‹ Actes et paroles de Pie IX, captif au VaticanChapitre 12 sur 23 · MI · texte numérisé non relu

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Jésus-Christ viol mourir sur la croix ; il subit ce supplice cruel parce qu'il nous aimait; il a voulu accomplir ce sacrifice pour effacer de nos fronts le signe de la malédiction et rappeler l'humanité à une nouvelle vie. Si Jésus-Christ, venu au monde pour y apporter de tels biens et de tels avantages, est payé d'ingratitude, comment s'étonner que son indigne Vicaire subisse, en une certaine mesure, le même sort?

Jésus- Christ est venu non in curribus^ non in equis^ sed in nomine Dominiy et il a voulu que, de même, nous ne mettions pas notre espoir dans les armées, mais dans les vérités de la foi, dans la défense du droit et dans la résistance aux injustes prétentions des impies. Cela bien établi, j'ajouterai, mes enfants, que je continuerai, en invoquant l'aide de Dieu, à défendre ses intérêts et ceux de TEglise, sans cesser de louer son saint nom, quelles qae soient les épreuves qu'il lui plaira encore d'infligef à la société, et sans cesser également d'adorer les décrets et les dispositions insondables de sa Providence.

Voilà ce que j'ai à répondre à votre belle Adresse, dotit je viens de reproduire en d'autres termes la eonclusiotx. Après cette conclusion, vous m'avez demandé la bénédiction, et de même je finis mon discours en levant les mains au Ciel pour vous bénir : je vous bénis dans vos familles, dans les villes ou villages où vous avez vu le jour; je bénis la fidèle Irlande et je prie Dieu qu'il vous conserve, jusqu'à la fin de votre existence ici-bas, le trésor si précieux qu'il vous a donné, le trésor de la foi ehré^ tienne.

Je vous bénis, vous et vos enfants, vos actions et rù$ intérêts, afin que tout en vous porte l'empreinte du nom de Dieu. Que Jésus-Christ fasse resplendir en vous toutes les grâces de la bénédiction que son vicaire vous donne maintenant en son nom. Je vous bénis pour les années, pour les mois, pour les jours que vous aurez encore à vivre sur celte terre. Je vous bénis pour le moment de votre mort; aûo qu'alors vous puissiez recevoir la bénédiction

SI

précieuse de notre souverain, Jésus-Christ lui-même, et soyez dignes d'aller le bénir et le louer dans le ciel pour tous les siècles.

Benedictio Deiy etc.

Le 6 janvier, le Saint Père a reçu les députations des Cercles de la

{'eunessed'lialie, auxquels s'étaient joinis les membres du cercle de Saint- Merre de Rome. A l'Adresse qui lui était prébeotée Pie IX a répondu :

Vous l'avez dit : Les nations sont guérissables. Dieu est le médecin tout-puissant, qui guérit non-seulement les individus, mais encore les nations. Nous en avons ici la preuve. Cette Italie, tourmentée de fond en comble par tant d'oppressions et de scandales, se montre saine en grande partie, dans sa grande majorité, et vous avez en vous le type de cette santé que je vous souhaite de conserver jusqu'au dernier moment de votre vie.

Je me demande pourquoi on fait tant d'efforts pour corrompre les nations et infecter les peuples par des fausses doctrines et des exemples détestables, et je me répète : « Quare fremuerunl gentes et populi meditati sunt inania? » Ce psaume, l'un de ceux que le prophète royal écrivit, s'appliquait à la venue du Rédempteur. Et, en effet, dès que Jésus-Christ parut sur cette terre, il eut à vaincre des ennemis forts et puissants. Il avait contre lui l'idolâtrie, la synagogue et les passions les plus licencieuses fomentées par les plus méchants des esprits infernaux. Mais il vint armé du pouvoir de Dieu, dont la sagesse et la volonté triomphent de tout.

Il vainquit en effet l'idolâtrie, Tassujettit et en fit un objet de ridicule : il vainquit la synagogue, l'assujettit et la rendit odieuse ; il vainquit les passions les plus effrénées et en fit un objet de mépris. Il vint, et la mort fut vaincue par lui ; il vint, et les rois, comme l'a dit celui qui a porté la parole en votre nom, les rois se prosternèrent à ses pieds, en reconnaissant en lui le roi du ciel et de la terre. Il vint, et les portes du paradis fermées depuis des siècles se rouvrirent et donnèrent, donnent encore aujourd'hui et don-

neront accès jusqu'à la consommation des siècles à des milliers et à des millions drames rachetées par Jésus* Christ.

Cependant, pour une raison que noire intelligence ne peut comprendre, par une des fins cachées de la Providence, pendant qu'il abattait Tarbre de Timpiélé, et que cet arbre tombait sous ses coups avec un bruit relentissant, ses racines demeuraient. Voilà pourquoi nous devons combaltre même aujourd'hui. Ce n'est plus l'idolâlrie que nous avons devant nous, mais l'incrédulité et les sectes perfides sortant des caveaux de l'enfer. Nous n'avons plus affaire à la synagogue, mais à la dissimulation et à l'hypocrisie. Les passions pullulent de nouveau et exercent leurs ravages dans le monde entier.

Qu'avons-nous à faire ? Nous devons nous opposer, autant qu'il est en notre pouvoir, à ces nouveaux ennemis et employer contre eux une nouvelle vigueur, de nouveaux efforts, afin de montrer que si TEglise est toujours combattue, elle n'est jamais vaincue.

Je ne veux pas faire l'énumération de tous les ennemis, de tous les maux et de toutes les passions qui attaquent l'Eglise : cette éoumération vous a été faite par l'organe de presque tous les évêques du monde catholique» et moi-même j'ai lu en ces jours une protestation en faveur des droits de l'Eglise, une lettre pastorale très-digne d'attention, écrite par tous les évêques de la Suisse , qui sont eux aussi sous le poids de l'injustice et de la tyrannie.

Nous devons seconder les instructions contenues dans cette lettre pastorale, et faire voir qu'en Italie on défend aussi les droits de Dieu et de TEglise par l'esprit, par le cœur et par la main : par l'esprit, en ne cessant jamais d'écrire et de parler pour la défense de la religion; par le cœur, en remplissant les églises, non pour obéir à une vieille habitude, mais pour élever nos prières vers Dieu ; par la main... ici je ne puii; que vous dire que votre main vient d*agir justement d'après l'impulsion de votre cœur :

— au —

vous Tavez démontré en déposant votre offrande aux pieds du vicaire de Jésus-Christ.

Combattons toujours avec courage et sans aucune crainte. Rappelez-vous que les ennemis de Dieu disparaissent, tandis que l'Eglise demeure. L'enfant Jésus s'enfuit en Egypte pour éviter la rage d'Hérode; mais une nuit, Joseph fut averti qu'il pouvait s'en retourner : />cfuncti sunt enim qui quœrebantanimampueri. Oh! que d'ennemis de Dieu et de persécuteurs de TEglise ne sont plus de ce monde 1 Combien d'entre eux après avoir assouvi leur rage et perverti un grand nombre d'âmes fidèles à Dieu sont morts, tandis que l'Eglise est demeurée ! oui, ipsi peribunt. {Ici rémotion a gagné le Saint^Père^ et toute cette invocation à VEglise a été prononcée cTun accent qui avait quelque chose de surhumain.) Mais vous, épouse chérie de Jésus-Christ, Eglise fondée par lui, vous resterez toujours. Ipsi peribunt^ tu autem permanes : vous restez jeune, fortOi pleine de constance en face des persécutions qui, en vous débarrassant des souillures et des taches, vous rendent plus forte et font vraiment de vous l'Eglise militante, ainsi appelée précisément parce qu'elle doit combattre jusqu'à la consommation des siècles. Ipsi peribunty tu autem per^ mânes : vous demeurez avec l'enseignement de la vérité, avec renseignement de la morale, avecradministralion des sacrements, vous demeurez en mille manières, tandis que ceux-là périssent : Ipsi peribunt^ tu autem permanes. Que ce soit là notre consolation, notre encouragement, l'objet de notre foi. Soyons persuadés que Ipsi peribunt; Ecclesia autem Dei permanebit usque in finem seculorum. Agissons avec cet esppl de foi. Soutenons avec courage la cause de Jésus-Christ, réfutons les blasphèmes des impies et employons tous nos efforts à empêcher que les âmes innocentes soient infectées par de perfides conseils et de funestes enseignements.

