‹ Actes et paroles de Pie IX, captif au VaticanChapitre 7 sur 23 · DISCOURS À LÀ DÉPUTATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DISCOURS À LÀ DÉPUTATION FRANÇAISE

La députation française présente à Rome pour le vingt^cinquième anniversaire du Pontificat de Pie IX, vint à son tour lui présenter Thommage de son dévouement avec des offrandes et une adresse à laquelle le Pape répondit par une courte allocution qui eut aussitôt un grand retentissement en France où elle prit les proportions d*un véritrable événement. Nous la rapportons ici et neus renvoyons à V Appendice le court historique des incidents auxquels ces paroles donnèrent lieu :

Je ne puis dire combien de sentiments se réunissent en ce moment dans mon cœur ! Je me rappelle les grands bienfaits de la France. Je me rappelle ce que la France souffre. Je n'ai pas besoin de rappeler ce que je souffre moi-même. .. j Pauvre France ! J'aime la France, elle est toujours imprimée dans mon cœur. Je prie tous les jours pour elle, principalement à ce grand saint sacrifice de la messe; elle est toujours-présente dans mes pensées. Je l'ai toujours aimée et je l'aimerai toujours I Je sais combien elle a toujours offert le spectacle des plus tendres dévouements, combien sa charité est grande et compatit à la misère des pauvres, à la misère de l'Eglise, combien d'institutions charitables elle a fondées et en particulier quelle grande ardeur s'y manifeste pour les bonnes œuvres chez les femmes ; chez les hommes aussi, mais parmi les femmes spécialement. Cependant, je dois dire à la France la vérité. Je me souviens d'un Français haut placé que j'ai connu beaucoup ici à Rome, et qui me faisait de grands compliments. C'était un homme distingué, honnête homme, pratiquant bien sa religion : il se confessait même, mais il avait certains principes étranges; de principes que je ne sais comment peut allier un catholique convaincu. Il me disait, par exemple, que la loi devait

(1) Voir à VAppeniice*

étre ^thée, qup noijy dfiviops prof^ger tout \p qiOQde, ]p9 protestants comme les aub-es... Nous nous eotendiqp^ s\p beaucoup de points, mais jamais sur celui-là. Or, qu'arrivail-il? Ce mime homme faisait aujourd'hui une chose et demain une autre toute contraire t Un de ses amis, qui était protestant, étant mort à Rome, il accompagna le corps au cimetière et as^js^ au s^vice prf)^s|an(. ^gsuréieect, l'on fait très-bien d'assister les protestants dans leurs be&oips et dans leurs maladies et de leur faire l'aumàne, surtoift l'aumône de la vérité pour leur conversipi), jam p^rtiçi^pf à.certaiofs fonctions ecclésiastiques, c'est mauvais-

Mes chers enfant*, il faut que mes paroles vous disesl bien ce que j'ai dans mon cœur. Ce qui afflige votre paj^ et l'empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est ce mélange des principej. Je 4Uai le mot et je ne le tairai p«s: ce que je crains, ce ne sont pas tpus ce» misérables da ta Comnmne de Baris, vrais démoDs de l'epfer qui se prpuè^ oent siiF h Miffî. Non, ce o'est pa» c»|a; ce que js praiiu, c'est cette malheureuse politique, ce libéralisme calhpliqna qui est te véritable fléau. Je l'ai dit plus de quarante fus, je vous le répète à cause deTamour que je vous porte. Qui. c'est ce jeu... Cofnmefitdit-en en français? Nous l'appelpDS es italien altalena. {Ici quelqu'un de Fatsistance fait vnteHdn U ifiat de bascule,) Oui, justement, ce jeu de basCMle qui détruirait Ja religioit. Jl faut sans doute pratiquer la ofasrilé, faire ce qui est possible pour raraeper ceux qui suit égarés ; mais pour Cfla il n'$$t pas besoin de partager Imw opinions. Mais j^ ne veut pas prolonger mon discours : met forces ni wpo âge ne me le permeUraient pas.

Je vous remercia ; je vous remercie et vous charge demmercier tous les boos Fr4«çais pour tqul ce qu'ils ont fa^ de toute rp4Pi^re. afin de me soulager; car la FraucQ m'* donné ses epfaot^ qui Dojl ;^ersé leur saug pour le SaîAt- Siège; elle m'a doopé son argent, et elle a fait tant d'aiUM «uvres f}^ cbaritél Qu'ils soient donc bénis tous particu*- Uôremeat; et ^prés euï je bénis aussi tous les autres; je bénis tout le monde, et même les méchants, arm jju'ils

^|eDt )a lumière nécessaire pour marcher dans la voie delà vérité.

