OBSERVATION III
Par le D' Robert (thèse de Paris, 1899).
Me X..., de Béthune, âgée de soixante ans, propriétaire, se présente à la consultation de M. Dujardin en avril 1898, pour un larmoiement de l'œil droit qu'elle-même rattache à l'existence d'une petite tumeur de la paupière inférieure droite, augmentant lentement de volume depuis un an et demi, La malade se plaint de picotements se faisant sentir surtout dans la soirée : l’œil n'est que rarement collé le matin, au réveil.
A l'examen, on constate une légère hyperhémie de la conjonctive, à l'angle interne, un élargissement du double el une éversion du point lacrymal.
La lumeur elle-même parait-être de la grosseur d'un pois, bombée également en avant et en arrière, assez résistante à la pression qui ne parvient pas à l’aplatir. Elle est située un peu en dehors du sac lacrvmal sur le trajet et un peu au-dessous du conduit.
La pression sur la tumeur et le conduit fait sortir une gouttelette de liquide louche, Une pression énergique ayant été exercée sur là tumeur dans le but d'en provoquer l'expulsion, il ne nous a pas paru qu'elle füt visible par l'orilice lacrymal,
en ie.
La peau est libre sur elle et ne présente pas de rougeur inflammatoire en ce point : la conjonctive tarsienne est légèrement hyperhémiée,
L'état général est bon.
La malade avait été soignée, deux ans avant, par M. Du- Jardin, pour un larmoiement qui céda peu à peu à quelques séances de cathétérisme.,
Elle habite la ville.
Le traitement consista dans l'incision du conduit lacrymal et curettage de la tumeur qui se trouvait située dans un petit infundibuium, à l'extrémité du canalicule, près du sac lacrymal. On sentait très bien, à la curette. que les parois de la cavité étaient rugueuses.
Lavage prolongé au sublimé au 1/1000 et prescription de compresses de cyanure d'hydrargyre.
La malade se présente quinze jours après absolument guérie, et la guérison s'est maintenue depuis.
Ogservarion IV
(Par le D' Segelken, traduite de l'allemand.)
Le gérant G..., d'une maison de grains, âgé de vingt-eimq ans, de Clotze, vint un jour me consulter pour son œil droit. Il mé dit qu'il y a quinze mois, en déchargeant du foin dans une grange, un fétu de paille lui vola dans l'œil droit. On en sortit aussitôt un morceau, mais un autre long environ d'1 centimètre à 1 centimètre et demi, ne put être extrait que quinze jours après, par le médecin, du culde-sac conjonctival supérieur, alors que déja 1? y avait un peu d'inflammation. Un mieux léger se manifesta qui ne dura que trois semaines: à ce moment-là, se déclara une rougeur appréciable de l'œil avec écoulement de larmes, sécrétion purulente et tuméfaction de la paupière supérieure. Alors il se rendit de nouveau chez un médecin qui diagnos-
liqua un engorgement du canal lacrymal et passa plusieurs fois la sonde sans qu'on püt observer pendant un an une amélioration sensible de la maladie par le traitement médical. Lorsque le malade vint me voir, la peau de la paupière inférieure et supérieure montrait, du côté droit, une légère rougeur diffuse. Par suite d'une tuméfaction générale modérée de la paupière supérieure et de son poids plus considérable, la fente palpétrale était plus petite qu'à gauche. Aux cils de la paupière supérieure, un peu épaissie et rouwie, étaient suspendues des croûtes jaunâtres qui ne provoquaient pas la chute des cils. Près de l'angle interne de l'œil se trouve suivant le trajet du canal lacrymal supérieur, une tuméfaction de la grosseur d'un pois environ et d'un rouge sombre qui est un peu dure au palper et à peine douloureuse à la pression.
Aux points lacrymaux, on constate que le point lacrymal est dilaté par rapport à l'inférieur, sans que l’on puisse faire sortir de liquide pathologique. Lorsqu'on renverse la paupière supérieure, on constate une hypertrophie notable, un aspect granuleux, papillaire de la conjonctive tarsienne, absolument analogue à celui du trachome. De longs filaments de mucus visqueux nagent dans le liquide lacrymal sécrété abondamment. On ne découvre pas à l’œil d'autres symptômes pas plus qu'à l'appareil lacrymal, puisque la pression sur le sac n'amène pas de pus.
D' SxEGIREW. — Concrélions mycéliennes dans les quatre canalicules lacrymaux. Compte rendu de la séance du 2/4 septembre 1902, de la Société des oculistes à Mos cou (Düù à l'obligeance du D' Maklakoff, de Moscou).
Le malade, âgé de trente-deux ans, se rendit à l'hôpital à cause du larmoiement des deux veux. En examinant le malade, on pouvait constater qu'il y avait des tuméfactions dans la région des quatre canalicules. L'incision des canalicules montra des concrétions. L'examen microscopique
révéla que le centre de ces concrétions était d'origine calcaire ; 1l était entouré d'une couche contenant une quantité de microcoques, de bacilles.…., ete. L'auteur déclare que
l'examen microscopique ne permet pas d'affirmer la nature mycélienne des concrétions.
D' AwERBACH, — Les concrétions mycéliennes des canalicules lacrymaur. Rousski Wratsch, n° 26, 2, 1903 (Dù à l’obligeance du D° Maklakoff.)
