luy mesme, comme on dit communément, la teste D
qui peut rendre agréable de tous costez l'entremise que nous y ferons. J'estime quant à moy que ce qui a plus jusques aujourd'huy empesché le peuple de prendre
i8o créance de la clémence du Roy, c'a esté la crainte qu'il a eu à l'advenir de la rigueur des loix et de la sévérité de cette compagnie. L'intercession que nous ferons envers le Roy pour le peuple luy sera comme une sponsion publique de la clémence du Prince et de la seureté de
185 ses promesses, et qui à mon advis l'asseurera davantage que beaucoup d'autres moyens plus difficiles à obtenir.
Je sçay bien que l'on pourra trouver estrange que cette compagnie s'entremette à un tel office. Cela toutesfois, comme il ne sera pas sans raison, aussi ne sera-il pas
190 sans exemple, et ne sera pas la première fois que, se départant de son office de juger, elle s'est sagement et heureusement employée à moyenner le repos d'entre les grands de ce Royaume. Nos registres en sont tous pleins, mesmes de l'accord qu'elle procura l'an 1405 entre
195 la maison d'Orléans et de Bourgongne. Et quand nous manquerions d'exemples, si est-ce que l'évidente utilité et pressante nécessité seroient suffisantes pour nous persuader de le faire, n'y ayant loy si saincte, ny authorité si sacrée qui ne doive fleschir pour ser\-ir au salut commun
200 de Testât. Je pense que le Roy ne pourra trouver mauvais que la Cour le supplie, en la révérence et humilité qu'elle luy doibt, de vouloir embrasser ses subjects par sa bonté, les recevoir en sa grâce, effacer par sa clémence la mémoire de ce qui s'est passé, estouffer par sa pru-
205 dence les deffiances qui se sont formées entre les Princes et y ont nourry cette venimeuse dissention, laquelle redonde en fin à la ruine et calamité de ses subjets. D'autrepart, rapportant au peuple la parole du Prince et le tesmoignage de sa clémence et nous en rendans
2IO comme cautions, je croy que le peuple et ceux avec lesquels il est uny ne pourront avoir, non pas subject, mais seulement prétexte de refuser à se réunir dans le giron de l'obéissance Royalle, qui est, je croy, l'union qu'ils nous ont demandée, et qui seule nous peut estre utile et
215 salutaire.
Nous lisons dans l'Autheur du livre du monde que Phidias, voulant faire un chef-d'œuvre de son mestier pour éterniser sa mémoire, dressa au Chasteau d'Athènes une statue de Minerve, composée de plusieurs pièces
220 d'yvoire, laquelle portoit un bouclier en la main, tout au milieu duquel il y avoit une petite pièce où l'ouvrier s'estoit gravé soy-mesme, à laquelle par un admirable artifice tous les membres et parties de l'ouvrage se venoient si proprement lier et assembler, que l'on n'eust
22 s sceu en façon du monde enlever l'image de l'ouvrier que toute la statue ne fust tombée par morceaux. Les estats et les Monarchies sont les ouvrages de Dieu, le Roy est son Image qu'il y a posé, en tel endroit et avec telle liaison qu'il ne peut sortir de sa place sans que tout l'Es-
230 tat s'en aille en pièces. La vraye et salutaire union se doibt faire en sa personne, toutes les autres parties s'attacher à luy par le ciment du respect et de l'obeïssance, autant que l'honneur et le service de Dieu le peuvent permettre. C'est la seule union que nous devons, entant
25) qu'il nous est possible, procurer et embrasser, afin que, le Roy estant nostre tige, les Princes ses branches, le peuple ses fueilles, la tige se glorifie en ses branches, et les branches et feuillages tirent leur vigueur et verdeur de leur tige.
240 Le dernier poinct de cette délibération, et sur lequel je voy que chacun a opiné, est de sçavoir si Ion fera présentement les remonstrances générales sur tous les
desordres du Royaume, ou si Ion les remettra à une autre occasion. Il est aisé à ceux qui ont accoustumé d'effleu-
245 rer les faveurs des grands et saulter, comme un oiseau de branche en branche, d'une fortune affligée à une florissante, de se montrer hardis contre leur Prince en son adversité. Mais, pour moy, la fortune des Roys me sera tousjours vénérable, et principalement des affligez, pour
250 ce qu'il me semble qu'es âmes généreuses, l'affliction des grands exige plus rigoureusement qu'en toute autre saison le respect et les autres offices d'humanité. C'est pourquoy j'estime qu'allant vers le Roy, comme j'en suis d'advis, pour le supplier d'embrasser son peuple, oublier
255 ce qui s'est passé, tenir ses Estats et pour\,'oir au repos public, nous ne devons rien mesler en cette légation par où il puisse juger que nous voulons prendre advantage de son infortune et insulter à son affliction. Si toutesfois on trouve bon, comme je voy que la pluspart y incline,
260 pour la nécessité urgente et pour donner quelque contentement au peuple, de faire quelque remonstrance pour les rentes, suppression de l'Edict des espices et quelques autres des plus intolérables, je desirerois fort que ce fust avec beaucoup de respect et de prudence, et, s'il
26> estoit possible, avec mesme adresse et tempérament que celuy de cet archer Candiot, lequel, voyant son enfant entortillé par un grand serpent, craignant d'arriver trop tard pour le secourir, darda si dextrement son traict, qu'après avoir percé le serpent, il s'arresta à la peau de
270 l'enfant sans l'entamer : c'est à dire que le Roy cognoisse par noz remonstrances que nostre visée est à remettre son peuple en repos soubs son authorité, et non à blasmer ses actions passées.