Recevez donc celte bénédiction apostolique. Je vous bénis, vous, votre patrje, vos familles, vos parents, vosamis, tout le ippnde, tous les diocèses de France, et en particulier le diociàçe de Nevers, du bon Mgr Forcade(l), tous les cur^s, leurs paf oisses, les pères de famille, leurs fenames, leurs enfants, et tou3 ceux des vôtres qui ont le désir d'étrp tt^nis par je Pape.

Que ce^e bénédiction soit toujours pour vous un soutien el cornais pi}|3 arme pour combattre les combats de la foi coptre UiQpré^ulilé; qu'elle vous accompagne dans les luttes de )a yifif qu'elle vous sqi^ un g^ge dje salut dans vos derniers moments et vous assure l'éternel bonheur.

^ $fQ^i ^1 ip^^ ^6 Sacré-ColIége étant venu, sous la présidence du cardioâl rarizzf, offrir ses hommages à Pie IX, et le cardinal doyen mnl àïi que les cardinaux espéraient voir Pic IX ressembler an Christ ^orieu pi triomphant après avoir ressemblé au Christ souffrant, le râpe répondit :

Je remercie le Sacré-Collége de ces sentiments qu'il n'a jamais cessé de professer. Il a été ma plus douce consolation, mon premier et mon plus fidèle soutien dans les trayêjfx pQur l'jSgUse de Jé^us-Christ, m'asi^istantassidùm^nt^ soit dans les différentes congrégations, soit dans les œuvres nombreuses accomplies pour le bien des fidèles.

En vous voyant, mes très-chers, en songeant au temps où nous vivons, ma pensée invoque le souvenir de David auquel un fils rebellé enlevait son trêne et son propre palais. Pour ne pas tomber entre les mains des rebelles, il dut fuir en exil, souffrant les outrages et les blasphèmes du vil Semei qui insulait à son malheur. Ses soldats fidèles 8*enfairent avec lui, le défendant, partageant et adoucissaut ses douleurs. Or, en ces soldats, je vois votre image, comme en ces outrages et ces bla5[)hèmes je vois les ou-

(I) Mgr forcade était è la této do la députation frauvaisc.

trages. les blasphèmes et les hypocrisies des jountaax qui souillent notre Rome.

Vous connaissez le sort du fils rebelle et comment il péril misérablement, frappé de trois coups.

Je désire et j'appelle sur celui qui m'a si ÏDJustemeot dépouillé et me persécute ces trois coupsi non pas trois coups matériels, mais trois coups de la grâce divine. Que ces trois coups soient la peoiiée du passé et des injustices et des violences commises; la pensée du présent, qui loi fasse comprendre la condition malheureuse où il a réduit TEglise jusque dans son siège principal; la pensée de l'avenir, qui l'avertisse qu'il devra comparaître devant le trdne de Dieu et y rendre un compte rigoureu:t de tout ce qu'U a fait-

Nous ne désirons ni le mal ni la mort d'aucun ennemi, mais qu'il se convertisse et qu'il vive.

Je bénis affectueusement les cardinaux, afin que le Seigneur les comble de ses biens. Je bénis leurs diocèses, leurs familiers, leurs serviteurs, priant Dieu qu'il leur donne en échange de tant d'affection et de fidélité à ma personne tous les dons spirituels et temporels.

Après ceUc réponse. Pie IX est passé dans la salle du CoDsîstoire, oft Tatieadail une nombreuse dépuUtîon de la noblesse romaioe- H. le marquis Cafalletti, sénateur de Rome, lui a lu ane adresse fc laquelle Pie li a répondu avec une cerlaine émotion :

Je remercie la noblesse romaine de ce témoignage d'amour, de fidélité et de respect filial, et je me réjouis de voir devant moi une portion si nombreuse et si choisie de cette noblesse.

Un cardinal, prince romain, présentait un jour uo sien neveu à l'un de mes prédécesseurs, qui déclara justement que les trônes se soutiennent principalement par l'action de la noblesse et du clergé.

La noblesse est, elle aussi, on ne peut le nier, un don de Dieu, et encore que Notre-Seigneur voulût naître bumblement dans une étable, on lit cependant de lui en tète de

deux Evangiles une longue généalogie qui le fût descendre des princes et des rois.

