Sa mort de nature om. D — 468. meschanie A' A
commence donc D — 477. est-ce là C D; Royne née, Royne souveraine A' A» — 479. Espaigne A' A*.
Actions et Traicte^ Oratsires. 2
l8 ORAISON FUNEBRE
480 devant des subjects d'Angleterre. En quelle puissance, en quelle authorité ? Entre Dieu et les Roys il n'y a point de puissance moyenne. La souveraineté des Roys n'a autre juge que Dieu, et est pardessus tout le reste du monde. Les Roys mesmes, quand, poussez d'inimitiés ou querelles,
485 ils sont entrez à force ouverte es pais les uns des autres et qu'après avoir bruslé, pillé et saccagé, Dieu les a livrez en la main de leurs ennemis, l'on n'a pas agi contre eux selon la forme des loix données pour les particuliers, l'on ne les a pas soubmis au jugement des magistrats,
490 mais, selon que le droict des gens le veut, Ion les a mis à rançon et, icelle acquitée, les a on renvoiez. Et s'il estoit advenu d'en user autrement, tous les Roys de la terre, comme si leur dignité estoit entamée et leur seureté violée, de forces conjoinctes s'en seroient rendus
495 vengeurs: car la fortune des Roys, ores qu'affligée et atterrée, est neantmoins tousjours comme vénérable et sacrée à ses propres ennemis. Et tel Roy, que Ion a désiré occire en bataille rangée, est révéré de son ennemy en sa captivité. Et neantmoins les habitants d'Angleterre, soubs la
500 permission et auctorité de la Royne leur Maistresse, entreprennent de juger non une prisonnière de guerre, mais une Royne souveraine, hostesse, voisine, appelée et invitée à se réfugier au pais en sa calamité. Mais accusée de quel crime ? Accusée d'estre Catholique. O heu-
505 reux crime ! O désirable accusation ! C'est donques contre la pieté, ô barbares Cyclopes, que sont publiées vos loix et dressez vos prétoires. Nul donques n'est innocent devant vous, s'il n'est coulpable devant Dieu d'avoir renoncé à sa religion. Cessez vos artifices, ne fabriquez
481. ny A A5 — 485. ils ont. D — 491. on les a D — 497. désiré tuer D — 498. rengée A? ; de son ennemy om. D — 499. des subjects de la Reyne d'Angleterre D — 499-500. soubs la. . . . Maistresse om. D — 506. Cyclopes om. D ; publiez A^ A* D.
310 plus de tesmoins, elle advoûe ce crime, elle le publie et le presche et proteste que, comme pour les sévices dont vous l'avez tourmentée en ceste si longue prison elle n'a nullement fleschi et n'a rien rabattu de la foy qu'elle a juré à sa religion, non plus ne changera elle pour crainte
SI) de la mort, pour peur des tourmens dont vous la menassez, ny pour l'infamie dont vous pensez par vos calomnies la diffamer. Que peut-il arriver plus heureux à celle qui veille en une cruelle prison qu'une mort avancée, et à celle qui désire la mort que de mourir pour l'honneur
520 de Dieu et tesmoignage de sa vérité ?
Mais vous, ses ennemis, qui n'estes pas moins envieux que malins pour luy voler ceste gloire, et rendre sa patience moins admirable, vous la voulez accuser d'un autre crime : elle a entrepris contre Testât d'Angleterre
525 et contre la personne de la Royne. Si la fin de ceste
» calomnie n'estoit si funeste et déplorable, certainement il faudroit rire à plaine bouche d'une si lourde et si fade invention. Une pauvre princesse détenue depuis dix neuf ans en une extrême captivité, et depuis quelque temps S 30 tellement reserrée qu'elle ne voyoit pas seulement le soleil, a entreprins ce que les grands et puissans princes de la terre n'ont ozé entreprendre, quelque juste occasion que chacun sçait qu'ils en aient eu. Où a elle dressé ses armées pour assaillir cest estât ? où ont esté veus ses vais- 53s seaux pour envahir l'Angleterre ?
