DE SÀ SAINTETÉ PIB IX AU CLERGÉ DE GENÈVE
A nos bien aimés fils le vicaire général et les prêtres du canton
de Genève.
Pie IX, Pàpe.
Chers fils, salut et bénédiction apostolique.
Assurément NouS sommes obligé de déplorer, chers fils, qu'on ait chassé de vos frontières l'infatigable et intrépide pasteur que vous étiez reconnaissants d'avoir vu accorder à l'Eglise de Genève.
Néanmoins, Nous ne pouvons que^vous féliciter de ce que, séparés de lui, non-seulement vous lui témoignez autant et peut-être plus d'amour et de respectueuse obéissance, mais vous reproduisez admirablement son courage et sa fermeté.
Comme l'or, vous êtes éprouvés par le feu de la tribulation, mais il en sortira un avantage considérable et pour votre foi, et pour celle de beaucoup d'autres, à qui sa fermeté deviendra plus manifeste.
Ce n'est point non plus, pensons-Nous, sans un dessein particulier de la Providence que le prélat arraché du milieu de vous 9 après avoir merveilleusement développé les bienfaits de la religion catholique dans cette ville, autrefois la citadelle de Thérésie, a trouvé de préférence un asile dans celte autre ville d'où s^échappërent et se répandirent, vers la fin du siècle passé, les semences de cette guerre désastreuse qui tourmente aujourdliui TEglise et menace en outre de dissoudre les liens de la société civile.
En effet, bien que les jugements de Dieu dépassent nos lumières et que ses voies soient impénétrables, pourquoi ne penserions-nous pas qu'il entrât dans les vues de sa sagesse d'employer les hostiles manœuvres du conseil helvétique, à doter quelque temps cette ville, d'où se sont répandues sur les hommes les plus pernicieuses ténèbres de l'impiété, de ce flambeau de la vérité qui avait brillé si utilement dans votre cité?
Quoi qu'il en soit, c'est avec joie que Nous vous voyons pleins d'ardeur et de persévérance à accepter et à bénir les desseins de Dieu, ainsi qu'à vous montrer les dignes disciples de celui dont vous pleurez le banissement.
Restez-lui donc fermement attachés, et par lui à cette chaire de Pierre; avec lui défendez vaillamment les droits sacrés de l'Eglise ; les œuvres qu'il a entreprises et accomplies, conservez-les et accroissez-les selon vos forces ; dans ce travail courageui^, confiez-vous au Seigneur, qui viendra infailliblement et ne tardera pas.
En attendant. Nous vous souhaiterons sa haute assistance et ses dons célestes ; et, comme présage de ces faveurs, comme gage aussi de notre particulière bienveillance, Nous donnons au très-digne vicaire apostolique de votre patrie, à vous tous, au clergé et au peuple fidèle du canton de Genève, la bénédiction apostolique avec une tendre affection.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 10 mars 1873, de notre pontificat la vingt-septième année.
PIB IX, pàpè.
— Aii —
En réponse à ime lettre des catbolîqttes qui avaient envoyé an Saint- Père copie d'me pétitioi adressée à rAssemblée pMir demander ^m b France soit consacrée au Sacré-Cœur, le Saint-Père a répondu par le \u»{ suivant que publiait dans les premiers jours d^avril la Semaine religieuse deh9de%:
Pie IX, Pape.
A nos chers fUs^ Costes, prêtre^ «îcains génirul de Rodes ^ Alssctrdf prêtre^ dire(U6ur du JQumal laVievMà religteiuiey et noble vicomte Maurice de Bmald^jugi, è Rodes.
Gliers fils, salul et bénédiction apostolique,
U n'est assurément pas possible, chers fils^ que tous les pieux et vrais calboliques ne désirent que la France, sortant enfin de cette confusion de. doctrines pernicieuses et de celle suite de commotions et de malheurs qui en est la conséquence etqui la boulcTerse sans inlerrupUon pendant ce siècle, ne reprenne de nouveau son ancien honneur de défenseur de la religion catholique et de ce Samt-Sîége, honneur auquel Tavait élevée la divine Providence en sa qualité de fille aînée de TËglise.
C'est pourquoi, de même qu'au dernier siècle, cette même France, favorisant et approttvantpubliquement, pour le scandale et la ruine des autres nations, les désirs et les complots de Timpiélé, s'est éloignée de la source d'eau vive, s'est creusé des citernes en Ir'ou vertes, d'où elle n'a puisé que des eaux corrompues ; Nous souhaitons ardemment qu'abandonnant de même publiquement et pour l'exemple de toutes les nations la voie des erreurs, elle revienne à Dieu, rétablisse son règne, et mérite celte stabilité et cette splendeur promise au peuple qui a Dieu pour son maître. On le ferait très-noblement, si, comme vous le désirez, votre patrie se consacrait solennellement au Sacré-Cœur de Jésus» ea l'honneur duquel on sa proipose de bâtir à Paris, avec les offrandes de tous, un temple expiatoire ; c'est pourquoi, il faut considérer conune digne d'éloges le projet que vous avez eu de faire vos efforts, afin que l'Assemblée nationale soit pressée par les
vœux du peuple k demaDder et à provoquer cette oonsécratîon, au Aom de toute la France.
Pou? nous, D^us prions Dieu qu'il inspire à tous les* cœurs» qu'il réalise et qu'il accomplisse tout ce qui peul proeuref la gloire de sou nom, la beauté et raccroisse* meut de noire très-sainte religion et rintérèt féritable de votre patrie ; et que pour cela il favorise votre pensée, s'il a jugé que ce moyen est propre à les obtenir. En attendant, comme gage de sa protection, et conune prewe de noire bienveillance paternelle, nous vous accordons arec amour, ch^ fils, notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 14 avril de Tannée i873 et de notre pontificat le vingt-septième.
PIE IX, PAPE
Le 7 mai, le Sainl-Père recevait un groupe de pèlerins français. A leur adresse il répondit par le discours suivant que publiait Le lendemain le
Journal de Florence :
La France m'a toujours et en toutes circonstances donné des gages d'amour et m'en donne encore à présent ^ ce qui me prouve de plus en plus que certaines paroles sorties de la bouche infaillible de Jésus-Christ et que l'Eglise nous met en ces jours sous les yeux, peuvent bien s'appliquer aussi à la France : Modicum et non videbitis me. Vous ne me verrez pas pendant un certain temps, mais je me iDSirifesterai de nouveau, itemm modicum el videbitis me. Je me manifesterai de nouveau à cette grande et catholique nation.
Son éloignement tanporûre était peut>-ètre nécessaire pour faire naître dans un grand nombre de cœurs le fsrvent 4lésir de le revoir, et parce que tout le monée n"^ pas lait son devoir en ces derniers temps« Des docfarines fausses, des hommes appartenant à la secte infernale, deff mmmta corrompues, des imcrédales de toute sorte ont fait irruption sur tous les points de ee grand et mbte pays.
Un très-grand nombre d'hommes ont suivi le courant; mais il en est aussi plusieurs qui ont reculé d'épouvante
et qui, après s'être recueillis en eux-mêmes, ont recouru à Dieu. Les Pasteurs ont parlé et ont prié entre le vestibule et Vautel ; les chastes épouses de Jésus-Ghristi prosternées à ses pieds^ ont versé des larmes et, faisant violence à son cœur, elles ont demandé que la lumière se fît pour ceux qui, par ignorance ou par malice, gisent dans les ténèbres et les ombres de la mort, et qu'au milieu de robscurité une étincelle de foi se montrât à eux tous, mais spécialement à ceux auxquels on peut appliquer ces paroles : Video meliora pro&ogue, détériora sequor. A ces prières se sont jointes celles d'un grand nombre de bons chrétieDs, et de pieuses mères de famille, et surtout celles de celle phalange de jeunes gens d'élite qui, mettant sous les pieds tout respect humain, n'ont voulu rechercher que le bien et, le front levé, se sont courageusement déclarés chrétiens.
Eh bien! les pèlerinages, les prières, la fréquence des sacrements, la bonne volonté qui se manifeste en France, sont un gage, une preuve que Notre -Seigneur se manifestera de nouveau à la France : Modicum et videbitis me.
Oh! puisse-t-il, en se manifestant à ce pays de prédilection, lui apporter le salut qu'il apporta aux apôtres : Pax vobis. Qu'il nous donne à tous cette paix qui accompagne les enfants de Dieu, même au milieu des tribulations et des combats auxquels ils soot condamnés; cette paix qui, en nous conservant notre liberté d'esprit, même au milieu des circonstances les plus difficiles, nous porte à agir avec fermeté, quoique sans précipitation, et à marcher dans la voie qui conduit à la vie.