Vous employez donc dignement le privilège qui dérive de la noblesse en maintenant le principe sacré de la légitimitéy et j'en ai la preuve dans le choix que vous avez fait du sénateur de Rome pour parler aujourd'hui en votre nom. Certes, ce choix ne sera pas agréable à ceux qui sont venus ici commander sans droit ni raison.

Continuez donc à usor de votre privilège, fsûtes-en un usage très-noble en cherchant à ramener ceux de votre classe qui se sont éloignés de vos principes. Quelques paroles de bonne et tendre amitié pourront beaucoup sur leur cœur, et vos prières pourront encore davantage. Souffrez courageusement les peines qui vous viendront, et Dieu vous bénira comme je l'en prie. Je vous bénis, vous, vos femmes, vos enfants. Puissent ces enfants devenir votre consolation, comme vous, mes fils, vous avez été et vous êtes la mienne. Benedictio Dei.

En réponse à l'adresse des catholiques belges^ venus aussi pour le TÎngt-dnquième anniversaire, le Saint-Père répondit :

Eh bien, mes enfants, si, dans ce moment solennel, tout le monde catholique s'intéresse à moi et prend part à ma situation, il n'est — du moins quant à Tunitè de pensée et à Tunanimité des cœurs — point de pays dont j'aie reçu des témoignages d'affection aussi généreux que de la Belgique. Juvenes, virgines, viri, seniores, tous se sont empressés de témoigner au Pape leur filial amour et de soulager son affliction. Et il semble que Dieu vous a donné déjà la récompense de cet amour, car il a accordé à votre pa]rs de rester constamment calme et tranquille, au milieu de la tempête dont il était entouré. Peut-être vos prières y ont-elles aussi contribué, mais certes c'est à votre amour pouf le Pape que vous devez cette préservation.

Vous m'offrez des dons, une tiare, symbole de ma triple royauté au Ciel , sur la terre et même encore dans les

âfitme^; sur les iaxeé dd fiurgàtctlî'é. Et cett^ rby&utft Sît périra pas, car le Pape sera toujours le Pape, il'impofie oli il se tf'otlve : dàtls ses ËtïU cotiimé jadis, aiijhiii'd'hûi au Vaticati, pëdi-ëtfe uhjoùt eu t)risoa. Stais j'àcéèple cetié couronne comifae ilH symbole de résurrectioh. Elle be inè servira pas aujourd'hui, mais au jour du triomphé je là poHerai. Fasse le Ciel que bientôt ce jour arrive !...

Je termine ed Vous disant ce que j'ai dit à tous : Soyons unis ! Demetitez toujours unis avec TEglise et avec le Pape- C'est ce qui vous donnera ta force contre les enneinis de la Société et de l'Ëglise, car ces enbemis sont les liiêmés... Je vous donne aonc ma bénédiction ; qu'elle vous accompagne (iaiis vôtre voyagé vers la Belgique et surtout dans le gràiid voyage de la vie. (ju'èllè voiis soit celle forée pour combattre les ëhnemis de la société, bieii nombreux dé nos jbiirs. Je béiiis vos personnes, vos t'amilles, tous ceiix qiii vous soiil chers ! je Ijënis vos évêques èl votre clergé I je bénis votre jJays, votre roi, votre rèinè et leurs enfants. Que Dieu les protège ; qu'il protège la Belgique, cette terré choisie de la catholicité t

Le a tfaiit, lés jRtlnes Ràbàiàs du cercle dé Sàiril-Pieri'e pr^nl&Ifcai m Saiht-Pfiro les flabelli («Tcntoils) que l'on pont ft droite cl à gMChe de }i. Scdia GeEtatoria dans les grandes cérémonies ei dans la marcbe trioihpliaie du vicaire de JdsuS-Uirist parcouraoL les basiliques od se rendant i la loiçe de la bdni^diclioD de Saint-Pierre, de Salni-Jean dï LaiTOD et de Saint-Harie-Uajcure.

Sa SàioielË répondit à peu ptbs en ces termes :

Vous avez réalisé, en vérité, ildfe pensée tifilicilè. Ces éventails sont deux signes qiii accompagn^ht le Pi^ quand il se rend, porté ï^ur les épaiiles dé ceux qui solilîénncnt son trône, ail lieu d'oti il doniié la bënêdicUbrI apostolique au mdride.

EH ces symboles je vois vos coeùtâ, qui ifa'àccompàgiifcront pour repousser les attaques de tibs enofemis bbmnluns. Vos tceiirs feront comme té boUclier contre lequel ih WmtonX lés d^hds des lojilt-eS, Ses blttstthètniis; M

héfésiëà que lancetaî les impies, qui voudraient avilir, écniser et détruire, slls le pouvaient, les principes de ia rëligiôti dû Christ.

