ENCYCLIQUE
DE NOTRE SllKT-VÂRE LE PIPE PIE IX
A tous les Patriarches, PrimatSy AreheoéqMs, Evêques et autres ordinaires de tunivers catholique^ en grâce et comfliumton avec le siège apostolique.
PIE IX, PAPE
Vénérables frères, salut et bénédiction apostolique, Souveot, vénérables frères, dans le cours de ce long poDtificat, nous adressant à vous, nous vous avons dit avec quel sentiment de reconnaissance nous avions reçu les témoignages de cette dévotion et de cet amour que le Dieu des miséricordes a mis dans vos cœurs et dans ie cœur des fidèles confiés à vos soins, pour Nous et pour ce Siège apostolique. Depuis que les ennemis de Dieu, ont commencé à envahir son domaine temporel afin de prévaloir, si cela était possible, contre Jésus-Christ et contre l'Eglise qui est le corps de Jésus-Christ lui même et sa plénitude: Quœ est corpus ipsius et plenitudo^us, vous, Vénérables frères, et le peuple chrétien, n'avez jamais cessé de supplier Dieu à qui les vents et la mer obéissent, de vouloir bien apaiser la tempête; jamais non plus vous n'avez oublié de multiplier les manifestations de votre amour et d'employer tous les moyens par lesquels pouvait être adoucie notre tribulation. Mais, lorsque nous fûmes dépouillé de la possession de cette ville, qui est la
capitale de tout l'uDivers catholique, et livré au bon plaisir de nos oppresseurs, unis à la plupart des fidèles de vos diocèses, vous avez redoublé vos prières et affirmé par de firéquenles démoDStrations les droits sacrés de la religion et de la justice, foulés aux pieds avec une audace inouïe.
Maintenant que, par un événement tout nouveau depuis saint-Pierre et sans exemple dans la série des Pontifes romains. Nous avons atteint la vingt-sixième année de notre ministère apostolique dans la chaire de Rome, vous avez donné de telles marques de votre joie pour cet insigne, bienrait accordé à notre humilité, et attesté par là d'une manière si éclatante la puissante vie de la famille chrétienne, que nous en sommes profondément ému. Joignant nos vœux aux vôtres, nous puisons dans ce fait de nouvelles forces pour attendre avec plus de confiance le plein et absolu triomphe de TEglise. Il nous a été trèsdoux d'apprendre que partout de nombreux bataillons de suppliants se pressaient dans les temples les plus saints, et que sur toute la terre les fidèles accouraient en grand nombre autour de leur propre pasteur pour rendre grâces à Dieu du bienfait qu'il nous a accordé, et lui demander instamment la victoire de l'Eglise, par les prières publiques et la réception des sacrements.
Nous avons senti notre douleur, et nos sollicitudes nonseulement s'adoucir, mais se changer en joie par vos lettres de félicitation, par tant d'hommages et de vœux, par Tarrivée souvent renouvelée de fidèles venus des diverses parties du monde, entre lesquels beaucoup, plus nobles encore par la foi, l'étaient parla naissance, parles dignités ecclésiastiques ou civiles, et qui tous, unis dans un même amour et pour la même action au plus grand nombre des citoyens de cette ville et des provinces envahies, accouraient ainsi, même de pays lointains, s'exposant volontiers aux périls et aux outrages que nous-mêmes avons à subir, afin d'attester publiquement les sentiments religieux qu'eux et leurs concitoyens ont dans le cœur pour nous. Ils nous en ont apporté le témoignage dans des volumes
où des cenlaines et des centaines de milHers de fidèles ont écrit leur nom, pour flétrir énergiquentent l'invaâon do notre (irincipauté et pour en demander la restitution, qoo réclament et commandent (a religion, la justice et l'int^ft même des Etats civilisés.
Ëo celle occasion, l'aumône par laquelle riches et pauvres s'eiïorcciit à l'envi de pourvoir aux besoins de l'iodigenceoùnoussommes réduit, celte aumône est devenue mcorc plus abondante, et nous avons vu s'y joindre des dons multiplies, de diverse nature, d'une grande beauté; le tribut spicndide des arts chrétiens honorant surtout la double puissance que nous tenons de Dieu, la puissance spirituelle et la puissance royale ; et une ample et ridie provision de vêtements et de vases sacrés pour nous mettre en état de subvenir aux nécessités de tant d'églises plongées dans le plus triste dénuement.