Puisque l'Eglise célèbre aujourd'hui la mémoire d'un saint qui a illustré par ses vertus cette chaire apostolique, prions-le de nous obtenir de Dieu, par l'entremise de la Reine des anges, de cette Reine qui a écrasé la tête du serpent infernal, qui a vaincu les hérésies et qui a obtenu pour ce grand Pontife la victoire sur le peuple mahométan, prions-le, dis-je, de nous obtenir .la victoire sur les ennemis actuels de l'Eglise (ce ne sont pas des Turcs ; pour
leur coDfusioDy ils sont chrétiens), afin qu'un jour nous puissions leur appliquer ces paroles : Vidi impium super exaltatum ; transivi^ et ecce non erat.
Mais, pour combattre, il faut du courage, pour vaincre il faut de la constance, et pour triompher il faut de la modestie ; prions donc aussi Pie I^% qui scella sa foi de son sang en mourant en holocauste pour la vérité, de nous obtenir le courage et la constance nécessaires pour combattre, afin que nous puissions obtenir le triomphe désiré et passer des jours de paix dans la pratique des vertus chrétiennes.
En attendant je vous bénis, vous et vos familles, je bénis Tépiscopat, je clergé et la France tout entière, même cette partie de la France qui fait peu de cas de la bénédiction apostolique. Oui, que cette bénédiction descende aussi sur cette partie non choisie de la France et qu'elle soit la lumière qui Téclaire et Texcite à faire le bien, ou la flamme qui la détruise, fuocl /)eu5 at)erto( / (que Dieu détourne ce malheur!). Quant à nous, demeurons inébranlables dans la confiance, et ne perdons pas courage, car Dieu est avec nous ; or, s'il est avec nous, quis contra nos ?
Il n'est, hélas! que trop vrai, un grand nombre de royaumes sont en proie au désordre. Ici on combat contre Dieu, contre son Eglise et contre ses ministres; ailleurs, on combat avec plus de cynisme, mais toujours pour atteindre le même but, qui est d'étouffer le bien. Pour surcroît de malheur, on considère d'un œil indifférent les maux de l'Eglise catholique, même lorsqu'on devrait agir pour les écarter ou au moins les diminuer, comme la conscience et rhonneur le demandent aux puissants de la terre, à ceux qui ont le devoir de conserver la paix dans le monde. Mais il n'en est pas moins vrai que nous devons agir avec courage, sans craindre ni la tyrannie, ni la mauvaise foi, ni la tromperie, ni l'impiété, ni l'hérésie, parce que Dieu est avec nous : et si Deus pro no6is, quis contra nos?
Benedictio Deiy etc.
A h veille du pèlorinige tlcvenu si oél&bre de Parayle^Monial, H4tseigDcar l'EvCque d'Autuo recevalL da Saiul-Père le bref suiTSDl :
A Notre vénérable frère Léopold, évêque cCAutun, Châlon et Mâcon.
Pie IX, PàPE.
Vénérable Frère, salut et béaédicUoD apostolique,
Nous Nous réjouissons, Vénérable Frère, de voir tom les jours se développer davantage en France la pieust dévotion enversle Cœur Irès-sacré de Jésus. Aussi, est-ce avec une grande joie que Nous avons reçu la nouvelle do grand pèlerinage que, de tous côtés. Ton se prépare i faire a la ville de Paray-le-Moniai, où a pris naissance l'exercice de ce culle particulier.
C'est pourquoi, désirant favoriser ce pieux dessein, nonseulement Nous bénissons tous ceux qui s'associent à et pèlerinage, mais Nous leur accordons l'indulgence plénière, qui pourra êlre convertie en suffrage pour les âmes qui ont encore à expier par le feu, pourvu que, s'étant convenablement confessés el s'élant nourris de la sainte communion, ils prient dévotement, au jour fixé, et seloo Nos iulenliuns, pour l'exaltaiion de noire mère la sainte Eglise et pour l'estirpation des hérésies.
Plaise à Dieu qu'il entende ces supplications el ces vœux, et qu'il rende enfin la liberté à l'Eglise, au monde la tranquillité etàvotrepatrie ta prospériié. Puisse de ces faveurs ëlre le gage la bénédiction que Nous donnons du fond du cœur à vous, Vénérable Frère, à tout votre diocèse et à tous ceux qui entreprcndronl ce pieux pèlerinage.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 1" mù de l'année 1873, de Nod"e pontifical la vingt-septième.
PIE IX, PAPE
Le dimanche 25 mai, une députaiioa d'avocats italieus a été présenta au Saint-PËre par le chevalier Eiicune MargotLi, frfire de l'illustre pablicistc de Turia. C'est, en effet, VVitità Cattolica qui, en pnbllsiit une
coDsulialion de Tâvocat Caucino, de Turin, avait pris rinîtiative d'une noble prolestalion contre Tindifférence proclamée par le gouvernement italien au sujet de la divinité de Jésus-Christ. La consultation de M. Caucino établissait, avecla plus parfaite évidence, que môme en l'état actuel de la législation italienne, le blasphème contre la divinité de JésusChrist n'avait aucun (?roU à rimpnnité.
La belle dissertation de Tavocat piémontais ayant reçu en peu de jours l'adhésion de presque cinq cents avocats de différents barreaux de la péninsule, VUnità CattoLica a eu TheureoBe pensée de la Étire présenter au Saint-Père, le jour de la fête de saint Grégoire Vll^par une députaiion des mêmes hommes de loi qui l'avaient signée, avant H. Caucino à la
tête.
Voici la réponse de Sa Sainteté :
Tout ce quej'ai entendu jusqu'à préseut sert à me confir-* mer davantage dans la persuasion que la piété filiale des Italiens pour le Saint-Siège et la pureté de la foi qu'ils maintiennent dans leur cœur, loin de s'amoindrir^ s'augmentent au milieu des contradictions. Que Dieu soit loué de tout cela !
Il n'y a pas longtemps que j'ai lu quelque chose de bien étrange dans un certain journal qui passe pour officieux, à propos de paroles que j'avais prononcées dans une autre circonstance toute récente. J'avais dit que Dieu est avec nous. Si Deus pro nobiSf quis contra nos? Eh bien, on a eu le courage d'écrire : Non, Dieu n'est pas avec le Pape, mais bien avec l'Italie.
Cette assertion, que je pourrw certainement appeler impudente, est contraire aux laits« Avant tout, je dirai que si l'Italie est avec Dieu, elle est certainement aussi avec aon Vicaire ; et en distinguant l'Italie vraie de l'Italie fausse, j'ajouterai que la première est immensément plus nom* breuse que la seconde. Vous qui êtes ici présMits, et le nombre oonsidéraUe de ceux qui s'asftoeîeiit à vous, £(Mirnissez tous une preuve irrécusable de Tunson «ree Dieu et avec moi de l'Italie que voas représentez. Cette Italie ouvre sa main pour exercer des actes de piété filiale, é))a- Bouit son cœur à la divine prései^oe pour îtspkner les faveurs de Dieu dans l'eoceînte des temples, prend part à de pieux pèlerinages, solennise la mémoire des sMuls, et, spéeialemeAt dans le moiscpû cout^friie lesgqiagx pour
élever ses ferventes supplications à Marie, la Mère des ml séricordes.
Ici également j'ai la consolatioD de savoir que le peuple romaiii se rend en foule aux églises el invoque avec une ferveur extraordinaire la très-sainte Marie, pour qu'elle vienne au secours de l'Eglise attaquée.
Dieu est avec ce peuple, Dieu est avec cette Italie qui multiplie les œuvres de piété, et s'emploie de tant de ma' nières pour exciter au bien la généreuse jeunesse qui répond à l'appel afin d'arrêter la corruption semée à pleines mains par les ennemis de l'Italie, bien qu'ils soient Italiens, et reste fidèle en s'opposaot à l'aveugle obstination des ennemis de Dieu.
Cette Italie est celle qui est avec Dieu et avec son Vicaire.
Mais Dieu n'est pas avec cette petite partie de lllalie qui opprime son Eglise et se fait un instrument de corruption et d'incrédulité. Non, Dieu n'est pas avec cette partie de l'Italie qui dépouille l'Eglise etdisperse les ordres religieux; il n'est pas avec ceux qui persécutent les ministres du sanctuaire, les épouses de Jésus-Cbiist, et entraînent dans la voie de l'incrédulité tant d'âmes, qui ont été rachetées par un prix d'une valeur infinie, et dont il sera demandé compte à tous ceux qui auront contribué à les perdre.
Avec cette Italie Dieu n'est pas. Mais cette même Italie, pendant qu'elle infeste les âmes et les mène à leur perte, excite l'immense majorité des Italiens à redoubler de zélé et à s'opposer avec fermeté aux eiïorls de l'impiété.