Voilà les choses que j'avais à vous dire : tenez-les toujours gravées dans votre mémoire, car je vous les ai dites avec la plus grande expansion de mon cœur.

Je vous bénis, et avec vous je bénis tous ces Italiens, dont le nombre s'élève à plusieurs millions, qui pensent comme vous. Oui, je bénis cette Italie que vous représentez, et qui est l'objet de tous mes soins; il y a une autre Italie qui est l'objet de mes prières, et c'est l'Italie qui a oublié sa véritable grandeur pour courir après les misères et les aberrations d'une unité dont personne n'a eu aucun profit.

Mes chers enfants, je vous le recommande encore une fois : rappelez-vous les paroles que je viens de prononcer devant vous. Je lève les mains et je vous bénis, vous, vos familles, vos pays respectifs : je bénis vos intérêts, vos voyages, tous les objets qui vous appartiennent et qui vous sont chers. Dites à tous ceux qui veulent vous entendre que le vicaire de Jésus-Christ répète, déclare et confirme que nous aurons de grandes tribulations, mais nous ne serons jamais vaincus ; dites que l'Eglise sera toujours persécutée, mais jamais subjuguée; dites, et dites-le bien haut, que cette Eglise de Jésus-Christ durera et fera entendre sa voix jusqu'au dernier moment, jusqu'aux extrêmes convulsions de la nature et du monde.

Benediciio Dd, etc.

Le 8 janvier, les difTérenles députations des sociétés cathollones, réanies sons le nom de Fédération Pie, ont été admises à Tauclience du Sainl-Père. A une adresse présentée par M. le marquis Cavaletti, etcpri contenait une protesiaiioa énergique contre la spoliation des coavtpts, le Saint-Père a répondu :

Je prie Dieu que les vœui^que vous faites parviennent à éclairer les hommes qui persécutent l'Église de toutes les manières, soit en supprimant les ordres religieux, soit en apportant leur intervention sacrilège dans la direction des séminaires. C'est pour moi une bien grande consolation que ce réveil général des catholiques pour soutenir les droits de la vérité et de la justice.

n me semble revivre aux temps dont FËglise ieH com-

mémoration le jour de la Toussaint, ce jour où ou rappelle que des âmes chéries du Seigneur venaient de toutes les tribus : Ex tribu Zabulon duodecim mt7/ta, ex tribu Ruben duodedm miilia signati. Dieu avait prédestiné tous ces hommes à faire partie du nombre des élus; après ces tribus il en vint une grande multitude : Turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat^ ex omnibus gentibus et tnbubus et populis.

Néanmoins les principaux parmi ces élus demeuraient dans la capitale» de même que vous appartenez à la capitale du catholicisme.

Remercions Dieu du bon esprit qui vous anime et ne désertons pas la lutte, bien que nous devions nous attendre, humainement parlant, à quelque chose de pire encore que Tétat actuel; mais ne cessons pas de mettre notre confiance dans la miséricorde de Dieu« et espérons que ce p'rre état que Ton peut prévoir n'arrivera pas jusqu'au point de nous ravir ce petit reste de tranquillité qui est indispensable au Vicaire de Jésus-Christ pour gouverner l'Église universelle.

En attendant, je vous donne ma bénédiction, à vous qui avez le bonheur de posséder le bon esprit dont je viens de parler. Je bénis vos familles, que vous élevez selon les principes de la religion et de la charité, et je bénis celte ville de Rome, cette ville sainte, si horriblement souillée et flétrie maintenant par tant d'immoralités et de désordres.

Prions et attendons. On pourra dire que c'est toujours la même phrase. Cette observation, on la faisait aussi à saint Jean Tévangéliste, qui a vécu plus que moi, puisqu'il a atteint sa quatre-vingt-dix-neuvième année. Comme il répétait toujours : « Charité, charité, aimez-vous les uns les autres, » quelqu'un de ceux qui rapprochaient lui dit : « Est-ce que vous ne savez pas nous dire autre chose? » Il répondit : « Si vous avez la charité, vous avez tout ce qu'il vous faut. »

Et saint Jérôme s'écrie en cet endroit : « Oui! oui, saint

Jean a fait là une très-digne réponse. » Je vous dis de même, mes enfants : Ayez la charité et la constance dans la prière et ne craignez rien, parce qu'à la (in Dieu écoutera vos voix et fera droit à votre insistance. Alors vous verrez pleuvoir sur le monde les gages de sa miséricorde, de la même manière que jusqu'ici nous ne faisons que voir se succéder les gages de sa justice.

Benedictio Dei^ etc.

Le 9 jan^^ier, le Saint -Père a reça dans la salle des tapisseries lea élèves du séminaire de Saint-Pierre in vinculis^ accompagnés de lears professeurs les chanoines réguliers du même nom. Après avoir reçu leurs féticilaiions et leurs souhaits de bonne et meilleure année. Sa Sainteté leur a adressé de bienveilUiiles paroles et a distribué à chacun des assistants une belle image représentant la barque mystique de FÉglise.

Sur cette barque ballottée par les flots, on voit le Souverain Pontife entouré de l'épiscopat et rrgardant avec confiance le divin Sauveur qui, debout sur le rivage, tend les bras aux heureux passagers.

Passant ensuite dans la salle du Consistoire, le Saint-Père a reçu les hommages des Maîtresses Pies et de leurs élèves et d'un grand nombre de familles étrangères.

Oui, j'appelle sur vous la bénédiction de Dieu, a dit en français le Saint-Père en entrant dans la salle; je désire que celte bénédiction vous préserve des dangers et des embûches d'un monde pervers. Nous avons grand besoin d'implorer aujourd'hui la bénédiction divine, afin qu'il surgisse au milieu de cette société corrompue de bons citoyens et surtout de bons chrétiens. Je vous donne à cet effet ma bénédiction; puisse-t-elle vous accompagner dans le chemin de la vie et vous conduire à Téternité bienheureuse.

Benedictio Dei, etc.

Le 40 janvier, les différentes salles de réception an Vatican étaient occu|tées par un grand nombre de Romains et d*étrangers de distinction, désireux de pré»eoier leurs hommages à Sa Sainteté et d'être consolés de sa bénédiction. Parmi les nombtcux vi^iteurs on remarquait M. Dancrottt, le grand hibtorien de T Amérique et un des plus illustres hommes d'Etat de celle parue nu monde.

Dans la salle du Consistoire, près de 200 jeunes filles, décorérs da beau litre de lilles de Marie, ei élèves des Sœurs de Saint-Joseph, an Forum, ont exprimé à Sa Sainteté, dans de charmantes poé^ie8, leurs sentiments de dévoûment et de gratitude. Une des plus jeunes élèves «

. sts ^

Srésenté ap Saint-Père une gracieuse verge en argent nnnoitée 4e lyi e même métal.