C'est là certes un effet admirable de l'unité catholique; il démontre jusqu'à l'évidence que l'Eglise universelle, quoique répandue sur toute la terre et formée de nations qui difl'èrent par les mœurs, par le caractère, par les études est animée d'un seul et même esprit, l'esprit de Dieu, qui la fortifie d'une manière d'autant plus prodigieuse que l'impiété la poursuit et la presse avec plus de fureur, et cherche avec plus de perfidie à lui enlever tout secours humain. Que nos actions de grâces s'épanchent de nos cœurs et montent vers ce Saint-Esprit, qui, ajoutant ainsi & la gloire de son nom, console nos cœurs affligés par cette manifeslalion de sa vertu et de sa puissance, et les smttient par l'espérance d'un indubitable triomphe.
Mais si nous rapportons à Tauteur de tout bien les bienfoils reçus, nous n'en sommes pas moins rempli de reconnaissance pour ceux qui, instruments dociles de la divine Providence, nous ont rendu tous les devoirs de l'aumône, de la consolation, de l'obéissance, de la piété, de l'amour. Elevant nos yeux et nos mains vers le ciel, tout oe qui nous a été offert pas nos lils au nom du Seigneur, nous le lui offrons, demandant de toutes nos forces qu'il daigne ao
plus lot exaucer leurs vœux communs pour la liberlé de ce Saint-Siège, pour la victoire de TEglise, pour la Iranquîllilé du monde, et répandre sur lous et sur chacun libéralement, dans Tordre spirituel et dans Tordre temporel, les grâces que nous ne pouvons donner.
Nous aurions voulu envoyer à tous et à chacun en particulier une marque de notre gratitude et de noire bienveillante affection; mais Timmense quantité des témoignages reçus verbalement, ou par écrit, ou en offrandes, ne le permet pas. C'est pourquoi, afin de réaliser notre désir en quelque manière, Nous nous adressons à vous, Vénérables Frères, qui avez la première part dans ces sentiments de notre âme, et Nous vous prions de les faire connaître et de les exposer à votre clergé et à votre peuple. Exhortezles aussi à persévérer tous constamment avec vous et d'un cœur plein de confiance dans la prière, car si la prière assidue du juste pénètre le ciel et ne cesse que lorsque le Très-Haut le regarde, si le Christ a promis d'être présent là où deux se trouveraient unis en son nom et que le Père céleste fera tout ce qu ils demanderont, à combien plus forte raison TEglise universelle obtiendra-t-elle par sa prière continuelle et unanime, de voir enfin la justice divine lui devenant propice, les forces infernales brisées, les efforts de la malice humaine repoussés, la paix et la justice ramenées sur la terre !
Quant à ce qui vous regarde. Vénérables Frères, appliquez surtout votre zèle et vos forces à vous tenir toujours plus étroitement unis, afin d'opposer une phalange impénétrable aux ennemis de Dieu qui emploient chaque jour de nouveaux artifices dans leurs attaques contre TEglise, que jamais aucune force ne pourra détruire; par là, vous résisterez plus facilement et plus efficacement à leur choc et mettrez plus aisément leurs troupes en déroute. Voilà ce que nous désirons ardemment, ce que nous demandons instamment, ce que nous sollicitons de tout notre cœur pour vous et pour toute la famille catholique. En attendant, comme gage de Tévénement si désiré et de la faveur
divine, comme témoignage de notre bienveillaDce et de notre gratitude, nous doDDoos avec amour, du fond de Dotre cœur, à chacun de vous, Vénérables Frères, ao clergé, et à toul le peuple confié & vos soins, la bénédiclionaposlolique.
Donné à Rome, près SaÎDt-Pîerre, ce 5 août, fêle de Notre- Dame-des-Neiges, l'an du Seigneur MDCCCLXXL.
De notre pontificat le vingt-sixième.
VOsservatore romano du 11 août 1S7I publiait le leite ïialien de Is lettre suivante du Saiot-Pârc au marquis Cavalciti, président d'une commission qui s'adri^ssait aux catholiques pour ofTrir au Pape un trône d'or et proposer de douner à Pie IX le nom de Grand. En voici la iraductiOD.
Cher marquis sénateur et fils en Jésus Christ,
Les preuves multipliées d'affection filiale qui, chaquejour, me parviennent de tous tes points du monde catholique produisent en moi la plus vive émotion et m'obligent à une gratitude sincère que je cherche à satisfairepar la prière en faveur de tant et tant de fils de l'Eglise, au profit desquels j'applique chaque semaine le sacrifice dont le prix est infini, la sainte messe. Pour me rendre au commun désir, je l'appliquerai aussi, s'il plaît à Dieu, le S3 de ce mois, demandani à Dieu de délivrer notre Italie des maux si nombreux qui l'oppriment chaque jour davantage. En ces derniers jours, j'ai été surpris, fils trèscher en Jésjs- Christ, qui avez été toujours si attaché h ce Saint-Siégc, j'ai été surpris, dis-je, de la nouvelle que vous m'avez communiquée que les bons catholiques se disposaient à manifester leur amour filial par deux traits nouveaux et vraiment inalleodus : l'offrande d'un trône pon- tifical d'or et l'adjonclion du titre de Grand au nom de Pie IX. Le cœur sur les lèvres et avec la sincérité d'un père qui aime affectueusement ses enfants en Jésus-Christ» je répondrai touchant l'une et l'autre de ces offrandes.
