GARUEL. -^ FLORE DES GÂBRES
habilité que cette variété caractéristique a été trouvée sur ce terrain ; c'est pourquoi je n'ai pas voulu l'exclure de la liste des spécialités des gabres.
Des observations que je viens d'exposer sur les plantes spéciales aux gabres de la Toscane, il ressort un fait qui frappe tout d'abord : c'est que, à l'exception du seul Nothochlœna Marantœ^ toutes les autres formes se rapprochent plus ou moins de types qui végètent sur d'autres terrains de nature différente, soit dans le pays même, soit ailleurs, et auxquels on peut les rattacher plus ou moins directement comme dérivés.
Je n'ai pas besoin de m' étendre sur les autres conséquences qu'on peut tirer des données que j'ai réunies sur le sujet de ce travail. , Elles concordent, ce me semble, avec les résultats obtenus jusqu'à présent par l'ensemble des études sur l'influence du sol sur la végétation, et qu'on pourrait résumer ainsi :
Indifférence de l'énorme majorité des plantes à la composition chimique du sol ;
Prédilection d'un très-petit nombre d'espèces pour certains éléments du sol ;
Influence déterminante des éléments du sol dans la production des variétés et des formes dérivées.
Je me hâte pourtant d'ajouter que c'est sous toute réserve que je donne ces conclusions de mes études. Le sujet qui m'a occupé est bien loin d'être épuisé. De nouvelles recherches seraient nécessaires pour réunir encore plus de matériaux que je n'en ai eu à ma disposition, et pour trancher certaines questions que je n'ai pas pu aborder ; par exemple, la spécialité (s'il y en a une) de la flore des serpentines dans l'ensemble de celle des gabres, c'est-à-dire la part qui revient à l'élément magnésien dans cette distribution de végétaux caractéristiques, ou encore le degré d'influence exercée par les gabres pour exclure ime certaine portion de la flore des terrains adjacents. Je serais heureux si l'intérêt que présente ce sujet d'étude pouvait déterminer quelque botaniste du pays, qui fût en même temps minéralogiste, à en aborder l'examen avec tout le soin qu'il mérite, pour fournir à la science une solution satisfaisante de toutes les questions qui s'y rattachent.
Florence, Jaillet 1867.
M. Cosson dit que dans toute étude de géographie botanique
6& GONGRiS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE.
il faut rechercher avec grande attention s'il n'existe pas, siir un sol généralement homogène, des accidents locaux qui expliquent certains faits en apparence anomaux. U cite la forêt de Fontainebleau (où le grès est, sur quelques points, recouvert d'une couche de calcaire), et des faits élucidés par M. Planchon, relativement au Châtaignier. Il ajoute que rarement les cartes géologiques sont assez détaillées pour donner, à ce sujet, des renseignements suffisants. Il excepte de cette appréciation la belle carte agronomique des environs de Paris, publiée par M. Delesse, qui tient compte des moindres accidents locaux, et qui pourrait servir avec grand avantage aux botanistes parisiens pour étudier la distribution géographique des plantes.
M. J.-E. Planchon regrette que les terrains dont M. Caruel a étudié la flore ne soient pas plus tranchés. Sur le fond de la question, il dit que, quant à lui, il croit indubitablement à Tinfluence chimique du terrain, mais pour un pays donné. En effet, tandis qu'aux environs de Montpellier la végétation des calcaires diffère complètement de celle des sols siliceux, dans le Briançonnais, elle est la même sur ces deux terrains. Cependant, dans ce dernier pays, le Châtaignier ne se rencontre que sur des pentes où M. Lory a indiqué des schistes particuliers, se délitant à l'air, c'est-à-dire susceptibles d'exercer, dans un état de division extrême, une influence plus immédiate sur la végétation. Dans ce dernier exemple, c'est l'influence physique du sol qui agit. Un autre exemple, pris dans les environs de Montpellier, montrerait une bande de poudingues siliceux très-denses, où ne vivent pas les plantes silicicoles. Les deux théories sont vraies; aucune des deux n'exclut l'autre.
M. Baratcite aussi quelques exemples. Aux environs de Périgueux, dit-il, il se rencontre sur des collines crayeuses dégradées par les gelées d'hiver des nodules siliceux ; et sur une de ces collines, celle où l'on place un ancien camp de César, apparaît le Cistus salvifolius^ qui a là une de ses stations les plus boréales. — D'autre part, à Alger, sur la Bouzaréah, où domine le terrain schisteux, il a rencontré abondant le Diplotaxis ampleaicaulis^ mais sur une bande calcaire.