OBSERVATION PERSONNELLE
La masse parasitaire extraite était du volume d'un petit pois. Elle était composée uniquement de grains accolés les uns aux autres, au nombre d'une quinzaine, du volume d'une tête d'épingle. Quelques-uns étaient couleur d'iodoforme, mais la plus grande partie étaient grisâtres, deux ou trois franchement noirs.
Cinq de ces grains furent étalés sur une lamelle de verre, à l'aide d'une aiguille à cataracte, qui les sépara facilement :' la pression de l'aiguille sur ces grains donnait un contact assez dur et sans les fragmenter. Deux d'entre eux furent alors soumis à l'action d'une lessive potassique, étendue et examinée à un faible grossissement (50 diamètres) qui les montra composées chacune de deux à trois petites sphères.
Les grains furent alors soumis à l'action du picro-carmin pendant une dizaine de minutes et examinés au grossissement de 500 diamètres, qui révéla l'existence d'une couronne de massues phériphérique assez farge et de petites traînées cen^
traies dont la coloration orangée nous fit croire à des renflements pyriformes.
Les autres grains, après avoir été lavés avec un mélange d'alcool et d'éther à parties égales, furent laissés au contact d'une solution d'éosine à l'alcool pendant quelques secondes, puis colorés par le procédé de Gram et lavés de nouveau à l'alcool.
Examinés alors au grossissement de 500 diamètres, .Is se montraient composés d'une masse fibrlllaire centrale b,en dessinée en violet : les filaments étaient entremêlés en tous sens et formaient un réseau asse^ délicatement enchevêtré : les ramuscules filamenteux avaient une disposition nettement rayonnée sur les diverses préparations et venaient en plusieurs endroits en contact avec des bâtonnets de couleur orangée A la périphérie, ou distinguait de nombreux filaments d.chotomisés avec rameaux de même largeur que le filament prnv cipal it légèrement ondulés. Le foyer était entouré d'une zone de massues accolées àdes fils rayonnés : ces — ''"t séparées ; nous n'en avons pas aperçu à l'extrépné des ments. L'aspect de la préparation rappela,, exactement celu,
de l'actinomyces bovis.
En présence de ce résultat, nous divisâmes la masse paras,, taire en deux parties, et nous flme, deux cultures du champ,-
on dans le V,de, sur pomme de terre, (-^^ — Lux, bouillon glycériné iusqu'à l'ét,-anglement et pomme de tprre'l sans obtenir aucun résultat.
"nu devons ajouter que nous nous «'«ns servis es gran les plus iaunes pour l'analyse microscopique et qu ,1 n " restait lus pour les essais de culture que ^ noir, c'est-à-dire les plus dégénérés. N"'ons aus , qu I exa
■ oni 1p nrocédé de Gram, deux ours et aemi d'un gra.n, suivant le p.océdô d ^^^^^
après son extraction nous permit de voir un my net encore, mais aucune massue.
A la récapitulation de ces examens, on trouve que dans presque tous, l'aspect macroscopique du champignon dans les cas relativement récents est celui de Tactinomyces bovis : les grains sont jaunes de l'aspect, de la consistance et du volume de ceux de l'oospora ou actinomyces bovis. Dans les cas anciens, par suite de l'évolution spéciale de la colonie parasitaire, les grains prennent des colorations brunes, roussâtres ou noires pour aboutir très vraisemblablement à la dégénérescence calcaire.
Dans quelques cas la masse avait une coloration blanche observée parfois dans l'actinomycose des autres organes au début.
L'examen microscopique a donné des résultats variables ; dans le deuxième et le troisième examen de Schroeder, dans celui de O. Lange, dans ceux de Kastalky l'aspect est le même que pour l'actinomyces bovrs : mycélium en chevelu et couronne de massues bien distinctes. Dans notre cas les préparations offrent une analogie complète comme éléments et disposition avec celles de l'actinomyces bovis.
Dans le cas de Evetzky l'aspect de la préparation rappelle celui de l'actinomyces, dont elle se distingue par l'absence de massues et l'existence de spores.
Dans le premier cas de von Schroeder la présence de spores et de filaments sporifères si rarement observée dans l'actinomyces bovis, en dehors des milieux de culture, est signalée.