L'Eglise adresse en ce jour ses prières à un de mes plus grands prédécesseurs, et le supplie d'obtenir de Dieu pour ses fils le courage, la fermeté et la force afin de combattre et de vaincre les ennemis de Dieu. Deus in te sperantiun /briifuiio.Dieuestle soutien de tous ceux qui ont confiance eu lui. et par l'intercession d'un aussi grand saint il nous accordera à tous la force pour vaincre les ennemis qui nous font la guerre.
Et maiuteuaDl rappelez-vous que nous sommes daos
Foctave de TAscension. Tournons-nous donc vers Jésus- Gbrîst, qui remonte au ciel d'où il est descendu, et demandons-lui sa bénédiction. C'est en s'élevant du milieu des apôtres^ pour les quitter, qvLdevatis manibtis suis benedixit eis.
J'élève moi aussi les mains, et vous donne une bénédiction qui, je l'espère, vous remplira de force, d'encouragement, de consolation. Elevatis manibusj je vous bénis, et prie le Seigneur de soutenir ma faiblesse, pour que, fortifié par sa sainte grâce, ma bénédiction descende sur la tête de ceux qui sont dignes d'être bénis par Lui, et qui recevront avec celte bénédiction assistance, direction, courage et persévérance dans le bien. Que cette bénédiction soit avec vous, avec vos familles, avec vos collègues.
Finalement, pour ce qui est de cette Italie, qui par sa conduite refuse de s'unir à moi, je prie Dieu qu'il veuille lui accorder ces grâces et ces lumières qui lui indiquent les voies qu'elle doit parcourir, pour sortir des ténèbres et des ombres de la mort au milieu desquelles elle erre présentement.
« Benedictio Dei^ etc.
L'évêqne d'Ermeland, en Prusse, est un des prélats qui ont le plus vigoureusement ouvert la lutte contre les prétentions tyranniques de TEial. A la dale-du ^•'' mai, le Saint-Père lui adressait le bref suivant :
A Noire vénérable frère Philippe^ évêque (TErmeland.
Pie IX, Pape.
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique,
Parmi les devoirs de Notre souverain apostolat, aucun ne peut nous être plus doux que celui de témoigner d'une manière toute spéciale Notre affection à ceux en qui brille avec plus d'éclat le courage dans les bons combats et la fermeté dans les tribulations endurées pour la justice, comme il convient à ceux qui sont dignes du nom et du ministère épiscopal.
C'est pourquoi, vénérable Frère, la divine Providence
vous ayant fait la grâce de pouvoir donner Texemple le < plus remarquable de la constance, de la fermeté, da conrage sacerdotal, du zèle à défendre la cause et les droits de son Eglise et de TintrépidUé dans raecompIiBsement de vos devoirs de pasteur au milieu des persécutions qui affligent l'Eglise dans votre pays, Nous sentons le besoin de bénir le Père des miséricordes et de lui rendre les plus solennelles actions de grâces. Mais Nous devons aussi vous adresser à vous-même les plus belles louanges et vous attester par cette présente lettre en quelle haute estime Nous tenons vos mérites. En outre, Nous joignons avec plaisir & ce témoignage le don d'un anneau épiscopal orné de pierres précieuses. Il tiendra lieu de l'autre don que Nous vous avons envoyé le mois passé et qui a été volé en Italie; Nous désirons surtout que vous trouviez dans ce cadeau le témoignage de notre estime et de nos félicitations.
Du reste, Vénérable Frère, Nous vous recommandons, vous et les autres évoques et fidèles de votre royaume, à la puissante protection de Celle qui brisa de son pied virginal la tête du serpent maudit et en vous confirmant Notre plus vive affection cl Noire entière bienveillance, Nous vous accordons à vous et au troupeau que vous gouvernez, de tout Notre cœur, la bénédiction apostolique, qui sera pour vous le giipc des faveurs célestes.
Donné à Rome, prôs Saint-Pierre, le 1" mai 1873, la vingt-septième année de Notre pontificat.
PIE IX, PAPE
La FédiiraLîon des ccrcif's cailioliques belges ayaal fait paireair an SajDi-Përe uno Adresse de ddvoûmeni par rcntrcmise de 11. \^ sânaieur de Canaan d'Kanialc, en reçut le S mai un bref que nous reproduisons parce qu'il a oblcnu le plus grand reicnlissemcut :
A nos chers fils Ig sénateur de Cannart d'Hamale, président, , et les membres de la Fédération des Cercles catholiques en Belgique.
Pie IX, Pape.
Chers Sis, salut et bénédiction apostolique. Pendant que la situation de l'Eglise devient chaque jour
pins pénible et qu'on voit croître Timprudence avec laquelle on foule aux pieds son autorité, ainsi que Fopiniâtreté avec laquelle on travaille à dissoudre Tunité catholique et à Nous arracher les enfants qui Nous appartiennent, Nous voyons en même temps, chers fils, briller d'un éclat toujours croissant votre foi, votre amour de la religion et votre dévoûment à ce siège de Saint-Pierre. Dans le but, non-seulement de faire échouer ces efforts de l'impiété, mais aussi de nous attacher les fidèles par des liens constamment plus étroits, vous mettez en commun vos lumières, vos forces et vos ressources. Ce que Nous louons le plus dans celte entreprise pleine de piété, c'est que vous éteSj dit-on, remplis d'aversion pour les principes catholiques libéraux, que vous lâchez d'effacer des intelligences autant qu'il est en votre pouvoir.
Ceux qui sont imbus de ces principes font profession^ il est vrai, d'amour et de respect pour l'Eglise et semblent consacrer à sa défense leurs talents et leurs travaux; mais ils s'efforcent néanmoins de pervertir sa doctrine et son esprit, et chacun d'eux, d'après la diversité de 3es goût» et de son tempérament, 'incline à se mettre au service de César ou de ceux qui revendiquent des droits en faveur d'une fausse liberté. Ils pensent qu'il faut absolument suivre cette voie pour enlever la cause des dissensions, pour concilier avec l'Évangile le progrès de la société actuelle et pour rétablir l'ordre et la tranquillité; comme si la lumière pouvait coexister avec les ténèbres, et comme si la vérité ne cessait pas d'être la vérité, quand on la détourne violemment de sa véritable signification et qu'on la dépouille de la fixité inhérente à sa nature.
Cette erreur pleine d'embûches est plus dangereuse qu'une inimitié ouverte, parce qu'elle se recouvre du voile spécieux du zèle et de la charité; et c'est assurément en vous efforçant de la combattre et en mettant un soin assidu à en éloigner les simples, que vous extirperez la racipe fatale des discordes et que vous travaillerez efficacement à produire et à entretenir l'union étroite des âmes. Sans
doute, ce n'est pas vous qui avez besoia de ces swetùaatments, vous qui adhérez avec ud dévoùment si absolo à tous les documeuts émanés de ce Siège apostoliqae» qœ vous avez vu condamner à difTérentes reprises les principes libéraux ; mais le désir même de bciKtor vos travaux et d'en rendre les fruits plus abondants Nous a poussé à vous rappeler le souvenir d'un point si impor- Unt.
Au reste, continuez à combattre Je bon combat que vous avez généreusement commencé, et efforcez-vous chaque jour de mériter de mieux en mieux de l'Eglise de Dieu, ayant en vue la couronne que celui-ci vous donnera en récompense. En attendant. Nous exprimons hautement toute Notre reconnaissance pour les services que vous rendez et Nous souhaitons à votre société des développements toujours nouveaux avec l'abondance des bénédictions célestes.Nous désirons que le présage de ces faveurs soit la bénédiction apostolique, que Nous vous accordons avec beaucoup de tendresse, chers Gis, comme gage de Notre bienveillance paternelle.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 8 mai 1873, la vingt-septième année de Notre pontificat.
Les palricicus de Rome s'élant reoilns le 16 juin i l'andiencc da Saini-Përe pour lui exprimer leurs senlimenis de Bdélilé, H. le marquis Antici Hatlei a la, au nom de loaa, une Adresse à laquelle Pie IX a r^ pondu:
J'accepte avec joie l'expression des nobles sentiments que vous venez de manifester, et j'y répondrai par quelques paroles avant de vous donner la bénédiction que vous implorez.
Certainement, aucun de vous n'ignore ce qui est noté dans les Saintes Ecritures relativement à un prince oriental, dont les grandes richesses égalaient la grande puissance. De ces richesses il voulut donner le pompeux spectacle dans un banquet solennel où, à divers jours, il
invita ses sujets de diverses classes, à commencer par les puissants et les nobles. Ceux-ci répondirent de bonne grâce et pleins de joie à cette invitation, et ils admiraient la richesse du service, la recherche et l'abondance des mets, la délicatesse des liqueurs et des vins.
