ÉTUDES PHARMACODYNAMIQUES DE DIVERS SELS DE MORPHINE
L’exposé que nous venons de faire des travaux relatifs à l'influence de la nature de l’acide salifiant une base alcaloïdique sur l’action de cette base, montre des résultats concluants en ce qui concerne les alcaloïdes locaux. Il était intéressant de se rendre compte si cette propriété n’est pas exclusive à ce genre de médicaments. Concurremment au travail effectué sur la cocaïne et sur la base de la novocaïne, J. Régnier entreprit une vérification du même fait sur la morphine. Une autre raison donnée par l’auteur lui-même montre l'intérêt de cette recherche (54).
Dans tous les travaux exécutés à l’aide des anesthésiques locaux, les solutions alcaloïdiques sont portées au contact même, ou le plus près possrble, des éléments nerveux ou des cellules intéressés et ont très peu à subir l’action des humeurs de l’organisme. On pouvait craindre que ces humeurs soient capables d’exercer, sur les sels organiques d’alcaloïdes, une hydrolyse avec mise en liberté de la base produisant l’uniformisation de l’action. Le but était donc de chercher si, injectés dans l’organisme, loin des éléments cellulaires intéressés, les divers sels d’alcaloïdes conservent ou non leur individualité.
La morphine possède l’avantage de pouvoir, d’une part,
exercer une action dépressive locale par application directe sur un élément nerveux, d'autre part, exercer une action analgésique générale par introduction par voie sous-cutanée ou intraveineuse. |
Les travaux exécutés avec les divers sels de cette base sont donc de deux sortes :
1) Étude de l’action dépressive locale par application directe sur le nerf de Rana Esculenta ;
II) Étude de l’action analgésique générale, en recourant
à divers tests qui seront décrits plus longuement dans la suite de l’exposé. ;
I) Action dépressive locale sur les fibres motrices du Seiatique de Rana esculenta. Étude comparée du phénylpropionate, du chlorhydrate et du citrate de morphine (42, 64, 65).
La technique suivie est la même que celle que nous avons exposée dans l’étude de Paction des sels d’anesthésiques locaux. L’action est examinée en milieu privé d’électrolytes, eau glucosée à 44,7 0/60, isotonique au sang de grenouille.
J. Régnier et A. Quevauviller ont constaté d’abord une différence d’action qualitative entre les deux sels : phényl- propionate et chlorhydrate.
a) En solution dans l’eau glucosée, le chlorhydrate de morphine agit différemment suivant les concentrations.
Aux doses faibles (inférieures à M/200 pour les grenouilles d'été), on observe dès les premières minutes d'action, une baissé du voltage rhéobasique, une baisse de l'intensité rhéobasique, une augmentation de la chronaxie et une baisse de résistance (très élevée au départ, en raison de l'absence d’électrolytes). |
Aux doses plus fortes, on observe, dans les mêmes conditions une baisse du voltage rhéobasique, une montée de lintensité rhéobasique, une montée de la chronaxie et une très grande diminution de la résistance.