Si nous remontons aux cas antérieurs à la publica-
tion de Schroeder, les descriptions morphologiques, le plus souvent succinctes ou incomplètes des. observateurs, ne permettent pas d'établir de différenciation nette entre les divers champignons décrits.
On se guidait d'après l'aspect du mycélium pour établir des comparaisons entre les divers parasites : on a pu ainsi établir une classification entre les différents genres, mais les connaissances acquises ne permettaient pas de distinctions d'espèces.
La technique de coloration des éléments d'un champignon n'était pas encore nettement établie, et plus tard quand elle le fut, les massues étaient considérées comme analogues aux spores puis à des sporanges devant mettre en liberté des spores.
Mais dans la plupart des cas, comme on la vu dans l'historique de la question, le mycélium central qui est la partie la plus importante du champignon, puisqu'elle permet le diagnotic de l'espèce, autorise à conclure à une streptothricée.
Nous avons vu que de l'avis de Cohn et de ceux qui étudièrent les premiers l'actinomyces bovis, la similitude de ce champignon ayec le streptothrix Foers-
teri est extrême .
L'étiquette de streptothrix Foersteri fut par la suite appliquée sans contrôle suffisant, peut-être, à tous les microorganismes extraits des canalicules lacrimaux : mais dans nombre de cas, les analyses microscopiques des observateurs nous montrent bien qu'il s'agit du champignon examiné par Cohn.
La culture pourrait seule démontrer l'unité ou la multiplicité des espèces parasitaires du genre actinomyces susceptibles de s'implanter dans les voies lacrymales.
Donc, pour établir l'identité du champignon des voies lacrymales avec l'actinomyces bovis, au moins dans certains cas, où une ligne de démarcation nette a été tracée par l'examen macroscopique et microscopique, il faut s'adresser aux caractères culturaux qui sont le véritable critérium de la question. Or, dans la plupart des cas, où l'analyse montrait la similitude des deux champignons, la culture du parasite extrait des voies lacrymales n'a pas été tentée ou est restée sans résultat comme dans le cas de Elschnig et dans le nôtre.
Tout récemment, le docteur K. Kastalkaïa a obtenu des cultures pures d'actinomycose, comme avait la
bonté de me l'affirmer M. le professeur Evetzky.
. La difficulté que l'on a d'obtenir des cultures pures d'actinomycose, explique l'absence de résultats dans la plupart des cas où l'on a tenté d'ensemencer le parasite, et le succès qui a couronné les recherches du docteur Kastalkaïa nous permet de conclure à la possibilité d'une actinomycose des voies lacrymales, produite par l'actinomyces bovis.
C'est alors que nous fûmes amenés à rechercher si, parmi les microorganismes qui se trouvent à l'état normal dans les culs-de-sac conjonctivaux de l'homme on ne trouve pas l'actinomyces.
Les recherches de Fick ( « Ueber micronganismen in conjonctivalsck ». Centralhlai fiir Bacieriolopie nnd "Parasitemunde, 1887), ne nous apprirent rien de précis. Nous avons consulté l'excellenle thèse de Gombert (1889) qui donne les caractères culturaux des diverses espèces microbiennes trouvées par lui sur la conjonctive normale. Tout microbe vivant mélangé à un milieu nutritif stérilisé, liquide, étalé en couche mince, solidifié ensuite et maintenu à une température normale, donne naissance à une colonie parfaitement isolée, et de forme différente pour chaque espèce microbienne. Il trouva assez souvent le streptothrix Foersteri, sur cultures ensemencées avec le mucus conjonctival : ce parasite forme 1 à 2 colonies sur 8 à 10 plaques, mais il risque de passer inaperçu, car ses colonies à développement tardif sont souvent masquées par des colonies voisines, qui viennent liquéfier la gélatine où elles commencent à se développer : il en est de même pour ractinomyces bovis.
A l'examen microscopique des cultures, le streptothrix se présente sous forme de longs filaments à extrémités arrondies, rectilignes ou plus souvent ondulés, ou irrégulièrement spiralés. Ils forment un lacis mextricable.
Le diamètre est égal dans toute leur longueur et mesure de o 5o à o 60. Leur longueur est de 4 à 6 ^ à 92 P-.
Fréquentes dichotomisations.