Sa Sainieté a adressé à l'assistance le touchant petit discours que TOici et que rapporte le Journal de Florence :

Mes petits enfants, retenez bien toujours ce que je vous dis : Il est très-important de bien débuter dans la vie : c'est du premier pas que dépend très-souvent le sort éternel de l'âme : dès qu'on s'est mis dans une voie, on y persiste généralement jusqu'à la fin de notre passage en ce monde. L'expérience nous démontre tous les jours combien sont nuisibles les mauvais exemples sur la jeunesse. Je rappelais, l'autre jour, en parlante une dépu(alion,et je le répète encore à vous, que j'ai connu moi-même un malheureux qui, ayant été perverti dès son enfance par un père révolutionnaire, marcha dans celle voie funeste jusqu'à la mort.

Bien différent est le sort qui vous est réservé, mes petites enfants, car vous êtes élevées dans des sentiments de piété, de charité et de l'amour du travail, et vous avez sous les yeux de beaux exemples de toutes ces vertus. Je vous recommande donc la prière, l'obéissance et le travail; sachez que le travail éloigne les mauvaises pensées; le tentateur ne s'approche pas de ceux qui travaillent ou qui prient. Maintenant je vous bénis de tout mon cœur, vous, mes chères enfants, vos familles et ces bonnes, charitables et pieuses maîtresses qui vous consacrent tous leurs soins.

Benedktio Dei^ etc.

Le 44 janvier, dit le Journal de Florence, M. le marquis Cavalctli, ancien sénateur, a présenté au Vatican tous les om()loyés de l'ancicnDe municipaiilé romaine demeurés fidèles à leur léguime souverain. A la vue de cette nouvelle marque de dôvoùmem, Pie IX ne pui retenir ses larmes* et il exhorta les assisianls à persévérer dans leurs bons sentiments et à atiendre avec confiance le jour des miséricordes divines.

S*étant rendue ensuite dans la salle du Consistoire, Sa Saiuteié y trouva nne nombreuse réunion d'étrangers, qui se précipiièrent sûr son pasaaci», heureux de pouvoir baiser son anneau pasloral. Une dame américaine déposa à ses pieds une boite contenant plusieurs objets de valeur.

Le malin du 42, nouvelles réceptions. D'abord se sont présentés pluaieui* enfanta en blouse noire, garnie d'une bande bleue au col et aux

manches* CéUit nue d^potation d'on nonvel hospice d*orphelin« qni 'vient de se créer à Rome, sous Tanguste patronage de Pie IX. M. le rhe- ' Talier Bonanni, qui en est le fondateur, les accompagnait. Le Saînl-Père a beaucoup admiré leur uniforme, qu*il voyait pour la première fois, puis, après leur avoir adressé quelques bonnes paroles, il a donné à chacun des enfants un petit camée portant Teffîgie de la sainte Vierge. Qu'on se figure la joie de ces pauvres petits orphelins.

Pendant ce temps se réunissaient dans la salle du Consistoire un grand nombre d'Allemands résidant à Rome, désireux de présenter leurs hommages au Vicaire de Jésus-Christ.

Avant de se rendre au Vatican, ils s^étaient rassemblés dans Toratoire de Sainte-Marie in Campo Santo^ annexé à l'hospice des pèlerins allemands^ prèii de la sacristie de Saint-Pierre. Là ils ont entendu la sainte messe aux intentions de Sa Sainteté. On distinguait parmi eux plusieurs membres de la noblesse allemande, entre autres M. le comte de Pinnemberg. Bavarois, et madame la comtesse de Salm. M. le docteur Antonio de Ubanl, recteur de rétablissement allemand, les a présentés an Souverain Pontife. En entrant dans la salle. Pie IX sVst écrié, en souriant : c Ah ! voici un bouquet de fleui^ allemandes. » Il était accompagaé de plusieurs cardinaux, parmi lesquels LL. £Ë. Bizzarri etAsquinij et d*un grand nombre de prélats de sa cour.

Dès que le Saint-Père a pris place sur son trône, M. le docteur deUbaal s'est avancé vers lui et a donné lecture d'une voix forte et énergique d'une magnifique Adresse en langue latine, à laquelle Pie IX a réponda en ces termes :

Non, avec rcsprit qui vous anime, avec le saint courage et rindomplabic confiance en Dieu qui inspire le discours que je viens d'enlendre, vous n'avez pas à craindre d'être vaincus par les forces du démon. Celui qui a pris la parole pour vous tous, mes enfants, a parlé avec tant de vigueur et il a témoigné avec une telle fermeté sa foi dans le futur triomphe de TEglise, que nous ne pouvons moins faire que d'ouvrir notre cœur aux plus douces espérances.

Néanmoins, je ne laisserai pas de vous dire quelques paroles qui servent à votre instruction et aussi à votre consolation au milieu de la lutte où nous sommes. Je les tirerai de l'Evangile de ce même jour, et vous verrez qu'elles ne se trouveront pas hors de propos en cette circonstance. Je vois ici des dames; elles seront plus que tout autre à même de comprendre toute la douleur qui a dû assaillir le cœur de la Très-Sainte Vierge lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle avait perdu en route son trésor le plus précieux, l'adolescent Jésus.

En effet, on l'avait perdu en chemin ! saint JMCfih te

croyait avec la sainte Vierge, la sainte Vierge sopposait qu'il faisait roule à côté de saint Joseph. Le fait est que Jésus n'était plus avec eux. Il fallut revenir sur leurs pas et le chercher. On le trouva au milieu des docleurs, interrogeant et répondant lour à tour à ceux qui siégeaient dans la synagogue, et disant des paroles si empreintes de sagesse qu'elles étonnaient tout le monde. Tous ces docteurs mirabantur super responsis ejus.

Pourquoi cet élonnemenl général? Parce que tous ces docteurs ne le connaissaient pas; s'ils l'avaient connu, ils se seraient rappelé que les Rois, à l'annonce de sa naissance, s'étaient rendus auprès d'Hérode et lui avaient dit : « Où demeure-t-il, le roi de Juda, le roi d'Israël? » Simple interrogation, qui plongea dans une telle anxiété Hérode qu'il comtnença h trembler et avec lui toute la ville de Jérusalem.

S'ils avaient su que cet adolescent si sage dans ses réponses, si intelligent dans ses interrogations, était Jésus- Chrisl, II est fort probable qu'ils l'auraienl chassé orgueilleusement de la synagogue, ainsi qu'ils le firent lorsque s'y présenta l'aveu gle-né qui voulait, lui aussî,parler, diàculer, enseigner. Qui es-tu? lui dirent-ils en ajoutant aussitôt : Totus in peccaiis, tji doces nos ? Et cela dit, ils le chassèrent de la synagogue et ils en auraient fait autant à Jésus- Christ; car l'orgueil et la surfisance se cachaient sous la fausse humilité des Pharisiens,. , et de ces Pharisiens il y en a encore un grand nombre aujourd'hui.

Oui, il y en a encore un grand nombre. Poursuivons notre narration; voyez ce qu'il advint lorsque les temps furent arrivés où devait s'accomplir la rédemption du monde par la Passion de Jésus-Christ : on entoure le Sauveur du monde et on le traîne à travers les rues de Jérusalem. Le voilà devant le ponlife, il est interrogé : il répond des paroles de paix, remplies de respect, très-dignes enfin du lils de Dieu. Néanmoins, un bourreau qui était à l'audience, pris de rage à la seule voix de Jésus, leva la main sacrilège sur lui et fit descendre sur ce visage, que

les anges contemplent avec un sentiment ineffable de bonheur et de respect, un soufflet si vigoureux, que toute la salle en retentit.

Jésus alors dit aubourreau avec un accent doux et ferme: « Si j'ai mal parlé, apporte ton témoignage contre moi; mais si j*ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? Si maU locutus sum^ testimonium perhibe de malo; si autem benCf cur me cœdis ? »

Mes chers enfants, celui qui vous a parlé jusqu'ici est le Vicaire de Jésus-Christ, Vicaire indigne tant qu'on voudra, et très- certainement fort incapable de représenter en quelque sorte la grandeur dont Dieu a voulu charger ses faibles épaules; néanmoins j'ai le droite et j'entends en user, de me servir des paroles mêmes de mon évéque, de l'évéque de mon âme, episcoptis animarum nostrarum; j'ai le droit de dire à tous les puissants de ce monde, qui font ' la sourde oreille à mes paroles : Si maie locuius sum^ testir' monium perhibe de malo; si autem 6ene, cur me cœdis?

