédiction ju Vicaire de Jésus-Christ.

Le 12 mai, le Saint-Père a reçu en audience particulière madame la comtesse d*Uarconrt.

En sorUnt de ses appartemeuu, Sa Saioteié a trouvé dans la salle du Trône une dépulalion d'Espagnols du diocèse de Tarragpne, qui lui ont )iïert un magnifique albrnn rempli d^adresses et de signatures, et de [>lns une somme de 15,000 fr. pour Tobole de saint Pierre.

M. Gîambattista Gran , vicaire général du diocèse, a donné lecture Tune magnifique Adresse demandant la bénédiction apostolique pour le liocèse et pour TEspagoc, et exprimant les sentiments de fidélité et de dévouement de la péninsule ibérique pour la personne du Vicaire de Jésns-Cbrist.

yalbum a été présenté parle R. û' Josepb Casas, secrétaire de H. Gran.

D*après le Catholique de Rome, Sa Sainteté a fait en langue espagnole la réponse suivante :

Je vais satisfaire vos désirs. Il y a quarante-trois ans, ors de mon voyage en Amérique, je passai aux environs

de Tarragooe, et je la vis du baleav h T^pear. Algr; je no pouvùs la bénir et je oe pensais pas qu'un jour viendrait oii j'aurais le droit de le faire. Il y a viu^-six aqs qqs je I4 bénis de cœur, et avec elle toute l'Espagqe- L'Gsp^e squfTre aujourd'hui une nouvelle épreuve, et j'espère que cette épreuve tournera au profit de toute la naUoQ espagnole. Espérons que cette épreuve raffermira l'union dau le olergé, dans les religieux et dans le peuple, et ramènera la paix de tout le royaume. Par ce moyen, il n'y aura plus de péril de perversion dans les croyances et dans les mœurs. Rempli de ces sentimeats et de ces espéraneei, je vous donne ma bénédiction. Que cette bénédiction descende sur vous, sur vos familles, sur les évéques et sur les diocèses I Qu'elle contribue à faire que l'Espagne m moBlre de plus eu plus jalouse de sa foi, et attachée à ce Saint- Siège, qui est le vrai fondement de l'union. Que tons, dis-je, soieiit unis dans la foi, dans la doctrine et dans la prière.

Je le répète, que cette bénédiction descende sur vous, sur les fidèles de Tarragone, sur les autres provinces et sur toute l'Espagne.

Benediclio Deî, etc.

Le mardi ti mai, S. Exe. la princesse Orsini a conduit anx pieds da Sainl-Përc les sœnra de la Via-Crucis et de Saint-ViDcent de Panl, poir rassislance aax malades, doni elle esl la prieure, ainsi qne les coDgrégunisies de la pieuse union des Filles de Marie, dont elle est la prési- Seate.

Elles fiaient accompagnées du révi^reud curé de San-Angelo in Pescheria, de quelques religieuses de Santi-Dorotea et de quelques prêtres, directeurs ou secrétaires desdites co agrégations.

Vers midi, le Souverain-Pontife s'est présenté dans la salle du Consistoire, où ces dames ee trouvaient réunies.

A son apparition, elles se sont tontes agenouillées pour recevoir sa bénédicUon.

Madame Carlotia Boccnri a lu, au nom de ses compagnes, une touchante Adresse, dans laquelle elle a rappelé les épreuves qui affligent acluellemcnt l'Eglise et le besoin que les chrétiens avaient de se tenir nnis.

Mlle Alessandrini a ensuite récité une charmante poésie, dont les nobles expressions ont vivement ému le Saint-Père.

liO Saint-Père a répondu dans les termes suivants rapportés par le Catholique :

Mes obères filles, j'ai appris ^vec plaisir tout ce que vous pa'avez dit que vous faisiez, et j'ai compris la bonne volonté que vous avez de travailler toujours pour la gloire de Pieu.

Lors de Tascension de Jésus-Cbrist, deux anges faisaient desreprQCJ^^ à ceux qui restaient étonnés et inactifs , les yeux tourpés vers le Ciel. Jésus-Cbrist s'élevait au Ciel pour aller nous en ouvrir les portes, et il montait tout rayonnant de splendeur, accompagné de toutes les âmes des justes qu'il avait délivrées des limbes. Naturellement, voyant un homme s'élever ainsi miraculeusement vers le Cie), tpus ceux qui étaient allés avec Jésus demeurèrent la bouche ouverte, regardant en haut avec étoqnement. Mais ces anges vinrent et leur dirent : Pourquoi restez-vous ainsi regardant vers le ciel? comme s'ils avaient voulu dire : Pourquoi perdre ainsi inutilement le temps? Allez plutôt au cénacle, prier avec les autres.

Vpus voyez par là, mes chères filles, qu'il est toujours blâmable de rester dans l'oisiveté, lors même qu'il s'agit de regarder vers le ciel pour voiries choses merveilleuses. En un mot, il faut agir plutôt que regarder. C'est ainsi que vous devez faire toujours et partout où vous le pouvez, soit au milieu de vos compagnes, soit parmi vos amis, soit aussi au milieu de vos familles. Oui, dans vos propres maisons vous pouvez faire du bien : vous pouvez même avoir dans vos maisons quelques petites maladies à soigner; quelques-uns des vôtres peuvent avoir besoin de quelque correction. Eh bien, corrigez-les avec charité et tâchez de les ramener à une bonne vie. Persévérez avec ferveur dans l'exercice de la prière, continuez à travailler et à donner le bon exemple en tout temps et en toute occasion, afin que vous n'ayez pas, vous aussi, à mériter le reproche de demeurer à regarder le ciel.

Assurément, je ne dirai pas à certaines personnes : Quid aspicitis in Cœlum ? Mais je leur dirais plutôt : Que vous sert de regarder la terre? Ceux mômes qui gouvernent actuellement regardent à terre. Je dirai mieux : Le monde a

toujours étéaÏDsi, il a toujours regardé àlerre; aujourd'hiû ceux doDt je parle ne regardent pas simplemeDt à terre, nniB ils regardent Téritablemeot dans les profondeurs delà tentl.

Je dis qu'il fautregarder le ciel et travailler pour le ôel; tout le reste n'a rien de commuQ avec notre salut itemel.

Ce que j'ai dit est suffisant. Il est donc nécessurede faire tout ce que l'on peut, et par Boi-in£me et encore par les autres. Songez, mes très-chères tilles, qu'il y eu a plusieurs qui ne se soucient plus de la loi de Dieu et auxquels on peut adresser le reproche du Prophète : Dùsipaverunt legem (uam.

C'est assez. Allez dans vos demeures, et partez avec iqa bénédiction ; dites à vos parents (spécialement si! y en avait quelques-uns qui eussent la petite maladie dont j'ai parlé tout d'abord), dites : La bénédiction du Saint-Père s'étend aussi à vous ; le Pape vous bénit, afin que vous puissiez recouvrer la santé. Vous le leur direz avec ces maaiëres plus opportunes, avec ces paroles plus convenables dont les femmes savent si bien faire usage.

Je vous bénis, vous, vos familles et tous les objets de dévotion que vous portez.

Beaedictio, etc.

Le dimanche de la Penlecdle, le Saint-Père recevait en audience no grand aombre d'habitants de Rome, parnii lesquels on dislintpait beao' coup de daines et des sœurs de divers insiiluts. Après avoir reçu In préseois et les bommages de l'auistance, le Saint-Père voulut lui adresser quelques paroles, que nous traduisons d'après la Palestra :

Recevez ma bénédiction, afin qu'elle vous fasse du bien et qu'elle vous donne encore plus de-force pour fûre du bien aux autres.

Le monde est si mauvais que tous nous avons l'obligation de faire le bien, du mieux que nous pouvons. Donc, non-seulement les religieux, les religieuses et tous ceux qui se dévouent spécialement, mais ceux aussi qui restent dans le monde et vivent au milieu des affaires, ont l'obligation de faire le plus de bien qu'ils peuvent, afin de réparer le mal qui nous inonde.

Dieu est avec nous. Soyons toujours unis à Lui. Blarchons tous d'accord, et il ne nous abandonnera pas. Voyez, aujourd'hui même le Saint-Esprit nous en donne la preuve par sa descente sur les apôtres, qui étaient tous unis dans la charité et dans la prière.

Aujourd'hui même, saint Pierre et tous les autres apôtres parlèrent pour la première fois à toutes les nations qui se trouvaient à Jérusalem. Hébreux, Grecs, Arabes et même Romains, tous comprirent ce langage, et pourquoi? Parce que c'était le langage de la charité, et aussitôt la charité pénétra dans leurs cœurs. Mais où il n'y a pas de charité il n'y a pas d'union, et c'est alors que domine la confusion.

C'est pour cela que dans la construction de Babel survint la confusion des langues, parce que entre ceux qui bâtissaient il n'y avait pas l'union avec Dieu, mais bien plutôt une conjuration contre Dieu. Aussi la confusion s'ensuivit et la dispersion. Laissons la confusion au monde et à ceux qui suivent le monde ; mais pour nous, suivons les apôtres, suivons les inspirations du Saint-Esprit, et nous arriverons à la possession de Djeu«

BenedictiOy etc.

Le samedi 25 mai, le Saint-Père a daigné recevoir en audience partienlière le commandeur de Figueiredo, ministre da Brésil près le Sainlp* Siège, résidant à Rome. Ha encore reçu divers personnages de distinction, entre autres le général des Dominicains, le T.-R. P. Jandel, et un ecclésiastique éminent, supérieur de Tune de ces institutions pieuses de Rome quij aujourd'hui, sont passées entre les mains des nouveaux maîtres.

Dans la salle du Consistoire, Sa Sainteté a trouvé une nombreuse réunion d^artistes caiboliques venus avec leurs femmes, et désireux de témoigner à leur auguste Père leur affection et leur attachement. M. Pietro Mataloni, qui était à la tète de la députation, a lu au Saint-Père une longue et touchante Adresse, exprimant au nom de tous les sentiments qui animaient les membres de la députation et implorant la bénédiction apostolique.

Ensuite, il a offert à Sa Sainteté TAdresse imprimée et magnifiquement reliée, portant au bas les signatures des visiteurs. (In autre membre de la députation a fait une offrande en argent que ces bons artistes donnaient à titre d'obole de la charité filiale an Pape, persécuté et dépouillé par les ennemis de Dien.

Le Saint-Père s'est levé, la figure rayonnante d'une sainte joie, à la vue de ces artistes catholiques réunis autour de son trône, et leur a

adressé qaelqnes paroles dont le Catholique, de Rome, reproduit cet abrégé aussi fidèle que possible i

Ce malb, a dil Sa Sainteté, la messe a été ud peu longue à cause du grand nombre d'épîtres. Or, daoi une de ces épîtres. il est dit que Dieu prononça ces paroles : « Je répandrai mon esprit sur les hommes, et alors il viendra un temps où vos fils et vos filles prophétiseront et feront des miracles. »

Ces temps vinrent, et, en effet, quelques-uns prophétisèrent et firent des miracles.

Aujourd'hui eocore, les jeunes gens des deux sexes savent accomplir des miracles, en évitant les pièges de l'ennemi infernal et en conservant solidement dans leur cœur les sentiments d'honneur et de religion. Ils Mvent prophétiser, en prévoyant la fin des temps actuels.

Oui, nous devons sortir de cette situation, et alors nous verrons ta religion protégée.

Il n'y a que peu d'instants, une personne recommaodable me parlait de certains jeunes gens confiés i un maître, lequel leur enseigne l'impiété et les blasphèmes avec uQ art vraiment infernal. Continuons donc à prier Dieu pour qu'il use de miséricorde à noire égard.

Je vous bénis vous et vos familles.

Betudictio Det.

Aux Filles de Marie, qni ont été reçues en audience le IT mal, ei qui lui avaient la une Adresse, le Siint-PSre a réponJa par ces paroles, que nous trouvons dans le Catholique :

Que Dieu Vous bénisse, mes chères filles. Vous m*avez dit que vous voulitiz l'eaa vive; Jésus-Christ aussi offrait à la Samaritaine cette eau vive. Celle-ci cependaût ne comprit pas bien d'abord de quelle eau parlait Jésus-Chtist; et elle lui dit : ColumêntpourreZ-vousmedoûùer de l'eau, puisque vous n'avez rien pour la puiser : vous n'avet ni seau, ni corde, et le pilits est Irès-profond?

Et Jésus-Christ répondit : Celui qui boit de cette eftu (VôdISat entendre l'é&u liitturélle) àUfà soif de nouveau:

celui, au contraire, qui boira de Teau que je dounerai, n'aura jamais plus soif. En effet» Teau dont parlait Jésus- Christ est cette intarissable fraîcheur d'esprit qui étanche la soif de Tâme en la maintenant toujours pleine de la rosée des suaves parfums de la grâce de Dieu. C'est cette même grâce qui, en faisant goûter les spirituelles douceurs de Tamour de Dieu et des choses célestes, ne donne plus soif des choses du monde qui ne sont que folies et vanités.

Aujourd'hui je vous dis aussi, comme Jésus à la Samaritaine : buvez de cette eau, et votre soif sera étanchée pour toujours ; buvez Teau divine dont Jésus-Christ est la source; buvez-la en vous approchant souvent des sacnrements, buvez-la en écoutant la parole de Dieu, buvez-la dans la prière continuelle ; et vous n'aurez plus alors le désir de boire aux sources impures et empoisonnées de ce monde.

Voilà l'eau vive que vous m'avez demandée : vous m'avez demandé quelques paroles qui pussent vous fortifier et vous soutenir dans les combats du Seigneur. Li^peu de paroles que je vous ai dites suffisent; en les conservant précieusement dans votre cœur, elles seront pour vous la source d'eau vive qui coulera jusqu'à la vie éternelle»

Que Dieu vous bénisse de nouveau t Je vous bénis» vous, \os personnes, vos familles, vos directeurs et tous ceux qui se consacrent au bien spirituel de vos âmes.

Benedictio, etc.

Le t9 uài, M gfaod nombre de ]eQne§ gehs ftt)f)art^nfi(it à dlibliorables liamiUes d^ Rome, et la plupart étudiants, se réonissaietit an peu ayant ihiai dans la salle du Consistoire.

Ces je«neb gens, qui fbnt paKie de la SaciM Romaine pt>ûi' les intérêts eatkoliûuUy forment une section spéciale, appelée Section des Jeunes genà- Leur lieu hanilucl de réunion est le palais de S. È. le cardinal fietreatte^ q\li les dirige et les éomble de boht^â.

M. le comte Francesco Vespignani donna lecture d'une touchante Adressera laquelle Sa Sainteté répondit par le discours suivant, que n4»ttB rëph^deisons diaprés le Catholique :

Jésus-Christ, dans les derniers jours de sa vie, fut si* gnalé à la haine des Pharisiens, des Scribes et de tous

ceux qui se voulaient pas le recoanaître comme envoyé de Dieu. Pour se moquer de lui et l'injurier, on le conduisit tanlôl ctiez Caîplie tantôt chez Pilate. et tantôt chezHérode, parce qu'ils avaient en eux l'esprit antisodal. aotihamaiOi et qu'ils étaient les ennemis du Sauveur.

Or l'Eglise, en instituant la fête du Corpus Domini eut entre autres motiN celui de réparer les outrages et les injures que Jésus-Christ souffrit dans les allées et venues de sa nuit suprême ; l'Eglise eut en vue de soleoniser la fête du Divin Rédempteur pour le compenser de toutes les injustices et outrages qu'il avait essuyés dans la ville déicide.

Hélas ! mes chers fils , ces processions ne se font plus aujourd'hui. Hélas 1 on l'a vu dans tant de villes d'Italie, et nous l'avons vu aussi nous-mêmes à Rome; on permet certaines processions ayant chacune diverses bannières : ici, c'est ta bannière des Intemationmtx; là, celle des Libres-Penseurs; plus loin celles des Francs-Maçons. On permet à ces processions de circuler librement, on les tolère, on les protège, afin qu'elles puissent circuler selon les desseins de l'enfer; tandis que nous ne pouvons porter Jésus-Christ en procession, sans l'exposer aux railleries, aux blasphèmes, aux insultes.

Puisque celane nous est pas permis, voici une compensation que je reçois avecune grande consolation, et comme vicaire de Jésus-Christ, je la dépose au pied de l'autel où l'on vénère le Très-Saint- Sacrement.

Cette compensation, c'est votre zèle pour le bien.

Vous désirez voir Jésus-Christ glorifié, mais il n'est pas permis de l'honorer dans les rues, comme le démontrent les faits qui se sont passés; vous savez oii, quand et comment le divin Sacrement a été profané. Ne pouvant pas porter Jésus-Christ en triomphe dans les rues, glorifiez-le au pied des autels, partout et toujours.

Glorifiez-le partout, dans les magasina, dans vos ateliers, afin que vous ayez l'avantage sur ceux qui méprisent les choses sacrées-

Et si votre voix vient à faiblir» si le courage vous manque, faites connaître à tous, par votre maintien et parla gravité de votre visage que vous condamnez tout ce qui est contraire à la religion.

Oui» poursuivez votre entreprise. Je bénis en vous ce saint projet. Je connais les dangers qui vous environnent, je sais de quelles embûches vous êtes entourés, et combien vous avez à souffrir. Mais Dieu est avec Moi et avec tous ceux qui désirent sa gloire.

Courage, chers enfants. Et Moi, plein de confiance en Dieu, plein de consolation en voyant tant de jeunes gens si unis, si courageux dans l'accomplissement du bien, je vous donne une bénédiction qui sort véritablement de mon cœur.

Je vous bénis dans vos personnes, dans vos familles, dans vos affaires ; puisse cette bénédiction vous servir d'encouragement dans les amertumes de la vie, de bouclier contre l'oppression de vos ennemis et vous faire grandir dans la piété et la dévotion.

Que cette bénédiction descende sur vous en ce moment, vous accompagne durant toute votre vie, et spécialement au moment de la mort, quand vous serez sur le point de remettre votre âme à Dieu. Les impies devront, eux aussi, la remettre; mais ils la remettront, comme disait Abraham au mauvais riche, pour aller dans une éternité de peines, au milieu des cris et des blasphèmes des démons qui la porteront en Enfer. Que Jésus-Christ soit avec vous dans le moment suprême de la mort et vous accompagne dans le Paradis pour l'aimer, le louer, le bénir durant toute la bienheureuse éternité.

BenedictiOf etc.

Le 4 juin, nne nombrease réunion de jeunes gens et de jeunes filles appartenant à la congrégation de Saint-I.ouis de Gonzague, établie dans Tégiise paroissiale de Sanio*Spinto in Sassia, a été reçue en audience dans la salle du Consistoire.

A sa tête se trouvaient le curé et le vicaire de la paroisse, ainsi oue 1(^ R. P. Leonardi, de la Compagnie de Jésus, qui a prêché le mois de Marie dans cette église.

Ils venait^nt pr<!senier à Pic IX une peinture de la Madone, copie de la Vierge invoqoiïe sons le titre de Salut In^rmorum, ^ui avait été, peu de Jours auparavant, outragée sar la ptaoe Pia, et prier Sa SaiDlete4e la Dfnir et de ta couronacr, leur tnlention étant d'exposer ce tableau 1 la vénéraiion publique sur le sommet du Jaoicule, prè» la TÎlIa Lanle.

Le Saini-PËre, après avoir fait le tour de la salle, daig» éconier h lecture d'une Adresse faite par U. Tcodoro Bruncr, et une autre Adresse, faite au nom de la section des jeuaes filles, par Mlle Elisa Haghetli, puis il répondit par une allocniion que nous reproduisoDS d'aprte k CalhoUque :

Je vous donnerai, mes chères filles, la bénédictioa que vous désirez, après vous avoir, comme c'est mon habitude, adressé quelques paroles pour votre iaslruclion.

Ainsi donc, sous la protecUon de saint Louis deGonzague, vous avez entrepris de faire des œuvres bonnes et saintes. Je me rappelle bien ce que que je vous ai dit une autre fois, et que vous avez rappelé dans Tune de vos adresses, je me rappelle bien que vous avez alors, avec une générosité vraiment chrétienne, offert à Dieu le sacrifice même de voire vie, s'il élail nécessaire pour la gloire de Dieu et le triomphe de l'Eglise; et moi je vous dis que j'agréais l'offre, mais que j'estimais davantage la vie employée en œuvres vertueuses, utiles à vous et au prochain.

A ce que je vous disais alors pour vous raffermir dans vos bonnes résolutions, j'ajoute aujourd'hui un exemple de saint Louis de Gonzague pour vous appren:]re ce que l'on doit faire et par les œuvres, et par la prière, et parles exemples, et parles conseils, en faveur du prochain, spécialement dans ces temps où il est nécessaire de soutenir la verlu qui est en danger, et d'humilier le vice qui triomphe.

Saint Louis de Gonnague était heureux de sa soliUide dans la Compagnie de Jésus, où il jouissait de la paix de la conscience et de la tranquillité de l'esprit, comme un saint peut le faire dans la maison dii Seigneur. Cependant dans sa maison paternelle il survint des événements, (il en arrive souvent au milieu du monde), qui troublèrent la paii de sa famille et faillirent amener de graves discordes

entre plusieurs princes. C'est pourquoi saint Louis reçut de ses supérieurs l'ordre de laisser quelque tempsle cloître, d'aRer i la maison paternelle et de mettre daus sa famille cette paix et cette tranquillilé dont il jouissait dans la mai* son du Seigneur.

Dieu ne put s'empêcher de bénir Tœuvre de ce saint jeune homme, qui lui était si cher.

En effet, aidé de Dieu, il réussit par sa charité, sa douceur, sa prudence, à faire disparaître enGn toute occasion de dissension, et après avoir disposé tous les esprits à la concorde, il s'en retourna dans le cloître, où il mourut peu de temps après; car, comme vous le savez, il est du nombre de ceux qui sont morts dans la première fleur de la jeunesse.

Au dernier moment de sa vie, il répondit à ceux qui lui demandaient : « Frère Louis, comment allez-vous ? » Lœtantes imus; nous nous en allons pleins de joie. Il voulait dire qu'après avoir accompli tant de bonnes œuvres durant sa vie, il se sentait heureux d'aller en recevoir la récompense étemelle.

C'est là le souhait que je forme pour vous. Puissiez-vous tous dire dans ce dernier moment : Lœtantes imus^ de manière q^'en vous rappelant les bonnes œuvres auxquelles vous aurez employé votre vie, en vous souvenant des bons exemples que vous aurez donnés, du bien que vous aurez fait au prochain, soit en l'arrachant aux scandales qui sont de nos jours si répandus ou en ramenant la paix là où elle était troublée, soit enfm en propageant la vertu selon vos moyens et en écartant le vice, vous puissiez répondre à ceux qui vous demanderont : Comment allons-nous? ZœtantesimuSf nous allons pleins de joie recevoir dans le sein de Dieu notre récompense. C'est là mon souhait et l'objet de mon espérance pour vous.