Hais ce que Dieu a fait ne saurait être renversé par la main de Thomme.

Vous, en attendant, cotltihilëî de prier, pèrâél^éréz ddns l*ëiëfcicé dé la vertu, dans la pratique des sacrements. bui, inàngez le pain des anges, buvez le vin des forts^ Le Seigneur vous emplira de son esprit^ il se laissera fléchir par vos prières et viendra à notre secours. Qu'il lève! Utl doigt de sa main; et Torguell seta abaissé.

Et piiisqué nous né pouvons rien ou presque rien attendre des hommes» plaçons toujours davantage notre espérance en Dieu, dont le cœur se prépare, me semble-t-ili à aecomplir, au moment ((u'il a ehoisi , ttti grâud prbdige iltii irènipllra le monde d'ëtdtifaehietit.

Aujourd'hui, je vous bénis. J*éléve mes mains vers Dieu et je dis comme Jacob à Fange : Seigneur ^ je ne vous laiê^ serai poiM partir que vous n^ayex béni mes filSi que VOUS n'ayez mis dans leur âme un courage nbUvètiû, utië fdrdë ëtlitib grftcë nouvelle, qili lebt fassëtit vaincre l'opposition de vos ennemis.

On écrivait à Rome le 25 juin 4874 à ï Univers :

bne déjpulaiioD suisse, prêlres et laïques, ayant obtenu audience, a \u au Saint-Père une adresse à laquelle Pie IX a répondu, en disant que la Suisse était le pays par excellence de la fidélité, de la fidélité militaire bien entendu, car elle n'a pas conservé la fidélité à TËglise. Mais elle y revient peu à peu, et personne n'ignore les progrès du catholicisme en Suisse.

Voilà avez un gouvernement rëpiiblicaih, et ce gouvernement el se croit obligé, par respect de ce qu'on appelle aujourd'hui la liberté, de donner asile à tous les mauvais sujets; C'est ft ce litre que rinternationale a élu une de êtes rêSldeilbfes bhei vous, tel je fais deà VhéUk poui- que vduà n'ayez point à en souffrir. Ces messieurs de l'Hterna-

tionale, qui ne soDt pas des messieurs, a dit le Pape, vonleot traiter le monde comme ils ont traité Paris, -^ et si on les laisse faire, l'Europe brûlera, — et l'enfer sera ainsi réalisé sur la terre. Ce sera l'empire de feu.

Je vous donne Ift le sens dei paroles de Pie IX.

L'orateur lai avait demaDdé raalorisition, pour les prêtres, de donner an peuple la bénédiciioa apostolique, i l'occasion du jabilé pooiiGcal, et Pie XI a ajouté :

Je TOUS donne cette autorisation. Senlement vons ne bénirez pas avec les mains comme les évËques ; il faol respecter la hiérarchie. N'imitei pas les gens de l' Internationale qai ne veulent d'ancnne hiérarchie sur la terre... Vons prendrez une grande croix pareille à celle-ci (et le Pape indiqnait an cruciBx], et vous bénirez les fidËles avec la croix.

Après avoir dit d'autres paroles, et avoir béni la dépataiion suisse, Pie IX a rencontré dans nne autre salle des dëpuialions italiennes, a parlé A chacnne et reçu leurs oCTraodes. Pais il s'est rendu dans la salle da Consistoire où se trouvait nne grande foule. C'étaient les artistes de Borne : architectes, sculpteurs, peintres, mosaïstes, etc.

L'uD de ces artistes a lu une adresse où étaient exprimés des sentiments admirables de toi et d'amour. Comme j'étais proche du Pape, je suivais sur son noble visage les mouvements de son émotion. La tristesse et la joie se partageaient son anie.

L'adresse était si belle que deux fois la foule n'a pu contenir an élan d'enthousiasme et a crié : Viae le Pape infaillible! Vive le Roidet roit! Qu'il vive ad mulios annos.

Pie IX a répondu en des termes si émouvants et si tendres que nul ne pouvait retenir ses larmes.

11 a parlé des beaux arts qui ont trouvé daos la religion du Christ les plus nobles et les plus saintes inspirations et s'est plu k montrer comment Home était toujours resté, mé^e dans les jours de la décadence artistique, féconde en grands hommes.