Si je ne vous ai dit que la vérité, ô vous qui gouvernez les nations, si je n'ai parlé que de ce que tout le monde peut voir avec ses yeux, cur me cœdis? Pourquoi supprimez vous les ordres religieux? Pourquoi empiétez-vous sur les droits sacrés de l'Église? Pourquoi lui ravissezvous ses biens? Pourquoi prétendez-vous ce qui ne vous appartient? Si maie locutus^ testimonium perhibe. Mais ils sont incapables d'apporter leurs témoignages contre la vérité évidente; ils se bornent à poursuivre la série de leurs suppressions, de leurs usurpations, et à continuer ainsi l'indigne persécution qu'ils ont commencée contre l'Eglise.

Jésus-Christ veut que l'on respecte les souverains et les gouvernements. Oui, il le veut; mais pourquoi le veut-il? Pourquoi leur a-l-il donné l'épée et le pouvoir de diriger des armées? Dans le but qu'ils protègent leurs sujets et qu'ils défendent la religion qui peut seule assurer le bonheur des peuples. Voilà pourquoi Jésus-Christ a donné les armes aux puissants de la terre : ce n'est pas pour qu'ila

en tournent la pointe contre l'Ëglise, mats au coDtraire pour qu'ils la défendent. Au jour d'aujourd'hui tout le monde peut voir quelle protection on nous accorde. Lais* sons-là ce sujet qui n'a pas besoin d'être exposé plus longuemeot.

Mais ce n'est pas encore assez; ils ne veulent pas seulement détruire tout ce qui appartient à l'Eglise, mais aussi tout ce qui louche à la morale; ils prétendant s'emparer de l'euseignemeat et des êmes de la jeune génération; ils Teuleut que la jeunesse soit instruite et élevée selon leur caprice. Mais je leur rappelle une vérité incontestable lorsque je dis : Ce même Jésus-Christ, qui a enjoint aux peuples de respecter les hommes i qui il a décerné la puissance, a donné cet ordre à l'Eglise, à ses ministres : II», doeele omnes gentes. Ces paroles, il ne les a adressées ni aux rois, ni aux empereurs, mais à l'Eglise. C'est h elle qu'il a donné la mission d'instruire tous tes peuples, ce sont ses ministres qui doivent parcourir la terre d'un bout à l'autre, docenîes, ensei^'nant, "baptisantes, administrant les sacrements, nourrissant tous les hommes de la parole de Dieu et les édifiant par leur exemple. Je le répète, l'instruction est le privilège de l'Eglise.

J'aurais à parler encore longuement sur ce sujet; mais , je ne veux pas vous retenir davantage et je vais vous quitter. Mais ce ne sera point, mes chers enfants, sans vous donner la bénédiction apostolique. Je vous place sous la protection de Marie Immaculée (à ce point un frémissement de rtconnaissance et d'amour s'empare de toute taudience), je vous place sous la protection de saint Boniface, et sous celle de vos anges gardiens. Que la Vierge très-sainte, que salât Boniface et les anges vous soutiennent dans la lutte I Qu'ils vous donnent la force et la constance nécessaires, soit à vous ici présents, soit à vos frères qui sont unis avec vous en esprit, la conslancc et la force, dis-je, de conserver dans vos cœurs le dépôt sacré de la foi en Jésus-Christ et do le conserver à tout prix, même au prix de la vie.

Oui, mes chéris, c'est là mon plus vif désir et je suis sûr que c'est aussi votre volonté sincère : il se peut qu'il y en ait parmi vous qui se disent : Hélas! ma volonté est bien faible; mais qu*ils n'aient pas peur et qu'ils ne cessent d'invoquer l'aide de Dieu : lorsque la circonstance se pré^ sentera, « dalitur in illa hora quomodo et quid loquamini ; > Dieu vous donnera à tous la grâce nécessaire.

Maintenant, je vous bénis. Je vous bénis dans vos âmes, dans vos familles, dans les objets de dévotion que vous avez apportés avec vous; je vous bénis dans vos intérêts, dans vos affaires, pourvu que ce soient toujours des affaires et des intérêts conformes à l'esprit de justice, dignes d'un bon chrétien et d'un bon athlète de Jésus-Christ. Je vous bénis enfin et d'une manière spéciale pour l'heure de votre mort. Puisse ma bénédiction vous donner, dans ce moment solennel où l'âme passe du temps à réternité, une douce confiance dans la miséricorde de Dieu et être pour elle un gage sur de son heureux passage au ciel, où elle bénira et louera Dieu pendant tous les siècles.

Benedictio Dei, etc.

Le 45 janvier, vers midi, le Très-Saint-Père admettait A son angnste présenee, dans la salle du Trône, les RR. curés de Rome. Le R. Bonellî, de rOrdrc de Sainl-François, curé des Saints-Apôtres, a eu Thonneur de donner lecture, au nom de lous ses collègues, d'une éloquente adresse de félicitations et de souhaits, très-énergique dans sa concision. Sa Sainteté, touchée de cette démonstration, a daigné répoadre sur un ton de bienveillante familiarité, dans les termes que nous reproduisons :

L'Eglise, après avoir accompli les fonctions qui rappellent la naissance du divin Rédempteur à Bethléem, après la Circoncision, après la dispute avec les docteurs, si on peut ainsi l'appeler, car nous savons que Jésus ne discutait pas, mais se bornait à interroger et à répondre, l'Eglise, disje, après nous avoir rappelé tout cela, fait commémoration des trois tentations auxquelles Dieu voulut permettre que Notre Sauveur fût en buUe, et ce sont les tentations de l'ambition, de la présomption et de l'avarice. Dieu ne permit pas la plus immonde de toutes, parce qu'il

ne voulut point que Thumanité eût, en rapportant sa pensée sur la personne du Rédempteur, à se sentir souillée de quelque maniùre que ce soit par de semblables indignités.

Les cérémonies sacrées de la Noôl étant finies, nous reprenons la lutte (qui ne date pas de celte année) avec les tentations du démon. On vient et on nous tente en nous offrant de Targent et en disant : Mitte tedeorsum; oui, on nous tente lorsqu'on nous murmure àloreille : Hœc omnia tibi dabo si cadens adoraveris me. Tentation bien perfide et la pire de toutes celles que nous ayons à subir. On se présente à nous et on nous dit mielleusement : Saint-Père, cédez à un bon mouvement ; cherchons à nous arranger, ce sera pour votre mieux, ce sera pour notre paix à tous ; voioi trois millions, six millions, ce que vous voudrez ; Bœc omnia tibi dabo si cadens adoraveris me. Les malheureux I Que répondre à de semblables propositions ^

La réponse, c'est Jésus-Christ lui-même qui Ta donnée pour nous, mes chers frères, et Jésus-Christ saura nous donner la force et le courage de suivre ses saintes traces jusqu'à la fin de notre carrière mortelle. En attendant, je vous recommande de répéter à vos paroissiens ce que je viens de vous dire sur mes résolutions : de cette manière ce sera comme si j'avais parlé à mon bon peuple de Rome.

Enseignez-lui à résister aux tentations : pas de présompiion, si nous voulons que nos prières soient exaucées : Dieu n'écoute que les cœurs humbles; pas d'avidité, pas d'avarice; ne suivons pas la grande séduction du jour, qui est d'accumuler des trésors : un châtiment terrible frappera les hommes cupides d'argent. Mais cela fait, encouragez vos bons paroissiens.

