WEDDELL. — QUINQUINAS
avant que l'Angleterre, profitant des fautes comme de Texpérience de ses devanciers, entrât sérieusement dans la même voie. Le gouvernement hollandais savait que le Muséum avait distribué dans le commerce français un certain nombre de pieds de Cinchona CalisayUy nés dans ses serres. Il s en procura chez MM. Thibaut et Ketelêer, et les fit transporter à Java. Ce sont les premiers qui aient respiré Tair des Indes. Ils provenaient, on le voit, du Muséum d'histoire naturelle. J'ai dit aussi, plus haut, que le premier envoi fait par l'Angleterre dans ses grandes possessions asiatiques était d'origine française. Les plants qui le composaient provenaient de la même source que ceux qui se trouvaient déjà dans les Indes néerlandaises : du Muséum d'histoire naturelle.
La Hollande ne s'en tint pas là. Dans cette même année 1852, elle fit partir pour le Pérou le botaniste Hasskarl, avec mandat d'y recueillir des plants et des graines de Cinchona et de les accompagner à Java ; ce qui fut fait ; mais, soit par une raison, soit par une autre, les progrès des plantations furent très-lents ; si bien que lorsque, trois ans après, la direction des cultures vint à être confiée à M. Junghuhn, celui-ci n'y trouva que 351 arbres en pleine croissance. A partir de cette époque, cependant, la multiplication prend des proportions considérables, et, sans une circonstance qui est réellement à déplorer, les plantations des Indes néerlandaises n'auraient aujourd'hui rien à envier à celles de l'Inde britannique. Séduit par la plus grande rusticité d'un Cinchona d'espèce douteuse, né de grames rapportées par M. Hasskarl, on se prit à le multiplier au détriment d'autres espèces plus délicates peut-être, mais dont l'utilité était démontrée, et l'on reconnut, trop tard, que la plante qui avait coûté tant de soins n'avait que peu ou point de valeur commerciale (1) ; de sorte que, bien qu'il y ait en ce moment plus d'un million d'arbres à Quinquina dans l'île de Java, la proportion des bonnes espèces y est relativement faible. Je n'exagère donc pas
(1) Ce Cinchona^ provenant des environs d'Uchubamba, dans le Pérou central^ a été reconnu nouveau par M. Howard, et a été dédié par lui au gouverneur général des Indes néerlandaises, sous le nom de C. Pahudiana, L'espèce avait été confondue, paratt-il^ antérieurement, avec le C. ovata et avec le C. carabayensis, dont elle est bien distincte. Des échantillons de Fécorce de cet arbre, ainsi que de celles de presque toutes les autres espèces de Cinchona cultivées jusqu'à ce jour dans les Indes, forment partie de la magnifique collection quinologique exposée par MM. Howard et fils dans le Palais du Champ-de-Mars. On sera heureux d'apprendre que cette collection, que plu-, sieurs d'entre nous ont examinée avec un si vif intérêt, a obtenu une médaille d'or du jury international à riLxposilioa universelle.
hh CONGRÈS HITBRIIATIONAL DE BOTANIQUE.
beaucoup en disant que l'opération devra y être reprise presque en entier, en n'y employant, cette fois, que les espèces ou variétés (1) dont l'expérience, ou mieux encore, l'analyse chimique, aura démontré la valeur. C'est en procédant ainsi que l'Angleterre est arrivée, presque du premier coup, à la solution du problème.
M. David Moore, vice-président du Congrès, dépose sur le bureau une caisse pleine d'échantillons frais de Nepenthes et d'autres plantes, et fait la communication suivante :
DE LA CULTURE, DE LA PROPAGATION ET DE LA MORPHOLOGIE DES PLANTES A FEUILLES ASCIDIFORMES.
(Nepenthes y Sarracenia, Darlingtonia et Cephalotus),
Pw H. Omwîé HOORB,
DiraclMT da Jardio buUniqM à» DobUo, membre de U Société Liniiéeniie de Loodrea, etc.
Ayant eu l'honneur d'être invité à prendre part à ce grand congrès international, tenu dans le but de discuter des sujets de botanique pure et appliquée, j'ai pensé que l'étude des plantes à ascidies, actuellement cultivées, pourrait intéresser les savants voués à la fois à la science et à la pratique, qui sont réunis dans cette enceinte. Vu la grande distance qui sépare Dublin de Paris, et la difficulté de transporter ici des plantes que leur grande dimension rend quelquefois fort précieuses, j'ai seulement apporté avec moi, pour vous les présenter, des feuilles fraîches munies de leurs ascidies, qui pourront vous donner une assez bonne idée des différentes espèces, quoique bien maigre en comparaison de celle que vous donneraient les plantes entières.
i* De la rareté de ees plaaiee et de leor ealtore.
