ÉVOLUTION
L'allure de raclmomycose est variable, suivant que les lésions sont localisées et surtout localisées sur un organe d'importance vitale secondaire ou que ces lésions sont diffuses. Quand l'affection est localisée à la peau ou à un organe superficiel sans envahissement des plans profonds, la marche de la maladie peut être très lente et peut même aboutir à la réparation totale des désordres. L'actinomyces bovis, en effet, n'est pas dangereux par les produits solubles qu'il secrète : il ne doit ses caractères de gravité qu'à la facilité avec laquelle il se développe dans les tissus d'un animal sensible à l'affection. Si la mort survient, c'est par cachexie consécutive à des suppurations prolongées ou par gêne fonctionnelle d'un organe indispensable à la vie ou par envahissement des centres nerveux dans les foyers voisins de la base du crâne. L'actinomycose du canalicule lacrymal s'atlaquant a un organe de moindre importance vitale ne serait sérieuse que si elle, s'étendait aux organes voisins et occasionnait une suppuration. Tel n'est pas le cas.
L oospora a au contraire dans cette localisation une allure toute particulière, essentiellement chronique et ti-ès peu envahissante. Contrairement à la forme ordinaire de l'actinoraycose, on n'observe alors que la maladie est déjà constituée depuis une ou deux années ni extension des lésions ni formation de trajets purulents. On avait cherché la raison de cette différence d évolution dans la superticialité des lésions dans l'actinomycose lacrymale. Schroeder avait admis d'abord que la muqueuse n'était pas pénétrée par le parasite. « Le champignon, dit-il, se trouve dans le . canal lacrymal dans des conditions très particuHères et non observées dans ses autres localisations. II est placé dans unecavité ouverte à ses deux extrémités, toujours trempée de larmesi et de mucus et dans laquelle il pénètre par une ouverture naturelle et sans blessure des tissus. En cette cavité, il s'accroît lentement en concrétions de grains et sa masse en deux ans ne dépasse guère le volume d'un pois. La couleur des grains, d'abord jaune, puis jaune brun et jaune vert, que nous avons constatée dans tous les cas, prouve qu'ils sont vieux ; dans deux cas, Gruening et Graefe ont trouvé une calcification des grains, preuve d'une métamorphose régressive. Dans la marche ultérieure de la maladie, il peut survenir une induration du tissu granuleux et se former un dépôt de sels calcaires autour de la masse actinomycosique. Dans mon cas, il ne s était formé qu'une plaque inflammatoire de quelques millimètres, à la paroi.
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Schroeder considère alors le mucus et les larmes comme étant les obstacles qui empêchent la pénétration du parasite dans le tissu environnant. Le mucus envelopperait le champignon et son véhicule dès son entrée dans le canal et l'empêcherait d'attaquer le tissu : puis le champignon se développant de plus en plus, de nouvelles couches de mucus viendraient l'entourer, d'autant plus abondantes qu'il se produit ensuite une légère conjonctivite. La masse parasitaire, disait Schroeder, entourée de mucus est toujours baignée de larmes, qui, par leurs qualités désinfectantes et par leur action mécanique, entraveraient l'action des para- • sites qui ne seraient pas entourés de mucus. Plus ces grains vieillissent, plus ils perdent de leurs propriétés infectieuses et ils finissent par subir la métamorphose régressive, la peau elle-même s'enflamme et son tissu granuleux oppose à la pénétration du parasite une résistance insurmontable.