Vous, au contraire, nobles et patriciens de Rome, vous mettez les pieds en ce palais, non pour vous asseoir à des tables bien servies, mais afin de prendre part à la tristesse de Votre Père, et en cela vous êtes de beaucoup plus nobles que ceux dont je parlais. Vous aussi, vous êtes certainement venus de bon cœur pour me visiter, et par cette visite vous avez mis exactement en pratique Tavis de TEsprit-Saint qui nous enseigne qu'il vaut mieux aller dans la maison de douleur que dans le palais du festin (1).
Il vaut mieux aller à la résidence du Vicaire de Jésus- Christ qu'à l'habitation des pécheurs. Il vaut mieux protester el protester encore avec le Pape contre les injustes usurpations de son domaine temporel, contre le vol des possessions de l'Eglise, contre la violation de la liberté d'association tant de fois proclamée, mais, par le fait, accordée uniquement à tout ce qui est antichrétien, à tout ce qui est contre la morale, à tout ce qui nuit à la société, à tout ce qui est opposé aux institutions de l'Eglise de Jésus-Christ. Oh ! oui, il vaut mieux renouveler les protestations contre ces violations injustes que de participer aux fausses joies que les violateurs s'efforcent de multiplier, afin d'étouffer dans les âmes (mais ils n'y réussiront pas) l'impression de tout le mal qu'ils font.
Que Dieu donc vous bénisse, vous qui venez ici pour fortifier son vicaire très-indigne et pour vous unir à lui, au moins tacitement, afin de condamner le grand mal qui se fait. Le moyen tout-puissant de s'opposer à ce mal, c'est la prière, et c'est pour cela qu'en ces jours l'Eglise invile ses fidèles à s'unir pour accompagner son divin fondateur que les fidèles portent en triomphe par les places et par les rues des pays catholiques.
(4) Melins est ire ad domnm laettis qaam ad donnim convivii.
Mais, hélas ! pendant que Ton rend à Jésus-Christ ce juste honneur dans toutes les contrées où sont les catholiques et même dans les contrées où ils vivent sous la domination des infidèles, à Rome, qui le croirait? en ce centre du catholicisme, il n'est pas possible de s'assembler pour accompagner le Saint-Sacrement sur la voie publique» cela n'est pas possible sans s'exposer à de honteuses et viles insultes» et c'est pourquoi il a été nécessaire de renfermer les cérémonies à hntérieur des saintes murailles du temple.
Ainsi, l'arche de l'Ancien Testament ne pouvait plus être portée en procession à travers les rues de Jéricho, et il fut nécessaire d'en faire le tour du dehors en se limitant au circuit le long des murailles. Mais, après le septième jour, les murs tombèrent et les Hébreux s'emparèrent de la villct Nous donc, à c^t exemple, nous devons prier et accompagner néanmoins le divin Sauveur dans les processions réduites à cet état modeste. Pour le reste, remettons-nous à Lui*
Si mes péchés n'y font point obstacle (le noble auditoire, sous le coup (Vune vive émotion^ s'écrie tout (ïune voix : Non^ non^ Saint-Père)f j'espère que tous nous pourrons répéter avec le psalmiste : Ad vesperum demorabitur fletus^ et ad matutinum lœtitia (1), Nous avons souffert dans le passé» nous avons subi les tribulations : Ad vesperum demorabitur fletus; mais enfin se lèvera l'aurore qui nous apportera l'allégresse et la paix : Ad matutinum lœtitia.
Qu'elle soit le gage de cet avenir, la bénédiction qu'en ce moment nous devons implorer de la bonté de notre Père céleste ; mais afin de la mériter et de l'obtenir, prosternons-nous devant Lui, comme Jacob devant Isaac, lequel, aussitôt qu'il sentit l'odeur des vêtements de son fils, éleva les mains, et d'un grand cœur versa sur son fils une large et abondante bénédiction. Car, nous aussi, nous
(4) Au soir nous était venue la douleur, mais au malin nous est revenue la joie.
devons être la bonne odeur de Jésus-Christ, ChrisH bonus odor.
Et pour que nous soyons bénis d'une bénédiction perpétuelle, attachons-nous à Lui avec l'humilité de petits enfants, avec la fermeté et la constance de vaillants soldats, et demandons-Lui tout le courage nécessaire pour avoir en abomination et pour condamner tout le mal qui se fait en cette vallée de misères et spécialement dans celte pauvre ville.
Que la bénédiction qu'au nom de Dieu je vous donne soit avec vous et avec vos enfants, en cette vie comme à l'heure de la mort, a6n que vous puissiez tous être sauvés et bénir et louer Dieu pendant Téternité des siècles.
Benedictio Dei^ etc.
Le 47 juin, les cardinaux ayant présenté une Adresse au Saint-Père^ Pie IX a répondu :
Plus la durée de ce pontificat se prolonge, durée qui me permet de dire : Incolatus meus prolongatus est, plus votre affection envers ce Saint-Siège, et votre zèle à en défendre le droit, s'accroît et se fortifie. J'en ai la preuve non -seulement dans les paroles que vous avez prononcées, monsieur le cardinal, au nom de vos collègues, mais plus encore dans les travaux intelligents auxquels vous vous livrez au sein des nombreuses congrégations qui se réunissent pour traiter les affaires regardant l'Eglise, lesquelles se sont considérablement multipliées par suite de la condition anormale des temps. Il est en effet naturel qu'avec Taccroissement démesuré des agressions injustes, croissent dans la même proportion les études et les efforts pour soutenir les droits de l'Eglise de Jésus-Christ, les prérogatives de ce Saint-Siège, et pour défendre ses champions injustement et lâchement attaqués.
Votre exemple ne reste pas stérile, car vous trouvez partout des imitateurs. Au premier rang se distingue la noblesse romaine, ce qui est pour mon cœur une grande
consolation. Vient ensuite celle de Naples et une phalange d'élite de jeunes gens italiens, qui se dévouent avec un zèle louable à un grand nombre d'œuvres de piété et d'utilité publique. Je passe sous silence tout ce qui arrive de consolant, en dehors de l'Italie, car il y a entre les bons une émulation qui les anime, les encourage et fait croître leur confiance en la bonté divine. On a dit quelquefois que rhorizon présentait des points noirs, mais ceux dont je parle sont des points blancs et causent une grande satisfaction.
Mais à côté de tant de motifs de consolation, le regard est aussi contraint de s'arrêter sur le funeste spectacle de mille maux. Nos adversaires souffrent avec peine que nous répétions l'énumération de ces maux, ainsi que nos protestations. Mais, malgré leur mauvaise humeur. Nous renouvelons Nos protestations, et Nous confirmons les censures qu'ont encourues les usurpateurs de l'Etat pontifical, des biens appartenant à TEglise, des cloîtres et des saintes maisons de retraite, d*où ils ont arraché leurs paisibles habitants.
Et Nous renouvelons d'autant plus ces protestations que Nous sommes chaque jour témoins de nouveaux attentats et de nouvelles insultes à la religion catholique et à la foi prêchée par Jésus-Christ, par les apôtres et leurs successeurs jusqu'à nos jours.
Est-ce que ce ne fut pas une insulte à la religion que cette promenade funèbre faite en l'honneur d'un homme (i) qui naquit catholique, mais qui niourul en incrédule et privé de tout secours religieux par les manèges de ses perfides amis, qui mirent tout en œuvre pour atteindre ce but?
Les plus mauvais journaux se sont réjouis do cette morl et ils se sont unanimement écriés : « 11 est mort comme il a vécu, n Ce n'est que trop vrai, sa vjo fdt signalée par les actes les plus antichréti(Mis. Sa vie fut une suite conii-
(I) Sa Saintolé a évidemment fait allusion h P^at^zzi.
nuelle d'actes et d'efforts contraires à la paix de ritalie, à la sainteté de la religion et à ce Saint-Siège. Il s'employa le premier, il y a déjà plusieurs années, à la suppression des ordres religieux en Piémont et il a mis ici la dernière main à cette œuvre. Poussé par sa haine contre le Souverain Pontife^ il fit dépenser des sommes considérables pour la fameuse expédition de Garibaldi, qui se termina par les faits de Mentana.
Par ces entreprises et d'autres aussi mauvaises, il encourut force censures et il est mort sous le poids de ces censures, sans réparer les énormes scandales donnés à tant de millions de bons catholiques.
