LE 20 SEPTEMBRE 1872 AU VATICAN
Pendant que les hommes da 20 septembre se livraient à leurs manifestations de joie insensée, une imposante démonstration, dit le Journal dt Florence^ avait lieu au Vaiican.
Tout ce que la ville de Rome renferme de plus grand et de plus noble s^est trouvé réuni autour du Vicaire de Jésus-Christ^ autant pour adoucir par leur présence la douleur que lui cause la mort récente de son noble irère le comte Gaoïaiio que pour ])rolest»*r contre la spoliation dont Sa Sainteté a éié viclinu^ il y a deux ans à pareil jour.
La salle du trône et une pariie des loges de Uaphatil (Haient pleines des fidèles sujets de Pie IX. On y voyait le colléiiço des cardinaux presque en entier, les prélats de la cour poniiticale, les membres de la noblesse présents à Rome, la tl(Mir de la l)ourgeoisie romaino, ainsi qu'un grand nombre des anciens employés civils et militaires demeurés iidèles à leur légitime souverain.
A l'apparition de Sa Sainteté, toute TassisUincc a fait retentir les salles de cris de « Vive Pic IX î »
Tout d'abord s'est présentée ù Sa Sainteté une nombreuse députation de la Confédération Pic. M. le chevalier Moncacci, qui remplaçait le président de cette association, M. le marquis Jérôme Cavallctto, était à sa tête, et a donné lecture d'une touchante adresse à laquelle le Saint-Père a répondu à peu près en ces termes :
La Providence permet que les injustices se commettent ; n'en soyons pas émus. Lorsqu'elles seront parvenues à leur comble, surgira le jour du triomphe. Les coups de canon que j'ai entendus ce malin ont pénétré jusqu'au fond de mon cœur, il y a des démonstrations dont on pourrait se passer : elles ne conviennent pas à des vainqueurs, con-
naissant les premiers principes de la générosité. Mais les hommes qui ont ordonné de tirer le canon les ignorent, et voilà pourquoi ils agissent ainsi.
Que cela cependant ne nous empêche pas de prier pour tous, même pour les persécuteurs de l'Église ; prions pour qu'il plaise à Dieu d'éclairer leur esprit et de leur faire apercevoir que dans leur aveuglement ils travaillent bien plus contre eux-mêmes et contre cette société nouvelle qu'ils prétendent édifier sans Dieu, que contre Tépouse de Jésus-Christ, qui ne peut périr.
Priez donc, mes enfants, et recevez ma bénédiction, que j'étends à tous les présents et à tous les absents qui sont de cœur dans vos sentiments religieux, à vous, à vos familles, à vos amis, à toutes les sociétés catholiques conf6* dérées.
Après ce discours, Sa Sainteté a donné son anneau pastoral à baiser à plusieurs des assistants, puis accompagnée de ses cardinaux, de plusieurs évêqucs, parmi lesquels on remarquait Mgr Hassonn, patriarche de Constantinople, et d'un grand nombre de prélats de sa maison, Elle s'est rendue dans la salle du Consistoire où se trouvaient réunies plusieurs centaines de personnes des deux sexes appartenant an patriciat romain.
Dès que Pie IX s'est assis sur son trône, M. le marquis Serlupi s'est avancé vers lui et a lu au nom de toute l'assistance une adresse dont voici les idées les plus saillantes :
Très Saint-Père,
En ce jour qui rap[ielle la prise de cette ville par vos ennemis, nous qui sommes vos sujets fidèles et dévoués, nous nous prosternons devant Voire Sainteté. Dans la dure épreuve à laquelle vous êtes soumis, Diea fait resplendir votre foi et votre constance.
Daignez nous donner votre bénédiction, qui nous fortifiera.
Pie IX, levant les yeux au ciel, a répondu en ces termes :
Je bénis de tout mon cœur tous les bons ici présents et même les absents animés des mômes sentiments que vous, et s'exerçant dans les mêmes bonnes œuvres.
Rappelons-nous que nous vivons dans un monde rempli de tribulations et de tristesse; que pouvons-nous faire pour en sortir ? En récitant Toffice de ce jour, le clergé rap-
Dans ces temps de Irislesse, vous êtes c quel de Heurs précieuses que Dieu appell parfum de la piété; il vous a conduits ici p< paroles de son indigne Vicaire.
Or voici ce que vous dit le Vicaire de Jésu tout ce qui dépendra de vous pour qt amis ne s'éloigne du seolier delajuslici tant de scandales, de désordres et d'excii Faites qu'aucun de ceux qui vous entoure caractère de cliréticu ni les devoirs qui lui
Que les pères et les mères de famille s éloigner le péché de leurs maisons, et qu'ili parents> leurs amis et leurs coonaissanc afin que le péché et la corruption n'enti leurs maisons.
Tel est le souvenir que je vous laisse. I paroles puissent obtenir leur effet, je vou! veau, et je vous charge de traosmelire cell tous les vôtres.
Benedictio Gei, etc.
Conception I Vive la gloire de Tltalie! » Les mouchoirs blancs s^agitaient en Tair ; enfin Tenthousiasme était à son comble.
Le Saint- Père s'étant assis sur son trône, M. Tolli, jeune Romain, a donné lectnre d^une belle et énergique Adresse^ dont les journaux religieux de Rome ont cru ne pouvoir pas même reproduire le moindre extrait.
Le Saint-Père a répondu par le discours suivant :
Consolé par les paroles qu'on vient de me dire en voire nom et au nom de toute la jeunesse romaine, du moins celle qui, en si grand nombre, partage vos sentiments, je remercie Dieu de ce qu'il vient si souvent en aide à ma faiblesse par les expressions de sentiments dévoués, expressions qui remplissent d'une nouvelle ardeur, non-seulement vous, ici présents, qui les écoutez, mais moimême, qui dois être le premier au milieu du grand combat.
Eb bien ! ce jour est l'anniversaire d'un acte que vous avez déjà qualifié ; mais, pour rendre hommage à la vérité» j'avoue qu'il a été moins bruyant et partant moins douloureux pour moi, à cause qu'on n'a pas accompli certains actes extérieurs qui ont eu lieu le 20 septembre. Et, en effet, le silence des instruments de guerre nous permet de passer ce jour d'une manière moins affligeante.
Cependant, j'ai lu certain écrit où un homme, que je ne nomme pas, invite ses collègues, voire même tous les Romains, à célébrer la régénération de celte ville.
Je n'ai pu comprendre en quoi la ville, en quoi le peuple de Rome a été régénéré. Peut-être l'a-t-on délivré de ces impôts immenses que l'on payait avant le 20 septembre ? Je crois que non : ou bien l'a-t-on purgé de l'immoralité monstrueuse répandue dans Rome avant le 20 septembre ? Je le crois encore moins. Peut-être lui a-t-on rendu la %lîberté jusque-là complètement refusée? N'a-t-on pas vu, précisément après le 20 septembre, cesser la liberté, la plus chère au cœur de l'honnête homme, celle de faire le bien ? Les insultes et les outrages dont on accable chaque jour le clergé, jusqu'à en venir aux coups et à la dérision envers les personnes consacrées à Dieu, ne sont-ils pas une violation de la liberté?
Mais en quoi consiste donc cette régénératiou ?
J*enteQds dire qu'il est actuellement question de changement de tninistère. Je n'entre pas dans la politique et ne veux point m'occuper de ces choses» autrement ces messieurs disent que mes discours sont politiques. Je vous répète seulement ce que j'ai ouï : le changement de ministère est possible, et Ton avancera ainsi dans la réalisation de certaines idées qui deviennent de plus en plus persistantes.
Je dirai à ce propos que, non content de vouloir manger Vartichaut feuille par feuille^ l'on voudrait aujourd'hui le manger en une seule bouchée.
Mais, de même que Jésus-Christ dit aux premiers : Hy^ pocriiœ tristes, de môme on pourrait bien dire aux seconds sectateurs de la secte des nouveaux Gaïphe, lesquels rappellent la parole de ce sanhédrin impie : Expedit ut unus moriatur pro populo, en se disant à eux-mêmes : Expedit ut unus moriatur pro populOf bien plus en se disant : Expedit ut multi moriantur pro populo, mais pro populo barbarOf pro populo indigno, pro populo peccatore.
Je vois cependant que, grâce à Dieu, les peuples ouvrent les yeux sur leur position ; je vois le peuple catholique répandu sur tout l'univers et opposant une résistance sainte et humble à l'esprit d'impiété qui menace d'inonder toute la terre.
Je vois ici les pèlerinages aux sanctuaires, là les églises qui retentissent des prières des bons, et tout cela nous donne du courage et nous fait espérer que Dieu voudra se souvenir de l'heure de sa miséricorde plus tôt, peutêtre, que nous ne le pensons.
Remercions donc le Seigneur de cet esprit qui subsiste dans le catholicisme et dont vous, ici présents, donnez en ce moment un éloquent exemple.
Ainsi, courage, et suivons les sentiers de ce désert : nous avons l'espérance et la charité qui nous guident : nous avons la nuée qui nous trace, durant le jour, la route nous devons suivre : et la nuée» c'est le souvenir des
antiques institutions en vigueur dans cette sainte ville. Et nous espérons que^ à l'égal des Hébreux qui arrivé* rent sains et saufs au termei nous pourrons^ après avoi^ traversé miraculeusement ces temps de persécution yChan*» ter comme Moïse : Cantemus Domino, gloriose enim magnl'' ficaîus est : equum et ascensorem projecit in mare.
Ohl oui, plaise à Dieu que ce jour désiré de tous les bons arrive bientôt, de sorte que la jeunesse puisse de nouveau être nourrie de saines et saintes doctrines, sans se trouver en butte à la persécution, comme cela arrive pour tant de pauvres religieuses qu'on arrache de leurs bercails, comme de timides brebis, pour les insulter et les traîner çà et là, et leur refuser^ à la fin des examens, leurs diplômes^ afin de les empêcher d'instruire la jeunesse qui leur est confiée.
Que la fin de tant de maux vienne donc ; hâtons-la de notre part par l'esprit de résignation et de patience, par l'esprit d'humilité, de prière et de concorde^ afin que Dieu^ étendant finalement sa main sur nous, nous donne cette bénédiction qui sera un gage de consolation et la récompense de notre foi; afin que l'on voie de nouveau, siûon les biens — car sur la terre il faut toujours souffrir, — du moins la paix et la tranquillité que nous avons perdues.
Que Dieu vous bénisse, mes chers enfants, qu'il vdus bénisse dans vos corps et dans vos âmes, qu'il bénisse vos familles, qu'il vous bénisse dans le temps et dans l'éternité, afin que nous puissions nous retrouver tous ensemble au Ciel pour chanter devant lui dans des siècles éter^ nels les bénédictions que nous devons à sa miséricorde.
Benedictio Deiy etc.
Une atidiénce non moins émouvante a eu lieu dans la salie dite dé la Comtesse Mathilde^ où s'étaient réunis les membres de raristocratie romaine.
Le duc don Pio Grazioli a lu au nom de tous les assistants une touchante Adresse, à laquelle le Saint-Père a répondu par les paroles suivantes :
Je vous remercie de tout mon cœur des sentiments que
VOUS venez de m'exprimer. Vos paroles prouvent que si le plébiscite a été un mensonge au moment où il s*est effectuéy à plus forte raison peut-on dire qu'il Test aujourd'hui. Les cœurs honnêtes et non-seulement les bons et pieux chrétiens, mais encore ceux qui ont conservé la liberté de penser avec droiture» déplorent ce qui est arrivé et supplient le Dieu de toute bonté pour qu'un tel état de choses ait bientôt un terme, et qu'on rentre dans la voie de la vertu, de la justice et de l'ordre.
Nos prières unies aux vôtres et à celles de tout le monde catholique toucheront, espérons-le, le cœur de Dieu, ei Dieu se souviendra de nous. Il nous encouragera dans le combat et nous donnera la consolation de voir bientôt toutes choses revenues à leur état normal.
Oui, ce changement, ce triomphe viendra : Je ne sois si ce sera durant ma vie, durant la vie de ce pauvre vicaire de Jésus-Christ ; mais je sais qu'il doit venir. La résurrection se fera et nous verrons la tin de tant d'impiétés.
Vivons dans cette espérance fondée, certaine, et nous verrons que Dieu se souviendra de nous et nous bénira.
Je vous donne ma bénédiction afin qu'elle vous console, qu'elle vous encourage, qu'elle vous accompagne durant votre vie, dans le temps et dans Téternité.
Que cette bénédiction soit un encouragement pour vos familles, qu'elle purifie les membres qui ont besoin d'être purifiés, qu'elle porte les parents à veiller sur Téducation de leurs enfants et à rappeler dans le bon sentier ceux d'entre eux qui s'en seraient écartés. Qu'elle conserve, en un mot, dans les familles, la paix, la concorde, la piété et la foi, cette foi, don de Dieu, qu'on voudrait arracher de notre cœur par l'impiété des maîtres, l'obscénité des mœurs et la perfidie des livres. Cette foi est un trésor que je vous recommande à tous de garder fidèlement dans vos cœurs.
Je vous confie au cœur de Jésus-Christ, et je vous bénis de nouveau avec toute l'effusion et l'amour d'un Père qui aime ses enfants et qui désire leur bonheur temporel» mais bien plus encore leur félicité éternelle.
Que Dieu soutienne ma main pendant que je vous donne cette bénédiction 9 objet de vos désirs. Benedictio Deiy etc.