Le professeur Evestzky ne croyait pas au rôle du mucus et doutait à la suite du travail d'Ahlstroem des propriétés antiseptiques des larmes. « Je pense, dit-il, que le rôle principal dans la bénignité de ractinomycose de l'œil, doit être attribué à la résistance des éléments cellulaires du tissu sain de 1 organisme. 11 est de notoriété que même les bacilles les plus virulents de la dipthérie ne peuvent pas être pathogènes, si la muqueuse sur laquelle on les a transplantés est normale : mais une fois la muqueuse enlevée, les symptômes d'une grave infection survien-
-bi-
nent immédiatement. Or, Factinomyces, se trouvant dans la cavité du canalicule lacrymal, est en présence de conditions peu favorables pour son développement rapide et il est trop éloigné des vaisseaux sangnins De cette manière, il se développe bien lentement et atteint à peine dans un an ou un an et demi la grosseur d'un pois. Cependant, le champignon croit et les matières qu'il produit diffusent dans le tissu ambiant provoquant une réaction inflammatoire. Les parois du canalicule lacrymal s'épaississent, le tissu granuleux apparaît et entoure de tous côtés la masse actinomycotique. » ^
Cependant Schroeder ayant eu l'idée dans le trois.e,ne cas observé par Ini d'examiner au microscope une parcelle de ce tissu de la paroi, y trouva les éléments de l'actinomyces.
Aucun symptôme clinique spécial n'avait été détermme parla pénétration du champignon dans la paroi
La marche fut aussi bénigne qu'elle l'est ordinairement et le traitement ordinaire par attouchements au -bhme avait suffi pour déterminer une guérison
L'évolution particulière de la maladie ayant été la XITh "
P'gnona doncpu pénétrer aussi dans les observations an.er,enres le tissu de la paroi canaliculaire. L'examen " .crcscopique du tissu vient confirn,er l'idée de la
U^que de 1 affection: Voici en effet ce qu'a trouvé le
docteur M. Eliasberg dans la préparation qui lui avait été soumise par le professeur Schroeder . Les grains jaunes examinés sans temtureou ap.çs
. „ r,-!,m et l'éosine étaient composes
coloration par le bram et i eosn ,„„„,es '
de mycélium au centre et de très nombreuses massues de cellules rondes à la périphérie. Quelques massues
fi n l'extrémité des filaments myceélaient encore fixées a 1 extremi e
„ens. mais la plupart étaient -P-es volum neu . ouelques-unes bifurquées à leur extrémité. Une d ent.e i présentait un prolongement digitrforme, en do.gt
r.rtsurrsétaientpetitsetlégèrementrecourbes, auG,am.Lesuns , ^^^^^^.^^ ^^^.^ ^^^^
^•" crpÎpeUts groupes. Pas de bactéries.
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des figures qui correspon arej^^^^^^^^^
Bostroem (Recherches au sujet
'nmaine, .890, table . „ent avait
La cellule plus grande -l^"; la forme et les dimensions d une cellule „
noyaux. Elle était teintée en jaune et renfermait plusieurs petits filaments, dont Tensemble ressemblait assez bien à une figure radiée. Cette cellule rappelait très bien la llg. i de la table III de Bostroem.
11 résulte de ces recherches, qu'il s'agit d'un cas typique d'actinomycose. La formation de nombreuses massues nous permet de conclure à une évolution l'égressive ».
La formation de nombreuses massues nous indique une lutte sérieuse entre les éléments cellulaires et le parasite envahisseur. Dès sa pénétration dans les tissus le mycélium s'est fragmenté sous l'effort de la réaction phagocitaire ; une grande partie de ces segments absorbés par les cellules conjonctives ont été détruits : quelques-uns ont résisté et se sont transformés en massues, dont le nombre donne la mesure de la force de résistance du tissu autour du nodule ; cette prolifération de massues, au sein d'un tissu néoplasique formé de globules lymphoïdesou de cellules mononucléaires, d'origine endothéliales, a donné naissance, par la suite, au grain d'actinomycose.
Outre la cellule géante formée par la réunion des cellules épithélioïdes mononucléaires on remarque des cellules qui ont englobé les filaments, et dans lesquelles ces filaments sont en train de dégénérer ; dans quelques éléments cellulaires le filament englobé est presque digéré et il subira ainsi tous les degrés d'évolution jusqu'à la forme en massue typique telle qu'on la rencontre dans les grains écrasés. — La cellule géante
forme, autour des éléments parasitaires, une sorte de rempart de défense contre l'invasion et le filament enserré dans cette cellule s'entoure d'une membrane d'enveloppe et de couches calcaires qui l'empêchent d'être digéré par les sucs protoplasmiques.