Quant au don précieux d'une chaire d'or, la pensée s'est
aussitôt présentée à mon esprit d'employer la somme provenant des oblalions catholiques au rachat des jeunes clercs, qu'une loi ténébreuse et inouïe contraint de subir le service militaire. Le clergé est le siège d'or de l'Eglise ^t c'est pourquoi les dominateurs actuels dirigent principalement leurs efforts contre le clergé, en le dépouillant, •«n le persécutant, et surtout en rendant très-difficiles les -vocations au sanctuaire, afin de réduire à un nombre tou- -jours plus restreint les substitutions dans la hiérarchie •ecclésiastique, laquelle, décimée chaque jour par la mort -et par les amertumes, laisse des vides continuels qui ne peuvent être remplis, au grand détriment de l'Église de Jésus-Christ.
Il semble que ces dominateurs ont pris l'engagement de tout détruire, spécialement ce qui se rapporte à la religion et à l'Eglise. Prodigues de louanges et de subventions pour encourager les ecclésiastiques désobéissants aux évéques et apostats de la foi, ils persistent dans leur système infernal d'hostilité contre le grand nombre des bons, uniquement parce que ceux-ci sont contraires aux doc* irines des persécuteurs et à leurs dispositions antichrétiennes. Mais laissons ces dominateurs aveugles suivre la voie de la perdition ; devenus sourds aux premiers cris de la conscience et se moquant des saines doctrines que l'on met sous leurs yeux, ils se précipitent sur la pente qui les conduit au profond de Fabîme.
Quant au second dessein, de joindre le mot grand à notre nom, une sentence du divin Rédempteur me revient à l'esprit. Comme il parcourait, revêtu de la nature humaine, les contrées de la Judée, quelqu'un admirant ses vertus divines l'appela « Bon MaUre. » Mais Jésus répondit aussitôt : « Pourquoi m' appelles- tu bon ? Dieu seul est 6on. » Or, si Jésus-Christ, parlant de lui-même comme homme, a déclaré que Dieu seul est bon, comment son •indigne Vicaire ne devra-t-il pas dire que Dieu seul est grand? Grand par les faveurs qu'il octroie à ce même Vicaire, grand par l'appui qu'il accorde à son Eglise,
grand par la patience inBnie dont il uke envers ses eimemia, grand par les récompenses qu'il prépare à ceux qoi abandonnent les voies du péché pour s'appliquer à l'exercice de la pénitence, grand par les rigueurs de sa justice pour le châtiment des incrédules et de tous les ennemis obstinés de son Eglise.
Cela posé, je sens le besoin de confirmer ce que je viens d'indiquer. L'argent recueilli devra être consacré non à l'achat d'une chaire, mais au rachat des clercs, et l'on continuera de prononcer mon nom comme auparavant, en répétant cette parole à la gloire de Dieu : ifagnus Dominus et laudabilis ni mis.
C'est là le désir que le Père exprime à ses fils très-chers» et en l'exprimant il leur renouvelle ses assurances d'amour et de gratitude.
Il est vrai qu'à trois Papes véritablement grands ce titre fut donné, mais cela advint après leur mort, les jugements des hommes étant alors plus sûrs et plus calmes. Que ces bois Papes restent grands sur les lèvres et dans le cœur de tous ; pour moi, je vous donne avec toute refTusion de mon âme, à votre Tamille et à tous les bons catholiques, la bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 8 août 1871,
PiK IX, Pape.
Le correspondant romain de ÏUnivers lui écrivait le 31 >oûl 1S71 :
J'ai baisé la main de Sa Saînlcté pour les rédacteur! de i'Ciiivci's et ai pu l'accompagner dans la salle du Trône, ou se trouvait une dépnistion de trois cents dames qui lui avaient offert une grand quanlilé de vËtCments sacrés pour les églises pauvres. Aprùs avoir fait le tour de cette vaste salle, s'arrétani devant les groupes des femmes fidèles, écoulant leurs demandes et les bénissant. Pie IX a pris pkcc sur son trône.
— Sentiamo ditaquc quel chc diraaao queslc buonc signure (Ecoalons-donc ce que diront ces bonnes dames], a dit le Pape.