Sur cultures un peu vieilles et surtout sur cultures
— Ai-
de pomme de terre, albumine et agar-agar, on voit des filaments variqueux beaucoup plus courts, mais d'un diamètre plus considérable, 3 à 6. p de long, o 70 à o II 80 de large. A l'extrémité de ce filament variqueux on voit quelquefois des étranglements assez prononcés pour isoler presque complètement 2 ou 3 éléments arrondis semblables à des coccis. En même temps que ces filaments variqueux, il existe, le plus souvent, des éléments cocciformes isolés ou zoogleiés qui sont les spores de ce microbe et dérivent de la fragmentation des filaments variqueux. Ces spores ont environ o 80, -elles sont très nombreuses sur pommes de terre, surtout au moment où la culture devient blanche.
L'ensemencement de ces spores reproduit des colonies qui contiennent des filaments purs ou des filaments et des spores selon l'âge de la culture et le milieu sur lequel on les a ensemencées.
Tous ces éléments prennent très bien les couleurs d'aniline.
Cet aspect microscopique rappelle bien celui des cultures de l'actinomyces bovis : feutrage de filaments un peu contournés qui s'allongent, se dichotomisent et se fragmentent en éléments cocciformes et forment des spores qui peuvent devenir très nombreuses.
Gombert fit une série de cultures à 27 et à 37°. Cultures à 2".
Plaques de gélatine.- Le streptothrix est un microbe à développement tardif.
Le 4" ou le 5" jour après l'ensemenceilient, apparaissent de petites colonies blanc grisâtre dans l'épaisseur de la gélatine. Quelques-unes atteignent, le lendemain, un quart à un demi millimètre. Elles grandissent lentement sous forme de sphères grises de un à deux millimètres de diamètre. Quand la forme sphérique est bien apparente, leur centre est opaque et gris foncé, la périphérie blanche et demi-transparente.
En se développant elles arrivent à la surface de la gélatine qu'elles dépassent bientôt. La gélatine se déprime autour d'elles et forme un godet sec, assez large au fond duquel converge la colonie qui a pris une teinte gris sale ou un peu jaunâtre. Cette colonie est partagée en deux hémisphères, un inférieur dans l'épaisseur de la gélatine et un autre supérieur libre qui s'élève en relief du fond du godet. Cette colonie est compacte, elle se fragmente difficilement et s'écrase facilement entre deux lamelles, elle roule sous l'aiguille quand on veut l'ensemencer et quand on arrive à la saisir on l'apporte tout entière. C'est là un excellent caractère pour reconnaître les colonies
de'streptothrix.
Examinées à un faible grossissement, les colonies du début sont quelquefois des amas de granulations noires, sans limites précises, assez rapprochées au centre, s'isolant à la périphérie.
Cette disposition est rare, le plus souvent c'est une colonie ronde, marron ou noire, de la périphérie de
laquelle partent des poils raides, courts, irréguliers ou bien une petite colonie grise, qui parait constituée par l'entrecroisement de filaments rectilignes, irrégulièrement disposés.
Quelle que soit la forme du début, les colonies ont bientôt toutes le même aspect : rondes, arrondies, de couleur noire et la périphérie ornée de poils courts, irréguliers, un peu estompés. ï^lus tard, les poils sont moins nets; les colonies restent uniformément noires et leur périphérie est comme veloutée, cotonneuse, avec poils estompés, diffus, très fins.
Tubes de gélatine. ~ Apparition des colonies au bout de trois ou six jours. Elles commencent dans la profondeur, où on voit le long du trait d'inoculation de petites sphères blanches qui grandissent lentement et atteignent i, 2 et 3 millimètres. Le centre devient opaque, grisâtre ou brun, la périphérie demi-transparente et blanche.
Ces sphères conservent leur indépendance : elles s'écrasent et s'aplatissent du côté de leurs surfaces de contact.
S'il se développe une colonie en surface, elle prend 1 aspect du même microbe sur les plaques de o-élatine.
Quelquefois l'ensemencement de la surface ayant été plus abondant, il se forme une excroissance irréguhere, grisâtre, à surface tourmentée de bosselures et de circonvolutions. Cultures à 37".
Plaques d'agar-agar. — Au troisième jour apparaissent des colonies superficielles et profondes.
Les colonies profondes sont de très petits points gris terne, qui grandissent très lentement, acquièrent un quart de millimètre de diamètre et prennent une légère teinte jaune le quatrième jour qui suit leur apparition. La teinte jaune s'accentue un peu, mais la
taille ne varie pas.