Si la prolifération du mycélium central est très rapide la cellule géante peut n'avoir pas le temps de se former et on ne trouve alors presque pas de massues autour du grain. Si au contraire l'évolution de la tumeur est plus lente, les tubercules sans cesse accrus par l'adjonction de nouveaux éléments auront des dimensions plus grandes. La formation des tubercules et des massues donne donc la mesure de la 'réaction de l'organisme et de sa force de résistance.
En résumé il s'agit d'une infection en surface, infection qui est restée localisée au point même qui a été primitivement inoculé. Les formes par lesquelles se traduisent cet envahissement du parasite et la résistance de l'organisme sont les mêmes que dans l'actinomycose des autres tissus. La formation dans les grains de massues nombreuses démontre que la lutte des éléments cellulaires contre le mycélium a obligé celuici à prendre ses formes de résistance.
L'absence de massues dans le nodule examiné montre que le mycélium ne résiste plus ou du moins qu'il oppose une résistance assez molle à la réaction du tissu. Une zone de granulations s'est en eftet organisée, tandis que la production de cellules phagocytaires suscitées par la présence du parasite suffisait
tout d abord à s'opposer à son extension. Ce tissu granuleux de réaction s'organise dans le sens d'un tissu fibreux, et restreint la zone de propagation de l'actinorayces, déjà fragmenté et amoindri par la phagocytose. Bientôt une coque fibreuse finira par entourer la masse de détritus mycéliens et cellulaires, qui subiront la calcification au sein de ce tissu conjonctif modifié.
Cette limitation et cette marche lente du processus envahisseur ne peuvent s'expliquer que par des conditions de miheu spéciales ou par les caractères biologiques du champignon.
II n'est pas nécessaire de chercher la raison de cette évolution constamment bénigne de la maladie dans des caractères spéciaux cà un parasite spécial, et il semble qu'on peut en trouver l'explication, dans le milieu où l'actinomyces bovis est transporté et dans les conditions particulières à son développement.
Le parasite, en effet, se trouve dans les voies lacrymales dans des conditions spéciales.
Nous ne parlerons pas des larmes auxquelles on a attribué une influence défavorable sur le champignon, influence qui est loin d'être démontrée puisqu'il semble même que ce liquide alcalin constitue un milieu de culture pour l'actinomyces.
Mais on sait quelle influence déplorable possède l'air et sur l'actinomyces et sur le foyer actinomycétique.
L'air exerce par lui-même une action néfaste sur le
parasite qui ne prospère jamais aussi- bien qu'à Tabn de l'air et que lorsqu'il y est transporté y subit le plus souvent une prompte altération. C'est du reste une règle générale mise en relief par Duclaux pour tous les microbes, en particulier pour ceux de la conjonctive, que cette influence nuisible de l'air.
En second lieu, il faut remarquer que ce champignon se trouve sur la conjonctive au contact des autres microbes qui y végètent à l'état normal chez l'homme, et que cette symbiose est absolument dégénérative pour le parasite qui nous occupe. L'infériorité de l'actinomyces en présence des autres microbes est aujourd'hui reconnue; en milieu de culture artificiel la présence des autres raicroorganismes l'étouffé et le fait disparaître en quelques jours.
L'actinorayces se fixe donc sur le tissu canaliculaire et s'y développe avec une diminution d'énergie proportionnelle à sa diminution de virulence, et \ix il se trouve encore au contact de l'air dans un canal qu'une obstruction partielle, au moins au début, laisse encore ouvert à ses deux extrémités. Or il résulte des recherches des auteurs allemands que le simple contact de l'air sur des foyers d'actinomycose humaine a une influence indéniable sur leur évolution. « Dans certains cas dit Poncet il n'est pas douteux lorsqu'il s'agit de foyers isolés superflciels entourés d'une zone puissante de réaction, que le contact des bactéries amenées par l'air ou de leurs produits solubles, ne hâte la guérison.