Mais, Eoit qu'aucune de ces dames ne fut préparée, soit qu'elles eustent touiea une même tiniditë, elles ont gardé le silence, et Pie tX, deboBt, a pris la parole k peu près en ces termes :
. « Votre œuvre, mes enfants, vaut plus que les discours.
ei je vous prie de recevoir les expressions de ma gratllnde pour les doDS si oonibreuzi que vous m'avez apportés. En coofectionoaDt des vélemeuts pour les églises que les impies ne cesseot de ravager, vous donnez une preuve de voire amour el de votre zélé pour la maison de Dieu, et vous adoucissez la douleur et la tristesse dont toute âme chrélienne s'eraplil à la vue des excès actu«ls. »
Citant, avec nu pnad bonheur d*expressiop, des Irails de rBeriiDre relaliCs aux v6lcin(.'iils sacrés, le Pape les a donnés en exemple ft son auditoire. Puis il a raconié un fait sacrilège récciMiiient acroni|t|i sur la terriioîrc romain, dnns une église, afin de Ricltre mieux en relief rmîlïié de iraiaiUer i l'ornemcDi do la maifoa de iPiea. U'aprèsie discours de Sa Saiaieté. qui s'a point indiqué le lieu, mais la dalc, j'ai lie& de croire que lo fait se rapporle à Tinvai^ion de la campagne romaine ptr les garibaldiens.
(.'a démon h faceliumaine se pr^nledana une église; il apportait de quoi manger et boire cl voulait prolancr la maison de Dieu. Il prend des vêlements s.icrés, les pl.icc sur une labli- en pui.;c de nappe. In couvre de mi'ts et de vin et s'en sert pour essuyer sa bouche. Il bint dans le calice, s'enivre, puis s'en va «i blasphémant.
L'énergie que le Pape a misi> dans son récit était c\lréme, mais apria avoir aini<i jiarlé de la profuoalion de la maison de Dieu, il a en un de ces mouTPmenis oratoires qai lui sont familiers, et, preuani le ion de la douceur, il a exalté la saimcié de l'œuvre entreprise pour l'omemênl de la maison de Dieu, el, du ton le plus palliétique, s'e;<t écr'.é :
« Mais vous-mêmes, mes enfants, n'ôt(s-vous pas des maisons de Dieu? ne douncz-vous pas bien souvent en voire cœur l'Iiospitalilé au Dieu vivant? Que votre maison spirituelle soit donc toujours parée et digne de cette hospitalité divine, tant aux jours mauvais que noua traversons qu'à riieuie de la mort. )>
On écrivait de tlomc, le 5 septembre, ù YOsscrvatore cauolko de Milan :
Dus la matinée du lundi 4 septembre, Sa Sainteté a reçu dans la salle du Trfcie ions les présidents, vice-présidents, trésoriers el secrétaires des quinze conférences de Saint-Vincent de Paul qui existent à Rome. Le R- P. AlGeri, président du conseil supérieur, a donné lecture d'une Adresse de la Société, où, après avoir offert au SainlrPérc ses hommages, ses féliciiations et ses vœux, elle lui demande de répandre dans le cœur de tous ses membres ce sentiment el cetcaprilde charité généreuse dont Sa Sainteté donne de si magnifiques eumples.
iii,',.;
Pie IX a riponda :
J'accepte vos vœux, et je vous exhorte à marcher avec pérsévéraace dans les voies de la charité sur les traces de saint Vincent de Paul. Que votre zèle s'accroisse à mesure que se multiplient les obstacles. Votre société, elle aussi, a éié en butte aux calomnies et aux contradictions. Oa l'accusa de conspirer, comme on dit aujourd'hui que le Vatican conspire et n'est qu'un foyer de réaction.
Hais ici, au contraire, chacun ne songe qu'à ses devoirs, et on ne fait que prier. Je vous recommande les pauvres, dont les misères augmentent chaque jour. Le nombre des suppliques qui me sont présentées va toujours croissant- La plus grande de toutes les plaies est celle des loyers. C'est un péché énorme de surcharger le pauvre d'un loyer supérieur à ce que l'équité permet. Je fais en ce moment bâtir une maison au Transtevere (aussi dit-on que le Pape est riche). Eh bien, cette maison exhale encore l'odeur de la chaux, et j'ai déjà reçu les demandes de vingt personnes qui veulent l'habiter, parce qu'elles savent que mon prix pour le loyer sera celui d'un honnête homme.
AprÈs celle allocution, ks sociéiaires se mirrnl i gcnoux,cl le Saint- Përe leur donna sa bénédiciioD, à eux, à leurs familks et h leurs pauvres, qu'il recommanda de DOuveaochalearcascmeai.FaisaDteD&uite le lour de la salle, il les admit tous à lui baiser la main.
Sa Sainteté était attendue dans d'autres salles par un grand nombre d'hommes italiens et étrangers, ecclésiastiques elUlques qui s'inclinaient à son passage; il eut pour chacun d'eux une parole d'arfcclion paternelle.
