C. GOLGI
En conformité avec les nouvelles et si précises connaissances sur la malaria, parmi ces préceptes y en a-t-il quelqu’un qui mérite d’une manière absolue la préférence sur les autres? Ou bien chacun d’eux a-t-il quelque fondement de rationalité? Et, enfin, y a-t-il quelque motif de supposer que l’administration de la quinine, faite en correspondance de certaines phases du cycle des parasites, puisse arrêter le développement de ces derniers et empêcher ainsi , avec quelque certitude, l’accès fébrile le plus rapproché?
Après avoir posé ces questions, l’A. expose, parmi les observations qu’il a pu recueillir dans la section qu’il dirige à l’hôpital de Pavie, celles qui, à son avis, permettent de répondre avec une certitude suffisante à chacune d’elles.
Dans une première catégorie d’expériences l’A. s’en est tenu aux doses thérapeutiques ordinaires , avec des variations très limitées suivant l’âge, le sexe, la vigueur des sujets, afin d’obtenir la plus grande uniformité possible dans les conditions de l’expérience. Le remède était administré en une seule fois, ou à deux ou trois reprises, à intervalles le plus courts possible, et presque toujours par la voie de l’estomac. Il n’a recouru que dans un petit nombre de cas à l’injection hypodermique (et alors, plus par expérience que parce que ce mode d'administration semblait vraiment indiqué, sauf une fois) et jamais aux injections intraveineuses imaginées par Baccelli, vu la bénignité relative des cas de malaria dans la campagne de Pavie et l’absence de cas de fièvre pernicieuse ou d’une gravité exceptionnelle.
Les formes d'infection malarique observées à Pavie par l’A. sont les suivantes :
I. Fièvres intermittentes liées au cycle évolutif de parasites qui se développent en trois jours.
Cette catégorie comprend les types cliniques de la fièvre quarte , de la quarte doublée et de quelques fièvres quotidiennes ou quartes triplées. (Ces dernières sont liées à la maturation quotidienne de trois générations de parasites qui accomplissent leur cycle en trois jours, mais qui arrivent à la maturation à un jour de distance l’une de l’autre.)
IL Fièvres intermittentes liées au cycle évolutif de parasites qui se développent en deux jours.
A cette catégorie correspondent les types cliniques de la fièvre tierce
ACTION DE LA QUININE SDR LES PARASITES MALARIQUES, ETC. 4o9
et de quelques fièvres quotidiennes. (Comme l’A. l’a démontré, quelques quotidiennes sont dues à la maturation quotidienne de deux ge-
nérations de parasites de la tierce.)
III. Fièvres intermittentes liées à la présence, dans le sang, es formes' de signification imparfaitement déterminée et accomplissant leur développement dans une période non constante, qui sont communément désignées sous le nom de corps en croissant {semilunep A cette catégorie appartiennent un grand nombre de fièvres intermittentes, à type inconstant; et de même que figurent ici les fievres intermittentes à long intervalle, on peut -comprendre aussi, dans ce troisième groupe , un grand nombre de fièvres à brefs intervalles quelques quotidiennes et même des subcontinues et des quotidiennes
subîntrantes.
I Expériences sur la première catégorie de fièvres.
4) V administration de la quinine, aux doses thérapeutiques ordinaires, suffit-elle pour arrêter le développement des parasites malariques, alors que, chez eux, le processus de segmentation est
déjà en activité ou même à peine commencé ?
A cette question répondent les cas cliniques suivants, dont on ne
rapporte, ici, que les données les plus caractéristiques.
1er Cas - Fièvre quarte simple; - administration de la quinine, à dose ordinaire, quatre heures avant l’accès; - segmentation de parasites non empec : ee , aucune influence sur l’accès le plus rapproché; - disparition successive de la
ieune vénération des parasites; guérison stable. .
J /La - Fièvre quarte simple (récidive); - administration de la quinine cinq heures avant l’accès; - aucun effet sur le développement ultérieur des parasites; le premier accès non empêché. - Suppression des attaques successives,
guénJn/efimtivLe quarte simple; - administration de fa quinine sia heures
avant l’accès; - résultat négatif relativement à l’accès le plus rapproche, d.spa a\ani a. ce , , ® , narasites dérivant de la sporulation; aucun
rition de la nouvelle génération de parasites aenvdu v
nnnvel accès successif; guérison stable. . .
4e Cas - Fièvre quarte simple; le sulfate de quinine, administre environ
’ huit heures avant le premier accès, exerce une certaine influence qui se manifeste
par Ï retard de l’accès et la diminution de son intensité; successivement, gue-
rison stable.