Ces grands hommes ont illustré la Ville éternelle dans ses monuments, ses temples, et c'est en vain que les nouveaux barbares cherchent à jeter sur ces splendeurs 'le voile de leur vandalisme ; derrière ce rideau de théâtre, on voit ce qui se passe sur la scène et les misérables qui s'y débattent. A ce sujet. Pie IX a parlé d'un ton douloureux des scandales qni se sont produits pendant ta nuit de la Saint-Jean, disant que les sectaires avaient fâlé le démon, mais il ne s'est point étendu sur ce sujet, et, se frappant la poitrine, il a ajouté : Ne parlons point de cela.

Puis il a exalté la ville de Rome au point de vne du mérite des artiste*, disant que jamais il n'avait eu besoin de recourir aux autres nations pour tout ce qni tient à la majesté, A la splendeur, k l'ornement. Le roi Salo-

mon, chef d^an penple qui faisait toujours la guerre^ quelquefois même à Dieu, en adorant les idoles, et qui n'avait trouvé en fait d*art qu'un seul instrument de musique servant à la fois pour les combats et les cérémonies religieuses, fut obligé, pour faire bâtir son temple célèbre, de &ire venir des artistes de Sydon, mais les merveilleux temples de Rome ont été construits et ornés par nos pères, a-t-il dit en s'adressant à cette foule d'artistes. Après avoir encore discouru sur l'état actuel des choses de Rome, le Pape a dit combien il était heureux de trouver ses sujets fidèles et il les a bénis dans leur intelligence, pour qu'elle conçoive des fiQeU dignes de la sainteté de l'Eglise, et dans leur main, pour qu'elle sache exécuter noblement ces sujets.

Le jour de la fête de saint Pierre, le Pape a reçu les jeunes gens des collèges étrangers fondés à Rome, et entendu la lecture d'une Adresse présentée au nom des collèges par le R. P. Semenenko. Le Saint-Père a répondu :

Taccepte avec reconnaissance TexpressioD de vos vœux, qui sont en grande partie, je l'espère, les vœux mêmes des nations auxquelles vous appartenez. J'espère que chez ces nations on fera écho à cette expression de votre amour pour le Vicaire de Jésus-Christ, et qu'on fera des prières pour le triomphe de l'Eglise, s'il plaît à Dieu de nous raccorder. Nous ne savons quand cela sera. Mais c'est aujourd'hui la fête de saint Pierre, et nous savons que saint Pierre était en prison et qu'il fut délivré sans presque s'en apercevoir, car i! ne s'avisa de penser qu'il était libre qu'après que l'ange libérateur se fut éloigné de lui, et alors il dit : Nunc scio vere.

El voyez que la première personne qui se trouva en face de Pierre délivré, c'est une jeune fille qui était dans la maison où il alla après sa délivrance, et ainsi la faveur fut faite à ce jeune âge qui, lorsqu'il s'applique au bien, est le plus fervent de tous ; quand donc vous serez proprement fondés dans le bien, vous serez pleins d'ardeur pour soutenir la cause de Dieu et de la religion. Qui sait maintenant si le fait de Pierre ne se renouvellera pas, si un jour je ne devrai pas dire aussi: Nunc scio vere. Quand sera-ce ? Je ne le sais pas. Je sais seulementqueDieuprotége l'Eglise, qu'il

l«fttlriflËStl &tmmiû tflbtilaUtJtiÀ, Sfin tjîi'blle devié&ne pluâ forte et plus glorieuse.

Fasse le Seigneur qu'il vienne bientôt ce jour de la joie et du triomphe. Cependant^ sans se troubler de ce qal ftrrlve (cftf la presdtijptibu ti'Mt pas une vèrtU), iittendoiiS le tJJohiËnt d(l SËlgrlèiit à^ëc htiriillité et gébèrbsilé. Cultivez la sainièté de (â vie par la fréquentation des eacrements, soyez attentifs au travail, obéissez à vos supérieurs et ne vous embarrassez pas de ce qui 90 passe dans Ife monde; n'ayez jamais dans les mains aucun journal de quelque couleur que ce soit, mais surtout aucun de ces journaux Tériiablemeiti vofhis par l'enfer; qu'oh rife peut ni Urë Ui téiiii: dàiis les mains sans s'exposer à commettre une faute grave. El puis sertitfe Domino m lœlilia ; je prie Dlett que vous lui soyez toujours fidèles ; je vous bénis, je bénis adSÈtt vos mattrës, vos familleâ, viti fiàtries.

