AUTRES PRODUITS
De nombreux produits, autres que ceux précédemment indiqués, peuvent se trouver dans les végétaux ligneux.
Nous citerons:
L’asparagine, composé azoté qui se forme souvent dans un organe détaché d’une plante, dans une pousse vivant aux dépens de ses réserves ;
Le saccharose,que l’on reconnaît dans la tige des érables ;
Le mélitose dans les eucalyptus ;
Le mélézitose dans le mélèze;'
Le mannitose dans le frêne ;
Les mannites dans l’érable, dans l'olivier ;
La dulcite dans le fusain ;
La sorbite dans le sorbier:
La pinite dans Les pins;
La quercite dans les chênes;
Et, dans les graines :
L’aleurone (vigne, laurier, bourdaine..….).
Les corps gras (olivier, noyer, hêtre, coudrier.…..).
Les engrais organiques et minéraux ont une influence certaine dans la formation de ces corps, les uns par leur action sur le travail de prolifération cellulaire et l’activité végétative, les autres par leur action sur la mise à fruits.
XI. — NOTIONS RELATIVES AUX MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUES DANS LES MILIEUX MINÉRAUX
M. Gaston Bonnier a démontré que les fonctions physiologiques des plantes sont en corrélation avec leur constitution histologique.
Ainsi, dans la généralité des cas, « une épaisseur plus considérable du tissu chlorophyllien, des cellules mieux disposées perpendiculairement au limbe de la feuille et contenant chacune un plus grand nombre de grains de chlorophylle, des grains de chlorophylle ayant chacun une teinte plus intense » donneront une assimilation chlorophyllienne et une chlorovaporisation plus grandes par unité de surface.
Les feuilles, dont le tissu en palissade est plus développé, dégagent plus d'oxygène. Il faut tenir compte aussi de la plus ou moins grande masse totale de chlorophylle contenue dans chacune de ces cellules. C’est la plus grande masse totale de chlorophylle qui doit dégager la plus grande quantité d’oxygène.
De la structure des végétaux ligneux on peut donc déduire que dans le milieu calcique [sulfate de chaux, superphosphate, scortes) on doit trouver une assimilation chlorophyllienne et une chlorovaporisation plus considérables que dans le milieu polassique (chlorure de potassium, sulfate de potasse).
Quant à la franspiration des végétaux ligneux, la simple observation des phénomènes, qui se passent dans nos cultures en milieux aqueux, démontre que l'absorption de liquide est d'autant plus grande que la vie est plus intense ; il en est ainsi en milieu calcique (sulfate de chaux surtout, et superphosphate de chaux).
Par suite, cette transpiration est nécessairement plus considérable dans ce milieu calcique ; i1 en est de même de la respiration. La vie végétale ligneuse en milieu potassique apparaît comme une sorte d'existence ralentie, et, en quelque manière, pathologique.
Les différences anatomiques sont particulièrement frappantes dans les milieux calciques et dans les milieux potassiques.
Le sulfate de calcium à des doses quelconques, soit en milieu aqueux, soit en sol artificiel ou naturel, les phosphates et superphosphates de chaux, à la dose de 0 gr. 50 à 2 grammes par litre en milieu aqueux et jusqu’à 5.000 kilogrammes à l’hectare, en sol artificiel ou naturel, ou bien en arrosages à 2 grammes pour 1.000 grammes, la chaux, les scories, le carbonate de calcium, dans les mêmes proportions, ont constitué nos principaux milieux de calcium, avec ou sans phosphore.
Abstraction faite des milieux azotés (nitrate de soude, sulfate d’ammoniaque), nettement toxiques aux doses couramment employées, les sulfate, carbonate et chlorure de potassium et la kaïnite, expérimentés dans les mêmes proportions que les sels calciques, ont formé les milieux potassiques que nous avons étudiés.
Geei étant posé, il résulte de nos expériences que nous pouvons, au point de vue de la structure des végétaux ligneux, formuler les conclusions suivantes :
Le milieu calcique produit des vaisseaux plus larges, des cellules de’ parenchyme et des fibres plus abondantes et plus épaisses que le milieu potassique, ou le milieu dépourvu de composés calciques.
Les composés du calcium donnent aux éléments de la tige, de la racine et de la feuille une /ignification plus intense que les composés du potassium; ils tendent à disposer les vaisseaux plus particulièrement en lignes radiales, ce qui favorise l’élasticité du bois ;ils augmentent très notablement le développement du cylindre central par rapport à l'écorce, ce qui, d’après M. Dubard, est un criterium de perfection pour la différenciation.
Dans les rejets, chez les feuillus, la lignification peut être plus tardive dansle milieu calcique; mais finalement, après la période de végétation, elle est plus complète.
Dans l'écorce des feuillus, les sels calciques amènent /« division en tlots des fibres libériennes, tandis que ces fibres forment dans les sels potassiques un anneau continu, et sont moins épaisses.
La masse de bois produite annuellement est beaucoup plus considérable avec les engrais calciques qu'avec les engrais potassiques ; elle est généralement double dans le jeune âge.
La moelle est généralement plus épaisse et plus lignifiée avec le calcium qu'avec le potassium.
Chez les feuillus qui possèdent des lenticelles, comme le bouleau, ces lenticelles sont beaucoup plus nombreuses et régulières, et indiquent une vie bien plus intense dans les composés calciques que dans les composés potassiques.
