CHAPITRE PREMIER HISTORIQUE
L'étude de la flore thermale française n’a, jusqu'à présent, donné lieu qu’à quelques publications, dues surtout à des botanistes systématiciens signalant la présence de telle ou telle espèce en tel ou tel lieu.
DE SECONDAT (91) décrit en 1742 les Algues de Dax. BORY DE *SaiNT-VINCENT (5) dans l’article sur les Oscillaires du Dictionnaire classique des Sciences naturelles (T. 12, p. 457) note la présence de certains de ces végétaux à Dax, Plombières et Néris. DUTROCHET (23 a), en 1835, constate que la Barégine des eaux sulfureuses est surtout composée d’Oscillaires. SOUBEYRAN (94) donne une liste copieuse d’animaux et de végétaux habitant les eaux thermales pyrénéennes, en particulier celles des Graüs d’Olette, à Thuèsles-Bains, mais les températures indiquées sont certainement exagérées : c’est ainsi qu'il y signale, à 75°, des Closterium et, à 78°, une Cypris. COMÈRE (10) a repris la détermination des Diatomées de certaines de ces sources, et il nous a été possible de retrouver quelques-unes des espèces qu'il y indique. Néris-les-Bains a été examiné par De LaURES et BEcQuEREL (56). Ces auteurs assimilent,
au point de vue végétatif, les Algues qui y poussent à des plantes supérieures. Ïls distinguent toutefois des «Conferves » de bassins chauds (420-480) et des «Conferves » de bassins froids (200-450), dont la température supérieure nous paraît bien trop élevée.
Dax a donné lieu à des recherches de SERRES (92) et de THORE (97), dénuées de toute précision et, partant, de faible valeur scientifique. Leurs figures sont cependant assez exactes, bien que sans aucune dénomination. Les auteurs suivants y ont reconnu un Hapalosiphon laminosus, Oscillatoria Okenit et geminata. Récemment, LAPEYRÈRE (54), en 1923, a publié une longue liste d’Algues des Baignots, à Dax, sans aucune indication d'ordre biologique ; malgré son titre, ce travail contient bien des espèces non thermales. L'auteur note que les cellules d’Hapalosiphon (— Mastigocladus. Con) laminosus paraissent augmenter de taille avec la température : il intègre dans cette espèce, l'espèce Hapalosiphon major, créée par TILDEN (98) et trouvée à Yellowstone Park (U. S.).
BoRNET et FLAHAUT (4) dans leur «Révision des Nostococcacées bétérocystées », GOMONT (36) dans sa « Monographie des Oscillariées » signalaient à Dax, Néris, Eviux, quelques espèces thermales : Hapalosiphon laminosus, Phormidium laminosum, Oscillatoria geminata.
FRÉMY (34 a et b) étudiant les Scytonémacées et les Stigonémacées de France, complète ces indications sans apporter de faits nouveaux.
Beaucoup plus biologiques sont les observations de Durré- NOY (21), DUrFRENOY et MoLiNÉRY (22) sur les sources thermales sulfureuses des Pyrénées.
ALLORGE (1) en 1928, a donné une claire mise au point de la «Biologie des eaux thermales », dans une série de leçons faites au Museum d'Histoire Naturelle, accompagnée de vues personnelles intéressantes. Ce cours n’a malheureusement pas été édité.
Un essei sur «La vie des Boues thermales » dû à ViLLARET et BESANCON (104) accorde une grande importance aux phénomènes d’oxydo-réduction, dont les principaux agents seraient les Sulfuraires. Si séduisante que soit la théorie, elle ne saurait être valable pour Dax et les sources non sulfureuses où, malgré de nombreux examens, aucun de ces organismes n’a pu être trouvé. 3
Les travaux étrangers sont, par contre, extrêmement nombreux.
Nous n'en retiendrons que les principaux et surtout ceux qui dénotent chez leurs auteurs des préoccupations biologiques.
LOWENSTEIN (64) remarque les grandes différences entre les températures données par les nombreux observateurs et constate «que c’est une erreur fréquemment commise que d'indiquer des plantes à des températures trop élevées ». Cette erreur a été depuis (1903) répétée bien souvent. Il établit que, cultivé sur le milieu de Molisch, le Mastigocladus laminosus meurt à 530 et vit de — 1903 à 520.
ELENKIN (27), dans une étude sérieuse des « Formations thermophiles d’Algues », ne présente pas de recherches personnelles, mais un rass-mblement et une discussion des résultats antérieurs accompagnés d’une excellente bibliographie arrêtée à l'année 1914. 11 aboutit à la classification suivante :
a) Algues frigidophiles vivant à des températures variant de 0 à 300.
b) Algues thermophiles vivant au-dessus de 0v, mais à des températures constantes.
De 0 à 150 : ce sont les formations hypothermophiles. De 15 à 300: nu FT mésothermophiles.
De 30 à 850: = — euthermophiles.
Nous n'avons étudié, d’après ces dénominations, que les formations euthermophiles. Le même auteur indique également que , Mastigocladus laminosus est presque inconnu dans les eaux froides, ce qui ne concorde pas avec les résultats de LÜWENSTEIN.
Voux (105 b c) a publié toute une série de recherches sur ces questions. Dans ses travaux sur les «Sources thermales de Zagorje en Croatie », il classe les sources en :
Sources froides ou hypothermes 0 à 180 —— chaudes ou euthermes 30 à 400 — très chaudes ou acrothermes 40 à 600 —— bouillantes ou hyperthermes 620 et plus.
