SUR QUELQUES PLANTES D'IKLANDE
Tir M. David MOOIIB,
Directeur du Jardio bolanique de Dublio.
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux du Congrès des plantes remarquables par leur rareté aussi bien que par leur distribution géographique. Je fixerai d'abord son attention sur un échantillon frais du très-rare Neottia gemmipara Smith, qui, jusqu'à une époque très-récente, était regardé comme tout à fait confiné dans un espace très-limité du comté de Cork, sur la côte sud-ouest d'Irlande, le point peut-être le plus occidental de l'Europe.
M. le professeur Reichenbach, de Hambourg, m'a dernièrement informé qu'il a reçu, depuis quelques années, de la côte occidentale de l'Amérique du Nord, des échantillons identiquement semblables à notre plante d'Irlande qu'il affirme être très-distincte du Spiranthes cemua Rich., auquel quelques auteurs l'ont rapportée.
Il est à craindre que cette plante, si intéressante pour la flore européenne, ne soit bientôt perdue pour l'Irlande, car les habitants, dans la localité où elle crott, ont déjà défoncé le sol pour la culture des céréales et pour d'autres motifs agricoles.
Nous avons en Irlande quelques Éricacées fort rares, parun lesquelles ÏErica Mackayana Bab. , dont j'ai le plûsir de mettre des échantillons sous les yeux du Congrès. Cette plante a été considérée par quelques botanistes comme un hybride de YErica tetralix et de r^. ciliaris^ qui croissent tous deux près de la localité où elle se trouve.
Je dois mentionner ici que feu Sir William Hooker m'a dit avoir reçu de la partie occidentale des Pyrénées des échantillons pareils à ceux d'Irlande qui militent contre Torigine hybride de cette plante.
La forme curieuse de \E. tetralixy qui croit dans le Cornouailles me la côte méridionale d'Angleterre, et qui est 1'^. tetralix var. p. Watsoni^ a été regardée par quelques personnes comme la même que VE. Mackayana. Les spécimens frais des deux formes que je dépose sur cette table mettront les botanistes présents à même de se renseigner sur ce point. Selon moi, elles sont tout à fait différentes.
La plante qui se présente ensuite à notre examen est un spécimen» récemment cueilli en fleur, du Calluna atlantica Seem., dernièrement figuré et décrit dans le London Journal of Botany^ numéro d'octobre 1866.
Celle dont je place des exemplaires sur cette table me vient de Terre-Neuve, et cette plante ne nous permet plus de douter que notre Bruyère commune d'Europe n'atteigne l'Amérique dans l'ouest de son aire géographique. Les exemplaires que je présente montrent que la plante de Terre-Neuve est plus grêle dans toutes ses parties que la plante d'Europe ; les fleurs en sont un peu plus grandes, et elle en diflère quelque peu par sa constitution, attendu qu'elle souffre considérablement du froid, même dans nos hivers ordinaires, tandis que la Bmyère commune, croissant à ses côtés, reste indemne. Ce fait, dans ma pensée, peut dépendre de ce que la plante est depuis longtemps sous l'influence des hivers de Terre-Neuve, où elle est couverte par la neige et ainsi protégée contre le froid. Car dans mon opinion ce n'est qu'un état de l'espèce vulgaire et non une forme différente.
Le bel Erica mediterranea, dont je présente des échantillons desséchés parce que l'époque de sa floraison est passée depuis longtemps, est une de nos espèces les plus intéressantes. Elle est aussi confinée sur la côte occidentale d'Irlande et dans les comtés de Haye et de Galway. Durant les premiers mois de l'été, cette plante com-
ROBILLARD. — PELARGONIUM ANOMAL. 57
munique une sorte de charme magique à des marécages naturellement froids et stériles qui couvrent une si grande étendue de ces comtés.
La dernière plante dont j'û à parler ici est celle que nous appelons en Irlande la Bruyère de Saint-Dabéoc, le Menziesia polifolia. Comme ses congénères, cette plante est confinée sur la côte occidentale d'Irlande, où le climat est humide et égal, et la température douce pendant les mois d*hiver. Le comté de Galway parait être la statiou de cette plante la plus éloignée de la région pyrénéenne, qui est le centre de son aire spécifique.
Lecture est donnée de la note suivante, adressée au Congrès :
TRANSFORMATION DU SYSTÈME FOLIAIRE DU PELARGONIUM CAPITATUM Ait.
Ptr M. ROBILIiABD,
Horticalteur à Valeoce (Espagne).