Le samedi précédent, cinq des cercles, qu'ont formés à Rome les damet catholiques, ont eu l'honneur de présenter leurs hommages au Saiol-Père. Ces dames étaient au nombre de deux cents.
Pie IX, le 7 se|)tembre, accordait une audience à l'Union romaine des étudianli calhoUqucs. VOnervalore romano du U publiait le texte de l'Adresse lue par le prteident de cette association, et ajoutait :
( Le Saint-Père accticillit arec bonié celle expression sîucère dessenlimenls de la nouvelle Union, dont le but est de maintenir la jeunesse studieuse dans une lidélité inébranlable aux principes catholiques, et répondit à peu près en ces termes:
Je vous remercie de ces beaux sentiments que vous
m'avez exprimés avec taat d'afTecUoa et de dévotion. Il est vrai que la justice divine pèse Fortement sur nous et permet aux eonemis de TËglise de s'élever contre elle pleins d'orgueil, de persécuter ses ministres et de réduire le Vicaire de Dieu à l'état que vous avez si bien dépeint. Je ne puis nier cependant que, dans la tribulation, le Seigneur donne une force pour la supporter, et je vous avoue franchement que si la grâce de Oieu.ne me soutenait, je ne sais comment il serait possible de résister à tant d'amertumes. En ce moment le secours me vient de voire foi, de votre union, de voire bonne volonté ; foi, union et volonté résolues à persévérer dans l'instruction religieuse et à s'opposer à tout ce qui a été bestialement introduit dans cette ville.
C'estun fait que dans aucune des villes d'Italie Uvréesà la révolution le poids de l'oppression, de la haine, de la vengeance ne s'est fait sentir autant qu'à Rome. La raison en est évidente. Le démon sait que Rome est le siège du catholicisme; comme du centre partent les rayons qui vont frapper tous les points de la circonférence, de cette ville émanent les doctrines de la vérité et de la justice, l'esprit de force qui vient de Dieu. Le démon le sait, et voilà pourquoi la main ennemie est ici plus pesante. Voilà pourquoi aussi votre désintéressement et votre abnégation sont d'autant plus méritoires.
Ici, avec nne paternelte sollicitude, Sa Saiatelé parla des iniéreis particuliers de ces jeunes gens, et puis conclut ainsi :
Que Dieu vous bénisse et vous assure le succès dans vos études et dans les nobles professions que vous avez choisies, afin que vous soyez toujours des membres respectables et l'honneur de la société humaine. Je vous bénis : Benedielio Dei, etc.
On lisait dans VOutrvatore romano dn W septembre 1871 :
La journée du SO septembre dernier devait fitre pour tout digne citoyen de ceUe ville, capiule du monde ealholiqne, une journée de douleur. II
en & été ainsi. Ua immeose voile de tristesse recouvrait ea ce jour les rues cl les maisons de Rome: rien n'a pu cacher ce deuiJ, ni les cris odieux do la populace, ni les applandisscmenis des bandes soudoyées ' dont il était facile d'apprécier le nombre, ni les quelqaes drapeaux qDe la peur de la canaille Gt mettre à quelques balcons.
Le S octobre devait & son tour éire une journée de protestation. Il en a iié ain&i. Toni ce qu'il y a de plus élevé dans le cercle arislocraiiqne de la sociié romaine était rëucï vers midi dans la salle du cansisiairc au Vatican. Le souverain Pontife daigna s'y rendre et écouler la lecture de l'adrcsso suivante :
Très Saint-Wre,
En ce jour néfasic de l'année passée s'est accomjili un crime duquel on ne saornit dire s'il est plus abominable par l'aiLenlat sacrilège qu'il renferme, ou )>ar la pertidie des meusonf;es employés dans l'cxéculiOD ; un crime par lequel on a voulu légitimer la violence et l'Injustice de l'usurpation. Kotre cœur frémit d'indignaiîon A la vue de l'impudence de \oi ennemis, qui osèrent mentir sur les parchemins et sur le marbre, représentant comme un vote du peuple romain ce ridicule pli^biscite qui n'a éié autre chose que le vote d'un ramassis il'émit;ré?, d'étrangers, de scélérats et de ces quelques lâches qui se sont laissé enlratuer, par des menaces et des tromperies, à se rendre aux urnes destinées A recueillir leahulleiius de l'apostasie. A cette airoce insulte nous veuons aujourd'hui, nous,jeunesltomaius, vos Qlset sujets, nous venons opposer une proieataiion solennelle de fidélité et de dévouement inaltérable jusqu'à la mort, h votre personne sacrée et aux droits inviolables eu vcrln desquels vous êtes le souverain Ponlirc et notre unique souverain.