Nons renonçons à dépeindre Témotion de Tassistance. Bien des yeax étaient monillés de larmes, et de vives acclamations accompagnèrent le SonTerain Pontife, au moment où il se relirait.
Le 5r7 octobre, les Romains du quartier populaire des Monti^ voulant protester à leur tour contre les démonstrations, par lesquelles on avait fêté aux Monli les anniversaires du 20 septembre et du 5 octobre, se sont rendus au Vatican an nombre d*environ 5,000. La grande salle Ducale ne suffisant pas, les attardés se sont rangés dans le vestibule de la chapelle Sixtine. Impossible de décrire Tenihousiasme avec lequel cette immense fonle a salué le Saint-Père à son entrée dans la salle Ducale : les acclamations de : Vive le Pape-Roi! Vive le prisonnier du Vatican! ont retenti de toutes parts.
Sa Sainteté s'était rendue à cette audience solennelle accompagnée de plusieurs cardinaux, parmi lesquels on pouvait remarquer LL. £ra. les cardinaux Cullen et Billio , LL. Exe. les ambassadeurs de France, du Pérou, du Portugal, le jeune prince Piombioo et d'autres personnes de distinction. S. Exe. le prince Aldobrandini, se faisant l'interprète des sentiments de rassemblée, a lu une émouvante Adresse.
Sa Sainteté, vivement émue en présence d'une démonstration aussi imposante de dévoûment de la part de ses fidèles enfants, a répondu par le discours suivant :
Ce que je viens d'entendre en ce moment, et ce qui m*a été dit le 13 de ce mois par les habitants du Transtevère fait assez connaître que la tendresse témoignée à votre égard par certains écrivains de journaux fut improvisée dans le but de composer un article qui pûi faire le tour du monde. Mais voilà que cette tendresse est démasquée par des faits qui parlent, je. veux dire le fait du 13 octobre et celui de ce matin. Et s'il était vrai que les sentiments des habitants de ces quartiers étaient unanimes, vous vous chargez de démontrer de quelle manière ils sont unanimes, c'est-à-dire par l'affection et l'attachement au Vicaire de Jésus-Christ. Quant à ceux qui ont été induits en erreur, ils s'en aperçoivent, et ils s'éveillent de leur sommeil de la même manière que cette jeune fille ressuscitée par Notre-Seigneur, ainsi que le rapporte l'Evangile. Oh ! si tous écoutaient comme vous la voix de Dieu, ils sortiraient bien de leur léthargie.
manus Kupcr eam. Jésus-ClirisI, cmii et temps (l'iine si jurande foi, suivit le père maison, oii l'on faisait dojà les préparai la défuDle à la sépulture. 11 y trouva inê tuanlem. Notre-Seigneur les liccDcia tou Relirez-vous, celte fille n'est poinl mor des phariiTiens se mit à rire en entends en est de même aujourd'hui où l'on tour choses les plus saintes et jusqu'aux mini animalis homo non percipil ea çikb sunt sf malheureux vivent à la manière des bru sent pas ce qui procède de l'esprit de D prier pour eux afin qu'ils ressuscitent dans; lequel il gisent : Ego dormivi, et n suscepit me; dormivi etsoporatus $um,Dc pit me.
Prions pour que chacun reconnaisse ressuscite à nne nouvelle vie. Plusieui l'appel de Dieu ; malheureusement d'ai durcir leurs cœurs ; mais la colère de Di terribles secousses. Je le sais, plusieur; que le plus grand fait s'est accompli p; pouvoir temporel. Us se vantent d'être f qu'ils V resteront. Il n'est malheureust
faire, i]s ne réussiront pas à le détruire, car il est indestructible.
Leur projet criminel se manifeste dans tous leurs îic^es. Ils favorisent la propagation du mal, a\|ssi le péché se fépand-il de toutes parts ; ils exposent les vierges épouses de Jésus-Christ à toutes sortes d'embûches en les chassant de leurs couvents, soys prétexte d'en faire soit un lycée, soit un hôpital, soit un collège militaire. Quel genre de scandale ne voit-on pas aujourd'hui dans cette Rome capitale du monde catholique? On voit arriver à Rome un homme qui nie la divinité de Jésus-Christ (1) ; et Ips JQprnaux l'appellent un homme illustre, l'honneur de sa patrie. Deux incrédules (2), autrefois enfants d'un même séminaire, se rencontrent dans cette capitale du monde chrétien et se serrent la main , en confirmation dei leur incrédulité.
Tous ces faits tendeqt à la destruction du pouvoir spirituel ; mais, je le répète, il est indestructible. Nous devons donc prendre en pitié ceux qui s'emploient à cette œuvre impie, et les recommander à Dieu.
Regardez ce qui se passe dans le monde catholique, les pèlerinages qui s'organisent pour demander à Dieu sa protection en faveur de l'Église, les prières qui s'élèvent de toutes parts vers le trône du Tout-Puissant, les institu* lions qui se fondent pour engager les peuples dans la voie du bien et pourvoir aux besoins actuels.
Voyez l'épiscopat défendant les droits de la religion.
Sachons attendre : le jour du Seigneur -viendra. Mais, me direz-vous, nous sommes, en ce moment, sicut super flumina Babylonis. N'en reposons pas moins notre confiance en Dieu. Il saura récompenser notre constance et notre fermeté au milieu de tant de peines, en se souvenant de ses miséricordes en notre faveur. Demandons à Dieu cette constance, pour pouvoir résister à l'impiété qui nous entoure.
(1) Renan, alors en voyage à Rome.
(2) Le second éuil Tex-Père Hyacinthe.
Mon JDieu ! soutenez votre Vicaire et donnez-nous du courage. Bénissez ce peuple qui m'entoure et que votre bénédiction se répande sur toute l'étendue du monde catholique.
Que Dieu vous bénisse, et qu'il vous communique la force et le courage d'arriver avec celte bénédiction au terme de votre vie. Que Dieu le Père vous bénisse et vous communique le don de force; que Dieu le Fils vous bénisse et vous donne la persévérance; enGn, que Dieu le Saint-Esprit vous bénisse et vous remplisse de ses lumières, afin que vous puissiez arriver à la vie éternelle.
Benedictio Dei^ etc.
Le dimanche 10 novembre, le Sooverain-Pontife 8*est renda dans la salle du Consisloirei où il était attendu par une nombreuse députaiion des dames d'Albano appartenant à la pieuse Société de la préservation des jeunes fîiies en danger et par quelques religieuses de Sainl-Josepb. Les acclamations les plus enthousiastes, dit le Journal de Florence , ont accueilli le Saint-Père. M™' Thérèse Granjaquet, présidente de la Société, a lu an nom de Tassistance une courte mais touchante Adresse. H™« Madeleiae Matteucci, vice-présidente, a présenté au Saint-Père une magnifique ceinture de soie blanche, bordée de franges d*or. Ce travail était Tœuvre d'une jeune filie élevée par les dames de la Société.
Sa Sainteté a accepté Toffrande et a répondu en ces termes à T Adresse des dames rPAlbano :
Vous avez dit que Jésus-Christ est monté aux cieux, et que nonobstant il est demeuré sur la terre. Et c'est la vérité. Il est demeuré sur la terre avec le zèle, avec l'esprit de tous ceux qui le représentent, il est resté sur la terre avec les martyrs qui ont répandu leur sang pour la foi et pour l'amour de lui, avec les confesseurs qui ont pratiqué tant de vertus et entreprirent tant de saintes œuvres pour sa gloire et le salut des âmes, et il y est resté avec toute l'Église.
Jésus-Christ est dans le ciel, mais du haut du ciel il regarde tous ceux qui travaillent pour sa gloire et le salut du prochain. Du haut du ciel il vous regarde, vous aussii et il vous assiste dans la belle œuvre que vous avez entreprise, de préserver de la corruption la jeunesse féminine.
Et puisque vous vous, dédiez à une œuvre aussi édifiante, aussi utile, aussi nécessaire, j'espère que vous la continuerez avec ferveur et constance. Il n'y a personne ici-bas qui puisse se dispenser du travail, parce que chacun est dans Tobligation de travailler pour le salut de son âme et de celles des autres.
Que Dieu vous donne la force de persister dans l'entreprise sainte à laquelle vous vous êtes spécialement dévouées.
Ces religieuses que j'aperçois à vos côtés me semblent les Sœurs de saint Joseph. A ce saint aussi il faut recourir dans les présentes circonstances, car sa proPeclion est très-efficace, surtout à présent qu'il est le patron de toute l'Église.
A ce propos, je me rappelle une chose qui fil sur moi une agréable impression, et que je veux vous communiquer.
J'ai vu une petite image qui représentait saint Joseph avec le saint Enfant qui désignait du doigt ces mots : Ite ad Joseph. La même chose, je vous la répète : Recourez avec une dévotion et une confiance particulières à saint Joseph.
Maintenant, je vous bénis et désire que ma bénédiction s'étende à Albano et à tout le diocèse. Je sais bien que, dans Albano comme ailleurs, il y a des scandales et des maîtres qui répandent la corruption et l'incrédulité. J'espère que le Seigneur vous donnera la force de résister à ces scandales et vous conservera toujours à l'abri de la corruption que les méchants cherchent à répandre partout.
IhnedictiOy etc.
Le Saint-Père a donné audience, le 5 décembre, aux jeunes filles de )*étab1isscmcnt élevé par S. E. M. le prince Torlonia el généralement cntrelenoes à ses frais, ainsi que ks sœurs qui les instruisent. Au discours d'une (le ces jeunes filles, le Pape a daigné répondre par une pelite Allocution dont voici la iraduciioa d'après la Voce délia Verità :
Chères petites filles, je vous donnerai la bénédiction
avec toute l'effusion de mon cœur. J*ai entendu avec un véritable plaisir ce que m'ont dît vos deux compagnes, parce qu'elles l'ont bien dit et parce qu'elles l'ont dit avec modestie et avec timidité. C'est une chose louable, c'est jin signe de l'éducation délicate et chrétienne que vous recevez, car la hardiesse que l'on rencontre, hélas ! chez les filles qui fréquentent les écoles modernes, va mal aux enfants de voire âge.
Il y a une heure, je lisais (et je n'ai pas même achevé) un article de journal ; la première partie de cet article n'est pas pour vous, mais je puis vous appliquer la seconde. Dans la première, il est dit qu'au Parlement un député, parlant à ses compagnons, demandait, tout confus : Où va-t-on? Comment cela lînira-t-il? Où sommesnous? En quel temps vivons-nous? — Et personne ne savait lui répondre. Mais le journal catholique répond : « Vousi êtes sur le chemin de l'abîme; vous courez à votre perdition; vous l'ignorez sans doute; mais nous, catholi-
Sies, nous savons où nous sommes et où nous allons, ous sommes sur la bonne voie et nous allons au salut. »
Vous aussi, mes chères enfants, vous pouvez dire que vous savez bien où vous êtes. Vous êtes dans un conservatoire où l'on vous enseigne la vertu et le travail, afin de vivre honnêtement de vos mains. Vous pouvez donc dire aussi : « Nous sommes dans un lieu de salut, où nous apprenons à craindre et à aimer Dieu qui nous fortifie par sa grâce et ses bienfaits; nous sommes dans un lieu où nous apprenons le devoir, où nous n'avons pas à redouter les périls qui, de nos jours, perdent tant dames. »
Remerciez Dieu de savoir où vous êtes et cherchez h profiler des sages enseignements que Ton vous donne : soyez obéissantes, ayez de la ferveur, fréquentez les sacrements et travaillez assidûment, afin d'éviter la plus grande et la plus dangereuse ennemie de la vertu, qui est l'oisiveté. Et, afin que vous puissiez bien vivre dans le conservatoire et aussi dans le monde, si le Seigneur vous y anpillikje vous donne ma bénédiction. Que cette bénédic-
lion vous vienne en aide et vous soutienne dans l'accomplissement de vos devoirs, et vous serve d'aiguillon pony travailler à la gloire de Dieu, à votre profit et à la consolation de ceux qui vous font du bien et vous instruisent. Benedictio Dei^ etc.
Dans les premiers jours de décembre, un riche album était remis ftp Saint*Père ; il contenait une Adresse revêtue de nombreuses signatures, parmi lesquelles celles du comte de Cbambord, du roi de Naples, etc. A la délégation qui lui offrait cet album, le Pape a répondu :
Je me réjouis des beaux sentiments que vous venez d'exprimer, et j'accepte avec grand plaisir le magnifique présent que vous me faites... Je crois que la situation présente du catholicisme pourrait se comparer à l'eau, laquelle» plus elle est comprimée, plus elle s'élève. Oui, TEglise de Jésus-Christ est ainsi faite : plus les hommes cherchent à l'opprimer et plus elle s'élève vers Dieu. Les contrariétés, au lieu de l'abattre, viennent prouver combien sa vitalité est grande et puissante.
De même la présente persécution servira à faire connaître combien grande est la vie de l'Eglise, en rallumant la ferveur de tous les peuples de la terre, de manière que l'on potirra dire : Laudate Dominum omnes gentes^ laudate eum omnes populi»
Et moi, je vous donnerai une bénédiction qui les embrasse tous, spécialement vous ici présents, et tout le monde qui est en communauté de croyance et d'espérance avec vous, car je vois que réellement ce réveil de la foi est une œuvre de tout le monde,
Benedictio Dei, etc.
