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CHAPITRE V

PRONOSTIC

La marche de l’actinomycose est généralement chronique ; sauf les cas assez rares où le début est brusque, l’affection a des allures lentes, traînantes. Elle dure des mois et des années, surtout dans les formes localisées au tégument externe. Elle peut présenter de longues et trompeuses périodes de rémission, et manifester tout d’un coup son réveil par une poussée aiguë : ces poussées, qui l’entrecoupent souvent, sont presque toujours dues à des complications ou à l’infection de l’organisme par des éléments étrangers : MM. Babès et Ullmann ont d’ailleurs décrit plusieurs associations bactériennes de Yadinomyces ; et ces auteurs se demandent si Yactinomyces seul peut produire les grands abcès et la généralisation désormais connus dans l’actinomycose humaine.

Sa durée est difficile à préciser, car souvent le début passe inaperçu. Elle dépend, d’ailleurs, de tant de circonstances, ■ qu’elle varie forcément avec chaque malade.

La terminaison a été longtemps tenue pour funeste, du moins quand l’actinomycose était abandonnée à elle-même. — Ce pronostic semble aujourd’hui un peu moins rigoureux, depuis que nos moyens d’action se sont étendus, et l’on considère cette maladie comme curable dans bon nombre de cas. — Il va sans dire, néanmoins, que, dans les cas d’actinomycose viscérale;

' des organes abdominaux, thoraciques ou intra-craniens, le pronostic sera plus réservé que dans les cas d’actinomycose de la peau, des mâchoires et de la face. Cela est évident a priori. Depuis qu’on connaît mieux, et partant qu’on cherche mieux la maladie et ses manifestations absolument « caméléonesques », selon l’expression de Cart, on a publié un grand nombre de cas de guérison, par un traitement chirurgical énergique, alors surtout que les 'lésions sont encore contenues dans la bouche ou dans son voisinage.

Comme pour la tuberculose, il faut distinguer, au point de vue du pronostic, écrit M. le D r Rochet, « des lésions localisées et des lésions diffuses tendant à la généralisation. Avec les lésions localisées, et lopalisées sur un organe d’importance vitale secondaire, on a un pronostic favorable; et une intervention large, portée

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au delà des limites du mal, aura chances sérieuses d’être curative... Les lésions sont-elles diffusées au loin, au contraire, frappent-elles des organes essentiellement vitaux, comme le poumon, le tube digestif, le foie, etc., le tableau est tout à fait différent et très sombre alors, car c’est celui des tuberculoses viscérales ou généralisées ; et, ici, les interventions sont le plus souvent palliatives seulement. »

Les cas d’actinomycose abdominale ne sont cependant pas tous mortels, aujourd’hui que la laparotomie peut intervenir ; en général, on peut dire que, à part les cas où il y aura des métastases dans les organes profonds, et chaque fois que le foyer sera accessible, on arrivera à enrayer la marche de la maladie. Mais c’est à la condition formelle qu’un diagnostic précoce soit posé; et celui-ci devient de plus en plus facile à mesure que l’usage du microscope se répand davantage.

Même dans les cas où la lésion est inaccessible aux moyens ordinaires, on pourra recourir au traitement de Thomassen par l’iodure de potassium, lequel a donné à M. Meunier (de Tours) et à M. Netter des succès remarquables, qu’on peut ajouter à ceux obtenus par les vétérinaires chez les animaux.

Il importe de le dire, d’ailleurs, presque tous les cas d’actinomycose, en France du moins, reconnus comme tels, ont guéri. (Il faut en excepter seulement le fait rapporté par M. L. Dor, dans lequel il y avait

propagation au poumon. La malade est sortie de l’hôpital dans un état sensiblement comparable à celui qu’elle présentait à son entrée.)

En résumé, il paraît illogique d’entretenir cette idée que l’actinomycose est une affection qui ne pardonne pas.

A l’étranger, d’ailleurs, on commence à revenir de la sévérité première du pronostic ; c’est ainsi que le 15 juin 1892, au 21“ Congrès de la Société allemande de chirurgie, MM. Schlangue (de Berlin), Garré (de Tubingue) et von Eiselberg (de Vienne), s’appuyant, d’un côté, sur 30 observations sans mort, de l’autre, sur 20 cas avec deux morts seulement, en sont arrivés à rendre le pronostic moins sombre ; M. Schlangue est d'avis que, pour ne pas être entraîné à des opérations graves et inutiles, il importe de savoir que l’actinomycose peut guérir spontanément par voie de suppuration et de fistules, et qu’en tout cas, pour favoriser cette tendance à la guérison, on peut se contenter d’opérations simples, telles que l’incision et le grattage des foyers actinomycosiques ; à l’appui de cette manière de voir, il a présenté plusieurs malades opérés et restés guéris depuis plusieurs années, entre autres une actinomycose du voisinage de l’utérus.

M. Garré émet l’avis que cette bénignité relative peut s’expliquer de deux manières :

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1° Par l’action funeste exercée sur le champignon de l’actinomycose par l’arrivée, dans le foyer morbide, de microbes différents (infection mixte) ;

2° Par l’arrivée de l’air à la suite des incisions et son action défavorable sur un champignon anaérobie.

Ajoutons un troisième et principal argument, celui de la puissante efficacité de la médication iodurée, dont l’avenir semble mieux assuré que celui des interventions chirurgicales, dans un grand nombre de cas et pendant une longue période de l’évolution du processus actinomycétique.

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