‹ Action Protectrice du Ganglion Lymphatique dans Diverses AffectionsChapitre 6 sur 11 · RER TRE · texte numérisé non relu

RER TRE

pris de convulsions soudaines ; il mourait le 3 mai, après

avoir présenté tous les symptômes de la méningite tubereuleuse foudroyante.

Ces deux observations sont susceptibles de discus-

sion et de conclusions générales.

| N'est-ce pas le ganglion lymphatique, qui sentinelle % éprouvée, répond le premier à l'infection syphilitique,

et qui persiste le dernier à la vie, pourrait-on dire,

____ pour attester par ses caractères la maladie antérieure,

+ ss C’est une adénopathie secondaire, comparable à celle E- B- qui est en relation directe avec le foyer lupeux, ou E ne avec le chancre tuberculeux expérimental, et qui pro- 7% vient de l’envahissement du ganglion par le virus puisé

dans le foyer (lupus, chancre tuberculeux ou syphili- D tique) que lui amènent les lymphatiques Han de la > région atteinte.

3 Déjà au Congrès de dermatologie et de syphiligraphie de Londres, en 1896, M. Radcliffe Crockez s'était

attaché à étudier les dermatoses qui ne relèvent qu'in-

directement du bacille de la tuberculose, mais qui trouvent un terrain favorable à leur développement, chez les personnes déjà infectées. Il notait comme conditions particulièrement prédisposantes : les suppurations osseuses, les adénites et l’ensemble morbide qu'on désignait autrefois sous le nom de scrofule, et : caractérisant la déchéance du ganglion. Le L’adénopathie syphilitique se caractérise par la prolifération des cellules embryonnaires et l’hyperplasie

du tissu conjonctif trabéculaire. Les divers accidents

causés par le virus syphilitique sont coulés dans un moule commun. Le haut pouvoir sclérosant de la toxine se révèle depuis linduration du chancre, jusqu’à la nature histologique de la gomme ; il faut signaler de plus sa propriété vaso-dilatatrice qui se manifeste dans les accidents cutanés, comme dans les décollements placentaires.

Mais devant l'infection syphilitique, comme devant le poison tuberculeux, comme devant l'infiltration morveuse ou cancéreuse, si les modalités relèvent de chaque type clinique, la fonction biologique du ganglion reste la même à des degrés variables.

Celui-ci, dès l’abord, s’érige en défenseur, il collecte le poison, lutte par ses cellules, s’hyperplasie dans un dernier effort, cherchant à créer une barrière par une surproduction leucocytaire. Mais peu à peu, il se modifie, se détruit après avoir passé par des stades complexes que révèle une étude sérieuse d'anatomie pathologique.

Physiologiquement, le rôle du ganglion est terminé.

Il ne peut plus désormais arrêter le processus infectieux, dans sa défaite il livre la place pour devenir à son tour un centre de généralisation. Les vaisseaux efférents issus de son hile, prennent l’agent microbien et le charrient à d’autres confluents ganglionnaires, qui à leur tour, envahis, subiront les mêmes transformations. Dès lors on est en droit de se demander a priori, s’il y a quelque confiance à pouvoir accorder au rôle physiologique du ganglion dans les infections.

La clinique, depuis longtemps, a fait justice de ce

CT rôle fallacieux, et pour l’épithélioma par exemple cha-

cun sait combien est grande l’impuissance de la glande

lymphatique. Jamais peut-être faiblesse ganglionnaire

n’a été plus grande, car on sait que de telles glandes laissées en place dans une opération, même si leur dégénérescence n’était pas appréciable subiront toutes les étapes de l’envahissement néoplasique et. deviendront des agents certains de généralisation.

Pour la tuberculose cutanée, s’accompagnant comme dans notre'observation IL, d’un envahissement du ganglion lymphatique, avec ulcération gommeuse, hyper-

trophie, ramollissement, décollements périphériques, |

Æ présence de cellules géantes et de bacilles, le rôle du

ganglion est à notre sens bien plus certain. Il-doit collecter plus facilement surtout chez un enfant où le SySstème lymphatique est très actif, la barrière qu’il constitue est plus solide et peut-être à la suite de réactions biologiques propres en s’ulcérant devient-il un émonctoire sauveur momentané,

Mais à notre observation II où le rôle du ganglion est de toute évidence, nous adjsindrons une observation que le professeur Leloir publia en 1886 dans les Annales de Dermatologie.

En dehors de toute hérédité, il y est question d’un malade porteur d’un foyer lupique de la main, lequel devient l’origine de Ilymphangites tuberculeuses, avec production d’adénites, de gommes scrofulo-tuberculeuses, développées le long du trajet des lymphatiques

atteints. Après la destruction des ganglions collec-

__ teurs, sous l'influence de l’absorption du virus tuber-

Martin J 2

ARE culeux par les lymphatiques du membre supérieur, il se déclare une tuberculose pulmonaire du côté correspondant au membre atteint.

