et de gros bourgs D. ^ Actions et Traicle^ Oratoires
bourgs et villages, et sur tout une innumerable quantité de chasteaux et belles maisons, qui rioyent au milieu d'une campagne tant belle et bien cultivée que rien plus. Toutes ces villes et toutes ces provinces estoyent habi-
90 tées d'un nombre infiny d'hommes de doux et gracieux naturel, qui, soubs la crainte de Dieu, du Prince et des loix, vivoyent distinguez entr'eux par divers ordres et différentes vaccations, et liez les uns avec les autres d'une telle société, par un si ferme nœud de bienveillance et si
9) estroit lien de justice, qu'ils composoyent un corps si sainct, si triomphant, si opulent en toute pieté, vaillance et richesse, que tout le monde le reveroit, le redoutoit et l'admiroit. En quel lieu Testât de l'Eglise a-il jamais esté plus florissant ? Les Temples y estoyent superbement
100 bastis, garnis et reparez des plus précieux ornemens que l'on eust sceu désirer, pour maintenir la splendeur et majesté du cuit divin. La pieté de noz ancestres avoit fondé des collèges et convents d'un grand et ample revenu, pour estre comme les Trésors des pauvres et l'Azile de la
105 nécessité publique. Là s'estoyent conservées, comme en une arche sacrée, les lettres sainctes et humaines, durant que la Barbarie inondoit l'Occident ; là un grand nombre d'hommes, nourris et eslevez dans le giron des Muses, pleins de suffisance et érudition, venoyent à remplir les
iio Prelatures et dignitez et autres places de l'Eglise. De sorte que Ion peut dire avec vérité que, de toutes les provinces du monde, il n'y en avoit point où la face de l'Eglise fust plus vénérable, resplandissante en doctrine et pieté qu'en nostre France. La Noblesse d'autre costé res-
ii) pandue par les campagnes, comme estoit-elle pleine de gloire ? La jeunesse en estoit nourrie aux armes, avec des reigles d'honneur si sévères et rigoureuses que rien plus ;