Qu'ils n'oublient pas qu'après les tentations, un ange est venu consoler Notre-Seigneur Jésus-Christ ; dites-leur donc qu'ils se gardent bien de succomber aux tentations; encouragez-les à les combattre et à ne jamais s'éloigner un seul instant de la pratique sainte de rhumilité et de la prière^nrès cela les anges de Dieu viendront et nous dis- U^i^^^^^l^tous le pain de la consolation, de même qu'au

temps auquel je me reporte, minisirabant ex. Oui, Dieu finira par nous entendre.

Tout récemment un bon religieux se présentait à moi et me faisait des excuses de sa surdité ; effectivement il avait l'oreille très-dure. Il m'a raconté avec un visible bonheur que dans son pays on priait beaucoup pour le Pape, pour l'Eglise et pour la paix du vaste royaume auquel ce Père appartient. Espérons, espérons, lui ai-je répondu en élevant la voix : Dieu a les oreilles en meilleur état que les vôtres. Oui, je vous répèle ce que j'ai dit à cet excellent religieux : Dieu nous entend et nous devons avoir conGance pleine et entière dans sa miséricorde.

Maintenant je vous bénis dans vos personnes, dans vos familles, dans les personnes et les familles de tous vos paroissiens. Je bénis aussi votre parole pour qu'elle puisse porter des fruits de vie éternelle. Que Dieu vous donne tout l'esprit de charité et de zèle qui vous est nécessaire dans la carrière glorieuse et épineuse tout à la fois, à laquelle vous avez été élus par Dieu lui-même.

Bencdictio Dei^ etc.

Le 46 janvier, dit le Journal de Florence^ raitachemeoi des bons Romains envers le Souverain Pontife et leur sollicitude vraiment filiale pour alléger les amertumeâ dont l*auguste prisonnier du Vatican est abreuvé se sont man>festéâ par une scène des plus touchantes. Près de deux cents enfants des deux sexes appartenant à la meilleure portion de la bourgeoisie romaine occupaient, avec leurs parents, la salie consistoriale.

Ces enfants placés au premier rang des deux côtés de la salle formaient, de leurs vêtements blancs bordés de rubans jaunes, comme un immense drapenu autour du trône pontiHcal. Quelques-uns de ces enfants groupés au fond de la salle autour d'un harmonium ont salué Tarrivée du Siiint- Père par uu canlique où ils Tacclamaieiit Père et Souverain. Sa Sainteté, visiblement touchée de cette manifestation de dévoùment, a applaudi elle-même, et d'une voix émue : Bravos^ mes cbers petits, leur a-t-elie dit. laudate^ pueri, Dominum,

Cependant le Samt-Pôre ayant pris place sur son trône, une jeune fille. Aille Costanza Giovenale, a récité au nom de ses compagnes une poésie pleine de grâce et d'à-propos. Un petit garçon, Giovanni Angelini, a fait de môme, au nom de ses compagnons. Chacun d'applaudir et le Saint- Tère d'aecorder aux jeunes orateurs des objets de piété propres à leur âge. Enfin deux jeunes tilles ont déposé aux pieds du Saint-Père une bourse richement ornée et contenant Tobole de leur amour filial. Les oblairices et les jeunes chaateurs ont reçu à lear tour de précieux

MOTenir» àe la maiu dn Saint-Père. Enfin, «près aïoir ftil diUiibucr à tous Ips membres de l'a^sisiancc une belle image, le Saint-Pèit i'eat adressé i toute l'aadieace par ces paroles :

Il est doux à rnoo cœur de pouvoir commeocer les quelques paroles que j'enlends vous adresser à tous, par vont annoncer une nouvelle bien consolante qui m'a élé appo^ tée hier soir, et qui mérîle encore, il est vrai, une dèEîattive cooCrmaiion. Vous savez que, lorsque le Seigoenr permet aux hommes de découvrir des corps de saints qui sont restés longuement cachés, c'est en général ua signe de ses bénédictions. Eh bieo, j'ai appris hier soir, qa'après de longues recherches dans l'église des SHints-Apôtres od était parvenu à découvrir les corps vénérés des deux apôtres saint Philippe et saint Jacques. On a mis la main ' sur les urnes, et l'oo a trouvé beaucoup d'autres preuves venant confirmer que la tradition ne s'était pas Wonipëe.

La tradition, eu effet, nous a toujours dît que ces deux corps devaient se trouver sous le mailre-autel de cette église. Ayant dû refaire ce maîlre-aulel, on a réellement trouvé ces reliques précieuses.

Vous savez qu'un de ces saints, l'Apdtre Philippe, était le compagnon fidèle de Jésus-Christ et le suivait partout. n se trouva avec lui lorsque, s'étani écarté dos endroits hahités, il pensa à nourrir la foule qui l'avait suivi jusquelà. Il fit le prodige que tout le monde connait : il s'adressa à Philippe, et lui dit de chercher la nourriture pour toutes ces personnes, et celui-ci lui répondit : « Maître, cela est impossible : il n'y a dans cette foule qui vous entoure qu'un jeune garçon, qui a apporté avec lui deux pains et quelques poissons. »

C'est bien là l'habitude des enfants- Je me rappelle que dans le temps où je n'étais pas renfermé dans ces murs, je rencontrais souvent des petits garçons, surtout lorsque je faisais une promenade à Monte Mario. C'est là où je les rencontrais le plus fréquemment; je les arrêtais quelquefois et les interrogeais sur la doctrine chrétienne. Eh bien, j'ai presque toujours remarqué qu'Us apportaient avec eux

leurs petites provisions. Ce n'est pas une mauvaise tendance que celle de se prémunir contre la faim; au contraire, elle démontre dans les petits enfants un certain esprit précoce de prudence; mais il ne faut pas tomber dans le vilain péché de la gourmandise, qui n'est pas rare à votre âge. Entendez-vous, mes petits ; prudents, oui, mais gourmands, jamais. Maintenant je vais vous bénir de tout mon cœur; mais avant je veux vous imposer une petite obligation que vous accomplirez dans cette journée même. Vous savez que de grands maux pèsent maintenant sur le monde, et que contre ces maux il n'y a qu'une arme, et c'est la prière. Je veux que ce soir vous leviez tous vos petites mains au ciel en disant un Ave Maria pour que la Vierge Très-Sainte protège l'Eglise fondée par son Fils, et nous obtienne de lui la grâce de la constance et de la force contre les persécutions qui nous entourent. Partant de vos âmes innocentes, cette prière sera agréable à Dieu ; espérons qu'elle sera exaucée.

Que Dieu vous bénisse : puissiez -vous croître dans sa sainte crainte et dans Tobéissance à tout ce qui est juste, bon et profitable pour vos âmes. Je bénis vos parents et vos familles. Que Di«u leur accorde la force et la persévérance de vous maintenir tous dans les principes de la foi et de la loi divine, et d'arriver par cette voie, et au milieu des consolations que vous leur donnerez en cette existence, au but suprême qui est de vous voir tous unis avec eux dans le ciel où vous bénirez le Seigneur pendant toute l'éternité.

Benedictio Dei, etc.

Le SO janvier, au matin, une dépntation de nobles anglais et irlandais, représentants de la Ligue de Saint-Sébastieny a en Thonneur d*élre reçne en audience privée. La Ligue de Saint-Sébastien^ présidée par M. le comte Le Poir, a pour bat de protéger les intérêts de la religion caihoiique dans les lies Britanniques et de venir en aide aux besoins da Père commun

des fidèles.

M. Van Sittard a présentée Sa Sainteté Tobole de ramour filial recueillie par les membres de la dépntation. A TAdresse lue par Torateur, le Saint-Père a répondu par des paroles pleines de bienveillance et des

conseils salutaires, afin que les membres de la Ligue de SaitUrSébasiiin puissent continuer à combattre vaillamment les combats du Seigneur.