C'est donques de ses songes et de ses pensées que vous entendez la condamner : mais encorés comment se fait cela ? car le droit des gens ne permet pas que prison-
511. sennces A- Ai , radesses D — ^i^. ftescbie A-A^; rabattue A-A' — 514. jurée C — 515. de tourmens A-», ny pour peurs de tourmens D — 518. vieillit en A' A^ D — 523. vous om. D — 527. à plaine bouche om. D — 529. estroi te captivité D — 531. entrepris D — 532. entreprendre qu'à grand' peine, quelque D — 554. veu A-AJ.
niers qui sont tenus sur garde soient punis, s'ils attentent
540 quelque chose pour leur délivrance ; ceux soubs la foy desquels on se fie faillent, s'ils contreviennent à leur foy ; mais si vous tenez un prisonnier soubs garde, la loy de nature et des gens luy permet de faire ce qu'il peut pour se sauver. Que dirons-nous doncques de celle qui estoit
545 détenue en une injuste et desloyalle captivité, de celle que tous les princes de la terre ont redemandé jusques à se resouldre se vouloir armer pour la délivrer ? Mais confessez la vérité, vostre haine estoit son crime, vostre peur estoit son péché ; ce qu'elle vivoit estoit ce dont elle
550 estoit coupable en vostre endroit; son crime estoit la crainte que vous aviez d'une juste vengeance des blasphèmes que vous avez commis contre Dieu, et des cruautez que vous aviez usé à l'endroit de ceste princesse. Vous aviez pensé asseurer toutes vos meschancetez par
555 dernier chef-d'œuvre d'impiété, et avez estimé vous rallier plus estroictement en ceste société de meschancetez, trempans ensemble vos mains dans ce sang Royal innocent ; vous l'avez donques condamné à mort.
Helas ! je m'estonnois si sa mort pouvoit assouvir
)6o vostre cruelle rage, et si en sa mort vostre ingénieuse barbarie ne s'estoit point préparé quelque rassasiement par son tourment et sa langueur : mais j'ay bien apris que ouy, et chacun le sçait maintenant, comme moy : car après que ce meurtre est ordonné, l'on le vient pronon-
565 cer à ceste pauvre princesse ; commence Ion à la despouiller de ses habits Royaulx et ornements accoustumez, et tendre ses chambres de noir, et la vestir de
559. soubs garde D ; attendent A — 543. ce qui peut A-A^, ce qui se peut D — 545. et déplorable D — 546. redemandée CD — 547. resouldre de vouloir armer D — 551. vengeance, des A-Aî D — 552-3. cruautez dont CD — 554-5. par ce dernier CD — 558. condamnée A3 C D — 561. préparée D — 562. son tourment et o>n. D — 562-3. que non D.
dueil. Estoit-ce pas pour l'enterrer toute vive, et la contraindre de se chanter ses obsèques soymesmes ? O tyrans
570 anciens dont les histoires ont diflamé la mémoire, vous aviez bien oublié à vous adviser de ce tourment de faire porter aux hommes le dueil de leur propre mort. Que faictes vous doncques, o Barbares Anglois, vous luy représentez sa mort avant que la luy donner, vous essaiez
S75 si vous ne la pourrez point faire mourir de dueil et saisissement pour espargner vos glaives meurtriers ; vous tentez à luy faire perdre courage par le spectacle de ce funeste triomphe, pour vous vanter d'avoir vaincu et le corps et l'esprit d'une Royne.