11 n'est plus, et il est entré dans la demeure de l'éternité. Quelle éternité? Je l'ignore. Mais s'il est mort comme il a vécuy selon l'assertion de ses amis> une triste pensée se présente à l'esprit de ceux qui réfléchissent à la fin de ce malheureux. Cependant les jugements de Dieu déjà prononcés ne nous sont pas connus ; nous devons tous les adorer profondément et il n'est pas permis d'en rechercher d'avance le résultat.
Mais je ne puis dissimuler l'impression très-pénible que j'ai éprouvée en lisant dans certains journaux que son cadavre a été placé avec pompe dans le principal temple de son pays et que sur la porte du temple on avait écrit que (c la Bonté Infinie accueillait le défunt dans ses bras.»
Je fus encore plus affligé, en lisant que les prêtres, plus courtisans que les ministres d'un souverain tout-puissant, ont prêté leur concours à ces cérémonies funèbres, ou, pour mieux dire, à ces profanations funèbres. J'aime à croire que tout cela est faux et qu'on n'a point fait une si grande injure à la mémoire d'Alexandre III (1).
Quant à nous, élevons nos regards vers le Dieu des miséricordes, et supplions-le de nous bénir, afin qu'il nous
(4) On sait que c'est en honneur de ce Pape, dont elle a pris le nom, que la ville d'Alexandrie a été fondée Tan 4468. Alexandre 111 s'était rois à la tête de la li^oe des communes italiennes pour défendre la religion et la liberté menacées par le représentant de la secte antichrélienne du Xll* siècle, Frédéric Barbe rousse .
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donne la force et le courage de nous tenir toujours unis et toujours éloignés de tout principe de conciliationt semblable à celle qu'on voudrait établir entre le Christ et Bélial. Que chacun demeure à son poste. Ces hommes désirent que j'aille à eux. Moi je désire qu'ils viennent à moi. Mais je ne puis aller à eux et je n'irai jamais.
Que Dieu me fortifie, et qu'il vous encourage à soutenir le choc de la phalange infernale. Ces hommes sont des loups qui veulent dévorer les agneaux, mais il n'y a rien à craindre.Par cela même que ce sont des loups, ils seront vaincus, et les agneaux seront vainqueurs : Si lupi fuerimuSf vincimuTy dit saint Jean Cbrysoslome. Quant à nous, étant agneaux, nous aurons les yeux de Dieu tournés vers nous : Oculi Domini super jmios^ ei awres ^u$ m preas eorum.
Benediclio /)ei, etc.
Dans les derniers jours de juin, rAssocialion de la jeunesse catholique italienne ayant ^ésenié une Adresse ai Saini-Père, Fie IX «répond :
Uû jour se présenta au divin Maîlre un jeune honome désireux de sauver son âme et d'acquérir la vie éternelle : « Que ferai-je7 demanda-t-il, que dois-je faire, Maître, pour atteindre le but de mes désirs, qui est de sauver mon âme et d'acquérir la vie éternelle? » Interrogation suprême et toujours opportune, que tous doivent adresser à Dieu du fond de leur cœur, et de vive voix aux ministres de ce même Dieu.
Je vous vois autour de moi, mes Irès-chers enfants, et vous formez en ce moment ma joie et ma couronne. Vous êtes supérieurs au jeune homme de l'Evangile ; car au lieu de me demander ce qu'on doit faire pour atteindre la vie éternelle, vous venez me rendre compte de ce que vous avez fait pour la mériter, et me dire que vous vous proposez de poursuivre la noble carrière qui a pour but de procurer non-seulement votre salut, mais encore le salut d'autrui.
Plus les excitations au mal sont grandes, plus les scandales sont nombreux et fréquents, plus Tenfer montre d'audace pour entraîner au mal ; plus votre conduite est louable, et je prie Dieu qu'il vous donne la persévérance nécessaire. Dites hardiment que ceux qui méprisent les choses saintes, tous ceux qui prennent TEglise pour point de mire de leurs attaques, ou qui parlent comme des maîtres en Israël contre les abus qui, d'après eux, se sont introduits dans l'Eglise, et qui vous engagent à partager leurs sentiments et à vous conformer à leurs principes et à leurs prétendues réformes, dites hardiment que les hommes qui parlent ainsi appartiennent au monde» et le monde ne peut être avec nous.
Que cette vérité, ô mes enfants, demeure toiyourd gravée dans vos cœurs ! De quelque façon que ces hommes parlent, soit par conviction^ soit par lâcheté» soit pour rechercher une ténébreuse popularité, il est toujours vrai qu'ils représentent le monde, et le grand saint Léon répéterait encore aujourd'hui en s'adressant à çux : Pacem enim cum hoc mundOf nisi amatores mundi hahere mm fOMM : et muUa unquam iniquitati cum œquiUite comwmnio^ nuUa mimdacio cum vd^iiale concordia , nullus est knekriê cum Uéce oêmeHsus (1).
La solennité qui s'est célébrée en ce jour censacré k la mémoire du Saôné-Cœur de Jésus vous fournit des tf mes pour vous fortifier dans la lutte. Des blessures ouvertes de ce CiBur sort majestueusement l'Eglise, soutenue par sept colonnes mystérieuses d'où jailUsseat les eaux très-pures figurant les sacrenients. L'un de ces sacremoAts a là vertu de réunir les homnies à la graa^e famille chrétienne ; un autre de les fortifier et d'en fermer des chrétîeu ^ de vaillants combattants ; un autre de les nourrir de lUîment céleste qui est leur soutien ; un autre de les remettre en
(4) Ceax qui timenile monde peavent tevls tfoîr U phit tyee ce monde, mais nulle union n'est possible enlre Tiniquité et Téquité, nulle concorde entre le mensonge et la vérîlé, nulle entente entre les ténèbres et là lomière.
possession de ',la grâce qu'ils avaient perdue , et d'effacer la taches qu'ils avalent contractées ; un autre de choisir dans le peuple de Dieu les ministres du Seigneur chargés d'enseigner, d'administrer les sacrements et de fortifier les fidèles; enfin, un autre, appelé le grand sacrement, figure l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise. Malheureusement, le jour est venu où des législileurs pensent qu'oa peut profaner ce sacrement, et dans ce but, on cherche à fùre croire qu'on peut lui substituer un certain contrat civil, ce qui revient à dire qu'on voudrait mettre en oubli le sacrement et autoriser un honteux concubinage.
Quant h nous, allons souvent puiser la force dans ces sacrements que le cœur de Jésus-Gbrist a rois à notre disposition, pour notre salut, et ne nous approchons même pas de ceux qui ne croient point à la doctrine de Jésus- Christ, qui méprisent l'Eglise et les choses stdotes. et cherchent avec toute sorte d'astuces à inspirer le même mépris aux imprudents qui les écoutent. < Ne dites pas même bonjour à cet homme, » recommandait le vieil apdtre désignant l'hérétique.
Cependant, mes chers enfants, je vous confirme dans vos bonnes dispositions et je vous exhorte à vous montrer de plus en plus zélés. 11 est certain que les bonnes œuvres abondent en Italie. De toutes parts il y a des associations qui opèrent le bien de mille façons. Quelques-unes de ces associations s'appliquent à la diffusion de la bonne presse; d'autres s'emploient à l'instruction de l'enfance et de la jeunesse ; d'autres s'occupent de la sanctification des fêtes; d'autres tofin prêtent de mille manières leur concours au bien. Et grâce à Dieu, en dehors de l'Italie, on travaille aussi bien sans relâche pour tâcher de sauver cette pauvre société, si bouleversée par les menées des pervers.
Continuez à vous opposer au mal et redoublez chaque jour d'efforts en ce sens, comme nos ennemis le font pour em|>êcher et détruire le bien. Prions surtout le bon Dieu, afin qu'il daigne, dans sa miséricorde, mettre un terme à
la guerre si acharnée qui nous désole, et donner enfin à l'Eglise la paix si ardemment désirée : prions pour qu'il daigne prêter une oreille miséricordieuse à noire voix et nous exaucer.
Prions pour tout le monde. Prions pour ritalie, afin qu'il nous soit donné de la voir délivrée de ses ennemis et en possession du calme et de la tranquillité dont elle jouissait autrefois. Prions pour rEspagne, afin que cette auguste femme {la reine Isabelle assistait à Faudience et ne put retenir les larmes à ce passage du discours du Saint-Père) puisse voir la fin des maux de sa patrie.
Prions plus spécialement pour l'Allemagne, afin que la lumière se fasse pour les ennemis de Dieu qui s*y trouvent; qu'ils puissent ouvrir les yeux assez à temps pour voir et éviter le précipice qu'ils se creusent sous les pieds en perséculanl FEglise de Jésus-Christ.