Vers midi, le Saint-Père^ accompagAô de Son Èm. le cardinal Modicd» de plusieurs prélats de la Signature^ parmi lesquels nous avons remarqué NN. SS. Giacomo Gallo, Folicaldi^ etc., et d'autres personnages de sa noble cour, s'est rendu dans la salle consistoriale, où il était attenda par une députaiion de près de 200 dames romaines^ appartenant à la pieuse congrégation fondée dans Téglise de Saint-Rufîne, au Transtévère^ sous l'invocation spéciale de Taugusle More de Dieu.

Son Exe. Mme la princesse d'Arsoli, présidente de la congrégation, a exprimé au nom de 1 assistance, dans une éloquente adresse, les sentiments de dévoiimenl que les membres de la congrégation de Marie nourrissent envers le Vicaire de Jésus-Christ.

Le Saint-Père a répondu par le discours suivant :

Puisque vous appartenez à UDe Coogrégation de Marie* je ne saurais mieux faire que de vous rappeler un conseil qui nous vient de Marie et qui se trouve précisément dans l'Evangile d'hier où il est question d'un dîner nuptial. Jésus-Christ, qui voulait sanctifler le mariage et l'élever à

a dignité de sacrement, étant invité à ce banquet, ne refusa point de s'y rendre.

Qu'arriva-t-il î Au beau milieu du festin la joie se change en tristesser car le vin était venu à manquer et on n'avait aucun moyen de s'en procurer sur l'instant. Mais Jésus- Cbrisf, toujours aimable, voulut bien faire le miracle de changer l'eau en vin. Or, sur la requête de qui accorda-t-il la grâce? Sur la requête de Marie, sa mère. C'est elle ^ui la demanda à son fils divio, et c'est elle aussi qui donna aux serviteurs de la maison les ordres et les dispositions relatives au miracle qui devait se produire.

II y a ici une importante observation à faire, et je désire vivement que vous ne la perdiez jamais de vue, mes chères filles; celle observation se rapporte aux paroles dont la très-sainte Vierge se servit en cette circonstance. Que dit-elle aux hommes de la maison qui attendaient ses ordres et ceux de son fils? Qu^ecumque vobis dixerit fadêe. Tout ce que Jésus-Christ vous dira de faire, faites-le sans retard. Jésus ayant été obéi sur Tiiistant, lorsqu'il eut ordonné d'apporter des cruches pleines d'eau, il en changea aussitôt en vin le contenu.

Eh bien f mes filles, Marie nous répète à tous aujonr-

d'bui, à moi, à vous, à tout le monde : Quœcumqu^ $)obi8 dixerit facite. Jésus-Christ nous a dit tant et de si belles choses que si nous méditons comme il convient to^it sob enseignement, nous y trouverons toujours quelque chose de nouveau à mettre en prati<|U6 pour notre bien temporel et spirituel.

Nous devons donc ebercher à suivre Jésus^Cbrkt tûujours du plus près qu'il nous est possible et persévérer jusqu'à mar'Cher sur ses traces; sans cela, au bout nous courrons le risque de le perdre de vue et ne plus reconnaître quels sont ses désirs et ses conseils. Nous devons le suivre dans la joie de même que dans la trlbulation; car c'est en lui seul que nous devons mettre notre confiance; c'est lui qui vient au secours de notre faiblesse, c'est lui qui nous accordera un jour la grâce de revoir le soleil plus resplendissant, la cessation des tremblements de terre et le calme rétabli dans l'ordre physique aussi bien que dans Tordre moral.

Voilà ce que j'ai à vous dire, mes chères filles : cela dit, je dois vous remercier des offrandes que vous m'avee apportées et vous donner ma bénédiction. Je bénis donc toutes les personnes ici présentes et leurs famîUes, ^en priant Dieu de vous accorder toutes ces aptitudes spéciales dont vous avez besoin pour diriger au bien les jeunes filles qui sont sous votre garde. Que la grâee de Dieu descende sur vous et rende féconds vos excellentes intentions et vos travaux; qu'elle vous accompagne jusqu'à votre heure dernière et soit un gage pour nous tous de nous rencontrer un jour tous ensemble en ptésence deee Dieu que j'invoque, pour le bénir pendant tous les siècles.

Benedictio Dtiy etc.

iw«w^^w*^r^

Le 40 février, au matin, un peu avant midi^ Torade du VaHioan pro« QPiiçait par les paroles sacrameolelles : Tuto procedi jpiQ$se^ nd soUmnem Beau BenedicU Joseph Labre canonizaiionem, le décret solennel en vertu duquel un nouveau proketeurnoos est assuré daus Ve deÛ U y availfoule dans la salle du trôuâ; noais ki persoune, après Pie IX, qui attirait le plus les regards de tout^ Fassistance était IHienreux évéque d'^Arras et de Boulogne, car on sait que Benoit Labre est né dans un Tillage prto de

Boulogne. C'était la gloire d'un enfant de son diocèse qa*on célébrait en ce jour.

Aussi, après les cérémonies d^usage en semblable circonstance, Sa Grandeur Pévéque d'Arras s'est-elle approchée du trône et d'une voix profondément émue a-t-elle remercié, par un très-beau discours en langue latine^ Sa Sainteté, au nom de son diocèse, pour la gloire accordée à un de ses enfants et en son propre nom pour la bienveillante et délicate pensée que Sa Sainteté avait eu de le faire assister à cette solennité, profilant de sa présence à Rome dans sa visite ad limina apostolorum.

Le vénérable pasteur d'Arras a exprimé ensuite l'espoir que ce nouveau saint prendrait sous sa protection spéciale le Saint-Père et abrégerait les mauvais jours que traverse l'Ëglise, et qu'il n'oublierait pas non plus la France, le pays qui l'a vu naître : i! saura^ a-t-il dit, délivrer sa patri des difficultés où elle se débat actuellement^ pour la rendre à sa gloir première, cette gloire qui lui vient du beau nom d'épée de TEglise

Après que Algr Tévèque d'Arras eut fini son discours, que le Saint Père a écouté avec une visible satisfaction^ Pie IX s'est levé et a prononcé ces paroles vraiment mémorables :

Dieu est toujours admirable dans Tordre de sa providence ! Oui» c'est bien lui qui est Tauteur de cette Eglise, œuvre grande et belle et immortelle de ses saintes mains, et il ne cesse jamais de la proléger en lous les temps, en toutes les circonstances, à travers toutes les luttes. Il Ta protégée, ainsi que Nous le lisions dans l'Evangile de ce matin même, à la Iroisièmey à la sixième, à la neuvième heure; il l'a protégée jusqu'à la onzième heure, qui est PEUT-ÊTRE LA nôtbb. (Une vive émotion a gagné Vassistance à cette expression du Saint-Pèi^e.)

Dieu l'a protégée au commencement; lorsque la fureur des tyrans sévissait contre elle, il lui opposait la constance des martyrs^ cette constance qui faisait renaître la force et la résolution dans les cœurs timides et faibles et mullipliait le nombre des disciples de Jésus-Christ. Il Ta protégée contre l'audace impudente de l'hérésie; il faisait surgir alors la sainteté et le savoir des docteurs, vaillants athlètes de l'Eglise, qui confondaient s'ils ne convertissaient pas toujours les hérétiques, tout en étant pour les fidèles des flambeaux de vérité et de justice qui les raffermissaient dans leurs croyances» Il l'a protégée, lorsqu'on cherchait à la corrompre par la voie du libertinage et des passions; c'est alors qu*il opposait à la corruption la pureté des vierges, la patience des confesseurs, la multiplicité des

saints qui remplissaient leur mission céleste sur toute la terre.

