‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 24 sur 103 · I. L'auteur avait évidemment écrit commettre · texte numérisé non relu

I. L'auteur avait évidemment écrit commettre

8)0 d'une Royne deux fois Royne, et ce corps, qui honoroit le lict nuptial d'un grand Roy de France, des-honoré sur un eschaffaut ; ceste excellente beauté (l'un des miracles du monde) est flestrie en une dure prison, et en fin toute effacée par une piteuse mort; et aujourd'huy que nous

855 desplorons sa calamité, tout ce que nous luy pouvons rendre d'honneur, outre les veux et prières que nous faisons pour le repos de son ame, que nous estimons bien heureuse devant Dieu, estant morte pour sa querelle, c'est qu'en ce lieu, qui estoit autresfois entouré de riches

860 paremens et maintenant tendu de noir, au lieu des flambeaux nuptiaux, y luysent des cierges funéraires ; au lieu de chants d'alegresse, s'y entendent souspirs et gemissemens ; au lieu de clairons et haut-bois, ne s'oyent que sonneries tristes et funestes de ces cloches.

865 O Dieu, quel changement ; à vanité humaine, ne vous congnoistrons nous jamais ? ô trompeuses grandeurs, ne nous desfirons nous jamais de vous ? L'histoire des ans passez nous a produit tant d'exemples de vostre fragilité et inconstance, et neantmoins nous ne pouvons devenir

870 sages par les misères d'autruy. Mais si en ceste horrible tragédie nous avons quelque enseignement de l'inconstance et vicissitude des choses humaines, nous avons une beaucoup plus profitable instruction et consolation en l'admirable patience et incomparable constance de ceste

875 Royne, laquelle les afflictions ne semblent avoir acueilly que pour faire parroistre quelle estoit sa vertu, pieté, zèle et constance en sa foy et religion : car autant de

850. et om. D — 851. deshonorée D — 852. eschauffaut A- — 852-3.

miracles du siècle) estre D — 858. estant querelle mu. D — 859.

que ce lieii qui estant A-A» ; que le lieu où nous sommes, qui estoit D — 860. est maintenant D; au lieu de A' A^ D — 861. cierges funérailles A3 C — 862. si entendent A — 865-4. soyent A ; quesonnerie triste et funeste A-Aî, soient que sonneries de cloches tristes et funestes D; de ses cloches A» — 868. nous ont A^î — 877. zelle et fermeté en sa foy D.

diverses calamitez qui se sont présentées à elle ont esté autant de victoires qu'elle a gaigné premièrement sur soy

880 mesme et puis sur ses ennemys, dont elle tirera une louange d'autant plus grande que la vertu dont elle a faict si certaine preuve est rare es personnes de son sexe et de sa qualité ; et semble certainement que Dieu ait voulu expressément rendre illustre son affliction pour d'avan-

885 tage illustrer sa vertu. Les autres laissent ce soin à leurs successeurs de leur bastir de beaux riches monumens pour se garantir de l'oubliance et laisser à la postérité quelque marque de ce qu'ils ont esté ; mais ceste Royne mourant vous a bien délivré de ce soin, ayant par sa

890 mort tellement gravé en l'esprit des hommes l'image de sa constance, qu'il n'y aura non pas aage, mais siècle, mais temps, mais éternité, si ce bas monde a quelque chose d'éternel, auquel ne vive la mémoire de son admirable vertu, patience, sagesse, pieté et constance. Le

895 Marbre, le bronse et l'airain se consomment à l'air ou se rongent par la rouUe ; mais la souvenance d'un si bel et mémorable exemple vivra éternellement. J'ay dit.

878. que se sont A-A3 — 879. quelle A-A5 ; gagné C, gaignées D — 880. d'où elle D — 886. des beaux A^ ; de beaux et riches A5 C D — 887. oubli D ; prosterité A A' — 889. à bien A A? ; délivrez CD — 894. vertu om. D — 895. bronze As C D; en l'air A3 CD — 896. rouille A'-Aî CD — 896-7. un si vertueux et mémorable D — 897. J'ay dit om. D.

SUR CE QUE l'o\ PROPOSA AU PARLEMENT DE LA PART DE LA VILLE DE s'uXIR A\'EC LE PEUPLE ET ADVISER AU BIEK PUBLIC ET DE l'eSTAT.