- Un faible grossissement les montre arrondies, noires, granuleuses, avec un bord finement tomenteux; elles ressemblent aux colonies profondes sur gélatine.
Plus tard, leurs bords deviennent irréguliers et plutôt granuleux que tomenteux.
Les colonies superficielles très petites au début, grandissent très lentement. Elles ont un quart de millimètre à leur troisième jour et mettent dix à qumze jours pour acquérir un diamètre de un miUimètre et demi à deux millimètres; elles sont grises et ternes. Elles forment d'abord un relief arrondi; plus tard, leur surface devient irrégulière et grossièrement plissée .
Un taible grossissement les montre rondes, noires et tomenteuses comme les colonies profondes.
Plus tard elles deviennent absolument opaques et on y voit des clairs dus à la réflexion lumineuse sur
les plis de la colonie.
Tubes i-agar-agar. - Les colonies appara.ssen ,e troisième ou le quatrième jour. Par ensemencen^en discret, on voit apparaître en profondeur de petites
sphères blanches qui grandissent assez rapidement, atteignent un demi à un millimètre et sont alors grises au centre, blanches et cotonneuses à la périphérie.
La colonie de la surface se développe plus rapidement, devient volumineuse avec relief considérable et surface irrégulièrement plissée.
Si l'ensemencement est plus abondant, on voit le long de la strie de piqûre se pévelopper de petites colonies rondes et en relief, de couleur gris blanchâtre, confluentes et très rapprochées les unes des autres, de environ un quart de millimètre. Elles restent assez distinctes par leur sommet, elles se réunissent entre elles et forment une sorte de membrane assez épaisse dont la surface est grossièrement mamelonnée. Elles prennent quelquefois une teinte jaune claire au cinquième et au sixième jour, les colonies se confondent et forment une membrane en relief irrégulièrement plissée, terne et grise. La partie périphérique est plus unie et conserve plus longtemps sa coloration jaune claire. En profondeur il se forme de très petites sphères agglomérées mais toujours des plus nettes ; blanc grisâtre.
Quelquefois la disposition est très différente : sur la strie de piqûre il se forme une plaque gris terne, qui constitue une excroissance large à surface lisse, à relief bien accentué.
Les parties périphériques se recouvrent d'un revêtement blanc, velouté comme les colonies de Talbumine et de la pomme de terre mais cet aspect ne persiste pas
Bouillon neutre, — Au bout de quarante-huit heures le streptothrix forme des sphères grises de un quart de miUimètre qui augmentent et tombent au fond du tube où elles se déforment par pression réciproque.
Le centre très opaque est jaunâtre et .la zone périphérique transparente est blanche cotonneuse. Elles atteignent de un à deux millimètres de diamètre et contiennent des filaments très longs et dichotomisés.
Bouillon acide. — Sphères très rares et très peu volumineuses. Le plus souvent même pas de colonies du tout.
Pomme de terre. — Au bout de quarante-huit heures il se développe une colonie gris jaunâtre de un à deux millimètres de diamètre formant une excroissance arrondie. A côté de ces colonies on en voit de plus se développer qui ressemblent aux précédentes comme forme mais sont blanches comme si elles étaient recouvertes d'une couche uniforme de farine. L'espace envahi par les colonies s'étend graduellement.
Le quatrième ou le cinquième jour apparaît une membrane épaisse, blanche et veloutée ; les colonies sont rondes en relief, confluentes, mais libres par le sommet. Deux ou trois jours après les colonies centrales sont gris cendré ou jaune sale. La membrane s'étend d'abord excentriquement par de nouvelles colonies grises, plus blanches.
La pomme de teri'e autour de la membrane prend une teinte brune. Plus tard la surface entière de la^ pomme de terre est recouverte par des colonies qui
forment une membrane irrégulière, bosselée, blanche et veloutée.
Eau. — Le streptothrix se multiplie dans l'eau de fontaine stérilisée. Il y croît de la même façon que dans le bouillon, mais les sphères sont moins compactes, plus transparentes, plus nombreuses et moins développées que dans le milieu acide.
Les inoculations tentées par l'auteur dans l'œil' de chiens, de cobayes, de lapins, à l'aide de colonies déposées dans le cuLde-sac conjonctival interne n'ont pas réussi.