Oui, Trés-Sainl-['ére, le désir de vous cxi>rimer les vœux de notre cœur nous a conduits h vos pieds, en ce jour de deuil. Voire présenee seule diminue en nous la tristesse de ce souvenir amer, car en vous cobtcniplant nous voyons la protPction que la Providenre accorde à vos jours prétienx et nous gajpions la c>Tiitmle qu'à l'exemple do divin Rédempteur, pour vous aussi, son victlte, la voie du Oolgollia sera la voie 3 ni vous conduira au triomphe de la résurrection. iSous nous (nlorifions 'avoir notre part au calice de votre passion et nous rej;ardons avec dé- Soût et compassion ces malheureux qu'ont approché leurs lèvres 0 calice , de la nouvelle Itabylone. Nous nons glorifions nonseulement de notre fidélité envers voire personne sacrée, miis dovs nous glorilions encore d'en faire la profession publique, méprisant les insultes cl les rires moqueurs de ces malheureux qui mettent leur gloire dans l'iniquité. Nous nons glorifions enfin dans la pensée "lu'cncore que nos protestations ne soient qu'un léger hommage rendu fi l'augnste Majeslé de votre personne, cependant la magnanimité de votre cœtir paternel daignera l'accueillir comme un gage de noire ardent désir d'apporter quelque soulagement à votre amiciion.
Bénissci-DOus, Très-Saint-Pàre, ci que votre bénédiction raflermissc et accroisse dans nos cœurs ces sentiments qui forment nujourd'liui notre gloire et qui resteront toujours noire régie de conduite dans l'a-
Nous ne sommes pas en mesure de lapporter exactemenl la réponse da SaintrPëre. tiotis ccoyona, toutefois, pwivaii aa iadiquei les pduci-
pales pensées. Après SToir exprimé ta saiisfkciioQ de se IroaTer an inilien . de persoanes qui saiveni tes voies de l'honnear, de la justice cl de la vérité, Sa Sainielé développa les points qui saivcnt :
Nous voyoDS le monde partagé en deux: d'un côté les catholiques, de l'autre les hommes plongés dans l'iadi^érence ou inspirés par la haine de la religion.
La société moderne veut que la science suffise à tout, et elle regarde comme étranger à la science tout ce qui tient ft la religion et à l'Eglise.
Il faut s'opposer avec force aux maximes présentes du siècle, et s'irlout prier toujours. Les murs de Jéricho tombèrent d'eux-mêmes par la volonté du Seigneur lorsque le peuple de Dieu en eut fait te tour sept jours de suite, sous ja protection de i' Arche d'Alliance. Ne nous lassons pas de prier en invoquant celte Arche d'Alliance qui est la Reine au ciel, et nous pouvons espérer la joie de lui rendre grâces un jour parce qu'Elle auru sauvé Rome, la Rome de Pierre et de Paul, le siège du Vicaire de Jésus-Christ.
L'Assemblée, profondémcni émue par la parole du Saint-Pôrc, eut ensuite lu consolaiioa de recevoir fa bénédiction apostolique.
rendant ce temps-lii une réunion cousidérabic du la jeunesse romaine remplissait la salle ducale. Kous disons la jeunesse, parce que l'euirée n'avait été accordée qu'à elle seule, attendu l'iiniiosslbililé de recevoir tous ceux qui avaient soUîcilé la faveur de se présenter en ce jour an Saint-l*érc. 1^ vaste enCL'inle de la enllo pouvait à peine la conienir. A l'arrivée du Saînl-Pire, elle le salua par une explosion do vivais enihonsiaslcs longtemps prolon^îi^e.
tnfîn. le silence s'éUint l'ail, l'un de ces jeunes gens lut une tris-bslle Adn-sse, ob, à l'occasion des souvenirs que réveille un tel anniversaire, étaient exprimés tous les senlimcnls que la fidélité des sujets à IcursouTerain, la dévolion des catliolit|ucs pour le chef de leur religion, l'amour des Tils pour leur pure, peuvent inspirer i des âmes jeunes et ardentes.
Le Saini-PÈre visiblement ému fil à celle Adresse une réponse digne de la prandeur de la cause dont il est te représentant, digne de la grandenr Ak son nom. En voici h peu prés la teneur:
Si quelque chose peut apporter force et consolation à un cœur plongé dans la tristesse et la douleur, c'est d'entendre de ta bouche de tant de sujets fidèles et de tant de Gis généreux de Rome leurs protestations d'obéissance, de
fidélité, de dévoIioD. J'en rends grâces à Dieu, et je lui demande de mettre dans vos cœurs le don le plus rare et le plus précieux. : la persévérance dans ces sentiments et le courage de professer ouvertement la foi.