Ayez donc soin, mes enfants, de vivre de manière à faire !e bien à tous, aGn de mériter la bénédiction de Dieu et des hommes dans cette vie et dans l'autre.

En attendant, je vous bénis. Je bénis aussi tous les objets

de dévotion que vous portez sur vous, vos familles, vos directeurs, vos persoDoes. Que cette béoédictioD vous accompagne jusqu'à ce dernier moment où vous pcHuiet dire : Lœtantes imus.

Benediclio, etc.

Le 1 3 juin. Pie IX dona&it audience â l'Union des Dames caihoUqaesr lesquelles, par l'organe de madame la marq'iise Claire Aolid Kùtei, élaienl venues otfrir an Saint-PËre leurs félicitaiions i l'occuion da SS* anniversaire de son pontificat. Nous traduisons, d'après lâ Voce àtUa Verilà, le discours da Saint-Père, en réponse à l'Adresse des Dimet catholiques :

Si Dieu permet que le Saiot-Siége soit si souvent en butte aux contradictions, aux persécutions et à Toppression, de temps en temps aussi Dieu, qui connaît la faiblesse de son pauvre représentant sur la terre, lui envoie des consolations pour lui donner du courage et des forces et l'aider à vivre dans une pleine confiance en la volonté de Dieu. Et ces consolations, en lui donnant des forces nouvelles, le meltenl en état de poursuivre sa voie douloureuse, avec l'espoir d'une fin plus belle, plus heureuse et pleine de gloire.

C'est une de ces circonstances qui se présente k moi en ce moment, et j'en rends grâces au Seigneur Dieu. Je vous rends grâce aussi de ces sentiments de tendresse que vous manifestez et de ces vceux qui, en votre nom à tous, viennent de m'élre adressés. Puisse le Seigneur les exaucer dans son infinie miâéricorde, et puisse-t-il vous donnera vous-mêmes la force et le courage a6n qu'il vous soit donné de continuer votre chemin dans le sentier où vous êtes entrées I

Les périls sont nombreux et les ennemis ne manquent pas; les contradictions aussi abondent. Mais prenons courage, et pour cela, je vous dirai un fait qui me vient en ce moment à l'esprit et qui est arrivé vers le commencement du siècle dernier à une âme bienheureuse.

Je veux parler du bienheureux Crispin de Viterbe. C'élail un laïque, et il avait pour ami un autre laïque qui

luttait avec lui d une noble émulation pour arriver ensemble à ia perfection. Au moment où Crispin devait remettre son âme entre les mains de Dieu, son ami se trouvait loin de lui. Or, une nuit il eut un songe, et il vit Crispin qui» chargé d'une lourde besace, s'acheminait sur un sentier fangeux et plein d'ordures. Et ce sentier était parsemé d'un grand nombre de pointes, de pierres et d'obstacles, par-dessus lesquels Crispin, bien que chargé de sa besace et fort âgé, passait si légèrement, tantôt mettant le pied sur Tune» tantôt sur l'autre de ces pierres providentielles, que la fange n'atteignait ni sa tunique, ni même ses sandales.

Il arriva de la sorte dans un champ couvert de fleurs, au fond duquel se dressait un palais magnifique, et voici qu'au devant de Crispin s'élançaient un nombre considérable de grandes âmes et de jeunes gens pleins de beauté qui l'introduisirent dans le palais mystique pour y jouir de Dieu durant l'éternité.

A ce moment, l'ami de Crispin s'éveilla et il dit : Crispin est mort. Et le songe que j'ai fait m'apprend que cet homme de Dieu ayant cheminé à travers les souillures du monde sans en être jamais atteint, jouit maintenant dans le Paradis du prix et de la couronne de ses vertus.

Voilà, mes très-chères filles, un fait qui m'a toujours donné le courage de voyager sur cette terre, à travers les scandales. Je le sais, il est difficile de mettre toujours les pieds sur un terrain sûr, et de se garder des souillures qui vous environnent. Cela est d'autant plus difficile que notre nature est misérable et lâche, qu'elle pèse sur notre esprit et qu'elle rend plus pénible le combat contre nos ennemis. Cependant ne perdons pas courage et allons résolument de l'avant pour arriver à ce beau palais.

Vous entrez dans les églises et vous les faites retentir de vos prières. Vous entrez dans les églises et vous vous approchez de la table sainte, qui donne la force, la vigueur, le courage et les lumières qui sont nécessaires pour cheminer à travers de si grandes ténèbres. Au contraire, ceux

qui sont contre nous n'entreot pas daos ces lieux saùUs. Et à cp. propos, je vous répèlerai une parabole bien coïknue, en l'appropriant aux circonstances. La parabole, sortie de la bouche infaillible du divin Rédempteur, c*etl la parabole de l'Enfant prodigue. Vous prouvez suraboBdamment que vous ne l'ignorez pas, vous qui vous occupez de ceii pauvres femmes qui ont besoin de votre secoun, alin qu'elles deviennent, de fîlles prodigues, des fillea pénitentes, et qu'elles se rendent dignes, elles aussi, de faire booneur à l'Eglise de Jésus-Christ.

La circonstance que je veux vous rappeler, la voici : vous savez que le frère aîné du prodigue, revenant d'une excursion dans les champs et s'approchant de la maison, entendit les accords de la musique que son père, plein de tendresse, avait ordonné de faire entendre pour célâ)rer le retour de son fils ; or, apprenant des domestiques qu'on avait préparé, en outre, un festin somptueux, le frère aine s'en alla avec dépil et ne voulut pas entrer. A'oluU intrare in domtitn suam.

Ah I mes trés-chéres filles ! Ceci est, en petit, la ressemblance de ce qui se passe aujourd'hui. Nous enlrons dans les églises, et eux ils n'y entrent pas; nous avons soin de nous approcher de la table eucharistique, et eux, non contents de la fuir, ils blasphèment la sainteté de cet augHsl& mystère.

Ils s'imaginent donc, eux et leurs pareils, que pour cal — mer les misères de ce monde (je l'ai lu l'autre soir dans utt de leurs journaux, qui se disent otTicieux, et je ne sais em> vérité ce qu'ils sont), ils s'imaginent donc que toute religion est bonne, et que, par suite, les blasphèmes de Luther et de Calvin, la superbe cl l'arrogance de Pbolius et les ignominies de Mahomet suffisent pour tranquilliser les esprits. Et pourtant, hélas ! ce sont ceux-là qui sonlles grands misérables.

Prions pour eux, prions beaucoup, afin qu'ils cessent ces persécutions contre l'Eglise de Jésus-Christ, qui leur sont fatales à eux-mêmes.

Je vous dirai encore une parole avant de vous bénir. Dans les premières années de mon pontificat» avant de quitter Rome, sous le coup de la Révolution, il y avait un hoorme, mort aujourd'hui, qui était ministre, parmi tous ceux en grand nombre qui se sont alors succédé. Il était assez révolutionnaire, mais un révolutionnaire du genre plus tranquille, et non de ceux qui prennent en main le poignard el le revolver. Et il me disait avec force protestations : « Une fois les Allemands partis, très Saint -Père (et il ajoutait au mot allemand une épithète disgracieuse) nous ne désirons rien de plus. Quand nous serons délivrés de ce joug que nous haïssons, nous voulons ôtre vos sujets fidèles, et gare à qui attaquerait la sainteté de la religion de Jésus-Christ. De cette religion nous serons toujours les défenseurs, et nous serons à vos ordres pour soutenir cette doetrine dans son intégrité. »

Eh bien, vous avez vu ce qui est arrivé. Ces promesses, le vent les a emportées el elles ont jonché la terre. Vous avez vu comment ils ont agi ces hommes, une fois les Allemands chassés. Vous avez vu quelle union, quelle concorde, quelle paix ! Vous avez vu les provinces gagnées par celui qui les avait perdues ! Vous avez entendu ensuite les compliments qu'on a faits aux Allemands. L'Allemand, qui était un ennemi si perfide il y a vingt-quatre ans, est devenu aujourd'hui un objet de vénération. Ohl le monde; comhien il est pervers ! Le trait d'union pour certaines nations aujourd'hui, c'est la haine contre le Seigneur et contre ion Ckrisi.

Courage donc et constance, mes chères filles, dans le sentier que vous suivez maintenant; ne doutez pas : des deux côtés de vous tomberont, à droite et à gauche, les traits de vos ennemis. Mais Dieu vous assistera, Dieu qui distribue les biens, et qui, en même temps, lire des trésors de sa justice les fléaux et les peines. Oh ! oui, Dieu se souviendra de cette parabole de l'Enfant prodigue, où il est représenté comme un Père miséricordieux et plein d'amour. Il se souviendra de vous, de moi, de toute l'Eglise catbo-

lique, et, levaot son bras lout-puissaDt, il commaDdera aux flots tempélur-ux de s'arrêter à l'endroit qu'il aura marqué et il dira : Que le calme se fasse et qu'arrive la pùx I

C'est dans ces seatimeols que je vous béais- Reoerei avec ma béoédictioD l'expresstoa de ma recouDÛssanee pour le zèle que vous mettez à poursuivre la gloire de Dieu, le bien et la saoctitî cation des âmes. Que celte bénédiction répande le courage dans vos âmes, qu'elle entre dans vos familbs et qu'elle y étouffe toute dissension, toute contradiction; qu'elle apporte dans vos maisons la paix, le bien-être et l'allégresse; que cette bénédiction soit avec TOUS au dernier moment de votre vie, lorsque vous remettrez vos âmes dans les mains de Dieu, et que de vos lèvres mourantes s'exhale ce dernier cri : Dieu soit béai, béni dans sa miséricorde, dans sa justice, béni pour toujours. Et toujours vous le bénirez, lorsque Dieu vous aura admis dans la gloire éternelle du paradis.

Bmedictio Dei, etc.

Le U juin, le présideM ie \^ Société romaine pour tes inlérËls eaiholiques présentait au Saint-Père, avec l'hommage des six mille associé* romains, trente dépulatioQS de sociétés fondées dans les autres villes d'Italie à l'image de la Société de Rome et affiliées à elle. Il ; avait, CD outre, les représentants des sociétés catholiques élrangéres de la Pmsse rhénane, de l'Amérique septentrionale, de la Suisse, de la Belgique, de l'Irlande, de la France, de l'Augleterre, de l'E-^pague, de rAntricbe, de GohUet du Pérou.

Les vastes salles, les loges, les musées el les appartenneuts da VaiicaD élaient'trop étroits pour contenir l'immense foule des visiteurs, qaï refluait par delà. Dans l'une des galeries du musée, il y avait, en outre, vn millier de dames nohies, de princesses, de femmes du peuple, réanies ensemble et confondues dans l'iïlan d'amour qui les avait amenées vers leSaini-Père.

Pie IX sortit de ses apparlemeols privés vers onze heures, suivi dn cardinal Borromeo, de beaucoup de prélats, de princes et de penonnages de distinction. Après avoir entendu la lecture d'une 1)elie dédicace, chef-d'oeuvre de calligraphie et d'épigraphie, écrite sur parcbemin et Or-iée de mioiaiares, que présentait le prince de Campagnano, au nom de l'assistance, le Saint-Père répondit par ces paroles, que nous traduisons de la Yoce dtlla Verilà :

C'est pour moi une grande consolation de voirqu'aujourd'huiil est arrivé du peuple catholique ce qu'il arriva autrefois de ce peuple dont Dieu disait : a Ce peuple se

fatigue du pouvoir des prêtres, et il demande à être régi, lui aussi, par le sceptre et la couronne. Mais le temps n'est pas loin où il devra se repentir de ce changement (1). )> Qu'ils lisent les paroles que les conseillers de Roboam disaient après la mort de Salomon, et ils verront la différence entre Tun et Tautre régime. Ils verront qu'au lieu du maître plus doux qu'ils espéraient en prenant ce jeune homme, ils durent, après l'expérience, reconnaître combien le gouvernement postérieur était plus dur que le premier.

Pour vous, déplorant, tous tant que vous êtes, l'usurpation d'un sceptre mal placé dans les mains qui le tiennent, vous renouvelez vos vœux en faveur de ce pouvoir sacerdotal qui, par la grâce de Dieu, n'était pas si mauvais que le voulaient faire croire les ennemis de l'humanité et de l'Eglise de Jésus-Christ. Je vous rends grâces à tous, et je vous demande de répéter mes paroles à tous ceux qui sont venus avec vous, mais à qui ma voix m peut aller, à travers Timmensilé de ces salles qu'ils remplissent. Je vous bénis tous, je vous bénis de cœur, le prince de Gampagnano qui a parlé et toute l'immense compagnie qui lui fait comme une couronne et qui me fait aussi une couronne à moi, une couronne superbe, et qui console mon cœur.

BenedictiOf etc.

Ayant ainsi parlé, le Saint-Père traversa toutes les salles, s'arrétani à chaque instant pour distribuer des paroles gracieuses à tous les assistants, qui ne cessaient de témoigner leur dévouement et leur émotion par des signes de tendresse répétés, et par leurs universelles acclamalions.

Outre l'audience générale dont nous venons de parler, le Saint-Père avait reçu la Société pour les intérêts catholiques de Velletri. A l'adresse

2 ni lui était présentée, le Saint- Père répondit par ces paroles que le atholique traduit de VOsservatore romano :

Je vous donne bien volontiers la bénédiction aposloli-

<4) Voir la note de la page 203.

que ; je bénis les présents et les absents, et j'appren^ avec plaisir comment l'assistance fréquente à l'église et k la sainte communion a démontré dans ces derniers joim que Vellelri se conserve encore chrétienne en dépit du petit nombre de ceux qui la troublent.

Si les persécoUoDS et les contrariétés rappellent votre âme à Dieu, on pourrait dire, comme de la faute d'Adam : O felix culpa. Mais je ne puis le dire, parce que le md laisse toujours les traces de l'impiété, et l'on sait par expérience que les eiïels de l'impiété sont terribles, autrement la consolation serait entière, et nous pourrions dire fdias eulpa. Je prîe donc Dieu qu'il tasse disparaître bientôt cette faute, malgré les belles choses et le grand bien que BOUS voyons.

Je vous remercie des bons sentiments que vous m'avez exprimés. Je bénis, comme je l'ai dit, tes présents et les absents. Portez cette bénédiction à tout le diocèse et à vos familles.

Benediclio Dei, etc.

Le 16 jain dans la matinée, loul le pairiciat romain s'âlait rassemblé dans la salle du Con^isioire, pour offrir aa Saint-Père le nouveau lémoigoagc du dévoucmcDt de la DOblcsse à sa cause. II y avail là les plus beaux noms de Rome et de l'Italie. Prioces, marqais, comtes, tous étaient Tenus avec leur famille et remplissaient la vaste salle- A onze henres Uvis quarts, le Sainl-Père apparut, en compagnie des Eminenlissimes cardinaux Asquini, Bizarri, Bilio, Consolini, de l'archevêque de Sorrente de l'évoque de Viterbe, des prélats de sa cour et d'autres priïlats. A sa vue, lonte l'assistance se mit à genoux, mais, sur un si^nedu Saint-Père, tout le monde se leva, cl le marquis François Cavalelti, s'approchant da trOne, lui une mngniiiqDe adresse, k laquelle le Saint-Père répondit par un discours que nous traduisons de la Voce délia Verilà.

Le divin évéque et le pasteur de nos âmes, Jésus-Christ notre Sauveur qui, depuis le premier moment de !a créalion de l'Eglise, a toujours eu son Vicaire sur la terre, Ta encore aujourd'hui. Mais ce divin fondateur de l'Eglise et cePèredenos âmes sait bien quelle est la faiblesse du Vicaire actuel qu'il a sur la terre. El c'est pourquoi il n'a pas voulu que je fusse obligé de l'imiter dans tout ce qui lui advint dans sa douloureuse passion. Lm fut abandonné

de tous, à ce point que, sur Tautel de la croix, les bras étendus» il put s'écrier: Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné ? Pour moi, dont le divin Jésus connaît la faiblesse» il n'en est pas ainsi. Je suis constamment fortifié» et le secours d'aujourd'hui est encore plus dottx à mou âme parce que vous» qui aujourd'hui me faites une si belle couronne» vous appartenez à une classe plus illustre de la société.

En général» mes chers enfants» les exemples descendent de haut en bas» et ceux qui viennent d'en bas sont moins piûssants que ceux qui viennent d'en haut. Nous en voyons rapplication ici même» car c'est à votre exemple que toute cette ville ou du moins la plus grande partie (comme j'en ai encore eu la preuve hier) s'est encouragée à demeurer ferme et constante dans l'exercice de ses devoirs» dans la pureté de sa foi etide ses seatiments.

Aussi, je disais hier une chose que je répète aujourd'hui, afin qu'elle soit plus claire encore. J'ai dit hier : non (1)» vous n'avez pas fait comme fit» il y a tant de siècles» ce peuple qui s'appelait alors le peuple de Dieu, le peuple d'Israël ; vous avez agi tout autrement. Ce peuple se montrait fatigué de l'autorité sacerdotale, et il pria Samuel de lui obtenir de Dieu qu'il pût remplacer le pouvoir du ralional aux mains des prêtres, par le pouvoir du sceptre aux mains du roi» en un mot la tiare par la couronne de cette terre» et ilfiit exaucé.

J'ai dit que, tôt après, ce peuple se repentit de cette substitution qu'il avait si malheureusement désirée. Et parce que je ne pouvais» hier, parler commodément à. une si grande foule répandue dans de si vastes appartements,, je recommandais de lire cette histoire au livre des Rois, afin de voir ce que fil Roboam» fils de Salomon, lorsque se présenta devant lui une députation» comme on dirait «u-

(4) Daas le discours auquel (ait allusion la Pape, et que nous avons reproduit plus haut, d'après la Voce délia Verità, celte négation imporlanle avait éié omise, ce qui changeait absolument le sens des paroles du SaintrPère.

jourd'hui, lui faisant observer qu'il était nécessaire de diminuer un peu les charges qui pesaient sur le pen[de. Et lui eut la faiblesse d'écouter l'avis de jeunes gens sans expérience et incapables. An lieu de diminuer les charges il les augmenta du double, et il prit un caractère féroce, et à cause de cela il perdit dix parties de son royaume, Jéroboam lui ayant enlevé dix tribus. Finalement, il ne lui resta que les deux seules tribus d'Israél.

Pour vous, c'est tout le contraire. Vous avex toujoDra ditque le pouvoir sacerdotal est un pouvoir palemel, et qu'au contraire le pouvoir auquel vous êtes présentement soumis est un pouvoir dur et pesant, un pouvoir anticatholique, qui cherche à extirper du cœur de l'enfant et de la jeunesse les principes de la foi et de la piété. Nous en avons des exemples tous les jours, en certaines écoles où l'on n'enseigne que l'irréligion et l'iniquité.

Vous donc, continuez à rester fermes dans cette attitude, restez dans ce filet dont parle l'ËvaDgite de ce matin.

Jésus-Christ ordonnait à Pierre de pécher et Pierre lui disait : Maître, je me suis fatigué toute la nuit et je n'ai pas pris un seul poisson. A la lin pourtant, voyant que Jésus le lui ordonnait, saint Pierre se remît de nouveau à pécher, et il y eut une telle quantité de poissons, que le filet se rompait. Mais, comme le remarque excellemment le vénérable Bède, bien que le filet fût rompu, aucun poisson ne s'en alla.

Ainsi en est-il de vous. Ceux-là, en faisant brèche an mur de la Porta Fia, sont venus pour faire tout le njal qu'ils ont fait et pour inonder la ville de toutes sortes de scandales et d'iniquités. Mais vous vous êtes rassemblés dans ce Slet merveilleux sous la protection de Dieu, qui se sert de son humble vicure pour vous maintenir unis et constants dans la foi.

Cependant je vous remercie de votre zèle, de voire piété et spécialement des efforts que vous faites pour sauver la jeunesse de la corruption. Ah! faites tout ce quH est en votre pouvoir pour qu'il y ait le moins d'âmes possi

bies arrachées à Dieu» et dressez-vous toujours comme un mur de bronze contre l'iDJustice et l'iniquité.

Que le Seigneur Dieu vous bénisse» et que cette bénédiction vous donne courage, consolation et force. Ne craignez pas. Le Seigneur est avec nous, et si Deus pro nMsy quis contra nos ?

Que le témoignage delà bonne conscience, le sentiment de ia justice et de la vertu soient pour l'avenir, comme ils l'ont été dans le passé, le guide de votre dévouement à ce Sainl-Siége. Ainsi vous garderez la tranquillité et le repos dans tous les jours de votre vie, et Dieu vous fera la grâce de vous faire voir un rayon de lumière, même sur cette pauvre terre.

Benedidio Dei, etc.

Tout le inonde se mit à genoax. Pois le Saint-Père, descendant de son trône, traversa les rangs de Tassistance, donnant à chacun sa main à baiser. Il regagna de la sorte ses appartements, au milieu de Témotion profonde de tous ceux qui fentouraient.

Le 47 juin, le Sacré-ColIége, réuni dans la salle du Trône, a pré« sente ses hommages au souverain Pontife. C*est le cardinal Patrizzi, en sa qualité de doyen, qui a pris la parole. Le Saint-Père a répondu :

Vos paroles me sont toujours une grande consolation, parce que toujours elles montrent comment les cardinaux, unis au Pape, sont ses collaborateurs dans toute l'administration de l'Eglise, laquelle, présentement, est si persécutée. Aussi, il me semble voir aujourd'hui ce que nous avons lu à la messe d'hier : « Jésus-Christ monta sur une barque et il prêchait à la foule. » Il est à remarquer que parmi les barques qui se tenaient près de la plage, il choisit seulement celle de Pierre, et c'est de celle-là, comme étant la première, qu'il parla au peuple; puis il ordonna de prendre le large, et dit aux apôtres : Descendez et jetez les filets, et à saint Pierre : Guide le vaisseau. Duc in aUum.

Successeur très-indigne de saint Pierre, je me suis senti de ia vigueur, moi aussi, et avec votre secours, je suis

monté dans la haute mer. le ne ferai point ici TéDum^lion des paris; tout ce qui est arrivé jusqnici vous le savez. Nous sommes allés en haut, nous avons hiit ce que Dieu a cru pouvoir faire avec Tioslrument le plus foiUe qull ail sur celle terre, mais enGn beaucoup de choses ont Élé faites ; de sages principes ont été établis, des conciles ont été rénnis, des évéqaes ont élé nommés, spécialement dans celle malheureuse llaïie qui avait besoin d'obtenh* assistance, conseil el protection.