Et dans ces conditions défavorables à sa vitalité le champignon tombe sur un terrain peu propice à son extension. La riche vascLilarisation de la muqueuse à l'état normal et à l'état pathologique surtout (constatée par Schroeder dans l'examen de sa pièce) amène une- réaction intense source d'éléments phagocytaires, noyant au fur et à mesure de leur éclosion, les colonies formées par le mycélium, les entourant d'une coque de tissu granuleux puis fibreux.
D'autre part, - les conduits sont entourés de fibres musculaires striées, tissu tout à fait défavorable au développement du champignon ; et la pauvreté de la région canaliculaire en tissu cellulaire nuit à l'extension de l'actinomyces, car le tissu cellulaire lui est éminemment favorable, et c'est là une des causes principales de sa rapide propagation au sein des autres organes.
Ces conditions spéciales ne sont pas absolument particulières à la muqueuse des voies lacrymales : elles sont aussi réalisées par celle des fosses nasales qui de même semble opposer une défense énergique cà l'envahissement du parasite. On ne relate pas, en effet, de cas primitif d'actinomycose des fosses nasales et même après l'envahissement de l'antre d'Highmore, par un foyer d'origine dentaire, on n'a pas décrit de sinusite typique.
Dans le tissu musculaire de la langue chez l'homme, la marche de l'actinomyces bovis est rapidement en-
rayée, le parasite y subit le sort d'un simple corps étranger.
Rapidement enkysté il ne peut franchir la barrière de plus en plus épaisse des leucocytes qui l'entourent et le foyer ne s'accroît que par le ramolissement progressif de ses parties centrales, les seules où le parasite continue péniblement à évoluer.
De même Malocchi aurait observé sur la muqueuse de la bouche, des amygdales, du pharynx, et du larynx de l'homme, des.lésionsactinomycosiques superficielles, nodulaires papillomateuses.
Il semble donc qae dans le canalicule lacrymal, une évolution bénigne et limitée ne soit pas inconciliable avec l'idée d'un champignon aussi destructeur que l'est généralement l'actinomyces bovis. Elle peut s'expUquer, par des conditions spéciales du milieu contraires à la vitalité du champignon; par des conditions histologiques du tissu qui s'opposent à son extension : autant de circonstances rarement observées dans les autres tissus et qui lorsqu'elles se trouvent réunies dans un organe suffisent pour s'opposer à la marche du processus actinomycosique envahisseur.
ÉTIOLOGIE
L etiologie de l'actinomycose des conduits lacrymaux est des plus obscures : dans presque toutes les observations il n'est rapporté aucune circonstance étiologique.
On ne connaît aucun cas où par suite d'actinomycose simultanée d une autre région du corps le parasite ait pu être transporté aux voies lacrymales. Cependant, de Wecker cite l'observation d'une jeune fille, à qu'i il avait extrait, en 1869, une volumineuse masse parasitaire du conduit lacrymal inférieur droit et dans laquelle M. Cornil trouva une sorte de champignon de genre mdéterminé (qui fut considéré dans la suite comme leptothrix par de Wecker après la publication du travail de Cohnheim). Cette jeune fille présentait au cou une cicatrice et soutenait qu'il avait existé fort longtemps un trajet fistuleux d'une glande suppurée et qu'on lui avait retiré de même une grosse amande brune, comme celle qu'on venait de lui enlever du grand angle de l'œil droit.
II s'agit probablement ici d'une actinomycose à
marche lente. L'infection a pu se produire sous l'mfluence d'une cause commune à moins qu'il n'y ait eu anti-inoculation. C'est, croyons-nous, le seul cas d'obstruction des conduits lacrymaux où l'on ait constaté d'autres lésions dont la nature et la localisation puissent faire penser à l'actinomycose.
En raison de la similitude de l'actinomyces boviset de celui des voies lacrymales, il semble que la propagation de l'espèce doive se faire de la même manière et par suite des mêmes circonstances.
