‹ Actinomycomes (forme néoplasique) des parois abdominalesChapitre 5 sur 13 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La forme sous laquelle l'actinomycose chez l'homme se présente le plus fréquemment rappelle les phénomènes inflammatoires dont s’accompagnent les phlegmons. L'infection débute par uninfiltrat dur des Ussus, sans limites bien nettes, comme aplati et étalé en un véritable plastron ligneux, et si la lésion est superticielle, bientôt la peau devient adhérente aux issus sous-jacents, perd sa teinte normale ; après un temps variable, la surface semble soulevée, comme usée par l'éruption de petites nodosités d'abord dures, puis ramollies, qui s’ulcèrent. Les fistules se multiplient et laissent écouler une sérosité entraînant des flocons de pus et dans laquelle on peut trouver les grains Jaunes Lypiques. C'est là l'évolution habiluelle des lésions produites par l’actinomyces, el qui rappellent l'allure des phlegmons.

Chez les animaux, le bœuf, en pariculier, le parasite

évolue autrement, Il donne naissance à des tumeurs

PA rie

dures, parfaitement délimitées et saillantes, sans zone d'infiltration. Ces tumeurs présentent une marche essentiellement chronique, sans phénomènes inflammatoires pendant un certain temps, mais, par la distension des tissus, elles amènent une irrilation du tégument:; il se forme des ulcéralions, des fistules, loutefois le caractère des lésions reste identique à celui d'un véritable néoplasme.

Cette deuxième modalité, si différente de la première par son évolution plus lente, peut cependant se rencontrer chez l'homme. Les observations que l’on voit citées dans les traités sont : celle d'Israël, qui se rapporte à une formation néoplasique intra-musculaire, celle de Babès {Les Bactéries, 1890), qui concerne un cas de tumeur parotidienne, celle de Glaser (/naugural Dissert, 1888), où le muscle temporal était en entier transformé en tumeur d’allure sarcomateuse. Thollon, dans sa thèse de Lyon (1896), a retrouvé d'autres cas se rattachant à cette forme: ce sont ceux de Fessler (1889), de Ducor (1896), de MM. Poncet et Vallas (1896), tous se rapportant à la région cervico-faciale. Depuis, les observations se sont multipliées, Nous citerons « l’actinomycose néoplasique à forme kystique du maxillaire inférieur » de Legrain {Archives de Parasitologqie, janvier 1898) ; un autre cas de tumeur du maxillaire supérieur du service de M. Vallas, présenté par M. Piollet. {Lyon Médical, 1901, etc.).

La région cervico-faciale en donne certainement le plus d'exemples, car elle est le siège de prédilection du champignon rayonné, mais le même processus néopla-

sique à été retrouvé dans d’autres parties du corps. Bol-

or

linger /Münch. med. Wochenschrift, 1887, n° 41) avait décrit, sous le nom d'actinomycome une tumeur qui s'était développée dans les centres nerveux, bien délimitée par une paroi fibreuse, kystique et exemple de suppuration.

Dans la cavité abdominale elle-même ont été constatées des néoformations dues à l'actinomyces et qui, malgré le milieu infecté dont elles provenatent, n'ont point présenté les symptômes habituels de l’actinomycose abdominale, c'est-à-dire la suppuration étendue et rapide. C'est Hofmeister ‘ le premier, qui a mentionné deux cas semblables de tumeur actinomycosique du cœcum ; de ces deux cas, un seul reste certain : c'est celui dans lequel on a pu constater au microscope le champignon rayonné ; le second ayant été rapporté à la même cause, étant donné la similitude des phénomènes cliniques et de l'apparence macroscopique des lésions.

Brabec?, en 1902, apporte une nouvelle observation, il appelle actinomycome une tumeur dure, qui reste mobile, déplaçable, bien limitée, qui s’est laissé facilement extirper ; il s'y trouve quelques petits abeès, mais ils sont nettement enkystés et ne donnent aucun signe clinique d'inflammation. Enfin, celle année-ci, en 1903, Borélius? a publié dans une revue suédoise trois eas dans lesquels le champignon avait amené un processus fibreux, néoplasique et donné naissance à des

* Hofmeister, Ueber eine ungewohnliche Form der Blinddarmaklinomycose (Brûns Beilrage, Bd. XXVI, K 344).

? Brabec, Wiener klinische Ründschaü, 1902, n° 48.

# Borélius, Nordiskt. Medicinskt. Arkiv., 1903, 36-3.

eo — formalions limitées, mobiles et déplaçables, Une de ces observations sera citée dans notre sujet, car la tumeur avait paru se développer primitivement dans la paroi abdominale et avait fait diagnostiquer un sarcome intra-pariétal. Cette région peut être, en effet, le siège de semblables manifestations ; nous signalons à la fin de notre travail six cas certains, avec un autre douteux, qui, cliniquement, présente tous les caractères des lésions qui nous occupent.

Sans parler des cas qui n’ont point été diagnostiqués (car certains de ces foyers parasitaires, comme nous le faisait remarquer M. Poncet, ont pu passer pour des néoplasmes compliqués de suppuration), on peut juger que la forme néoplasique de l’actinomycose n’est pas une rare exception. Chez l'homme, en elfet, le parasite trouve des lissus dans lesquels 1l évolue comme chez le bœuf; ce sont les muscles, les os qui offrent une très grande résistance à son invasion. D'après M. le professeur Poncet, la langue infectée réagit toujours de cette façon ; toutes les lésions produites à ce niveau restent localisées, évoluant lentement et à la mamière des néoplasies bénignes.

Ce terme d'actinomycome s'emploiera pour désigner toute tumeur due à l'infection actinomycosique, qui se présentera el évoluera sous une allure néoplasique, longtemps délimitée, et qui, se compliquant d'inflammation, n’en conservera pas moins ses premiers Caractères. Celte forme, où l’inflammation ne joue qu'un rôle secondaire et passe inaperçue pendant une première période, indique une réaction de défense de la

part des Lissus, où le parasite se développe.

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