C'a été une grande consolation de voir presque tous les sièges épiscopaux pourvus de pasteurs et le peuple italien ranimé davantage de la sorte. Carç*a élé pour moi et pour tous les catholiques une véritable consolation de voir comment lafoi est encore si grande, si puissante dans cette Péninsule. Peut-être faut-il l'attribuer à ce que c'est iùle centre de la foi catholique et que l'Italie possède le successeur de saint Pierre , le vicaire de Jésus-Christ. MaÎDleuaDl nous voyons mieux encore que l'avantage est immense d'avoir pourvu les sièges épiscopaux, publié le Sytlabus et les décrets du Vatican. Mais ce fut aussi l'occasion d'une guerre acharnée qui nous est faite par les ennemis de l'Eglise. Il me semble les entendre réunis enlre eux disant : Quid profuimusl Qu'avons-nous gagné ? L'Eglise va toujours de l'avanl; il faut donc faire le possible pour la détruire, et voilà pourquoi Tcnfer renouvelle toujours et active ses efforts, voilà pourquoi il cherche maintenant à s'emparer de la jeunesse pour la corrompre, pour développer l'immoralité, pour empoisonner les peuples par toutes sortes d'iniquité, pour pervertir l'instniclion et pour corrompre tout ce qu'il y a de bon dans le monde, dans le dessein de porter obstacle à la diffusion de la parole de Jésus-Christ.

Mais, de même que vous me donnez courage, ainsi je veux vous le donner à vous el à moi-même, car, Dieu ayant voulu faire tant d'œuvres pour sa gloire el pour le bien deVEglise, il est impossible qu'il veuille l'abandonner en. ce moment, et laisser la tourmente el les tempêtes

se déchaîDer contre la Wque que la foi nous enseigne ne pouvoir être submergée* Donc» espérons que cette barque pourra promptenient toucher le rivage» trouver la tranquil* lité, et ûosi espérons qu'il nous sera donné de chanter» même en ce monde» avec le chef du peuple hébreu» k fameux hymne d'actions de grâces à Dieu : Cantemus Domino^ gtoriose enim magnificatus est, eqwun et ascensorem prcjtcU m mare. Chantons le Seigneur, car il a manifesté sa gloire. U a précipité dans la mer le cheval et le cavalier.

Que Dieu vous bénisse, qu'il vous donne la force et la grâce de voir accompli tout ce que nous désirons.

Benedicào Dei, etc.

Au sojet du projet contre les couvents que préparaît le gouvemement de Victor^EmmaaaeL, le Sainl-Père écrivait le 46 juin au cardinal AntoneUi:

PIE IX, PAPE

Au rèvérendissime cardinal Jacques Antonellif Notre secrétaire dCÊtat.

Contraint, dans les tristes circonstances actuelles» d'assister tous les jours au douloureux spectacle de nouveaux et violents attentats contre TËglise, nous sentons plus spécialement aujourd'hui le besoin de vous témoigner par écrit, monsieur le cardinal, la profonde amertume que nous éprouvons en apprenant la déclaration faite récemment par le président des ministres de ce gouvernement usurpateur» lequel a annoncé sa ferme résolution de pré* senter à la Chambre, aussitôt que possible, un projet de loi pour la suppression des ordres religieux dans notre ville, siège du vicaire de Jésus-Christ et métropole du monde catholique.

Cette déclaration, qui révèle plus clairement encore le véritable but qu'on voulait atteindre en dépouillant le Siège apostolique de son domaine temporel» est un nouvel outrage infligé non pas à Nous» mais à la catholicité tout entière* En effet» qui peut nier que supprimer les ordres religieux

à Rome, ou en limiter arbitrairemeDt l'existeoce, c^est Don-seulement attenter à la liberté et à riadépendance da Pontife romaio, mais lui enlever des mains un des moyeu les plus puissants et les plus efficaces pour le goavenifr* ment de l'Église universelle ?

Tout le monde sait que, comme le centre du christianisme est à Rome, de même les maisons religieuses qui y sont établies depuis des siècles sont, pour ainsi dire, le centre de tous les ordres et de toutes les congrégations respectives répaûduB par tout le monde catholique. Ce sont comme autant de séminaires édifiés par les soins infatigables des Pontifes romains, dotés par la générosité de pieux donateurs, même étrangers, et gouvernés par l'autorité suprême du souverain Ponlifet dont ils reçoivent la vie, le conseil et la direction. Ces maisons ont été inslituëes dans le dessein de fournir des ouvriers eldes missionnaires pour toutes les parties du monde- El sans recourir à l'histoire, il suffît pour relever les avantages procurés à la république chrétienne et à l'humanité tout entière par ces sectateurs des conseils évangéliques, de parcourir du regard les différents pays d'Europe, les plages les plus éloignées et les plus inhospitalières de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océanie, où aujourd'hui même ces zélés ministres de Dieu consacrent avec une abnégation exemplaire aux intérêts et au salut des peuples, leurs forces, leur santé et même leur vie.

Or, si on supprime les ordres religieux, si on limite leur existence de quelque manière, il ne sera plus possible que le monde ressente comme aujourd'hui les avantages de ces pieuses et charilables institutions. C'est à Rome, en effet, que sont établis les principaux noviciats destinés à préparer de nouveaux soldats de la foi : c'est i Rome qu'accourent les religieux de toute nation pour y retrero* per leur esprit et rendre compte de leurs missions ; c'est dans Rome que se traitent, à l'ombre du Siège apostolique, toutes les affaires, mêmes étrangères, des communautés; c'est à Rome que sont élus, dans l'Assemblée des religieux

de différentes nations, les supérieurs généraux, les dignitaires d'ordre et les chefs de toutes les provinces. Comment, par suite, peut-on espérer que, sans ces grands centres établis dans les conditions où ils se trouvent actuellement, Fœuvre vivifiante et bienfaisante de ces ouvriers évaogéliques puisse désormais obtenir les mêmes résultats? Non. Supprimer les maisons religieuses à Rome, c'est laisser sans vie les communautés éparses dans le monde entier; et les dépouiller à Rome de leurs biens, c'est déposséder Tordre entier de sa légitime propriété. La suppres* sion à Rome des ordres religieux n'est donc pas seulement une injustice manifeste au regard des personnes bien méritantes de l'association , c'est surtout un attentat véritable contre le droit international de toute la catholicité.

En outre, c'est pour Nous un devoir de reconnaissance de constater que la suppression des maisons religieuses à Rome pourrait, en un temps donné, être très-préjudiciable au Siège apostolique, car c'est parmi les sujets les plus distingués de ces maisons que sont choisis d'utiles collaborateurs pour le saint ministère, des assistants des différenies congrégations ecclésiastiques, lesquels servent très-utilement l'Eglise, soit en donnant des éclaircissements sur les diverses missions confiées à leurs soins, soit en se livrant à des études profondes pour réfuter Terreur, soit en émettant de sages avis sur les diverses questions disciplinaires de chacune des Eglises du monde catho* lique.

Il est donc manifeste, monsieur le cardinal, que tel est le véritable but du gouvernement usurpateur dans le projet de loi qu'il prépare pour la suppression des ordres religieux à Rome. Oui, ceci n'est autre chose que la continuation de ce plan funeste et subversif qui se poursuit hypocritement depuis le jour de la violente occupation de Rome, et au moyen duquel on veut atteindre non-seulement notre autorité temporelle, mais spécialement et surtout notre suprême apostolat, au profit duquel se faisait,

diaait-on, t'ann«xioD du patrimoiDe de l'EglUit; patriau^B» donné aux Pontifes romains par une disposition admirable de la divine Providence et possédé par elle depuii plui dt onze siècles, d'après les titres les plus légitimes et les plu sacrés, pour le bien de la catholicité tout entière.

Et qui donc aujourd'hui pourrait se faire la moindre illusion sur la nature de ce plan qui tend à abattre notre autorité de chef suprême de l'Eglise, à en avilir la dignité, à entraver l'exercice de notre auguste ministère, enOn à bouleverser l'organisation séculaire du siège aposloliqne? Tous les jours, monsieur le cardinal, vous êtes témoin des usurpations qui, tantôt sous un prétexte, tantôt tous un autre, s'accomplissent au détriment de la religion» de la moralité et de la justice, et ces usurpations tendent toutes à l'exécution de ce plan destructeur. A quoi donc, si ce n'est à cela, vont ces décrets multipliés qui enlèvent successivement à notre autorité toutes les instilutioDs de charité et de bienfaisance, les collèges d'éducation et les établissements d'instruction publique qui furent toujours l'objet des soins particuliers, de la prédilection et de la sollicitude de nos prédécesseurs? A quoi donc, si ce n'est à cela, va celte loi funeste qui, pareille à une faux inexorable, en obligeant par force au service militaire les jeunes gens dédiés à Dieu, détruit les plus riantes espérances de l'Eglise et prive le sanctuaire et le cloitre d'un bataillon choisi de ministres nouveaux et laborieux ? A quoi donc, si ce n'est à cela, va celte liberté effrénée d'enseigner impunément les erreurs de toute sorte, soit au moyen de la presse, soit au moyen d'une prédication publique et scandaleuse, que développent avec tant d'impudence des apostats, des hommes rebelles à l'aulorité de l'Eglise? A quoi si ce n'est à cela, vont ce relâchement des mœurs, cette licence insolente des spectacles publics, ces insultes continuelles au\ saintes images et aux minisires de Dieu, ces profanations fréquentes du culte religieux, ces dérisions rebutantes dont on poursuit les choses les plus Herées et les plus inviolables, celle oppression systéma-

tique de toute personne honnête et affectionnée à TEglise et au Pape ?

Vous savez, monsieur le cardinal, combien Notre cœur est déchiré chaque jour à la vue de ces malheurs de FEglise. Réduit à Timpuissance et n'ayant pas les moyens d'y porter le plus léger remède, Nous ne pouvons que pleurei^ sur les maux de notre peuple; mais. en même temps, Nous élevons la voix publiquement et Nous protestons bien haut contre les attentats dont l'Eglise est victime, afin de faire éclater à la face du monde la misérable condition où, par le malheur des temps, Nous Nous trouvons réduit.

Il est vrai, Nous aurions pu Nous épargner en partie le sacrifice de boire quotidiennement un calice si amer et d'assister de notre personne à un spectacle si désolant, en cherchant un asile dans un pays étranger.

Mais si des raisons de haut intérêt religieux Nous ont conseillé, dans Tétat actuel des choses, de ne point abandonner maintenant notre chère Ville, siège du Pontificat romain, ce n'a pas été certainement sans une disposition particulière de la divine Providence, afin que le monde se convainquît par là du sort qui est réservé à TEglise et au Pontife romain, alors que la liberté et Tindépendance de son suprême apostolat sont compromis par le changement d*une condition providentiellement ordonnée par Dieu.

Et, de fait, comment, dans le nouvel ordre de choses, le Pape peut-il s'appeler libre et indépendant ? Ce n'est pas assez qu'il puisse se dire pour un moment matériellement libre en ce qui regarde sa personne. Il doit être et paraître, aux yeux de tous, indépendant et libre dans l'exercice de sa suprême autorité. Or le Pape n'est pas, ne sera jamais libre et indépendant, aussi longtemps que son pouvoir suprême sera soumis à la prépotence et au caprice d'une autorité contraire ; aussi longtemps que son ministère sublime sera soumis à l'influence et à la domination des passions politiques ; aussi longtemps que ses lois et tes décrets pourront être soupçonnés de partialité ou d'of-

fenH à l'eadroit des diverses Datioiu. Dans l'état de c nouveau fait au pontificat depuis l'usurpatioD du palrimoine de l'Eglise, le conflit eotre les deux pouvoirs est ioévilable. L'accord, ici, L*barnionie ne peut dépendre de la volonté des hommes, car tes rapports entre les deux pouvoirs étant basés sur un système absurde, les effets De peuvent être que ceux qui résultent oalurellemeot d'éléments opposés, et ils doivent les eotretenir nécessurement dans un état de lutte pénible et continuel.

L'histoire elle-même est pleine des conOits entre les deux autorités et des exemples de troubles dans la famille chrétieoDe, toutes les fois que les Pontifes romains ae trouvérenl, même pour un moment, soumis à l'autorité d'un pouvoir étranger. Et la raison en est bien claire. Le monde ëtaol divisé en un nombre considérable d'Etats, indépeo- ' dants les uns des autres, tes uns forts et paissants, les autres pelils et faibles, les fidèles ne peuvent avoir leurs consciences en paix et tranquilles s'ils ne sont assurés el convaincus de la haute impartialité du Père commun des fidèles et de l'indépendance de ses actes. Or, comment cela pûurrait-il être aujourd'hui, si l'action du Pontife romain est contlDuellement exposée à l'agitation des partis, à l'arbitraire des gouvernants, au péril de voir, icbi^e pas, son repos troublé et la tranquillité mént^ de ses conseillers et de ses ministres constamment menacée ?

De même la liberté des sacrées coogrégalioas, auxquelles le devoir incombe de résoudre les questions et de résoudre toutes les consultations du monde catholique, est de la plus haute importance pour la sécurité de l'Eglise et pour les besoins légitimes el impérieux de toutes les nations chrétiennes. H importe, en effet, que personne sur ta terre ne puisse suspecter la liberté et l'indépendance des décisions et des décrets émanés du Père commun des fidèles. Il importe que personne oesoil troublé par la pensée de pressions étrangères qui peuvent inQuencer les résolutions pontificales. Il importe que le Pape, les congrégations, le conclave lui-même non-seulement soient libres

de fait, mais que cette liberté de fait apparaisse évidente et manifestet et qu'il n'y ait à cet égard ni un doute ni une sospîcioD. Or, la liberté religieuse des catholiques ayant pour condition indéclinable la liberté du Pape, il s'ensuit que si le Pape, juge suprême et organe vivant de la foi et de la loi des catholiques, n'est pas libre, eux non plus ne pourront jamais être assurés de la liberté et de l'indépendance de leurs actes. De là les doutes et les anxiétés dans Tesprit des fidèles ; de la les perturbations religieuses des Etats ; de là ces démonstrations catholiques, signe extérieur de l'inquiétude intérieure de l'esprit, qui ont pris une extension nouvelle depuis le moment où le reste du domaine pontifical nous a été violemment arraché, et qui ne prendront fin que quand le Chef de la catholicité sera rentré en possession de sa pleine et réelle indépendance.

Cela étant, il n'est pas facile de se persuader comment l'on pourrait bien encore parler sérieusement de conciliation entre le pontificat et le gouvernement usurpateur. Quelle conciliation, en effet, pourrait-il s'établir dans Tétat présent des choses? Il ne s'agit pas d'une simple question soulevée soit dans l'ordre politique, soit dans l'ordre religieux et qui admette une solution favorable au moyen d'une transaction convenue. Il s'agit, au contraire, d'une situation créée violemment au souverain Pontife, et qui détruit presque entièrement cette liberté et cette indépendance absolument indispensables pour le gouvernement de l'Eglise. Dans ces conditions, se prêter à une conciliation équivaudrait, delà part du Pontife romain, non-seulement à renoncer aux droits du Sainl-Siége qu'il a reçus en dépôt de ses augustes prédécesseurs, mais ce serait se résigner, par un acte de sa volonté, à rencontrer de fréquents obstacles dans l'exercice de son suprême ministère, à laisser les consciences des fidèles dans l'agitation et Tinquiétude, à fermer la voie aux libres manifestations de la vérité ; en un mot, à abandonner spontanément au caprice d'un gouvernement cette mission sublime que le pontificat romain a reçue directement de Dieu avec l'obligation

ttrieto d'eu iUf«Ddre l'îDdépeadaao* pir Unu 1m moyfloi humaineaieot eo ion pouvoir- Non, Nous oepouvoDsNous plieritpprouver ces Msautt contre rEftli«e,eeiie occup&tion de ses droits laorD-BÙoti, cette ÎQgéreDce ooupeble du pouvoir civil dani les afhires ecclésÎBtftiques. Ferme et imperturbable, Nous défeodroas avec bODoeur et par tous les moyens qui resleat encore ra notre pouvoir, les iotérâts du troupeau confia à nos soins. Noos sommes prêt pour cela à affronter les plus grandi BBcrificeSi et, s'il en est besoin, k verser même tout notre '' sang plutôt que de trabir aucun des devoirs que Nous im-* pose notre suprême apostolat. Quoi de plus? Avec l'aida de Dieu, Nous ne manquerons jamais de donner l'eiempls de la force et du courage auK pasteurs de l'Eglise et aux autres miulstres sacrés, qui, par suite de l'adversité des temps souiiennent tant de luttes pour la cause do Dieo, pour le bien des âmes, pour la défense du dépAt sacré de la loi, et pour l'inlégrilé des principes éternels de justice et de moralité.

Que dirons-Nous maintenaot, monsieur le cardinal, de ces prétendues garanties que le gouvernement usurpateur a fait mine do douoer au Chef de l'Eglise, avec l'intentioa maoireste de tromper la bonne fol des simples et d'offrir une arme k oes pariin politiques qui se soucient fort peu de la liberté et de l'indépendance du Pontife romain ? Laissant de cAté tout autre argument, est-ce que ce qui se passe i Rome aujourd'hui même, au moment où il-serail du plus grand intérêt de convaincre l'Europe de laforce et de TefSoacilê de celte loi tant vantée, est-ce que ce qui se passe n'est pas la preuve la plus éloquente de sa futilité et de son impuissanceT Vraiment, il fait beau proclamer Timmunilé de la personne et de la résidence du Pontife romain, quand le gouvernement n'a pas la force de Nous garantir des in* suites quotidiennes auxquelles est exposée notre autorité, et des mille offenses renouvelées chaque jour contre notre personne; quand Nous devons, comme toute personne honnête, être le spectateur attiisté de lii fsgon dont, eu

oertaiii cas, et tout récemment encore, on administre la justice pénale ?

Que sert-il de ne pas tenir fermée la porte de notre demeure, si Nous ne pouvons en sortir sans assister à des scènes impies et rebutantes, sans Nous exposer aux outrages de gens accoutumés à fomenter l'immoralité et le désordre, sans courir le risque d'être la cause involontaire de conflits entre les habitants ? Qu'importe que Ton promette des garanties personnelles aux dignitaires de l'Eglise, s'ils sont obligés de cacher dans la rue les insignes de leur dignité pour ne pas être exposés à toute sorte de mauvais traitements ; si les ministres de Dieu et les choses les plus sacrées sont Tobjel de la risée et du mépris, à ce point qu'on ne puisse plus accomplir en public les cérémonies les plus augustes de notre sainte religion ; si enfin les saints pasteurs du monde catholique qui sont obligés de venir à Rome de temps en temps pour rendre compte des affaires de leurs églises, peuvent se trouver exposés, sans aucune garantie réelle, aux mêmes insultes et peut-être aux mêmes dangers.

Il ne sert de rien de proclamer la liberté de notre minis^ tëre pastoral, quand toute la législation, même dans ses points les plus importants, comme sont les sacrements, se trouve en opposition ouverte avec les principes fondamentaux et les lois universelles de l'Eglise. Il ne sert de rien de reconnaître par une loi l'autorité du suprême hiérarque, quand on ne reconnaît pas la valeur des actes émanés de lui, quand les évoques, même élus par lui, ne sont pas légalement reconnus, et quand, par une injustice sans pareille, on leur défend de jouir des revenus du légitime patrimoine de leurs églises et même d'entrer dans leurs maisons épiscopales ; à tel point qu'ils seraient réduits à un état complet d'abandon, si la charité des fidèles qui Nous soutient, ne Nous fournissait, au moins pour à présent, le moyen de partager avec eux l'obole du pauvre. En un mot, quelle garantie peut donner un gouvernement pour l'exécution de ses promesses, quand la première des

lois fondamentales de TEtat» non-seulement est attaquée impunément par le premier citoyen venu, mais est rendue nulle et vaine par le gouvernement lui-même qui, à chaque pas, en élude les dispositions à son gré» soit par des lois, soit par des décrets qui en détruisent le respect et l'observance î

Tout cela, monsieur le cardinal, Nous vous Tavons exposé, principalement afin que vous fassiez connaître aux représentants des gouvernements accrédités près le Saint- Siège, Tétat lamentable où le nouvel état de choses Nous a réduit, au grand préjudice de la cause catholique. Nous vous chargeons, monsieur le cardinal, de réclamer et de protester au nom du souverain Pontife contre les attentats commis et contre ceux qui se préparent, non-seulement contre Nous, mais contre toute la catholicité. Intéressés non moins que Nous au repos et à la tranquillité des consciences, ces gouvernements voudront prendre en considération ce manque de liberté et dMndépendance dans Texercice de notre ministère apostolique. Que si chaque fidèle a le droit de demander à son gouvernement de lui garantir sa liberté personnelle en fait de religion, il n'a pas moins le droit de l'inviter à garantir la liberté de celui qui est pour chacun le guide et l'interprète de sa foi et de sa religion.

En outre, c'est l'intérêt de tous les gouvernements, catholiques ou non, de rendre la paix et le repos à la grande famille catholique et de soutenir notre réelle indépendance. En effet, ils ne peuvent méconnaître que, appelés de Dieu à défendre et à soutenir les principes de la justice éternelle, ils ont le devoir de défendre et de protéger une cause qui est la plus légitime de toutes celles qui sont sur la terre, assurés qu'ils doivent être qu'en soutenant les droits sacrés du Pontificat romain, ils défendent et soutiennent leurs droits propres. Ils ne pourront contester non plus que le Pontife romain et le trône pontifical, loin d'être un embarras pour le repos et la prospérité de l'Europe, ou pour la grandeur et l'indépendance de l'Italie, a toujours servi

— în —

de trait d'union entre les princes et les peuples, et qu'il a été de tout temps le centre commun de la concorde et'de la paix; pour Tltalie particulièrement (il convient de le dire), le Sainl-Siége a toujours été sa vraie grandeur, le tuteur de son indépendance, le défenseur constant et le boulevard de sa liberté.

Enfin, comme il ne peut y avoir de meilleure garantie pour l'Eglise et pour son chef que la prière adressée à Celui qui tient dans ses mains le sort des royaumes et qui peut, d'un signe, apaiser les flots et calmer la tempête, Nous ne cessons d'adresser au Très-Haut de continuelles et ferventes prières pour la cessation de tant de maux, pour la conversion des pécheurs et pour le triomphe de l'Eglise notre mère. Unissant donc nos prières à celle de tous nos très-chers fils répandus dans le monde catholique. Nous ne pouvons négliger d*appeler sur eux tous, par devoir de reconnaissance, une bénédiclion particulière qui leur serve pour les préserver de nouveaux et plus terribles châtiments, pour demeurer solides et fermes dans les principes de l'honneur et de la vertu, enfin pour les ramener, par l'intercession de la sainte Vierge immaculée, de son époux saint Joseph et des saints apôtres Pierre et Paul, à la paix et à la prospérité d'autrefois.

