‹ Action De La PénicillineChapitre 25 sur 31 · DISCUSSION DES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

DISCUSSION DES OBSERVATIONS

Les observations recueillies dans le Service de la clinique dermatologique de Bordeaux sont en accord avec celles publiées par d’autres expérimentateurs. Nous avons constaté en effet la disparition des tréponèmes dans le chancre syphilitique, aux environs des vingt-quatre heures après le début de la cure. C’est là une constatation de la première importance si l’on considère le facteur contagion.

Le temps de cicatrisation du chancre, lui, fut assez variable. Si la plupart de ceux que nous avons observés ont disparu entre dix et douze jours après le début du traitement, nous ne devons pas oublier que l’un d'eux mit trois semaines à cicatriser.

Le chancre de notre sixième malade était en voie d’épidermisation spontanée lorsque celui-ci entra dans le Service, ce qui nous permet de ne pas attribuer à l'action de la pénicilline la rapidité de cette cicatrisation en quatre jours. Cependant, dans ce cas, comme dans le septième, le neuvième et le dixième, nous avions associé le bismuth et nous avons vu les autres lésions muqueuses ou cutanées, ainsi que les troubles généraux, céphalées, amaigrissement, douleurs rhumatoïdes, asthénie, disparaître très vite.

Il nous semble donc, sur ce point particulier de la durée de cicatrisation du chancre que le bismuth et la pénicilline sont sensiblement à égalité.

L'action de la pénicilline seule, sur l'effacement des syphilides papuleuses périanales de notre huitième observation, fut très lente.

ose

Par contre, sur les lésions muqueuses, cutanées et sur les troubles généraux de la syphilis primo-secondaire, l'action de la conjugaison pénicilline-bismuth nous parut d’une efficacité et d’une rapidité remarquables.

Les réactions fébriles observées aux environs de la septième heure après le début du traitement, sont classiques et fugaces.

Au point de vue sérologique, nous n'avons pas constaté d'action directe ou rapide, nous trouvant ainsi en parfait accord avec presque toutes les publications françaises ou étrangères concernant ce sujet et qui ont toutes mentionné cette période d'inertie sérologique.

En somme, à Bordeaux, la pénicilline apparaît comme un médicament anti-syphilitique indéniable, mais non comme le médicament anti- syphilitique radical et définitif. Elle s'ajoute au bismuth et à l’arsenic, mais ne les remplace pas. De plus, elle est d'un emploi très difficile pour le médecin praticien par la fréquence des injections, même dans un véhicule retard, par l'obligation de la conserver dans un frigidaire, pour le malade non hospitalisable et pour un traitement ambulatoire. Et son emploi, dans l'avenir, pour le domaine de la syphilis, bénéficiera, comme presque tous les médecins qui l'utilisent le pensent, d'une conjugaison avec les sels de bismuth et l’arsenic.

Les récidives sérologiques consécutives à un traitement de la syphilis par la pénicilline seule ont été trop nombreuses pour risquer, sous prétexte de guérir vite, d'exposer le malade à des accidents tardifs graves. Aussi avonsnous dit aux personnes traitées dans le Service que nous les soumettions à une cure intensive d'attaque par la pénicilline, mais que ce fait n'écourterait en rien la durée totale du traitement qu'ils auraient à subir pendant trois ou quatre ans par le bismuth.

Enfin, les deux dernières observations nous ont montré qu'un traitement d'urétrite gonococcique par les doses

respectives de 200.000 et 600.000 unités de pénicilline,

n'avait pas empêché l'apparition d'accidents syphilitiques

Page 1