S Aux plus grandes tempestes les passagers donnent quelquefois de bons advis aux pilotes. Si par mesme raison il n'est point malséant, en une saison si turbulente et si importante délibération, de mesler ma voix peu expérimentée parmy celle des plus anciens et plus pru-

lo dens de ceste compagnie, je pense ne pouvoir commencer plus à propos que par où commença un jour Ulpius Silanus au Sénat Romain : // est meshuy bien tard. Pères Conscripts, de délibérer des affaires publiques : car cest proprement faire comme les imprudens malades, qui attendent

15 d'envoyer vers le médecin quand ils sont hors d'espérance de guarir. Si, cependant que Testât du Royaume et l'auctorité de cet ordre estoit en leur entier, nous eussions apporté la constance que nous devions à maintenir les loix du Royaume et l'authorité de la Justice, nous ne

20 serions pas maintenant empeschez à nous défendre de l'insolence du peuple. Mais, pour avoir eu lors trop peu de courage, nous endurons maintenant beaucoup d'indignité, et rendons par nostre exemple cette sentence trop vraye : Beaucoup de gens trouvent leur malheur en le

12. aujourd'huy D — 16. guérir D — 17. estoient CD — 24. vraye que beaucoup D.

Actiotis et Traictei OralmretT 3

2) fuyant. Quant à ceux qui par violence ont estouffé la légitime liberté de cette compagnie, et nous ont osté la seule voix qui nous restoit pour leur représenter les plaintes et les souspirs du pauvre peuple affligé, ils espreuvent maintenant combien la licence d'un peuple

30 desbauché est plus rude et insolente que n'estoient noz humbles remonstrances. Ils avoient certes mal faict leur proffit de ce que Horatius Barbatus remonstroit si sagement aux dix hommes de Rome : qu'ils prinssent garde qu'en empeschant les Sénateurs de dire librement leur

5 5 advis au Sénat, ils n'émeussent hors du Sénat une voix bien plus haulte et plus forte. Mais il ne nous fault souvenir de nos faultes passées que pour les amander : car, si nous y meslons de l'aigreur et du blasme, au lieu de nourrir entre nous la concorde, qui est la mère des bons

40 conseils, nous nous diviserons d'esprit et de volonté, et noz délibérations n'auront autre issue que celle de la discorde, qui est la ruyne et désolation des Estats.

De toucher particulièrement tous les desordres et corrupteles qui ont dépravé ce Royaume, quand je penserois

45 le pouvoir faire, j'estimerois que ce seroit abuser de vostre loisir, tant pour-ce que le temps ne le peut porter que pour-ce que ce qui s'en pouvoit dire a esté fort élégamment représenté par ceux qui enontparlé devant moy. Je diray seulement en gênerai que je croy que chacun

50 cognoit assez que l'ambition et l'avarice sont les deux ulcères qui ont entièrement gasté et infecté le corps de cet Estât ; et, ayant gaigné les plus nobles parties, l'ont ainsi mangé et deffiguré. Nous avons veu d'un costé la faveur qui, passant sur le ventre aux loix et à la raison,

55 dejettoit les anciens officiers de Testât de leurs rangs et

34. empeschans D — 37. amender C D — 50. cognoist C, connoist D — 52. ayans gagné D.

charges, leur ravissoit des mains les tiltres d'honneur et la recompense de leur vertu, ne leur laissant de reste qu'un juste despit et indignation ; et d'autre costé l'avarice d'un nombre d'hommes qui avoit tellement vendangé

60 ce Royaume et mis noz biens et noz personnes soubs le pressouër, qu'il n'en restoit plus que le marc.

Je croy de vérité que ce sont là les deux sources de noz maux, maux beaucoup plus aisez à descouvrir que leurs remèdes. D'estimer qu'il soit en la puissance de cette

65 compagnie d'y apporter la guarison, c'est nous flatter et, nous flattant, nous tromper. Je loue ceux qui le désirent, mais je ne comprens pas les moyens par lesquels ils prétendent y parvenir. Je me représente bien avec eux l'authorité qu'ont eu ceux qui ont tenu ces places-cy devant

70 nous, combien de bons et salutaires conseils ils ont donné pour la conservation et rest^blissement de cette Couronne. Je sçay bien que cette compagnie est un abrégé et un corps racourci des Estats du Royaume, qu'elle est ordonnée pour pourvoir au salut public, et veiller à la

7) conservation des loix : mais aussi la mémoire de noz actions passées, et de ce peu que j'ay veu depuis que je suis en ce lieu, me représente au même instant combien les artifices de ceux qui ont voulu commander absolument, combien leur violence, combien la commodité du

80 temps, plein de troubles et de confusion, ont ravalé de cette ancienne authorité, voire l'ont du tout esteinte, et ne nous en ont laissé qu'une vaine ombre seulement. Ils ont faict de nous ce que Pericles ' disoit que les Athéniens faisoienl de luy : qu'ils s'en servoient comme d'un

65. guerison D — 74. afin de pourvoir D — 80. trouble D — 83. ce que Themistocles D.