U 30 jalil nu, le Saint-Père, prenant en considératiod le mal («• ineose que font les mauvais jourasDx et les aulrei œuvres révolmioD- ÔBJrËS des impies, adressait au cardinal-vicaire la lelire suivante :

M. le Cardinal; Lorsque Dieu, dans ses desseins impénétrables.apermis (jue Roiiie fut occupée conlrele droit, les usurpateurs proclamèrent qiie tlome était nécessaire à l'intégrité de ittalie et â l'iinion parfaite dé ioiites ses parties, comme si il n'y avait pas encore en Italie deux petites portions qiii restent sôus leur ancien feouvernement, et qiii, je l'espère, y resteront toujours. Cependant le but de ces grands ouvriers dé révolution n'élait pas seulement d'iisurper une ville comnle kome, leui^ but était et il est eticore de détruire le centre du catholicisme et le catholicisme tiiâme. four cette ruine d'iiiië œuvre indestructible, tous les impies, tous les libres penseurs, ibiis les sectaires du monde ont dontié leiir concours en apportant chacun leur part de contingeitt dans cette tné^ropole. tous ces i)etits bataillons se âobtféUiiis ëii uni seul coips et leiirbatestd'insiiJlèret

de briser les images de la Très-Sattitë Vièrgé ÈlaHë et âes SaiDts; de vilipëiidet ëi de pdUrcfiatèsëî leâ niitliëtfès du s&tiettlAirë, dé pfbfd&èt les é^liëëS et tes Jbttfs de fSte, de liiUmpliêf les tiiâlâdns dé prostitiltibii, d*àésobrdlf lés brétlles de leurs clameurs sacrilèges et d'infuser ddnsleâ bœurs et les eâpfits; stif tout parmi la jeunesse, le venin de Timpiété par la lecture de certains journaux souverainement imgtidëiits, hypocrites, menteurs et irréligieux,

Cette phalange Infernale s'est mise en tête d'extirper de Rome ce ((u'èlle appelle le fanatisme religieux, comme le dirait un philosophe italien, de fâchetise mémoire, mort subitement il y a peu d'années. Après s'être implanté à Rome, elle veiît rendre cette ville incrédillé ou foldtOt en faire là màtlrèssë a une religion dite de tolérance, telle que là Veillent cëtix qui ti'ont devant lés yetit la pcn$8ë d'âdcune autre vie qtie la Vie préâêiitè, et cëllx qui se fôrnlent de t)ieti cette idée qu'il làiâsë àlléHôUteâ chdiessân^ prës- (jiië s^cëuper de hoâ abtës.

El le goûvêhiëmënl qUl tolère tôiiS cés déSdtdi-ës appârtiént-it àusài à bette phalange ? Ndiis àimôUà à espérer que non, car l'affitmàtivë serait une lïdientable pfoclàmatlbU de là chute du trShe. tiëpëndant, poUi- apporter (}dëlqiie rëihëdë &là plénitude dé tant de niaux, voiis ferei, M. le cardinal, une bitculàire àlix curé^, a&h qu ils avertissent leurs paroissiens que la lecture de certains jbilhnaux, sp^' ciàléméht de ceux quis'îrhprimehl ici â Rbme, leur est défefaduë, et qlie cette défense soil faite dé telle sorte qiie ceux qui y manqueraient comprennent qu'ils font hbn un péché véniel, itiais un péché inbrtël. Pbiir toiille reste des offenses rappelées ci-des§us et qui concernent là violation dès lois de Diëii et de l'Ëglise, il faut dire à ctiactiii des ciirés: Argue^ obsecrùf increpa.

Enfin, levons les mains vers Dieu, et espérons que iâhl d'allentalscontre lui, contre sa religion et contre la société même auront iin terme, et que nous pbiirrbns sortir iib jour de ce labyrinthe de maux pour respirer tranquillement à l'ômbi-e de la fOi, dé là ifhbraleët de l'oi-drë.

Je vous bénis de tout cœur.

Le 30 juin, fâtedelaCommémoratioQdesaiat Paul.

Que tous se C4)nvertissent et qu'ils vivent, afin qu'ils puissent crier vers Notre- Seigneur Jésus-Christ : Seigneur, gue voulessvous que je fasse ?