Maintenaot, eu ce jour consacré aux anges dont chacun de vous a l'un à ses cdlés pour gardien et pour conseiller, j'ajouterai quelques paroles prises dans l'Ecriture et que l'Eglise applique à cette fête.
Le prophète Zacharie eut une vision extraordinaire : il vit des anges montés sur des chevaux de diverses couleurs et ayant à leur tête un archange qui les conduisait. Pour salisfaire la curiosité de Zacharie, l'archange lui dit qu'il avait été euvoyé dans les royaumes qui entouraient le peuple choisi et qu'il en revenait après avoir rempli sa mission. Cet archange (saint Jérôme dit que c'était saint Michel) répondait à toutes les questions du prophète. Il l'assura non-seulement qu'il voulait prier Dieu pour le peuple de Jérusalem, mais encore qu'il avait déjà prié et fait connaître à Dieu les maux de sa cité et les excès des peuples qui étaient venus la soumettre à leur domination.
La réponse de Dieu fut celle-ci: Je suis irrité et ma colère est grande, ira magna Ego irascor; puis il ajouta: Néanmoins je reviendrai à Jérusalem dans mes miséricordes, revertar ad Jérusalem m misericordiis. Dieu était indigné contre ceux qui opprimaient son peuple. Or, en ces jours nous avons prié l'archange, nous avons donc l'espérance qu'il montrera à Dieu les plaies de sa cité, centre du catholicisme, donnée à ses vicaires pour qu'ils la régissent et la gouvernent, et pour régir et gouverner tout le monde catholique; nous avons l'espérance qu'il renouvellera ses prières, qu'il fera pour Rome ce qu'il fit pour Jérusalem. Oui j'en ai la confiance, je l'espère, je tiens pour certain qu'il les a renouvelées. Dieu aura répondu : Ego irascor, je suis plein d'indignation (selon notre manière de parler, car Dieu ne s'indigne pas), et II laissera libre cours à sa justice, mais ensuite il tournera vers
Rome sa miséricorde : Converlar ad Romam in misericordiis.
J'espère que Dieu tournera ses regards vers Rome, et qu'ouvrant ses maios il la comblera des efTels de sa miséricorde, qu'il la délivrera de l'oppression et des scandales; que nous pourrons, comme par le passé, célébrer les foDclions sacrées sans opposition et sans guerre. Que la paix revienne, que les scandales dont est remplie cette sainte cité de Dieu prennent fin ; vienne Marie, mère de miséricorde, et avec elle les saints apôtres Pierre et Paul, TuD fondement de l'Eglise, l'autre docteur des nations ; ils obtiendront de Dieu qu'il répande sur nous ses miséricor' des.
Espérons donc des jours moins remplis de douleur et de peine, et où on ne verra plus les scandales qui nous entourent. Persévérons dans la prière. Nous célébrions en ces jours la mémoire du triomphe remporté, il y a trois siècles, contre l'islamisme et tes Turcs; prions pour qu'il nous soit donné de voir la victoire contre rmcrédulilé mo- , derne elles persécuteurs de l'Eglise de Dieu.
Dans ces douces espérances, j'élève les mains pour vous bénir. Que l'effet de cette bénédiction soit de redoubler voire ferveur pour le service de Dieu, pour la défense des droits de la vérité, de la justice et de la religion. Qu'elle vous donne celle joie de l'esprit qui se perd quelquefois au milieu des assauts et des persécutions de l'enfer; qu'elle vous donne celte tranquillité et celte paix qui est le propre des âmes fidèles à Dieu ; qu'elle vous donne la consolation d'être unis dans vos familles, les pères avec les fils, les . frères avec les frères, tous en l'unique pensée de rendre gloire à Dieu, de servir la société humaine, de demeurer résignés au milieu de nos maux et de nos angoisses.
Nous espérons que Dieu ne vous abandonnera pas, qu'il viendra bientôt à votre secours: Convertar ad Romam in misericordiis. Que celte bénédiction soit sur vous au der~ nier moment de la vie, afin que vous puissiez par elle remettre vos Smes dans les mains du Père étemel : /n ma-
nusiuos.floniine.commendoapinifunimcum,— et qu'elle voua donne le droit d'entrer dans l'éternité bienheureuse pour bénir et louer Dieu à jamais. Benediclio Dei omnipotet^ lis, etc.
M. de Belcastol, dSpnlé à l'Assemblée nationale avait cDTOyé le 16 septembre au SaÎDl-Père une lettre d'adfatsioii au Syllabus et k l'inlairiibilitâ (<). Le Sainl-Pâre répondit par le bref suivant:
A nos chern fils de Behaslel et ses collègues représentants du peuple dans FA ssemblée nationale de France.
Pie IX, Pape.
Chers &Ls» satut et bénédiction apostolique.