Recevez à cette occasion, monsieur le cardinal, la bénédiction apostolique que Nous vous donnons de tout cœur.

Du Vatican, le 16 juin 1872.

Pie IX, Pape.

Une dôputation de la Société poar les intérêts catholiques de Sicile était reçue en audience par le Saint-Père, le 45 juin, après la récepiion du Sacré-Collé|^e.

M. le marquis de Spedaletto, président de la Société ; le prince de PeiruUa, le comte de Cimarra et le chevalier Scalizzi en faisaient partie. La députalion était accompagnée du Révérend Père Cirino, général dos Théatins, et du Père Ferrara, de la Compagnie de Jésus, et fut présentée à Sa Sainteté par Son Emin. le cardinal Se Luca. Après avoir entendu TAdresse de !a députalion. Sa Sainteté répondit par les paroles suivantes, qu'a rapportées le Catholique :

Je vous remercie de ces sentiments, et je prie Dieu de bénir d'une manière particulière votre Société rt la Sicile

tout entière, qui est uoe terre fertile tiOD>4flalemAol m bobs fruits, mais eocore en boDoes &mes. J'ai éprouvé if la consoialion en voyant dans ce peuple un b1 bon esprit et une si grande ferveur, je ferai ud éloge particulier i« AciBeale, qui a voulu faire toutes sortes d'efforis et de sacrifices pour avoir un évêque. Tous ces braves gêna se sont mis en mouvement ; l'un a offert la rente d'une maison, l'autre les fruits de ses terres; celui-ci a prélevé quelque chose sur le fruit de ses fatigues, et ainsi ils ont encaissé et déposé ici une somme pour préparer k l'évéque, je ne dis pas des richesses, mais tout ce qui est nécessaire pour vivre à l'aise. Ils m'ont supplié de nommer bientôt cet évéque. Nous le ferons le plus tdt possible, et Nous contenterons ainsi cette partie de la Sicile.

Quelques-uns l'ont pris en mal et se sont plaints des dispositions prises à l'égard de cette lie. Pour le reste, la Sicile a eu un avantage par l'abolition du tribunal appelé Monarchia, et parce que les évêques sont plus libres, que les raisons sont mieux représentées et les questions mieux discutées. D'autant plus que, parmi les personnes qui appartenaient à eelle Hfonarc/iia, il y en avait quelquesMiDGS qui n'étaient pas lrè!< bonnes, témoin celui qui est mort dernièrement. Certainement avec de pnreila éléments, il n'y avait rien de bon à espérer de ce tribunal.

Qu'ils oublient donc toutes les choses anciennes et soient atlcQlifs aux choses nouvelles qui aideront au bien. Les révolutions, parmi leurs grands maux, font aussi du bien, car elles purgent. A mon retour de Gaëte, je vis ici uo évéque étranger d'une grande simplicité ; il me dit que la révolution avait procuré de grands avantages.

■ — Doucement, lui dis-je, expliquez-vous. — Voici, répondit-il ; entre autres rhoses, on ne pouvait pas prêcher auparavant; maintenant nous prt^chons même sur les places, lîn somme, ce bon évéque était content de ces avantages.

Et maintenant, recevez ma bénédiction.

B«nediotio Dei, etc.

L« 10]iiB5 à dfx heures, l6 Saint-Pèra recevait en audience privée le chapitre da Vatican, qui lui présenta ses fôIicitatioQs. Plus tard, les collèges de la prélature se réunirent également dans la salle du Consistoire, en même temps que loa protonotaires apostoliques participants, les prélats auditeurs de Rote, les clercs de la Chambre, les votants et rét'érendaires de la Signature, le conseil et la consulte d'Etat, le tribunal criminel et lea avocats consistonaax.

Leurs Emiocncca les cardioaux Sacconi et Mertel étaient à la tôte dt la Signature et du conseil d'Etat.

Le Saint-Père arriva vers midi, accompagné des cardinaux Pairizzi et Bllio. Ayant entendu une très^betle Adresse que lut le cardinal Sacconi, Pie IX répondit :

SI Nous avons reçu dés marques continuelles d'affection de toutes les associations et de toutes les parties non-seulement des provinces pontificales, mais de Tltalie et du dehors, je suis d'autant plus heureux de les recevoir aujourd'hui de votre assemblée qui me fait une si noble couronne, car elle est formée par les tribunaux et par ces administrations qui ont dû interrompre leurs travaux, à cause du malheur des temps. Votre secours et votre parole ne pouvaient manquer d'apporter aussi la force et le courage à eelui qui se trouve aujourd'hui dans les circonstances que tout le monde voit.

Kn ce qui regarde votre position, j'espère que, parla miséricorde de Dieu, si vous avez été obligés de dire comme le Psalmiste: Suspendimus organa nostraf cette suspension sera suivie du retour à Texercice de la véritable autorité. Espérons que celle administration pourra ressusciter; mais par quelle manière, en quel temps, par quels moyens ou quel syslème, je l'ignore, car tout cela est dans les secrets de la divine Providence,

Mais, si nous sommes ignorants de Tavénemenl de ces faits que nous désirons, je ne puis ôter de mon cœur, et, pour dire toute la vérité, de votre cœur et du cœur de tous les hommes de foi qui sont sur celle terre, l'espoir que cette suspension aura un terme et que nous reviendrons à Tordra» aujourd'hui si profondément troublé, à la religion qui nous rendra les fruits de sa bienfaisante influence. Aujourd'hui elle n'exerce plus sa force que sur ceux qui ont reçu dans les temps passés une meilleure éducation, mais

elle leur inspire de généreuses protesUUoiu contre l'impiété qui domine en Italie et au dehors.

AllendoQs doue ce raomeDl, quand il pitùra à Dieu de le faire venir. Si ce n'est pas à moi, il l'accordera k moa successeur, (yon / non / Mouvement.) Il est certain qu'il faut se confier fennemenl au Seigneur, qui nous tirera des misères au milieu desquelles nous vivons.

Cependant levons notre esprit vers Dieu ; implorons ses béDédictions, afin qu'il nous donne le courage et la force de persévérer dans la voie que nous avons prise. Et avec ces bénédictions, ayons toujours devant les yeux l'espérance inséparablement unie à la foi.

Nous devons avoir foi dans cette promesse de Dieu, que les portes de l'enfer ne prévaudront pas. Or, présentaient la chose est assez claire. La guerre est déclarée non-seulement au domaine temporel, mais aussi au pouvoir spirituel et à la religion. Et la mauvaise volonté d'un certain gouvernement est bien claire aussi, d'autant plus qu'il U déclare souvent, el que, plus souvent, il la manifeste dans ses actes de toute façon.

Que la bénédiction de Dieu soit avec vous, avec vos familles, avec vos amis, afin que tous puissent soutenir, sinon joyeusement, au moins avec une résignation parfaite et le courage nécessaire, ta tristesse des temps présents. Que Dieu vous bénisse.

Le SO jaiD, 3,000 Italteos, apparienaiil à toutes les parliea de l'iUlie H représeDlanl enTiroD 800 diocèses, éiaient réunis dus U talle Doeilt pour y itiendre la vcoue du Saiot-Père.

PielXarrivaTers midi, accompagné de presque loat la Sacré-Colltec: les cardinaui Pairizzi, di Pielro, Arqiiini, Barnabo, de Silvestri, Qaagua, Pauebianeo. de Luca, Biizarri, Piira, Guidi, Bonaparte, Barili, Berardt, Caterini et Capalti. Il y avait aussi plusieurs éréqnes, parmi lesquels ou remarquait Mgr de ia Tour-d' Auvergne, archevêque de Bourges, l'arehe- Vtqne de Salerne. l'éveque de l'OcËanie centrale et presque tons leaévèques résidania t Rome, des prélats de la Cour poDiiScale, les esmèririera d'bonneur et de nombreux penounagct de l'Italie M de l'étranger.

A son arrivée, le Pape fut sainé par les cris répétés de : Vive Hotr* SaitU-Ptn! fine l» Pape-Rai! Puis u t'assit sur son trtoe, elle chenUer

— Ml —

Aeqnaderni de Bologne s*éUni approché, lai une trèe-bdle Adresse pleine d^illnsions tnx érénements actaels. Le Seint-Père répondit :

Void donc confondus une fois de plus par votre présence les détracteurs de ce Saint-Siège, qui affirment cpie le souverain Pontife a oublié Tllalie et tourne en mépris la bénédiction qu'il lui donnait, il y a déjà ving^uatre ans. Mais vous êtes là pour les démentir, et votre présence m'apporte une grande consolation, qui s'accroît encore quand je vous vois ainsi réunis ensemble. Cette union, je la conseille et je prie Dieu qu'il la conserve, afin qu'on puisse dire des Italien^ qui pensent comme vous : Ecce quam banum et quam jucundum habitare fratres in ttfittfn /

Oui, que votre pensée soit une : la gloire de Dieu et l'amendement de la société ; que votre espérance soit une : la résurrection de tout ce qui appartient spécialement à la religion et à la morale, hélas ! si cruellement délaissées.

On me reproche de ne pas tenir compte de la bénédiction que je donnai, il y a vingt-quatre ans, et on a même la bassesse d'employer, lorsqu'on en parle, des termes nonseulement impies, mais contraires à toute convenance, et pourtant le Pape est toujours le même. {Applaudissements rHiéris.) Je bénis alors l'Italie et je la bénis encore maintement. {Afflaudissemmis.) Mais ceux que je ne puis bénir, ce sont ces professeurs, ces maîtres qui tentent, avec la complicité du pouvoir, de corrompre le cœur et de gftter respritde la jeunesse. Noo, ceux-là ne peuvent être l'objet des bénédictions du Pape.

Nous ne voulons pas que la jeunesse perde les bons principes, et c'est pourquoi je dis à ces hommes : De grâce, laissez-nous du moins la liberté d'enseignement {Applaiidissements)^ car nous entendons élever les jeunes gens dans la sainteté de la religion, leur dire qu'il existe un Dieu et que ce Dieu voit tout et est présent partout. Dans la magnificence des Cieux, dans les produits de la terre, en nous-mêmes, partout, en un mot, où nous

jeloas les regards, ne trouvons-nous point la pensée de Dieuï

Nous voulons leur apprendre également que ce Dieu est Don-seuletnenl le créateur, mais aussi le rédempteur de tous les hommes. Et c'est Cela précisément qui trompe grossièrement ceux qui prétendent, de nos jours, réfonner le monde; ils oublient le péché originel, lequel a vicié la nature de Tbomme, de façon que Dieu a dû le régénérer par uD nouvel ordre providentiel. Quand ils affirment que la raison humaine suffît à nous guider ici-bas, ils méconnaissent (et ils sont révolutionnaires même sur ce point), ils méconnaissent le grand principe de l'autorité sans lequel ni l'ordre, ni la paix, ni la tranquillité ne peuveot exister en ce monde.

Je bénis donc l'Italie, mais non les usurpateurs de VËglise et les ennemis de Dieu. (Applaudissements.) Non, je ne bénis par les itpolialeurs des temples, les scandaleux, . les blaspliémateurs, les profanateurs des saintes images. Non, je ne puis bénir ces mâchants, ni ceux qui prennenl | peu ou pas de soin pour les mainlcnir dans la limite du j devoir. [

Je bénis l'Italie, je bénis les évoques qui sont mainte- ' nanl envoyés à leurs résidences... Oh ! que la Péninsule, j par tant et tant de millions de ses enfants, s'est bien montrée animée de la vraie Toi, de cette foi sans laquelle on oe peut plaire à Dieu, et dont le manque enlratoera les coo- j damnations selon cette sentence de Jésus-Christ : Quinw ' erediderit, condemnabilur !

Je bénis tous les peuples qui ont montré une si solide piéléiUnzëlesi ardent en tant de diocèses tN'a-t-oD pas tu, en effet, les populations accourir pour recevoir leurs pasteurs, et même en beaucoup d'endroits les autorités municipales les accompagner à la cathédrale^ au milieu de l'allégresse publique, tandis que chacun faisait monter au ciel des hymnes d'actions de grâces, provoquées par U possession du prélat depuis si longtemps désiré.

Que l'on veuille donc me comprendre enfin. Je binii

ritalie, fflâîB avec les réserves que je viens de faire. El puisse cette bénédiction la délivrer à jamais des maux qui la désolent... Je bénis ritalie, mais non qui Topprime; je bénis ritalie, mais non qui la scandalii^e.

A vous mainlenaot, ô mon Dieu, de bénir celle terre privilégiée, celle terre qui a produit tant d'hommes illustres, tant d'âmes saintes, tant de maîtres eu religion et en piété. Faites que le mal qui Topprime, qui réside en son fcin, disparaisse !

Et maintenant, que dirai-je de plus? Je veux conclure, ainsi que jelVi fait mainte fois, en répétant que nous devons élever nos âmes vers Dieu. Unissez-vous ensemble autant que possible pour combattre Terreur. Que la charité, la prudence, la force, la fermeté soient les liens qui vous unissent ; combattez, avec ces armes, nos ennemis, et demandez à Dieu qu'il nous délivre de tant de fléaux.

Le fléau principal, vous le savez, c'est Tusurpalion. Mais n'est-ce pas un fléau que l'invasion du feu, un fléau que les inondations, un fléau que les tremblements de terre, un fléau que les ravages des insectes qui dévorent les substances dont le peuple a si grand besoin?

Donc, élevons nos âmes vers Dieu et prions-le de suspendre ces châtiments, qu'il tire d'ordinaire des trésors de sa justice.

Oui, Seigneur, je vous recommande celle Italie, dont vous avez voulu pourtant faire une terre priviléj^^iée. En effet, c'est là que vous avez planté les insignes du catholicisme, là que vous avez établi le siège de votre Vicaire. Ah ! doux Jésus, que Tllalie soit une fois pour toutes purifiée de ses maux et retourne en l'état qu'il vous plaira, qu'elle revienne à la libre pratique de la religion qui a été répandue dans son cœur !

Bénissez cette troupe d'élite réunie autour de moi, bénissez leurs familles, leurs intérêts. Qu'ils retournent bénis dans leurs foyers pour raconter à leurs enfants, à leurs femmes, que le Pape bénit l'Italie, mais l'Italie telle que je rai dit tout à l'heure.

Pour vous, racoatez à tous que le Pape prie pour eax, qu'il remercie ses eufants de l'amour fitial témoigné qooseulemeat de vive voix, mais encore par les actes...

Que ma bénédiction, vous soit un gage de paix, un ûgu de joie, un symbole de consolalion. Qu'elle descende nr vous et y demeure à jamais. Benediciio Da, etc. »

Le diacoars du Soiat-Père avait é\é prononcé an milien d'nn nlene* profond ei respectueni ; ma» quand les parok s de u bânidictioa ont été terminées, un immense cri s est élevé : Vive notre Sainl-Pèn t Vm It Papt-Roi! Vive le grand Ponlije I Pnis chacun s*esl approché, aGo da pODToir baiser la mtin on les véleraeals do Pie IX, tjpi Amvtadt di trtM, pareomil lentemeat la aalle.

Uu letln adressée aa BienpubUc, de Cand, par nn des n la dépuiaiion belge qui est allée i Rome présenter m Sainl-Père In bommages da peuple belge, i l'oceasion du 26* annivOTSaira do pootiBcai de Pie rx, nous donne, avec de précieux détails, le réramé dea puotai de Pie IX, en réponse k l'Adresse de la dépaiatioa. Nous en eunçfoni a qui suit :

Le mercredi 19 juin, «ndiCDce générale pour toutes le* dépWations étrsngères. La députslion belge a été la première que Pie IX sil abordée.

« La Belgique est un bon pays, nous a-l-il dit, tout estcatbolique; le gouvernement même est catholique... Et c'est surtout le peuple qui est bon I »

Après avoir hit le tour de toutes les dépuutians, Sa Sainteté a tdresil quelques paroles k l'Assemblée :

Je vois ici,a-t-il dit, des délégués de toute l'Europe, des Français, des Belges, des Espagnols, des Anglais, des Américaius, des Ilalieos. Ce n'est pas la première fois que vous venez de tous côtés complimenter le Vicaire de léstu- Christ... Aujourd'hui je dois vous demander une priera toute spéciale pour Conslaatinople. Vous qui lisez les journaux, vous connaissez aussi bien que moi qu'il y a un schisme là-bas. Ce schisme est protégé malheureusemeot par le gouvernement. Je oe dirai pas qu'il est merveilleux que ce gouvernement turc protège un schisme, puisque

les gouvernements catholiques le font bien en protégeant les ennemis de TEglise.

Ce que je vais vous raconter vous prouvera que Dieu défend toujours la vérité. Celui qui est à la tête de ce schisme s'appelle Cazajan. Il estévêque malheureusement, évéque d'Antioche en Syrie. Celte pauvre ville est aujourd'hui détruite par deux tremblements de terre, et Dieu sait si jamais elle se relèvera. Le diocèse de Tévêque schismatique a été cruellement ravagé ; je crois que deux ou trois mille habitants ont péri. Le bras de Dieu s'est appesanti sur eux. Vous voyez comment Dieu protège la vérité en frappant* ses ennemis. Il nous faut donc prier pour eux... Et maintenant je vous bénis vous et vos familles.

Benedictio Dei, etc.

Avant de (juilter la salle du Consistoire où se donnait Tandtencc, le Saint-Père s est encore retourné vers la députation belge en disant : c Oh ! votre Belgique est une exception ; c'est un petit pay^ béni ! » Et, dit le correspondant belge, il nous a laissés enchantés de sa bonté et fiers de la place que la Belgique occupe dans son cœur paternel.

Le correspondant raconte ensuite que le soir, les députés belges furent admis à une nouvelle audience intime du Saint-Père. Ils lurent en sa présence le texte d'une adresse que Pie IX interrompit plusieurs fois de la voix et du geste pour en approuver les termes. Quand la lecture fut finie, le Pape répondit :

Confirmei Deus quod locuiuses! Je vous accorde la bénédiction que vous demandez. Je félicite la Belgique d'avoir été jusqu'ici préservée au milieu des chocs qui ont ébranlé la société. Vous avez passé entre Charybde et Scylla. Votre pays est bon et catholique. Il y a même un

esprit catholique dans le gouvernement Mais la société

est bien malade : voyez la France, l'Espagne et l'Italie.... Il semble qu'il faudra des miracles pour remettre la société à flot. Mais n'est-ce pas déjà un miracle que je vive» moi, des aumônes du monde catholique, dans lequel la Belgique lient une place si distinguée.

Avec ces aumônes, je vis, moi et ceux que j'emploie, et je soutiens presque tous les évoques d'Italie. Car ce brave gouvernement d'Italie, ajouta le Pape en souriant, ne con-

j se cootente de nous offrir « des ,u * / «.'^ ^- * ^*^^,"*^ /'^ fyit Jeroièrement dans un procès ^.: . .-, '" ' ■''L^;«*»z. Cette affaire a révolté même

''"^h w * • nî«'5 •"* mêmes insultes, il faut bien que je !^pondc p^ les mêmes protestations.

* * t.Pdre dii ensuite quelques mots des zouaves, dont les consfe>ain • (J'affeclion lui apportent tant de joie. Il termina en

Pans la matinée du 24, le [P. Cesari, de TOrdrc des cisterciens, a lu, nom de tons les généraux et chefs d^ordrc présents â Taudience, une ^jP^ssc qui exprimait leur reconnaissance pour rénorgi(]ue protestation da Siiini-f^^^re en faveur des couvents menacés. L'Adresse exprimait, en oDtrc, l'espoir que la situation s'améliorerait dans un avenir prochain. Le 5iuoi-P^rc a répondu :

Il n'est pas douteux, et j'en ai toujours été convaincu, que les ordres religieux marchent dans la voie de la perfection. Il n'est pas douteux qu'ils soient les soutiens de l'Eglise, laquelle étant comme entourée par la variété des ordres religieux, circumdata varietatc^ doil êlre soutenue par eux, par leurs œuvres, par leurs écrits, par leurs prières, enfin de toutes sortes de manières, comme on Ta toujours vu dans l'histoire de ces couvents, si utiles et si nécessaires à l'Église.

Dans les premiers siècles (je parle des temps qui suivirent les persécutions des empereurs païens), les souverains Pontifes ont souvent été pris dans les -cloîtres et ils passaient ainsi de la solitude au gouvernement de l'Église.

Voilà pourquoi nous avons cru nécessaire de faire savoir aux usurpateurs que la suppression des ordres religieux n'était qu un nouveau moyen de destruction dirigé contre l'Eglise : c'est une destruction d'obliger les clercs au service militaire, c'est une destruction de confisquer les couvents et les monastères, où l'on élève tant de jeunes gens ins d'ardeur qui seraient devenus pour ainsi dire les

bras du Pape; c'est, en un mot, une destruction sous tous les rapports. Il était donc juste que je parlasse afin de publier la vérité.

Du reste, ayez confiance en Dieu et ne craignez point. Préparez-vous vous-mêmes à lutter par tous les moyens possibles, et soutenez vos droits par la parole et par les écrits. Parlez avec respect, mais aussi avec fermeté ; dites la vérité, et dites-la le front haut. Ne soyez pas imprudents, mais constants; point téméraires, mais forts. Remettez vos cœurs et vos volontés dans les mains de Dieu, afin qu'il les dirige dans la voie de la justice, et qu'il vous donne les grâces qui sont nécessaires pour défendre les droits du souverain Pontife et du Saint-Siège. Car sans Pape, il n'y a pas d'Eglise, et sans le Saint-Siège il n'y a pas de société catholique.

Que Dieu vous donne du courage et vous console dans les calamités qui vous menacent. Je vous remercie de l'o- t

bole que vous m'avez offerte : Je vous bénis de cœur. Je bénis ceux qui sont ici présents, et avec eux toutes les corporations religieuses. Que cette bénédiction vous donne à tous l'esprit de charité, d'humilité, de fermeté; et toutes ces grâces dont nous avons si grand besoin, afln d'avoir la force d'exécuter tout ce qui est nécessaire pour la défense de TÉglise, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Benedictio Dei^ etc.

Le Saint-Père a trouvé ensailc dans la salle des Tapisseries tous les jauoes enfants de Tbospicc de Tala-Giovanni, conduils par leur rcclcur Don Paolo Fralellini cl quelques autres ecclésiastiques qui se consacrent à rédacâtion religieuse de ces enfants, ils avaient apporté au Saint-Pôre nne magnifique jardinière portant celle inscription en tleurs blanches sur fond rouge : « Taia Giovanni à Pie iX. » Celle jardinière était placée au BÎliea de la salle et les élèves s^élaienl rangés tout autour.

L^nn d'eux, le jeune Fiaccherini, a lu un compliment au Saiut-Pèrc; ensuite un eeclésiastique a pris lui-même la parole.