Soit que nous considérions la rareté des QoUections des plantes à ascidies vivantes, ou le mécanisme curieux déployé dans la structure de leurs feuilles, phénomène d'une grande importance au point de vue purement morphologique, les plantes à ascidies sont plus
(1) Il y a des espèces botaniques de Cinchona dont le type peut avoir une écorce pauvre en alcaloïdes, lorsque, au contraire, quelqu'une de ses variétés peut en avoir une très-riche^ et vice versd. Le C. lancifolia etle C. CaUsaya fournissent des exemples de ces anomalies
MOORE. — PLANTES A ASCIDIES. hb
intéressantes pour les botanistes et pour les horticulteurs qu aucun des groupes de plantes auxquels nous sommes accoutumés. On peut donc se poser immédiatement une question : pourquoi sont-elles si rares dans les collections et si difficiles à maintenir en bon état ? Pour toute réponse, je me bornerai à exprimer une conviction, c'est que les horticulteurs nuisent à ces plantes par trop de soins. Au Jardin botanique de Glasnevin , où sont venues toutes les espèces que je présente actuellement au Congrès (excepté le Nepenthes villosa et le Sarracenia psittacina^ qui proviennent des belles coDections de MM. Veitch, de Chelsea) , nous n'avons pas éprouvé grande difficulté en soumettant ces plantes au traitement suivant. Le sol où nous les plaçons est de la terre de bruyère fibreuse mêlée d'un peu de terre argileuse jaune et d'un tiers de beau sable blanc débarrassé de tout débris de calcaire. La terre de bruyère et la terre argileuse sont placées autour des racines des plantes en petits morceaux qui varient d'un demi-pouce à deux pouces de diamètre et auxquels on ajoute le sable en remplissant les pots. Il faut avoir soin d'établir dans ces pots un drainage parfait au moyen des tessons, car, bien que ces plantes demandent beaucoup d'humidité pour leurs racines, cependant, à certaines périodes de l'année, celles-ci pourrissent et meurent si le sol qui les entoure y laisse stagner Teau, ou si le liquide peut se corrompre dans les terrines où sont placés les pots. Pour empêcher ce dernier inconvénient, les gens chargés de la surveillance de la seire ont ordre de vider ces terrines deux ou trois fois par semaine, quand les plantes sont développées, et de les laver ensuite. Cela se pratique pendant les mois d'été jusqu'au mois d'octobre environ ; quand la température décroît et que la lumière solaire faiblit , les pots sont enlevés des terrines à eau. Alors les plantes sont arrosées avec grand soin et avec sobriété, avec de l'eau d'une température un peu plus élevée que celle de la serre, pour empêcher les racines de se refroidir. Si les plantes étaient trop arrosées en hiver, elles pourraient tomber dans un état maladif d'où il serait très-difficile de les tirer.
Les espèces qui sont originaires des îles de Tarchipel Indien demandent une température plus élevée que celle qui a été jusqu'à présent cultivée dans les jardins de l'Angleterre et du continent sous le nom faux (ainsi que cela est aujourd'hui démontré) de Nepen-^ thés disiillatoria. La véritable plante qui doit porter ce nom existe déjà dans les cultures, mais à l'état de petits échantillons. Le doc-
teur Hooker pense que rancienne espèce est une plante du Bengale, la même que le Nepenthes mclamphora.
Il faut aux plantes de Tlnde une température variant de 65 à 80 degrés Fahrenheit (18 à 26 degrés centigrades) avec une atmosphère humide, même quand la chaleur est la plus forte, mais l'espèce dont je viens de parler se trouve mieux d'une température inférieure et d'une atmosphère sèche. A (llasnevin, il en existe un spécimen parfaitement bien portant, sur lequel ont été coupées les ascidies qui sont devant vous, avec des tiges d'au moins vingt pieds de long. D'après les mesures prises, ces ascidies ont de neuf pouces à neuf pouces et demi de longueur, et le diamètre en est environ de deux pouces et demi ; elles peuvent contenir près d'une demi-pinte d'eau.
Le beau et très-rare Nepenthes sanguinea^ dont je vous présente maintenant des ascidies, est une espèce extrêmement mtéressante. Ces larges appendices colorés de pourpre attirent ordinairement, dans notre jardin, l'attention des visiteurs les plus indifférents, que frappe d'étonnement une structure aussi curieuse. Ces ascidies ont neuf pouces de longueur et deux pouces de largeur en diamètre. Elles peuvent contenir une demi-pinte d'eau. La plante qui les a produites a été soumise à une culture analogue à celle que j'ai déjà décrite.
Je n'ai pas besoin de caractériser particulièrement les autres espèces qui sont sous vos yeux; l'examen des ascidies montre qu'elles étaient en parfait état. Celles du Nepenthes Rafflesiana sont plus petites que ce n'est ordinairement le cas à Glasnevin pour cette belle espèce, quoique la plante qui les a produites soit robuste et en bon état.
r Obtentk
Les espèces de Nepenthes étant dioïques, ou, comme certains auteurs le pensent, polygames, ne produisent pas de graines parfaites dans nos jai*dins ; à moins que la fleur femelle ne soit fécondée artificiellement par le pollen de la fleur mâle, et il est fort rare q[ue les deux sexes de la même espèce se rencontrent dans le même étalilissement. C'est là la principale raison pour laquelle ces plantes sont si rares. Le pollen, cependant, peut être emporté à une certaine distance ; il conserve ses facultés pendant huit jours. Mais, d'après mes expériences, il ne les conserve pas plus longtemps. J'ai expérimenté avec du pollen recueilli deux mois aupara-