Nous ne savons pas si la contagion se fait ou peut se faire de l'animal à l'homme. Du reste, ce genre d'infection est exceptionnel dans l'actinomycose humaine due à l'oospora bovis. La contagion végétale de l'actinomyces bovis est, au contraire, non seulement vraisemblable, mais démontrée par les observations cliniques et consacrée par les expérimentations faites au laboratoire. Les spores qui, comme ont constaté L. Bérard et Nicolas, sont très résistantes a Pair libre, abandonnées sur le sol, ou restées depuis 1. moisson sur des graines destinées aux nouvelles semences, suivent un développement parallèle a celui ;ecesgrainsaprèsleurgermination,etlechampignon
qui en provient gagne à travers les vaisseau.x le
^ . • H. la riante Le parasite évolue a
parties aériennes de la plante. ^ V
Ltérieur sur les végétaux, paille, epis ou giains d'ome de blé, d'avoine : qu'un débris de ces vegeauMLinès soit introduit d'une façon quelconque
dans les tissus et l'infection a grande chance de s y
constituer. Bostroem soutient que dans la plupart des cas si Ton faisait de minutieuses reclierches on trouverait des débris végétaux au sein des lésions. Des coupes en série suffisamment multipliées sont nécessaires pour arriver à ce résultat. Car il n'est pas besoin pour transporter les éléments du champignon de corps volumineux et les poussières yégétales, aussi bien que les épis Qu les grains entiers, servent de véhicîiles aux spores. Les dimensions des parcelles végétales peuvent être très minimes et les rendre même difficilement perceptibles à l'œil nu, puisqu'on en a trouvé dans les tissus qui n'atteignaient pas i millimètre — de o mill. 9 à I mill. 5, dans les cinq cas positifs de Bostroem. — Le transport par l'air extérieur de -poussières contaminées jusqu'à la conjonctive et de là par le point lacrymal, dans le canalicule, a été considéré par les divers auteurs, comme la cause la plus probable de l'infection.
Des recherches dans ce sens n'ont été faites, croyons-nous, que parSchroeder, qui n'est pas arrivé par des coupes suffisamment multipliées, à déceler la présence de débris végétaux au sein des lésions.
D'autre part, les travaux de Gombert ont démontré que le parasite trouvait dans l'eau un milieu de culture favorable : le champignon se multiplie dans l'eau de fontaine stérilisée et, dès lors, il est possible que l'eau serve de véhicule au champignon jusqu'à la conjonctive : ce qui semble le plus vraisemblable du reste.
quand on sait la fréquence relative de ce champignon sur la conjonctive de l'homme à l'état normal.
C'est, en effet, un point sur lequel l'attention n'a pas été attirée depuis Gombert que ce parasite végète sur la conjonctive parmi les microbes normaux. Et les recherches de Gombert ont démontré qu'il forme une à deux colonies sur^huit à dix plaques ensemencées avec le mucus conjonctival.Ce parasite peut donc se trouver dans les culs-dcrsac conjonctivaux sans qu'il se développe d'actinomycose dans les voies lacrymales.
La raison de cette innocuité ne peut être recherchée dans l'influence défavorable des larmes puisqu'elles constitueraient au champignon un milieu de développement suffisant, d'après les recherches de Gombert.
On peut admettre une virulence atténuée du parasite, au contact de l'air qui, comme l'a démontré Duclaux, exerce une action défavorable sur les microbes en général — et nous l'avons vu sur l'actinorayces en particulier, et au contact des différentes espèces de bactéries ayec lesquelles il se trouve en symbiose et qui, comme l'on sait, exercent sur le champignon une action destructive; l'impossibilité pour l'actinomyces de se développer dans des cultures où il se trouve associé aux différents microbes d-'infection secondaire le démontre.
Ce sont là des circonstances qui mettent le champio-non dans un état de moindre virulence et qui
expliquent le développement rare du parasite dans les conduits lacrymaux.
