HISTORIQUE
L’actinomycose des canalicules lacrymaux est depuis longtemps connue ; la première observation remonte à Césoin (1670-78) ; la seconde à Sandifors {1779.Observ. anatom. patholog.); la troisième à Desmarres (1842-43, Annales d’oculistique, t. VII. p. 149, VIII, p. 85, IX, p. 20). Ces auteurs, Desmarres en particulier, considéraient les concrétions observées, comme de nature calcaire ; ils les appelaient des « dacryolithes » et 1ls croyaient que leur formation était en relation avec un trouble général de la nutrition, comme la goutte el l’arthritisme.
En 1854, l'histoire de cette affection entre dans une nouvelle phase ; on soupçonne l'origine parasitaire de ces concrétions.
A. de Graefe déerivit le premier l'engorgement des canalicules lacrymaux par des champignons en massues ; au début, il considérait ces grains comme des produits du champignon « Achorion Schonleini » : 1l se
dédit plus tard, ne se croyant pas assez compétent dans ces questions à la suite des travaux de Conheim et Leber.
En 1855, il put étudier d'une manière approfondie plusieurs cas analogues; c’est ainsi qu'il parle dans une observation de « concrétions dues à la formation de champignons dans le conduit lacrymal inférieur ».
Eu 1869, de Graefe, se basant sur dix cas de cette maladie, put établir le tableau clinique d’après ses observations personnelles: dès lors, les observations de cette maladie devinrent rares el n’ajoutèrent rien à l'excellente et complète description de de Graefe ; celui-ci, avec la plupart des auteurs, n'avait rencontré cette oblitération que dans le canalicule inférieur ; dans cinq cas cependant (Fôürster, Schirmer, Del Munte, Gruening, Higgens), que rapporte Schrôüder {KXlinische Monatsbl., 1894), l'engorgement intéressait le canal supérieur.
Conheim et Leber, quelque temps plus tard, pensaient que les concrélions sont constituées par des filaments de Leplothrix buccalis : ils reconnaissaient bien certaines différences avec lui; « les petits grains, les bâtonnets et les filaments étaient évidemment plus fins que ne le sont habituellement ceux du leptothrix buccal et liode qui colore le leptothrix ne colorait pas ces filaments + (Schrüder).
Waldeyer adopte également la même opinion à la suite de l'examen de ces grains dans un cas de Fôrster: «au microscope apparaissent à un faible grossissement de petites massues arrondies, desquelles se détachent de fins filaments: à un fort grossissement, les
ni amas se dissociaient en pelils microcoques arrondis et en corps plus allongés, souvent associés à des filaments analogues à de vibrions et à des éléments en chaïînettes : on n'obtenait pas de coloration violette avec l’iode » (Schrüder).
Schirmer vit la même chose dans son cas.
Narkiewicz-Jodko mit en évidence des « Achorien Schonleini », dans la concrétion qu'il avait isolée d’un canalicule.
Gruening trouva dans les concrétions de longs filaments et des bâlonnels qui prenaient, en les traitant, une couleur bleu clair : « se basant sur l'observation d'Hallier, à savoir que le leptothrix est produit par le bourgeonnement du ?’enicilium glaucum, 11 fit un essai de culture sur glycérine dans laquelle, le lendemain déjà, une enveloppe semblable à une toile d’araignée se montrait autour de chaque masse de champignons et qui parvenait, au bout de vingt-quatre heures, à la surface du liquide sur laquelle elle formait une épaisse couche vert bleu. Elle était composée de conidies en forme de pinceaux, landis que l'enveloppe semblable à une toile d'araignée, était formée de filaments de Penicilium » (Schrüder).
Haase arrive aux mêmes résultats que Leber et Waldeyer;ilne put, lui non plus, obtenir de coloration violette avec l'iode.
Camuset trouva du leptothrix dans le canal lacrymal, de même Del Munte.
Dans le cas de Bugier, on ne fit pas lexamen mi-
croscopique ; on considéra le champignon isolé comme
du leptothrix.
Aie
Dans le cas de Higgens, l'examen microscopique fut fait par Nettelship et Durham, qui conclurent au leptothrix.
« Ainsi, 1l semblait y avoir pour tous ces cas une correspondance presque parfaite et les auteurs s'accordaient généralement à reconnaître le leptothrix dans ces descriptions ; évidemment, ce devait être un leptothrix un peu différent du leptothrix buccal ; 1l devait en différer par sa forme, la plus grande finesse de ses filaments et aussi parfois par l'absence de la réaction par l’iode; en tout cas, c’élail toujours d’une variété de leptothrix qu'il s'agissait, » (Schrôüder).
Mais bientôt des doutes s’élevèrent sur la nature du champignon et la question se posa à nouveau.
En 1874, Cohn, illustre botaniste trouvait dans les concrétions que Fürster lui avait envoyées, un champignon spécial qu'il désignait pour le distinguer du leptothrix sous le nom de « Streptothrix Fœærstert » en l'honneur de Fôrster ; « la concrétion était composée de filaments extrêmement fins, enchevêtrés et confusément feutrés les uns avec les autres qui rappelaient des éléments analogues aux spirilles ou aux spirochètes dont il se distinguait cependant par une plus grande irrégularité ; ils étaient entourés de masses épaisses, de microcoques dont 1l fallait les libérer pour distinguer leurs filaments très fins, tortillés en boucle et parfois bifurqués. On distingua facilement ces filaments de ceux du leptothrix buccal qui sont plus épais, plus droits et jamais ramifiés » (Schrüder).