D’après le simple exposé de ces cas on peut donner, à la question précédente, la réponse suivante:
G. GOLGI
L’administration de la quinine, aux doses thérapeutiques ordinaires, eu égard à 1 âge, à la force etc., ne suffit pas pour arrêter le développement des parasites malariques de la fièvre quarte, lorsque sont déjà en voie de réalisation, ou même à peine commencées, en eux, les transformations dans l'organisation intime, qui, dans leur ensemble, caractérisent le processus de segmentation (sporulation). La segmentation n’étant pas empêchée, il en résulte que l’accès fébrile lié à celle-ci n’est pas empêché. Toutefois, si les mêmes doses ordinaires ne suffisent pas pour arrêter la segmentation commencée,, elles suffisent, cependant, pour tuer la jeune génération parasitaire, surprise, pour ainsi dire, à son état naissant par le remède qui se trouve en circulation. D’où, la guérison stable, avec une seule administration du remède, obtenue dans toute cette série de cas.
Au contraire, les mêmes doses ordinaires de quinine semblent exercer une action notable sur les parasites de la fièvre quarte, lorsqu’ils se trouvent dans le stade qui précède immédiatement la segmentation (parasites déjà privés de l’involucre globulaire, mais avec pigment encore disséminé: formes endoglobulaires à développement avancé, mais avec mince bord de substance globulaire). Cette dernière observation explique l’atténuation et le retard des accès, atténuation et retard survenus à la suite de l'administration de la quinine, dans quelquesuns des cas que l’A. a recueillis et parmi lesquels figure le 4e rapporté ci-dessus. Il va sans dire que, pour avoir une explication suffisante de ce résultat partiel , il faut tenir compte du fait que les générations parasitaires — spécialement dans les cas où il y a tendance à la guérison spontanée (ce qui s’observe presque toujours après quelques jours de permanence à l’hôpital) — au lieu de se trouver au même degré de développement, sont au contraire à une certaine distance les unes des autres: par exemple, il peut arriver que, tandis que, dans quelques-unes, sont déjà en voie d’accomplissement les changements internes qui aboutissent à la segmentation, dans d’autres la phase endoglobulaire soit à peine terminée ou se trouve sur le point de finir. Cela étant, il est logique d’admettre que la quinine puisse, par ex., influer sur ces derniers et non sur les premiers. D’où, l’atténuation et le retard de l’accès, et non sa suppression.
B) V administration de la quinine , faite, meme en quantité de beaucoup supérieure aux doses thérapeutiques ordinaires , soit par la bouche , soit par voie hypodermique, est-elle capable d’arrêter le
ï tî;. .
développement des parasites malariques, lorsque sont déjà avancés en eux , les changements qui caractérisent le processus de sporulation?
Sur ce point les observations de l’A. sont moins nombreuses, mais elles ne sont pour cela moins évidentes ni moins démonstratives. Voici les deux cas les plus caractéristiques:
5e Cas. Fièvre quarte invétérée: — cure au moyen de 1 injection hypoder¬
mique de bichlorhydrâte de quinine faite quatre heures avant l'accès; aucune influence sur le développement ultérieur de parasites qui étaient voisins de la sporulation et sur le prochain accès correspondant; — guérison définitive.
6e Cas. — Fièvre quarte simple; — administration de la quinine, à dose double de l'ordinaire, faite de 3 h. */* à 4 heures avant l’accès; - segmentation non empêchée; aucune influence sur l’accès le plus rapproché; guérison stable.
D’où il résulte que, quand le développement des parasites de la fièvre quarte est si avancé, que les modifications internes qui «doivent conduire à la segmentation sont déjà bien prononcées en eux, même de très fortes doses de quinine, administrées soit par la bouche, soit par voie hypodermique, n’arrêtent pas le développement des parasites, et, conséquemment, ne peuvent empêcher l’accès fébrile le plus rapproché.
Il est superflu de dire que, dans les cas soignés de cette maniéré, la jeune génération parasitaire, dérivant de la sporulation, surprise à sa naissance, par le remède, est plus sûrement détruite, ce qui assure
la guérison stable.
4 ces observations se relient les importantes études de Baccelli (1) sur les injections endoveineuses de quinine, cet expérimentateur ayant constaté « que la quinine, même à dose d’un gramme (par injection « dans les veines), n’est pas capable de faire avorter l’accès fébrile, si « elle est administrée au commencement de l’accès., ou même trots
« heures avant ».
G) Quelle action exerce la quininine sur les parasites malariques dams leur stade endoglobulaire? — Est-il possible d'en arrêter le développement en faisant agir sur eux la quinine , pendant qu ils parcourent les phases d' accroissement à V intérieur des glooules
rouges ?
(1) Baccelli, loc. cit.
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