580 Mais voyons comme il vous a réussi, si c'est vous ou elle qui recevez honneur de ce trophée, et si c'est vostre cruauté qui a vaincu sa constance, ou si sa constance a surmonté vostre cruauté. Helas !. vous n'y avez riengaigné que de la honte, et avez recongneu combien est invincible le courage d'une personne innocente. Autant de mots qui
585 sont sortis pendant ce temps là de sa bouche ne sont ce pas autant de dards qu'elle a jecté dans vos consciences, ulcères qui vous perceront et cuiront tous les jours de vostre vie à la recordation de vostre meschanceté et souvenir de son innocence ? Quel visage avez vous trouvé,
590 quand vous luy avez prononcé ce jugement ? quels propos vous a elle tenu, d'un visage haut et droict, d'un regard ferme et asseuré ? Dieu (a elle dict) qui m'a fait naistre Royne est mon seul juge, congnoist mon innocence et mon espérance. S'il permet que la violence
59) attente sur moy ce que le droict et divin et humain def-
569. soy-mesme C — 575. Anglois om. D — 578. venter A» — 580. et si D — 58}. gagné D — 586. jettez C ; voy A — 586-7. consciences ulcérées, qui D — 590. jugement tyrannique D — 591. tenus CD — 592. art ferme A A', air ferme C — 594. et mon espérance om. D — 595. moy, ce que D. ^
22 ORAISOX FUNEBRE
fend, je penseray que c'est pour sa gloire et pour mon bien, et qu'il veult tirer louange de ma misère et de ma constance : il me jugera après les hommes, et jugera ceux qui m'ont jugé quant et quant. Ce pendant je le sup-
6co plie de ne me point abandonner et me croistre le courage à mesure qu'il croist mon affliction : toutesfois pour le dernier service que je puis faire à la Royne, ma sœur, je la supplie de considérer combien les choses de ce monde sont incertaines et muables, et que l'exemple qui
605 arrivera en ma personne, si je meurs de ceste façon, ne pourra estre qu'un mauvais augure pour elle. Elle y pensera s'il luy plait.
O quelle constance, qui ne se dément point en telle affliction, qui n'est en rien moindre que celle qu'un Phi-
610 losophe au milieu de son escolle pourroit recommander à ses disciples. Mais quelle bonté d'avoir, mesmes en ceste extrême misère, soing du salut de son ennemy ? Telles fleurs de sapience ne se cueillent point dans les jardins des Sophistes anciens, mais naissent seulement
615 dans les âmes pures et innocentes qui entre les espines du monde, eschaufées du saint Esprit, fleurissent en ceste admirable patience. Or elle fut laissée trois mois tous entiers après ceste première alarme à attendre tousjours la fin dont on la menaçoit ; mais au lieu que Ion espe-
620 roit que ce ne seroit que lamentations et tourmens que ce temps, ce ne fut en vérité que consolation, et pour elle et pour ceux qui estoient auprès d'elle. Car comme, avec un grand et profond entendement, elle comprenoit et discouroit l'extrémité de ses malheurs, aussi avec une
625 admirable grandeur de couraige contemnoit elle non
599. ceux qui m'ont jugé om. A' ; jugée C; et les jugera quant D — 600. et m'accroistre D — 601. à mesure que croist A' A^ D — 603. supplie considérer D — 616. esclMiife:^ A, eschaufeez A' ; fleurissant A^ — 619. qu'on esperoit D — 620. seroient D — 620-21. tourmens en ce temps-là D — 625. courage A'-A3 C D; mesprisoit-elle D.
ceste sienne vie, mais tout ce monde, et espluchant la commune condition de la vie humaine et la comparant avec celle qui nous attend en l'autre monde, vous l'eussiez veu pressentir par une certaine espérance le bien de
630 l'immortalité.
Je vous raconterois volontiers mille beaux et généreux discours qu'elle a fait aux siens durant ces trois mois là, où vous cognoistriez à la vérité qu'elle estoit soustenue d'une force plus qu'humaine à résister au faix d'une telle
635 misère; mais quand je me souviens de la fin de ceste histoire, la douleur me presse si fort, que je crains que si je n'achevé vistement que laparolle ne me faille avec le courage avant que je vous la puisse conter. O Dieu, puisque ceste cruauté s'est commise, faictes qu'elle soit enten-
640 due à la vérité, afin d'estre abominée et détestée avec autant d'indignation qu'un si meschant fait le mérite.