Nous avons eu durant nos études, maints exemples d'enfants scrofulo-tuberculeux qui, par exemple, se présentent porteurs de plusieurs gommes tuberculeuses ulcérées et sont, à ce moment, dans un état général satisfaisant. À la suite d’un traitement bien.actif et immédiat, (râclage, cautérisat ion etc.) souvent au bout de plusieurs mois le petit malade dépérissait un peu, perdait l'appétit, était pris de diarrhée, et nous nous Sommesdemandés, s’il n’y avait pas là comme une preuve

de résorption toxique.

La glande lymphatique supprimée en hâte, en cas de tuberculose cutanée, (gommes, adénites, lupus, chancres, tuberculeux, etc.), peut donc parfois causer des, accidents et nous arrivons même à penser aujourd’hui acceptant pleinement en cela les idées de M. le docteur Haan, qu’outre sa fonction leucocytaire et sa réaction dans les infections, le ganglion lymphatique est probablement capable de sécrétions internes, propres,

neutralisantes, antitoxiques.

Dans l'observation I, l’aine gauche était pourvue de ganglions normaux, ceux-ci touchés par le virus syphilitique, se sclérosérent, virent leurs éléments étouffés par l’hyperplasie conjonctive, et cependant le membre inférieur du même côté resta presque intact. L’anatomie pathologique révèle bien que le rôle leucocytaire

du ganglion dans ce cas, est très atténué ; Ja défense

dans ce ganglion dans la syphilis n'est-elle pas assurée par la sécrétion interne de l'organe ? - Dans l'observation I, l'enfant, lorsqu'il fut présenté,

offrait l’ulcération tuberculeuse de deux ganglions

F2 cervicaux droits, superficiels, compris entre le peaucier et le muscle sterno-cléïdo-mastoïdien le long de la __ veine jugulaire externe. Il est habituel en effet, chez #52 un hérédo-tuberculeux, de voir, dans le jeune âge, le E < groupe des ganglions de la tête et du cou, accuser

A Pinfection de préférence aux ganglions inguinaux, axil-

__ laires ou autres.

D Faut-il pour expliquer ce fait croire à la contagion Fe Rs par le sang de la mère, et invoquer l’innervation et la 24 circulation si riches de la région cervico-encéphalique?

Ou bien peut-on faire valoir, en faveur de la localisation ganglionnaire cervicale, la confluence, avec les ganglions jugulaires, des Iymphatiques du pharynx, du larynx et de la trachée, naissant de la surface des muqueuses, et pouvant peut-être favoriser des associations microbiènnes si favorables au développement de la tuberculose. Toujours est-il que dans le jeune âge, la tuberculose à pour le ganglion une affinité bien marquée.

En ce qui nous concerne; et bien que notre thèse - actuelle semble toucher au paradoxe on croit que si on n’avait pas supprimé à cetenfant deux ganglions tuber- - culeux il ne fût peut-être pas mortde méningite dans le trimestre suivant. Nous ne voulons pas dire que le ganglion commande le « nolï me tangere » sans intervention possible, mais nous tenons à faire ressortir

M yre çoute l'importance de son rôle dans le jeune âge, et les

troubles qui peuvent résulter de sa destruction brutale.

Le professeur Hijmans de Leyde produit des résultats de sa clinique, qui font la preuve de nos propositions. Il a recueilli des renseignements très précis sur 146 malades atteints de tuberculose uniquement localisée dans les ganglions, sans qu'il y ait eu certitude

cependant de l’envahissement pulmonaire.

Dans 58 cas les ganglions malades furent extirpés. Deux malades succombèrent peu après opération ; 9 autres, soit 160/0 succombèrent plus tard phtisiques. Le grattage de la curette tranchante fut pratiqué chez 33 malades, 7 d’entre eux, soit 11 0/0 ,présentèrentplus

tard des signes de tuberculose.

Enfin dans 55 cas, où se borna aux moyens médicaux internes (arsenic, iodure de fer, etc.) et aux pansements antiseptiques externes. Quatre de ces malades seulement devinrent plus tard tuberculeux, soit 7,24 0/0:

Et si on rapproche de ces données les résultats absolument identiques publiés par Riedel et par Krisch qui ont vu la tuberculisation succéder à l’extirpation ganglionnaire dans a proportion respective de 15 0/0 et 48 0/0 on ne peut douter des suites malheureuses,

d'une intervention chirurgicale, brutale.

A la région éervicale, les ganglions cervicaux superficicls communiquent avec les ganglions profonds, et ceux-ci reçoivent les lymphatiques du crâne, provenant de la dure-mère, en suivant le trajet de lartère

méningée moyenne. Îl est facile de comprendre dès lors

la production de la tuberculose méningée, ont l'étiolo- gie est d’ailleurs connue de longue date.