Je cultive cette plante sur une grande échelle pour la production de l'essence, sur un terrain composé de sable calcaire avec un dixième d'alluvion, très-pauvre, situé aux bords de la Méditerranée, à 2 mètres seulement au-dessus de son niveau, à Valence (Espagne) ; c'est là, vers le nord, la dernière limite où cette plante peut vivre sans abri. J'ai remarqué, il y a quatre ans, dans les endroits les plus humides, les plus stériles, que certaines toufies donnaient des drageons dont la foliaisôn et les ramifications étaient très-différentes de celles du type. Ces drageons portaient des feuilles presque entières et des ramifications à toutes les aisselles ; tandis que le type a le feuillage très-découpé, et ne se ramifie pas ou très-peu.
Cette transformation me parut avantageuse au point de vue de la production d'essence, car elle offre plus du double de parties foliacées que le type; et ce sont elles qui produisent l'essence.
Je multipliai ces branches, et j'en obtins des plantes qui conservèrent tout le caractère de la transformation, croissant dans ces milieux pauvres beaucoup plus rapidement que le type , au point de m'offrir en poids deux fois plus de matière herbacée que lui.
Aussitôt que j'en eus une quantité suffisante, je la distillai de la même manière que le type, mais je n'ai obtenu cooime rendement en essence que le quart de ce que m'aurait donné ce dernier.
68 CONGRÈS INTCRNATIONAL DE BOTAmQCE.
Je fis une seconde opération, mais d'après le procédé Millon, en employant pour véhicule le sulfure de carbone ; le rteultat a été à peu près le même, bien que par ce procédé on obtienne de l'essence concrète; c'est-à-dire que le rendement de la plante modifiée devient réellement, de quelque manière qu'on opère, au plus la moitié de celui du type. Voyant que, pour obtenir de la variété un poids d'essence égal à celui que fournit le type, je devais au moins opérer sur une masse double de branches; et que, malgré l'espérance qu'elle m'offrait avant l'essai , les résultats en produit net, frais défalqués, sont inférieurs à ceux que donne le Pelargonium capitatum type, j'ai dû l'abandonner. Pourtant, dans la transformation, l'organisme de la plante ne parait pas avoh: changé; les organes extérieurs semblent les mêmes, mais plus nombreux à cause de l'augmentation de surface. Les poils y sont plus nombreux que dans le type, à base vésiculée et remplie d'huile essentielle.
Les deux plantes ont reçu un engrais pareil, très-azoté (du guano et des chiffons de laine) .
Je joins à cette note deux échantillons des deux plantes.
M. G. Planchon, secrétaire du comité d'organisation, donne lecture du mémoire suivant, adressé au Congrès :
SUR LA FLORE DES GABRES DE TOSCANE, Ptr M. Th. CARUBIi.
La plus grande partie du sol de la Toscane est composée d'un mélange de terrains calcaires et siliceux. A l'exception des argiles connues dans le pays sous le nom de mattajoni^ qui occupent une certaine portion des provinces de Volterre et de Sienne, les terrains qu'on trouve en Toscane sont généralement constitués soit par une roche essentiellement calcaire nommée alberese^ soit par le macigno qui est une pierre arénacée où du calcaire empâte une grande quantité de grains de silice dans la proportion d'environ 50 pour 100, soit encore par des sables siliceux jaunes appelés tu fi.
Au milieu de ces terrains sédimentaires, surgissent çà et là, en assez grand nombre, des îlots de roches éruptives. Ce sont des ophiolithes, au contact desquels le terrain sédiraentaire s'est profondément métamorphosé. Toutes ensemble, ces masses rocheuses forment des collines de peu d'élévation, mais d'un aspect remarquable.
GARUBL. — FIORB DSS OABRBS. 60
Les géologues toscans leur ont donné le nom collectif de gabbri (de Gabbro, village près de Pise) , qu'on peut traduire en français par gabres. On distingue le gabre noir ou ophiolithe proprement dit, etlegabre rouge ou roche métamorphosée (1).
Les collines de gabres sont en général nues et se reconnaissent de loin à la couleur sombre de la pierre, qui contraste avec le gris du calcaire environnant. Leur surface pierreuse et sèche est parsemée de gros blocs de rochers. Sur les pentes moins abruptes il se forme des pelouses herbeuses, et dans les plis les plus profonds du terrain coulent quelques rigoles sur un fond sablonneux.