Le 14 janvier ceste Royne d'Angleterre et ce barbare conseil ayant résolu de faire exécuter ce meurtre, despecherent un Secrétaire portant mandement au comte de
645 Salseberic de faire mourir ceste pauvre princesse. Et pour cest effect, afin de rendre la mort plus célèbre et plus infâme, luv envolèrent un bourreau de Londres, tout habillé de velours. J"ay horreur de vous nommer en ce lieu ce nom si abominable ; mais le faict le veut ainsi.
650 Ce comte de Salseberic, suyvant ce qui luy estoit mandé, ayant amassé toute la noblesse voisine au chasteau où ceste Princesse estoit prisonnière, où il arriva le dixhuic-
628. avec elle D — 629. veuë C D ; présenter A-A=, presentir D — 652. faicts C — 633. a la vérité A — 634. aux faix A' A- — 636. crains, si C — 637. promptement la parole D — 638. puisse représenter. D — 640. abominée et oui. D — 642. Le 14 Februier A5, Le quatorziesme Février C — 642-4. janvier ceux qui avoient manié ceste condamnation depescherent sans le sceu mesme de la Reyne d'Angleterre un Secrétaire D — 645. Salsberic A' A-, Schreusbury A> C, Salsbery D (et d« mime dans la suite) — 652. où om. D; le dix septiesme A5 C.
tiesme du mois sur le soir, monta à la chambre où elle estoit, et luy dict que la Royne d'Angleterre luy avoit
655 donné charge de luy faire entendre qu'elle avoit résolu de faire exécuter le jugement qui avoit esté donné contre elle.
Vous vous fussiez estonnez de voir ceste pauvre Princesse recevoir ce triste message sans aucunement chan-
660 ger de visage ; auquel puis après elle respondit ainsi : Je ne pensois pas que la Royne ma sœur en deust venir là : toutesfois, puis que Dieu a permis que je sois en sa puissance, je le prieray de me donner patience. La mort ne me peut estre que douce, puis qu'elle me tire d'une capti-
665 vite de vingt ans et d'une extrême langueur où je suis depuis trois mois : elle ne me sera pas seulement délivrance et liberté, mais aussi, comme je m'asseure, nouvelle et meilleure vie. L'on luy demanda s'il luy plaisoit se consoler avec deux Evesques Anglois que l'on luv
670 avoit amené : elle s'enquist s'ils estoient Catholiques. Ayant entendu que non : Je n'auray doncques, dit-elle, autre consolateur que mon Dieu et mon innocence : il ne m'a point habandonné pendant tant de maux et de misères, il ne me laissera point au plus fort de mes
67s maux. Le conte de Salseberic luy dict : Vous vous tiendrez doncques preste. Madame, pour demain au matin. Elle respondit constamment qu'elle le feroit. Aussitost l'on saisit tous ses Officiers, et ne luy laissa-on auprès d'elle que son Appoticaire et ses filles ; l'on commença
680 accommoder et dresser la boucherie, et faire dresser un
654-5. dict qu'il avoit charge D — 655. entendre qu'on D. — 665. misère et langueur D — 667. une entrée à nouvelle D — 670. amenez D — 673. abandonnée C; abandonnée durant tant de misères, il D — 674. pas au plus D — 678. laissa-t'on D — 680. accommoder dresser A-A^, accommoder la boucherie et faire dresser C, commença de faire D.
DE LA ROYKE d'eSCOSSE 25
eschaffaut dans la salle basse du Chasteau, et convoquer le peuple voisin pour se trouver à ce spectacle.
Ce pendant ceste pauvre Princesse r'enfermée dans sa chambre au milieu de ses filles, après avoir jecté les
6S5 yeux tout à l'entour de sa chambre, se jecta à deux genoux au pied de son lict, et eslevant les mains et la voix à Dieu, commença à faire tout haut ses prières avec telle affection et ardeur, que l'on eust pensé qu'elle eust esté ja ravie hors de son corps et souslevée par dessus
690 les choses du monde, pour estre colloquée entre les Anges : Doncques (disoit-elle entre autres choses) je vous suis. Mon Dieu, où il vous plaist m'appeller et conduire, qui est à la fin de mes maux et à l'entrée de mon salut. O heureuse journée, qui eschangera mes langueurs
695 et tristesses en vie heureuse et divine, et qui me tirera d'entre les mains de mes ennemys pour me mettre avec mon Dieu, mon Créateur et Sauveur.