Le i 0 décembre, après les audiences privées de la matinée, Sa Sainteté s'est rendue vers midi dans la salle dite de la comtesse Mathilde, où elle était attendue par plusieurs dames romaines appartenant à la pieuse congrégation de Saint-Louis de Goozague, érigée en Téglise paroissiale de San Spirito in Sassia. Ces dames, au non\])re de trente environ, étalent présidées par Mgr Louis Florani, commandeur de réglise du Saint-Esprit, et par le directeur de la congrégation, M. Tabbé Jean Idonti, curé de la paroisse.
• iSi -
H" Mechelli, présidente de U congrégaUon, a lu au nom de l'assis- .-. ««. .n„.h.n»P Adresse à laquelle le Saini-Père a répondu en c
uoce une louchante Adresse termes :
ces
J'accueille de grand cœur l'expression de votre amour Dour le Vicaire de Jésus-Christ, et suis Irès-heureux de votre dévotion pour saint Louis de Gonzague, sous la prorecCion spéciale duquel vous vous êtes placées. Celte dévotion, je l'approuve d'autant plus volontiers que inoinnéme j*ai eu une grande dévotion pour ce saint dans ma jeunesse. A présent je suis vieux, mais, dans ma vieillesse, je n'oublie pas le culte de ce grand saint, et je fais ce que je puis en son honneur.
Espérons que saint Louis fera le miracle dont vous parlez et que vous lui demandez, c'est-à-dire qu'il obtienne de Dieu la paix à l'Eglise, et la délivre de la présente persécution. Espérons qu'il fera actuellement ce qu'il a déjà fait dans sa vie.
Saint Louis était dans le cloître et, aimant beaucoup cette retraite, il faisait de grandes difficultés pour eu sortir; mais la charité le porta à le quitter pour quelque temps. Il était saint ; cependant, dans sa maison il avait un frère peu digne de lui, et il s'éleva dans la famille des démêlés qu'il fallait accommoder. Il fut appelé dans sa maison et les supérieurs lui ordonnèrent de s'y rendre pendant quelques jours afin d'y remettre la paix.
Saint Louis y alla, et, après avoir fait ce que l'on désirait de lui, il retourna dans son monastère, et peu après il y mourut en véritable saint qu'il était.
Or je dis : Si saint Louis triompha alors des difficultés qui se présentaient à son esprit à l'idée de quitter sa solitude, il pourrait bien, à présent, laisser le ciei pour un moment et venir nous secourir, car il n'aurait aucune crainte de rien perdre. La gloire l'accompagnerail, et il n'y aurait plus le danger qu'il redoutait alors de demeurer exposé aux séductions du monde. II pourrait maintenant descendre du ciel et venir au secours de l'Eglise, nous apportant la paix que nous demandons.
Espérons qu'il le fera, mais en attendant n'oublions jamais de le prier, aGn qu'il nous obtienne la grâce de pouvoir terminer notre vie comme il termina la sienne, et de pouvoir répéter les paroles qu'il répondit aux personnes qui l'interrogeaient à son lit de mort : Lœtantes imus : nous parlons avec bonheur. Grande parole et bien digne de Louis ! 11 savait qu'il allait aussitôt après quitter la terre (ce monde ingrat que nous devrons tous quitter un jour), et que les anges allaient le transporter au ciel, où il jouirait du bonheur suprême de la vision de Dieu.
Mes chères filles, c'est là ce que nous devons demander avant toute autre chose : la grâce de pouvoir dire, nous aussi, dans les derniers moments de notre vie, et avec pleine confiance dans les miséricordes de Dieu : Nous allons au Paradis.
Ecoutez-moi, mes enfants, s'il y eut jamais un temps où nous devons mettre tout notre espoir dans le Paradis, c'est le temps actuel, où rien ne peut nous attacher à la terre, devenue spectacle d'horreur, de sacrilèges, de vols, d'assassinats, de scandales de tous genres. Cependant, il faut y rester, sur cette terre, tant qu'il plaira à Dieu que nous y restions ; mais il faut combattre les vices et soutenir la vertu, toujours et partout, sans trêve ni repos. J'engage spécialement les jeunes filles à ne jamais oublier cette recommandation. Bien souvent un simple mot, venant d'une bonne et douce jeune fille, peut faire plus de bien que le sermon d'un célèbre orateur sacré.
Cherchez aussi, mes chères filles, à répandre autour de vous le bon exemple : pour cela, n'oubliez jamais que Dieu est présent partout où vous êtes. Sainte Thérèse disait qu'il faut toujours marcher les yeux fixés en Dieu.
Maintenant, je vous donne ma bénédiction, à cette fin de vous obtenir de Dieu une vie édifiante et une mort heureuse, comme celle de saint Louis. Je bénis les personnes, les familles, les directeurs et tous les objets de dévotion que vous avez sur vous.
Benedictio Deiy elc.
▲près avoir été admÎBes au baisement du pied, les daines de la pieuse congrégation ont soumis à Tapprobation de Sa Sainteté le projet d'un itiàgnim|tie monilm^nt à ériget* sur le mdnt Janiculé eri Thouneur de saint Louis de Gonzagae. Le Siain^Père a hautement approuvé et encouragé l'exécution de ce projet.
té H détémbf'e àti matin, le Sdiiit-I^ère a reçu dàné ses apparlemetils privés une députation du Cercle catholique des directeurs de colonies agricoles dans la Lombardie. Les membres de la commission ont été présentés à Sd Sainteté par le tl. t^. Ange Mondini, inembre de la Congrégation de la Mission et promoteur dudit cerclCi
M. Giovanni Ferrari, leur président, était chargé de déposer aux pieds du Saint-Père une sodime considérable, recueillie lors dés derniers exercices spirituels faits par les membres de la société dans une de leurs maisons près de Crémone.
En entrant dans la salle, Pie IX s'est mis à leur parler du terrible fléau dos inondations, qui a causé tant de ravages dans les plaines de la Lom-
tardie. t Ce sont nos péchés, a-t-il dit, qui ont provoqué cette catastrophe, à main de Dieti s'appesantira de plus en plus sur les hommes, s'ils ne veulent se convertir. »
Le président de la commission s'est alors approché du Saint-Père et a donné lectixrc d'une touchante adresse, dans laquelle, après avoir parlé du but deleur âbciélé, qui est l'instruction de la classe la plus humble, mais la plus importante de la société, celle des pauvres pavsans, il ajoutait :
t Nous avons senti l'impérieux devoir de proclamer franchement et solennellement devant ce siècle incroyant et rebelle notre dévoûment inébranlable, et notre soumission à votre autorité suprême et à votre magistère infaillible, et notre admiration enthousiaste pour la noble contenance que vous, martyr du Vatican, vous gardez en face de ceux qui foulent aux pieds les droits religieux et civils du siège apostolique.
« Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous implorons votre bénédiction apostolique, qui nous fortifiera. )>
Le Saint-Père a répondu à peu près en ces termes :
Vous n*êles pas du nombre de ceux qui provoquent les fléaux de Dieu par leurs œuvres d'inîquîlé. Vous vous consacrez au contraire à une œuvre digne d'un catholique : Vous vous êtes faits les pères et les maîtres des pauvres paysans. Je me plais à espérer que votre société fera du bien, et produira des fruits abottdatlts. Courage : le Seigneur s*apaisera enfin, et nous fera sentir les effets de sa miséricorde. Je vous bénis de tout mon cœur, vous et tous les membres de votre société.
Benedictio Deij etc.
Le même jour, le directeur, Tadministratear et les écrivains de la Vocâ délia Verità^ ont été présentés à Sa Sainteté par Til lustre Mgr Nardi, doill le dévoûment et le zèle pour défendre la cause catholique par le moyen de la presse sont bien connus.
Voici les paroles bienveillantes que le Saint-Père a adressées aux rédacteurs'de la Voce :
Oui, je suis content de vous, leur a dit Sa Sainteté j ie lis souvent la Voce délia Verità^ et j*en suis satisfait. Je vois que vous réfutez bien les erreurs, les principales bien entendu, car pour les réfuter toutes, un ou deux journaux n'y suffiraient pas; il en faudrait cinq ou six exclusivement occupés à ce travail. Cette réfutation est devenue d'autant plus nécessaire que certains journaux libéraux, jushqu'ici couverts d'un certain masque de modération, Todt maintenant jeté en devenant tout à fait impies et pleins de brutalités {brutali)^ surtout en ce qui a trait aux corporations religieuses. Ainsi je vous loue à cause de votre zèle dans la défense de la vérité, et je dés\re qu'il se maintienne toujours en vous et devienne de plus en plus ardent. Je vous accorde bien volontiers ma bénédiction spé* ciale, afin qu'elle vous anime et vous soutienne dans vos combats.
Vive donc la Voce délia Verità I
Le clergé genevois persécuté ayant envoyé une adresse au t^ape^ le Saint-Père répondait le 21 novembre par le bref suivant :
Chers fils, salut et bénédiction apostolique»
Votre unanimité et vos sentiments affectueux, révélés dans la lettre où vous venez tous, chers fils» d'attester votre dévoûment et votre respect filial pour ce siège apos^ tolique, auraient déjà suffi pour Nous faire accueillir trèsfavorablement Texpression de votre fidélité.
Mais les circonstances très-difficiles dans lesquelles vous vous trouvez et la fermeté que vous ne cessez de déployer pour défendre les droits de l'Église, sa discipline, votre
liberlé religieuse et celle du peuple catholique. Nous ont rendu votre écrit tout particulièrement agréable.
Tandis que Nous étions profondément affligé d'avoir en vain élevé la voix, par l'organe de Notre chargé d'affaires, contre la violation réitérée des traités internationaux et du Bref de Notre glorieux prédécesseur le pape Pie VII, documents reçus dans le passé avec une très-grande reconnaissance par le gouvernement de Genève et ratifiés par un décret public, dans lequel ce gouvernement les appelle « le fondement de ses droits et la règle de ses devoirs, » Nous constatons certainement avec joie que vous qui avez vu, au mépris de vos protestations, les biens ecclésiastiques enlevés, le mariage civil rendu obligatoire, l'exercice du culte public empêché, les différentes corporations religieuses ou chassées ou écartées de leur emploi légal, les écoles catholiques libres abolies, les cimetières profanés, vos droits civils eux-mêmes lésés par la dissolution des associations religieuses, et tandis que l'on vous prépare encore de plus rudes épreuves, non-seulement vous n'êtes pas abattus par tant d'injustices et de violences, mais au contraire vous vous élevez contre les nouveaux projets tendant à ruiner la constitution de l'Eglise catholique, dont on veut rabaisser le caractère au niveau d'une société religieuse hétérodoxe.
Certes, Nous ne doutions pas qu'en raison de votre constance on ne vous appelât des « séditieux, » car il n'est pas rare que Ton calomnie ceux que l'on veut opprimer. Rappelez-vous toutefois, chers fils, que l'on chargea de la même accusation devant Pilate notre divin Rédempteur, bien qu'il ait publiquement enseigné qu'il faut rendre à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à Dieu. Très • certainement vous suivez son exemple et ses enseignements, vous qui, animés d'un amour sincère pour votre patrie, non-seulement ne vous êtes jamais écartés de ses lois ni de la déférence due au pouvoir constitué, et qui, par conséquent, ne pouvez être flétris du nom de « séditieux; >» mais, au contraire, vous avez formé le peuple à la pureté
des mœurs, àTobéissance légitime; vous avez pris soin de réducation populaire en fondant des écoles gratuites et en assistant les pauvres par des œuvres de bienfaisance, travaillant à procurer la prospérité et la gloire de votre pays, et enseignant la justice, qui élèveune nation. Et, sans aucun doute, vous ne faites actuellement rien d'autre en rendant à Dieu ce qui est à Dieu.
En effet, comme l'Eglise catholique est une société parfaite, pleinement distincte de la société civile, comme elle est régie par une loi et par une autorité divines auxquelles c'est un crime de porter atteinte, vous donc, en obéissant au Vicaire du Christ, en vous tenant unis au prélat qui est à votre tête, en affirmant que les curés ne peuvent recevoir leur mission que du pouvoir ecclésiastique, et qu'ils ne peuvent être destitués par la puissance laïque, en professant ouvertement que vous repousserez qui que ce soit que l'on tenterait, par violence, d'instituer et de vous donner comme votre chef spirituel, vous travaillez à l'utilité publique, vous prenez soin de l'honneur de votre patrie, de laquelle vous vous efforcez de détourner un nouveau sacrilège, une flétrissure honteuse par la violation de la foi jurée, une division encore plus profonde dans les esprits, et un danger certain de voir s'augmenter l'abaissement du peuple.
C'est pourquoi Nous vous félicitons sincèrement, chers fils, et Nous félicitons aussi le peuple catholique de Genève, qui ne craint pas de défendre avec vous, à front découvert, sa liberté religieuse, et qui, en veillant au maintien de la religion et de l'Eglise, travaille à sa propre sécurité et se montre animé d'un véritable patriotisme. Il semble qu'il est à propos de vous rappeler cette parole : Voici votre heure et la puissance des ténèbres. Mais sur cette montagne où le Juste fut mis à mort, lui-même a vaincu le monde, et il l'a vaincu pour nous, et il a jeté dehors le prince de ce monde. Persistez donc avec un courage inébranlable dans votre conduite, et continuez avec le peuple catholique à employer les moyens légaux par lesquels
VOUS pourrez défeodre U c^use de la justice , remeltant out le reste e( vos personnes elles-mômes à la divine Providence.