Dieu ne cesse pas de protéger son Eglise, même de nos jours. Quel est le principal ennemi qu'elle doit combattre? C'est l'incrédulité. Contre ce monstre infernal, il n'y a qu'une seule armure, et c'est le bon esprit, la fermeté religieuse des populations. Et voilà que Dieu nous octroie largement ce remède. Qui est-ce qui s'oppose à l'envahissement de l'incrédulité, de ce résumé de tous les maux de l'enfer? Ce ne sont pas les puissants, les sages du monde, les gens haut placés; non, mais c'est la masse du peuple; ce n'est pas, à vrai dire, le bas peuple proprement dit, mais cette foule composée de personnes de toutes les conditions que TEglise a appelée de tous temps: plebs christiana. Us combattent cette incrédulité par les pèlerinages, la fréquence aux églises, le chant des louanges de Dieu; ils la combattent en se présentant à la sainte table, en prodiguant les œuvres de charité, en s'unissant les uns aux autres par des associations pieuses, ayant pour but de sanctifier les fêtes, de soulager les malades, de secourir la veuve, l'orphelin, enfin de faire le bien de toutes les manières possibles.

Eh bien ! cet esprit saint et bon qui s empare de nos populations est encore une œuvre de Dieu, un gage sûr de sa protection envers l'Eglise, même dans ces temps si malheureux. Et savez-vous par quel côté ce prodige de la grâce de Dieu peut plus facilement se reconnaître? C'est justement dans les occasions si fréquentes, si multipliées même on peut dire, que Dieu a fournies dans ces derniers Jtemps à ce Saint-Siège de l'honorer parla béatification et la canonisation des saints.

En effet, qu'est-il advenu? La gloire de ces saints se répand en toute l'Europe et dans le monde entier; il n'y a pas de royaume, ni même, pourrait-on presque dire, de province qui n'ait son saint; dans l'occasion d'une béatification, d'une canonisation, les églises du pays du saint sont plus fréquentées que d'ordinaire, les fidèles ses conci-

t05^n9 M adressent leurs prières; ils lisent sa yie et y trouvent un sujet d'édiGcalion. Mais une grande partie de ee pieux mouvement n'est pas renfermée dans les Imites de la pro^rince qui a eu le benhenr de donner le jow m ■saint; tous tes ehrétiens .s'eecnpent de sesi actes, 4e sa manière de vivre» de ses vertus, de ses miracles. nsiiii&^ diient sur totri cela et ils séjournent pomr ainsi dire daas «ne atmosphive nouvelle et céleste, bien différente de ceHe qui les entoure ordinairement. Ils s'efforcent dimîter oe saint et se trouvent raffermis dans la foi par ses exemples. Voilà ce que Dieu opère de nos jours en faveur de son Eglise, et peinr faire connaître au monde que ie démon, qnoi qu'il fasse, ne saurait la vaincre, car il existe une Ibrce hieii supérieure à la sienne, et celte fotne H sontiefnt et la défend contre toutes les attaques.

M^nlettant, voici deux nouveaux serviteurs de Dieu qui viennent à notre secours pour combattre Tiniquilé moéerne. Ils viennent, entourés de toute ta splen>éew de leurs Vertus héroïques, pour terrasser les vices du siècle : Fbrgueîl, l'avarice, la luxure ; Torgueil qui ne reconnaît d'autre Dieu que la raison; Favarice, qui fait son Dieu de fa matière; la luxure, qui met ses délices dans la ftiU'ge Immonde. Ce ëont là les trois éléments de Tarbre de Uniquité : Tofigueîl en est la racine, Tavarice le tronc, la luxure les rameaux. A l'ombre de cet arbre viennent s'asseoir les bêles les plus hideuses et les plus malfaisantes de la terre; sur ses rameauxviennent se percher les oiseaux nocturnes et les oiseaux de proie.

Ces deux serviteursde Dieu paraissent et vomi combtrttre pour l'Eglise : avec leur pauvreté, leur simplicité,, leur liumililé ils vont vaincre l'orgueil; avec leur désintéressement ils terrasseront l'avarice; avec leur \ie de chasteté et de mforllficationîls rempoTteront la victoire sur la luxure. Oh! que vousôtes admirable, Dieu éternel et tout-pmss«ttt, dans vos miséricordes I L'Eglise va donc s'emb^lir et se réfouh*, grâce à vous, de decrx nouveaux héros, elle irtnrichit de la protection de deux nouveaux saints.

Ouï, l'Eglise, bien qifau milieu des plus horribles contrariétés, ne s'arrête point, ne ralentit même pas son pas; elle marche toujours avec célérité dans la voie de la vertu ; l'Eglise, dont on maudit le nom, prie pour ses blasphémateurs; fEglîse, détestée par ceux qui ne la connaissent pas, lève les yeux au ciel et dît à Dieu : Pardonnez à ces infortunés, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Cette Eglise, en effet, sait pardonner. Dieu lui accorde la grâce suffisante pour cela: elle pardonne, elle prie pour ses persécuteurs; mais, lorsqu'il s'agit de soutenir les principes éternels de la justice et de la religion, et de défendre ce trésor de sainteté et de vertu que Dieu a mis sous sa garde, oh ! qu'on le sache bien, le chef, quoique indigne, de celte Eglise, ne baisse pas la tête devant les injonctions du monde et du démon.

n ne baissera pas la tête, dûl-îl la laisser sous le couperet du bourreau. {Profonde sensation.)

Eh bien! prions donc Dieu et remercions-le de ces nouveaux bienfaits qu'il nous accorde, et prions-le de ne pas nous abandonner. Certainement il n'abandonnera jamais son Eglise; il ne l'abandonnera pas, quoiqu'il semble à certaines gens que dans ces moments-ci il nous ail oubliés. Non, Dieu continuera toujours à regarder, à purifier, à sanctifier son Eglise. En attendant, prions pour cette Eglise; prions Dieu, afin qu'il verse sur elle ses abondantes béoédictions. Et puisque les deux saints dont nous parlons appartiennent Tun à Tllalie et l'autre à la France, prions Dieu qu'il bénisse particulièrement ces deux pays.

Qu'il bénisse l'homme d'Etat xpn dirige îa France et qu'il lui îosinue de Baeîlleufs et toujours de meilleurs conseils (1); à ceux qui gouvernent Htalie qu'il répète les paroles que jadis il a pronencées dans la création du monde, quaud le chaos régnait : Fiat lux, afin qu'îte puts- MUt sortir du profoûd abîme dans leqael ils se sont jetés

f4) n D*«st pM invtîie «rpbserrer qa*à ee moment e'éuk encore V. Thiers ({oî était m pouvoir.

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en marchant dans les ténèbres les plus épaisses et dans la nuit la plus orageuse.

Que Dieu bénisse les millions de Français et dltaliens qui sont constants dans Taccomplissement de leurs devoirs, qui tendent les mains vers lui pour implorer sa miséricorde et élèvent leurs voix pour lui dire : Miserere nostri Domine, miserere nostri. Qu'il vous bénisse vous tous, qu*il bénisse mes coopérateurs dans Texercice de leurs fonctions, et puisque sur les épaules de moi, pauvre vieillard, pèse un grand fardeau, j*aurai moi aussi le droit de dire que si Senex portât puer regaty comme il est écrit dans Toffice de la fêle de la Purification que nous avons célébrée dans les premiers jours de ce mois. Que Jésus-Christ soit donc avec vous, qu'il soit avec nous, et nous inspire toute la force et le courage nécessaires pour soutenir les droits de TEglise, qu'il nous donne la patience et la résignation dans les épreuves continuelles et dans les tribulations qui viennent nous assaillir.

Dieu fasse que cette bénédiction descende sur moi, sur vous et sur tous ceux que j'ai nommés déjà.

Benedictio Dei, etc.

Le 13 aa malin, le Saint-Père a reçu en audience particulière M. Cai« nedo, ministre de la République de San Salvador.