Nous vous félicitons, Tils bien-aimés qui, chargés de ta redoutable fonction de restaurer et de reconstiluer l'ordre public troublé par une guerre longue et cruelle, par le renversement des institutions, par une épouvantable insurrection d'hommes très-criminels, avez pensé, que dans une œuvre aussi difficile, il faltait tourner vos regards par-dessus tout vers Dieu, et commencer par affirmer ses droits et ceux de l'Eglise, afin de puiser pour vous-même le don de conseil, et, pour votre infortunée patrie un secours efficace à la vraie source des lumières, de la justice et de l'autorité.
Comme vos maux ont été le fruit des doctrines perverses qui avaient affaibli la foi, corrompu la science et les mœurs, et comme par suite il importe de bien mettre en lumière que le remède consiste dans le rejet de ces doctrines, Nous regardons comme très-heureux votre acte de pleine soumission aux définitions du concile du Vatican, et le dévouement absolu que vous proclamez pour la chaire de vérité qui a reçu du Ciel la mission d'écraser l'erreur et d'arracher avec elle la racine des maux. Toutefois, cela est manifeste, elle ne peut remplir librement et efficace-
(t) Voir l'Appendice.
ment cette mission de même qaeles autres charges de son mioistère suprême, que si elle jouit etie-nième d'une Kberté souveraîoe, hors de l'empire de tout autre pouvoir. A cette fia, la divine Providence l'a dotée d'un principal civil lui appartenant en propre. C'est pourquoi Toppresnon sacrilège pesant sur elle et rusurpalion d'un domaine de celle nature qui ont soulevé dans tout l'univers les cœurs des fidèles dont on foulait aux pieds tes droits sacrés, enûamment également votre zèle pour stigmatiser un pareil forfait et exciter les conducteurs des peupte^i, surtout votre patrie, à redresser une aussi grande iniquité.
Ce zèle religieux est une preuve irrécusable de votre foi et de votre piété; il témoigne de l'indépendance et de la ft;rmetéavec lesquelles vous accomplirez volremandal.il donne aussi l'espoir que le plus grand nombre de vos collègues, touchés du désir du bien solide et vrai de TEglise et de la patrie, arriveront à partager vos convictions et vous donneront le concours de leurs forces. C'est assurément ce que Nous demandons à Dieu avec ardeur, Nous qui voyons le salut de la France et de tout l'univers dans le rétablissement de la religion, de la vérité et de la justice, et Nous le supplions de toute notre âme de venir en aide & votre dur labeur.
En attendant, comme signe de la faveur d'en haut et comme gage de notre affection paternelle. Nous vous donnons du fond du cœur Notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome le o du mois d'octohre 1871, la vingtsixième année deNotre pontilicat.
Vers 11 Soda mois d'ociobre tSTI, une dJpuULion de cathoKfiues de Torin, ayanl à sa leic le comlc Cosla delU Torrc, a eu l'hoimcur d'filrc reçueea audience particulière par le Saint-Pfrc, pour lui faire hommigc d'un m agai tique album couvcrl de signatures.
Sa SaïQtcié ■ répondu ft l'Adresse de la députation dans les termes snivanu i
Vous avez eu une excellente idée de faire, dans votre magnifique album, la distinction entre la vieille et la
nouvelle ville de Turin, entre Turin catholique el Turin révolutionnaire. Vous savez combien j'ai aimé votre ville. J'y ai recueilli bien des ingratitudes, mais je n'oublierai jamais que la partie chrélieone de sa population a rempli mon cœur de consolation par les preuves de fidélité qu'elle n'a jamais cessé de me donner. Ce sera donc avec plaisir que je jetterai les yeux sur le côté de votre album où sont inscrils les noms de mes enfants catholiques, et lorsque mes regards rencontreront en même temps ceux de mes brebis égarées, qui ont abandonné leur pasteur pour augmenter le nombre de ses ennemis, je prierai le Dieu des miséricordes de les éclairer et de les ramener bientôt au bercail-
« Quant à vous, qui avez toujours marché dans le chemin de l'honneur et du devoir et qui consacrez votre vie aux bonnes oeuvres, persévérez dans cette voie : méprisez les sarcasmes et les iojures des méchants; rendez i vos ennemis le bien pour le mal. Rappelez-vous qu'au terme de celle vie de souffrances, nous attend une vie de joie et de bonheur éternels.
e Je vous bénis de tout mon cœur, vous, vos parents, vos amis et vos compatriotes fidèles. »
Le 27 octobre, à l'occasion de la nominalion d'un (;raiid nombre de nouveaux Ëvêqufs italiens, le Sainl-PËre adressait aux cardinaux noe émouvaole allocution où il traitait la situation de l'église. Voici ce grave document.