Ep attendant, Nous la prions de tout Notre cœur de veiller particulièrement sur vous, de vous accorder 3on secours et sa protection. Comme gage de sa faveur et comme témoignage de Notre palernelle bienveillance. Nous donnons très-affectueusement à chacun do vous pi à tout votre peuple fidèle la bénédiclion aposlolique-
Donijé à Rome, près Saint-Pierre Je 21 novembre 1872, Ift vingt-septième anpée de Notre pontificat.
Pie IX, Pape.
Le jeudi, fOdé/^mbre, après les audiences privées de la matinép, Sa Sainteté afeçn successivemcnl, dans la salle du irùne, les membres du chapitre de Saint-Celse el une dépulaiion de l'archiconlrérie du denier de Sainl-Herre. S. Exe. le prince Chi^i, qui pré>idaii la députaiion, a présenté au Saint-POre les dernières otïrandes recueillies par l'archiconfrérîc.
lu foriir de la salle du trône, Sa Sainlcté a trouvé sur son passage gnmd nombre de familles éirangùrcs auxquelles elle a accordé sa béné-^ diciion.
Passant ensuite dans la salle du Consistoire où il était attendu par les ^urs de la Divine Providence et leurs élèves, le Saint- Père a daigné prononcer de touchantes paroles, que nous allons rapporter. Les sœurs de la Divine Providence s'occupent de Téducaiiou de jeunes filles externes et de pauvres orphelines que Pie IX leur a coutiées à la suite des ravages du choléra à Rome.
Bon nombri'de ces or[)lielines avaient été conduites à Taudiencc de Sa Sainteté, et Tune d'elles a récité au nom de ses cumpa^nes un gracieux compliment, où elle exprimait, selon Tusaj^e romiiiu, les souhaits de bonnes t'êtes. En môme temps une autre or|)huline prèseiilait au Saint- Père^ dans un charmant cotïrei, des broderies et autres travaux exécutés par les élèves.
Touché de ces témoignages de dcvoûmcnt, le Saint-Père a fait distribuer aux jeunes oblatriccs de petits jouets propres de leur ûge. Puis, après cette scène vraiment palernelle, il a prononcé un petit discours que nous reproduisons textuellement.
Je ne ferai pas un sermon qui ne serait pas compris par toute l'assistance; je me bornerai donc à donner ma bénédiction aux petites élèves et à leurs maîtresses. Que Dieu vous bénisse! Remerciez la Providence qui vous garde encore dans la maison où vous êtes, et ces )}onaes reli-
iiae9 qui ont tout perdu et cependant trouva»^ encore
moyen de vous nourrir pour Tamour de Pieu et sans fpr ce voir aucune rémunération.
Conservez la bonté et la simplicité de vos âmieg, aï maintenant que TEglise nous rappelle la naissance de Jésus-Christ, cherchez à le faire renaître dans vos cœurs* Pour cela vous n'avez qu'à chasser loin de vous ces petits défauts qui vous assiègent, certains dépits, certaines désobéissances, certaine envie de ne pas travailler. Chassez tout cela, mes chères petites, et dites h Jésus de mettre à la place dans vos cœurs quelque chose de bon» c'est-à-dire la bonne volonté de travailler et d'étudier et de remplir tous vos petits devoirs. Qu'il vous apporte les cadeaux de sa fête en vous donnant l'esprit d'obéissance, l'amour de la prière et le désir de rester avec recueillement et dévotion devant ses autels dans l'église. Prenez donc, mes petits enfants, ma bénédiction et que Dieu soit avec vous.
Benedictio Deiy etc.
Nous donnons ci-après la trarluciion de rallocution prononcée par le Sainl-P('Te et adressée aux cardinaux de la Sainte-Eglise, le 23 décembre 1872, dans le palais du Valican.
Vénérables Frères,
Le Dieu juste et plein de miséricorde, dont les jugements sont impénétrables et les voies insondables, continue de permettre que ce Siège apostolique et avec lui l'Eglise tout entière gémissent sous le coup des ravages d'une longue et cruelle persécution. Non-seulement rien n'est changé dans la situation qui nous est faite à Nous et à vous par l'occupation de Nos provinces, mais cette situation s'est a^rgravèc tous les jours, surtout depuis que cette auguste ville de Rome a été, il y a déjà plus de deux ans, soustraite à Notre gouvernement paternel.
Or, une expérience constante a prouvé combien, au commencement de celte persécution soulevée par les manoeuvres de sectes impies, continuée depuis et aggravée
par leurs disciples devenus maîtres du pouvoir, Nous avions raison, lorsqu'à plusieurs reprises, soit dans Noi allocutions, soit dans Nos lettres apostoliques. Nous affir^ mions hautement que Tardeur avec laquelle on combattait les droits suprêmes de Notre souveraineté temporelle n'avait qu'un but : frayer le chemin pour abolir, si c*était possible, le pouvoir spirituel dont les successeurs de Pierre sont investis, et détruire, avec l'Eglise catholique, le nom même de Jésus-Christ, qui vit et règne en elle. La preuve en a été maintes fois et clairement fournie par les attentats du gouvernement subalpin, mais surtout par ces lois iniques au moyen desquelles, d'une part, les clercs ont été arrachés aux autels, dépouillés de leur immunité et soumis au service militaire, d'autre part les évoques ont été dépossédés de la charge qui les établit instituteurs de la jeunesse^ et en certains endroits ont même vu leurs séminaires enlevés de leurs mains. .
Bien plus, Nous avons aujourd'hui une preuve encore plus éclatante de ces desseins pervers. Car, dans cette ville, sous nos yeux, après avoir troublé ou même violemment expulsé de leur propre habitation plusieurs congrégations religieuses, après avoir chargé les biens de l'Eglise d'impôts écrasants, et les avoir soumis au caprice de l'autorité civile, voici qu'on présente au Corps législatif, comme ils disent, une loi toute semblable à celle qui a été successivement appliquée dans les autres parties de ritalie, nonobstant les déclarations que Nous avons faites, et les graves condamnations que Nous avons portées; et cela, de façon à amener Textinction des congrégations religieuses dans ce centre de l'Eglise catholique, la confiscation des biens de l'Eglise, et leur mise aux enchères au profit du Trésor.
Or, une telle loi, si tant est que l'on puisse honnêtement donner ce nom à une entreprise que réprouvent également le droit naturel, le droit divin et le droit social, apparaît plus inique encore et plus funeste à Rome et aux provinces circonvoisincs. En effet, elle blesse plus vivement et plus
profondément le droit en s'attaquant aux possessions de TEglise universelle ; elle cherche à tarir dans sa source la vraie civilisation, cette civilisation que les congrégations religieuses, au prix d'un labeur sans égal et avec une constance et une magnanimité sans exemple, ont nonseulement développée et perfectionnée dans nos contrées, mais qu'elles ont portée et qu'elles portent tous les jours aux nations étrangères et même parmi les sauvages, sans que ni difficultés, ni tracas, ni chagrins, ni même le péril de mort puissent les en détourner; enfin, cette loi viole plus spécialement encore les droits et les obligations de Notre apostolat, car le jour où les congrégations religieuses seront détruites ou presque anéanties, le jour où le clergé séculier sera réduit à rien par suite de la misère qu'on lui impose et de la conscription à laquelle on le soumet, non* seulement il manquera, ici comme ailleurs, de prêtres pour rompre aux fidèles le pain de la parole de Dieu, pour administrer les sacrements, pour instruire la jeunesse et' la prémunir contre les embûches qu'on lui dresse journellement, mais le Pontife Romain sera lui-même privé des secours dont il a si grand besoin, comme maître et pasteur universel, pour le gouvernement de toute l'Eglise; l'Eglise romaine, à son tour, sera dépouillée de ses biens assemblés ici et constitués dans ce centre d'unité plus encore par les largesses des catholiques du monde entier que parles donations de Nos prédécesseurs. Et ainsi, les ressources qui avaient été fondées pour l'usage et l'accroissement de l'Eglise universelle deviendront un trésor d'impiété aux mains de ses ennemis.
C'est pourquoi, aussitôt que Nous eûmes appris qu'un des ministres du gouvernement subalpin avait saisi le Corps législatif du projet qu'il avait dessein de lui soumettre à ce sujet, Nous en dénonçâmes le caractère monstrueux dans Notre lettre du 16 juin de la présente année adressée à Notre cardinal secrétaire d'Etat, et par cette lettre Nous lui mandâmes de faire connaître ce nouveau péril et les autres persécutions que Nous souffrons aux
•-c i|uc i>uus laisons ici.
Ett codsISquencc, ail nom de Jcsu sommes le représcnlant sur la icrre, Noire exécration ce moiislrueux at't J'dillorilé des saints apôlres Pielre cl auiorilé. Nous condamnons ce pi-ojet positloB de loi par Idrliielle on s'ârho, loUhmenler, de persécuter, d'ainoliidf les tionSfégatiolls réllgiellses à Rollie ( circonvbislllés, ou d'y [il-iver l'Eglise c allribUaiil au Dsc oU les alItolSIit a loU poUlqlial Nbns déclarons nul dès à | pourrait être /ail contre les droits el U élise ; Nous déclarons de méoië dulllî scifUisition, 4 quelque tllrc qllè et s. volés et que le SiÈge Apostolique nt revebdiqdëh. QUanl aUt auteurs el âl lois, qu'ils Se souvieniienl des tièostlte! rituelles que les IjonstilUtions aposloll faclo a bus les usurpateurs des droits I prenant pitié de leur âme chargée de tUelles, Ils eesscnl d'dccumuler Sut eU colère divine pour le jour où Dieu dian Ai> c« ;„-.;„,j irritée.
naisisent même pas, ^i qui^ néanmoins, d'attribUelit le pôu* voir de fixer les dogmes et les droits de l'Eglise catholU que. Bien plus, au moment môme où ils ia persécutebt le plus durement, ils n*hésitent pas à proclamer impuderbiment qu'ils ne lui font aucun tort. EnQD, joignant à Tinjustice la calomnie et la dérision, ils n'ont pas honte de rapporter aux catholiques la cause de celte perséciltidA, parce que les évoques, le clergé et tout le peuplé fidèle refusent de sacrifier aux lois et à l'arbitraire du gouvernement civil les saintes lois de Dieu et de son Eglise, et parce qu ils refusent de trahir les devoirs que la religioU leur impose. Plaise à Dieu, qu'instruits par une longue expérience, les pouvoirs publics apprennent enfiti (Jlie, parmi leurs sujets, personne n'est plus Sôiicieiix que les catholiques de rendre à César ce qui est à César, précisément parce qu'ils s'étudient religieusement à rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Après 1 empire d'Allemagne, quelques cantons de la fédération helvétique semblent être entrés dans la même voie; là aussi, Tautorilé civile se mêle de décider deà dogmes de la foi catholique, favorise les apostats et interdit aux évéques l'exercice de leur autorité. C'est ainsi que le gouvernement de fienève, — bien qu'un pacte solennel lui lit un devoir de garder et de proléger sur son territoire la religion catholique, — non content d'avoir, dans les années précédcnles, jiublié des lois contraires à l'autorité et à là liberté (le l'Eglise, vient de supprimer les écoles catholiques; puis il a chassé certaines congrégations religieuses et a ôté aux aulrcs le droit d'enseigner, qui est la taisoîi propre de leur inslilut ; enfin, tout récemment, il a lenlé d'abolir 1 autorité légitime qu'exerce depuis plusieurs années dans ce canton notre vénérable F. Gaspard, évêque d'ilébron, et il l'a dépouillé de son bénéfice paroissial; Lien plus, ce gouvernement en est arrivé à ce point que, par un appel public, il a invité et excité les citoyens à bouleverser, selon les idées schismatiques^ la constitution de l'Eglise.
Daos la catholique Espagne les souffrances que le pouvoir civil inflige à l'Eglise ne sont pas moins graves. En . effet, Nous avons appris que Ton a présenté récemment et que déjà le Corps législatif a voté une loi sur la dotation du clergé, par laquelle non-seulement on viole les pactes solennellement conclus, mais on foule aux pieds toutes règles de justice et de droit. Aussi, cette loi, qui a pour but d'aggraver la misère du clergé, de l'asservir, d'accroître et de rendre plus aigus les maux dont le gouvernement, par une série d'actes déplorables, a accablé cet illustre pays au détriment de la foi et de la discipline ecclésiastique, cette loi, disons-Nous, a-t-elle soulevé les trèsfermes et très-justes réclamations de Nos vénérables frères les évêques d'Espagne. Et Nous aussi, en ce moment. Nous élevons contre elle Nos solennelles protestations.
Il faudrait signaler des choses plus tristes encore à propos de cette petite mais impudente poignée d'Arméniens schismatiques qui, particulièrement à Constantinople, s'efforcent par violence et à force de ruse et d'audace, d'opprimer le nombre bien plus considérable de ceux qui sont demeurés constants dans leur devoir et dans la foi. Sous le faux nom de catholiques, ils s'obstinent dans leur révolte contre Notre autorité suprême, et leur patriarche légitime, qu'ils sont venus à bout de faire expulser et qui a dû chercher un refuge près de Nous. Grâce à leur perfide astuce, ils ont su gagner les faveurs du pouvoir civil, de telle sorte que, malgré le zèle et le soin de Notre légat extraordinaire, envoyé à Constantinople pour traiter de ces affaires, malgré la lettre que Nous avons Nous-même écrite au Sérénissime empereur de Turquie, ils ont, par la force des armes, envahi et consacré à leur usage quelques-unes des églises catholiques, y ont tenu leur conciliabule et ont élu un patriarche schismatique ; enfin, ils sont parvenus à priver les catholiques des immunités que les traités publics leur avaient assurées jusqu'à présent. Du reste, si ces rebelles continuent à mépriser nos justes remontrances. Nous serons bientôt contraint de traiter plus
au long de ces vexations, que Nous avons signalées brië^ vement jusqu'ici.