Sauf la couleur, les autres qualités physiques de ces collines sont à peu près les mêmes que celles de la généralité des portions montueuses de la Toscane; Mais la composition du sol est différente ; la chaux n'y domine plus, elle est remplacée par la magnésie. Le gabre noir ou roche ophiolithique est essentiellement un silicate de magnésie ; le gabre rouge ou roche métamorphosée est surtout un silicate d'alumine (2). Avec des conditions physiques semblables à
(1) Voyez lur ce sujet le mémoire du profeiseur Paolo Savi, Délie roce$ o/loliUche délia Toscana. Pise, 1838-39.
(2} Voici la composition exacte de ces roches, dont je dois la communication à Tobligaanee de M. Becbi, professeur de chimie à l'Institut technique de Fioreoca :
Serpentine.
SiUce 42,97
Magnésie 41,66
Eau 12,02
Alumine 0,87
Oxyde de fer 2,48
100,00 Diallage.
Silice 53,20
Magnésie 14,91
Chaux 19,09
Oxyde de fer 8,67
Oxyde de manganèse 0,38
Alumine 2,47
Eau 1,77
100,49 Gabre rouge.
Silice 60,458
Alumine 30,375
Chaux 2.450
Oxyde de fer 5,208
Oxyde de manganèse. 1,083
Magnésie , 0,950
celles des terrains environnants et une composition chimique difiérente , les gabres toscans offrent donc un champ propice aux recherches sur la question encore si confuse de l'influence de la nature chimique du sol sur la distribution des plantes.
Il est certain que les gabres possèdent quelques formes végétales qui leur sont propres ; tous les botanistes qui ont herborisé en Toscane le savent. Déjà au xvi* siècle, Césalpin avait fait la remarque que son Lunaria quarta {Alyssum Bertolonii des modernes) ne se frouve que sur les serpentines {De plantis^ p. 869) . De nos jours, un de ces modestes médecins de campagne qui servent si bien les intérêts de la science en consacrant leurs loisirs à des recherches locales d'histoire naturelle, le docteur Amidei, a rappelé l'attention des botanistes sur la flore des gabres, par un travail qu'il présenta au troisième congrès des savants italiens réunis à Florence en 18A1 ; il leur signala sept espèces comme n'ayant été rencontrées par lui que sur ces terrains (1) . Tel était l'état de la question quand j'ai voulu l'examiner de plus près, dans l'espoir d'en tirer quelques données plus précises que ces premiers aperçus.
J'ai commencé par dresser la liste de toutes les plantes qui ont été trouvées sur les gabres par moi-même ou par d'autres botanistes contemporains (2) . Cette liste donne un total d'environ 200 espèces. Je ne crois pas que des recherches ultérieures en augmentent beaucoup le nombre ; la stérilité du sol et l'uniformité de la flore des gabres en sont garants.
Sur ce total de 200 espèces, il se trouve tout d'abord que la grande majorité représente le fond de la végétation de toutes les localités analogues en Toscane. Ce sont des espèces plus ou moins communes sur toutes les collines ou basses montagnes arides et nues qui couvrent une grande partie du pays et en forment un des traits
(1) AHi délia 3* riunione degli scienuiati italianL Firenze, 1841, p. 523. »- Voici la liste des espèces indiquées par M. Amidei :
Slipa pennata.
Trinia vulgaris.
Ferula Ferulago.
Euphorbia spioosa.
Iberis umbcUata.
Alyssum argenteum.
Acrostichum Maranlœ.
Sur les sept espèces, il n*y a réellement que les deux dernières qui appartiennent en propre aux gabres.
(2) Je dois en particulier à mon ami M. Marcucci la liste des plantes qu* il a recueillies dans les localités que je n*ai pas visitées moi-même. M. Amidei m'a communiqué ses plantes. D'autres indications se trouvent dans les livres, notamment dans mon Prodromo délia Flora toscatia.
CARUEL. — FLORE DES CABRES. 61
caractéristiques. Si l'on ajoute un certain nombre d'autres espèces, pins clair-semées, rares même, mais qui se rencontrent aussi fréquen^ment sur les terrains ordinaires que sur les gabres, on se trouve avoir en fin de compte un chiffre d'environ 190 espèces, c'est-à-dire les 19/20" du total, qu'on peut regarder comme indifférentes. Elles ne paraissent pas influencées par l'absence presque complète de chaux, non plus que par la présence de la magnésie ou de l'alumine, particularités qui distinguent surtout le terrain de gabre comparé aux terrains calcaréo-siliceux qui l'environnent.