Attendri par cette démonstration, Pie IX a répondu : c Que Dieu con« finne toutes ces paroles [Confirniet Deus omnia verba quœ dixistis). Que Dieu vous bénisse et vous préserve de la corruption qui gagne la jeU'-

Mtse. »

Dans la salle du Consistoire, une députation de deux cercles catholi* qties allemands établis à Rome, composée de prêtres et de laïques, alien-

diit Sa Sainleté. Le doctear de Wul de Xfliuler, Tice-préûdsnl de ru des cercles, tin une magnifique adrecu en latin, àlaqneUe le Siiat'Ptn a répondu :

Je voua remercie avant tout des seotimcnls que vous m'avez exprimés, et qui sont conformes de tous points avec ceux qui m'arriveut de toutes les parties de TAllemagae et qui me dooneot toujours plus de force et de courage. J'ai reçu ces jours-ci des nouvelles de RaUsbODoe, de UQnster, de Fribourg, de Munich, de Cologne et d'autres diocèses de l'Allemagae ; elles m'ont appris que toutes ces villes ont célébré la prolongation de mes jours et de mon Pontificat par de grandes fêtes, des prières publiques et surtout par la réception des sacrements. Eh bien I voilà un moyen de contenir les persécuteurs de l'Eglise que vous avez en Allemagne.

Combattez-les par votre constance, par vos écrits, par vos paroles, et donnez vos raisons avec courage et fermeté. Dieu veut qu'on respecte ses supérieurs et qu'on leur obéisse; mais il veut aussi qu'on dise la vérité et qu'on combatte l'erreur.

Voilà donc une persécution préparée et déjà commencée en Allemagne : voilà te premier ministre d'un gouvernement qui, après ses victorieux succès, s'en est montré le principal auteur. Mais nout; lui avons fait dire, et vous pouvez le répéter, que, sans modestie, le triomphe n'est pas durable, et que le triomphe dont on se sert en esprit de persécution contre l'Eglise est la plus grande des folies. Cette persécution même, que le persécuteur fait souffrir aux catholiques, sera cause que son triomphe sera promptement amoindri.

J'ai fait dire à ce premier ministre que les catholiques Ont été jusqu'à ce jour favorables à l'empire germanique. Je lui ai fait dire que toujours j'avais reçu des évoques, des prêtres et des simples catholiques, des relations fréquentes où ils se disaient contents de la manière cordiale dont ils étaient traités par le gouvernement ainsi que de la liberté

— ttd —

conservée à l'Eglise : le gouveroement lui-même se montrait satisfait des catholiques.

Comment donc, après ces déclarations et ces aveux du gouvernement allemand, se fait-il que les catholiques se soient transformés en hommes qui n'obéissent pas et qui conspirent? Telle est la demande que j'ai fait faire, et je n'ai pas eu la réponse, et je ne l'aurai pas, car on ne saunât rien répondre à la vérité.

Quoi qu'il en soit, élevons nos regards vers Dieu, ayons confiance, soyons unis, et il tombera enfin de la montagne une petite pierre qui brisera le talon du colosse.

Hais si le Seigneur veut que d'autres persécutions sévissent, l'Eglise n'a pas peur ; au contraire, les persécutions la purifient, lui donnent une nouvelle force et une nouvelle beauté. Il y a, en effet, dans l'Eglise des choses qui ont besoin d'être purifiées, et les persécutions qui lui viennent de la part des grands politiques servent mieux à cet effet.

Attendons ce que Dieu voudra, mais ne perdons pas confiance. Soyons pleins de respect et de docilité envers le gouvernement, mais non pas envers les lois contraires à l'Eglise.

Recevez ma bénédiction, portez-la à vos familles, à vos amis, à tous les bons catholiques d'Allemagne, pour lesquels je demande à Dieu sa protection, et qu'ainsi vous puissiez exécuter tout ce que je viens de vous recommander.

Benedictio Dd, etc. »

Le Stint-Père, sorti de la salle da consistoire, s'est rendu ensuite dans la salle de la comtesse Mathilde, où se trouvaient un grand nombre de personnes distinguées des deux sexes, pour la plupart étrangères, venues implorer sa bénédiction apostolique.

Après avoir reçu Texpression de leurs souhaits de bonheur et leur avoir adressé cpielques [ûiroles bienveillantes. Sa Sainteté s'est dirisée Ters la salle du dogme de Tlmmaculée-Conception, et, traversant les loges de Raphaél, Elle est arrivée dans la longue galerie des cartes géographiques, laquelle était occupée par la garde palatine.

Le Saint-Père a contemplé avec satisfaction ces soldats ûdèles réunis mtour de sa personne.

Leg^DËral, M. Gagticlmiia luatipom de lousune migiûQqiididnue. Il y Étail dil entre aulrcs choses :

< Nous 6ICVODSI1D3 v(eni Tcra Dîei ponr qn'it prolongs }> vie de Votre Sainlci6 cl qu'il vous réserve la eràce d'aEsisler an iriomidie de l'Eglise. .

11 a lermioâ eD priant le Stînt-Fère dé nwloir bî^o bénir tois cm gardes dâvoués cl fidilea de son palais.

Sa Sainlelé a répondu :

Je VOUS donne bien volontiers ma béoédictioD, puisque je vois une réunion de personnes ravêlues de l'uniforme de la garde palatine ; d'autant plus que votre devise n'est pas eomme celle des anciens palatins ou prétoriens, qui n'aspiraient qu'à expulser un empereur pour lui en substituer un autre. Vous, au contraire, bien que certaitis prétoriens m'aient chassé du pouvoir, vous demeurez fidèles et conitanls à m'offrir vos services, autant que cela se peut en ces temps, mais assurément avec Tespérance de pouvoir mieux remplir ces services par la suite, de voir l'ancien état de cboses rétabli, l'ordre régner de nouveau, et la justice librement exercée et délivrée des liens qui l'embar' Tassent el qui en même temps retiennent captif le Vicaire de Jésus-Christ, v

Cependant il peut encore bénir, et Je vous bénis tous, vous qui m'avez renouvelé les sentiments de votre constance. Jo vous bénis parce que vous êtes de vrais palatins, c'est-à-dire des défenseurs du palais et de ceux qui sont dans le palais. Je donne aussi cette bénédiction à vos familles, aQn que vos puissiez Jouir ensemble de cette paix qui vient de la bonne conscience.

Benedictio Dei, etc.

Le 9B jaîD, le Saiot-Père recul dans la lalle du TrAne les cértfmoniers pontificaux. H|p Hartinacci, leur doyen, a donné lecture d'me adrene 1 laquelle le Saint-Père a daigaô répondre par des paroles plonet de bienveillance.

Sa SHiatcté «"est rendue cosuitc dans la salle des Tapisseries, où se trouvaient les membres des tribunaux, les députés et les nouires da Vicariat. Son Em. le cardinal Patrisii était A lenr téie.

Elle a passé de là dans la salle du Consistoire et y a reçu iea Hliehtlions des employés du ministère do l'intérieur ainsi que de tout la ociens présidents et tice-présidents dea quartiers de Home.

A l'apparitioa du Saint-Père, la aalle retentit d'a( '

sîastes. Puis, Tavocal Pacolli, substitut dudit ministère, ayant lu une longue adresse, le Saint-Père répondit :

Voici de nouveaux fruits de confiance et d'amour que cette réunion d'employés manifeste aujourd'hui,, et vous me faites souvenir de l'admiration et de l'amour dont J.-C. était Tobjet de la part du peuple d'Israël. Il marchait en prêchant, et ses paroles plaisaient tant et remuaient tellement les cœurs, que des personnes par milliers, jusqu'aux plus tendres enfants et aux femmes, suivaient Jésus-Christ au désert, afin d'entendre de sa bouche les paroles de la Vie éternelle. Vous aussi, en ces jours, vous êtes venus à votre Souverain, et vous faites ce que vous pouvez pour soulager son cœur écrasé par tant de tribulations. Jésus- Christ faisait des choses dans lesquelles je m'efforce de l'imiter du mieux que je puis. Il eut compassion de cette foule qui n'avaitrien à manger. Et moi aussi, j'ai eu corn* passion des employés, et je leur ai donné quelque chose pour vivre. Jésus-Christ ne leur a pas donné un festin ma* gnifique. L'Evangile nous dit en effet que les milliers de personnes qui l'accompagnaient eurent la terre pour taUe et pour siège, et pour nourriture du pain et des poissons. Ce n'étaient donc ni des viandes choisies ni des vins supérieurs. Et moi, de même, imitant Jésus-Christ, je ne puis donner à tous tout ce que mon cœur voudrait, mais enfin j'aurai soin de donner ce qui suffit.

Vous venez au Vicaire de Jésus-Christ, et le Vicaire de Jésus-Christ n'oublie pas de vous faire connaître son amour et sa gratitude. Pour le dire ici en confidence, quelques employés parmi cette race qui est venue briser les murs de la Porta Pia, font des suppliques pour obtenir des subsides. C'est donc un signe qu'ils ne se trouvent pas à merveille. Il faut qu'eux aussi se contentent de ce qu'ils reçoivent. Je dis cela pour le très-petit nombre de ceux qui ont pris un parti différent de celui que vous avez pris. Il paraît que ceux-là ne sont pas contents d'avoir changé de maître, puisqu'ils reviennent à leur ancien maître pour demander seeours* Je rends grâces à Dieu qu'il vous ait ainai

— ÏSl —

protégés. J'accepte les bons présages que m'a fûts toai i l'heure H. )e substitut, et j'espère qnlls se réaliseronl. CertÛDemeDt chacun de vous et moi oomme vous noos désiroDs que ce soit ptomptemeot.

Hais cet avenir est dans les mains de Dieu. Il fera loat e< qu'il croira meilleur de faire. Il n'est pas oéeessûre dfatteadre et de faire comme les premiers chrétiens, qui, après la mort de Notre-Seigaenr, attendaient la mort de celni-d, de celuî-lk, d'Hérode, etc. ; ce qui importe et ce qui ert nécessaire, c'est de faire la volonté de Dieu.

Courage donc et foi en Dieul Ce que je vous recommande, c'est de mettre tous vos soins à éloigner vos eafants de cette sentine de vices et d'obscénités en laquelle on veut transformer Rome, cette ville qui, étant destinée de Dieu & être la capilale du Catholicisme, paratt h certains moments et à certains jours être la capitale de riropiété. Veillez à ce que ces jeunes gens oe perdeot pas la foi, ce qui serait la plus grande perte qu'ils pourrûent faire. Afin qu'il en soit ainsi, j'implore sur vous la béaédictiOD de Dieu, je vous bénis, je bénis vos familles et vos parents, afin que vous soyez tous-KWOStants dans le service de Dieu. »

tontes les Sociétés cilholi^ei d'Italie, au nom desqaelles Crsui lut une adresse eipnmantle dévoAmeat de loiu les mi Le Pape, avant de les bénir, prononça les paroles suiisates :

Avant de vous bénir, je me réjouis de voir ces bonnes dispositions d'union et de concorde, et je me recommande à tous les saints d'Italie, afin que cette concorde s'accroisse encore. Ainsi réunis en phalange compacte, vous combattrez les combats du Seigneur, et vous empêcherez» autant qu'il est possible, que de plus grands maux n'envahissent l'Italie.

Je prierai donc sainte Rosalie pour la Sicile, saint Janvier pour Naples, sainte Marie Antmxiaia pour Florence, saint Pétrone pour Bologne, saint Ambruise pour Milan, saint Marc pour Venise, le saint Suaire pour Turin, et tons

les sainls protecteurs spéciaux de tant d'autres villes dont les saÎQts opèrent chaque jour des choses merveilleuses. Que ces saints protecteurs vous donnent la force et le courage de marcher toujours unis pour la défense des droits de Dieu» de la religion, de l'Eglise et de ce Saint-Siège, sans lequel ii n'y a ni foi ni religion.

Que Dieu vous bénisse, vous et vos familles. Et que cette bénédiction vous soit une Inmiëre pendant la vie, une force à l'heure de la mort*

Benedictio Deif etc. )»

Le 87 juin au malin, le SaÎDt-Père a donné audience à la Société des reduei des batailles pour la défense de la papauté. La dépu talion se composait d'environ 4 ,300 personnes.

Sa Sainteté est descendue une demi -heure après midi de ses appartements, entourée de cardinaux et de hauts personnages. A son entrée dans la salle ducale, les redud ont fait entendre des cris nombreux de : Vive Pie IX ! Vive notre Pontife et notre roi!

Bientôt le marauis don Jean Patrizi, frère de S. Em. le cardinal-vicaire> s^est approché du trône et a lu l'Adresse suivante :

t Très-Saint-Père,

c Appelé à la présidence de la Société des reduei pontificaux, je sois heureux que le premier acte qu'il m'est donné d'accomplir soit de me présenter an pied de votre trône en une circonstance aussi joyeuse et à la tête des membres d'une telle Société.

c 0aignez accepter les vœux et les félicitations que ces membres vous adressent par mon entremise, avec tout le dévoûment de sujets et toutes les tendresses de fils respectueux.

a Renouvelant les protestations que nous vous avons déjà faîtes d^une fidélité à répreuve, d'une fermeté inaltérable dans nos principes, d*un dévoûment illimité à votre personne sacrée et au Saint-Siège, nous vous supplions d'agréer l'offrande que nous vous présentons encore de nos personnes et de notre vie même, plutôt que de manquer à de telles réso* lotions et ^ Taccomplissement de nos devoirs.

c Saint-Père!

■ Nous vous remercions de tout ce que vous avez fait et faites avec tant de générosité pour nous, comme aussi de Tittipulsion et de l'encoungement que vous donnez à la Société et au journal qu'elle publie (La Fedellà).

c Grâce à vous, ladite Société est en voie de progrès ; daignez donc la bénir de nouveau, et que votre bénédiction paternelle descende sur tous eenx qui la composent et sur leurs familles. Oui, que cette bénédiction les fortifie dans le chemin si diffile où nous marchons, qu'elle les fasse prospérer et recueillir le fruit de leurs œuvres. »

IHe IX a réponda I peu prës en ces (ennes :

Je veux vous adresser quelques paroles pour vous moDtrer. comme toujours, les sentimeuts de mou affection et de ma reconnaissauce pour les témoignages de fidélité que vous m'avez donnés si souvent avec tant d'énergje, et qui m'ont été d'une si grande consolation.

Nous marchons de Tavant avec foi, courage et fidélité. Or, l'âme fidèle est agréable à Dieu, et Dieu, à son loor, aime à la récompenser d'une façon extraordinaire. Cependant nous De voulons pas dire qu'il y a des signes annonçant que, dans peu de jours, dans un mois, dans quelques semaioes, poindra l'aube d'un soleil plus brillant, plus limpide, porteur de la paix et de la tranquillité, qui doivent être l'effet de votre fidélité- Mais pourtant ne perdons pas courage.

Quand Notre-Seigneur était sur la terre, il y avait un jour deux aveugles qui demandaient à voir. On sait que Jésus-Chiist aimait à faire les miracles à l'improviste, au milieu du peuple, sur les places, daos les rues. Ces gens donc demandaient la vue, et Jésus-Christ ne les exauçait pas d'abord. Et pourtant ild étaient fidèles : c'étaient des personnes qui pouvaient s'honorer du nom et du symbole de la fidélité. Néanmoins, ces gens continuaient de suivre le Christ, appuyés sur quelque personne qui les soutenait, et ils l'accompagnèrent jusqu'à la maison où il allait. Là, enfin, Jésus, touché de tant de constance, leur demanda s'ils croyaient. — « Oui, répondirent-ils, nous croyons. » Et ils parlaient avec une grande foi, avec une foi qui s'était accrue en chemin, et ils furent trouvés dignes de recevoir la grâce qu'ils avaient demandée.

Il esl même probable que la raison pour laquelle ils ne furent pas exaucés plus tôt venait de ce que leur foi n'était pas encore sufiisante pour qu'il fussent l'objet d'un miracle. Mais h long de la route, cette foi s'accroissail toujours par le désir, et ils obtinrent ainsi ce quils souhaitaient.

Et ûous aus3i nous sommes dans les ténèbres, nous marchons à tâtons à travers robscurité que certaines gens Doas ont apportée en place de la lumière dont nous jouis* sions auparavant. Et nous aussi nous crions au Seigneur : Domine, ut videam. Et nous aussi nous disons au Christ qu'il nous ouvre les yeux, ou plutôt (car nous avons les yeux bien ouverts) qu'il dissipe les ténèbres qui nous environnent. Ce n'est pas une maladie physique de nos yeux, mais les ténèbres morales qui nous empêchent de voir, car on nous a ôté la lumière.

Continuons donc à prier, et espérons que le jour où les ténèbres seront dissipées viendra enfin. D'ailleurs, à qui cette prière convient-elle mieux qu'à vous, qui appartenez à la Fedeltà ? Soyez fidèles, et tôt ou tard le Seigneur fera la grâce.

Qu'il daigne aujourd'hui vous confirmer tous dans ces sentiments que le marquis Patrizi m'a lus tout à l'heure, et puissiez-vous, ainsi que vos familles, mériter les bénédictions de Dieu, bénédictions que j'implore, dont je n'ai jamais été économe. En effet, je n'ai jamais oublié de prier pour celte ville, et ce matin même, j'ai célébré la messe afin que le Seigneur préserve Rome du torrent des maux qui rinondcnt.

Il y a quelques instants, je voyais un religieux qui me disait ne plus reconnaître la cité. — « Voilà dix ans, ajoutait-il, que je ne suis venu à Rome, et alors tout était tranquille; présentement, je ne retrouve pas la cité d'autrefois. » — Et il m'a affirmé qu'il était resté stupéfait des horreurs, des maux et des scandales qui se commettent dans la ville destinée par Dieu à être, et qui restera la capitale de la religion catholique.

Pour nous, bénissons le Seigneur lorsqu'il frappe et lorsqu'il favorise, et disons toujours : Sit nomen Domini benedictum.

Benedictio Dei, etc*

«Totr eotendu la lecture d'aoe belle Adreiw Ine par le P. Cappdlo, I Dabiie, caré de Saint-Charlea in CaUnari, Sa SunUté a répooda dtai cea termes qae rapporlenlà peu prèa idmtiqaeiMat VOnirvaton ntiuno et la Voco detla Verità :

Les nouvelles preuves d'affectioD et d'amour que je reçois des curés de Rome me les font appeler, comme ikie soDt véritablemeot, eooperatores mei m EccUsia Dà.

Que le Dieu tout-puissaot qui vous inspire ces sentiments les con6rme toujours davantage en vous-mêmes et les augmente. Puisque chaque jour augmente les maox et les iniquités, il est nécessaire qu'auginente en vous tons le zèle de la gloire de Dieu et le désir de sauver les âmes du naufrage qui nous menace.

Nous sommes, en eiïet, au milieu de l'orage; et quand on est au milieu de l'orage, il semble que la tête se trouble et déraisonoe. Hais non, Dieu nous a promis d'être avec nous, même pendant les orages, et, toujours miséricordieux, il nous secourra, nous fera éviter la fureur des flots, les écueils, ainsi que tes navires ennemis qui cberchent à couler la barque mystique de l'Eglise.

En ces jours je me suis recommandé à Dieu, et je fai prié a6n qu'il mette un frein à l'iniquité qui marcbe. Je vois que ces gens-là font chaque jour un pas nouveau et deviennent plus hardis. II faut donc que nous disions franchement et avec courage la vérité, et que nous nous efforcions de détruire en particulier l'œuvre dlniquité et dirréligion qui gâte le cœur de la jeunesse imprudente.

A ce propos, je vous raconterai un fait récent, que tout le monde ne connaît peut-être pas, mais que coonaissent plusieurs personnages considérables. Un cardinal passant ces jours derniers dans une rue solitaire, a rencontré une voiture où se trouvaient trois enfants qui porluent au front je ne sais quel signe que vous connaissez mieux que moi, car vous êtes condamnés à le voir tous les jours (il s'agit ici de la coiffure des iliues des écoles municipale»). Ces trois enfants étaient conduits par un cocher, leur mettre» sans doute, puisqu'il avait Hniquité empreinte sur ses

trails; elles enfants» apercevant le cardinal, se s.ont levés, et n*ODt pas craint de lui crier : Mort aux prêtres !

Or, ces impiétés sont la conséquence de Timpie système d'éducation et d'instruction que 1 un a propagé dans cette sainte cité de Dieu, où réside et où se trouve le successeur de saint Pierre. Et se peut-il que Ton aill6 si avant dans l'iniquité avec tant d'impudence, en blessant les droits sacrés de l'humanité et de la religion elle-même?

lei, dil le correspondant de VUnivers^ le Sainl-Père a ajouté quelques paroles, que la version de VOsservatore romano ne donne pas et qu'on chereberait aussi vainement dans la Voce délia Verità, Insistant sur les eons^uences de Téducation dont la municipalité s'est arrogé le privilège, il a dit que les écoles étant aux mains de cette municipalité, il devenait nécessaire de faire entrer dans les conseils de la ville de Rome des hommes capables de remédier an mal et de faire le bien, d'écarter les mauvais maîtres et d'en choisir de bons. Pie IX a dit aussi que si, jusqu'à ce jour, il s*élait montré contraire à l'immixtion des catholiques dans les afCures municipales révolutionnaires, il trouvait le moment venu pour les Romains d'intervenir aux élections municipales et d'employer toutes les forces de Thonnéleté contre les débordements de l'iniqoilé/ll amôme engagé les curés à user de leur influence auprès des familles dans ce dessein.

Tel est le sens des paroles de Pie IX, destinées à produire une grande sensation dans la péninsule et à confirmer la lettre 'du cardinal Riario Sforza (1).

En finissant le Pape a dit encore :

Nous devons donc faire ce que nous pouvons; nous devons employer tous nos efforts afin que le mal ne se répande pas davantage et afin que les enfants du peuple soient arrachés aux écoles d'iniquité et de corruption.

En attendant, comme preuve de notre affection et pour que le Seigneur vous aide dans votre ministère, je vous donne ma bénédiction. Portez-la à vos paroissiens, portezla à la TÎUe entière de Rome, de Rome que vous cultivez avec tant de zèle et tant de fatigues.

Oui, que cette bénédiction vous encourage, vous console, vous illumine au milieu des ténèbres qui pèsent sur rhumanité; qu'elle soit comme un lien qui tienne unis ceux qui désirent et font le bien, parce que vis unita for^

(4) Le cardinal Riario Sforza venait d'écrire une lettre pour recommander aux catholiques de prendre part aux élections de la ville do Naples.

tior, et aiDsi ils poarroot combatlre plus courageusement les combats du Seigneur. Puissiez-vous eoflo vivre et mourir avec celte bénédictioo, aDo de louer Dieu pendant rélernité.