Le D' Awerbach observa une malade avec des concrétions mycéliennes des canalicules. L'examen microsCOpique, l’ensemencement et l'inoculation aux animaux présentèrent un tableau typique de l'actinomycose. Le cas est intéressant en ce sens que les massues typiques de l'actinomyces n'apparurent qu'au bout de deux mois et demi chez un cobave.
Actinomycose du sac lacrymal, par le D' Mitvalsky, de Prague.
OBSERVATION. —— Une vieille servante âgée de soixantecinq ans, sujette à des dacryocystites bilatérales répétées. suivies de fistules lacrymales bilatérales, souffre depuis quelques mois d'une tuméfaction inflammatoire de la région du sac lacrvmal gauche avec écoulement de pus par la fistule.
Toute la région du sac lacrymal est considérablement gonflée, sans qu'il y ait d'œdème. Au toucher, la tuméfaction apparaît assez dure, élastique, évidemment néoplasique. Pendant la pression, il n'y a pas d'écoulement de liquide par les points lacrymaux, tandis qu'un liquide séreux trouble s'échappe par l'ouverture de la fistule lacrymale, située à la périphérie inférieure de la tuméfaction du sillon naso-facial. La peau supérieure est rougie, presque violacée,
Nous soupconnâmes d’abord une dacryocystite compliquée de périostite et ostéite fongueuse d'ordre tuberculeux, et nous fûmes étonné de rencontrer après dissection de la peau un lissu singulier, d'aspect inaccoutumé et, en général, couleur vert d'eau foncé. Nous enlevâämes ce tissu avec précaution et constatämes que l'os attenant était altéré. L'écoulement du sang fut considérable.
Du côté droit, nous entreprimes une simple oblitération du sac lacrvmal.
Le fragment enlevé était de la grosseur d’une forte amande, de la consistance d'une pâte dure, couleur vert d'eau foncé avec des points jaunâtres disséminés.
Actinomycose primilive de la conjonctive. — Nous tenons à signaler en passant l'existence, démontrée aujourd'hui, de l’actinomycose primitive de la conjonctive ; c’est ainsi que Demicheri, dans les Archives d'ophtalmologie de 1895, en publie un cas: il signale un semis de petis grains d'une couleur légèrement jaunâtre, placés sur la face interne de la paupière supérieure, près de l'angle interne de l'œil.
Un seul cas d'actinomycose, au niveau de la conjonctive qui entoure la caroncule lacrymale, a été signalé récemment par de Vincentis, sous le titre d'actinomycose conjonctivale {Lavori di la Clinica de la R. Università di Napoli, vol. III, p. 324). Le malade dont il s'agit avait vécu à Buénos-Ayres et présentait, à l'œil gauche, une tuméfaction rosée dans le segment interne de la conjonetive bulbaire du pli semi-lunaire. Dans ce champ de la conjonetive bulbaire on voyait, au-dessus de la caroncule, comme un petit grain d’alpiste de couleur jaune grisâtre, placé audessus d’une petite vésicule ovale, demi-transparente et formant corps avec elle.
On comprend facilement que l'étiologie est la même que pour l’actinomycose des conduits lacrymaux ; la contagion se réalise par l'intermédiaire de graminées. Les observa. tions à ce sujet de Stoltmann, tégnier, Ammentrop,
[ich, Schartau, Jurinka, sont décisives : ils ont rencontré des foyers suppurés, des épis d'orge ou d'avoine chargés de granulations mycosiques. M. Dor. chef de laboratoire de la clinique chirurgicale, a présenté, à la Société Nationale de médecine de Lyon (26 janvier 1903), un malade atteint de cette affection ; ce malade présentait une particularité non signalée dans les autres observations ; il avail une céphalée intense avec exaspération nocturne que l'administration d'iodure de potassium ne fit qu'accentuer : on fit l'examen microscopique des grains isolés et M. Dor porta le diagnostic de pseudo-actinomycose. Le malade part guéri après intervention ; un ou deux mois après, il revient porteur de nouvelles concrétions conjonctivales que M. Dor examine de nouveau et rapporte cette fois, à l’oospora actinomyces.
PSEUDO-ACTINOMYCOSE
À côté de l'actinomycose vraie des canalicules laerymaux, nous devons signaler l'existence des pseudoactinomycoses qui, au point de vue clinique, simulent absolument l'affection due à l’oospora actinomyces: nous étudierons donc brièvement le groupe d’affections connues sous le nom de pseudo-actinomycoses, et qui ne sont, en somme, qu'un groupe d'attente se démembrant peu à peu à mesure qu’on le connaît mieux.
Ce fut Mosetig-Moorhof qui, le premier, en 1899, publia sous ce nom la première observation se rappor- Lant à cette variété d'affection. Un cas fut observé, en décembre 1895, par M. Dor, puis bientôt deux autres qui servirent de base au travail de M. Dor. publié en Juin 1896, dans la Gazselle hebdomadaire. En 1896 également, Ruge rapportait quatre cas nouveaux : Sawtchenko, dans les Archives russes de médecine clinique el de bactériologie, relate une observation. Enfin Cuignot, dans sa thèse de Lyon en 1896, sur les « pseudo-actinomycoses », groupa les faits épars et porta à treize le nombre des observations connues et recueillies dans l’espace de deux années.
Ces affections sont dues à des champignons du genre