On pourrait à la rigueur augmenter encore cette liste, en y ajoutant un très-petit nombre de plantes, telles que VBemiaria glabra^ le Juniperus Oxycedrusy le Stipa pennata^qxxi se trouvent, il est vrai, de préférence sur les gabres, mais qu'on a aussi rencontrées quelquefois sur d'autres terrains.
Ce triage fait, voici quelles sont les plantes spéciales aux gabres, c'est-à-dire qui viennent exclusivement sur les terrains de cette nature, et qui, en général, se montrent partout avec ceux-ci :
Alyssum Bertolonii Desv.
Alsine striaUi Gren. var, eglandulosa.
Centaurea paniculata Lam. var. microcephala*
Armeria denticulata Bert.
Euphorbia nicœensis Ail. var. prostrata.
Festuca duriuscula L. var. glauca.
Nothochlcena Marantœ R. Br.
Asplenium Adiantum nigrum L. var. serpentini.
Ce sont donc huit formes végétales, espèces ou variétés. J'en omets à dessein une neuvième, le Carex humilis^ quoiqu'il n'ait été trouvé jusqu'à présent que dans deux localités de gabres (voy. mon Supplemento al Prodromo délia Flora toscana^ p. 49) ; mais comme c'est une plante rare, difficile à voir, et dont la présence en Toscane n'a été constatée que tout récemment, il y a tout lieu de présumer que des recherches ultérieures la feront découvrir sur d'autres terrains, puisque ailleurs, en Italie même, elle ne parait pas avoir de prédilection sous ce rapport (voy. Parlatore, FI. italiana^ t. II, p. 170).
L'espèce placée en tête de la liste, V Alyssum Bertolonii^ est éminemment spéciale aux gabres. Non-seulement elle y abonde, mais on la voit suivre pour ainsi dire à la trace les éboulements des roches au bas des collines de gabres, et se porter même à une cer-
taine distance le long des routes voisines où des cailloux de serpentine ont été transportés pour le macadam. C'est du reste une forme très-voisine de YAlyssum argenteum AIL, dont M. Bertoloni ne la distingue même pas. Elle est également très-rapprochée de Y A. serpyllifolium Desf .
La forme ordinaire de XAlsine 5/ria/a, à pédicelles et calices glanduleux, se trouve en Toscane, mais elle y est très-rare ; je ne Fai rencontrée qu une seule fois sur un des sommets calcaires des Alpes apuanes. La variété sans poils glanduleux est assez commune sur les gabres.
Il en est de même de la variété à petits capitules du Centatcrea panicxdata. La forme ordinaire à capitules plus gros n'est pas rare dans les endroits sablonneux ou pierreux.
HArmeria denticulaia est considéré comme une espèce trèsdistincte par M. Boissier (Prodr.). Ceci doit s'entendre relativement à la variiJjilité extrême d'autres types dans un genre aussi polymorphe que les Armeria^ puisque d'autres botanistes, notamment M. Ebel, ont confondu ÏA. denticulata avec \A. alliacea ou avec XA. plantaginea^ et que M. Bertoloni lui-même, l'auteur de l'espèce, en a rapporté quelques exemplaires à une variété de VA. plantaginea [Flora italica^ t. X, p. 483).
La variété rabougrie et à tiges couchées deYEuphorbta nicceensis est ce que j'ai mal à propos désigné dans ma Flore toscane sous le nom d'£. Gerardiana. La forme grande et dressée se trouve dans les sables du littoral toscan.
J'ai quelques doutes sur la présence exclusive sur les gabres de la variété glauque du Festuca duriusciila. Les foi mes ordinaires de l'espèce se trouvent partout.
Le Nothochlœna Marantœ, commun sur les gabres, a été découvert dans une localité de l'île d'Elbe, sur le Mont-Serrato, près de Porto-Longone, dont la nature minéralogique du terram n'est pas bien déterminée. Se pourrait-il que la présence de cette Fougère si caractéristique fût un mdice suffisant pour révéler l'existence du siUcate de magnésie comme élément constitutif du sol, à l'instar de ce qui a lieu, dit-on, pour le Viola calaminaria à l'égard du zinc?
La variété serpentini de YAsplenium Adiantum nigrum est indiquée par M. Berloloni [FI. itaL crypt.) dans une localité des Alpes apuanes (aux sources du Frigide), où il n'y a pas de serpentine. Mais comme dans le voisinage (à l'endroit nommé Rasceto) , il existe de la dolomie, terrain également magnésien, il y a toute pro«