Ses prières continuèrent quasi toute la nuict, sinon que par plusieurs fois voyant ses filles fondues en larmes,
700 elle se retournoit vers elles, leur disant : Et quoy doncques, n'estes vous point encores lasses de ma captivité ? les ennuys de ma prison ne vous font donc point encores pitié ? Peut-estre me desirez vous une plus heureuse délivrance que de retourner à mon Dieu qui me
705 tend les bras, et qui m'a voulu ramener à luy par le chemin d'affliction et de misère, de peur que je m'esgarasse au monde parmy les douceurs de voluptez, esquelles est confitte la vie des Princes. Si vous m'aymez, resjouissez-vous de mon bien, non pas bien mondain qui s'es-
681. eschauflPaut A» — 685. à l'entoarde soy, D — 690. estre portée D — 694. O désirable D — 695 . en une vie D — 702 . les ennemys A ; donc om. D — 705. de pitié D — 706. que je ne D — 707. douceurs des C ; douceurs des délices D.^
2é ORAISON FUNEBRE
710 coule comme fumée, mais une béatitude éternelle où je suis preste d'entrer. La mort n'est qu'un passage d'un moment à qui la soudaineté oste le sentiment et qui a moins de douleur que la moindre des maladies que nous avons tous les jours, tousjours y failloit-il passer ; plus-
71 ) tost elle vient, plus retranche-elle de mes misères, plus avance-elle avec son heure mon heur. Ou vous m'avez désiré les misères où j'estois, ou vous m'avez désiré la mort qui s'offre maintenant. De moy, vous le sçavez, je l'ay tousjours désiré, pourveu que ce fust la volonté de
720 Dieu, et vous proteste que, combien que l'on la peigne bien hideuse et espouventable, si ne me faict-elle point de peur. Elle me laisse un seul, mais à la vérité grand regret, de ce que je ne puis en mourant vous laisser telle recompence que méritent les services que vous m'avez
725 faits ; toutesfois j'y ay mis le meilleur ordre que j'ay peu : puisque cognoissez mon cœur, vous recevrez ce peu que je vous laisse pour tesmoignage de ma volonté, et de vostre fidélité, et imputerez vostre pauvreté à mon malheur, et prendrez l'exemple de ma constance pour le
750 plus cher et seur gaige que je vous puisse laisser de mon amytié. Parmy les tempestes dont la vie des hommes est continuellement battue, il me semble qu'il n'y a bien en ce monde qui soit de si grand usaige que la vertu, qui par exemple de constance nous affermist contre les adver-
73) sitez.
Toute la nuict s'estant passée en semblables prières et discours, commença à luyre le jour destiné à ceste piteuse tragédie. Le jour estant ja fort haut, arrivèrent
710. mais de la béatitude D — 714. falloit CD — 716. mon bonheur D; Où A-A' — 717. oh vous A-A? D — 719. désirée A' A^ C, souhaittée pourveu D — 721. espouvantable C D — 725-6. ordre qui m'a esté possible : Et puisque vous D — 730. gage D — 753. usage. A' A^ C D — 734. exemple du courage d'autruy nous D — 738 tragédie, si jour se peut appeller. Ce D.