En 1884, Goldzieher et Reuss, en même temps et sans avoir aucune relation l’un avec l’autre, atüirèrent
Er l'attention sur les travaux de Cohn déjà oubliés ; dans leurs cas, après examen microscopique et dans les observations publiées précédemment, ils concluaient qu'il s'était agi dans presque tous les cas, sinon dans tous du « Streptothrix Fœærsteri » : « dans le cas de Fôrster, rapporté par Waldeyer et dans le cas de Higgens, ceci est incontestable comme l'explique Reuss ; car on pouvait observer les ramifications des fins filaments. Tout aussi bien pour le cas de Schirmer qui donna une description identique à celle de Fürster et pour le cas de Haase qui put confirmer les résultats obtenus par Waldeyer et Leber. Mais dans les cas observés par Conheim et Leber les filaments ne présen- (aient pas de ramifications et l'examen microscopique de même que l'absence de la réaction par l’iode parlaient contre le leptothrix. Le seul cas absolument différent est celui de Gruening : Reuss conçoit de sérieux doutes sur l’origine du Penicilium qglaucum trouvé dans la culture » (Schrüder).
Dans les deux cas publiés en 1888 par Grunhül, l'examen montra également que le streptothrix format l'élément principal des concrétions.
Ainsi, quand on eut remis en mémoire le résultat des recherches de Cohn, de nouveau l'accord se fit entre les auteurs, et le champignon fut regardé comme le « streptothrix Fœærstert ».
En 1893, il se produisit de nouveau un changement dans les idées sur la nature du parasite ; on conçut des doutes. C’est d’abord Tomassoli qui, le premier, décrit cette affection sous le nom «actinomycose des conduits
lacrymaux» ; son travail du reste passa presque inaperçu
En 1894, Th. Schrüder, d’après ses observations personnelles, signalait dans un article intéressant el Circonstancié l'actinomycose comme cause de la formalion de grains, de masses particulières dans les conduits lacrymaux. Schrüder fit alors examiner les concrétions par Westfallen,prosecteur à l'hôpitalallemand d’Alexandre à Sant-Pétersbourg, qui lui envoya à cette occasion la note suivante : « La préparation qui m'a été remise en bon état présente environ vingt-cinq grains jaunes, gros comme la tête d'une épingle, qui se décomposent par une prudente dissociation en une quantité de grains encore plus petits ; fraîchement examinés les grains se composent de filaments plus fins qui montrent à leur limite extérieure une disposition plus rayonnée et à la périphérie des corps en forme de massues ; en outre, de nombreuses spores se voient dans les mailles formées par les filaments » (Schrüder).
in faisant la comparaison de la structure et du lableau clinique de l’actinomycose et celui du « streptothrix Foersteri », Schrüder en concluait que les deux champignons sont identiques. La différence consiste seulement dans les renflements piriformes, propres au champignon radié. Schrôder explique le manque de ces renflements dans le streptothrix, par l'insuffisance de matériel à examiner que Cohn avait à sa disposition, de plus par l’imperfection de la technique de coloraüon. L'explication aujourd'hui est simple; nous savons que l’actinomyces ne contient pas toujours ces renflements piriformes. Comme preuve de l'identité des deux champignons, Schrôüder signale l’autorité compétente de Bostrôm; « après avoir examiné les prépara-
Uions d'un cas incontestable d'aciinomycose humaine qu'Israël lui avait envoyées, F. Cohn, lui-même, a reconnu leur grande similitude, mais il conserva tou- Jours une réserve à l'égard des corps piriformes et, en somme, on le comprend, puisque dans ses préparalions, il ne les avait pas vus. »
Ainsi donc depuis, on admit l'identité complèle du streptothrix Fœrsteri et de l'actinomyces; ce fut surlout grâce aux efforts de Goldzieher et Reuss, que l'idée de leptothrix fut définitivement écartée et que naquit ensuite l'idée de l'identité probable du streplothrix et du champignon rayonné: ces auteurs ne semblent pas avoir pensé à la possibilité de l'existence de l’actinomycose, ce qui, en somme, n’a rien d'étonnant, puisqu'elle n'était en 1884 encore lrès peu connue. Sorokin admel comme certain que le Penicilium qlaucum lrouvé par Gruening avail pénétré dans la culture sur glycérine d'une façon toute fortuite, qu'il s'était développé à la manière d'un parasite sur le champignon en massues et qu'il n'était pas une forme intermédiaire, comme le pensait Gruening.
En 1894, parut un article de Futh qui, également, conslatail la présence de l’actinomyces dans les grains extraits du canalicule lacrymal inférieur. Frappé par celle découverte (le travail de Schrôder lui était alors inconnu), 1l fut induit en erreur, il crut avoir affaire à une nouvelle maladie des conduits lacrymaux, semblable à l'actinomycose des autres organes: elle élait cependant connue depuis bien des années, NAS Sa cause n'élail pas élucidée et cette circonstance lui a échappé.