Mais voici que vient de paraître en Allémague un tra-

vail de MM. Wassermannet Takaki qui, par un heureux

concours de circonstances, sont venus en quelque sorte

renforcer notre dire actuel. Ces auteurs se sont basés

sur une théorie émise par M. P. Ehrlich de Francfort, d’après laquelle limmunisation contre uneinfection résulterait de l’action des parties cellulaires normales de l'organisme, constamment éliminées et régénérées qui neutraliseraient la toxine en préservant ainsi l’orga- nisme. ; e

En dehors de toute influence et de notre propre mouvement nous n'avons pas interprété autrement le rôle des ganglions lymphatiques dans les. affections. ”

On a pu voir que ces mêmes auteurs allemands ont fait la preuve expérimentale de leur dire en ce qui concerne le tétanos, et que leurs résultats ont été nettement positifs. |

Ils ont à juste titre pensé qu'il y avait là, matière à songer à une nouvelle méthode générale d’immunisation artificielle qui consisterait « à détermirer pour

chaque toxine bactérienne, l’organe vis-à-vis duquel la

toxine possède une affinité spéciale et à injecter des

émulsions de pulpe de cet organe provenant d'animaux sains ». Le temps montrera la valeur de la méthode. A la suite des observations qui précèdent M. le docteur. Haan avait publié des conclusions que nous reproduisons textuellement pour les discuter plus loin.

« 1° Le rôle du ganglion dansles infections comprend

po deux stades distincts: un de collection, où il agit en protégeant le département de l'économie auquel il appartient per une dérivation du produit virulent. |

Mais bientôt après s'être hypertrophié, et avoir fait œuvre de phagocytose, il succombe dans sa fonction physiologique, et devient un élément générateur d’un danger extrême.

2 Ce schéma souffre diverses modalités suivant la nature de l'infection.

3% Nous avons dans l'observation E montré le rôle considérable du ganglion dans la syphilis. La clinique y prenait la rigueur de l'expérience et l’élément Iymphatique s’y est montré nettement protecteur.

% Dans l'infection épithéliomateuse, en revanche, le ganglion assure la récidive, sa destruction est d’extrême urgence. |

5° Après avoir vu et Suivi un nombre assez considérable d’enfants scrofulo-tuberculeux, porteurs de lésions ganglionnaires, microbiennes, ulcérées, et avoir raisonné les conséquences d’une destruction en masse, comme dans l’observation Il, nous pensons que sous peine d'accidents souvent graves, le traitement de ces ganglions ne doit jamais être rapide, brutal et destrucuf.

G° Il doit s’exercer lentement, à l’aide d’une antisepsie locale, favorisant la cicatrisation, et assurant l’entourage du malade contre la transmission tuberculeuse et surtout il doit se pratiquer par une administration raisonnée de médicaments toxiques anti-bacillaires

(huile de foie de morue, glycérine sirop antiscorbuti-

MSA

que, iodotannique, iodoforme, Gaïacol, etc.) suivant la tolérance du petit malade et en mesurant l'intervention à la solidité de l’état général. On veillera toujours à la perméabilité des reins.

T° Nous avons été conduits à supposer que devant les infections, dont les ganglions sont les agents centralisateurs, ceux-ci disposaient peut être d’une sécrétion interne, particulière, sorte de leucocytine à l’état naissant, qui assurerait leur action au début dans certaines infections. Les récents travaux allemands encouragent singulièrement notre manière de voir.

8 Nous nous proposons d’essayer au laboratoire de mettre en évidence le point de la biologie intime de la glande lymphatique dans quelques pyrexies infectieuses,

à manifestations cutanées ».

Avant de discuter les faits nous continuerons notre exposé clinique, ce qui va suivre n'étant d’ailleurs que le complément à la première observation, complèment que M. le Docteur Haan a bien voulu nous communiquer.

Dans le travail préparatoire à une série d’expériences encore inédites sur la physiologie du ganglion Iymphatique, l’auteur dont nous venons de parler, avait montré comme on l’a vu plus haut, le rôle nettement protecteur de l’élément lymphatique dans la syphilis.

Achevons donc cette observation I par les rensei-

gnements mis par l’auteur à notre disposition.

Le traitement de M. K se continuait régulièrement

ee lorsqu'à la fin du mois d'avril, depuis longtemps abso- Jument blanchi le malade vient retrouver M. le D' Haan pour la gale discrète, comme le fait se produi chez les personnes qui prennent de grands soins de leur personne, ‘et on prescrivit la friction soufrée et

le traitement habituellement en usage.