les Ambassadeurs de mort, pensans trouver ceste Prin-
740 cesse au lict ; mais ils la trouvèrent comme ils l'avoient laissée le soir. Si-tost qu'elle les veit, Je suis preste, ditelle, quand vous voudrez. Le Comte de Salseberic luy dict : Madame, il faut descendre la bas. Lors s'appuyant sur le bras de son Maistre-d'hostel, elle descendit dans
745 une Salle tendue de noir, pleine d'hommes convoquez à ce cruel et horrible spectacle. Il y avoit au milieu un eschaffaut paré de noir, avec un oreille de velours dessus. Passant au travers de la trouppe, elle alla droict sur l'eschaffaut, où estant montée se tournant à son Maistre-
750 d'hostel, elle luy dict : Mon Gentilhomme, vous m'avez bien et fidèlement servy jusques à la mort, j'ay grand regret que je ne vous puis mieux faire. Vous irez trouver le Roy mon fils de ma part et luy porterez ma bénédiction que je vous donne : j'çspere qu'il aura plus de
75) moyen de vous recompenser que je n'ay, et à l'instant luy donna sa bénédiction. Puis elle se retourna vers celuy qui l' avoit en garde, et luy demanda s'il pensoit pas que la Royne feroit effectuer ce qu'elle avoit ordonné pour ses pauvres ser\'iteurs : il luy respondit qu'il esti-
760 moit que ouy.
^En quelles âmes, je vous prie, peuvent naistre telles pensées, que la mort toute présente ne divertit point de la charité qu'ils ont à leurs enfans ? Que le supplice tout préparé ne sépare point de l'affection qu'ils ont à leurs 76s serviteurs ? Il n'y a rien certes d'humain en tout cela : ce sont certaines marques qui nous font cognoistre que Dieu quand il luy plaist ouvre ses plus grandes merveilles par ses plus infirmes outils.
741. le soir om. D — 751. servie D — 754. que je luy donne As C — 760. qu'oùy C — 762-5. point la charité A' A- — 763. tout om. A' A^ D — 764. ne se sépare A A?, ne les sépare A' A^ — 767. outre ses A^ — 768. par ces A' A*. -^
Cela faict, elle se mist à deux genoux, et lors cest
770 infâme bourreau voulut approcher pour la bander; mais se retournant comme toute indignée, et comme si elle eust dict sans parler : Attens de toucher une Royne après que tu l'auras massacrée, elle appella une de ses filles, et s'estant faict bander, appuya sa teste sur un posteau qui
775 estoit devant elle, et lors, non comme une Yphigenie tant renommée par les Poètes, vouée pour appaiser les orages et tempestes de la mer, mais comme une saincte Agnes, dont l'Eglise célèbre la mémoire, elle fut immolée à la rage de ses barbares ennemys, et luy fut la teste
780 tranchée avec une grande hache. Et ceste teste pleine de Majesté, qui avoit porté les couronnes de deux Royaumes, fut monstrée au peuple toute sanglante, la bouche ouverte, les yeux sillés, et les cheveux si blonds et fors, devenus tous blancs à cause de sa longue prison, hydeu-
785 sèment espars. Ce pendant le sang ruisseloit du corps estendu à gros bouillons, criant à Dieu et aux hommes vengeance d'un si cruel, si barbare et si tyrannique carnage.
Doncques, pauvre et misérable Princesse, ny le nom
790 de tant de Roys voz prédécesseurs, ny l'onction dont Dieu vous avoit sacré à la Royauté, ny la mémoire du Roy de France vostre mary, ny l'intercession de tous les Roys de l'Europe, ny l'interest commun de tous les Princes souverains n'a peu empescher que la rage de vos
795 cruels ennemys ne violast vostre corps des mains d'un
769-70. cet homme intame qu'on avoit fait venir voulut D — 771. s'elle eust C — 775-6. lors, comme une Yphigenie voiiée D — 777-8. mer, elle fut D — 779. barbares om. A' A-^ D; ennemis, qui croyoient par sa mortestre en calme, et luy D — 783. si blonds et forsow. D — 784. tout blancs C; la longue D — 784-5. hydeusement et pitoyablement D — 787. cruel et si barbare carnage D — 789. pouvre A' — 791. sacrée A) C D ; mémoire d'un D — 794. n'ont peu D — 795. cruels om. D; avec les mains D.
funeste bourreau, ne respandist misérablement vostre sang Royal, et deschirast piteusement voz membres ; doncques soubs une mesme hache est tombée ce jour là la Majesté de tous les Roys de la terre, un mesme glaive
800 a avallé vostre teste et la grandeur de tous les Princes du monde : bref un mesme coup, s'il n'est vengé, a confondu la fortune des Empereurs et des Plebées.
