ACTION SUR LE CŒUR
Tous les auteurs qui ont étudié l’action du cobalt sur l’organisme animal ont été frappé de son action sur le cœur. Les toxicologues, depuis GMELIN, le considéraient comme un poison du cœur sans donner plus de détails sur le mécanisme de cet empoisonnement. Il faut arriver aux observations de STUART pour avoir quelques données précises sur le phénomène. Dans cette étude, il v a deux cas à considérer : l’action sur le cœur in situ, puis sur le cœur isolé.
Chez la grenouille, tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître qu'à l’autopsie, l’oreillette est large, volumineuse, dilatée, pleine de sang noirâtre. Pour le ventricule, les avis sont partagés; alors que la plupart soutiennent que l’arrêt a lieu en diastole, STUART dit que le ventricule est au contraire toujours légèrement contracté. Chez la grenouille traitée à qui on vient d'ouvrir le thorax, on trouve habituellement le cœur arrêté en diastole. Si on l’excite mécaniquement, on n’a plus à ce moment de réponse du côté de l’oreillette, mais on voit le ventricule se contracter faiblement et rester ainsi longtemps en systole. Le ventricule semble donc seul excitable. On verra plus loin que l’étude du cœur isolé a éclairé suffisamment le mécanisme d’empoisonnement par le cobalt, pour qu’on puisse considérer la discussion superflue. Cet arrêt du cœur est précédé de troubles de la pulsation. Pour AZaRY, il y a d’abord accélération du pouls avec élévation de la tension artérielle puis ralentissement avec chute de la
pression qui ne vont qu’en s’accentuant pour aboutir à l'arrêt complet en diastole.
SIEGEN, COPPOLA indiquent la même marche pour Île phénomène. Pour ce dernier, il y a d’abord un renforcement systolique suivi d’un ralentissement de la fréquence du pouls qui conduit à l’arrêt en diastole.
Quelques auteurs se sont attachés à élucider le mécanisme de cette action sur le cœur de grenouille in situ. AZzaRY v voit une action purement locale du cobalt qui n’interviendrait ni par le sympathique ni par le pneumogastrique. CoPppoLA montre que le cobalt n’est en aucune manière antagoniste de l’atropine; il en conclut que n’agissant pas sur le pneumogastrique, il paralyse simplement les ganglions ou les fibres excito-moteurs. STUART coupe le pneumogastrique et atropinise la grenouille sans rien changer au phénomène. Il attribue cet arrêt du cœur à la baisse de la tension artérielle. Le muscle cardiaque anémié par cette tension trop basse ne peut battre normalement et s'arrête; pour étayer sa thèse, il montre que l'injection de sang de grenouille normale dans ce cœur restaure complètement son activité. Nous verrons que les expériences de Yosipa permettent d'expliquer totalement l’action du cobalt sur le. cœur:
Toutes les expériences précédentes ont été exécutées avec des doses voisines de la toxicité; à dose plus faible chez la grenouille, l'effet est comparable à ce que nous venons de décrire, mais il est moins prononcé. On observe un ralentissement sensible des mouvements du cœur qui recouvre en une dizaine de minutes son activité normale. STuART a décrit chez les mammifères des intoxications cardiaques analogues. Chez le lapin, les accidents sont particulièrement nets après une injection intra-veineuse. j
Il a observé par cette voie la baisse de la tension
hi
artérielle qui amène, dit-il, suivant la loi de MAREY, une accélération compensatrice du cœur. Cette accélé- ‘ation n’est que passagère et l’arrêt en diastole survient bientôt. AZARY, SIEGEN ont publié des observations analogues sur le même animal. AZARY a, de plus, fait quelques expériences sur le chien chez qui il décrit d’abord augmentation du pouls et de la tension artérielle, puis la chute parallèle de chacun d’eux. Nous avons fait sur l’hamster des constatations analogues en ce qui concerne le pouls.
L'étude de l’action du cobalt sur le cœur isolé de grenouille a permis d’élucider le mode d’action de ce métal. Charles RICHET recherchait sur le cœur de grenouille isolé la toxicité des différents métaux. A l’aide d'une mesure arbitrairement établie au préalable, il montre que le cobalt est plus toxique pour cet organe que la plupart des autres métaux dont Fe, Ba, Cu, Li, K, Pa, etc. BLAKE, qui donne peu après un tableau des actions des métaux suivant leur poids atomique, signale aussi le cobalt comme agissant sur le muscle cardiaque.
Après lui, CoPPOLA montre que le cœur isolé de grenouille imbibé d’une solution de CoCl? accélère d’abord ses pulsations puis les diminue pour, finalement, s’arrêter en diastole. Suivant ses graphiques, les pulsations doublent d’abord presque leur nombre. Il recherche si cette accélération est due à l’excitation des ganglions excito-moteurs ou à la paralysie des inhibiteurs et penche finalement pour la première hypothèse.
PuGLiIEsE (26), WoHLWiLzx (12) et LUSSANA (27) reprennent ensuite la question et n’ajoutent que peu de choses au travail de Coppora Le CoCI à la dose de 0,10 gr. 0/00 mis en solution dans le liquide de Ringer est nuisible à la force de la contraction. LUssANA dit que l’irritabilité initiale n’est pas constante; quand elle apparaît elle disparaît vite et si l’action se prolonge