Dans Isjoarnéeda tO jnilleL, les arocais eonùsLorieax, let procumirs dn collège ei deux cenu avocats et procureurs ea exercice, tous lalqnes, ont eu l'honueuT d'Être reçus p^r le SaÎDl-Père, dans la salle du Trâae, et de lu! offrir no magnifique missel. Le sous-doyen du collège des avocats coniistoriaux a donaë lecture d'une adresse à laquelle Sa Sainteté a fait la réponse que voici : ;

Rome a toujours été un objet de baine pour tous ceux qui mécoDuaissent les principes de tout droit et qui uesout pas imbus des maximes de la vérité et de la justice, parce qu'ils ne le sont pas des maximes de la religion et de la foi. Cette Rome fut toujours le but des désirs des impies et le point de mire de tous ceux qui veulent extirper la foi du monde. Dans toutes ces épreuves, soit à la fin du dix-buitième siècle, soit peu après les commencements du dixneuvième, soit aujourd'hui, toujours se sont produits des exemples de vigueur et de courage ; et vous-mêmes en êtes la preuve. Votre corps s'est trouvé souvent daus des conjonctures difficiles, il n'a jamais donné de meilleur exemple que celui qu'il m'offre en ce jour.

Les sentiments que vous m'exprimez en ce moment me sont doublement chers, parce qu'ils surpassent loutce qui a été fait jusqu'à présent, et parce que, au milieu de tant d'adversité, je compte beaucoup sur votre courage et sur votre appui, attendu que vous appartenez à une classe distinguée etintelligente, et que vous pouvez, par conséquent, mieux que d'autres reconnaître et apprécier l'impiélé des faits, les difficultés de la situation et tout ce qui arrive en ce moment.

Vous mettez le sceau aux manifestations de ferme fidélité déjà faites, et c'est pour moi un grand secours, car j'ai sans cesse à entendre des demandes peu agréables, à être

témoin de faits douloureux, à gémir sur les égarements de certaines personnes emportées par le torrent qui entraîne et dévaste tout. Si ce n'était l'aide de Dieu, tout cela est fait pour abattre, je ne dis pas pour avilir, car Tavilissement n'est pas vertu et ne sert de rien. Néanmoins, nous avons confiance en Dieu ; c'est Dieu qui nous conduira à la victoire. Je n'en serai peut-être pas témoin, car mes cheveux sont tout blancs et mon âge avancé, mais l'Eglise a toujours triomphé, et quiconque l'a combattue a fini par se briser contre ce rocher et vu se vérifier la promesse divine: Portœ inferi non prœvalebunL Ce jour viendra tôt ou tard. Espérons que la miséricorde de Dieu hâtera le moment où prendra fin cette situation difficile.

De nouveau, je vous remercie du courage que vous me donnez et de tout ce que vous avez fait pour moi. Je vous bénis au nom de Dieu ; je bénis vos familles, je bénis vos fils, qu'ils grandissent sous la protection de Dieu ; qu'ils soient, par vos soins, préservés du poison qu'on voudrait leur faire prendre ; puissent-ils ne pas tomber dans les pièges qu'on leur tend et être votre bonheur et votre consolation!

Que Dieu vous bénisse et vous donne le courage de continuer comme vous avez commencé; que cette bénédiction vous soit un soutien pour toute vie, et plus particulièrement à l'heure de la mort, afin que vous puissiez bénir et glorifier le Seigneur toute l'étemilé.

Benedictio Dei^ etc.

Une déjratation alsacienne était venne à Rome pur offrir au Saint- Père, à 1 occasion du 46 juin, les vœux de nos frères des bords dn Rhin.

VAmi du Peuple^ journal catholique alsacien, rapporte quils étaient an nombre de i\x : trois ecclésiastiques et sept laïques. M. rarchilecte Petit! porta et lui l'adresse des Alsaciens en présence du Saint-Père. Le Saint-Père se leva et répondit :

Cette preuve de l'inviolable fidélité de l'Alsace me touche profondément. J'ai toujours trouvé des défenseurs parmi mes bons Alsaciens, plusieurs à la Chambre des

députa 4fi PwU. im Qq()Mïtmept (M- K^Ucr)> qui f( prip wfi «»U89 sD i^aia« diui» lies cirppR»iBj)pe9 diJ^ciUs.

Le digne évoque de 3U9sbûurg g'pst tQ^Joure m» de mon côt4 et in's défendu* ppipcipalement lorsgu'mi prâUv apparlBOBDt autterpis à nm |i)pcèse(l), mais faisant pfirUe «cluelleraeDt d'une Pie^tc fipngrégaliop d^ P»riii. écrivit des cbog«s qga d'uiUfi» lui ^ngg^WPOi- 4 pi^'tte ocpMÏoR» J'évéq^j dfi Slra^bûttig yipt mp prouver et me dit: }< Ce prëtr9 D'apparlieRl plus h tfi^u (})t)cèae ; in^^ il y ^ ji»di8 apparleou. U me faut 1^ coiJQiidFe. ^ ^ Û pub|i» ]« coAr jJamnalioQ que voua poDi)9>»e9> U^ ee ^'e^t pas fpi 1^ iQomeDtdB parler de ceU. 4e pe veux aceuser psrsoqpg,

et Dieu sait que je prie poui c^ux qM.i propage])! des AitOr kiofis dont l-Qrgueil est la source. Ûais cm9rnwz bieu qu'il faut «e tenir itioilemeut oui «u Saint-Siège, qui sst Je ceoUe dp la venté.