Le 3 juillet, ions les collèges étrangers établis à Rome éuîent Bdmii en audicDce par le Saint-Pére dans la satle da Cootuioire. Il y avait l« co!TégesdcrAmâriqaednNordet de l'Amérique do Sud, de France et de Belgique, d'Autriche-UoDgrie, de Grèce, d'Angleterre, dMrlande, d'Econe et le collège internationarde la Propagande.

A une très-belle Adresse Ine an nom de l'assistanc* par 1« reeleBr da collège d'Ecosse, leSonverdn Pontife répondit par nn disconn qaa nou traduisons de la Voee delta Yerità.

On vient de me dire que nous avons l'espoir, — et cet espoir ne se perdra pas, car il est fondé en Dieu, — ■ de pouvoir dire un jour en toute vérité : Revêts tes habits de gloire, 6 Sien, fille captive(l}. C'est ce que nous annonçùt tout à l'heure le recteur du collège d'Ecosse, en appuyant son présage sur la protection de sainte Marguerite, qui est une des protectrices de l'Ecosse. Il appelait donc de ses vœux le jour béni ou chacun verra dans la joie de son âme celle Rome, capitale du monde catholique, quitter ses habits de dérision et d'erreur, pour revêtir les vêlements de l'allégresse, c'est-à-dire qu'il verra les rues balayées de tant de souillures et d'iniquités, qu'il verra cette cité redevenir ce qu'elle fut et ce qu'elle sera jusqu'à la consommation des siècles, la capitale du monde catholique, resplendissante de vertu, de gloire et de puissance spirituelle.

Pour obtenir tout cela, mes chers enfants, il faut continuer de faire ce que vous faites; ainsi, continuez de prier Dieu, qui tient dans ses mains le sort de toutes les générations, afin qu'il lui plaise de condescendre toujours davantage à nos vosux, continuez de rappeler à lésns-Christ cesparoles que lui-même a dites, et d'après lesquelles il est toujours prêt à donner. En effet, il dit dans une parabole : « Quel est le père de la terre qui, sollicité par son Ûls de lui

(I) Induere vettimenta glorite tiue, captiva /Uia Sion."^

donner un pain, répondrait en lui donnant une pierre? Quel est le père de la terre qui, sollicité par son fils de lui donner un poisson, répondrait en lui donnant un serpent? Enfin, quel est le père de la terre qui, sollicité par son fils de lui donner un œuf, répondrait en lui donnant un scorpion? »

Mes cbers enfants, ces paroles sont les paroles mêmes de Jésus-Christ. Elles doivent donc nous réjouir, car dans ces trois symboles nous trouvons la foi, l'espérance et la charité. Et savez-vous de qui je le tiens? D*un Anglais, le vénérable Bède. C'est lui qui m'a enseigné que le pain désigne la charité, parce que la charité est, comme le pain, la chose du monde la plus nécessaire. En effet, il est passé en proverbe (je ne sais comme on dit en vos différents pays) qu'une chose est nécessaire comme du pain. Par où Ton voit que la chose nécessaire et qui l'emporle sur tous les autres mets, c'est le pain, comme au moral c'est la foi; de même la charité l'emporte sur toutes les autres vertus.

Le poisson signifie la foi. Mais comment signifie-t-il la foi? Le voici, et c'est clair. Quand ils sont dans la haute mer, et que les vents redoublent, et que la tempête fait furie, et que les vagues, dans leur course furieuse, s'élèvent presque jusqu'aux nuages, les poissons n'ont pas peur; ils vont plus bas et ils méprisent les ondes furieuses, les tempêtes, les vents, de quelque part qu'ils viennent.

Ainsi en est-il de la foi. Nous sommes en des temps où la foi est assiégée par les perfidies des impies, par la faiblesse des sots et par les sophismes des incrédules. Tenons-nous fermes pour résister à cet écueil du salut, car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Tenons-nous fermes à cette ancre de la foi, qui nous sauvera au milieu des tempêtes et de tous les désordres de la nature dont nous sommes environnés.

Enfin l'œuf est le symbole de Tespérance, parce que l'œuf contient en lui-même Fespoir qu'il en sortira un poussiiv. Naturellement donc l'espérance vient de là, et c'est pourquoi l'œuf est le symbole de Tespérance. Donc

espérez, mes cbers enfants, et priez Dieu- Priez-te avec humilité, avec coDslance, avec résignation, afin qu'il vous maintienne fermes et assurés dans la foi, l'espérance M la charité. Puis vous verrez que les triomphes viendront bientôt. Il est certain que les triomphes de ce monde ne sont pas pour l'Eglise de monter couronnée au Capitole; non. Les triomphes de cette Eglise, ce sont les conversions des pécheurs, la diiïusion de la foi calholique, les bénédictions de Dieu, la sainteté du clergé, le bon exem|de que tout le monde doit donner. Et vous aussi, bien qu'encore jeunes, vous devez être en exemple à tout le inonde par la sainteté de votre vie.

Ce soDt les triomphes de l'Eglise, et ces triomphes. Dieu fait servir la persécution elle-même à les obtenir, car, grâce à la persécution, les bons redoublent de force et de courage. C'est pourquoi Dieu a pris en moin le van qui doit purger son Eglise, et purger aussi ceux qui sont malades dans l'Eglise même, afin de la rendre plus belle, plus constante, plus forte. Voilà, mes chers enfants, ce que vous avez à faire, et afin que vous le puissiez accomplir, je vous donoe ma bénédicllon. Que celte bénédiction vous donne la force et le courage de mettre en pratique les courts enseignements que je vous ai donnés. Recommandez aussi à Dieu le Pape, recommandez-lui vos patries, recommandez-lui l'Allemagae, dont j'ai parlé un autre jour et dont je ne veux plus parler, puisqu'on s'en inquiète. Du reste, ces inquiétudes sont inutiles, car je dirai et je répéterai toujours les mêmes choses, en dépit de toutes les colères que je pourrais soulever.

Je ne parlerai pas non plus de la France, ni de l'Anglelerre, ni d'aucun autre des pays auxquels vous appartenez, mais je prierai pour eux tous : pour les protestants afin qu'ils se convertissent, pour les pécheurs catholiques afin qu'ils se repentent, et pour tous ceux qui ont besoin de prière. De voire côté, vous aussi, priez pour les mêmes fins.

Que Dieu vous bénisse, mes chers enfants. Qu'il vous

bénisse dans votre corps et vous donne la santé, afin que irous puissiez travailler à féconder la vigne du Seigneur. Qu'il vous bénisse dans votre âme et qu'il vous donne son Saint-Esprit» afin que vous puissiez propager dans le monde la vraie foi avec fermeté et avec constance, avec prudence, mais avec courage. Qu'il vous bénisse dans vos familles, dans vos patries, et que par vous soit introduite dans vos familles la crainte salutaire du Seigneur.

Toutes les fois que vous en aurez le temps et Toccasion, ne manquez pas de dire une parole qui excite encore plus la ferveur de vos parents et de vos alliés dans la pratique des œuvres du vrai christianisme, des œuvres qui proviennent de la source de tout bien et qui sont inspirées par la foi, Tespérance et la charité. Soyez bénis dans la vie qui vous reste à parcourir, et au moment de la morl, lorsque vous devrez remettre votre âme dans les mains de Dieu. Ainsi vous serez dignes, s'il plaît à sa miséricorde et si vous savez correspondre à ses grâces, de le louer et de le bénir durant l'éternité.

Le 4 joillet, au nom de tous les employés du ministère des fînanecs, réunis dans la salle Ducale, le chevalier Louis Tongiorgi lut au Saint-Père une Adresse de dévouement dans laquelle, rappelant Tépoque el les exemples de Grégoire VU qui combattit victorieusement les Gibelins pour établir la vraie liberté et la grandeur italienne, il comparait Pie IX à ce grand Pape. « Comme Grégoire, disait l'Adresse, voas avez, très-Saint- Père, aimé la justice et hal l'iniquité; c'est pourquoi le Seigneur a voulu, dès celte vie, vous couronncnr d'une gloire immortelle. »

Pie IX a répondu :

Voici donc de nouvelles protestations d'amour, de nouveaux motifs d'espérance et un nouvel appui pour moi. Or, cette consolation que vous me donnez me fait connaître à ipoi-même quels sont mes devoirs, et, parmi ces devoirs, il en est un qu'il me paraît juste et naturel à un double point de vue d'indiquer et de remplir dans cette octave de saint Pierre que nous célébrons.

Un jour Jésus-Christ s'offrit à Pierre, et celui-ci, se jetant

humblement aux genoui du Sauveur, ouvrait les oreRies pouF recevoir les paroles du dirin Rédempteur^ les paroles de la vie éternelle et les enseignemenls que le Sauveur étaU disposé à lui donner. Or, quelles furent en cette circonstance les recommandations de Jésus-Christ à son Vicaire? Il lui dit de paître tout le troupeau de Jésus- Ghrisi : Pa^è oveSj pasce agnos.^

Obligé, moi aussi, d'imiter saint Pierre, et ces paroles étant directement à Tadresse de tousses successeurs, voici que je suis au milieu de vous pour vous dire que je sens doublement le devoir devons paître du mieux que je peux en ce qui regarde le corps, et, plus encore, et avec un plus grand soin, en ce qui regarde Tâme.

La première partie est nécessaire, parce que la vie humaine, pour se soutenir, a besoin de secours matériels. Mais la seconde est plus nécessaire encore, parce qu'eHe tient à l'existence de la plus noble partie de nous, et que lame est faite pour les demeures éternelles du Paradis. Moi aussi je vous dirai donc : Pasee oves et in eùrpore et tn spirilu.

Dieu fasse que cette nourriture spirituelle que je vous donne en ce moment puisse être utile à vos âmes et aux âmes de ceux qui pourront m'écouter ou lire ce que je vais vous dire.

Tout le monde le sait, saint Pierre finit ses jours sur une croix, imitant ainsi d'une façon toute spéciale la passion de Notre-Seigneur. Et Nous aussi Nous portons une croix, non pas sans doute une croix matérielle, rnais cette croix que la nature se résigne si mal à porter, je veux dire les souffrances. Pour moi, par exemple, quand j'élàis jetine, on me donna un jour la liberté d'aller partout où je voudrais, et aujourd'hui que je suis vieux, je ne le puis parce que l'impiété m'empêche d'administrer librement i'ËgKse de Jésus-Christ.

Néanmoins, j'espère que Dieu me donnera la force de gouverner l'Eglise, pendant les années, les mois^ les jour^, qu'il lui plaira de m'accorder encore, et j'espère moi aussi,

que je verrai cette paix qu'on souhaite en ce moment. Que le Seigneur daigne me faire cette grâce particulière, car ma force n'est pas comparable à celle de saint Grégoire VII, et elle est bien moindre encore que celle de Tapôlre saint Pierre; cependant je voudrais pouvoir dire aussi : « fax aimé la justice et haï riniquité ; c^est pourqxAoi Dieu s*est souvenu de Nous^ et il Nous a de nouveau constitué dans une pleine liberté. »

Oieu fasse que se vérifient ces présages favorables ! Il est certain que tous les jours la société se trouve exposée à de nouveaux périls. Il est certain que le désordre est devenu tel qu'avec nos seules forces, nos seuls efforts, et si Dieu n'y met la main» nous ne pourrons retrouver le calme et la tranquillité.

Oh! qu'il vienne donc, ce secours de Dieu ! Que le Seigneur vienne comme II se rendait aux désirs du centurion qui l'appelait chez lui pour guérir un serviteur à qui il portait une grande affection. Qu'il vienne pour guérir tant de malheureux qui vivent ici dans l'affliction à cause des persécutions qu'ils souffrent.

Nous pourrons dire, nous aussi, comme le centurion : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. Souvenez vous (il y a ici beaucoup de Romains et le centurion était lui-même un RomaÎD), souvenez-vous d'avoir toujours présente cette formule que l'Eglise a adoptée pour la sainte communion. C'était un Romain, tout païen qu'il était, qui disait de Jésus-Christ : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Ainsi devons-nous parler, nous aussi. Nous ne sommes pas dignes. Seigneur Jésus, d'avoir devant nous votre présence réelle, mais dites une parole, une seule parole, et le monde se tranquillisera.

Dieu a dit le Fiat^ et la lumière a paru. Il a dit le Fiat lux, et le monde a été fait. 11 a dit le Fiat homo et l'homme a été créé. Pourquoi donc ne pourrait-il dire aussi de nos jours et répéter comme autrefois : Qu'il se fasse un grand calme, afin que le calme arrive ? Voilà ce que nous devons

demander à Dieu. Qu'elle vieune, cette tr&nquiUUé ; qu'il pronoDce cette parole. Qu'il dous donne la force, à moi, i vous, à toutes les âmes catholiques qui sont répandues sur la surrace du monde.

En attendant, recevez la bénédiction que je voufi doDDe et que je renouvelle de tout mon cœur, afin qu'elle vous fortifie et qu'elle vous donne le courage et la force nécessaires pour marcher dans une voie si périlleuse. Pareils aux Hébreux, qui d'une main tenaient l'instrument propre à bâtir et de l'autre poussaient l'épée contre leurs ennemis, continuons, nous aussi, de combattre avec la prière d'une part et avec la constance de l'autre, et ainsi nous verrons couronner nos efforts et nous pourrons entendre celte sainte parole : Fiat tranquillitas magna. Pour cela, que Dieu vous bénisse en ce moment, comme je vous bénis.

Le S juillet, le Sainl-Père a daigné accueillir l'hoitimage d'aoe eoni> posiiioQ musicale du R. P. Stanislas di Pietro, de la compagnie deJésus, Missa Papa Pius, à 3 voix. Diverses familles romaines et italiennes oui élu admises à l'audience, et enlln les Pieux iTtstitutsde secourt pour la femmes en couclies, qui compte près de 8,000 dames romaines, et asaislc, en moyenne, 300 mères de familles par mois, étant réunis dan* U salle CoDsisiorialc, Sa Sainteté a écoulé la lecture d'une Adresse de U'°* la marquise Blondi, et a répondu en ces termes :

Je reçois avec plaisir et reconnaissance l'expression si vive et si juvénile de vos senlimenls; ils me monbent votre âme candide, ferme, et constante dans la défense des droits du Saint-Siège et de l'Eglise.

Si nous devions toujours vivre comme nous vivons, je voudrais dire à toutes les femmes : lieata sterilis qws non parti; heureuse la femme que Dieu condamne à la stérilité. Parce qu'aujourd'hui c'est un très-grand malheur de multiplier les fils que l'on maltraite, que l'on corrompt par de faux principes, par de fausses doctrines, que l'on expose àdemauvaisexemplesetàmille périls.

Mais espérons que ces temps cesseront, et bientôt, sans que nous ayons à demander la stérilité des femmes, car ce

serait désirer la fia du [monde, qui est dans les décrets de Dieu seul.

D'ailleurs, votre zèle me plaît ainsi que votre bonne volonté pour accroître les œuvres de charité qui appellent les bénédictions du Ciel.

Maintenant Dieu va vous donner, par son indigne Vicaire, le trésor de sa bénédiction, et vous en ferez part à vos familles.

Benediaio Dei^ etc.

Le 6 juillet au matin, le Saint-Père a reçu deux dépulations, Tone da Collège romain. Tantre des Filles de Marie, appartenant à la paroisse de la Trinité-des-Monts.

Un élève, iiommé Joseph Bngarini, a lu, au nom de ses compagnons da Collège romain, le distique suivant, desliné à accompagner une offrande assez considérable pour le Denier de Saint-Pierre :

Qus, Pie, conferimus non sont Te principe digna, Digna tamen reddit Te Pâtre noster amor.

Quant aux Filles de Marie, elles apportaient au Pontife de nombreux ornements sacrés, destinés aux églises pauvres. Voici comment Pie IX leur a parlé :

Merci pour vos expressions affectueuses et pour ce que vous avez voulu m'offrir.

Tous les jours il y a des curés qui m'exposent leurs besoins, c'est-à-dire les besoins de leurs églises ; ce que vous venez de me donner vient fort à propres.

Ainsi vous avez mérité beaucoup, parce que vous avez concouru par votre travail à la gloire de Dieu et au lustre de son Eglise. Or, qui désire Tornement de la maison du Seigneur, désire l'honneur et la gloire de Dieu lui-même.

Que Jésus nous bénisse, qu'il se souvienne de nous, et mette un terme aux infamies qui se commettent ici tous les jours. Il est vrai quele quand etle comment je l'ignore. Du reste, soyez résignés à la volonlé divine, armez-vous de force, de constance, tâchez de procurer à Dieu la plus grande gloire, et à l'Eglise le plus grand bien.

En agissant ainsi, les bénédictions du Ciel viendront, et les maux prendront fin.

Que la bénédiction que je vous donne vous accompai^e partout, qu'elle vous soit un confort et un guide, et, tandis que j^élève les mains au ciel, figurez-vous que c'est Dieu lui-même qui vous bénit.

Benedictio Deij etc.

En recevant le 6 juillet les élèves du séminaire romain de Saint-Apollinaire, Pie IX leur a dit :

YenitCf filxiy audite me, timorem Dominidocebo vas.

Puisse Marie vousobtenir de Dieu cette crainte salutaire. Avec elle vous vaincrez les tentations et vous saurez combattre les ennemis de Dieu. Gardez-vous de voî^s laisser dominer par rabattement d'esprit. Exercez-vous avec zële aux cérémonies religieuses.

Appliquez-vous à l'étude et soyez obéissants envers vos supérieurs. Le mal de la société vient de ce que chacun veut commander et non obéir. Que Dieu soit donc avec vous.

Le comité pour la défense des intérêts catholiques, fondé à Marseille, ayant 'envoyé une Adresse au Saint-Père, en reçut presque aussitôt le bref suivant, dont nous n'avons pas besoin de signaler Timportance.

PÎE IX, "PAP'e,

^ nos chers Fils Henri Abeille, Henri Bergasse^ et aux autres qui se sont unis, à Marseille^ pour veiller aux intérêts catholiques.

Chers fils, salut et bénédiction apostolique.

Au milieu des maux affreux des temps actuels, maux que nous déplorons si amèrement, ce qui nous préoccupe le plus, c'est de voir qu'en s'altaquant perfidement à l'âge le plus tendre, on s'efforce d'enlever à l'entente de la société religieuse et de I91 société civile, tout espoir humain de guérison.

Maîtresse de l'autorité et de la puissance, l'impiété, pour inoculer son poison à l'enfance et à la jeunesse, poursuit, opprime, détruit toutes -les institutions où elles pourraient

puiser un enseigoement pieux et sain et être formées à la vertu. Puis elle coDtie, malgré les protestations des pa~ ïents, la géoératioa qui grandit à des maîtres per\'ers, qui la détourneront de Dieu au moyen du vain apparat d'une science controuvée et gonflée au vent, et qui, l'asservissant aux choses de la terre, la feront grandir dans Torgueil, dans le mépris de toute autorité, dans le désir des biens qui passent, dans les attraits de la volupté. Rien de plus* funeste que cette corruption ne peut menacer la société humaine. Aussi nous sommes-nous appliquéf*, autant qu^tt a dépendu de nous, à résister à un aussi grand tnal. Nonseulement nous avons opposé chez nous, aux efforts de l'impiété, des écoles où la jeunesse puisse recevoir, nvec* une pieuse éducation, nne doctrine saine et soIide,-maîs encore nous avons provoqué partout cette généreuse entreprise, en encourageant, par notre autorité, notre faveur, nos exhortations et nos éloges> les sociétés catholiques vouées à cette œuvre.

Il vous sera donc facile de comprendre, chers fils, 'avec quelle joie, avec quel bonheur, nous avons appris votre résolution de pourvoir par tous les moyens à la défense et aux progrès de la religion catholique, et principalement de veiller à la droite éducation de l'enfance et de la jeunesse. La nécessité d'une telle œuvre est d'autant plus pressante chez vous que, depuis longtemps, dans votre patrie, il a été permis à l'impiété de travailler à détourner les esprits de tout ordre surnaturel, en introduisant la négligence de la religion, en vulgarisant les plus pernicieuses erreurs, en viciant les mœurs, en enlevant tout frein aux mauvaises convoitises, en plongeant le peuple dans la fange des passions. De là nécessairement ont découlé ces dissidences flagrantes d'opinion, cette mobilité presque continuelle de la forme du gouvernement, ces commotions politiques et ces émeutes si fréquentes, cet attachement à ses propres intérêts qu'on fait passer avant les intérêts de la patrie, ce débordement de vices qui a, enfin, amené tout récemment la plus horrible de toutes les calamités !'

Aussi, par le projel que vous avez formé, non-sealemenl vous assurez pour l'avenir la religion et l'avantage spirituel de la jeunesse, mais vous travaillez k ramener l'union des esprits, à vous couvrir contre le retour oRensif de vos ennemis par la proteclion la plus efficace, à rétablir l'ordre civil, à rendre à votre patrie son ancienne grandeur. Nous ne nous étonnons donc pas que beaucoup aient adhéré sur le cliamp à votre projet, et nous ne doutons pas qu'un plus grand nombre encore ne s'empressent d'apporter à votre œuvre le concours le plus généreux. Parmi tous se distinguera surtout le clergé de Marseille. Car si Dieu a confié à chacun le salut de son prochain et s'il convient h tout citoyen bonaéle de s'appliquer aux vrais intérêts de la patrie, c'est avant tout au clergé. En effet, c'est à lut qu'il appartient de briller au-dessus des autres par l'exemple de toutes les bonnes œuvres; c'est à lui qu'a été confié le soin deprocurerlesalutdu peuple; c'est lui qui, par sa consécration même dans la prêtrise, a appris que son devoirélail de marcher à la tête de toutes les œuvres de salut et de prêcher de parole et d'exemple. Et cela nous l'attendons nommément avec d'autant plus de confiance du clergé de Marseille que l'œuvre est plus importante etque nousconnaissons mieux son zélé, sa piété et safenneté contre tous les obstacles qui peuvent se présenter.

Du reste, si nous nous sommes étendu plus longuement sur ce but particulier que vous vous proposez, en n'est pas que nous jugions moins recommandable le soin que vous comptez apporter à réfuter les erreurs qui vont se multipliant, à combattre l'impudence de la mauvaise presse, à aider les iaslitutioas de la charité calholique, à soutenir les églises pauvres, enfin à protéger et à favoriser en général les œuvres pieuses. Car si, par ladroile el soigneuse éducation de l'enfance et de la jeunesse, vous portez la hache à la racine même du mal ; si, en formant en quelque sorte une nouvelle et saine société destinée à remplacer celle qui est corrompue, vous pourvoyez à l'avenir; par vos autres œuvres, vous vous efforcez évidemment de

détouraer les maux de la société actuelle, de les arrêter, de les adoucir, de les guérir.

