LE COBALT EN MÉDECINE EXPÉRIMENTALE ET EN THÉRAPEUTIQUE
WALINER (35), au cours de ses rcherches sur les hyperglobulies, a observé chez les rats blancs en expérience des lésions osseuses qu’il qualifie d’ostéoporosc et qui rapellent les lésions du rachitisme expérimental: Lui seul a signalé cette atteinte qui semble due aux conditions expérimentales. Il se servait en effet de cobalt métallique pulvérisé adjoint aux rations alimentaires et cette particularité pourrait tout expliquer. Il signalait aussi la stérilité des femelles de rat soumises au méme régime: nous n’avons trouvé nulle part ailleurs une telle observation. Seul STUART a rapporté un cas d’avortement survenu chez une lapine à laquelle il avait injecté une solution de CoC. |
Au cours de leurs recherches sur les cirrhoses expérimentales, VILLARET, I. BERTRAND, JUSTIN-BESANÇON et EVEN (53) ont obtenu, à l’aide d’acétate de cobalt des images histologiques de sclérose hépatique chez le lapin et le cobaye. Ce dernier recoit 5 fois par semaine en injection sous-cutanée 2 centimètres cubes d’une solution à 1/200, le lapin recevant dans le même temps 4 centimètres cubes d’une solution à 1%. Dans une
autre série d’expériences, les animaux recevaient jour-
nellement 0,50 gr. d’acétate réduit en poudre. Dans les deux cas, ils obtinrent des lésions hépatiques semblables histologiquement à celles observées dans la sclérose atrophique. Ces expériences montrent, outre ce résultat, le peu de toxicité du cobalt. En effet, les
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lésions ne sont apparues qu’au bout d’un laps de temps variant de 4 à 10 mois, ce qui représente pour chaque animal une absorption totale de 40 grammes de sel au moins, quantité considérable. Et comme nous l’avons dit plus haut, l’acétate est plus toxique que les autres sels en solution, sans doute à cause de l’ionisation qui libère les radicaux acétyles. Tels sont les syndrômes expérimentaux que le cobalt peut provoquer à la longue sur les organismes. On avouera qu’ils sont légers en regard de ses propriétés thérapeutiques possibles.
Avant d’en venir à celles-ci, nous dirons quelques mots de la question du cobalt et des cyanures dont on trouvera par ailleurs la bibliographie complète. ANTAL (44) a découvert la propriété antitoxique que possède le cobalt vis-à-vis des cyanures. Au cours de ses nombreuses expériences, il a établi que l’azotate de cobalt, surtout, est doué d’un net pouvoir neutralisant vis-à-vis du cyanure de potassium. Un chien de 5 kg. 300 par exemple, à qui on fait absorber par la bouche 10 centigrammes de KCN dans 20 centimètres cubes d’eau ne ressent aucun trouble s’il reçoit aussitôt par la même voie 400 centimètres cubes d’une solution d’azotate à 1/2 %.
Le témoin non traité meurt en 45 minutes. ANTAL conseillait d’administrer, par la bouche et en injection, à l’homme empoisonné, le plus possible de la solution à 1%. Le fait a été confirmé par plusieurs auteurs dont MEURICE (49) qui a expérimenté sur plusieurs espèces animales en trouvant sur chacune d'elle des résultats concordants. Il a étendu l’action antidotique du colbat à d’autres nitriles comme l’acétonitrile et les nitriles-alcools, spécifiant que laction du cobalt était quelquefois passagère. Cette question est par la suite tombée dans l’oubli. Il n’existe aucun
NA |: fous
exemple d'intoxication cyanhydrique chez l’homme traitée par cette méthode.
Les applications du cobalt à la thérapeutique sont relativement récentes et les anciennes indications
qu’on rèlève à son sujet ont pour base l’analogie chi-
mique qui le lie au nickel. On se sert de ce dernier
.métal depuis longtemps puisque dès 1852 Simpson (54)
l’employait sous forme de sulfate contre les douleurs et contre la chlorose des jeunes filles. PALMER (55) vantait un peu plus tard ce même sel comme étant à la fois
-bon sédatif et bon hypnotique. Il l’employait avec suc- É cès dans les névralgies et dans les cas où l’opium était - contre-indiqué, sans jamais observer de troubles diges-
tifs chez les malades traités. BROADBENT (56), toujours
par analogie chimique, attribuait des propriétés semblables aux métaux du groupe du fer, le chrome, le manganèse, le nickel et le cobalt. Le cobalt a été seulement plus tard effectivement employé. On en trouve trace de ci de là dans la littérature et les traités de pharmacologie de langue anglaise, sans qu'aucun ouvrage sérieux ne lui soit consacré. Pour tout dire, il a été employé pendant longtemps d’une manière empirique et nous trouvons réunies dans La Matière Médicale de BoEriCKE (63) toutes les propriétés que l'expérience thérapeutique lui a découvertes. Il le recommande surtout dans les affections spasdomiques, les crampes, les convulsions, les crises épileptiques, la chorée, les spasmes toniques et cloniques. Il rapproche son rôle sédatif de celui du calcium. Comme il arrive souvent, on retrouve dans ces indications la description des accidents qu’il peut lui-même provoquer.