Animé de ces sentiments, je vous donne la sainte bénédiction, que je demande pour vous à Jésus-Christ. Qu'il vous bénisse dans vos corps et qu'il vous donne la vigueur et la force nécessaires pour soutenir avec constance les fatigues et les combats ; qu'il vous bénisse dans vos âmes et qu'il illumine vos idées, afin que vous puissiez les appliquer de plus en plus à la gloire de Dieu et au salut des âmes; je vous bénis pour tous les jours de votre vie parce que tous les jours, mes chers enfants, il faut combattre, et conséquemment nous avons besoin que Dieu nous aide et nous soutienne sans cesse. Je vous bénis enfin pour le moment de la mort, afin qu'au terme de la carrière mortelle et douloureuse de cette vie, vous puissiez obtenir la bénédiction finale du Seigneur, et en faire le thème de vos louanges et de vos remerciments durant toute l'éternité.
Benedictio Deij etc.
DaoB les premiers jours de juillet, les divers membres de la prélalure ayant été reçus par le Saint-Père lu! ont présenté une Adresse. Pie IX a répondu :
Je conviens avec vous, et m'en félicite, Monseigneur, que la prélalure a donné, spécialement en ces circonstances, des preuves continuelles de son respect et de son amour envers ce Saint-Siège. Mais nous vivons en des temps difiiciles, en des temps d'épreuve, où il est de toute nécessité de veiller sur nos moindres actions, car il est évident qu'il faut un courage presque surhumain pour soutenir les droits de ce Saint-Siège, et une surveillance continuelle sur nous-mêmes pour se conserver sans tache à travers un chemin hérissé de toutes sortes d'embûches placées à droite et à gauche, parfois avec la malice la plus raffinée, d'autres fois avec l'impiété la plus éhonlée.
Vous aurez sans doute remarqué qu'en ces jours Dieu fait pompe, pour parler ainsi, de sa justice, en frappant de tant de fléaux la pauvre Italie. Tout d'abord c'est la Révolution qui détruit sans édifier, qui accable sans jamais soulager et va hardiment de Tavant, entrant dans les maisons pour les appauvrir et dans les chaumières pour les opprimer. Elle s'introduit même effrontément dans le sanctuaire, où elle fait les plus minutieuses perquisitions, afin (le s'approprier des richesses imaginaires, mais en réalité dans le but de s'emparer de tout, de tout découvrir et se rendre maîtresse de toute chose.
Cependant, nous voyons accroître sensiblement les fléaux : il semble que, depuis la funeste brèche de Porta Pia,Dieu leur ait donné un libre cours, comme pour signifier que l'enlèvement de Rome aux souverains Pontifes a été le signal de l'accroissement et de l'extension du règne de la désolation et de la mort. D'abord, nous avons eu les inondations sur plusieurs points de la Péninsule. Dans le Midi de l'Italie, le feu volcanique a occasionné autour de lui des dommages considérables.
Une maladie exterminatrice du jeune âge a moissonné
d'innombrables victimes, peut-être parce que Dieu a voulu préserver du ma) moral uu grand nombre d'enfants, ne malitia mutaret intellectum eorum, et accroître ainsi le nombre des bienheureux en possession du Paradis. Sur plusieurs points la grêle a causé des ravages, et le fléau asiatique se présente, comme pour avertir les hommes de se préparer par la pénitence, ut fugiant a fade arcus.
Et comme si tout cela n'était pas un motif sufiisant pour se tourner vers Dieu, voilà que Dieu lui-même regarde la terre d*un air indigné eifacU eam tremere. Tous ces châliments, il n'y a pas à en douter, sont appelés par les injustices énormes de ceux qui ont abusé de la force. Je ne dirai pas que deux de ces châtiments, à savoir le choléra et le tremblement de terre, furent représentés par les deux sections de la droite et de la gauche^ mais je dirai que c'est à cause de leurs péchés qu'ils sont venus fondre sur l'Italie, et que Rome en particulier est désolée de tant de maux qui frappent tout le monde indistinctement. Ces châtiments endurcissent peut-être le cœur des coupables, mais ils n'en doivent pas moins engager les opprimés à tenir les yeux ouverts et à les tourner vers Dieu. Les personnes attachées à l'Eglise, les prêtres séculiers et réguliers doivent surtout se recueillir pour examiner leurs consciences et voir s'ils n'auraient jamais en quelque part, au moins légère, contribué à attirer les cbâlîitiQnts de Dieu.
Certes, il déplaît à mon cœur d'avoir à vous exposer le spectacle de mille maux, mais je ne puis cacher ce que tout le monde connaît. Il ne nous reste donc qu'à aous défier de nos adversaires, même quand ils nous font entendre des paroles de conciliation et de concorde, et à élever nos cœurs vers Dieu, afin de nous unir de plus en plus à lui, car c'est de lui seul que nous devons attendre la force et la consolation.
Qu'il nous bénisse et que sa bénédiction nous communique un nouveau courage pour combattra, nous inspire une nouvelle contiunce et nous porte à espérer jusqu'au
jour uii nous verrons aolre espérance Iransformée en une consolante réalité.
Htnedidio Dei, etc.
Le s juillclau miLin, IcSaiut-Pèrc repavait, iJaDs la salie da Coasîsloirc, une ddpuLitlioa d'cnraulf cl ilc jeunes lilli!^ np|)arL<'ijaiil à <lc$ fitiMcs dislioguâuB de Rome cL membres de l'tKuvre de la jeunnse ca- IhoUtjue.
Xlaa des {ilus £61écs promoiricus de l'CEuvrc, M"" Mûrie Valcn^iaQi- GioveDale,a ea l'honneur de (iréseaicr la dépuiaiioa à Sa Sainteté-
A l'Adressa afleciueusc qui a <;i6 lue par une cnfaat de W' Ciovcaaie, le Sainl-Pèru a riipondu par des paroles d'cnL-ouragcmcul au bien cnlrepris par l'OKovrc de la Jeunesse catholique.
Imitez l'exemple du jeune pasteur David, a dit Sa Saiutelé, ce pasteur qui, dés sa jeunesse, s'exerça à étoufTer les lionceaux, ce qui le mit en état de tuer un jour le géaDi Goliath. Vous avez, vous aussi, des lionceaux à étouffer : ce sont les petits défauts, les tendances peu droilcs qui naissent dans voire cœur; il faut dès maintenant en extirper la racine, alin de pouvoir vaincre un jour les passions rebelles qui vous furent la guerre.
U' ^^ juiliei, rUtiioo Piuua, lui-uiL'o [tour U ilûfcnsc des iniér^ls calUoIiqucs, prësenuit une Adresse au Saiiii-l'6rc. l'îe IX a rdpoadu :
Oui, il est très-vrai que l'eufer s'est déchaîoé contre nous ; — néanmoins je vaincrai, lo vincero.
Et je vaincrai, non par ma vertu, mais par la vertu Je Dieu, par la médiation de Marie Trës-Sainte cl par vousmêmes qui avez élé, qui êtes cl serez ma joie cl ma couronne : Gaudiuvi mtum el coruna mea, pour parler avci' l'apôtre.
Ainsi, combattons sans crainte des puissances enofr.ics. Leurs armes ne sauraient résister longuement parce qu'elles diifendent lo mensonge el l'iniquité, tandis qw iiuus soutenons la vérité et la justice.
Dieu nu so rend pas encore à nos prières : Soil. iim souvenez-vous que s'il fut prompt à exaucer le CenlurioD,
il ne se rendit pas tout de suite aux supplications de la femme qui voulait la guérison de sa fille.
Cependant, encore que Jésus-Christ lui eût dit qu'il n'était pas bon de donner aux chiens le pain des enfants, la femme humble et constante répondit : Mais les chiens, Seigneur, recueillent les miettes qui tombent de la table du maître. Et Jéâus, comme saisi d'un sentiment d'admiration, accueillit ces paroles remplies de foi et inspirées par l'esprit de Dieu qui poussait cette femme ; et de même qu'il avait dit au Centurion : Non inveni tantam fidem in Israël^ il cria à la femme : 0 Mnlier^ magna est fides tua; et il l'exauça.
Nous aussi, remplis de foi, ayons confiance. Que cetlô foi ne faiblisse point. Elle est admirablement symbolisée par le poisson qui demeure tranquille au milieu des flols de la mer en courroux; elle ne se laisse point abattre par les contrariétés et les persécutions.
Remplis de foi, attendons, prions et demandons instamment à Dieu la paix, — voire paix et la mienne, la paix de tant de millions d'âmes éparses dans le monde ; demandons la paix de l'Eglise H de la société avec le triomphe de la vérilé et de la justice.
