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d'une manière précise, difficilement explicable. On sait en effet quels phénomènes complexes président au fonctionnement des cellules pigmentaires. L'action de la lumière sur les veux, les nerfs crâniens ou rachidiens, les sécrétions endocriniennes, enfin le sympathique, sont autant de facteurs qui régissent leur fonctionnement. Tous n’ont certes pas la même importance physiologique, mais la part de chacun est difficilement isolable de celle qui revient à l’autre dans le fonctionnement, On ne peut rien affirmer sur leur mécanisme intime. .
Pour le cobalt, son rôle peut être envisagé sous plusieurs angles. Si l’on considère son action comme corrélative à celle qu’il exerce sur le système nerveux central en tant qu'hypnotique, on peut comparer son action à cette catégorie de corps qui sont connus depuis CarNoT (1), comme des mélanophoro-dilatateurs.
Il agirait alors comme l’éther ou le chloral; supprimant les fonctions de relations en agissant sur la corticalité, il annihilerait l’inhibition centrale et une dilatation passive des mélanophores s’ensuivrait. Mais nous aurions alors une action sur ces cellules pigmentaires parallèle à celle observée sur le système nerveux; or ce n’est pas ce qui se passe puisqu’à des doses inférieures aux doses hypnotiques, on observe encore une dilatation nette des bandes latérales. On ne peut donc soutenir l’action exclusive sur les centres pour expliquer la genèse de ces dilatations.
Si l'on prend maintenant comme point de repère la sensibilité des différentes plages du corps du vairon, nous voyons que le tiers postérieur de l'animal est le premier impressionné. Or ses mélanophores, si l’on se
(1) CARNOT. — Thèse de Sciences. Paris, 1896.
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reporte au schéma de Vox FRiscH, sont sous la domination à la fois de filets nerveux issus de la moelle dorsale terminale et de filets sympathiques.
Donc ici encore nous rencontrons deux alternatives, nerf rachidien et système sympathique, que nous ne pouvons départager; en effet, si l’action sur la moelle est certaine, celle que le cobalt exerce sur le sympathique est également sûre. Le cobalt agit-il comme une hormone hypophysaire ? Il ne le semble pas, car cette hormone provoque une dilatation complète des mélanophores et de érythrophores réalisant le tableau de la robe de noces. D'ailleurs, STUrTINSKY () a montré que l’hypophyse n’est pas spécifique de cette action et qu’un grand nombre d’extraits d’organe et de substances organiques sont doués de cette propriété. Les rares parures de noces que nous avons obtenues sont dues à un autre mécanisme. Elles survenaient chez des animaux manifestement intoxiqués et qui, pendant quelques heures restaient entre la vie et la mort. On peut, selon nous, les comparer aux parures qu’on observe normalement aussitôt avant la mort du vairon qu’on fait mourir à l’air libre par exemple. On sait qu’à ce moment, les érythrophores se dilatent et c’est un phénomène de ce genre que nous avons observé : il ne peut nous servir à expliquer le mécanisme des mélanophoro-dilatations par le cobalt. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que ce métal agit d’une manière antagoniste à celle de l’adrénaline. Deux vairons, maintenus sur fond noir, recoivent 1/20° de centimètre cube de la solution de chlorhydrate d’adrénaline, au 1/100° ils pâlissent rapidement. Au bout de 2 à 3 minutes, on leur injecte 0,5 mgr. de CoCl?, on n'obtient plus la dilatation des
(1) SruTinsky. — C. R. Soc. Biol., t, 115, p. 241 et: t. 116, p. 284, 1934.
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mélanophores, mais l’action de l’adrénaline est écourtée par rapport aux témoins. Si on injecte 0,5 mgr. de CoCE qu'on fait suivre aussitôt de 1/20° de centimètre cube de la solution d’adrénaline, les vairons pâlissent encore mais reprennent leur teinte normale en une demi-heure, plus rapidement que les témoins.
SruarT et YosiDA, sans jamais parler d'action sur les mélanophores, ont noté que sous l’effet du cobalt la peau des grenouilles prenait une teinte cuivrée caractéristique, apparaissant quelques minutes après l'injection.
Nous avons vu sur la grenouille des faits semblables à ceux observés sur le vairon. À partir de 0,5 mgr, on voit apparaître 5 minutes après l'injection une coloration bronzée de la peau qui est due à la dilatation des mélanophores sous-épidermiques de l’animal. Les mélanophores superficiels, disséminés en bouquets sur le tégument dorsal s’étalent et prennent une coloration noire qui persiste plus ou moins longtemps suivant les doses. À dose moyenne, 1 milligramme, elle persiste 24 heures.
Cette opposition entre les actions du cobalt et de l’adrénaline qui se manifeste au niveau des mélanophores apparait comme, nous l'avons vu tout au long de cet ouvrage. L’adrénaline restaure le cœur intoxiqué par les sels de cobalt, mais elle est aussi capable, comme nous l'avons vu chez le poisson, d'empêcher l'apparition des accidents du système nerveux et du métabolisme général provoqués par le cobalt. L’adrénaline est un vaso-constricteur et un élévateur de la tension artérielle; le cobalt est vaso-dilatateur et diminue même cette pression. Il accélère le péristaltisme intestinal alors que l’adrénaline le ralentit. Enfin le cobalt est hypoglycémiant, alors que l’adrénaline est hyperglycémiante.
= DOVAE
Le cobalt apparaît ainsi comme un sympathicolytique évident, mais des expériences complémentaires seraient nécessaires pour le ranger auprès de Phyohimbine ou des dérivés de l’ergot. On sait quel rôle important jouent les électrolytes dans la composition du milieu intérieur. Les actions du sympathique et du parasympahtique semblent de plus en plus se faire par leur intermédiaire (0, L’influx nerveux modifierait l'équilibre physico-chimique du milieu en libérant certaines substances qui agiraient ensuite sur la matière vivante elle-même. Le calcium et le potassium sont considérés jusqu'ici comme les métaux agissant exclusivement sur les deux grands appareils de la vie végétative. On peut dire, avant toute expérience plus précise sur ce sujet, que le rôle du cobalt ne doit pas être négligeable et qu’il doit être dès maintenant retenu.
(1) Z.-M. Baco. — Rapports de l'Association des physiologistes. Nancy, pages 1, 66. 1934.