Aussi QOD-seulement nous approuvons pleinement et nous recommandons instamment vos desseins, mais nous désirons vivement qu'ils soient le plus tôt possible menés à bonne fin et qu'ils trouvent de nombreux adhérents ; afin que, réunissant les ressources, Tactivité, les forces d'un plus grand nombre, vous opposiez au débordement de l'impiété une digue solide, qui puisse protéger contre sa Inerte la société civile et religieuse et la rappeler, pour ainsi dire, à une vie nouvelle. Ce que vous entreprenez est rude et ardu : mais vous l'entreprenez au nom du Seigneur, pour le salut de vos âmes et de votre patrie. Vous ne pouvez donc douter que Dieu ne vous soit propice. S'il est pour vous, vous pourrez vaincre aisément toutes les difHcultés et vous enrichir du fruit de vos travaux, qui dépassera, peut-èlre, toute espérance. Ce sont là les vœux que nous formons pour vous du fond du cœur ; et en souhaitant à votre entreprise les secours célestes les plus nombreux, l'abondance la plus large des dons d'en Haut, nous vous accordons très-affectueusement, à vous, chers Fils, à tous ceux qui se sont joints et qui se joindront à vous de quelque façon que ce soit, la bénédiction apostolique, présage de la divine faveur et gage de notre bienveillance paternelle.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 27 juin do l'année 1872, et de notre pontifical la vingt-septième.

Pie IX, Pape.

Le 44 juillet, vers midi, le SaiiU-Père a reçu dans la salle des Tapisseries noe nombreuse députaiion de la ville d'Alhano, composée (fcccU^siastiques et de laïques présidés par leur évêquo, S. Eni. le cardinal l)i Pielro, et par s. Exe. le prince Altieri.

A l'arrivée du Souverain Pontife, la salle a retenti d'acclamations prolongées. Fuis Vexgonfaloniere {m^ne) d*Albano, M. Horace Kicolti, a lu au nom de tous une Adresse de circonstance. Nous en reproduisons le passage qui a mérité Tauguste approbation de Pie IX.

S'il existe aujourd'hui la liberté de faire le mal, pourquoi ne profllcrions-nous pas de notre liberté* de faire le bien 7

Le Sainl-Pèrc a répondu ea ces termes :

Je VOUS remercie des sentiinents de âdélUé que voms venez de m'exprimer. Ils ténioi|;iieDl de voire volonlé âe suivre et de servir l'Eglise de Jésus-Chrisl, sans vous laisser entraîner par les sollicilations des Impies.

Dieu a visité plusieurs fois la ville d'Albano par des châtiments ; mais en cette circonstance, elle se rend digne des bénédictions de Dieu. Celte ville a été visitée par le" choléra à une époque où grand nombre d'étrangers qui y demeuraient se livraient à toute sorte de désordres ; ef tout à coup la tristesse, la douleur et la mort succédèrent à l'allégresse.

Cette ville a élé tout récemment encore visitée par un raéléore qui a causé de grands dommages à ses campagnes. Ces fléaux sont autant de voix |)ar lesquelles 0ieu nous rappelle à l'observation de nos devoirs. Les plus terribles châtiments de Dieu sont les fléaux moraux, que vous ne connaissez que trop aujourd'hui. Il n'y a rien de pire que d'être révolutionnaire. Le révolutionnaire désire d'abord la liberté, et, une fois nblenue, il s'en sert pour essayer d'arriver au pouvoir; mais après qu'il s'en est emparé et qu'il s'y est consolidé, il ne garde plus aucune mesure lorsqu'il voit les autres chercher à l'obtenir pour eux-mêmes; il devient un tyran et condamne la liberté. Il faut dire et faire connaître aux jeunes gens, que la liberté dégénère en tyrannie cl licence, qui retombent de tout leur poids sur les provinces et les villes.

Cherchons donc h nous tenir prêts et constants dans l'exercice de nos devoirs, et disons à Dieu ; A fulgure et tempestale libéra nos. Domine. Ab inimicis Sanctœ Ecclesiœ libéra nos. Domine.

Je vous accorde de grand cœur ma bénédiction ; qu'elle vous donne la force et la constance dans celte vie.

Benedictio Dei, etc.

S'éianl cnsuiie rrndu dans h grande sallcdu Consistoir,-', le Sainl-rère acoompagn^ de plusieurs cardinaux, tels que LL. EE. Oagialli et l)i l'ictro, de divers évÉqucs élrangcrs el d'un grand nombre de prélals, y a

trouvé r^nis tons les élèves des sept écoles dirigées par les Frères des Ecoles cbrétiennes à Rome. On les avait divisés en deux groupes, et derrière eux on avait disposé un chœur de ces élèves dirigé par le professeur Capocci.

A l'arrivée dn Saint-Père, ces enfanta ont chanté avec accompagne* ment de piano un morceau intitulé : CErviva al Santo Padre.

Le Saint-Père, assis sur son trône, paraissait vivement ému en écouunt ce chant doux et harmonieux, exécuté avec une grâce toute particulière par ces jeunes enfanis aux voix délicates et angéliques. A certains moments, il élevait les yeux au ciel, et il accompagnait de la tète et de la main les touchantes harmonies, de manière que les personnes présentes se disaient : 11 y a là quelque chose de céleste. Ce choeur terminé, un jeune homme nommé Paoto Cremonesi sVst avancé pour lire une longue et magnifique Adresse, dans inquelle il nass^it en revue les soins et la protection que les écoles des Frères, et notamment celle dn Transtevère, ont reçus du Saint-Père.

Il remerciait Dieu de les avoir préservés de la corruption de certaines écoles nouvelles qui ont perdu pour toujours tant de jeunes gens. On a chanté ensuite un autre chœur ayant pour titre VEspérance^ sur la musique de Rossini.

Dans un dernier chœur, ces jetines gens ont demandé au Saint-Père sa bénédiction.

Sa Sainteté s^étant ensuite levée, le visage radieux :

Me voilà, a-t-il dit, me voilà pour vous bénir» et comme vous m'appelez Père aimé, de même je désire que vous soyez les fils aimants de la très-sainte Vierge et de la sainte Eglise. Jésus-Christ entrait à Jérusalem assis sur une ânesse, et il avait devant lui et autour de lui un grand nombre d*enfanls ; je ne crois pas qu'ils fussent aussi nombreux que vous ici; ces enfants accompagnaient en chantant Notre-Seigneur lorsqu'il (it son entrée à Jérusalem.

Mais, comme vous le savez, après ces chants devaient venir la passion et la mort. Entrons également dans Jérusalem, mais ne vous laissez pas intimider ou troubler par ceux qui sont dans la Jérusalem actuelle. Un chœur se fera entendre, et le peuple vous imposera silence, en vous disant : Vous êtes des dévots et des enfants de superstition. Mais vous devez imiter l'aveugle de l'Evangile, qui, apprenant que le Divin Maître passait, criait au miracle parce qu'il voulait recouvrer la vue, et, quand on l'invitait à se taire, il criait d'autant plus fort à Jésus-Christ pour qu'il lui rendit la vue. Il faut donc aller en avant et faire la sourde oreille, comme on dit, à ceux qui veulent nous donner de mauvais conseils et des exemples pervers.

Retournez donc dans vos demeures, et dites à vos pères et mères et à tous vos autres parents que le Pape les bénit. Que Dieu vous bénisse donc, pour que vous continuiez à être dignes de le louer pendant toute l'éternité.

Le Sainl-Père a dit ensuite : c Je voulais donner à tous une petite médaille. Mais, vu votre grand nombre (ils étaient mille environ), j'ai préféré les donner à votre supérieur, qui vous les distribuera selon son bon plaisir. »

En terminant, on a offert au Saint-Père une bourse renfermant Tobole de Tamour filial.

Le Frère Romeo, vicaire, résident à SanSalvatore in Lauro et le Frère Floride, procureur général de TOrdre, assistaient à Taudience.

Après avoir donné audience le malin 43 juillet à M. le comte de Tauffkirchen, ministre de Bavière, le Pape, se rendant dans la salle du Consistoire, y a trouvé réunis tous les employés fidèles du ministère du commerce et des travaux publics, qui avaient à leur téie S. Em. le cardinal Berardi, chargé de ce ministère.

M. le commandeur Louis Tosi, substitut, a lu une adresse très-énergique, et Sa Sainteté a daigné répopdre en ces termes :

Les sentiments que vous m'exprimez, la présence de ces employés du ministère du commerce et la présence même du minisire qui les conduit, me rappellent le mois de novembre 1848.

C'étaient alors des temps de trouble, qui cependant furent bientôt suivis d'une ère de tranquillilé et de paix. En ce temps se présenta un jour, dans mon cabinet de co palais qu'on m'a pris, du Quirinal, le minisire du commerce et des Iravaux publics. Cel homme est mort maintenant, et je crains qu'il ne soit mort dans les mauvais sentiments dont il avait été animé pendant sa vie.

Il se présenta donc devant moi. El bien que républicain, ayant toutes les allures d'un tribun populaire, il se présenta timide, crainlif, et me dit à voix basse que le désordre et les émeutes dans le peuple étaient occasionnés par une de mes allocutions où je faisais connailre à toutes les puissances mon refus de m'unir à ceux qui avaient déclaré la guerre à l'Autriche. A quoi je répondis : « Le Vicaire de Jésus-Christ doit être en paix avec tous.

« — Mais, reprit cet homme, vous pourrez, Très-Saint Père, en souffrir de graves dommages.

« — Je les souffrirai. Mais, pour éviter des dommages même très-graves, je ne ferai aucune chose contraire à l'honneur, contraire à la justice, contraire à la conscience, contraire à )a religion. »

Et il en fut ainsi. Je fus contraint de partir de Rome, et à bon droit je pourrais dire que pour n'avoir pas voulu commettre un acte contraire à la justice, je dus perdre le tTÔne.

Aujourd'hui, les choses se passent autrement : le trône m'a été ravi par la violence. Il est vrai que mon acte de justice ne fut pas apprécié alors et qu'il ne l'est pas davantage à cette heure.

De qui pouvons-nous donc attendre du secours? De qui, si tous les gouvernements sont dominés par les sectes et sont les fils des ténèbres? Certes, ce n'est point par ceuxlà. De qui donc? Le monde catholique, vous l'avez dit, est tout en prière ; il est aux pieds de Dieu, implorant pitié et miséricorde. Hors de là, il n'y a rien à attendre. Pourquoi?

Quand saint Jean-Baptiste voulut confirmer les disciples qui désiraient savoir si Jésus était le vrai Messie, il leur dit : « Allez le demander à lui-même. » Ils allèrent, et Jésus leur dit : <( Rapportez à Jean que les aveugles voient, les sourds entendent, les muets parlent, les boiteux marchent et les morjs ressuscitent; » comme s'il voulait dire : « A mes œuvres connaissez qui je suis. »

Si nous allons frapper à la porte des gouvernements de l'Europe, les œuvres sont au rebours de celles dont parlait Jésus aux disciples de saint Jean. Ces œuvres, vous les voyez tous, les œuvres d'un soi-disant gouvernement (cosi detto) en Italie, d'un soi-disant gouvernement à Madrid, d'un soi-disant gouvernement à Paris; regardez, observez ces œuvres, et dites ensuite ce que nous pouvons attendre de ce monde.

Donc sursum corda, élevons le cœur à Dieu, duquel nous

alteodoDs appui, renfort, coDseîl el protection, munlenanl et toujours.

Telles sont les paroles que j'ai vgulu vous dire avant de vous dodoer ma bénédiction, une bénédiction qui voua soutienne au milieu des incertitudes présentes.

Remarquez ce qui se passe en ces jours, lis parleot de prétendues garanties, ^e liberté pour tous d'aller aux urnes pour les élections administratives; je vois pourtant que celte liberté s'en va en fumée. Un ministre envoie une circulaire qui épouvante; la place crie, hurle et frémit; les garanties de la liberté n'existent pas.

Cependant, que cbacun fasse ce qu'il peut, qu'il suive le conseil de personnes d'autorité, et si l'on ne réussit pas, ce sera une preuve de plus de l'hypocrisie des garanties de la liberté.

Je bénis vos personnes, vos familles, et que ma bénédiction vous donne du soulagement, de la consolation, du courage maintenant el toujours.

Benedictio Dei, etc.

Le 1 s juillet, la CongrdRation des Filles de Marie, érigée dans la maison des nëophylcs, aux Monli, a été reçue, vers midi, dans la salle du Consibloirc.

Mgr Caialdi, les dames du Sacré-Cœur, en qualité de directrices, et H"* Rose de Paris, présidente, étaient à la léte de ta pieuse Coagréga-

tiOD-

Lorsque le Saint-Père eut pris place s' Adresse où se trouvaient les paragraphes

Très -Saint- Pare, nous ailendons bientôt de Vous une visite bdk Monti, & Saîute-Marie Majeure, pour nous donner la hénédiciion solennelle.

Pemieitei-nous, Três-Sainl-Pôre, de remarquer encore que c'est aujourd'hui TuDuiversaire de la dëfiuition de l'intaillibilitË du Souverain /Pontife, proclamée par le saint concile œcuménique du Vatican, et nous, ageDonillées à vos pieds, nous vous renouvelons la protestation de notre obéissance absolue et de notre entier dévouement.

Sa Sainteté, qui avait témoigné une vive satisfaction pendant la lecture de l'Adresse, a répondu en ces termes, rapportés par le CatkoUqwi :

Je vous donne volontiers ma bénédiction. Pour ce qui concerne le temps de revoir les Monti et d'aller à Sainte-

JUarie-Majeure pour vous bénir solenaelleraent, je vous dirai que won est nosirum noscere tempora. Dieu se réserve, dans ses irapénélrables desseins, de fixer l'époque où il Nous sera donné de sortir librement dans Rome. Vous pouvez en hâter l'heure par vos prières incessantes, par raecomplissement exact de vos devoirs, comme aussi par le travail et l'obéissance, qui conviennent à votre âge.

Gardez ces paroles enripreintes dans vos cœurs, et recevez en atlendant la bénédiction apostolique.

Benedictio Dei^ etc.

I^ 49 jnillet, lo Saîni-P^re, accompagné do LL. EB. les cardinaux Pa- Irizi, Monaco et Barnabo et de Mgr de Mérode, ainsi que de divers auires prélats de sa cour, s'est rendu à midi dans la salle du Consistoire.

Il a reçu en audience le conseil de direction de la pieuse union de Sainte-Marie-Uadeleine, pénitente, composé de quarante-trois dames et de quelques sœurs de la Miséricorde.

M*'1Clèlià Fratiinl, eu Tabsence de la princesse Rospigliosî, présidente« adonné lecture d'une Adresse à laquelle le Saint-Père, d'après le Catholique^ a répondu en ces termes :

Continuez cette œuvre pieuse, agréable au Seigneur. Jésus-Christ aussi s'occupait à convenir les femmes pécheresses, telles que la Madeleine et la Samaritaine du puits.

Il est certain qu'au jour du jugement les mauvais catholiques qui méprisent la lumière de la foi seront jugés plus sévèrement que ceux qui vécurent dans Sodome et Gomorrhe. Ceci est une preuve que le vice de la malhonnêteté est plus susceptible de correction que celui de la perte de la foi.

Vous vous êtes adonnées à un véritable apostolat; vous avez par là la consolation de voir tant de brebis égarées revenir dans le droit chemin en s'unissant par les liens de légitime mariage, et d'autres embrasser même la vie religieuse.

Je comprends que quelques-unes d'elles, après avoir dit mea culpa, pourraient tomber de nouveau et suivre la voie du crime ; cependant il faut toujours espérer dans leur conversion, parce que, au fur et à mesure que les années

arriveront et que les passioas diminueroat, elles i honte de leurs travers du temps passé.

Puisse Dieu vous consoler et vous soutenir dans vos fatigues; qu'il vous accompagne avec sa sainte béoédiction durant tout le cours de votre vie.

Benedictio, etc.

t^ 80 jnillet, le Siint-Pirc recevait les anciens employés ilc la police que lui présenuiit Hgr Randi. A uoe Adresse lue par H. la marquis Pie Capranica, assesseur. Pie IX a répondu par un discours dont voici la tradaciion :

Comme tant d'autres adresses, la vôtre arrive au pied du trône du Vicaire de Jésus-Christ. Vous représentez la classe des employés de la police, celte classe appeléea maintenir l'ordre, à préserver la société des troubles et à punir les délits. Votre institution me rappelle un fait qui la regarde : seulement ce fait a 22 ou 23 siècles de date.

Il y avait en Israël un roi qui écrivait des livres inspirés par l'Esprit-Saint. Dans ces livres, il est parlé d'une vierge sainte, épouse nouvelle qui allait cherchant pendant la nuit l'objet de ses désirs et de son amour. Elle courait seule par les rues de la ville quand elle fut rencontrée par les veilleurs, invenerunt me vigiles, lesquels lui demandèrent : Qui cherches-vous à celte heure avancée? Et ellfl répondit à leur demande. Les temps étaient si sûrs alors qu'une femme, une jeune fille, pouvait aller seule la nuit par ta ville.

L'Ecriture, qui parie de choses si petites et de peu d'importance, comme du chien de Tobie, etc., ne dit pas qu'il y eût des voleurs en ce temps. D'où vous pouvez conclure que l'ordre régnait dans IsraiSl.

Et cependant il y avait beaucoup à voler. Il y avait un roi très-riche, auquel une reine avait apporté de l'or, des pierreries et des objets précieux. Je ne dis pourtant pas qu'il n'y avait point de voleurs. Il y en a toujours eu. Mais l'Ecriture n'en parle pas, et cela montre qu'ils n'étaient pas en grand nombre.

Vous êtes, vous autres, les successeurs de i ont parle ce roi très-sage. Mais on vous a m l vous n'êtes plus que les spectateurs de ce q )us les jours. Moi, je ne vois rien, mais je lis. J îceveur s'est enfui avec la caisse, et non invenit v*^ I lis qu'un autre a emporté d'autres fonds publics, eê non wenit vigiles ; je lis que les voleurs enfoncent les portes . es maisons, et non invenerunt vigiles. Ces vigiles, cepeaant, sont venus et se sont montrés dans un soulèvement e la place publique qu'on dit républicain. Mais ils sont itervenus d'abord comme témoins, et avec une telle atti« ide, qu'ils semblaient être là ad confirmandam audaciam. uis ils ont montré quelque activité, quelque énergie, L les troubles ont cessé. / ^ ? ^

Peut-être dans les jours qui suivront, au moment des / lections administratives, ces bandes de l'émeute, prèles ;

servir qui les commande, se représenteront-elles de « ouveau ; en ce cas, je me recommande à ces vigiles pour u'ils nous laissent cette liberté qu'ils nous ont voulu / ctroyer, de donner notre vote et d'émettre notre avis ■ îlon notre conscience.

Ils ont dit que nous voulons une réaction armée, alomnie et folie que cette réaction armée. La réaction ue nous désirons, c'est que des hommes honnêtes se monent aCn de protéger la jeunesse, qui doit être élevée selon i morale, les bonnes mœurs et la religion. Telle est la faction que nous désirons. Au reste, les grandes réac- ^\ ons sont dans les mains de Dieu, et Dieu pensera à les lire.

Et puisque tout est dans les mains de Dieu, je terminerai amme je termine souvent. Que devons-nous faire? Ce lalin même, j'ai reçu des lettres qui me demandent 'écrire des circulaires alin de faire prier partout, afin que ) Seigneur vienne à notre aide. 11 n'y a rien à espérer du londe ; mais d'un moment à l'autre il peut venir un omme envoyé de Dieu, et il nous reste à prier afin que ieu mette la main au trésor de ses miséricordes, qu'il

éloigne les impies et ramène des jours de paix et de Iran* quillité.

Quant à moi, je vous le dis, je désire finir ma carrière dans cette paix et cette tranquilliié de l'âme.

Mais CCS jours viendront, j'en suis sûr. Comment et quand? je ne le sais, mais ce sentiment est en moi parce que dans le monde on prie beaucoup et qu'il y a une grande confiance dans le triomphe de cette cause qui est la cause de la justice, de Tordre, de la religion, en un mot la cause

de Dieu.

Accélérons donc par la prière Theure où Dieu décidera favorablement de sa cause. Prions afin qu'il nous bénisse. Oui, mes chers enfants, je vous bénis, et que ma bénédiction descende sur vos personnes, sur vos familles, sur vos affaires; qu'elle vous accompagne dans le temps, qu'elle soit présente à Theure de votre mort, et devienne le chant que vous ferez retentir dans l'éternité.

Benedictio Deiy etc.

Le 2"> juillet, 1rs (Mèvcs dn Colli^gc Nazzarcno, accompagn(^s de lenr* mallres les religieux tics écoles pies, dits Ciolopes, ontélé reçus dans la salle des Tapisseries. Ils oni éià présentés à Sa Sainteté par le R. P. Joseph Calasanzio Casanova, général de TOrdre, et par leur recteur, le P. Léon Sarra. Le Saint-Père ayant pris place sur son trône, Télève François Zampelori a lu, au nom de tous, une Adresse à laquelle le Saint- Père, d'après le Catholique^ a répondu en ces termes :

Tout ce que ce jeune lecteur vient de me dire est bien vrai. Ayant passé ma première enfance sous la protection de saint Joseph Calasanzio, j'ai voulu, comme de droit, me rappeler souvent les maîtres de ma jeunesse en leur rendant quelques visites et en leur accordant quelques faveurs.

Pour vous, chers enfants, faites comme les anciens navigateurs qui employaient toutes sortes de moyens pour se défendre des syrènes. Oh ! il y a beaucoup de syrènes aujourd'hui, il y en a parmi les femmes et parmi les hom- '^ > et ces syrènes sont bien dangereuses, pour la jeu-

nesse surtout, car elles engendrent le mépris des choses saintes.

Un grand nombre de Romains, il est vrai, préfèrent encore les institutions présentes; mais laf prolongation du présent état de choses pourrait ôlre dangereuse même pour eux. Il pourrait en effet arriver que quelques-uns, fatigués du gouverncMncnt sacerdotal, lui en préférassent un autre.

Ainsi donc, mes enfants, fermez vos oreilles à tous les discours pervers et n'écoulez pas ceux qui diffament tout ce qu'il y a de plus sacré. La force qui vous est nécessaire, vous l'obtiendrez par la prière.

Votre oratoire vient d'tMre restauré et agrandi; ainsi vous pourrez y prier avec plus de ferveur. Mais souvenez-vous que la prière doit partir du cœur. Atlressez-vous à Marie, que l'on vénère dans cet oratoire sous le titre de N. D. de Lorelte, recommandez-vous à elle et à vos saints protecteurs.