Que Dieu confirme vos paroles et vos sentiments. Pour moi, je vous donne dans toute l'effusion de mon cœur la bénédiction apostolique.
Dcnedidio Deij etc.
ALI. OCUTION
DE NOTRE Tm>.S-SAINT PftRR LE PAPE PIE IX
rnoNOsciÇR ao Vatican dcTnnt lr« rardlnnux de In «aintc ÉfflUe roni>ilac,
le «î» juillet 1873.
Vénérables Frères, Ce que Nous vous annoncions dans TAlIocution tenue
(levant vuus, vers la fiu de l'année précédente, vëoérablps Frères, à savoir que Nous aurions peut-être à vous parler encore des persécutions chaque jour plus violentes contre ta sainte Eglise, Notre devoirNous commande de le faire, aujourd'hui qu'est consommée l'œuvre d'iniquité que Nous dénoncions alors, car il Nous semble que retentit à Nos oreilles la voix de celui qui Nous ordonne de crier.
A peine eûmes-Nous appris qu'on devait proposer au Corps législatif la loi qui, dans cette ville illustre comme dans le reste de l'Italie, devait atnener la suppression des congrégations religieuses et la licitation publique des biens ecclésiastiques, aussitôt, en exécration de cet acte impie. Nous avons condamné le texte de cette loi, quel qu'il fût ; Nous avons déclaré DuIIe toute acquisition des biens ainsi enlevés à l'Eglise, et Nous avons rappelé que les auteurs comme les fauteurs de pareilles lois encouraient les censures ipso facto. Or, aujourd'hui cette loi, condamnée non-seiilemcnl par l'Eglise, comme opposée à son droit et au droit divin, mais réprouvée aussi publiquement par la science légale, comme rendue en contradiction de tout (Iniit naturel et humain, et par conséquent nulle de sa nalure et de nul effet, cette loi néanmoins a reçu l'approbation du Corps législatif, puis a été sancliniinée par le Sénat et l'autorité royale.
Nous croyons, vénérables Frères, devoir Nous abstenir de répéter ce que tant de fois, pour arrêter l'audace criminelle des chefs di' pouvoir. Nous avons exposé au lon<; sur l'impiété de cette loi, sur sa malice, sur son but et sur ses graves et désastreuses conséquences; mais le devoir qui s'impose à Nous de défendre les droits de l'Eglise, le désir de prévenir les imprudents et aussi la charité que Nous avons pour les coupables, tout cela Nous presse d'élever la voix pour faire savoir à tous ceux qui n'ont pas craint de proposer, approuver, sanctionner celte loi; à tous ceux qui la publient, qui favorisent son exécution, qui y donnent leur avis favorable, qui y adhèrent, qui t'exécutent et en même temps à tous les acquéreurs de
biens ecclésiastiques, noD-seulement que tout ce quils ont fait ou feront en ce sens est caduc, nul et de nui effet, mais que tous ils sont atteints de rexcommunication majeure et des autres censures et peines ecclésiastiques por-^ tées par les saints canons, les constitutions apostoliques et les décrets des conciles généraux, en particulier du conelle de Trente ; que tous ils encourent les plus sévères vengeances de Dieu et qu'ils sont dans un péril manifeste de damnation étemelle.
Cependant, vénérables Frères, tandis que les secours nécessaires à Noire suprême ministère Nous sont ravis de jour en jour, tandis qu*on accumule injures sur injures contre les choses et les personnes sacrées, tandis qu*lci et à l'étranger les persécuteurs de l'Eglise semblent concentrer leurs efforts el réunir leurs forces pour s^^opposcr absolument à rexercice de la juridiction ecclésiastique et spécialement pour troubler peut-être la libre élection do celui qui doit s'asseoir sur la chaire de Pierre comme vicaire de Jésus-Christ, que Nous resle-t-il à faire, si ce n'est de Nous réfugier près de Celui qui est riche cW miséricorde et qui ne délaisse pas ses serviteurs datis le temps de la Iribulalion !
Déjà celle vertu de la Providence divine se montre avec ('<A:d dans l'union parfaite de tous les évéqurs avec ce Sainl-Siége, dans leur noble fermeté contre des lois iniques et contre l'usurpation de leurs droits sacrés, dans les nombreuses marques d'amour de toute la famille catholique pour ce centre de Tunilé, dans cet esprit vivifiant par lequel la foi et la charité du peuple chrétien, prenant une nouvelle force et un nouvel accroissement, ho r^'pnndenl de toutes parts en des œuvres qui sont dignes dch plus beaux temps de l'Eglise.
Efforçons-nous donc de hâter l'heure désirée de la clémence divine. Que tous les évéques y excitent le» curén, et tous les curés leur propre peuple.; jetons-nous aux pieds des autels, el, prosternés devant Dieu, crions-lui de concert : Venez, Seifjneur, venezy ne tardez pan ; jmrdor.'
tiêz à votre peupla, rcmeUez-lui ses pêehia ; voyw itotre dûolation. Ce n'est pas à causé de nos mérites que nous répandeta devant vous nos prières, mais à cause de vos infinies miséricordes; prenez en main votre puissance et venez; montreznous votre face, et nous serons sauvés.
Encore que nous ayons conscieDce de notre iodigoilé, ne craignons pas d'approcher avec confiaDce du trône de la miséricorde. Sollicîtons-la au Dom de tous les habitants du ciel, mais surtout au nom des saints apâtres, au nom du Irès-chaste époux de la Mère de Dieu, et spécialement au nom de la Vierge immaculée dont les prières opèrent sur son Fils presque à l'égal d'un ordre. Mais auparavant efrorçoDS-nous, avec le plus grand soin, de purifier noire conscience de toutes les œuvres de mort, car Dieu abaisse ses regards sur les justes et ses oreilles s'ouvrent à leurs prières. Et pour arriver plus sûrement et plus pleinement à cet état. Nous accordons de Notre autorité apostolique à tous les fidèles, pour le jour que chaque évéque désignera dans son diocèse, une indulgence pténiére à gagner une fois, et qui pourra être appliquée au soulagement des fidèles défunts, pourvu que, s'étant confessés et s'élant nourris de la sainte communion, ils s'appliquent pieusement à prier pour les nécessités de l'Eglise.
Ainsi donc, vénérables Frères, bien qu'elles soient innombrables et terribles les tempêtes de persécutions et de Iributatioos qui fondent sur nous, ne perdons pas courage, mais conQons-nous en Celui qui ne permet pas la confusion de ceux qui espèrent en Lui. Car telle est la promesse de Dieu, et elle ne passera pas. Parce iju'il a espéré en moi, nous dil-ilj je le délivrerai.
Dans la v6nf ralilc nssembliîc qui a eu lieu le 'iâ, pour la provUion (Ipî églises, leSainl-Pôrc, avant île clore Insolonaiié, aailressfi aux Cvfqius lirésents un discours dont le Joumnl de Florence nous a donné la indnctioD :
A la bénéJiclion que je donne de tout mon cœur aux évoques qui viennent d'èlr» préronisés, çt aux peuples
qui leur sont confiés, pour lesquels tous jVi célébré ce matin le divin sacrifice, je désire ajouter quelques paroles qui seront pour tous d'un souvenir salutaire.
Saint Jean-Baptiste, dans le seul but d*éclairer ses disciples sur la personne du vrai Messie , voulut envoyer quelques-uns d'entre eux au divin ftédenïpleur, en les chargeant de lui demander si c'était Lui le vrai Messie. Que répondit Jésus? Il n'a pas dit: Je le suis. Non, mais il fit cette réponse : Dites à Jean que les aveugles voient , que les sourds entendent, que les estropiés se redressent et marchent, que les morts ressuscitent, et que les pauvres sont évangélisés. Il voulait dire par tout cela que les œuvres justifiaient sa divine mission, et qu'il était bien Lui le vrai Messie.
Je vous exhorte, ô chers frères, à suivre cet exemple sublime et à agir toujours de façon à vous faire reconnaître pour évoques, soit par la sainteté de l'exemple, soit par la sainteté de la parole. En vous conduisant ainsi, n'ayez aucun doute, les peuples vous reconnaîtront sur-le champ et vous recevront avec la joie la plus profonde et avec l'affection de fils dévoués.
Il y aura certaine classe de personnes qui trop certainement vous dira : Qui êles-vous? C'est à cette classe plus qu'à toute autre qu'il est nécessaire de répondre par les faits et par les exemples. Cette classe qui, par la permission de Dieu, se trouve maintenant haut placée, vous sera contraire et empêchera qu'on ne vous remette ce qui vous appartient, s'opposera mainte fois au libre exercice de la juridiction épiscopale, et manifestera de différentes manières sa mauvaise volonté contre la liberté de l'Eglise. Que votre maintien envers cette classe de personnes soit toujours inspiré par la charité et la mansuétude; mais si cela ne suffit pas , armez-vous de courage et de zèle et sachez répéter avec le même saint Jean-Baptiste et avec la même fermeté qu'il employa jadis : Non licet.