Le résultat fut parfait, mais vers.le 15 mai 1898 M. K. revint, trouvant bizarre l'apparition d'accidents cutanés, aprurigineux, qui avaient commencé à apparaitre quelques jours après la frotte. En eflet en dehors de petites cicatrices bleuâtres témoignant des anciennes lésions de la gale et des inoculations secondaires, le malade présenta des lésions presque uniquement papuleuses, disséminées en nombre prodigieux sur toute la face interne de la cuisse droite, ainsi que sur la fesse du même côté.

Le sillon interfessier offrait des papules .opalines, muqueuses, qui s'étaient développées enfeuillet de livre. A la jambe droite sur un fond érythémateux quelques petits placards de papules squameuses, au scrotum

trois papules suintantes.

Tous ces éléments nettement syphilitiques, dus à lirritation des téguments par la friction soufrée étaient encore bien surprenants dans leur mode de réparti-

tion.

La frotte avait été générale, elle s’était exercée uniformement sur les deux membres inférieurs, et les accidents syphilitiques qui en résaltaient n’étaient en-

core qu’un décalqué du tableau primitif, et n’apparais-

saient que sur le membre dépourvu de ganglions inquinaux, | se

L'examen minutieux ne révéla sur la cuisse gauche que trois petites papules, et le contraste des deux membres témoignait encore prodigieusement de lPaction du ganglion lymphatique dans la syphilis, et cela 16 mois après le chancre.

L'observation est d'autant plus curieuse et instruc-

tive qu’elle concerne ‘un cas de syphilis, dans laquelle

le ganglion lymphatique subit des transformations qui sembleraient de prime abord assurer sa déchéance. On sait en effetque l’adénopathie syphilitique se carac-

térise par la prolifération des cellules embryonnaires

et l’hyperplasie prononcée du tissu conjonctif trabécu-

laire. Les divers accidents, causés par le virus syphi-

hitique sont coulés dans un moule commun. Le haut

pouvoir sclérosant de la toxine se révèle depuis lin-

duration du chancre, jusqu’à la nature anatomo-patho-

logique de la gomme, et le ganglion reste dur, sclé-

reux, pathognomonique, donnant à penser que tous sés éléments sont étouflés dans une gangue conjonctive. L’observation montre qu’il faut revenir de cette idée première, que le ganglion syphilitique est déchu par sclérose, il lui reste sûrement, comme la clinique nous le montre, un rôle phagocytaire. MM. Besançon et Labbé, ont montré que cette fonction persiste même à une époque assez avancée de l'infection, et ces auteurs rapprochent cette production de leucocytes dans le qanglion enflammé, de la leucocytose signalée au début de

la plupart des maladies infectieuses.

re

D'accord avec M. le D’ P. Haan, nous nous écarterons de ces données qui ne constituent qu'un vaste schéma, car la nature de l’infection impose des modalités. |

Dans la syphilis, le ganglion réagit sans les symptômes cardinaux de l’inflammation, exception faite pour la tuméfaction. Dans la tuberculose il en est autrement de même pour la morve, lépithélioma, Ja coqueluche, etc., chaque type morbide ayant sa réaction ganglionnaire propre. Se

Avant les auteurs précités, avant les observations du professeur Augagneur, de Lyon, les belles recherches de Van de Velde, M. le D' Haan a été un des premiers qui, au mois de janvier 1898, a songé que Îa noble fonction du ganglion comportait autre chose qu’un rôle phagocytaire, et que ses sinus étaient le point-de départ d’une sécrétion znterne, propre, bactéricide, qui, en temps d'infection, se trouve abandonnée au sérum, ainsi que le proposent MM. Denis et Leclef.

L'observation dont nous venons d’exposer aujourd’hui le complément a des conclusions : 1° Elle montre (si le besoin en était encore nécessaire) le rôle trop méconnu de l’irritation dans la syphilis.

2° Elle rappelle le danger des frictions soufrées chez les syphilitiques en traitement, frictions, dont lirritation s’ajoute à celle du sarcopte pour provoquer l’explosion syphilitique.

8° Elle porte à employer pour la gale un autre traitement moins irritant que le soufre. Le baume du

Pérou donne de très bons résultats.

= 21 — 4 Elle Here la preuve de m persistance de la lutte

du ganglion ly mphatique, malgré la sclérose et la tumé- faction de celui-ci. AE

po: Elle a montré très rigoureusement par la distribution élective des accidents syphilitiques, la persis= ‘tance à 16 mois d'intervalle, de la sécrétion bactéricide, antitoxique ganglionnaire, ee

Les derniers travaux qui ont nettement mis en ÉVIdence le rôle protecteur du ganglion lymphatique sont ceux de MM. Bezançon et Labbé ; ils ont méthodiquement agi à l’aide d’injections de cultures de staphylo-

coques par. la voie sous-cutanée,

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