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ADRESSÉE A CEUX DE LA LIGUE

Apres que les estais de la Ligue eurent esté asssemhle\ à Paris, beaucoup de gens d'honneur travaillèrent pour disposer 5 les affaires à quelque accord. Et pour cet effect on moyenna la conferenu qui fut faicte entre les députe^ des deux partis. Mais les (^ens d'Espagne, apprehendans la reconciliation entre les François, se résolurent d'employer toute leur puissance pour rendre les choses irréconciliables. A quoy ils jugèrent qu'il n'y

lo avoit rien si propre que de faire-faire aux Estais quelque eslection d'un Roy imaginaire. Et pour y parvenir, il n'y eut sorte ^artifice qui ne Just pratiquée, soit de promesses à Vendrait des grands, de persuasions envers les peuples, de menaces et violences à l'endroit des magistrats et autres gens d'honneur

15 qu'on congnoissoit désirer la conservation de V Estât. Et bien que du commencement on se moquast de ceste proposition, parapres beaucoup de gens s'y laissaient couler. Cela fut cause que je m'esvertuai de recueillir toutes les raisons que festimois pouvoir servir à demouvoir tant les grands que le populaire

20 d^un si pernicieux dessein; et en ayant entretenu quelques-uns de mes amis, ils me sollicitèrent de dresser cette remonstrance et la faire courir. Car, bien que toutes les raisons qui y sont deduictes fussent en V esprit et en la bouche quasi de tous ceux

15. cognoissoit C, connoissoit D — 18. esvertuè B — 19. démouvoir CD.

qui prenoyent la peine de penser sur ce suhject, neantmoins ils 25 jugeaient qu'es tans disposées par ordre et contemplées tout d'une veûe, elles se pouvaient mieux faire comprendre et donnaient une plus forte impression en Vante de ceux es mains desquels elle parviendrait .

Celuy qui lira cecy aura la discrétion de considérer que les 30 termes dont il est icy usé, et en quelques suhjects qui suivent, eslaignei du respect qui est deu à ceux dont il est parlé, mesme du Souverain, sont accommode^ au temps et au lieu où Vautheur se trouvait engagé, non par eslection, mais par nécessité; où tautesfais il n'a jamais intermis le désir de servir au bien 3 5 de cet Estât en ce qui luy a esté possible.

Ce sont de misérables remarques de la grandeur des Estais, que celles qui se recueillent de la grandeur de leur ruine. Noz yeux n'en ont plus d'autres aujourd'huy qui leur puissent représenter ce que nostre pauvre France

40 a esté. Et toutefois il est besoin de le sçavoir, pour veoir s'il n'y auroit point quelque moyen, sinon de la relever en pied, comme elle estoit en la fleur de sa prospérité, au moins la souslever et soulager un peu en ceste lamentable mis£re. Il faut donques destourner noz yeux de

45 dessus cet horrible spectacle, pour retourner noz esprits à la souvenance de nostre ancienne magnificence. Je sçay bien que la mémoire des biens passez aigrit davantage le sentiment des maux presens : mais quoy ? en si grandes maladies la douleur des remèdes ne nous doibt pas dis-

50 suader de les cercher. Cerchons donc de l'esprit ce que l'œil ne peut plus trouver, et nous représentons par imagination l'heureux estât auquel estoit nostre France avant que tomber en ceste calamiteuse fortune. Si nous trou-

26. pourroient... donneroient B' — 34. jamais oublié D — 40. besoin de l'apprendre D.

vons quelque soulagement à son mal, il consolera l'en-

3 5 nuy que nous peut apporter la comparaison de sa félicité avec son infortune. Si nous n'en trouvons point, au-moins serons-nous aucunement contens de l'avoir recerché et avoir rendu à nostre pauvre et désolée patrie tout ce que nous avons peu de secours.

60 Avant ces fatales guerres civiles, qui ont conduict nostre France au poinct où nous la voyons, c'estoit bien la plus belle, la plus puissante, la plus heureuse, la plus triomphante Monarchie qu'œil d'homme ait jamais veu. Le destin qui promouvoit sa grandeur luy avoit assigné en

6) partage le plus beau quartier de la terre, luy donnant un espace si grand qu'il pouvoit suffire à la magnificence d'un grand Empire, et tel toutesfois que le soing d'un seul Prince pouvoit suffire à le régir. Il sembloit que la nature se fust estudiée à la rendre seure et commode, et

70 y eust faict servir le reste des membres de l'univers. Car elle l'avoit située entre trois diverses mers qui luy servoyent de bornes, d'apports et d'abords de toutes les parties du monde. D'autre costé elle estoit bornée de haultes et inaccessibles montagnes, de grandes et profondes

75 rivières. Le dedans estoit un fécond, doux et amené sol, s'il y en a au monde, où la température de l'air, plus bénigne qu'en lieu quelconque, faisoit naistre une admirable abondance, et une encor plus admirable variété de fleurs, de fruicts et d'animaux. Au surplus les

80 belles et grandes rivières y estoient respandues, comme les veines en un corps, pour y faire couler partout les commoditez de la vie, et faire entreprester aux Provinces, par un cours perpétuel de commerce, les biens dont elles surabondoient. Il y avoit un grand, voire

85 infiny nombre de belles et puissantes villes, de gros

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