Cependant, parmi tant de motifs de tristesse, Nous sommes heureux. Vénérables Frères, de pouvoir Nous consoler et Nous fortifier avec vous au spectacle de la constance admirable et du vaillant labeur des évoques catholiques dans les pays que nous venons de citer et dans tous les autres. Partout, les prélats ayant ceint la vérité et s'étant couverts de la justice comme d'un bouclier, fermement attachés à cette chaire de Pierre, ne se laissent effrayer par aucun péril, ni rebuter par aucune épreuve. Séparément ou conjointement, par leur parole, par leurs écrits, par leurs pétitions, par leurs lettres pastorales, ils ne cessent, en union avec leur clergé et leur peuple fidèle, de combaltre fermement et courageusement pour les droits sacrés de l'Eglise et du Sainl-Siége ; ils s'opposent aux injustes violences des impies, ils réfutent leurs calomnies, déjouent leurs pièges et brisent leur audace ; à tous ils montrent la lumière de la vérité ; ils affermissent les bons; de toutes parts ils font face, par la force compacte de leur union, aux attaques pressantes de Tennemi, et ils Nous apportent à Nous et à l'Eglise affligée de tant de maux, la consolation, la joie et un puissant secours. Nul doute que ces efforts seront encore plus efficaces, si l'on prend soin de resserrer chaque jour et de fortifier ces liens de la foi et de la charité qui unissent les esprits et les cœurs. Pour obtenir ce résultat, il n'est personne qui ne juge opporlun (|ue les métropolitains se concertent avec leurs suffragants, de la meilleure façon qu'il se pourra faire, selon les circonstances, et décident ensemble les moyens de s unir et de se confirmer dans le même esprit et dans le même jugement, afin de se préparer plus efficacement par un effort unanime au difficile combat qu'ils ont à soutenir contre les assauts de l'impiété.
Le Seigneur, Vénérables Frères, nous a visités dans sa colère et il nous a frappes de son glaive dur, grand et fort; la fumée monte au souffle de sa fureur et le feu a
jailli de sa face. Mais s'exerceta-t-il toujours contre nous et refusera-t-il de nous montrer un visage ifnoînS irrité? Loin de nous une telle pensée. Non, le Seigneur n'oublie pas d'avoir pitié, et sa colère n'arrfitera pas toujours ses tniséricordes ; car il est inépuisable à pardonner et il se montre propice à ceux qui l'invoquent dans la vériié. C'est pourquoi il répandra sur nous les trésors de sa miséricorde.
Appliquons-nous donc, en ce moment favorable de la venue du Seigneur, à apaiser sa colère divine. Revenant à une vie nouvelle, courons humblement au-devant du Roi pacifique qUi doit bientôt venir pour annoncer la paix aux hommes de bonne volonté. Que le Dieu juste et plein de miséricorde qui a voulu, dans ses desseins secrets, Nous réserver pour voir ralïllclion de Notre peuple et les malheurs de la Ville sainte, qui a voulu que Nous soyons à Rome quand elle est livrée aux mains de ses ennemis, que ce Dieu incline vers Nous son oreille et qu'il Nous entende. Qu'il ouvre les yeux el qu'il voie Notre désolation et la désolation de la ville sur laquelle Nous avons invoqué son saint nom.
Le 22 décembre, au maiiii, dii le Journal de Florence, les anciens employés des minislèresde l'inU^rieur, du commerce el des linanccs, se sont rendus au Vaiiciin atin de prcï^eiilcr au Suim-I'crc, à rapproiho de la Noël, l'expression de leurs souhaus do !u)miiCs léir^, srlon l usaj^e romain. S. Em. le cardinal lierar»li, *>lj;r >egroni cl M. l'aNoeai Ton^^iorgi, anciens chers des minislères susmenlioun» .•», éiaienl à la uae de leurs employés. L'immense salle ducale n'j^orj^cail de plusieurs milliers de personnes; aussi les acclamalions «pii oui salué Sa SaiuU'ié à son euirée dans la salle ont-elles retenti longlemps : a \ivc IMc IX noire Père el notre Souverain ! » s'6criail-on de loulcs paris. C'ciaii connue un sublime témoignage de dévoûmenl, que le» lidèles rni|»l(iyés de Pie IX apporiaient aux pieds de TaugUbie prisonnier. Cependant le Saint-Père ayant pris place sur son irôue, M. l'axocat 'iouiiioi^i a lu, au nom de tous, une adresse dans laquelle il a rappelé dairs d'éinouvanles paroles les bienfaits dont le trouveruin Poulile n'a cc>sé ne combler ses employés demeurés fidèles. Les mouvemenls d'assenliujenl plusieurs fois répétés par l'assislancc prouvaient bien que Toraleur euiii rinlerprète des senlimenis d'admiration et ilc reconnaissance qui animaient tous les cœurs.
Le Sainl-Pcre, visiblement ému en présence de ce magnifique témoignage de lidélité cl de dévoûmenl de la part de ses employés, a répondu en ces termes :
&ieA qu'on ne puisse ihôins fllre que de fuiser de grabdes cotisôlalions dans les parole^ que je Viens d^eUtendre et ddhs les événemedts auxquels on Vlëbt de faire allusion, Nous ne pouvons pas iléatimolns NoUâ cacher là situation difficile où la société Se tt'oUve placée eÙ ce hldnient. Dieu voit tant de belles œuvres, et cependant il semble encore courroucé contre nous.
On pourrait dire que, comme le Tout-Puissatlt se sert dé toutes les créatures, mêrtie des animaux, peut pUnir led péchés des hommes, il veut se servir à cette époqUe (heureuse si on considère tout ce que vous venez de dire, Irèëmalheureuse si on examine les adtioiis et les projets des impies) on pourrait dire, je le l-épëte, qu'il à ordotiné â certaltis éléments de se déchaîner contre rhbmraë poU? le châtier et lui donner de tels signes de Isa puissance, qu'ils viennent le rappeler, s'il est possible, à rexfetclce de Ses
devoirs.
Je dis, et je le dis publiquemeht, que l'oti peut rappeler à l'heure où nous sommés que : «gnw, grdwrfo, hiœ, glacieSj spiritus procellarurii, oUi, que tOiltes ceS CréàtUtëS inanimées écoutent la Voix de Dieu t ûUdient verbum Do-fïtini.
On ne saurait nier que depuis le 20 septembre pAlâl (et celte appellation de fatal convient véritablement à cette date), les éléments ont obéi à la main de Dieu, et qu'il ^ s'en est servi non plus comme Un tendre père, mais conitUe un juge sévère. Des villes dévorées par les flammes eU Amérique ; des ouragans sur toute la face de la terre, le fëU qui sort des volcans, et celui que les Impies allument dAQi leurs desseins perfides de destruction : tous ces fléàui détruisent les villes cl dévorent lés produits de Ift terre.
Oui, Dieu se montre irrilé partout. Les oUragabs dévastaient naguère la Sicile; nous les avons Vus parcourilr les côtes de rAllciuagné, et tout ne semble pas encore fini en ce moment même, il n'y a pas longtemps, ces mêmes instruments des justices de Dieu se montraient en France, en Angleterre, partout. Le Toul-PuissaUt, par ces ttéêMx,
sembla dire aux hommes d'Etat : Rappelez -vous qu'il y a un Dieu, et qu'il vous défend de conduire la société dans les précipices où vous voulez l'entraîner; rappelez-vous que si ces éléments obéissent à ma voix, vous avez un devoir bien plus grand encore de l'écouter et de lui prélpr obéissance.
Nous voici à la fête de la nativité de Xotre-Seigneur Jésus-Christ et Dieu lui-même se plaint par la voix d'un prophète en ces termes : Cognovit hos possessorem suum et asinus prœsepe Domini sui. Ces juifs qui écrivent des blasphèmes et des turpitudes dans les journaux ne connaissent pas Dieu; ces bœufs qui se croient forts parce qu'ils portent les cornes, symbole de la force, ne connaissent pas Dieu. Non ! ils ne le connaissent point. Mais il viendra le jour, le très-redoutable jour des vengeances divines, et alors ils devront bien rendre compte des iniquités qu'ils ont accomplies en ces dernières années.
Pour ce qui nous regarde nous-mêmes, que devonsnous dire, mes enfants? Nous devons dire qu'il est nécessaire de plier la tête et nous soumettre de cœur et d'esprit à la volonté de Dieu. Bénissons toujours son nom, lors même qu'il n'écoute pas toutes nos prières. Et savez-vous pourquoi il ne les écoute pas? Saint Augustin nous l'apprend : Omjiis malus aut ideo vivit ut corrifjatur : aut ideo vivit ut perillum bonus excrceatur, l\iis(iue les méchants ne veulent point se corriger, Dieu veut que les bons s'exercent dans la vertu pour mériter des faveurs plus grandes, des grâces plus signalées. Et qui est-ce qui pourra se dire sans péché? Qui est-ce qui n'aura pas quelque dette envers la justice divine? Voilà donc le cas des boni exercentur; il faut qu'ils puissent laver leurs souillures pour pouvoir paraître devant Dieu.
En attendant, les prières continuent; les pèlerinages se multiplient; nous avons le spectacle de la fermeté des ecclésiasliques qui soutiennent les attaques de l'ennemi; nous avons le grand spectacle de l'union et de rinlrépidité de l'Episcopat, si glorieux dans l'accomplissement de
tous ses devoirs. La miséricorde de Dieu ne peut nous faire défaut.
Prions-le donc pour que ce spectacle de fermeté se soutienne toujours ! Prions-le pour que nous-mômes soyons toujours dignes de sa miséricorde. Demandons-lui la grâce de mettre un frein à notre langue afin de ne pas nous répandre en lamentations, et celle de nous rappeler toujours nos dettes envers la justice divine.
Je vous bénis donc afin que vous puissiez obtenir de Dieu une prompte délivrance des maux dont nous sommes entourés. Puissent le bœuf et l'àne reconnaître bientôt le Dieu puissant des armées ! Prions que le moment arrive bientôt où Dieu manifeste tous les moyens qui sont en son pouvoir pour calmer la tempête et ramener la tranquillité, l'ordre et la paix dans le monde entier, car on peut bien dire que toute la terre est en proie à l'esprit du désordre et qu il y a partout nécessité de la main de Dieu ; celle des hommes ne suffit plus à nous rendre la paix.
J'éUHe donc ma main au ciel et je vous bénis, ô mes enfants ! Je vous bénis, les larmes aux yeux. Puisse Dieu, eu voyant les larmes sur les yeux de son vicaire, donner à ma bénédiction la môme vigueur que si elle venait de son bras puissant ! Puisse-t-il avoir pitié de nous et mettre un terme à tant de turpitudes, de malheurs et de désordres ! Je vous bénis dans vos familles, afin qu'unis dans vos foyers vous puissiez vous unir à mes prières, pour que Dieu accélère l'heure de ses miséricordes. Je vous bénis afin que vous soyez toujours fermes et constants (quels que soient les événements futurs) dans votre foi et dans l'obéissance au Saint-Siège. Je vous bénis pour l'heure de votre mort, afin que vous soyez dignes d'aller bénir Dieu dans tous les siècles.
Benediciio Dei, etc.
Le jour lie Sainl-Jeaii, fêle du pairon de Sa Sainlolé,les visites de cardinaux, di.* pn'-liil..;. diî jJ^iIK'e^ romains cl d»* .sociélcs calholiiiurs se sont smrédé au Valiran. La veilir, le Fape avait reçu les honimages de dévûlion filiale ei dedé\oûnieiil «le sa garde noble. Ce jonr-lii. il a admis daus la balle consisloriale :iOO ol'IiciL'is di' .011 amue.
f^'andiencc a élé solennelle : Pie IX était sur son trône, ayant à ses côtés dix cardinaux, sos ministres el tous les prélats de sa cour. Après 8*éire prosterné aux pieds de Sa Sainteté, M. le g<^nérai Kanzlcr, ministre des armes, a prQpopcé Tadresse dont voici la traduction :
Très-Saint Père,
Cette année encore, Dieu nous accorde l'honneur et la consolation de
nous réunir en bon nombre autour du trône pontifical pour présenter à
Vptrp péatiliide les souiiaits respectueux et fervents de tiHicité, ainsi que
les protostations d'une gratitude et d'une fidélité qu'aucune circonstance
-ne saurait affaiblir.
Nos frères d'armes, épars à cette heure en des pays lointains, s'associent à nous par leurs adresses.
Saint-Père, la situation politique n'a fait qu'empirer depuis le 20 septembre, et du môme pas s'avance contre l'Eglise catholique la persécution de nos modernes tyranneaux, lesquels, sous le masque du libéralisme, imitent les anciens païens en ce qu'ils avaient de moins imitable. E( comme si ce n'était point assez, le spectre sombre et menaçant de la question sociale se montre devant nous.