Pour que l'affection se constitue, il faut peut-être que ^ le parasite se tj-ouve dans des conditions de culture plus favorables par une virulence primitive plus grande, par un contact moins prolongé avec les microbes ou par diminution d'énergie du milieu microbien où il se trouve transporté, mais il paraît nécessaire que des conditions spéciales lui soient créées par le terrain canaliculaire sur lequel il va évoluer,
Ces conditions peuvent être réalisées par une altération préalable de la muqueuse, et Camuset avait déjà remarqué que les concrétions se formaient chez des individus atteints d'inflammation chronique du conduit et du sac, ou par une occlusion partielle ou totale du canalicule qui entraînerait la stagnation des larmes. Le parasite, trouvant dans ce conduit des éléments nutritifs, un apport d'air moins considérable et la température convenable pour sa 'culture, s'y développerait sous forme de concrétions sphériques comme dans les milieux de culture artificiels.
Dans le cas de Goldzieher, un cil fut trouvé au centre de la concrétion; il a pu déterminer par sa présence dans le conduit une obstruction irritative plus ou moins complète qui a favorisé le développement du parasite.
Dans l'observation que nous rapportons la malade avait été soumise au cathétérisme par le conduit lacry-^
mal inférieur droit, que lui pratiqua M. Dujardin. Cest dans ce conduit que se développa Tactinomycose constatée trois ans après. Le cathétérisme après curetage de la concrétion démontra un rétrécissement manifeste du canal nasal.
Du reste les concrétions s'établissent dans les points physiologiquement rétrécis du conduit lacrymal, qui sont, après l'embouchure externe, l'oritiee de communication avec le sac; c'est dans ce dernier point que dans la plupart des cas on constata la présence de la tumeur actinomycétique. Dans notre cas la masse parasitaire semblait bien s'être développée dans le diverticule même formé à l'entrée du sac par la paroi du conduit et le repU de la muqueuse qu'on a appelé la valvule de Huschke. Il y a là une sorte de cœcum qui semble bien disposé pour le développement du champignon. . .
Le sac lacrymal ne paraît pas avoir été jamais envahi
secondairement.
L'actinomycose a été observée dans les 2/3 des cas dans le canalicule lacrymal inférieur. Evetzky explique cette prédilection par le rôle plus actif que joue^le conduit lacrymal inférieur dans l'élimination des larmes. Nous croyons que cette particularité peut s'expliquer par le fait que la masse parasitaire se trouve assez souvent dans la dernière poriion du conduit, portion commune pour ainsi dire aux deux canalicules puisqu'ils débouchent dans le sac lacrymal pai ^ le même onlice en avant de la valvule de Huschke. Les
signes cliniques de l'obstruction ne se montrant que dans le conduit lacrymal inférieur en vertu de la position déclive de ce conduit et de la situation inférieure de rinfundibulum dans lequel se développe la tumeur, c est le conduit lacrymal inférieur que l'on considère' comme atteint.
L'actinomycosc des canalicules semble avoir une prédilection marquée pour le sexe féminin dans presque tous les cas publiés l'affection s'est développée chez des femmes.
Il est intéressant de constater dans le petit nombre de cas connus cette inversion dans les coutumes de' l'actinomyces qui a été le plus souvent observé chez l'homme dans ses autres localisations.
Il ne semble pas que les différences de condition sociale aient une influence marquée mais les personnes de la ville sont peut-être atteintes moins souvent que celles de la campagne.
Enfin à propos delà répartition de la maladie dans les divers pa3^-s il est probable que l'actinomyces des voies lacrymales n'a pas de champ limité d'action.
Les pays où a été surtout notée l'actinomycosc des conduits sont l'Allemagne et la Russie.
En vMlemagne on a observé une vingtaine de cas dont deux décrits sous le nom d'actinomycose En Russie 7 à 8 cas dont 6 depuis le travail de
Schroedei
En Italie 7 r;m p.-, u^i •
^'^s. bn Belgique i cas.
En l'i-ancc 4 cas.