Sa Sainteté a ensuite admis en sa présence le prince de Salm-Salm et H. le duc de Croy, accompagné de sa fiUe, veuve du prince de Ligne.

Un peu après midi, le Saint-Père, accompagné de quelques cardinaux «t des prélats de sa cour, est passé dans la sal^ du consistoire où se trouvaient réunies environ 350 dames romaines^ lesquelles forment les conseils particuliers des cercles des femmes du peuple. Ces dames ont été présentées à Sa Sainteté par le conseil de la Société catholique promotrice des bonnes œuvres à Rome.

La société romaine a érigé jusqu*à ce jour déjà 9 cercles comptant quatre mille membres. Pour compléter forganisalion, on doit encore doubler le nombre des cercles qui, présidés chacun par une personne de distinction et dirigés par un conseiller ecclésiastique, devront se réunir au moins tous les quinze jours, dans une église pour Tœuvre des cathé-

C'est M. le marquis Jérôme Cavaletti, président du conseil de la Société catholique pour les bonnes œuvres, qui a lu l'adresse au Saint-Père; pour lui faire connaître le but des cercles ou associations des femmes du peuple. Ce but est de venir en aide aux associées dans les besoins spirituels et temporels, surtout par Tinstruction religieuse, les bons conseils

et préserver da mal tant de perâonnes que la perversité du siècle sédait par de fausses doctrines.

Le Saint-Père a été profondément toaché en entendant cet exposé, 6til a daigné adresser à 1 assistance des paroles empreintes d'une douce et noble familiarité, dont voici, à peu près, le résumé :

Sa Sainteté a dit en substance :

Je lisais dans Févangile de dimanche dernier une parabole citée par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Un père de famille voulait faire cultiver sa vigne, et il manquait d'ouvriers. Il se rendit sur la place publique où il en trouva et leur dit : Quid statis toia die otiosi P

Comme vous voyez, ces ouvriers étaient sur la place publique, c'est-à-dire, selon les commentaires, au milieu du monde, et celui qui y vit dans Toisiveté court de grands dangers.

Il y eut aussi un poète profane qui a condamné Toisiveté comme le premier de tous les vices.

D'après ce que je viens d'entendre, vous ne voulez pas croupir dans Toisiveté, mais vous voulez faire le bien. Le Seigneur dit à ces ouvriers : Ite ad vineam meam. Tous nous devons nous occuper du salut des âmes, et Dieu aujourd'hui nous le répète avec plus d'insistance. lie ad vineam meam^ et pour récompense il nous donnera le pa* radis. Vous avez entendu la voix de Dieu et vous travaillez, de plus vous êtes disposées à vous dévouer pour faire du bien à tant de pauvres femmes qui ont besoin de guide et de conseil.

Dans les premiers temps de l'Église les grandes dames s'occupaient aussi de bonnes œuvres, et quand saint Pierre vint à Rome, il habita la maison d'un sénateur, où est aujourd'hui le monastère de Sainte-Pudentienne, et les femmes de cette maison s'occupaient, comme vous, de bonnes œuvres.

Saint Laurent^ martyr, distribuait les aumônes et administrait les biens de l'Église; c'est pourquoi les persécuteurs de cette époque envahirent sa maison pour y chercher les trésors dont ils le croyaient possesseur.

Le saint leur présenta les pauvres qu'il nourrissait,

disant qu'il avait déposé ses trésors entre les mains de ces pau^resw

Un sénateur fonde un liôpîtal, un autre lave les piedis des malheureux.

Ces actes, dans les premiers temps de l'Église» étaient quelque chose de tout à fait commun, on en voyait partout, tant étaient puissants les liens qui rattachaient entre eux les premiers fidèles.

Il y a vingt ans, je fus visiter hors la porte Saml-Jean, la basilique deSainl-Elienne.Elle avait été découverte depuis peu. CTest sainte Démétriade qui avait bâti cette basilique dans le quatrième siècle.

Vous êtes déterminées à suivre les exemples qui vous ont été donnés dans tous les temps. Vous avez là une pensée que je ne puis qu'applaudir. Ee moment présent n'est pas fait pour se tenir les brais croisés, car les ennemis de Dieu sont tous occupés à détruire ce qu'il y a de plus respectable.

Je bénis les cercles ici présents, je vous encourage à persévérer dans le bien que vous avez commencé. Que le Seigneur vous guide, que vos anges gardiens vous accompagnent dans toutes vos œuvres; que Marie Vierge Immaculée vous protège pour le bien de vos familles, de vos personnes et des âmes dont vous allez entreprendre la direction; gardez cette bénédiction que je vous donne pendant tout le cours de votre vie, et qu'elle soit pour vous à l'heure de la mort un gage d'une vie meilleure et sans fin dans le ciel.

Lorsqtic le Sainl-Pôpc a eu fim de parler, une fléputaeidti s'ert ipprocfaée du trdne pour ofârir à Sa Sainteté un Tolume relié avec nn fgoùi exqais. C'est l*album des associés.

Pie IX a voulu consoler cette pieuse assistance en passant au milieu de la û)ul6, et ofûr^nt è touies soneneau à baiser. Le Saint-^ère a adressé la parole à plusieurs dames plus particulièrement connues pour leur dévoument aux intérêts de la religion.

Dans son mraiéro du 4 6 f érrier, le Courrier de €enèmy donnait ht tradocttOB smanled'mB bref que le Sainl-Pène4vaitdtigii6flMdpeflscr «aillant évêque de Genève, Mgr Mermillod :

A Notre vénérable frère Gaspard^ évêque tTHébron, vicaire

apostolique de Genève, à Genève^

PtE IX, P«PB.

Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

En Térité, vénérable *ff ère, i»oiis sommes an milMQ de temps dirrieiles, et qnoi en amèneront de plus mouvaiff. La persécution qui, dans ce pays, s'accroît de jour en jour davantage, menace aussi îa Suisse d'un schisme terrible, si Dieu ne met un frein aux machiiMitions de Timpiété. Si, dans le commencement de l'Eglise, alors que le martyre suivait constamment les évêques, comme Tombre snk le corps, si alors TApôtre crut devoir lotrer, comme une bonne œuvre. Te désir de Tépiscopat, il est certain que vous devez estimer comme un bien la charge qui vous est conflée.

En effet, si le martyre da sang ne menacé pas ei7C<M*e votre mission^ la furieuse agitation des esprits vous prépare un martyre bien, plus difficile, bien plus âpre, 4e sollicitudes, d'angoisses et de durée. Mais souvenez-vous que les apôtres aussi furent envoyés comme des agneaux au milieu des loups et que la persécution, qui semblait devoir rendre stériles leurs travaux, ne fit au contraire, en tentant de détruire ces mêmes travaux et en versant le sang des néophytes, que féconder et propager le christianisme.

Marchez éfonc vous aBSSî sans crainte, et, avec une noble indépendance, enseignez au pertrpfe qui vous est confié à observer tout ce qui mus a été ordonné; travaSllez comme »n bon soldat de Jésus-CIfcTÎst; appfiquez vos soms à écarter tes erpfnrons fausses et à resserrer les liens de luoité et de la cbaùté. Celui qui a promis à ses disciples d'être avec eux jusqu'à la consommation de» «èdes.

sera aussi avec VOUS tous les jours; il commandera enGn lui-même aux vents déchaînés et apaisera les flots agités.

De notre côté, Nous demandons pour vous tous les secours célestes, Tabondance des dons et des grâces d*en haut; comme garant de ces grâces et comme gage de notre spéciale affection, Nous vous accordons à vous, vénérable frère, à tout le clergé et à tout le peuple confié à votre sollicitude, du fond du cœur, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 6 février 1873.

De notre pontificat la vingt-septième année.

PIE IX, PAPE

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