L'Eglise^ avec ses préceptes d'amour et de charité envers le prochain, peut, si on l'écoute, adoucir les souffrances deç classes ouvrières et pauvres sans blesser les classes élevées. Que si la génération actuelle, cependant, devait, en punition de ses fautes et de ses erreurs, subir le désastre de la guerre sociale, ce serait l'Eglise, l'Eglise seule^ qui pourrait reconstituer la société sur des bases solides et durables.
Quoi d'étonnant donc que les fidùles contemplent avec anxiété, en méîne temps qu'avec confiance, admiration et amour, l'auguste et courageux Pontife qui, bien que combattu ou abandonné par I(>s puissances de la terre, défend la religion, la justice el le droit foulés aux pieds?
Quoi d'étonnant que les catholiques, pères de famille, aient envoyé à Votre Sainteté, avec leur obole, leurs enfants appelés merceriaires jiardes gens incapables d'élever leur intelligence au-dessus du niveau des intérêts matériels?
Quoi d'étonnant enfin que les meilleurs d'entre les nobl<*s el les citoyens romains se soient présentés eu volontaires dans les moments du péril, non pas comme des volontaires fonu^s, pour défendre le Saint-Siège, et qu'ils attendent à celle heure avec la grande majorité de vos sujets le jour où Votre Béatitude reprendra lous ses droits?
Et qui ne comprend la joie que nous éprouvons en venant aujourd'hui devant notre aimé Père et Roi, avec la conscience d'avoir rempli notre devoir?
. Que Votre Sainteté daigne donc mettre le comble à cotte joie en accueillant nos vœux et en nous bénissant, ainsi que nos compagnons d'armes absents.
A cette noble adresse. Pie IX a répondu :
Ce que vous venez de me dire est très-bien. Il est trèsvrai que la situation de la société, loin de s'améliorer»
semble aller de jour en jour, perdant toute notion du bien, pour s'abandoDner aux séductions du mal. Que cette situation nous ail éloigné du bien et rapproché du mal^ cette occasion même qui vous conduit en ma présence le prouve. Vous, militaires lidèles à rhonneur, fermes dansT^ccomplissement de vos devoirs, dévoués au SaintSiégCi voys pouvez encore vous présenter à moi, mais à la cppc{Uion que vous soyez sans armes. C'est là une preuve {)ien éloquente des tristes temps où nous vivons.
Oh! pourquoi ne m'esl-il pas donné d'obéir h cette voix de Dieu qui disait, il y a bien des siècles déj4> à tout un peuple : Transformez les bêches, les socs et les charrues ; transformez tous les instrumeuts des champs en lances, en épées, en instruments de guerre, car les ennemis approchent, et il y a nécessité de beaucoup d'armes et de grand nombre de guerriers.
Oh! si le Dieu que nous adorons et bénissons vpulait répéter à vous-mêmes ces exhortations ! Mais il se tait, et Moi, son Vicaire, je ne puis que me conformer à sa volonté et imiter son silence; je dois même ajouter que je n'oserais jamais autoriser des armements et accroître le nombre dos soldats; comme Vicaire du Dieu de paix, de ce Pieu qui est venu sur la terre pour nous l'apporter, je doi^ soutenir tous les droits de la paix, qui est le plus beau don que le Ciel puisse faire aux hommes.
Néanmoins Tennemi est là, il nous entoure de tous côtés. La Révolution qui nous menace, il faut bien la combattre : cY'st notre devoir. Si vous n'avez point d'ari^ies, comment pourrez-vous vaincre cette Révolutionf ennemie de la société et de l'ordre, qui bouleverse tout Tunivers"? Je suis persuadé qu'elle tombera d'elle-même, qu'elle périra par le suicide; oui, elle périra de ses propres mains et par ses propres armes. Elle tombera, elle tomber4 vaincue, et Dieu vuuille qu'elle soit ensevelie à tout jamais.
Deux réminiscences des saintes Ecritures m'ont donné cette conviction, et je yeux les rappeler ici. Ecoutez, mes enfants. Un jeune hqmine à peine sorti de Tadolescence se
présente devant un géant formidable, redouté de toute Ûarmée d'Israël, et il dit à ses frères d'armes : Puisque personne n'a le courage de combattre contre ce Goliath t|ui jette la terreur parmi nous, me voici prêt à l'attaquer moi-même. En effet, encouragé par ses frères d'armes et par Dieu, il se présente au terrible ennemi et lui donne le coup qui l'étend mort à ses pieds. Mais comment David at-il coupé la tête à Goliath ? Avec la même épée que le monstre portait à sa ceinture : il plia un genou sur ses épaules gigantesques, il leva le bras, et en un clin d'œil la tête fut séparée du tronc.
L'autre fait des saintes Ecritures est plus admir-îble encore. Une femme, une faible femme demeurait à Héthulie lorsque cette ville était entourée par l'armée ennemie, qui la pressait d'un siège rigoureux, convoitant avec beaucoup d'ardeur le moment de la reddition pour s'abandonner au sac, à la dévastation, au carnage. Et les habitants étaient tellement domptés par la terreur que l'on ne cherchait que les moyens de s'assurer les bienfaits d'une capitulation quelconque avant d'ouvrir les portes à l'ennemi. Celte faible femme dont je parle se lève alors, inspirée par Dieu, et tient ce langage : Qu'allez-vous faire? Ne précipitez pas, je vous prie, une délibération honteuse : car vous ignorez quels sont les desseins de Dieu. Attendez encore.
Celte femme revêt ses plus beaux habillements et se dirige vers le camp ennemi. On l'arrête, on l'emmène au général Holopherne, sous sa tente. Là, le général, après s'être abandonné aux excès de l'intempérance, subjugué par les vapeurs du vin, crapulatus^ s'étend sur le lit et s'endort de ce sommeil profond qui suit les excès. La femme de Bélhulie lève alors les yeux au ciel et s'écrie : Domine Deus Israël^ respice in hac hora. 0 mon Dieu, roi d'Israël, tournez vos yeux vers moi en ce moment-ci; donnez la force à mon bras et souvenez-vous que vous avez promis votre secours à Jérusalem. Elle détache d'une colonne du lit l'épée même d'Holopherne et s'approche de
lui. S*aJressant alors encore une fois à l'Eternel pour en obtenir la force, qu'elle savait ne pas avoir, elle laisse tomber son épée, et du coup la tête d'Holopherne est séparée du corps. Le sang coule à flots du buste mutilé; la servante qui l'avait accompagnée prend la tête qu'elle place dans un sac en peau, et les deux femmes font retour secrètement à Béthulie.
Dès ce moment un grand changement se produit dans les deux camps. L'audace des assiégeants fait place au désordre, à l'épouvante : la consternation de la ville se change en contentement, en chants de triomphe. Judith se présente au peuple, tenant à la main la tête du redoutable général ennemi. La foule s'empresse autour de cette femme et s*écrie : « Que le bon Dieu soit béni ! » On l'entoure, cette femme, on la loue, on se jette à ses pieds, on les baise humblement, ou bien on porte à ses lèvres les pans de son manteau. L'enthousiasme est général, mais il parait que personne n'osa lui baiser la main, ce que l'on doit peut-être attribuer à la terreur qu'inspirait encore le monstre que cette main venait de faire périr.
Voilà, mes enfants, vers quels dénoûments la société marche à l'heure où nous sommes. La conclusion de mon discours est celle-ci : la Révolution doit périr, et c'est Tépée elle-même de nos ennemis qui nous en délivrera. Elle sera tuée par le manque de principes, par l'abus de la force, par l'injustice de ses procédés, par la brèche de Porta Pia, par une foule de choses dont je n'ai pas à vous faire Ténuméralion en ce moment et surtout à vous qui, vivant au milieu de la ville, connaissez toutes ces choses aussi bien que moi.
Donc, retenons ceci pour certain ; la Révolution sera tuée : tuée par ses propres armes, ces mêmes armes qu'elle dirige contre la vérité, la justice, l'Eglise, contre tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre. Mais quand et comment sera-t-elle tuée? Domine^ Deus Israël respice. Il faut imiter Judith en s'adressant avant tout à Dieu, lui demander qu'il vienne à nous avec sa grâce et avec sa force ;
qu'il vienne nous consoler et couronner nos espérances. Prions avec ferveur et avec foi ; prions sans relâche, et le suicide de la Révolution aura lieu lorsque nous nous y attendrons le moins. Dieu a promis aussi, comme à Tan* cienne, à cette Jérusalem moderne, à celte ville de Rome qui lui appartient, que, lorsqu'il aura donné cours à sa justice, il se présentera parmi nous dans l'éclat de sa miséricorde.
Voilà les vœux que je fais; non pour moi, car je n'ai plus que peu de temps à vivre; mais je les fais pour l'Eglise, pour vous, pour tant de millions d'âmes répandues sur toute la face de la terre, ayant la foi et l'espérance, c'està-dire fermement unies en esprit avec moi dans ces vœux qu'ils comptent voir se réaliser.
Maintenant, je vous bénis dans vos personnes, dans vos familles, dans vos affaires; mais recevez en outre une bénédiction spéciale par laquelle j'implore du Ciel qu'il vous donne un nouveau courage, une ferme confiance de pouvoir un jour vous représenter à moi de la manière qu'il convient à des soldats pleins d'honneur, à des guerriers chrétiens, c'est-à-dire revêtus de votre uniforme et armés de celte épée qui fait votre gloire et qui doit servir, entre vos mains, à rétablir et à maintenir l'ordre et la paix.
Benedictio Dei^ etc.
Le Saint-Père, après avoir entendu le 25 décembre la lecture du décret concernant la béaiificaiion du B. Labre, a prononcé quelques paroles dont voici le sens, diaprés la Voce délia Verità :
Les vertus du B. Labre, a dit le Saint-Père, sont merveilleuses en tout temps et étonnantes au delà de toute expression. Néanmoins, nous avons le devoir de les pratiquer ou au moins de les imiter dans la mesure de nos forces, et ce devoir croît pour nous tous les jours; car, plus les temps sont tristes, et plus il est nécessaire que nous nous rendions ces vertus familières.
Puis le Saint- Père a rappelé que le bienheureux ayait coutume de passer les nuits tantôt sous les péristyles des églises, tantôt au Colysée,
et peul-élre, a-l-il dit, est-ce à lui que nous devons de n'avoir pas va ces arènes baignées par le sang de tant de martyrs, profanées naguère par une réunion impie (le comice populaire) (4). Le Saint-Père a terminé en ces termes :
Le nouvel élu voudra sans doute faire luire un rayon d*es|)oir sur la France, sa patrie. Espérons que sa puissante prière obtiendra à ce pays de recouvrer cette paix, cette prospérité et dette gloire qui lui ont été enlevées, mais qui demeurent son légitime apanage.
Le lundi malin 30 décembre/le Saint-Père a'daigné recevoir dans la salle consistoriale tous les tribunaux et les collèges de la prélature. La cardinal Sacconi ayant adressé un discours à Sa Sainteté et le cardinal Mertpl ayant fait le tableau des tristes conditions où se trouvent Rome et 1 Église, le Saint-Père a répondu :
La peinture que vient de faire M. le cardinal est un tableau trop fidèle et trop vrai, qui représente bien l'état des choses telles qu'elles se trouvent. Aussi pouvons-nous dire, en raisontle tout cela, ce que disait un autre peuple, il y a tant de siècles : Super flumina Babylonis sedimus flentesy diim recordaremiir tuiSion. Oui, sur les rives du Tibre, nous sommes assis et nous pleurons, lorsque nous nous rappelons les années passées, et surtout lorsque nous nous rappelons, en présence des maux actuels^ les biens qui ont disparu.
Oui, ce peuple était là dans l'exil et au milieu des tribulations; mais en môme temps il y avait là un certain Tobie qui allait consoler et secourir tous les malheureux. El aujourd'hui, puisque vous avez dit que le Pape fait tout pour donner de Taide à quiconque est dans le besoin et qu'il le soulage, eh bien, permettez-moi de me comparer à un Tobie qui va par les maisons cherchant les besogneux pour soulager leurs nécessités.
Peut-être y en a-t-il qui se lamenteront en disant que
(4) Les révolutionnaires de tous les points de Tltalie avaient décidé de tenir là une sorte d'assemblée plônière. Au dernier moment, le gouvernement, ayant pris peur, interdit et empêcha par la force cette manifestation.
ce secours est trop peu de chose; peut-êlre aussi que quelques-uns diront : Nos besoins sont trop grands et supérieurs à votre secours. Maïs il faut envisager dans quelle ctroitesse nous sommes; rappelons-nous que nous sommes dans la misère et dans l'exil; il faut donc s'armer de patience et de résignation et imiter Job, le pauvre patient de Ur, lequel se trouvait en des tribulations innombrables, parce qu'il était l'objet des vengeances du diable, qui voulait faire tourner à mal ce pauvre malheureux; mais, comme vous le savez, la patience de Job fut couronnée; de même donc que le vieillard de Ur, ayant perdu ses richesses, en retrouva de plus grandes ; ayant perdu ses fils, en eut de nouveau en plus grand nombre, si bien qu'il put dire comme David : Sicut novellœ olivarum in cii^cuitu mensœ^ de môme, espérons que pour nous, après la bourrasque viendra le calme, et après les peines, de nouvelles consolalions. Tobie lui-même, après avoir tant souffert avec tant de patience et fait constamment la volonté de Dieu, Tobie eut la consolation de trouver un ami qui le combla des plus grands bienfaits et qui l'aida encore à se faire restituer les deniers de Gabelus.