— tièdes ou hliarothermes 18 à 300
Les espèces dominantes dans les eaux thermales sont uniquement des Cyanophycées ; les Algues vertes et Îles Characées n'apparaissent que dans les eaux tièdes.
De ses recherches physiologiques sur le Mastigocladus laminosus (105 d, e, f) il résulte que cette Algue peut subir des dessiccations
prolongées et végéter ensuite activement quand les conditions redeviennent favorables. Elle meurt au-dessus de 550, prospère vers 530 et ne végète plus au-dessous de 400, chiffres, supérieurs pour les premiers et très différent, pour le dernier de ceux de LôWENSTEIN.
Nous n'avons pas suivi Vouxk dans sa terminologie qui nous paraît surcharger inutilement le vocabulaire, ni dans sa classification qui nous paraît arbitraire.
WORONIKHIN (108 a, b, c) a étudié la végétation des Algues du Caucase. Il en classe les sources en trois groupes :
1° Sources chaudes de 41 à 520 avec Cyanophycées.
20 — moyennes de 31 à 38° avec Cyanophycées et Bacillariacées.
30 — froides de 13 à 230 avec Bacillariacées.
D’après nos remarques, les Diatomées vont beaucoup plus haut, et en abondance, que 380.
BovE PETERSEN (6), dans son étude des Cyanophycées d'Islande, signale quelques espèces nouvelles, et quelques Algues à des températures en quelque sorte astronomiques de 100-1020. Ce sont : Phormidium tenue (p. 279), Corium (p. 282), Microcoleus Steenstrupit (p. 292), Scytonema mirabile (p. 304). L'auteur donne ces nombres et ces noms d’après STEENSTRUP. Il a eu, à tout le moins, le tort de les accepter sans les discuter.
VILHELM (103 à, b) a étudié la végétation thermale de Piestany, en Tchécoslovaquie. 11:y note, entre autres oro ganismes, de 32 à 470, Chara Piestanensis, nov. sp., Potamogeion crispus, et, à 93», Symploca thermalis.
Moriscx (69) à fait dans « Pflanzenbiologie in Japan» une grande place aux formations thermales (Chap. IV, p. 63 à 103). IL y étudie méthodiquement vingt lieux thermaux japonais, et ses conclusions, fondées sur cette large enquête, sont d’un gros intérêt. 11 admet comme thermale toute eau dont la température est supérieure à 200, (Nous ne sommes d'ailleurs pas de cet avis et nous proposons plus loin une autre définition, à notre sens plus précise et plus limitative). Il n’a pour ainsi dire jamais trouvé de plantes supérieures : sauf une seule fois Lemna polyrhiza, à 350. Il ajoute : (p. 66 et 67) « Wenn die Temperatur der Quelle 400C untersteigt, dann findet man nur selten Grünalgen, wahrend Blaualgen solche Wësser reichlich bewohnen.'Je mehr Thermen ich unter-
suchte, desto mehr überzeugte ich mich, dass viele Cyanophyceen im wahren Sinne des Wortes thermophil sind und ünter der Algen die hôchsten Temperatur bis 690C ertragen ». Reprenant ensuite les températures maxima données par différents auteurs pour les Algues bleues : 57°, 700, 850, 960, il raille ceux d’entre eux qui les ont rapportées, sans examens convenables ni personnels : BREWER (7) qui observait avec une loupe de poche et confondait, à 930, Nostoc et Protococcus, FLOURENS (33) qui parlait à Paris d’Algues islandaises vivant à 98°. Ces nombres, nous venons de le voir, ont encore été dépassés. Les températures étant variables d’une région à l’autre de ces eaux, il indique la nécessité de mesures sérieuses. À l'appui de cette recommandation de bon sens, il cite le cas d'ÉHREN- BERG (26) qui, à Ischia, signale des «Conferves » et des « Anguillulidés » à 81-850, tandis que HoPPE-SEYLER (46), au même endroit, ne trouve que 530. Après une étude spéciale de chaque station, montrant, par comparaison avec les études d’autres auteurs, un grand cosmopolitisme des espèces, il apporte les résultats de quelques recherches expérimentales, à la vérité peu précises. De 38 à 430, sur le liquide de Knop et à la lumière diffuse, poussent surtout des Cyanophycées ; à la température ordinaire, principalement des Chlorophycées et des Euglènes. Beaucoup de Cyanophycées sont thermophiles. Au-delà de 55°, peu de genres continuent à prospérer. Il constate que certaines de ces Algues sont «thermotolérantes » : Oscillatoria amphibia, formosa, Phormidium tenue, aulomnale, laminosum, fragile, Mastigocladus laminosus, Chroococcus minor et minulus, tandis que d'autres sont «thermointolérantes », des Synechococcus surtout. Sa conclusion à trait à l’origine de la vie sur la terre : «Blicken wir auf alle in dieser Schrift gegeben Ausführungen zurück, so. wird es hohem Grade warscheinlich, dass die ersten auf der Erde aufgetretenen Lebewesen thermophile Schizophyceen gewesen sind, d. h. gewisse Bakterien und insbesondere Cyanophyceen, die Wässer der damals noch warmen oder heissen Erdrinde bewohnten und deren Nachkommen sich bis auf den heutigen Tag in der Thermen erhalten hoben». Cette opinion que la flore thermale est une relique de la flore extrémement primitive est d’ailleurs partagée par beaucoup d'auteurs. Nous n’en discuterons pas, car elle relève en effet plus du domaine philosophique que du domaine scientifique.