En France, on ne l’a employé qu'après les travaux de G. BERTRAND et MACHEBŒUF; comme nous l’avons dit dans notre introduction, ces auteurs ont montré que le cobalt augmentait, avec le nickel ou séparément
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l’action hypoglycémiante de linsuline. G. BERTRAND, reprenant sa théorie des actions diastasiques et s’ef- .
forçant de l’étendre aux hormones, a pensé que ces métaux constituaient la complémentaire active de l'hormone insuline, là complémentaire activante étant
constituée par la partie protidique de l’hormone. Cette .
théorie est pleine d’intérêt et on a eu tort de la négliger
scientifiquement, car une étude poussée dans ce sens.…
aurait pu éclairer, sans doute, nos connaissances sur létiologie du diabète. Quoi qu’il en soit, on a rapidement songé à appliquer à la thérapeutique ces . données de laboratoire. G. BERTRAND et MACHEBŒUF (60) traitèrent quelques diabétiques par cette méthode. Ils injectent journellement sous la peau de leurs malades 5 ou 10 centimètres cubes d’une solution comprenant 0,1 mgr. de CoClE par centimètre cube. Ils eurent des résultats divers sur les 5 cas de diabète consomptif traités, depuis des aggravations, surtout au début du traitement, jusqu’à des améliorations nettes de. tous les symptômes. RaTHERY et Mile LEvina (61) ont soigné
de la même manière 11 autres malades sur lesquels ils .
ont eu 5 résultats indiscutables.
Eux aussi observent au début une exagération .passagère des symptômes, qui fait ensuite place à une diminution presque constante de la glycosurie, une diminution moins constante de la glycémie, enfin une
augmentation de la tolérance pour les hydrates de .
carbone TE passe par exemple dans un cas de 40 à 120 grammes
LABBÉ et ses collborateurs (62) qui out confirmé. cxpérimentalement les expériences de G. BERTRAND et …
MACHEBŒUF, n'ont par contre trouvé aucun résultat intéressant chez les malades traités. On n’a guère publié depuis sur cette question; le cobalt et le nickel
sont cependant signalés dans la plupart des traités du...
diabète sucré comme médicaments mineurs de cette maladie. ,
Un auteur a en France particulièrement étudié le cobalt, c’est LE Gorr (59-32). Il n’a jusqu'ici fait connaître que des résultats fragmentés de son expérience thérapeutique et se réserve de publier un jour un travail complet sur ce sujet. Il à été un des premiers à l’employer dans le traitement du diabète et à le prôner comme un adjuvant de l'insuline. Mais il a étendu son expérience au delà: surtout aux manifestations diathésiques de l’arthritisme. Il a montré aussi le peu de toxicité du cobalt aux doses moyennes pour l’homme. Un de ses patients reçut 122 injections de 2,5 cgr. de CoCE en deux ans et demi sans présenter le moindre trouble. De nombreux sujets ont reçu 75 centigrammes dans un court laps de temps sans présenter d’intolérance ni d'accident.
Comme la plupart des métaux, le cobalt a été essayé en thérapeutique contre les tumeurs et SzZECSI (57) a été un des premiers à signaler son action freinatrice sur l’évolution des tumeurs expérimentales de la souris. On l’a employé contre toutes les formes de cancer de l’homme et il n’est que de se reporter aux traités pour voir qu’il figure en bon rang, avec le cuivre, le sélénium et le plomb, dans la liste des métaux qui retardent l’évolution fatale des néoplasmes.
MAscHERPA (58) a étudié l’action du cobalt sur la tuberculose expérimentale du lapin, ajoutant un nouvel élément à la liste des produits chimiothérapiques qui ont une action sur le bacille de Koch. Ses conclusions sont les suivantes : il emploie un composé cobaltoprotéique qui, à 1/10.000°, tue le bacille in vitro, et à dose plus forte diminue l’activité des cultures. Ce composé injecté par voie intra-veineuse se fixe en grande partie dans les poumons avant de s’éliminer. Si les
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poumons ont des foyers tuberculeux, le composé se fixe seulement sur les parties saines, mais transforme avantageusement l’évolution des lésions caséeuses, La température diminue. |
Voilà rapidement exposées les connaissances thérapeutiques que nous avons sur ce métal. Il est visible qu’on a, jusqu'ici, que peu utilisé les indications recueillies dans l’ordre expérimental. Ainsi l’action sur le système nerveux est susceptible à notre avis d’être appliquée, avec des résultats remarquables, à la thérapeutique. De même l’action vaso-dilatatrice. On a, d'autre part, employé presque exclusivement un composé chimique simple : le chlorure; or, il est à prévoir que des composés organiques, surtout à fonction sulfhydrile, auraient à quantité égale un pouvoir d’action plus durable. Le champ est ouvert aux recherches.