I. La correction de D est exacte. Cf. Plutarque, Tbémistocle, XI.

85 arbre planté sur un grand chemin, où ils se mettoient à couvert durant la pluye, puis, quand le beau temps estoit venu, en s'en allant ils en arrachoient les feuilles pour en mettre des panaches à leurs chapeaux. Car en la mauvaise et plus dure saison ils se sont remparez du nom et autho- 90 rite de la justice et mis à couvert souz la targue des loix ; et, le danger passé, ont fait tout ce qu'ils ont peu pour nous despouiller de l'authorité et dignité que la constitution de Testât donnoit à cette compagnie et l'exposer aux vents des envies et calomnies, sans autre secours ny 95 support que de nostre innocence. Tellement que nous sommes demeurez comme cet arbre-là, qui n'a plus rien que le bois, et, subsistant par son poix seulement, estend au vent un sec et nud branchage, et ne faict plus d'ombre que par son tronc. Qu'ils imputent doncques à eux-mesmes

100 de nous avoir réduit en tel estât, que nous ne pouvons apporter ny à eux ny à la Republique le secours qu'ils désirent maintenant de nous.

De moy, pour m'en abréger, je ne voy plus qu'un port à nos misères, qui est le remède pratiqué des anciens

10) aux maladies désespérées. Ils deposoient les malades que les médecins ordinaires ne pouvoient guarir aux portes de leurs temples, afin que chacun, passant par là, donnast advis de ce qu'il pensoit pouvoir servir à la guarison d'un tel mal. Il est temps de faire le semblable de

iio cet estât : et, puisque les remèdes que chacun y a voulu apporter en particulier ont esté si nuisibles, il fault en avoir l'advis des ordres assemblez, que nous appelons les Estats. Là s'avisera des moyens pour la conservation de la Religion ; là s'assurera la succession du Royaume ; là

87. allans D — 90. le manteau des loix D — 100. réduits D — 106. guérir D — 108-9. guerison D — 113. s'avisera t'ou D.

IIS se composeront les différends d'entre les grands; là se rendra le repos à la France, et là d'un commun consentement sera pours-eu des moyens de faire exécuter ce qui sera résolu. Lors le Royaume se donnant, du consentement du Prince, la loy à soy-mesme, il n'y aura personne

I20 qui ne l'appreuve, comme y ayant soy-mesme consenty, et tous se reùnissans ensemble, la force demeurera suffisante au public pour faire obeïr les particuliers. Le Roy nous donne espérance de ce bien là et nous faict entendre qu'il le veult et désire : tout ce que nous pouvons donc

12 s faire, ce me semble, c'est de le confirmer en cette bonne volonté, et en haster l'exécution.

Or cependant, nous avons un mal qui nous presse, et lequel est de telle conséquence que, si le cours n'en est arresté, non seulement nous perdrons l'espérance de la

150 reformation que nous attendons, mais nous nous trouverons incontinent reduicts au plus misérable et calamiteux estât que fut jamais Royaume au monde. Ce mal est le trouble où vous voyez que nous sommes en ceste ville ; lequel est causé et entretenu par le juste mescontente-

135 ment que le Roy a de veoir ses peuples armez contre luy et de la crainte que les peuples ont de veoir leur Roy irrité contre eux. Si ce mal continue et s'aigrit davantage, je pense qu'on ne peut pas dire, non pas mesmes imaginer, en quelle piteuse désolation nous-nous verrons tomber. Represen-

140 tons-nous d'un costé nostre Prmce au milieu de grandes forces de François et estrangers, dont les uns feront, comme en guerre civile, toutes sortes de vengeances, les autres se gouverneront comme en un pays de conqueste, et estimeront la cholere du Roy un juste titre à toutes les cruautez

145 qu'ils voudront commettre. D'autre costé imaginons-nous

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