SYMPTOMATOLOGIE
L'actinomycose du conduit lacrymal débute ordinairement par un larmoiement léger, mais tenace, qui s'accompa^^ne après un temps variable, d'hyperémie de la caroncule, de la conjonctive vers le grand angle de l'œil et du bord de la paupière au voisinage du cana^ liculc atteint.
Le larmoiement peut être très léger et même ne s'être jamais montré dans le cours de l'affection dans
des cas anciens . ■ , ,
Il en est de même de la rougeur catarrhale de la conjonctive, qui peut-être limitée à la caroncule ou faire complètement défaut. Presque toujours 1 ce.l est collé le matin au réveil, particulièrement à l'angle mterne Le malade éprouve une cuisson, un picotement continu très désagréable en même temps qu'une sensation de gêne irritante.
A resamen on ne constate au début qu une legcre éversion partielle de la paupière due au faible épa.s.ssement produit le long de son bord libre par a d, lata^ tion du conduit lacrymal. Au toucher, on sent le long
du canalicule lacrymal une fpetite tumeur parfois douloureuse à la pression, régulière, élastique et généralement assez résistante. Le point lacrymal ''est dilaté et laisse sourdre le plus souvent, quand on comprime la tumeur, une gouttelette de liquide visqueux d'apparence muco-purulente : et très rarement quelques grainsjaunes. L'orifice élargi du point lacrymal permet quelquefois d'apercevoir en même temps qu'un liquide un peu trouble une masse jaunâtre, mais le plus souvent on ne peut voir la concrétion qu'en exerçant sur elle une pression assez forte dans la direction du point et elle disparaît dès qu'on ne la retient plus. En renversant la paupière, on voit dans une partie de la longueur du canalicule une légère tuméfaction qui donne a ce niveau une transparence jaunâtre.
La masse parasitaire continuant à s'accroître lente ment finit par former une petite tumeur, qui bombe un peu au dessous du canalicule, aussi bien en avant qu'en arrière. La peau devient rarement adhérente, mais plus rouge au niveau de la tumeur et du rebord palpébral qui s épaissit davantage et devient arrondi. Le point laco..al se dilate jusqu'à devenir deux fois plus lam-e quà l'état normal, et laisse suinter de temps à autre une goutte de liquide jaunâtre; la palpation perm'et de
délimiter assez bien les contours de la tumeur, dont es di ^^^^
a une feve.
L'inflammation devient plus grande sur la conjonefve qu, peut être entièrement envaltie. Les symptômes
subjectifs suivent le plus souvent une marche parallèle et ce qui n était qu un ennui au début finit par devenudans certains cas une véritable infirmité.
Le canalicule fendu laisse apercevoir la masse parasitaire qui se trouve le plus souvent à la partie inférieure du conduit, dont la paroi élargie forme a la tumeur une sorte de diverticulum ; celui-ci peut acquérir les dimensions d'une petite poche du volume de la masse qui l'occupe et en communication avec le
conduit. .
La tumeur parasitaire est composée de grains agglutinés entre eux le plus souvent par une matière mucoîde plus ou moins abondante ; les grains le plus souvent jaunes ou verts sont parfois gris on noirs. Dans un cas de Foerster la masse entière était noire. Ils peuvent renfermer des particules calcaires qui deviennent de plus en plus abondantes et leur font subir à la longue une calcification complète. Dans deux cas de Graefe et Gruening les grains étaient a solumen crétacés. 11 est vraisemblable que les dacryoUthes calculeux qui avaient excité la curiosité de Cesoin, Sandifort et surtout de Desnrarres père, ne sont quedespr -
duits d'une transformation régressive de ces masses actinomycètiques. La nature actinomycetique de cer taines concrétions calcaires a du reste été pai*iten t reconnue après dissolution de la ^^^^^ ^^ "^J"^^ ker vétérinaire à Berlin et le professeur Vnxhow a la riiénie constatation.
L'examen des parois de la poche les montie gene
ralement épaissies, infiltrées, rugueuses et tapissées dans la plupart des cas par une légère couche de liquide rauco-purulent.