Ne craignez rien. Dieu est avec vous, nt vous donnera
toujours la force et la vigueur qui vous sont nécessaires pouf défendre les droits de son Église.
En ce moment une lutte est engagée entre quelques évêques et un gouvernement catholique atoéricaiD. Les francB^maçons sont là qui ont pénétré partout, et non contents de siéger parmi les conseillers du souverain, ils ont su s'introduire en outre dans les associations pieuses, telles que les confrérieSt Ils y sont fatalement parvenus en donnant à entendre que les francs-maçons de cette partie de l'Amérique ne sont point comme ceux de l'Europe, mais qu'ils sont une société de charité. Assertion mensongère. En Amérique, les francs^maçons ne sont pas moins excommuniés et anathématisés que partout ailleurs. Mais, à l'aide de cette fausseté, ils sont parvenus à se glisser même dans les administrations des œuvres pies, et maintenant que les évéques disent avec saint Jean- Baptiste: Non liceiy ils crient, meuacent, aigrissent les choses, vont même, comme à leur ordinaire, jusques à mettre en péril l'Eglise et le trône.
Si, dès le principe, on eût dit : Non licet^ on aurait vu de meilleurs effets, tandis qu'actuellement les agitateurs, les pervers et les ministres eux-mêmes s'opposent violemment aux évêques pour soutenir ces sectaires condamnés par l'Eglise, sans aucun égard pour les graves scandales et les désastres qu'il y a raison de redouter pour l'avenir.
Je vous le recommande donc, très-chers frères, criez à temps dans tous les cas où s'élèvent des prétentions injustes, élevez la voix et faites retentir partout : Non licet. Ne craignez rien, parce que, je vous le répète, Dieu est avec vous et sera avec vous, même sous les coups de la persécution, comme on le voit clairement par ce qui arrive aux évêques dont je viens de parler, et qui résistent avec un courage et une fermeté inébranlables aux prétentions injustes. Unis de cœur et d'âme, combattons le plus noble des combats, tel que celui qu'on soutient pour la gloire de Dieu, pour les droits de l'Eglise et pour préserver toute la famille humaine des dangers qui la me-
Dacent; combaltoos avec courage , car Dieu est avec nous.
Je réitëro les bénédictions , et prie Dieu de les faire descendre sur vous qui êtes présents, sur vos frères absents, et sur les diocèses auxquels vous êtes destinés comme pasteurs et maîtres.
Benedictio Deiy etc.
A Toccasion des pèlerinages de Chartres et de Paray-le-Monial, é'Adresse suivante^ revêtae de la signature de plus de cent députés, avait lié envoyée dans les derniers jours de juillet au souverain Pontife :
Très-Saint Père,
Les dépuléa de l'Assemblée nationale de France, réunis il y t quelques jours à Chartres, puis à Paray-le-Monial, et ceux de leurs collègues qui, unis de cœur avec eux, n*out pu accomplir ces pèlerinages, offrent à Voire Sainteté le témoignage de leur vénération et de leur dévoûmcnt.
Profondément émus des maux de notre patrie et des douleurs de TFlglise, nous espérons fermement que Dieu se laissera toucher par vos prières, Très-Saint Père, cl par celles qui s'élèvefit vers lui, en ce moment, de tous les points du monde et surtout de la France.
Nous n'avons pas de plus ardent désir que celui du triomphe de TEp^lise de Jt^sus-Christ, et notre patriotisme, d'accord avec les enseignements de Thistoire, nous inspire cet espoir qi*o riîgHsc et la Franco, sa fille atnéé, recouvreront ensemble, et Tune pir l'autre^ la pH>8périté, la paix, la grandeur et la liberté.
Comment désespérer, au moment où nous nous sentons entraînés par cet admirable et irrésistible élan qui pousse le peuple de France vers les sanctuaires où il plaît à Dieu de manifester sa miséricorde el sa toute-puissance ?
Non, le salut ne sera pas refusé à celte nation si cruellement éprouvée et qui, éclairée enfin sur la cause de ses malheurs, revient à la vérité nit^connuo et se jette suppliante aux pieds de Celui qui relève, quand il lui plalt, les nations humiliées et vaincues.
Daignez bénir, Très-Saint Père, ces pieuses manifestations et ces heureux retours. Bénissez nos résolutions et nos travaux.
Nous croyons tout ce que vous croyez ; nous acceptons avec la plus entière soumission les enseignements du Vicaire de Jésus-Christ, et nous ne saurions avoir de joie plus grande que celle de mettre à vos pieds nos cœurs de caiholiques fidèles, et de nous dire avec le respect le plus profond ,
De Voit c Sainteté,
Les fils dévoués.
Dès le H tlu même mois, le S«iai-PGre j rdpondaU par le bref sqÎ-
A noi ehers fiî$ Lucien Brun, G.dtBiieattelt comte iTAbbadie de Barau, et à totis les dépulès de FAtiemblie nationale de France qui, dans le but de se consacrer au Saeré-Cmur de Jésus, ont organisé la cérémonie de supplication à Paratjle-Monial.
PiK IX. Pape.
Chers fîls, salut et bénédiction apostolirjne,
Nous n'avons pas doulé, bien-aimés fils, que se lèverait de nouveau en France, après les longues ténèbres de Terreur, le soleil de justice, aussitôt que Nous avons aperçu qu'il était manirestement précédé de cette trèsréjouissanle aurore, la Mère de grâce. C'est elle qui, par sa présence, a Tait sortir de son sommeil d'une façon admirable celte nation; elle qui a suavement attiré le peuple ; elle qui s'est attaché toutes ces foules empressées par des bienfaits sans nombre, afîn que de tous elle fît h son Fils un royaume.
Déjà vous, bien-aimés fils, vous Lui avez élé amenés par cette très-douce Mère; déjà vous files allés droit à Lui, vo'us plaçant avec assurance sous sa garde; et déjà, de voire propre mouvement, vous Lui consacrez vos personnes, tout ce que vous avez, et votre patrie. ,
H y a vraiment un spectacle digne des anges et des hommes dans ces légions pressées de chrétiens et de chrétiennes qui, sans nulle incitation de l'autorité ecclésiastique, mais uniquement h sa grande joie et sous son action modératrice, aflluenl spontanément dans les sanctuaires pour demander pardon de s'être tenues si longtemps éloignées de Dieu, cl lui présenter ce cœur contrit et humilié, qui ne connaît pas de refus.
Lorsque Nous Nous rappelons que l'origine de tous les maux est venue de ceux qui, à la fin du siècle derniiT, s'étanl emparés du pouvoir suprême, imporlrrcnt les lior-
reurs d'uu nouveau droil et propagèrent les fictions d'une doctrine insensée; lorsque Nous Nous rappelons qu*elle est venue aussi d'un eniploi pervers de la puissance et des années, d'où sont sorties, avec le bouleversement complet de l'ordre politique en Europe, toutes ces semences de désordre qui, chaque jour se répandant plus au loin, ont peu à peu conduit le monde à cet état de commotion qui ne cesse pas: Nous éprouvons une joie extrême en voyant que le retour de la France à Dieu commence avec éclat et par ceux qui ont été députés pour s'occuper des affaires du peuple, pour porter des lois et gouverner la chose publique, et par ceux qui, placés à la tôte des armées de terre et de mer, refont la force de la nation.
Cet accord du droit et de la puissance pour rendre hommage au Très-Haut, à qui appartiennent la sagesse et la force, présage un avenir où le règne de Terreur sera ])rochainement détruit et où, par conséquent, la cause des maux sera extirpée jusqu'à la racine; il donne en môme h^mps l'espérance d'une parfaite organisation des choses, (Tune solide tranquillité, et d'une pleine restauration de la grandeur et de la gloire de la France. Car Celui qui est ^Tand par la force, par le jugement et par la justice donnera sagesse, intelligence et fermeté à ceux qui croient en Lui d'un cœur parfait, et il répandra avec munificence ses dons de grâce sur le peuple qui s'est consacré à Lui et qui espère en Lui. C'est là ce que Nous augurons pour vous, c'est là ce que Nous augurons pour votre patrie, bien-aimés fils. Dans cet espoir, comme gage de l'appui du ciel, et comme témoignage de notre paternelle affection. Nous accordons de tout notre cœur à chacun de vous et à la France entière la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 24 juillet de l'an 1873, de Notre pontificat la vingt-huitième année.