Si, chez les résineux, nous examinons la feuille primordiale, nous constatons qu’elle a des dimensions bien moindres, et un massif de bois plus mince et moins lignifié dans le potassium que dans le calcium.
Mais il n’est pas indifférent de fournir à la plante le calcium sous une forme quelconque.
Si nous observons, en eau distillée, deux rejets de chênes poussés l’un dans le sulfate de chaux, l’autre dans la chaux, nous constatons que le premier possède une lignification plus intense, des vaisseaux plus larges et plus épais, des fibres libériennes plus épaisses, et du liège plus net. De plus, la feuille produite sur Le rejet de la chaux est plus petite, moins différenciée,à vaisseaux moins larges et moins épais, à bois secondaire et fibres libériennes plus minces, à tissu palissadique moins prononcé, à tissu cortical moins épais dans sa nervure principale.
La diversité de différenciation entre le milieu calcique et le milieu potassique est bien mise en évidence par lPanatomie de la feuille de sapin pectiné obtenue dans chacun de ces milieux, en solutions aqueuses :
On reconnaît que le sulfate de calcium (ainsi que le superphosphate) à donné une feuille normale, à péridesme bien lignifié, à gaine protectrice du canal sécréteur bien prononcée, à bois très développé, à tissu palissadique marqué.
Ce n’est pas seulement par comparaison avec le potassium que nous avons étudié le rôle du calcium.
Nos cultures du pin maritime en milieu siliceux pur,et en milieu siliceux mélangé de composés calciques, démontrent que les tiges, racines et feuilles ont des dimensions plus grandes par le fait du calcium. La tige y acquiert un hypoderme plus sclérifié, un liber et un bois plus épais, un épi-
derme à cuticule plus épaisse et une lignification plus intense des éléments.
La racine possède, dans le calcium, un liber et un bois plus épais, des canaux résinifères plus apparents, une lignification également plus intense.
La feuille y a aussi son épiderme mieux cutinisé, son liber plus épais, son bois mieux développé et mieux AGRÉe, ses canaux résinifères plus différenciés.
Nos études sur les bouturages des végétaux ligneux en eau distillée viennent montrer encore les différences anatomiques produites dans le végétal ligneux par les deux milieux calcique et potassique.
Mais ici ces différences anatomiques ne sont plus de même ordre.
Le rôle retardateur du milieu potassique, le rôle accélérateur du milieu calcique se traduisent tout d’abord par des phénomènes complètement différents.
La racine influencée par le potassium est beaucoup plus courte, plus épaisse, à faisceaux ligneux et libériens plus nombreux, à écorce plus épaisse, À MÉTAXYLÈNE PLUS DÉVE- Lorré, avec une subérification plus forte de Fassise pilifère et de l’assise subéreuse, une moelle, un endoderme, un péricycle bien pius vite différenciés et lignifiés, et, en résumé, une lignification de tous les éléments beaucoup plus rapide.
Dans Le milieu potassique, défavorable, la racine doit se mettre immédiatement en état de défense, et sa constitution s'organise en conséquence.
Les engrais phosphatés, que nous avons employés, sont combinés au calcium et agissent anatomiquement dans le même sens que les composés calciques proprement dits.
Les conclusions que nous venons d’indiquer s'expliquent par les faits observés en chimie végétale.
Si l’on examine les tissus végétaux au point de vue chimique, l’action du calcium sur la végétation ligneuse se conçoit parfaitement.
Ainsi, le bois des conifères est composé chimiquement de cellulose, de composés pectiques, de lignine, de callose et de sels minéraux divers. En particulier, la lame moyenne des membranes cellulaires est formée presque uniquement de pectate de calcium, ainsi que l’a démontré M. Mangin.
C’est le pectate de calcium qui constitue finalement la substance intercellulaire.
Faisons, en effet, bouillir pendant un quart d'heure environ des coupes de bois de conifères dans de l’eau distillée et acidulée par l'acide chlorhydrique ; traitons ensuite ces coupes par une solution aqueuse au 5000° de rouge de ruthénium (oxychlorure ammoniacal de ruthénium).
Nous constatons que la substance intercellulaire se colore en rouge.
C’est que l’acide chlorhydrique a décomposé le pectate de calcium constituant la lame intercellulaire ; il a formé du chlorure de calcium soluble, et il a isolé l'acide pectique insoluble, qui a pris le rouge de ruthénium.
Dès lors le rôle capital joué dans la végétation ligneuse et dans la formation du bois par le calcium est un fait nécessaire.
Ebermayer a mis en évidence, « priori, l'importance du calcium dans la végétation ligneuse par l'analyse directe du bois ; ila démontré que les bois contiennent beaucoup plus de calcium que de potassium avec très peu de phosphore, et que les végétaux forestiers emploient pour leur organisation annuelle bien plus de calcium que les végétaux agricoles. Les feuilles et l'écorce, particulièrement, se chargent de silicium et de calcium.
Le fait est surtout sensible pour les jeunes plants forestiers, chez lesquels la proportion de calcium est considérablement plus grande que dans les bois âgés.
On voit quelles indications importantes découlent de ces constatations pour la réussite des reboisements.
Les végétaux forestiers employant très peu de potassium, très peu de phosphore, assimilant souvent directement l'azote au moyen de leurs organismes symbiotiques,on reconnaît que c'esf au calcium qu'il faut s'adresser pour favoriser leur végétation.