Vous avez un ange gardien qui vous accompagne toujours à l'école et dans les rues. Que Dieu vous bénisse et vous confirme dans ces senlimenls. La meilleure richesse (jue vous puissiez |)osséder, c'est Li foi, et la foi vous rendra honorables aux yeux «les personnes sensé<'s.

Je bénis V(;s pères, vos mères, vos familles; que cette bénédiction vous forlifie dans la pratique de vos propres devoirs et vous accompagne jusqu'à U mort. Benedictio Deiy etc.

Après avoir donné son anneau h baiser aux sup^Tieurs et aux élèves, le SaiiH-Père s'est reniiu diins la s^lle du C.onsisioirc, où TaUcndait la Dombreuse Congrégation des Filles de Marie, fondée dans la paroisse de U Madeleine, dtrijT«5e par l«^s mai i rosées dos écoles Pies au G«?sù.

Un grand nombre d'elles en bas-àge claieiil velues de blanc et porlaieni au COQ, attachée à un ruban bleu, la médaille de Marie Immaculée, signe dislinctif des congréganistes.

Elles étaient accompagnées de qunlques-unes de leurs maîtresses.

A l'entrée du Sainl-Péie, M"" l'eresa Pomponi^ secrétaire, s'est approchée, et a lu une louchante Adresse.

Le Saint-Père a répondu :

Rappelez-vous que le devoir d*uDe école de jeunes

vierges, telle que la vôtre, est de suivre Jésus-Christ par Famour et les œuvres ; rappelez-vous que Ton dit de Lui : Quocumqae tendiSf virgines sequuntur.

Il faut suivre Jésus-Christ par la pratique de dos devoirs, par le travail, eu un mot par le sacrifice de sa propre volonté.

C'est une chose quelquefois dure à faire pour des jeunes filles c&mme vous, mais il faut commencer dès les plus jeunes années à plier sa volonté, parce que plus tard ce sera plus difficile. Adolescens juxta viam suam etiam cum senueritnon recedetabea. En commençant de bonne heure, la volonté persévère plus facilement dans le bien.

Priez donc devant Jésus-Christ et suivez-le, car il saura vous récompenser ; retournez dans vos demeures avec ma bénédiction.

Benedictio Z)e», etc.

Voici, d'après le Catholique^ le discours adressé par le Saint-Père aux éfèques présents à la séance du 29^ dans laquelle SaSainteté avait daigné pourvoir divers sièges vacants.

Le Saint-Père a parlé aux nouveaux élus en ces termes :

Je vois avec plaisir les évèques de Chiusi et de Livoume ici présents ; et puisqu'il est question de ces deux diocèses, je dois dire quelque chose à leur égard. Je dirai que je les ai bénis tous les deux, lorsque je dus y passer en allant en Toscane. En général le bon peuple de la Toscane me reçut avec contentement, et partout les personnes accouraient en grand nombre avec joie et allégresse à ma rencontre; tout le monde montrait une grande dévotion et un vif désir d'obtenir la bénédiction du pape.

Quant à Chiusi, je lui donnai ma bénédiction de la porte où j'arrivai très-tard ; c'est ainsi que Pienza, siège réuni, fut bénie de loin pendant mon trajet.

Enfin, avec l'aide de Dieu, j'arrivai à Livourne. J'entrai au contraire dans cette ville et j'arrivai jusqu'à la place. Je vous rappellerai à ce propos comment Livourne a toujours renfermé dans son sein de méchantes ^'ens : le peuple est

bon, mais au milieu du peuple il existe une certaine classe de gens malintentionnés. Il y eut même un peu de douter sur le point de savoir s*il convenait d'y entrer ; on craignait quelque trouble. Le grand-duc lui-même le redoutaity et il aurait désiré que j'évitasse Livourne.

Néanmoins, avec l'aide de Dieu, j'entrai dans la ville, et tout se passa dans une tranquillité si parfaite que, du haut du balcon élevé en face de la cathédrale, je donnai la bénédiction à un grand nombre de personnes. Je me souviens même que la foule était si grande que je voyais du monde partout, non-seulement aux fenêtres et sur les terrasses, mais encore sur les toits.

Ainsi donc, ces deux diocèses ont été bénis parle Vicaire de Jésus-Christ, et je crois que cette bénédiction produisit alors des fruits abondants. J'espère qu'elle en produira encore davantage aujourd'hui que les deux évêques ici présents vont y aller. Je renouvelle, par leur intermédiaire, l'espérance que cette bénédiction, unie à leur zèle, maintiendra intact chez ce peuple et même accroîtra ce trésor > delà foi vers lequel sont dirigés aujourd'hui la plupart des pièges des impies, trésor dont nous avons un besoin suprême.

Nous espérons que cette foi s'accroîtra spécialement à Livourne. Et certes, si la bénédiction du Pape devait produire toujours de bonnes conséquences, ce devrait être surtout pour Livourne, que j'ai bénie non-seulement une fois, mais deux, mais trois, jusqu'à dix fois.

Cependant il y a de petits vauriens, même à présent; et de ce pays il nous est venu un certain journaliste juif, lequel, non content d'intriguer à Rome, est allé troubler Frascati.

Espérons que saint Pierre, qui est un saint puissant, vénéré dans la cathédrale, voudra défendre cette ville de Frascati et fera avorter les intrigues du perturbateur.

Je vous bénis donc de nouveau, vous, vos diocèses et vos familles.

Benedictio Dei, etc.

— «et —

On lisait dans le Catholique de Rome, du 6 aofkt :

Ce matin, ver3 midi, les élèves du Collège Clementino, au nombre de 60 environ, accompagnés de leurs matlrns et du R. P. recteur Silvio Imperi, ont élé reçus dans la salle des Tapisseries. Un des élèves, M. Napoléon Brinciaglia, a récité un gracieux compliment en vers qui a grandement plu au Saint-Père.

Puis le R. P. recteur a offert à Sa Sainteté Tobole de Tamour filial recueillie dans le collège.

Prenant occasion du nouvel habit orné d^ne gracieuse ceinture dont ces collégiens étaient revêtus, le Saint-Père leur a adressé ces quelques paroles :

Je VOUS vois revêtus d'une ceinture; cela indique la mortification. Vous devez donc vous montrer bons, dociles, religieux, obéissants, mortifiés dans vos regards et dans vos paroles, soigneux d'éviter la vanité du monde.

La nécessité pour la jeunesse de veiller à ses yeux et à ses paroles est exprimée par ces mots de Job : Pepigi fœdus cum oculis meis. De cette manière vous vous rendrez dignes de vous présenter un jour devant Jésus-Christ.

Le Saint-Père les a ensuite tous bénis et a bien voulu étendre cetto bénédiction à leurs familles.

Le 45 août, après la lecture du décret de canonisation du Vénérable Charles de Sèze, le Saint-Père a prononcé un discours que le Catholique rapporte en ces termes :

Je vois, en considérant la vie de ce serviteur de Dieu, que si on lui applique les paroles que Noire-Seigneur Jésus-Christ disait du centurion : Non inveni tantam fidem in Israël^ on peut redire de lui avec toute vérité : Non inveni taniam simplicitatem.

On ne peut ni chercher ni trouver celte simplicité parmi ceux qui dirigent les affaires publiques; on voit, au contraire, chez eux la malice et Tiniquilé les plus raffinées, qui les poussent à la destruction de toutes les œuvres inspirées par l'esprit de Dieu. Et Dieu le permet pour éprouver son Église, il le permet pour Texercice des vertus chrétiennes chez les fidèles, il le permet encore afin que

^ tes -

Ton voie se manifester davantage nos ennemis, les siens et ceux de son Église.

En conclusion 9 je nai trouvé tant de simplicité chez aucun de ceux mêmes qui, par raison de leur position, plus particulièrement devraient en être doués; cette simplicité exprimée dans les paroles que rÉglise met dans la boucho de révoque consécrateur, je ne la trouve, je le répète, chez aucun de ceux qui, adonnés à des affaires et à des occupations qui n'appartiennent pas à leur vocation, s'accoutument à une vie dans laquelle disparaît cette sainte simplicité.

Vous avez donc bien agi en disant que vous vouliez vous adonner à la lecture des vies des saints, car elles sont les sources auxquelles on puise cette simplicité de vie et de conduite qui nous sanctilie, nous et les autres.

Lisez donc spécialement la vie de ce serviteur de Dieu, afin que, à l'exemple de ses vertus, vous puissiez en tirer les moyens de vous sanctifier toujours davantage vous-mêmes ainsi que le prochain.

Puisse Dieu faire de nouveau ce miracle qu'il opéra dans la personne de ce Saint, et produire par son intermédiaire la résurrection de tant de cadavres qui sont dans le monde.

Par la vie de ce serviteur de Dieu, vous savez qu'à sa mort, en observant son cadavre, on trouva un clou prodigieux enfoncé dans son cœur, où la blessure môme avait produit un rayon visible de l'amour de Dieu.

Oh! puisse Dieu enfoncer le clou de son amour dans tant d'âmes qui, privées de sa grâce, vivent plongées dans la léthargie dt^s vices! puisse-t-il leur planter ce clou, et que, d'i cadavn;s niorîsel fétides, ils reviennent à la vie, c'est-à-dire à la vicî des saintes pensées, des saintes œuvres, dignes de la vie éternelle.

Et puisque vous avez demandé la bénédiction, que Dieu vous l'accorde; je vous la donne en son nom.

Que cette bénédiction pénètre dans tous les couvents à Rome et hors de Rome, et que Dieu inspire, par elle,

à tons les religieux l'étude de leur propre misère et de son infinie grandeur; afin que cette considération augmente en nous le mépris envers nous-mêmes et l'estime et l'amour de Dieu, pour propager ensuite sa gloire et faire grandir nos vertus; de manière à mériter enfin les fruits de cette même bénédiction, afin qu'elle nous ouvre les portes du ciely où nous pourrons bénir et louer Dieu pendant toute

réternité.

Benedictio Dei, etc.

Dans les audiences données au Vatican, le 2i août, le Saint-Pèfe a prononcé deux discours, que le Catholique de Rome rapporte en ces termes :

Discours au collège Capranica.

rai reçu ce matin diverses lettres, comme d'habitude ; chaque jour il m'en arrive un grand nombre de toutes les parties du monde et de la part de personnes de toutes qualités, pour les besoins de l'Église.

J'ai reçu entre autres un certain pli apporté par un bâtiment, qui a abordé je ne sais où, à Livourne ou ailleurs. Ce bâtiment venait de New- York, et, comme il faisait craindre l'épidémie de la petite vérole, le gouvernement (que Ton ne doit pas blâmer pour cela, comme il le mérite pour bien d'autres choses) a pris toutes les précautions pour empêcher la propagation de l'épidémie dans ces pays.

Tous les objets apportés par ce bâtiment furent consignés, et avec eux mes papiers. Enfin ces papiers me sont arrivés ce malin en très-mauvais état et tout transpercés, au point qu'on pouvait à peine les lire.

Revenons maintenant à nous.

Le collège Capranica va bien, et certainement la conduite de ses élèves est digne d'éloges; mais parmi vous il pourrait se trouver quelqu'un qui fût un peu récalcitrant, qui aimât certaines licences ; alors les supérieurs sont obligés de recourir à une plus grande rigueur de certaines parties du règlement pour empêcher que la petite vérole

morale pénètre dans le collécre et se propage de l'un aux autres. II faut alors quelqu'un qui use de diligence et perce les lettres de part en part. Ces lettres seront reçues alors toutes piquées... Mais comment faire? Il faut de la patience, de rbumilité ; en un mot, il est nécessaire de recourir à une rigueur justement déployée pour le bien commun.

Une fois, il y a 50 ans, }*ai connu de près le collège Capranica, et j'en ai eu beaucoup d'estime, mais depuis cette époque éloignée jusqu'à ce jour cette estime est devenue plus grande. Toutefois s'il se trouvait quelqu'un dont la tête fût un peu échauffée (Sa Sainteté disait cela en plaisan-tant), alors les rigueurs dont j'ai parlé s'appliqueraient bien.

Recevez ma bénédiction, afin que vous fassiez de plus en plus des progrès dans les études et la piété.

Je bénis tout le collège avec ses supérieurs ; je bénis vos familles ; que cette bénédiction vous rende dignes de la gloire du Paradis.

Benedictio Dei, etc.

Discours à la nouvelle Société promotrice de la dévotion

à saint Louis.

Je bénis de cœur cette nouvelle Société. Je suis persuadé qu'elle est pleine de ferveur à partir de ce jour qui est celui de sa formation, et qu'avec l'aide de Dieu elle en aura encore davantage dans la suite.

Et vraiment l'acte que cette jeunesse a accompli en me présentant l'obole qu'elle a en main (déjà deux fois elle s'est mise en voie de la présenter), est un indice de l'empressement que vous mettez tous à protester de votre affection et de votre dévotion envers le successeur de saint Pierre et Chef de l'Église.

Sans contredit j'espère que ce même sentiment de la bonne jeunesse sera l'expression du désir de tous ceux qui rendent hommage au Vicaire de Jésus-Christ outragé par les impies» afin de lui donner courage dans les afQic-

- tee —

lions qui le désolent pour les maux de l'Église, et de le rcMulro loujours plus fort dans la défense des droits du

Sainl-Sié^e.

J\ sprro que vous ne serez pas moins fervenls dans la priiMT : demando-A constamment à Dieu son secours dans t;\nl do périls qui nous assit^^'cnf; demandez le remèdn pour lant de maux qui nous menacenl; demandez sa miséricorde, sa piliê dans les tribulations présentes, afin qu'il se souvienne une fois de nous pour nous faire sortir do col ôlat de violence et d'oppression qui est vraiment insupportable et incompatible avec la nature humaine; aiin iMi'il se souvienne de nous et fasse revenir le règne de h iiistico et Je la vérilé, le droit ot la vie tranquille, de '.nauiére q"^ "^"^ puissions connaître que le blanc est bl uic. 'e "^''' ^^* ^^'^» ^* H"^ '^ desordre qui disperse le bien et le confond avec toute espèce de mal disparaisse Ju milieu de nous.

Eu attendant, je vous bénis, je vous bénis dans vos personnes, dans vos familles, afin que vous soyez dignes Je servir Dieu fidèlement dans cette vie, et de le louer et le bénir éternellement dans l'autre.

Benedictio Dein etc.

Les rcligioliiîrs l'ics qui lionnonl une écolo pour les jeunes filles du Boryo diins le palais Acrorainhoni, ^ur la place r»u<licucci, oni présenii^ It» sy noiil à Sa SaimcUî leurs iionilneu: es élèves, qui «ièsiraieni depuis lonj^lemps lui témoiiruer leur amour ri ieurdévouenieul.

Le Saini-l*ère, hr^on euirée dans la S.ille du (!ou>isloTe, les îi reçues avec une bif'uveillance lonl.^ parlieulière. Les jeunes lillcs An^ela .Mazutclli el Nunziaia L'trolini oui n-cUôdeux jolis eonipliuMMits en \«ts, que Sa Sainteté a aj^réC»-* avec l»onié.

Le Sainl-l'ère s'est <»n!-uii<' fail apporter pnr un de ses rainr-riers secrets un plateau rempli de nudailles, «pi'li a «listtihie'^es à (:!>;iluuo de ees jeunes tilles a^'ruouiliées amour (le Lui.

Fendant ee i»Mnps le Saint-l*»'Te inleiro^^eail la plus grande de ces (.'':é\es gur quelques questions les plus ditiiedes du ealécliisnie, ii»ll«» (jue la Trinité; il lui a été répondu avec l;inl de prée.i>ion el de clarlô qu'il en a nioulré une grande sali.^taciion.

Avant de vous donner la bénédiction, a ajouté le Saint- Père, je tiens à vous recommander trois choses : soyez

— te? —

obéissantes à vos maîtresses ei travaillez, parlez peu et regardez bas.

Benedictio Dei^ etc.

Le 8 septembre, au matin, le Sainl-Pi^rp donnait audience dansla (i^rande sMle Ducaîe à plus de deux mille personnes appartenant à la hourpeoisie romaine. C'étaient les jeunes gens qui font ])ariie du cercle de l'imma- • culée Conception pour Tassoriaiion à la ])riôreperpéluelle. L'un des assistants, H. Campo, ayant lu une tn's-bolle Adresse où il marquait la confiance des Romains fidèles dans Tavenir de triomphe que Dieu réserve à rÉfîlise et au Saini-Prre, et qu'ils sollicitent sans relâche depuis deux ans, Pie IX a répondu par un discours que nous reproduisons d'après la Voce délia Verità.

C'est une belle et consolante pensée que vient d'exprimer ce jeune homme dans son adresse, à savoir que vous voulez être persévérants dans la prière, afin d'obtenir de Dieu la fin de ces fléaux qui sont tombés sur nous et qui nous oppriment contra\romenl à notre manière de voir, qui oppriment la justice, le droit, la conscience et l'honneur. Mais Dieu le permet, et alors il faut ajouter : Que sa sainte volonté soit faite ! Veillons donc à marcher toujours dans cette sainte action de la prière, car il est certain qu'à force de redoubler nos instances, Dieu ne pourra, à la lon/arue, ne pas accueillir favorablement nos supplications et nous consoler dans nos prières. Ce qui doit nous encourager aussi, c'est que la prière est un moyen qui se peut employer tous les jours, en toutes circonstances et en tous lieux.

Il est vrai que la prière se fait mieux dans la solitude et le silence. Mais il est vrai également que Ton peut prier en tout lieu et en tout temps. L'aveugle priait au milieu du bruit des rues et des places de Jéricho, et sa prière fut exaucée; Josué priait à ( heval, dans Tardour du combat, et sa prière fut exaucée. La Charianéenne priait au milieu des contradictions de ceux qui la repoussaient pour ne point importuner le divin Sauveur, et sa constance lui valut non-seulement d*étre exaucée, mais encore d'être louée par le divin Maître. L'bydropique dont fait mention

l'Évangile d'aujourdliui priait aussi, et il priait au milieu de la joie d'un festin.

Les scribes et les pharisiens ne croyaient pas qu*il fût permis de guérir un malade le jour du Sabbat, et c*est pourquoi, en une autre circonstance, le chef de la synagogue disait au Sauveur : <( Vous avez six jours de la semaine pour travailler; or, le Sabbat, il n'est pas permis de travailler. Comme si c'était une œuvre mauvaise d'opérer un miracle ! Aussi Notre-Seigneur leur répondait-il avec grande raison : Race de vipères ! Mais vous, quand un cheval tombe dans un précipice le jour du Sabbat, est-ce que vous hésitez à l'en retirer et à le guérir? Et pourquoi ? Parce que vous y voyez votre gain et qu'il y a un intérêt matériel. Et vous voulez que je cesse de faire des prodiges ^ et des miracles le jour du Sabbat pour me courber sous votre duplicité I

Oh ! combien en est-il de ces hydropiques qui, de nos jours, ont grand besoin d'être guéris ! Hydropiqùes de la vanité et de l'orgueil, hydropiques de la servitude et du brigandage. La superbe et l'avarice, telles sont les premières racines de tous les maux qui existent en ce monde. Elles en sont la racine et le tronc. Et ce sont là les premiers maux qui affligent la société. Cette société est affligée de ce double mal de la superbe et de l'avarice, et ce qu'il y a de pire, c'est que, comme du temps de Notre- Seigneur on ne voulait pas lui permettre de guérir l'hydropique et les autres malades le jour du Sabbat, ainsi la société actuelle ne veut pas sentir la correction afin de se guérir de cette hydropisie : le vol continuel qui se fait. C'est une hypocrisie que l'usurpation des biens de l'Eglise; c'est une hydropisie cette abondance de vols et de brigandages dont les feuilles publiques nous font tous les jours le récit. Hypocrites ! Ah ! vous ne voulez pas appliquer le remède à tous ces maux, et pourtant il n'y en a pas d'autre que celui-ci. Le monde combat l'esprit de ceux qui se dirigent uniquement d'après le souci des avantages matériels. Mais s'il ne revient aux pratiques de la religion.

s'il n'y a progrès que de rapines et de vols. Dieu certainement ne pardonnera pas à cette nation dont les noms sont écrits (Oh ! espérons que cela ne sera pas» mais il est à craindre que cela ne soit) au livre de Tanathëme et de la réprobation éternelle.

La société, réduite à cette grande misère, met son espoir dans je ne sais quel aréopage réuni en ce moment (1). Mais cet aréopage est tout humain, très-humain, et l'un au moins des aréopagites est anti-catholique et ennemi déclaré du catholicisme. S'il plaisait à Dieu, dans sa puissance infinie, de faire comme il a fait il y a déjà tant de siècles, c'est-à-dire si cet aréopagite, au lieu de parler contre la religion catholique, faisait comme Balaam, qui, envoyé pour parler contre le peuple de Dieu, fut obligé, une fois sur les lieux, de le louer et de le bénir, ohl alors nous saurions de nouveau bénir le Seigneur, car nous verrions cesser l'oppression de l'Église catholique.

Je voudrais prolonger ce discours, mais la grande chaleur et l'étroitesse de cette salle m'en empêchent. Je me retourne donc vers notre sainte patronne, la bienheureuse Vierge Marie, dont nous célébrons aujourd'hui la Nativité.

Oh I la nativité de Marie, elle annonce une grande joie pour le monde entier. La très-sainte Vierge apparaît et elle s'élève comme une aurore qui annonce la paix» et un jour elle aura dans son sein le Roi de la paix . Prions donc cette sainte petite enfant, saluons-la de cœur plus encore que de bouche. Salut, 6 Reine! Avec mon peuple ici présent, moi je vous salue : salut^ ô Reine ! Vous êtes la Mère de miséricorde. Ah ! par pitié, gardez votre Rome. Tournez vos regards de Mère vers nous et sur votre ville, et gardez-la des erreurs qui s'offrent de toutes parts, et qui méritent d'être par vous dissipées et détruites.

Mère de piété et de miséricorde, venez à notre secours. Vous êtes plus puissante que toutes les armées du monde.

(4) Le congrès pour 8*opposer aux progrès de rintematiooale, réaoi à Berlin.

Vous êtes la Reine du ciel et de la terre. Par la Yolonté de Dieu, tout vous est soumis. Ah ! rendez-nous le calme après lequel nous soupirons. Délivrez ce peuple de tant de maux; et puis. Vierge très-sainte, nous vous offrirons nos actions de grâces et nos louanges, parce que vous vous serez montrée constante à répandre votre protection sur nous. Venez, ô Marie! et venez nous secourir surtout à rheure de notre mort, quand nous aurons souci de mettre nos âmes entre vos mains. A ce moment, obteneznous de Dieu une bénédiction qui nous console, nous fortiQe et nous donne le courage de combattre nos ennemis pour les vaincre et en triompher par son saint nom. Benedictio Dei, etc.

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