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C. PERSONNAT. — LE YEIl-A-SOIE DU CHÊNE

encore, ainsi que je l'ai constaté, de quelques autres végétaux, tels que le Cognassier, l'Alisier, le Châtaignier; mais ces particularités, qui ne démontrent pas que le Ver demeure aussi bien constitué en changeant de végétal, n'ont d'intérêt que dans le cas où la chenille viendrait à naître avant l'apparition des feuilles de Chêne.

Quant au produit d'une culture industrielle, j'arrive, par un calcul irréfutable, à 300 kilogrammes, au moins, de cocons frais par hectare de bois taillis ; ce qui, en réduisant le prix des cocons à i ou 5 francs le kilogramme, donne encore un résultat de 1200 à 1500 francs par hectare.

Pour obtenir un aussi beau résultat, les frais auront été peu importants : ime première et rapide main-d'œuvre pour l'aménagement du sol ; un* filet pour couvrir le taillis et qui durera dix ans^ ou mieux les frais d'un gardien pour deux hectares pendant cinquante à soixante jours; enfin, le coût de la main-d'œuvre pour la récolte. Tous ces frais seront, d'ailleurs, en partie couverts par le produit de la coupe du bois.

Vous le voyez, messieurs, nous arrivons à un résultat magnifique ; c'est une nouvelle source de richesse à jeter dans nos campagnes sans nuire à aucune autre.

Je ne m'arrête point à quelques objections qu'on a cru pouvoir élever contre ces éducations en plein air : d'abord les oiseaux ; mais c'est ici l'histoire de Tintroduction du blé en France. Si l'on semait quelques grains de blé dans un jardin, à proximité des habitations où les moineaux pullulent, on ne récolterait pas une graine; tous les épis seraient dévorés. Il en sera de même pour le Ver du Chêne. Tant qu'on l' élèvera en petites quantités, il faudra le surveiller ou l'abriter; mais dès qu'on pourra mettre assez d'œufs à i'éclosion et faire la part du déchet naturel, les oiseaux ne prélèveront sur les récoltes qu'un impôt inappréciable. D'ailleurs, le produit mériterait la dépense d'un gardien.

Je n'insiste pas davantage sur les attaques des insectes : on peut les éloigner. Quant au préjudice que semble causer aux Chênes la privation de leurs feuilles au printemps, la pousse d'automne, plus vigoureuse, répare tout le dommage.

Après avoir démontré l'importsmce pour nos pays de cette nouvelle espèce, je dois donner quelques brèves explications sur l'histoire de son introduction en Europe.

C'est en 1861 que M. Duchesne de BôUecourt, consul général de

France an Japon, en envoya quelques graines en France; de ces graines on ne put obtenir qu'un seul cocon. Ce résultat, bien que négatif pour la propagation de l'espèce» suffisait cependant pour donner une haute idée de ses qualités : il faisait connaître la beauté de la soie et la robusticité du ver.

Dans de telles circonstances, on ne pouvait que désirer un nouvel envoi de graines; et M. Eugène Simon, qui dirigea la mission scientifique agricole envoyée en Chine et au Japon en 1862, fut spécialement chargé de rechercher et de rapporter le Yama-Mat. Mais on ne put en obtenir que par l'entremise de M. Pompe van Meerderwoort, officier de la marine hollandaise et directeur de l'École impériale de médecine de Nangasaki. C'est, en effet, à ce savant«que nous devons les rares semences qui ont produit tous les Vers acclimatés que nous possédons aujourd'hui en Europe.

Occupé depuis longtemps de travaux relatifs à la sériciculture, je reçus de la Société d'acclimatation un très-petit lot de c^ précieuses graines, et j'eus le bonheur de réussir complètement dans leur élevage, à Privas (Ardèche) , où je me trouvais alors, et d'obtenir un excellent grainage pour l'année suivante. Puis, développant d'année en année mes essds, je parvins à élever des milliers de vers à Laval (Mayenne) , où se trouve actuellement le centre de mes cultures, et à en faire l'objet d'une sérieuse exploitation agricole. Les nombreuses demandes de graines que j'ai reçues de tous les pays d'Europe et d'Amérique, le vif intérêt que le public a pris tout Tété et prend journellement encore à mes éducations et à mon exposition du Champ de Mars, celui que vous avez bien voulu témoigner à la communication que je viens de vous faire, me prouvent, messieurs, l'importance du sujet qui nous occupe.

Ma part, dans cette conquête agricole, est d'avoir su acclimater définitivement le Yama^Maï^ puisque seul j'ai pu le reproduire, d'année en année, depuis cinq ans, des graines de M. van Meerderwoort, et d'avoir étudié complètement ses mœurs et ses besoins, de manière à donner aux futurs éducateui*s un guide détaillé, qui leur permit d'éviter les échecs. Ma première récompense sera de voir prospérer cette œuvre utile, et je remercie le Congrès de contribuer à sa propagation en me permettant de lui soumettre les résultats déjà obtenus.

Je demande, en terminant, la permission de dire quelques mots rapides sur les autres séricigènes nouvellement expérimentés ou introduits en France, afin de les compare: au Yama-^Mau

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Trois autres espèces se nourrissent également de feuilles de Chêne: ce sont les Bombyx Pemyi, du nord de la Chine, B. Mylitta^ des Indes orientales, et B. polyphetmis^ du nord de rAmérique. Ces vers donnent des cocons fermés ; mais les fils en sont unis par une gomme qui ne se dissout qu'à Taide de solutions alcalines, et la soie est grise, sans éclat. De plus, c'est le cocon qui passe l'hiver; l'œuf éclôt au printemps, huit jours après avoir été pondu, ce qui est une grande difficulté pour les envois.

Les Bombyx {Satumia) Cynthia^ de l'Allante, et B* Arrifidia^ du Ricin, font des cocons petits et naturellement ouverts, ce qui en rend le dévidage mécanique fort difficile sinon impossible. La soie est grise et terne. Le premier pourrait cependant donner quelques résultats dans le Midi, si l'on plantait des bois d' Allante sur les crêtes dénudées des coteaux, parce que les éducations auraient alors lieu sans frais, et que, sous le climat méridional, le Cynthia donne deux récoltes par an.

Enfin, le B. Cecropia^ de l'Amérique du Nord, qui vit sur le Prunier ; le Faidherhia Bauhiniœ^ du Sénégal, qui mange les feuilles du Jujubier; le B, Atlas y des montagnes de l'Himalaya, qui vit sur le Bej'beris asiatica.'et quelques autres, donnent des cocons ouverts, difficiles à dévider, ou bien se nourrissent de végétaux peu susceptibles de se répandre dans nos climats.

Il demeure donc évident qu'après le Ver du Mûrier, la plus belle des espèces connues, la seule qui, pour nos pays, office un intérêt sérieux, véritable, c'est le Bombyx Yama-Mat , aujourd'hui définitivement acclimaté.

M. Eichler, secrétaire, fait au Congrès la communication suivante :

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