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Les chiffres indiqués dans ce tableau nous autorisent à tirer quelques conséquences intéressantes au point de vue physiologique.
Considérons successivement la marche de la croissance par rapport aux parties observées de l'organisme végétal , et par rapport aux influences que les circonstances extérieures peuvent exercer.
Un premier résultat est relatif à la différence d'accroissement entre la partie supérieure et la partie inférieure de la hampe ; des mesures régulières ont prouvé que la partie supérieure prend seule de l'accroissement, tandis que la croissance est nulle pour la partie inférieure limitée comme nous l'avons indiqué. La circonférence de la base de la hampe mesurée chaque jour a conduit au même résultat.
L'activité végétative, développée surtout vers les extrémités, ne se manifeste pas seulement, comme on le sait, dans les hampes, mais aussi dans les tiges et les rameaux.
Un second résultat est relatif à Tabsence d'uniformité dans la croissance ; le tableau indique qu'en général, elle a été d'autant moins marquée qu'on s'est rapproché du terme des observations ; ce ralentissement graduel, déjà constaté par M. Martins, sur la hampe du Dasylirion gracile^ est conforme aux lois générales de la croissance des végétaux.
Si l'on partage en trois périodes de dix jours le temps pendaùt lequel ces observations ont été faites, on trouve les indications suivantes :
Durant la première période^ la croissance a été de 0,89
Pendant la seconde 0,7d
Pendant la troisième 0,31
La croissance n'a donc point été égale dans des temps égaux ; elle est allée en diminuant; mêmes résultats si l'on considère le temps exigé pour produire, aux phases diverses de l'évolution, un égal développement. Au début, six jours correspondent à un développement de 0",53 ; lorsque la croissance est ralentie, quinze jours deviennent nécessaires pour déterminer la même élongation.
Un autre résultat physiologique de la croissance se rapporte au rapport inverse entre celle-ci et la consistance ou l'épaisseur des feuilles delà rosette inférieure ; M. Martins et d'autres observateurs ont déjà insisté sur ce fait, que nos observations confirment entièrement : plus la hampe s'allonge, plus les feuilles perdent les sucs dont elles sont abondamment gorgées au moment de la floraison.
Si nous abordons maintenant la question de savoir quel rôle pa-
FAIVRE. — FLORAISON D'uN AGAVE. 91
raissent jouer, au point de vue de la formation des parties nouvelles, les conditions physiques extérieures, nous nous trouvons en présence d'un problème fort étudié dans ces derniers temps : celui de rinfluence des périodes nocturne et diurne sur Taccroissement des végétaux.
D'après les observations récentes de M. Duchartre (1) , Taccroissement des jets, coulants ou tiges, mesurés régulièrement le jour et la nuit, chez le Fraisier, la Vigne, le Houblon, le Glaïeul, a donné le résultat général suivant: Dans ces conditions, l'accroissement a toujours été plus actif la nuit que le jour ; la proportion a été fréquemment du simple au double et même au triple ; toutefois M. Duchartre n'a pas généralisé ces données, et l'expérience prouve qu'il était dans le vrai, que les conditions du jour et de la nuit sont relatives, et varient suivant les végétaux et suivant les parties des végétaux que l'on considère.
En ce qui concerne particulièrement la hampe de \ Agave ^ M. Martins avait déjà remarqué, dans ime intéressante observation publiée en 1867, que l'accroissement est plus considérable le jour que la nuit (2). Il a depuis confirmé ces premières données par l'étude de Y Agave ameritana et de Y Amaryllis Belladonna{Z). Il n'en conclut pas cependant que ces données infirment les résultats obtenus par M. Duchartre, mais seulement que la croissance n'est pas la même dans les axes feuilles et dans les hampes florales.
M. Ad. Weiss a également suivi une inflorescence â! Agave et constaté avec beaucoup de précision qu'en cinq jours l'inflorescence s'est élevée de 2°,36â, dont 0'",79 ont crû pendant la nuit, 0'",80 dans la matinée, 0",77 dans l'après-midi, la croissance de la nuit l'emportant sur celle de l'après-midi, mais non sur celle de la matinée ; d'après cet observateur, la croissance est liée surtout à la température (A).
L'observation que nous rapportons confirme les faits signalés par MM. Martins et Weiss ; elle nous apprend que, sur trente-deux jours d'observations, la croissance de la journée a excédé vingt-deux fois celle de la nuit.
(1) Dachartre^ Comptu rendw de V Académie des fci^nctt, 9 avril 1866.
(2) BuUetinde la Société botanique, 1857, t. IV, p. 606. ?3) Comptes rendWf 30 juillet 1866, p. 212.
(d) Weiss^ Botanisohe Untersuchungen, etc. {Recherches faites au laboratoire de physiologie de V École d* agriculture de Berlin, pp. 129-1A2).
Ed additionnant les chiffres qui représentent les croissances du jour, prises de cinq à six heures du matin à six à sept du soir, on trouve qu'en trente-deux jours la croissance diurne a été de 1",29 et la croissance nocturne de 0",66 seulement.
Cette influence du jour est générale, mais elle n'est pas constante pendant toute la durée de Télongation de la hampe.
En consultant le tableau, on reconnaît que la croissance, pendant la nuit, a été trouvée, dans sept observations, supérieure à celle du jour; il n'y a rien de régulier ni dans les quantités de croissance, ni dans les époques où elles ont été notées. Nous pouvons remarquer encore que les arrêts de croissance se sont manifestés particulièrement pendant la nuit.
Ainsi, bien que l'influence diurne se marque nettement comme trait général, elle est loin d'être absolue, et X Agave ^ comme les autres végétaux, a aussi des périodes de croissance nocturne. De quelles circonstances dépendent-elles? Les circonstances qui règlent ces phénomènes sont trop multiples et trop incomplètement déterminées pour permettre une réponse satisfaisante.
M. Weiss a remarqué que l'état couvert ou serein du ciel est sans influence sur l'évolution, mais qu'il n'en est pas ainsi des variations de la température. Les indications météorologiques que nous avons jointes à notre tableau, permettent en certaines limites la conOrmatîon de ces remarques ; on ne constate point de relations entre les pressions, les pluies et la croissance, mais, dans plusieurs cas, aux croissances diurnes les plus marquées correspondent des variations et des élévations dans la température. Nous verrons plus loin comment la phase nocturne semble agir sur l'organisme végétal par l'abaissement de la température et par l'état hygrométrique qui en est la conséquence.
t* É|Ninoaiss«iiieiit el réeoadalion i erolnsaaee des éiamiae* et do sljle.
L'activité si marquée dans la croissance de la hampe des Agave est également manifeste dans les fleurs pendant l'épanouissement. Nous avions déjà, dans un précédent travail, présenté quelques indications à cet égard ; nous en ajouterons maintenant de plus positives. Aucun auteur, que nous sachions, n'a insisté encore sur cet ordre de faits.
Si l'on suit l'évolution des fleurs di Agave sur le pied-mère, ou si.