Dites bien i l'évique de Strasbourg, -r- i] }e «ait d'ailleurs, — que je lui porte une gran4e affectipu.

Eu ce qui coucerue votre nouvelle po^itton, jç suis foudé à croire que vous pe ser«z pas gèoés dans le libre iBï^ercic^ de la relif^ioD catholique. Deux lettres que j'ai remues dv uouvel empereur tne psrneltent de l'espéred... i» sais bieo qu'où préfère ylvrs sou« uu souverain calholiquei quoiqutt les spuyeraios catboliqijes.... Uais passons pela sous sileuoe, car ce ji*est pas le lieu d'insister. U y a ifimps pour tout.

MaiDleaant je veux vous bénir et vpus })éo|jr ^e fput moD cœur. Je souhaite que cette béuédictiou vous fortifie 4|au| la foi; Je vous ^énis, vous, vos familles, vos aniis,

tous wu^ qui voiui sont ~^tfi. Puisse çe\lp |îéu^()ieUpa augmefiter leur foi et leurdéyoueineut pour l'Église I

— Ta-

on étfifail 4e Emne le 25 juUlet à YUnivers :

peçeyp^ If fié^m^oa dç ^'«cedémip fie la religion catholique. Pie il

3e s'est 1^ <^û^«Ptf 1?.^ ]?^9^ ï® zèle c^ 1^ bopop cfpclripe dj^ ipem^ef e cette académie ; i) ft voulu leur indiquer la direction que dpivepi pn ce moment prendre leur travani. Voici^ d'après la Voce délia vêktà^ un résumé de ce discours de Sa Sainteté :

Daips la variété des questions qui sur^issei)t. i| importe surtout dp Vepou$«er le» tealalives de cém qui chercbeut à fausser l'idée de riofaillibilité pontificale. Entre les erreurs répandues à ce sujet, Tune des plus venimeuses est celle qui ^prései^tQ ripfail)ij[)flit^ POPiW^ penjtermant le droit de déposer les souverains et de délier les peuples de PoMigatiÔB de leur rester fidèles. Ce droit a été, en des circodstancfs suprêmes» exercé par les souverains Pontifes, mais il n'a rien de commun avec llnfaiilibilité. Sa source n'était pas rinfaillib|jité, pa^^ {'autorité pontificale. D'après le droit public aiors en vigueur et par l'accord des natiow cbrétieimes qui voyaient daoa le Pape le juge suprême de la chrétienté, cette autorité s'étendait jusqu'à juger» même civilement» les princes et les Etats. La aitua^ tiqa présente est tout autre ; la mauvaise foi seule peut confondre des choses et des temps si divers» comme si le jugement infaillible sur un point de la révélation avait quelque affinité avec un droit que les Papes» sollicités par le vœu des peuples» ont dû exercer lorsque le bien commun Fexigeait. Le dessein de ceux qui répandent une idée aussi absurde et à laquelle nul ne songe aujourd'hui, le souverain Pontife moins que personne» est assez clair'. On cherche de^ prétextes» même les plus frivoles, les plus éloignés du yrai, pour exciter le^ princes contre PEglise.

Sa Sainteté a igguté :

ûn^lqii^UP^ vpudraient m'cQtendre expliquer et éclwcir I^ défi})f||pf) cqnciliaire ; je ne le ferai pa^; elle est ^^\fti 99S elj^rpân^ii^ et n'a I^esojn ni de pommpnt^res ni

d'explications. Il suffit de lire avec un esprit «ncère le

décret ; son vrai sens se présente facile et tout naturellement. Mais vous, avec votre doctrine et votre talent, vous n'en devez pas moins combattre ces erreurs, qui peuvoit tromper les gens sujets à tomber dans l'illusion et égarer les ignorants.

A rocuuon dn vingt-sixièine anniversaire de son poalifictt, Pie IX adresuit le 8 août au monde catholique l'EncjcIiqne suivante :

Page 1