FAIVRE. — FLORAISON D UN AGAVE
après les avoir détachées, on place dans un tube contenant de Teau des boutons non épanouis, T épanouissement continue et les phénomènes se succèdent de la manière suivante :
Le périanthe s'entr' ouvre, les filets des étamines commencent à s'allonger, et Ton peut constater alors que l'extrémité du filet et l'anthère terminale sont incurvées sur le reste du filet.
Le redressement de ces parties a lieu à mesure qu'elles sortent du périanthe entrouvert ; après leur sortie du périanthe, les filets staminaux continuent à se développer.
Lorsque cette rapide croissance des étamines est arrivée à son terme, le style se développe à son tour. Dans le bouton il était caché sous les enveloppes du périanthe ; en peu d'heures il les dépasse de 0»,050 à 0'»,060.
Au moment où il atteint la hauteur des filets staminaux, les anthères que portent ceux-ci, en effectuant leur déhiscence rapide, se sont courbées en arc de cercle.
A partir de cette phase, à laquelle se rattache la fécondation directe ou croisée, les filets des étamines s'incurvent et se flétrissent; le style s'allonge encore quelque temps.
Telle est la marche générale du phénomène de l'épanouissement ; on en aura une juste idée en jetant les yeux sur des figures photographiques, prises successivement sur la même fleur, soit durant le jour, soit pendant la nuit. Ces figures, habilement exécutées par un de nos élèves, M. l'abbé Tournereau, montrent quel secours la photographie pourra un jour apporter à la physiologie des plantes.
Ajoutons maintenant des détails sur les conditions qui modifient la marche du phénomène ou nous permettent de l'apprécier d'une manière plus exacte.
Et d abord, l'évolution florale s'accomplit de même, soit qu'on étudie la fleur à l'état normal sur la plante-mère, soit qu'on en détermine artificiellement l'épanouissement après l'en avoir séparée.
On a suivi à l'extrémité de la hampe l'épanouissement d'une fleur, et les résultats ont été les suivants :
Le à juillet, à neuf heures du matin, le bouton est encore clos, il s'entr'ouvre à onze heures et demie et les anthères font saillie.
Le même jour, à une heure et demie, les étamines ont déjà dépassé de 0",01 le périanthe, et le style apparaît.
A six heures et demie la longueur des étamines est double et le style s'est allongé.
Le 5 juillet, à cinq beure3 du matin, les étamines n'ont pas moins de 0",03 hors des enveloppes et le style mesure 1 centimètre seulement.
De cinq heures à onze heures les filets ont atteint plus de O^^Oô et le style en mesure O^jOS.
A une heure et demie on constate que la déhiscence des anthères s'est effectuée ; le style atteint à trois heures les anthères ouvertes.
Séparées du pied-mère et plongées dans Teau, les fleurs s'épanouissent plus lentement; mais l'évolution en est la même.
Des boutons cueillis sur la hampe six mois après la floraison ne se sont plus développés hors de la plante, même dans les conditions les plus favorables.
L'épanouissement s'effectue à l'obscurité comme à la lumière, Ces expériences directes, si fidèlement représentées par nos images photographiques, indiquent aussi que l'activité végétative sersût plus favorisée par l'influence que par l'absence de la lumière ; il est certain, d'un autre côté, que la déhiscence des étammes est plus lente et plus difficile chez les fleurs écloses à l'obscurité, et que chez elles les filets ont tendance à rester plus rapprochés du style et du stigmate ; ils ont moms de consistance, de fermeté.
On s'explique ces modifications si l'on réfléchit à l'abaissement de température et aux changements dans les rapports de l'absorption et de l'exhalation.
Ces faits concorderaient aussi avec les résultats d'observations faites récemment sur les pétales du Selenipedium caudatum. On a trouvé que ces pétales se sont accrus de 344 millimètres de longueur pendant les quatorze jours de la durée de leur développement, tandis que la croissance, pendaùt les quatorze nuits, a été de 326 millimètres seulement (1) .
Nous avons fait sur le mode et sur la quantité d'accroissement des étamines et du style de nombreuses observations; nous en résumerons les indications essentielles ; elles donneront une idée exacte de l'étrange activité que les fleurs présentent alors dans leur nutrition.
Expérience L — Mercredi 29 juillet, huit heures du matin. Observation sur une fleur coupée et plongée dans l'eau par son pédoncule. Le filet des étamines mesure 0'",016, à partir du sommet du périanthe; le style en dépasse les enveloppes de 0",005 environ;
(1) Delchevalerie dans Hevm horticole, 16 juillet 1867, p. 279.