Or, qui sait si ce n'est pas ce même céleste auxiliaire qui a intercédé près de Dieu et qui m'a envoyé, ces jours-ci, plus d'argent que de coutume? Remercions-en donc le bon Dieu, et prions Raphaël (c'est lui qui a été rinlercesseur, toutefois après Marie qui est toujours notre principale avocate), prions-le de nous donner encore de cette vertu qu'il possédait afin que nous puissions aussi illuminer les aveugles. Il avait, lui, un excellent remède pour ouvrir les yeux des aveugles; et nous voudrions le posséder pour éclairer ceux qui sont aveugles d'esprit. Mais nous n'avons pas le fiel du poisson. Faisons donc tout ce qui est en notre pouvoir, et par notre exemple, par nos paroles, par notre prédication, sachons illuminer ceux qui gisent dans les ténèbres de l'erreur.
En vérité, il n'est pas possible de répandre plus de mensonges que maintenant. On en remplirait un port franc.
Ce sont des mensonges effrénés, des mensonges indignes. Que le Pape se taise ou bien qu'il parle, on cherche à répandre des mensonges en toute occasion pour soutenir la cause du démon, qui trouve en haut beaucoup d'appui, et c'est là le plus grand mal de notre temps.
Je vous rends grâces des beaux sentiments que vous m'avez exprimés. Conservez-les et augmentez-les le plus possible en vous-mêmes, et développez-les également chez les autres par votre exemple et par vos paroles, afin que vous puissiez illuminer les aveugles et faire tout ce qu'il est possible pour conquérir une âme et la ramener dans le sentier delà vertu.
Je vous bénis dans vos occupations et dans vos familles. Que cette bénédiction soit toujours avec vous.
Bencdictio Deif etc.
Le dimanche dans l'oclave de la Nativité, le Sainl-Père a reçu les hommages de la noblesse romaine, dont les membres étaient venus en grand nombre protester de lear inviolable fidélité. A une très-belle adresse du sénateur de Rome, marquis Cavaletti,le Saint-Père a répondu par un discours que nous traduisons de la Voce délia Verità :
Je me rappelle qu'en ma jeunesse, parlant avec un prince romain alors très-avancé en âge, et qui depuis longtemps nous a quittés pour entrer dans l'éternité, ce prince de sens et de principes vraiment calholiques me dit que les trônes avaient un double soutien : le clergé et l'aristocratie. Oui, disait-il, ce sont là les deux forces qui peuvent seules soutenir les monarchies. Ainsi, par votre présence je vois quels ont été vos sentiments dans le passé et qu'ils sont les mêmes aujourd'hui. Que si votre concours n'a pu maintenir ce trône, provisoirement ébranlé, ce n'est point votre faute, et le monde entier peut vous en rendre l'impartial témoignage. Mais j'espère que la miséricorde de Dieu ne nous a point pour toujours abandonnés.
En vérité, Jésus-Christ lui-môme aimait aussi l'aristocratie, et je vous ai déjà, si je ne me trompe, exprimé autrefois cette idée. Lui aussi voulut naître noble, de la
race de David, et TEvangile nous donne sa généalogie jusqu'à Joseph, jusqu'à Marie : de qua natus est Jésus.
L'arislocralie, la noblesse est un don de Dieu, conservez-le donc avec soin et usez-en dignement. Je sais que vous le faites par les œuvres chrétiennes et charitables auxquelles vous vous dévouez constamment avec une grande édification pour le prochain et un si grand profit pour vos âmes.
J'ai dit que l'aristocratie et le clergé sont deux soutiens du trône. J'y reviens pour dire que les trônes soutenus par la plèbe, c'est-à-dire par ceux qui vivent généralement dans les sentiments d'incrédulité, par la multitude de ceux qui nourrissent des sentiments de haine contre Dieu et contre son Eglise, oh ! que ces trônes soutenus par de tels appuis sont faibles et débiles. Et si à l'assaut de ces forces infernales les trônes les plus justes n'ont pu résister, combien moins le pourront ceux qui sontfondés sur Tinjustice, sur l'orgueil, sur le vol et sur la calomnie 1 Comment serait-il possible que ces trônes puissent subsister?
L'avenir est dans la main de Dieu, mais Thistoire a ses enseignements dont on doit profiter.
Ces saintes journées m'inspirent encore une autre pensée. L'enfant Jésus-Christ est présenté au vieillard Siméon. Eh bien, que dit ce prophète? Que dit-il à sa mère, qui humblement se présentait pour accomplir les prescriptions de la loi? Il lui dit : Cet enfant est venu pour le salut de beaucoup et pour la ruine des autres. Voilà en deux mots toute rhistoire de TEglise de Jésus-Christ. Ces deux classes d'hommes ont existé depuis les premiers moments où Jésus-Christ a fondé son Eglise, et ils existent encore aujourd'hui. Or Jésus-Christ est venu pour la bénédiction des uns et pour la ruine des autres.
Ainsi, par exemple, voici d'un côté Judas qui le trahit, mais de l'autre, voici Malhias qui vient à la lumière. Un larron le blasphème, et un autre larron fuit pénitence. Pour les uns donc la bénédiction, et pour les autres, la ruine de leurs âmes. Oh! combien y en a-t-il encore au-
jourd'hui de ces différences, et combien dont on peut dire ouvertement : Jésus-Christ est venu pour votre ruine. Je n'entre point dans le détail et je ne nommerai personne; mais je sais et je lis que beaucoup meurent dans l'impénitence ; je sais que, même dans les bôpitaux» il y en a beaucoup qui repoussent les secours de TEglise et se jettent dans la perdition. Pour ceux-là, Jésus-Christ est venu m ruinam. N*est-il pas vrai que dans Tbôpital même du Saint-Esprit et ailleurs, il entre des personnes avec des feuilles scélérates, et, sans que personne s*y oppose, elles approchent du pauvre malade, qui a besoin de tout autre chose que de lire des blasphèmes, quand il est si près d'entrer dans }a tombe. Et cependant Ton donne toutes sortes de permissions pour que Ton puisse toujours davantage avilir leur esprit et pour augmenter le nombre de ces ruines prédites par Dieu à son avènement : In ruinam et resurrectionem!
Que feroDs-nous donc, nos très-chers frères, au milieu de ces incertitudes, de ces craintes, et ne voyant venir aucun secours d'aucun côté 7 Nous répéterons ce que nous disions, nous autres prêtres, ce matin au commencement de la messe : Judica me^ DeuSy et discerne causam meam; de gente non sancla, ab homine iniquo et doloso erue me. Mon Dieu, puisque personne ne veut prendre en main cette cause de la justice et de la sainteté. Vous, prenez-la, et délivrez-nous de l'homme injuste et plein d'embûches, délivrez-nous de l'iniquité et du mensonge qui nous assaillent tous les jours.
Donc, mes chers enfants, allons à Tau tel de Dieu, tn^roïbo ad altare Dei^ et nous entendrons sa réponse : Espérez. Le moment où il réjouira nos âmes n'apparaît pas encore clairement à nos regards, mais il est déjà décidé dans les décrois de la divine Providence, et Ton verra, oui Ton verra enfin ce décret de libération qui fera se relever ce peujde et qui fera se relever comme il le mérite le peuple qui appartient à la capitale du monde catholique.
Telles sont, mes chers enfants, les quelques paroles qui
me viennent en ce moment sur les lèvres cl que j'ai cm devoir vous dire. Je finis en vous donnant ma bénédiction. Soyez assurés que celte bénédiction vient dû plus profond de mon cœur. Celte bénédiction, je commence par la donner à ces chers petits enfants qui sont devant moi, afin qu'ils soient préservés de tous les périls qui sont sur la terre. Je me rappelle qu'étant petit enfant comme ceux qui sont là devant moi, je jouais un jour avec un autre qui était le fils d'un jacobin (on appelait alors jacobins ceux qu'on nomme aujourd'hui libéraux) ^ et il grandit avec les sentiments que professait son père. Et à Rome tout le monde l'a connu, et moi-même, en 1848, je l'ai vu plusieurs
fois.
Aujourd'hui il est mort, et nous sommes encore ici. L'exemple de son père lui avait été funeste, mais aux petits enfants qui sont là, votre exemple au contraire sera bienfaisant et salutaire : aussi je commence par bénir ces enfants, afin qu'ils puissent profiler de l'exemple de leurs bons pères et mères qui les élèvent saintement. Puis je bénis aussi leurs parents et vos familles, et spécialement ceux qui sont dans l'afUiction ; je les bénis afin qu'ils obtiennent de Dieu la force nécessaire pour soutenir les épreuves que le Seigneur leur envoie, non pour les punir, maispnur les purifier des misères qu'ils ont pu recueillir en ce monde et pour les enrichir des vertus chrétiennes. Je vous bénis spécialement avec l'espérance qu'au moment de la mort vous pourrez remettre votre âme entre les mains de Dieu, et que, sortant de toutes ces misères où nous sommes comme les fils d'Eve en exil, nous irons dans notre patrie, jouir de Dieu, le bénir et le louer pour réternilé.
Benedictio Deif etc.
Le Sainl-Pôrc a reçu le samedi mnlio, 29 décembre, les fôlicîlalions et les souhaits de bonne année de la part des nobles chevaliers de Mali? présent«Vs par leur bailli, M. le chevalier Cecchi.
Dans la môme maiini'e, S. Em. lo car.liiial De Luca a présenté au Saint - Père les membres do la commission dit« de la fabrique de Sainl-P;inl.
Vers mid{, Sa Sainteté s'est rendue dans la salle da consistoire, où Elle était attendue par un nombre considérable de personnes étrangères. La vaste salle suffisait à peine à contenir les visiteurs. Parmi les personnages de distinction qui se trouvaient à cette audience, nous citerons lord Clarence Pagct, vice-amiral anglais et membre du conseil privé de la reine; le célèbre M. Reed, constructeur en chef dans la marine britannique; un capitaine français du 61* de ligne, revêtu de son uniforme, etc. Après avoir fait le tour de la salle ei donné sa main 4 baiser aux heureux visiteurs. Sa Sainteté a adressé à Tassistance un discours eu français, qui n'a pas été sténographié, mais dont nous avons pu recueillir les passages suivants :
Vous venez m'offrir vos félicifalions et vos souhaits de bonne année; je vous en remercie. L'année qui vient de s'écouler est loin d'avoir été bonne, car la société marche dans un chemin mauvais. Il faut donc s'armer de courage et attendre que la paix retourne sur la terre, de même qu'au milieu de la tempête on attend la tranquillité. Il y a des gens qui croient que le calme règne à Rome et que les choses ne vont pas si mal qu'on le dit. Il est même des étrangers qui, à leur arrivée dans celte ville, demandent des billels pour assister aux fonctions religieuses. Ainsi je suis persuadé, si Dieu me conserve la vie, qu'à la semaine sainte on demandera des billets pour le lavement des pieds. Hélas ! il faudrait aujourd'hui laver les têtes. {Un sourire (T approbation a accueilli ces dernières paroles.)
Mais ces fonctions religieuses ne peuvent avoir lieu, tant que durera le présent état de choses. Ceux d'entre vous qui ont assisté aux solennités de la semaine sainte se souviendront que le vendredi saint, tous les autels sont voilés en signe de deuil. Eh bien ! tel est notre état actuel ; et, en effet, on commet ici tant d'iniquités, on voit tant d'horreurs, on enlend et on lit tant de blasphèmes, que Rome a perdu son cachet de capitale du monde catholique.
Supplions donc le Seigneur de mettre un terme à une transformation si douloureuse.
L'aurore de la nouvelle année est pour nous pleine d'àmerhimes et de tribulations, à cause des maux dont je viens de parler. Je souhaite cependant qu'elle soit bonno. pour vous tous; et comme gage de l'accomplissement de ce désir je vous donne ma bénédiction.
Oui Je bénis les objets de piété que vous avez apportés avec vous, je bénis vos personnes. Que cette bénédiction vous accompagne dans le voyage de la vie et surtout dans celui de réternilé. Il est certain en effet que chacun de nous devra rendre compte à Dieu de ses actions. Puissionsnous alors entendre le Seigneur répéter pour nous ces paroles : Venite, benedicH Patris mei.
Je bénis aussi vos familles et vos pays.
Les membres de la garde palatine présidés par leur général, M. Gagliclmi, ont présenté, le mardi 31, à Sa Sainteté, dans la salle des tapisseries, l'expression de leurs souhaits.
Vers midi, le Saint-Père, accompagné de plusieurs cardinaux et prélats de sa cour, a reçu dans la salle du Consistoire les félicitations de nouvel an de la part des généraux d'ordres religieux.