O Dieu, Père et vengeur des Roys, qui nous donnez aujourd'huy des larmes pour pleurer ce spectacle, ne
80) nous donnerez vous point un jour des brandons pour embraser et expier la terre qui a porté un tel monstre de cruauté ? Las ! ils ont faict des feux de joye, qui seront s'il plaist à Dieu les augures des embrasemens qui consommeront jusques aux racines des plantes d'une si abo-
810 minable contrée. Sus sus. Princes Chrestiens, Dieu vous appeloit au paravant à la vengeance de ceste nation qui a poilu les Temples, contaminé ses Autels et massacré ses Prestres : pour ce que vous avez esté négligents de venger ses injures, il a conjoinct voz injures avec les siennes,
815 il a permis que vous fussiez tous violez en la personne de ceste Royne, pour vous r'allier par une cause commune à venger sa mort. Reportez, reportez chez ceste tyrannique Princesse les flambeaux qu'elle a depuis si long-temps respandu par toute la Chrestienté ; qu'elle
820 cognoisse qu'elle n'est forte que de noz divisions, qu'elle ^ sente comme sont chastiez ceux qui traictent irreverem- H|. ment la fortune des Roys, et qu'elle cognoisse, par
^H 798. ce jour là om. D — 799. touts A' — 801. s'il n'est vengé om.D;à confondu A-A? D — 805-é.pour espier un tel D — 807-10. Las 1 ils
ont Sus sus om. D — 809. plantes une A3 C — 81 1-3. vengeance
de ses injures : et parce que D — 812. ses temples A> C — 813-4. de les venger, il D — 814. aux siennes D — 817-8. Rapportez, rapportez C; tyrannique om. C; chez ces barbares D — 818-9. qu'ils ont depuis si longtemps allumez D — 819-21. chrestienté; qu'ils sente D — 822-6. Roys. Cependant D.
exemple de son malheur, que l'on ne peut rien cognoistre » en la personne d'autruy, qui ne puisse arriver en la per-
825 sonne de celuy qui le commect.
Ce pendant en essuyant noz larmes par l'espérance que nous avons que Dieu vengera cest'injure, considérons un peu pour nostre consolation que c'est que des grandeurs de ce monde, et si c'est chose où l'homme doive
850 mettre son asseurance. Beaucoup de nous ont veu, au lieu où nous sommes aujourd'huy, ceste Royne que nous y desplorons maintenant, le jour de ses Nopces, parée de son accoustrement Royal, si couverte de pierreries que le soleil n'estoit pas plus luysant, si belle et agréable,
835 que jamais femme ne le fut tant. Tout cecy à l'entour n'estoit que tentures de drap d'or et précieuses tapisseries, tout estoit environné de Throsnes et Théâtres remplis de Princes et de Princesses venus de toutes pars pour participer à ceste res-jouissance ; le Palais estoit plein de
840 toute magnificence et de superbes festins et mascarades, les rues de joustes et de tournois ; bref il sembloit que nostre siècle eust entrepris ce jour la vaincre le luxe de tous les siècles passez et les magnificences des anciens Grecz et Romains. Il s'est coulé un peu de temps qui a
845 passé comme un nuage, et nous avons veu captive celle qui auparavant triomphoit, prisonnière celle qui metoit les prisonniers en liberté, indigente celle qui faisoit largesse, desdaignée celle qui donnoit les honneurs, et en fin entre les mains d'un abominable Boureau le corps
829. ou K — 830. Plusieurs de D — 832. plorons D ; parce le jour de ses nopces de son D — 834. si belle, si agréable A' A^ D — 855. femme ne la surpassa D — 836. tendures A» A^ — 842. de vaincre D — 843. des siècles et la magnificence de tous les anciens. Il D — 845-6. c'elle çîi'auparavant A A3 — 847. inde.gente K.