Le R. P. général de Tordre des chanoines réguliers de Saint-Pierre in Vinculis^ dit Rocchettini^ a lu au nom de tous une belle adresse, à laquelle le Saint*Père a répondu en ces termes :
Ayant parcouru un long chemin dans cette vallée de misère où nous sommes tous Exules filii Evœ, c'est la troisième fois que j'assiste à la suppression des ordres religieux; je l'ai vue étant enfant, je l'ai vue adolescent, je la vois maintenant que je suis vieux. Je considère dans ce fait une disposition de la Providence : Dieu sait quel appui et quelle aide puissante trouve son Eglise dans les corporations religieuses : c'est en elles que l'Eglise va chercher les missionnaires qu'elle envoie sur les points les plus reculés du monde, et les prédicateurs qui annoncent la parole de Dieu et les administrateurs des sacrements ; tout cela, Dieu le sait et le voit, mais peut-être reconnaîtil aussi qu'il est opportun de temps en temps d'éprouver cette phalange élue de ses ministres, et c'est pour cela qu'il permet les suppressioas, les annexions et toutes les tribulations qui fondent sur cette milice sacrée; tribulations toujours indignes de la part de ceux qui les font, mais qui ont l'avantage de faire pratiquer au suprême degré la vertu de la patience à ceux qui les subissent.
Je me souviens aussi, et je crois l'avoir conservée et la garder encore, d'une lettre, écrite l'an 1814 et adressée par un évêque à Pie VII, où on soumettait à ce saint pontife la proposition et la prière de rétablir les ordres réguliers. On exposait les mesures opportunes pour les faire renaître purs, beau}(, féconds de tous les biens, resplendissants de toutes les vertus qui doivent orner les armes de ces athlètes appelés à un combat de tous les instants contre le démon et les séductions du monde. Il se peut que dans les temps actuels (mais que dis-je> il se peut! la chose n'est que trop réelle) il y ait des malheureux qui, oubliant leur caractère sacerdotal et religieux, scandalisent le monde, au lieu de lui donner l'exemple de la vertu. Mais leur nombre est si restreint, que je crois pouvoir exprimer l'espoir que ce n'est pas leur défection qui occasionne les tribulations qui sont venues fondre sur vous. Dans les persécutions dont je parle il se cache probablement un autre mystère de la Providence de Dieu, que je ne connais point, mais qui viendra se révéler un jour où les hommes trouveront encore une fois l'occasion d'admirer cette Providence toujours adorable.
En attendant, je vous dirai que, pour ma part, en outre de ce que j'ai écrit et que tout le monde a pu lire, sur cette question des Ordres religieux, je ne cesse point de m'employer pour sauver cette milice et la délivrer de ses ennemis. Mon œil plein de sollicitude, d'amour et d'anxiété guette de toute part pour saisir une occasion favorable: j'invoque un secours, j'invoque un ange. Je ne dirai pas que je désire l'aide de l'ange de Sennacherib pourchasser de la ville de Dieu tous ces nouveaux venus; ce n'est pas là ma pensée ; je souhaite seulement qu un ange vienne m'aider à convertir, à changer le cœur des pervers. Je m'eniploie à cette conversion et je m'y emploie depuis longtemps. Alteindrai-je mon but? Je ne sais, et pour tout dire, je crains fort que non. Il me semble que tous ceux qui exercent la puissance en ces temps-ci ont tous à peu près les mêmes tendances : les uns veulent supprimer par
la violence, les autres prétendent s'y prendre plus doucement; ils semblent ne pas se douter que dans l'un et dans Taulre système c'est toujours favoriser la cause du démon, de ce Satan qui, grâce à l'iniquité des hommes, multiplie de jour en jour ses triomphes et prétend asservir, s'il était possible, toute l'humanité à la domination de Tenfer.
Que nous reste-t-il donc à faire àl'heure où nous sommes ? J'ai dit que nous sommes exules filii Evœ^ nous sommes dans l'exil. Il faut nous présenter à Dieu avec l'arme puissante de la prière et le supplier qu'il lui plaise, sinon de faire droit à tous nos désirs, au moins d'alléger nos maux, et de ne pas permettre la dispersion de cette milice choisie qui sert à étendre sur toute la terre les gloires de son saint nom, à instruire la jeunesse, et qui se rend précieuse de toutes les manières pour maintenir dans la société la paix, l'ordre et la morale que l'on cherche à combattre avec une si aveugle obstination.
Prions Dieu, qu'il nous console ; prions-le pour qu'il nous exauce. En attendant, pour que nous puissions donner plus de force à nos supplications et exercer la vertu de la patience, que le Seigneur nous donne à tous le courage nécessaire par la bénédiction que moi, son Vicaire, j'invoque sur moi-même, sur vous et sur tous les membres des ordres religieux qui sont épars sur la face de la terre. Puisse le Seigneur écouter mes vœux, qui sont pour que ces ordres acquièrent, au milieu même de la persécution, une nouvelle vigueur dont ils ont besoin pour livrer les batailles du Seigneur.
Benedictio Dei^ etc.
C'est avec un véritable empressement, disait le Journal de Florence, à la date du 4 janvier, que les bons Romains et les étrangers résidant dans la ville continuent à profiter des réceptions accordées à l'occasion du nouvel an, pour présenter à Taiiguste Pie IX Texpres^^ion de leur dévoûment.
Plusieurs audiences publiques ont été accordées mercredi malin.
Kn outre les membres du révérendissime chapitre de Saint-Jean de Latran ont présenté à Sa Sainteté, dans une audience particulière, leurs souhails de bonne année.
Vers midi le Saint-Père a reçu, dans la salle du Consistoire, les mêmes souhaits de la part de tous les séminaristes étrangers existant à Rome. A Tadresse, lue au nom de tous par Mgr Kirby, recteur du collège irlandais, Sa Sainielé a répondu en ces termes :
Oui., c'est une pensée fort juste que celle que vous venez (le m*exprimer ; oui, il est très-vrai que l'Eglise est fondée supra firmam petram. C*esl là un fait incontestable cl une preuve éclatante que l'Eglise est l'œuvre de Dieu. Ce fondement de solidité, de force et de fermeté, est de son caractère et resplendit à tous les âges, spécialement aux époques de persécution et de tyrannie.
Si vous en voulez une preuve, vous l'avez dans le saint que nous honorions il y a peu de jours. Saint Etienne fut un des premiers enfants de l'Eglise catholique, et nous savons qu'il n'avait rien plus à cœur que d'annoncer et de défendre la vérité. Mais la vérité, ô mes enfants, était déjà combattue alors par les pharisiens, comme elle l'a toujours été et l'est dans les temps actuels par les successeurs des pharisiens : la vérité on ne veut pas l'entendre. Le premier martyr saint Etienne fut la première victime de l'amour pour la vérité ; il fut sacrifié parles incrédules et les ennemis de la vérité, et tandis qu'il subissait le supplice des pierres et même à l'instant où il rendait son âme à Dieu, il priait pour ses bourreaux.
Il n'y a pas de doute : l'Eglise a toujours vaincu ; les oppositions, les oppressions, la tyrannie n'ont pu la dompter. Les pierres qu'on lançait il y a dix-neuf siècles au premier martyr, on les lance encore de nos jours aux défenseurs de la vérité. Les ministres de Dieu, les membres du clergé régulier ou séculier sont exposés à toutes les injures : aux coups de pierre, aux coups de bâton, aux blasphèmes. Spectacle plein de tristesse! Ceux-là mêmes qui devraient mettre un frein à ceâ désordres font comme Saûl, ils gardent les vêlements des assaillants, donnant ainsi un encouragement, ou du moins une plus grande liberté de mouvements à ceux qui veulent lancer des pierres sur les oints du Seigneur.
Mais tout cela produit quelque chose de bien coosolanl : il y a partout un grand réveil de la foi, qui donne aux fidèles le saint courage de s'adresser avec un amour plein de confiance à Jésus-Christ et de parler aux puissants de la terre avec toute la force de leurs convictions. Que Dieu soit donc loué et béni dans toutes les saintes dispositions de sa providence !
Imitez, mes enfants, saint Etienne, je vous le recom^ mande; vous ne ferez pas comme lui des miracles proprement dits : signa multa et prodigia; mais vous pouvez rimiter d'une certaine façon qui pourra aussi produire des miracles. Oui, il y a des miracles à la portée de tous, et je vais vous en citer un exemple : celui de vaincre ses passions. Un jeune homme orgueilleux qui devient un agneau d*humilité, voilà un miracle; un autre, sujet à des distractions, ayant peu de goût pour l'étude, devient appliqué, recueilli, régulier dans l'accomplissement de ses devoirs, voilà encore un miracle. Ce sont ces prodiges que je souhaite que vous fassiez; par là vous prouverez à la société moderne qui ne croit guère aux miracles que, moyennant la grâce de Dieu, on peut changer de caractère, que le lion peut se transformer en agneau, l'aigle en colombe. Et ce sont là de grands miracles.
Pour pouvoir mieux atteindre le but, je vous rappellerai une exhortation que saint François de Sales faisait à quelqu'un le jour de la Circoncision. 11 dit : Que chacun cherche à s'emparer de quelque petite goutte de ce sang précieux qui sort pour la première fois du corps très-saint de Jésus-Christ et qu'il place ce sang précieux sur son cœur; car, lorsque l'Ange exterminateur se présentera, envoyant ce sang, il poursuivra sa route et ne touchera pas ceux qui le portent en leur sein.
Je vous adresse la même exhortation : mettez sur votre cœur une goutte du sang précieux de Jésus- Christ et ne craignez rien : l'Ange exterminateur n'osera pas vous toucher : vous n'aurez pas à redouter son épée ; mais vous le vaincrez et vous pourrez répéter ces miracles sur vous-
mêmes dont je viens de vous parler. Djins ce cas, ô mes enfants, vous pourrez nourrir la douce espérance d'imiter également saint Etienne dans les visions consolantes de la dernière heure, vous pourrez répéter avec le premier martyr : Ecce video cœlos aperios et Jesum stantem ad dexte* ram virtutis Dei. Je vois le ciel ouvert, et tandis que les hommes me persécutent et me tourmentent, Jésus-Christ étend ses bras vers moi du haut du paradis et envoie ses anges à ma rencontre : les anges viennent à moi, afin qu'après que je serai séparé de cette enveloppe matérielle qui s'appelle le corps, je puisse voler avec eux au ' ciel.
Je suis loin d'affirmer que vous pourrez tous voir, à l'heure de votre mort, le ciel ouvert devant les yeux; mais après les miracles que je viens de vous conseiller, il est certain que vous aurez à cette heure suprême la conscience tranquille, l'âme remplie de calme. Vous pourrez dire à Dieu : Fidem servavi. 0 mon Dieu, je n'ai pas été infidèle : Cursum consummavi : in reliquo reposita est mihi corona jusiiticBy quant das, juste judeXy non solum mihi quinunc morior^ $ed omnibus illis qui diligunt adventum tuum.
Voilà les souhaits que je fais pour vous, ce premier jour de Tan, et que je vais accompagner de ma bénédiction. Je vous bénis, pour que vous puissiez faire cette fin précieuse. Je vous bénis dans vos études, dans vos prières et même dans vos récréations, en un mot, dans tout ce que vous pouvez accomplir dans la vie pour la gloire de Dieu. Debout, chers enfants, debout; il ne faut pas s'endormir, car les temps sont mauvais : tempus faciendi, Domine: dissipaverunt legem tuam. C'est à nous, c'est au clergé, qu'il appartient de défendre les droits de l'Eglise, de s'employer au salut des âmes, d'étendre à toute la terre le règne de Jésus-Christ.
Dieu vous appelle à cette haute mission, et c'est Irès^ grand honneur pour vous de pouvoir l'accomplir. Donc, fixez vos yeux, pleins de foi, au ciel et voyez Jésus-Christ
ly
qui lève le bras, daDS ce moment même, et vous bénit en soutenant le faible bras de son indigne Vicaire.
Le 5 janvier, le Saint-Père a reçu les calholiques dUrlande résidanl à I Rome, les élèves du collège irlandais, eic. À une très-belle Adresse lue par M. Shine Lalor, magistral du comté de Kerry (Irlande), le Saini- Père a répondu :
Cette Adresse où la part du cœur laisse bien loin derrière elle celle de la plume, cette Adresse que vous venez de lire est le symbole de la foi de l'Irlande, de rattachement, de la tendresse de ce noble peuple pour le vicaire de Jésus- Christ, car toutes ces expressions sont empreintes d'amour et de dévotion, et viennent apporter une grande consolation à mon cœur paternel.
Cette vive affection de l'Irlande, je dois bien le dire, sa tendresse filiale, sa foi ardente je l'avais déjà expérimentée plusieurs fois et vous m'en fournissez tous les jours des preuves nouvelles par vos offrandes. De même que les saints rois présentèrent leurs dons à l'enfant Jésus, Tlrlande ne cesse pas de m'en présenter, à moi, son Vicaire indigne. Dans voire Adresse, vous avez fait une très-juste appréciation de l'état actuel de la société : vous avez parlé des maux qui l'affligent et du bien que Dieu a daigné faire par l'entremise de la pauvre personne de son Vicaire. Vous venez de déclarer que la reconnaissance et Taffeclion des hommes qui ont reçu mes bienfaits n'ont pas répondu à la générosité du bienfaiteur. Mes enfanls, retenez bien que ceci entre toujours dans les vues de la Providence.
Jésus-Christ vient sur la terre; il y répand la vérité et la foi ; par sa passion et sa mort, il dompte la mort elle-même et ouvre à tous les hommes les portes du paradis, qui étaient fermées jusque-là. Il est venu pour relever Thumar nilé delà fange où elle était plongée et pour l'enrichir des trésors spirituels. Eh bienl vous voyez quelle reconnaissance on lui témoigne; l'ingratitude est le partage d'un trop grand nombre d'hommes, même des plus haut placés w^^^l^a hiérarchie sociale.